Grace vient de se coucher. Je fais la vaisselle, regardant à travers la fenêtre, fatigué. Je n'ai jamais été doué pour les tâches ménagères. Mais maintenant qu'il y a ma fille à la maison, je ne peux pas me défiler. Il pleut à plein temps dehors et il fait nuit noir. Il faut vraiment que j'aille me coucher, pensais-je en clignant légèrement des yeux.
« Tu as toujours pratiqué des tâches très féminines. »
Mon cœur rate un battement. Le verre que je tenais entre mes mains se brisa sous ma surprise et la poigne avec laquelle je le maintenais. Je me tourne derechef vers la voix, et tombe face à cet homme. Il est là, devant moi. Seule la table de la cuisine nous sépare. Je reste sans voix, les yeux écarquillés.
« Et tu as toujours la même mine d'ahurie face à moi, » rit-il en haussant les sourcils en signe de défi.
Je ne fais rien, je me contente de reculer d'un pas, adossé contre l'évier, ne pouvant détacher mon regard de ses yeux. Ces yeux qui à l'époque m'avaient fait fondre. Maintenant, je ne vois plus qu'un désir et de la malice.
« Tu… » commençais-je incapable de dire quoi que ce soit.
Pourquoi est-il là ? C'est impossible. Pourtant, je sens l'entaille que je venais de me faire à cause du verre, bruler. Ce n'est donc pas un rêve. Il se déplace alors, sourire aux lèvres, contournant la table, et s'approche de moi. Je ne fais aucun geste. Je l'observe simplement. Je reconnais ses blagues satiriques, et la vivacité de ses yeux. C'est lui.
« Et puis… Tu es toujours aussi maladroit. »
Je sens ses doigts attraper mon poignet, et sa main relever la manche de ma chemise. Je frissonne mais ne le lâche pas des yeux. Comme à mon habitude, je ne peux rien faire. Il m'électrise. Il passa un doigt contre la coupe que je venais de me faire seul, comme un idiot, qui transperce ma paume.
« Mon Chapelier Fou, » susurra-t-il en portant ma main à ses lèvres.
Je tire sur mon bras mais sa seconde main me maintient fermement la taille. Une minute. Il a normalement perdu sa main gauche contre Rumpelstiltskin…
O
J'ouvre les yeux précipitamment, le cœur battant. Je suis toujours dans la cuisine, assis à une chaise, la tête dans mes bras. Je me redresse, et scrute la pièce. Il n'est pas là. Encore un rêve. Je passe une main dans mes cheveux humide de sueur, et je grimace. Ma paume. Je fixe ma main. Une entaille profonde me marque. Comme dans mon rêve.
Je me lève d'un coup, les bras tremblant. C'était vrai ? Ce n'était pas un rêve ? Pourtant, personne ne peut entrer dans cette maison sans que je sois au courant ! Et je le saurais si un pirate portant un croché se baladait dans Storybrooke ! Alors pourquoi je porte la même blessure que ce rêve ?
Il faut que j'arrête de faire ces rêves. Ils deviennent de plus en plus réels, et plus intenses. Je vais finir par rester bloqué dans un de ses rêves pour continuer à le suivre éternellement.
Le docteur Hopper. Le cricket. Le psychologue où je ne sais pas quoi. Il trouvera peut-être quelque chose pour faire disparaitre ces rêves. C'est la seule personne à qui je peux demander cette faveur. Rumpelstiltskin voudra quelque chose en échange, quant à Regina, je risque de laisser parler ma colère si je la vois. Sinon, les autres sont sans importance. Et surtout pas le Monsieur Frankenstein. Il risque de me disséquer la tête pour voir comment marche mes neurones en ce moment.
Ca fait longtemps que je ne me suis pas entré vraiment dans le centre de Storybrooke. Et encore moins pour rendre visite à quelqu'un. Mais là, je ne peux plus supporter ces rêves.
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Je sais, il est très tard. Mais j'imagine que ce cricket doit toujours être dans son cabinet. Ou du moins j'espère. Je ne veux pas m'endormir cette nuit et retrouver ce pirate dans mon lit. Puis, la porte s'ouvre à mon plus grand soulagement.
« Vous êtes… » commença le docteur sans ouvrir totalement la porte, les yeux plissés.
« Jefferson, » fis-je avec lassitude.
Je vois qu'il n'est pas près à ma laisser entrer. Il resta à me fixer longuement. Puis je me souviens de leur peur de voir un individu extérieur à Storybrooke venir passer des vacances ici.
« Chapelier… » continuais-je en faisant une révérence ironique. « Le chapeau qui manque à l'appel vous perturbe… »
« Le Chapelier Fou du Pays des Merveilles ? » s'enquit-il en ouvrant un peu plus la porte, sourire aux lèvres.
J'ai toujours haït les gens qui me surnommait de fou. Ils ne savent en rien ce que j'ai enduré. C'est cette vieille folle de Reine de Cœur qui m'a rendu comme ceci. Ainsi que cette Regina.
