Chapitre 16.
Assis l'un en face de l'autre devant leur hamburger et leur boisson, Rick et Kate observaient avec malaise leur nourriture.
Ils étaient tous les deux stressés par la conversation qui allait venir, et cherchaient, chacun de leur côté , les mots pour débuter cette explication .
Levant les yeux , elle tomba sur le regard craintif de Rick, qui déglutit aussitôt avant de remettre son attention sur son hamburger. Soupirant, elle lui murmura, en faisant tournoyer sa paille dans son milkshake :
- Tu n'es pas très loquace
- Toi, non plus, sourit-il timidement à sa réplique
- Je….je ne sais pas par quoi commencer, avoua-t-elle, penaude
- Le commencement serait un bon début, je crois….je….je veux bien commencer, mais j'aimerais que tu me promettes quelque chose avant
- Quoi donc ?
- Ne fuis pas…je sais que tu vas être certainement furieuse ou outrée, ou je ne sais pas, argumenta-t-il devant son froncement de sourcils. Mais si on est là , c'est pour avancer, non ?
- Castle, soupira Kate, la boule au ventre en repensant à ce pan de sa vie qu'elle n'était pas prête à se remémorer à nouveau
- Non, Rick….ici, c'est juste Rick et Kate , d'accord ? ….On peut le faire , Kate, je te jure que…
- Ok…. promis….je ne fuirai pas, murmura-t-elle, en prenant sa serviette blanche entre les mains pour la triturer nerveusement, sous les yeux attendris de Castle.
Il avait l'impression de la revoir à nouveau. Elle laissait tomber peu à peu cette image froide et distante de détective pour redevenir Kate…..Sa Kate, et cette constatation lui gonfla le cœur.
- Très bien…..alors, je vais te donner ma version de l'histoire, et tu me donneras la tienne
- Hum, gémit-elle, mal à l'aise à l'idée de lui avouer comment tout avait basculé après ce matin là .
Poussant son hamburger un peu plus loin, Castle s'essuya les mains avant de prendre un verre d'eau, et commença à raconter, avec hésitation et le cœur tambourinant :
- J'ai appris la grossesse de Meredith quelques jours avant le nouvel an. Nous nous étions quelque peu disputés avant mon retour à la maison, et j'avais décidé de mettre fin à notre relation à la fin des vacances. Cette grossesse n'était pas prévue, et encore moins préméditée, la relation que j'avais avec elle…ce n'était pas sérieux, soupira-t-il
- Pourquoi n'avoir rien dit à l'époque ? J'étais avec toi pendant ces vacances. On a passé énormément de temps ensemble, et tu n'as jamais rien dit.
- J'étais tellement heureux de te retrouver que je ne voulais pas tout gâcher. Quand Meredith m'a téléphoné pour m'annoncer sa grossesse, j'ai été surpris et ensuite… terrorisé. J'étais complètement paniqué, je n'avais qu'une vingtaine d'années et je commençais ma carrière d'auteur….et je n'étais pas amoureux ,vraiment pas amoureux, avoua-t-il, avec un tel regard de tendresse et de regret à son égard, qu'elle baissa les yeux en se mordant la lèvre inférieure.
- J'ai volé sur Phoenix et j'ai discuté avec elle. Le lendemain, on avait rendez-vous chez son gynécologue et tout s'est précipité. Je suis reparti avec une échographie d'Alexis, avec le son de son cœur qui battait et ….et je ne pouvais plus faire marche arrière. Je ne pouvais pas tourner le dos à mon enfant, mais en même temps je ne pouvais pas me forcer à aimer sa mère, non ? ….. Je suis revenu à New-York, le temps que Meredith termine sa pièce de théâtre, et j'avais l'intention de t'en parler…seulement…..j'étais terrifié.
- De quoi ? soupira-t-elle
- De te perdre. Kate, on a jamais discuté des choses importantes dans notre relation, et je ne savais pas où…..
- Quelles choses ?
