CHAPITRE 27.


Sortant du commissariat après avoir terminé sa paperasse et fait ses adieux à Jordan Shaw, Kate se dirigeait vers le petit café du coin pour rejoindre Lanie.
Ces dernières quarante huit heures avaient été hautes en émotion, et elle appréciait désormais la solitude dont elle pouvait bénéficier pour réfléchir à tout ça.

L'affaire était bouclée, un criminel était en prison, et pourtant elle se sentait vidée. Son appartement avait explosé avec toutes ses affaires, elle allait devoir passer les prochaines semaines à en trouver un nouveau dans sa gamme de prix et près du poste….autant chercher une aiguille dans une botte de foin, et…..et…elle avait couché avec Rick.

A cette pensée, elle soupira, la tête basse. Elle avait espéré ces retrouvailles depuis une dizaine d'années. Elle avait imaginé une tonne de scénarios, mais jamais, au grand jamais, elle n'avait pensé pouvoir lui proposer une amitié avec avantage. Et désormais, à cause d'elle, ils se retrouvaient dans une nouvelle relation plus que bancale dont elle devait définir les règles.

Pourquoi ne pouvait-elle pas être une personne normale, dans une relation normale ? Pourquoi devait-elle toujours tout compliquer avec ses doutes et ses appréhensions ? Ils avaient passé une nuit magique…..rien qu'en se la remémorant, elle pouvait à nouveau ressentir ses muscles pubiens se resserrer et la chaleur monter. Elle pouvait encore ressentir ses soupirs sur sa peau, entendre ses râles de plaisir à son oreille. Ils avaient été….extraordinaires. Mais…pouvaient-ils être plus ? Plus qu'une nuit de sexe ?

Elle était terrifiée à l'idée de tout foutre en l'air, de perdre son ami…elle lui avait promis aucun regret et elle commençait déjà à ruminer ce qui avait été l'une des plus belles nuits de sa vie.

Soupirant contre elle-même, elle releva le regard pour tomber sur le sourire de sa meilleure amie à quelques mètres. Faisant signe d'une main, elle traversa la rue qui la séparait du petit café, en se souvenant des derniers mots de Jordan, au poste plus tôt :

« - entre nous , ce qui m'a le plus impressionné, c'est que vous soyez venue me chercher avec Castle.
- Certaines personnes pourraient trouver ça stupide
- Vous avez pris une décision rapide en utilisant les seules ressources dont vous disposiez, donc je dirais que c'est héroïque, et quelque part c'est même poétique
- Poétique ?
- Scott Dunn a fini par affronter Nikki Heat, et si on réfléchit bien, Nikki Heat c'est un mélange entre….Beckett et Castle . Maintenant reste à savoir si Nikki osera affronter son auteur, sourit malicieusement Jordan
- Je…Pardon ?
- Il tient à vous…peut-être que vous ne vous en rendez pas compte ou peut-être que vous n'êtes pas encore prête mais…..il tient à vous, Kate.
- Disons que ma relation avec Castle est…..compliquée, avoua-t-elle, la boule au ventre
- Je ne connais aucune une relation simple….mais toute complication a une solution tant qu'on y travaille à deux. Finalement le plus dur, ce n'est pas de faire confiance pour sa vie…..vous l'avez prouvé en venant seule avec Castle hier, mais de faire confiance avec son cœur.

Souriant à Kate qui baissait le regard vers le sol, Jordan lui tendit la main et ajouta, avant de partir:

- Lieutenant Beckett, ce fut un plaisir
- Le plaisir fut partagé. Merci Jordan.
- Merci à vous….à vous deux »

Faire confiance à Rick avec son cœur ? Voilà où était le problème. Elle était tellement terrifiée qu'il ne lui brise le coeur une seconde fois qu'elle se barricadait derrière un mur de briques, pour ne pas souffrir, mais à trop l'éloigner, elle risquait aussi de le perdre, non ?