« J'ai besoin que vous m'aidiez, » continuais-je d'une voix plate.
« Bien sûr, entrez ! »
J'ai la vague impression qu'il s'intéresse à mon cas en partie parce que je suis soi-disant fou. Ou du moins, ce que les autres disaient de moi à l'époque. Apparemment ce cricket à certainement dû entendre parler de moi dans l'autre monde, sinon, il ne m'aurait pas invité à rentrer si facilement.
« Asseyez-vous, je vous en pris, » m'invite le docteur en me montrant d'un signe de la main le canapé face à lui.
Je prends donc place, méfiant tout de même. Il s'assit en face de moi dans un fauteuil, prenant un air soudain sérieux.
« Ce n'est en rien pour parler de mes problèmes que je suis ici, » raillais-je en voyant qu'il sortait un bloc note.
« Ceci est juste pour m'aider à éclaircir ce en quoi vous êtes venu ici, » répondit-il sans lâcher son sourire sincère.
Je comprends pourquoi tant de gens vont le voir. Il représente l'honnêteté par nature. Tellement différent de nous.
« Déjà, de un, je ne suis pas fou, » fis-je en fronçant les sourcils.
« Je n'ai jamais rien dit de tel, » répliqua-t-il en haussant les sourcils. « Vous avez peut-être un air et des mimiques très personnelles, même extraverties. Mais ceci ne vous met pas au stade de fou. »
Je le regarde intrigué. D'où peut-il sortir ce genre de phrase ? C'est comme s'il utilisait un sortilège afin d'apaiser toute la pièce. Pour quelques secondes, j'avais oublié ma venue ici. Et donc, ce pirate.
« Je voudrais juste que vous me trouviez un remède pour que je puisse oublier certains rêves… » fis-je en m'installant plus confortablement dans le canapé, faisant mine d'être indifférent à ses bonnes paroles.
« Quels genres de rêves ? »
« Des rêves trop réels. »
Il inscrit quelque chose sur sa feuille. Son air professionnel me stop quelques peu dans mon élan. Jamais je ne lui dirais ce qui se passe réellement dans ses rêves, où il me prendrait décidément pour un fou.
« C'est-à-dire ? » m'encourage-t-il.
Je cherche bien mes mots pour ne pas en dire trop.
« Depuis quelques semaines, je rêve de quelqu'un. A chaque fois que je m'assoupis. Il est partout ! »
Je hausse la voix. La frustration que tout ceci ne soit qu'un rêve me fait perdre la tête.
« Absolument dans tout vos rêves ? » insista le cricket en redressant ses lunettes.
Je hoche la tête et me mit à me tordre les doigts nerveusement.
« Cette personne, que fait-elle ? » demanda-t-il alors.
Ma voix se bloque dans ma gorge. Non je ne vais pas dire que cette personne est un homme qui me fait délirer, et m'embrasse dès qu'il en a l'occasion, voir plus.
« Il est proche. C'est un ami. » répondis-je simplement.
Je vois à ses yeux qu'il sait que je lui cache des choses. Pourtant, il ne semble pas trop s'attarder dessus.
« Tout ce que vous me direz ne sortira pas de cette salle, » fit-il doucement.
« Je sais. »
Il passe à autre chose. J'en suis soulagé. Heureusement que cet homme ne cherche pas dans les décombres de la vie personnelle de ses patients.
« Ce qui m'a poussé à aller vous voir, » commençais-je. « C'est à cause de ceci. »
Je remonte la manche de mon manteau noir et tend ma main pour lui dévoiler ma blessure encore fraiche.
« Je ne suis pas un expert en blessure quelconques, » fit-il en observant ma paume.
« Vous voyez cette coupure, je me la suis faite dans un rêve. »
Il semble étonné, et hausse les sourcils. Je m'explique alors en m'enfonçant de nouveau dans le canapé.
« Tout à l'heure, je me suis assoupi dans la cuisine. J'ai encore rêvé de lui. Et dans ce rêve, je me suis coupé. Lorsque je me suis réveillé. J'avais la même marque sur la main. »
« Etes-vous sûr de ne pas posséder cette cicatrice avant ? »
« Non. Je l'aurais sut. Ma fille est très attentive à tout autour d'elle. Au moindre « bobo », elle me demande une explication… Enfin. Je suis sûr que je n'avais pas ça avant. »
Il griffonna de nouveau sur cette feuille blanche. Le silence se fit. Je baille de nouveau. La pénombre de la pièce m'enveloppe lentement. J'ai vraiment besoin de sommeil en ce moment.
O
« Chapelier ? »
J'ouvre doucement les yeux. La lumière m'aveugle et me brûle les yeux. A l'odeur, je suis toujours dans le bureau de ce cricket. Je baille.