- Tellement de choses, soupira-t-il. On s'est embrassés et on n'en a jamais parlé, on s'est mariés et on n'en a jamais parlé, et cette après-midi là quand tu es partie pour Standford….j'ai cru que tu me disais de t'attendre. Je ne sais pas, j'avais espéré que mes sentiments à ton égard étaient partagés
- Tes sentiments à mon égard ? Et qu'as-tu fais de ces sentiments quand tu as batifolé avec ta brioche au beurre ? siffla-t-elle, énervée en comprenant qu'à l'époque, les mêmes sentiments les animaient. Si tu étais intérressé ou amoureux, pourquoi être sorti avec Meredith ? Cette après-midi là…..pour mon départ à Standford, je te disais de m'attendre !
- Alors pourquoi ne pas l'avoir dit clairement ?
- Parce que…Parce que tu venais de quitter Kyra, tu allais devenir cet auteur riche et célèbre et je ne savais pas si tu m'aimais, ou si tu m'attendrais.
- J'aurais attendu…je voulais t'attendre, mais tu ne m'as jamais clairement dit « attends-moi » ou « reste avec moi ». La seule fois où tu as prononcé ces mots là, c'est cette nuit-là à l'hôtel.
- Alors quoi ? je dis "reste avec moi" et tu oublies ton enfant à naitre et ta copine ? Pire, tu oublies de m'en parler avant de me déshabiller, cracha-t-elle, peinée, en pensant à toutes ces années perdues et gâchées par les non-dits et les doutes.
Soupirant en fronçant les sourcils, il l'observa quelques secondes. Elle avait lâché cette serviette en papier qu'elle malmenait, et le dévisageait avec incompréhension et peine. Déglutissant, il se passa la main sur la nuque et murmura :
-J'ai essayé de t'arrêter, j'ai essayé de te dire que je voulais te parler mais…
- Tu aurais dû essayer plus fort
- Ok, peut-être que tu as raison, mais à l'époque…..Kate, j'avais perdu moi aussi Johanna, je n'étais pas bien, et tout ce que je voyais, c'était la femme que j'aimais me demander de lui faire oublier cette journée, et que tu le veuilles ou non, je voulais l'oublier aussi. Je voulais juste me blottir contre toi et oublier qu'on venait d'enterrer ta mère. Je voulais…..je te voulais juste. Je n'ai pas pensé à mal…je voulais juste t'aimer. Et pour une fois dans cette foutue relation, j'ai préféré me laisser guider par mes sentiments et non par mes craintes.
- Tu comptais de me le dire ? Soupira-t-elle
- Oui….bien sûr. Je ne voulais pas faire de toi mon vilain petit secret.
- Qu'est-ce que tu voulais, alors ? demanda-t-elle, en passant ses mains entre ses cuisses comme pour se donner le courage d'entendre ses mots.
- Toi, tout ce que j'ai toujours voulu c'est toi. Kate, je ne me souviens pas d'un jour où je ne t'ai pas aimée. J'ai voulu te le dire tellement de fois, mais à chaque fois, il y a avait quelque chose ou quelqu'un entre nous…. ou j'étais trop lâche. J'avais peur que mes sentiments ne soient pas partagés, et que tu t'éloignes de moi.
- Alors quoi ? On passe la nuit ensemble, et ensuite quoi, Rick ? Tu t'imaginais vraiment que j'aurais pu accepter te voir élever un enfant avec une autre ? Je n'avais que dix-neuf ans et tout mon monde venait de s'écrouler.
- Je n'avais que vingt ans et mon monde à moi aussi s'est écroulé. J'avais juste pensé…Je ne sais pas….j'avais espéré pouvoir avoir le choix, pouvoir avoir la fille que j'aime et ce bébé. Je ne voulais pas d'une vie avec Meredith….je voulais une vie avec toi.
- C'est pour ça que tu l'as demandée en mariage cinq mois après ,et, que tu l'as épousée, cracha-t-elle peinée en sentant son cœur se serrer.
Elle savait qu'elle était injuste avec lui, mais son explication lui donnait la nausée. Quand elle repensait à toutes les occasions qu'ils avaient laissées passer en pensant qu'ils avaient le temps, qu'ils seraient toujours là l'un pour l'autre, elle avait envie de hurler ou de frapper sur quelque chose.