« Tu devrais ouvrir les yeux. »
Cette voix. Lorsque j'ouvre de nouveau les yeux, je voix ses deux prunelles si clairs m'observer. Il est penché vers moi, tandis que je suis toujours avachit dans le canapé. Son visage n'est plus qu'à quelques centimètres du mien.
« Killian… » murmurais-je effaré.
Je sentais son souffle contre mon visage. Il s'assit alors sur les genoux, toujours face à moi, sourire aux lèvres. Il passe ses doigts sous mon manteau, puis, entre en contact avec ma peau. Je sursaute mais il finit par capturer mes lèvres. Encore. Encore et toujours…
Cependant, je sens sa main descendre plus bas. Je voudrais arrêter, pour lui parler en face. Mais je ne veux en rien stopper ce baiser fougueux.
« Je t'aime… »
QUOI ?
O
Cette fois-ci, quand j'ouvre les yeux, je sens encore ses lèvres contre les miennes. Ce qui m'a fait me réveiller, se sont ces simples mots. Jamais Killian ne pourrais ou ne me dira ça. Il a trop de fierté. Heureusement, malgré ces rêves, je sais reconnaitre le vrai du faux.
« Monsieur ? »
Je reprends conscience de la réalité. J'étais toujours dans le bureau du cricket. J'ose lui lancer un léger regard, espérant n'avoir rien laissé transparaitre de mes rêves.
« Je… » commençais-je en passant une mains contre mon crâne douloureux.
« Encore un rêve ? Je vois qu'à la moindre faiblesse, vous vous endormez. »
« J'ai fait quelque chose qui… ? » tentais-je.
« Vous semblez heureux, c'est tout ce que je peux vous dire. »
Il sourit encore. J'ai rarement vu des sourires si sincères. Instinctivement, je passe deux doigts sur mes lèvres. Tout ceci semble de plus en plus vrai. Ca me fait de plus en plus mal.
« Comment faire disparaitre tout ça ? » demandais-je rapidement en fronçant les sourcils.
« Ce que je peux vous dire, c'est que les rêves sont souvent complexes. Avez-vous déjà procédé à un contrat ? »
« Un… Contrat ? »
Il ferme son bloc-notes, et pose son crayon sur la table basse entre nous.
« Je crois avoir compris. Le fait que vous faites des rêves similaires démontre que c'est le début d'une promesse qui à été faite. On un contrat. »
« J'aurais fait un contrat avec quelqu'un pour rêver de… Mon ami ? »
Qu'est ce qu'il raconte. Après l'affaire de la Reine, et Rumpelstiltskin qui rode, je n'ai plus jamais fait de contrat ou autre.
« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. » rectifia-t-il en secouant la tête. « Une promesse avec votre ami. Qui stipule une retrouvaille, ou quelque chose de la sorte. »
« Une promesse ? Mais on en fait tous les jours des promesses. »
« Une promesse faite avec de la magie. »
Quand aurais-je passé un quelconque accord avec ce pirate ?
« Allongez-vous dans ce canapé. Rappelez-vous de tous vos souvenirs. Vous allez pouvoir vous rappeler de la fois où vous avez fait cette promesse. Si nous découvrons le but de ce contrat, nous pourrons bien avancer. »
« Qu'est ce qui vous fait dire ça ? » demandais-je en haussant les sourcils, méfiant.
« Dans ma vie, j'ai déjà eu des cas similaires, » sourit-il.
« Et si je m'endors et que je rêve encore ? »
J'ai trop peur de le revoir encore une fois. Car les choses deviennent de plus en plus réelles.
« Vous allez boire ceci. »
Il se lève, ouvre une armoire qui grinça, et en sortit une fiole au liquide violet.
« Vous serez en léthargie. Mais cette potion vous empêchera de vous endormir. Normalement, cette fiole est utilisée pour les jeune gens qui voulaient ne pas s'endormir pendant leurs dures heures de travail. Mais ça vous sera bien utile. »
J'attrape la fiole doucement, sans le lâcher des yeux. J'ai fait tout pour oublier ses souvenirs. Parce que ça me faisait mal. J'en suis venu en vingt-huit ans, à presque tout oublier. Mais me voilà bien. Si je dois me rappeler d'une promesse, j'en ai pour longtemps. Si cette torture ne sert à rien, je tue le criquet.
J'avale donc la potion d'une traite, tandis qu'il m'invite à m'allonger. Je me sens partir. J'espère pour lui que je ne rêverais pas de ce pirate. Je ne veux pas revoir tous ses souvenirs. Je m'allonge à contre cœur et ferme les yeux. Puis, du noir. J'entends juste… Une musique… Des bruits de verres qui s'entrechoquent… Des rires… Je reviens dans le passé. Vingt-neuf ans en arrière.
Je voulais vous remercier pour les reviews, ça me fait super plaisir de voir que cette fiction plaît !
Dans le prochain chapitre, il y aura le vrai Killian !
Des avis pour la suite ?