Baissant le regard pour cacher sa détresse, elle l'entendit lourdement soupirer, avant de lui murmurer, avec beaucoup de peine
- Que voulais-tu que je fasse ? Je t'ai appelée, tu n'as jamais répondu, j'ai frappé chez toi, tu ne m'as jamais ouvert, je suis même resté une nuit sur ce satané perron à m'excuser en priant que tu m'entendes
A sa déclaration, elle ferma les yeux en sentant les larmes monter. Elle se souvenait très bien de tous ces moments , tous ces moments où elle avait voulu lui répondre, lui ouvrir, et à cette nuit-là….derrière sa porte, en pleurs, où elle l'entendait pleurer et s'excuser…..elle s'en souvenait très bien. Elle culpabilisait dorénavant d'avoir agi ainsi, mais la douleur de perdre sa mère, de voir son père jour après jour tomber un peu plus, l'avaient freinée, sans compter cette nuit qu'elle lui avait offerte avec tant d'amour et d'espoir, pour se sentir trahie et tellement seule par la suite.
Levant le regard, elle le vit, les yeux tout aussi rougis, lui chuchoter :
- Je suppose que tu n'étais pas là ce soir-là
- J'étais là, avoua-t-elle, honteusement, en déglutissant devant son regard. Rick, je…..
- D'accord, murmura Castle, en la coupant pour baisser à son tour son regard afin de ne pas montrer à quel point elle le blessait à cet instant.
Il savait pertinemment que cette discussion allait raviver d'anciennes blessures, que tout ceci serait difficile, mais il ne se doutait pas que cette conversation puisse le blesser encore plus qu'il ne l'était .
Kate, elle, se sentait démunie en face de lui, elle ne savait pas comment expliquer son silence cette nuit-là derrière cette porte, ou comment atténuer la douleur qu'elle entrevoyait dans ses yeux. Inspirant douloureusement, elle repensa à ce pan là de sa vie….
Flashback.
Cela faisait quatre mois qu'elle n'avait plus revu Rick. Quatre mois qu'elle s'efforçait de filtrer chaque appel ou chaque visite à l'improviste, quatre mois qu'elle jetait une à une les bouteilles vides que son père engloutissait.
Plus les jours passaient et plus elle sombrait un peu plus. Chaque matin elle se levait en pleurs et chaque soir elle faisait de même ….. mais à chaque fois, ce n' était pas pour les même raisons.
Le soir, elle se blottissait contre l'oreiller de sa mère et inhalait cette délicieuse odeur de vanille en entendant tituber son père…..chaque nuit, elle pleurait sa mère…ses sanglots s'étouffaient dans un murmure, et sa respiration était si douloureuse qu'elle pensait pouvoir mourir de chagrin. Chaque nuit, elle gémissait encore et encore le mot « maman ».
Mais le matin était différent…il était différent parce qu'il était pire. La nuit, quand elle arrivait à s'endormir, elle rêvait de la vie qu'elle avait autrefois, elle rêvait de cette nuit magique qu'elle avait passée avec Rick , de cette sensation de sécurité et d'amour qu'elle avait ressentie à chacune de ses caresses, de ses baisers…..mais quand les premiers rayons du soleil inondaient sa chambre, la réalité la rattrapait et la frappait encore plus violemment : elle avait perdu sa mère, elle ne reverrait jamais Rick, et son père….son père devait certainement cuver son whisky dans un coin de la maison. Elle était seule…et plus jamais elle se sentirait en sécurité, ou aimée.
Cela faisait quatre mois que sa vie était devenue un enfer, et une nuit, il était venu. Il avait frappé plusieurs fois, hurlé son nom encore et encore, jusqu'à qu'un voisin lui dise qu'il allait appeler la police.
Elle avait la tête contre la porte, elle pleurait silencieusement, quand elle entendit un bruit sourd puis un gémissement :
- Je suis désolé…..si tu savais. Kate…Kate, laisse moi t'expliquer. Laisse moi une chance de réparer mes torts. Kate…..tu es tout ce qu'il me reste….. je t'aime…..je t'aime tellement que respirer sans toi est insupportable. J'ai besoin de toi dans ma vie. Kate….je suis désolé….ouvre-moi.
Son cœur s'était brisé encore un peu plus à ces mots, elle s'était laissée choir derrière cette porte pour se recroqueviller, alors qu'elle l'entendait encore et encore….il était resté toute la nuit et au petit matin, quand elle s'était réveillée, elle avait ouvert la porte pour s'excuser en retour mais il n'était plus là.
Pendant un moment elle avait pensé avoir rêvé mais quand elle avait baissé son regard sur le sol, elle avait trouvé son roman « sous une pluie de balles »…son tout premier roman. Il avait été enfin publié… et elle n'avait pas été là pour le voir, pour être à ses côtés.
Le visage en pleurs, les mains tremblantes, elle avait récupéré ce roman qui signifiait tant pour lui comme pour elle, et le serra contre son corps.
Le livre ne devait sortir que la semaine suivante, elle ne savait pas encore si elle irait l'acheter, elle ne savait pas si elle en aurait le courage tout simplement.
Le ventre noué, elle ouvrit la première page pour tomber sur la dédicace :
«Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. KB. Always »
A la lecture de la dédicace , ses jambes la lâchèrent, et elle s'écroula au sol encore plus seule qu'elle ne l'aurait imaginé la veille .
Il lui manquait…énormément….elle se devait de s'excuser aussi….les pleurs redoublèrent et dans cette abysse de tristesse dans lequel elle s'enfonçait jour après jour , elle décida de relever la tête et d'aller le voir.
Fin du Flashback.
- Après cette nuit-là, j'ai décidé de venir te voir, avoua-t-elle en s'apercevant qu'elle l'avait blessé avec son aveu.
- Tu avais changé d'avis ? répondit Rick, avec ironie et amertume
Il avait toujours pensé que Kate n'était pas cette nuit-là, qu'elle ne serait pas aussi cruelle ou égoïste pour le laisser gémir sur son pallier jusqu'aux premières heures du matin, mais l'entendre lui avouer de vive voix qu'il avait tort , le blessa un peu plus qu'il ne l'était
- Non, je n'avais pas changé d'avis…je voulais juste une explication. Je suis venue chez toi…dans ce grand loft que tu venais d'acheter et dont tous les journaux parlaient..…c'est là que j'ai rencontré ta jolie fiancée avec son joli petit ventre, se défendit Kate. Meredith m'a clairement dit que vous alliez vous marier pour donner une jolie petite famille, à la petite fille que vous attendiez. Elle m'a aussi dit que j'avais fait assez de mal à votre couple, et qu'il était temps de je m'éloigne une bonne fois pour toutes.
- Kate, soupira Rick tristement
- Alors je l'ai fait. Je suis partie. Que voulais-tu que je fasse ? Notre premier matin ensemble j'apprends que tu vas être père, et quand je suis prête à t'écouter, j'apprends que tu vas en épouser une autre ? Je pense que je me suis pris assez de claques de ta part en quelques mois.
- Je suis désolé…vraiment.
Baissant le regard pour retenir les larmes qui commençaient à monter au fur et à mesure de cette conversation, Kate se mordit la lèvre inférieure en sentant son cœur se serrer un peu plus à chaque nouveau souvenir de ce temps-là. Inspirant, elle murmura avec beaucoup de trémolo dans la voix :
-Si tu ne l'aimais pas, pourquoi l'avoir épousée ?
- Tu n'étais plus là. J'ai tenté pendant des semaines de discuter avec toi mais quand j'ai vu que c'était réellement fini, j'ai décidé de faire ce qu'il y avait le mieux pour Alexis. Enfin c'est ce que je pensais, rumina Rick, en se souvenant avec quelle facilité Meredith l'avait trompé dans le lit conjugal. Je ne voulais pas que ma fille ait la même enfance que moi. Je voulais….je voulais lui offrir le genre d'enfance que tu avais eue, avec un père et une mère.
Relevant le visage à son explication, elle le vit lui aussi au bord des larmes. Hochant simplement de la tête , elle ajouta en déglutissant :
- On a fait beaucoup d'erreur
- Hum
- Je…je ne sais pas comment faire pour recommencer. Je ne sais pas comment faire pour reprendre notre amitié. Rick, déglutit Beckett, en voyant son regard apeuré à l'idée qu'elle décide de mettre en terme à leur engagement plus que précaire. Rick, on a changé. Je ne suis plus la petite fille joviale et naïve, et tu n'es plus ce garçon peu sûr de lui et timide. On a changé, on a évolué de manière totalement différente. Je ne sais pas comment faire pour récupérer ce qu'on a perdu.
- Il suffit de ne rien faire, répondit Castle en hochant les épaules. Je pense pas qu'il soit nécessaire de vouloir à tout prix retrouver ce qu'on a perdu. Tu as raison , on a évolué mais l'essentiel est toujours là, Kate.
- L'essentiel ?
- Toi et moi. …..Je pense qu'on devrait ré-apprendre à se connaitre.
- Comment ? souffla-t-elle, en le voyant si sûr de lui.
- En faisant découvrir à l'autre nos nouvelles passions, nos nouveaux souvenirs. On peut très bien ne jamais retrouver ce qu'on a perdu tout les deux, mais on peut très bien aussi trouver quelque chose de mieux.
- Alors quoi ? On va au ciné, à un ou deux match de baseball ensemble et le tour est joué ?
- Oui. En incluant aussi beaucoup de discussions.
- Un nouveau départ en somme ?
- Oui. On fait table rase du passé, et on apprend de nos erreurs, qu'en penses-tu ?
Le jaugeant du regard pendant quelques secondes, Kate réfléchit à son idée. Elle avait passé ces dix dernières années à regretter leur amitié, à culpabiliser de ne pas avoir pu lui donner une chance de s'expliquer. Alors suivre l'idée de Rick serait comme donner une seconde chance à leur relation…la seconde chance qu'ils avaient été incapables de se donner.
- Alors….amis ? déglutit Castle, qui ne voulait pas trop en demander, de peur de la voir fuir.
- Amis, sourit Kate, en prenant une de ses frites pour la tremper dans son milkshake, avant de la lui tendre en signe de drapeau blanc.
Heureux, Rick ouvrit la bouche pour déguster sa patate à la fraise, avant de lui déclarer tout sourire :
- Tu vas voir Kate, on va être extraordinaires à nouveau
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Samedi soir, 21 heures.
-Alors, comment ça se passe entre toi et l'écrivain ? demanda Lanie en scrutant de la tête aux pieds son amie.
Kate venait tout juste d'arriver sur la scène de crime, vêtue d'un jean slim noir et d'une belle chemise blanche cintrée, ses cheveux ondulaient légèrement, mais ce qui n'échappa à l'œil aguerri de la légiste , c'était qu'elle avait un soupçon de maquillage, qui criait « rendez-vous ».
Levant le sourcil, comme pour lui démontrer qu'il ne servait à rien de nier, Kate la scruta légèrement et lui rétorqua, en examinant d'un œil la victime au sol :
- Ça se passe bien. Alors qu'est-ce que tu as pour moi ? Heu…il est déguisé ? Et c'est ces canines? grimaça-t-elle devant le corps étendu vers ses pieds
- Ça se passe bien ? Tu penses réellement que tu vas t'en tirer avec un "ça se passe bien" ? Girl, ça va faire six semaines que je te vois sourire à nouveau et te maquiller différemment, alors je veux savoir ce qui se passe…..s'il-te-plait, rajouta-t-elle, en la voyant arquer un sourcil
- Il ne se passe rien, dit-elle en haussant simplement les épaules. On a discuté, il y a six semaines et je te l'ai dit, on a décidé de se voir de temps en temps en dehors du boulot, et je te l'ai encore dit . Alors ça se passe bien. On dine avec Alexis et Martha, on se dispute parce qu'il triche toujours au poker, et on discute beaucoup, mais je ne maquille pas ou ne souris pas pour lui.
- Hum…hum, sourit Lanie, pas dupe sur les sentiments de Kate à l'égard de Rick.
- Quoi ?
- Rien
- Non, ce n'est pas rien. Je connais tes « rien » et ça c'est tout, sauf un « rien », fit-elle, suspicieuse, en la pointant du doigt
- Vous sortez simplement en amis , c'est pour ça que tu es maquillée un samedi soir de garde, et qu'il n'est pas présent ? Oh allez, vous sortez ensemble ? Il attend simplement quelques minutes avant de faire son entrée, et…..
- On ne sort pas ensemble, claqua Beckett, en se retournant pour voir si les gars ou des officiers épiaient leurs conversations.
Elle en avait marre de faire les cancans du poste depuis que sa relation amicale avec Rick avait été révélée par Meredith, depuis elle avait tenu à ce que leurs intermèdes en dehors du poste restent simplement entre eux, et seule Lanie était au courant .
- Ah non ? Où est-il alors ? Il ne rate jamais une affaire, et celle-ci est cool...genre vraiment cool, regarde les canines du cadavre!
- Au loft avec sa fille. On devait faire une soirée avec Alexis, mais quand j'ai été appelée, je les ai abandonnés. Il ne se passe rien entre Castle et moi. On est juste amis.
- Mais tu voudrais…plus ? sourit sournoisement Lanie
- Non….. Pas besoin d'agrandir un peu plus son tableau de chasse, ronchonna Beckett de mauvais foi
- Oh allez, Kate, ce n'est pas comme si ton nom n'y figurait pas déjà. Un peu de bon temps ne te tuerait pas !
- Je ne vais pas coucher avec Rick, simplement pour tuer le temps…. Une fois m'a suffi et crois-moi, j'apprends de mes erreurs! cracha Kate, avant de voir Lanie blêmir devant elle. Alors qu'est-ce que tu as pour moi ? …..Lanie ? Lanie ?
- Oh, je ….heu….Salut Castle, marmonna la légiste alors que Beckett se figeait instantanément.
Derrière elle, dans un pantalon noir et une chemise rouge se trouvait Rick. Après que Kate ait reçu son appel, il avait couché Alexis et l'avait laissée aux bons soins de sa mère. Il ne voulait pas louper cette affaire, et encore moins le temps qu'il pourrait passer avec Kate, mais quand il l'entendit parler de lui, d'eux, avec tant de véhémence et de colère, il déglutit en sentant son ventre se nouer.
Il savait très bien que retrouver une amitié avec Kate serait difficile, alors il n'espérait pas pouvoir entamer une relation intime , mais au fond de lui, il espérait que son regard sur lui change et qu'elle lui fasse un jour confiance avec son cœur.
Soupirant, il se gratta la nuque nerveusement, puis approcha auprès de Kate et répondit à la légiste :
- Bonsoir Dr Parish . Alors un cimetière et un vampire, ça ..ça m'intéresse !ajouta-t-il, en observant la victime au sol avec deux canines et un pieux dans le cœur, tentant d'alléger l'ambiance .
De la patience…beaucoup de patience , voilà de quoi il avait besoin. Il l'avait blessée, il avait besoin de regagner sa confiance. Ces six dernières semaines, ils avaient discuté, ri, partagé beaucoup de plateaux-repas et de soirées film ensemble, il savait très bien que Kate était encore sur la défensive, et il se devait d'être patient cette fois-ci avec elle.
- Ce n'est pas un vampire, Castle, sourit la légiste, en se penchant sur l'homme à terre, pour lui montrer de plus près les canines qui dépassaient. Ce sont des prothèses.
- Oh allez, on lui a enfoncé un pieu dans le cœur ! C'est un vampire, affirma Rick, en tentant de ne pas montrer sa peine. Je dis que le tueur est Buffy !
- Arrête tes bêtises, Castle , soupira Kate, en déglutissant, de peur qu'il ne l'ait entendue un peu plus tôt.
Ils avaient fait énormément de progrès en six semaines tous les deux. Ils avaient partagés et échangés sur leur passe-temps, Kate avait appris à connaître Alexis et Rick avait eu le droit d'entendre deux trois anecdotes de l'école de police. Kate savait très bien que son cœur lui appartenait toujours mais elle avait peur , elle était terrifiée et ne souhaitait pas s'engager avec lui au risque de perdre à nouveau leur amitié. Désormais, elle avait simplement peur que ses mots le blessent à nouveau et qu'il s'éloigne d'elle peu à peu. Frustrée et agacée par l'ambivalence de ses sentiments, elle mit ses mains dans ses poches et l'entendit rétorquer :
- Ce ne sont pas des bêtises. Un cimetière, des dents de vampires, et un pieu dans le cœur ! Si tu veux mon avis, Beckett, je pense qu'Halloween approche, et que les créatures mystiques de la grande pomme arrivent.
- Et c'est reparti, soupira-t-elle soulager en le voyant plaisanter. On a une identité , Lanie?
- Ni identité, ni téléphone. J'en saurai peut-être plus après l'autopsie. Mais je pense que sa tête a heurté cette tombe, ou que son meurtrier l'a frappé avant de l'empaler.
- Qui s'embêterait à tuer comme ça ?
- Les lycans. Ils se battent contre les vampires depuis que Lucianne a été tué dans Underworld III…..enfin ça reste une théorie, murmura-t-il, devant le regard de Lanie et Kate
- Bon, je vais attendre le rapport de voisinage des gars et ton autopsie , sans identité , ni témoins, on avancera pas mieux ce soir. Je te raccompagne, Castle ? demanda fébrilement Kate, en osant à peine à le regarder dans les yeux, de peur qu'il ne la rabroue pour son commentaire à son sujet.
- Eh bien, en fait, j'ai une meilleure idée….je connais un magasin à quelques pas d'ci qui vend exactement les mêmes costumes que ce type porte….alors si ça te dit, je pense qu'on devrait y faire un tour.
- On n'a pas de photo de la victime pour…..attends, qu'est-ce que tu fais ?
- Je prends une photo, répliqua-t-il, son iphone dirigé sur la victime
- Ne prends pas de photo de la scène de crime !
- Comment veux-tu qu'on interroge le gérant sans son image ? …Oh allez….avec une simple photo , on va peut-être pouvoir lui rendre justice avant lundi, marmonna-t-il, alors qu'elle haussait un sourcil. Une simple et innocente photo que je supprimerai aussitôt…promis.
- D'accord, grommela-t-elle, en culpabilisant de ses mots, et en observant sa mine de chien battu
- Super ! Tu vas voir Kate, ce magasin est tout simplement génial ! Il est pas aussi bien que la maison de Drake, mais…..
- La maison de Drake ? demanda intriguée la légiste
- Le magasin de magie, soupira Kate en devant révéler un nouveau pan de leur passé commun. Mon grand-père nous emmenaient queluqe fois pour apprendre des tours de magie
- Ensemble ? sourit son amie sournoisement
- Hum, gémit Kate
- Que c'est mignon, rit Lanie. Je vous imagine très bien tous les deux là-bas.
- Mignon, je ne sais pas, mais ils avaient toujours des trucs trop cool, renchérit Rick en observant Kate. Tu te souviens, de tous les tours que ton grand- père nous a appris? Cet endroit c'était le paradis pour tous les petits garçons. Poil à gratter, coussin pêteur, vomi en plastique
- Pas seulement que pour les petits garçons apparemment, souligna Lanie. Tu ne m'avais jamais dit que tu pratiquais la magie, honey?
- Je ne pratique pas la magie
- Oh allez, c'est pas vrai. Kate connaît une tonne de tours. D'ailleurs, tu en as appris de nouveau ? fit intrigué Rick
Se mordant la lèvre inferieure en se demandant quelle réponse lui donner, elle vit Lanie et Rick pendus littéralement à ces lèvres. Amusée par leur moue et leur curiosité, elle répondit en chuchotant l'air de rien :
- Oui, j'en connais un super. Je l'adore celui-là.
- Ah oui? Et c'est quoi! demanda Rick enchanté et tout excité
- Celui que j'aime bien...et que j'adore faire...il se fait avec des glaçons, déclara Beckett en baissant son regard sur l'entrejambe de son ami avant de relever les yeux pour le voir déglutir et entendre Lanie rire.
- Sweety, tu vas le tuer
- Il est si facile!
- Je...tu...heu...
- Allez, Castle, respire...et emmène moi dans ce magasin d'halloween.
- Je...oui...d'accord, déglutit-il plein d'images à la tête.