- Honey , sourit Lanie en l'enlaçant, ce qui la sortit de ses pensées
- Hey. Comment vas-tu ?
- Ce n'est pas à moi qui il faut le demander. Mon appartement n'a pas explosé.
- Bon point, sourit Kate en retirant son manteau, avant de s'installer sous les yeux attentifs de Lanie. Quoi ? …..Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
- Tu as changé quelque chose, tu sembles différente ?
- Non, pourquoi ? fit, surprise Beckett, en s'observant des pieds à la tête
- Je n'en sais rien mais il y a quelque chose de changé, réfléchit la légiste, sans la lâcher du regard
- Eh bien, je n'ai pas changé de coupe de cheveux, ni de vêtements, alors je….
- Oh, je sais ! sourit-elle largement
- Tu sais ? Tu sais quoi ?
- J'ai trouvé ce qui est différent chez toi. C'est l'amour , c'est ça ?
- Pardon ? déglutit Beckett
- Oh, n'essaie pas de le nier. Je vois une lueur et je connais cette lueur. Tu t'es envoyée en l'air !
- Dois-je te rappeler que mon appartement a explosé, que je n'ai plus de toit ou de lit pour ce genre de chose, et que nous sommes en plein restaurant, alors baisse le volume, le barman n'a pas dû t'entendre ! siffla, rouge comme une pivoine, Kate
- Oh c'est vrai, l'appartement, reconnut Lanie en soupirant
- Oui . L'appartement. D'ailleurs à ce sujet, j'aurais aimé savoir si tu pouvais m'héberger quelques jours, le temps que…
- Tu t'es envoyée en l'air avec Castle ! la coupa Lanie, les yeux ronds, en la dévisageant.
- Je…quoi…Pardon ?
- Tu n'as pas d'appartement , ni de lit, mais Castle ..oui !...Oh mon dieu ! tu ne le nies même pas !
- Lanie, non, je…..
- Comment c'était ? Mieux que dans tes souvenirs ? Parce que vous n'étiez que des gamins à l'époque et dieu, l'homme a une réputation désormais et…..
- Lanie !
- Quoi ? Ose me regarder dans les yeux et me dire que toi et ton écrivain n'avez pas dansé le tango à l'horizontale ?

Baissant le regard honteusement, Beckett se demandait comment ces dernières quarante huit heures auraient pu être pire, et elle en avait la réponse. Elle se retrouvait devant Lanie Parish en pleine inquisition ! Dieu, comment avait-elle pu, d'un simple regard, en déduire que Castle et elle avait franchi un cap ? Cette femme devrait être détective et pas médecin légiste !

- Oh mon dieu, j'ai raison ! Sweety c'est super !
- Ouais, super, soupira Kate, qui aurait préféré gardé leur petit intermède à l'horizontale juste entre eux deux, pour le moment
- Oh ne fais pas cette tête là ! Ah moins que…..Heu…c'était si nul que ça ? grimaça Lanie alors que Beckett roulait des yeux
- Non
- Non ?
- Non, Lanie, ce n'était pas nul
- Alors pourquoi cette tête d'enterrement ?
- C'est….compliqué, soupira Kate en observant au loin les passants dans la rue.
- Tu m'étonnes, le mot compliqué a été inventé juste pour toi, honey !

Levant les yeux sur son amie qui la dévisageait, Kate ouvrit la bouche et la referma aussitôt . Elle ne savait plus où elle se situait dans cette relation qu'elle leur avait imposée, il y a deux nuits. Elle avait réclamé une relation sans attentes, avec des règles, alors qu'elle ne savait pas ce qu'elle attendait de lui ou d'eux. Soupirant , elle fit tournoyer la petite cuillère qui se trouvait dans le café que Lanie lui avait commandé, avant de l'entendre ajouter :

- Qu'est-ce qui se passe ? …Kate ?
- Je…j'ai…j'ai tout fait foiré une nouvelle fois
- Attends, attends…..raconte-moi depuis le début, d'accord ? reprit la métisse sur un ton doux, pour la rassurer et apaiser la peur qu'elle entrevoyait dans les yeux de sa meilleure amie.

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- Alors tu peux m'expliquer ta venue ? Non que je ne sois pas ravi te ta présence mais….
- J'avais une demande particulière à te faire, sourit Rick, entrant dans la maison.
- Oh, est-ce que cette demande concerne Kathie ?
- Eh bien, je ne vais pas paraitre original, mais oui, rit Castle
- Entre donc, je vais nous faire un café et on pourra discuter de cette demande, concéda, heureux, Jim en partant en direction de la cuisine pour récupérer deux tasses. Fais comme chez toi.
- Oui…merci, déglutit soudainement le jeune auteur, en pénétrant dans cette demeure familiale qui avait été comme la sienne .

Tout y était comme dans ses souvenirs, la commode à l'entrée où ils déposaient leurs clefs et leurs porte feuilles, les photographies où l'on voyait évoluer Kate et Rick à différents âges de leurs vies, des portraits de Jim et Johanna…..tout …tout était comme dans ses souvenirs, et pendant une fraction de seconde, seulement une, Rick sourit bêtement en entrant dans le salon, dans l'espoir de voir Johanna assise sur son Rocking-chair, un livre à la main.

- « Bonjour, chérie, sourit-elle, comme dans un mirage
- Hey….. bonjour, balbutia Castle, les yeux rougis et la gorge nouée en la voyant en face de lui
- Kathie n'est pas encore arrivée, mais on peut discuter tous les deux. Comment s'est passée ta dernière réunion ?
- Bien…Bien….

Il était décontenancé par ce souvenir, qui lui revenait de ses dernières vacances d'hiver. C'était comme tout était réel avec le poids de sa perte en plus. Il avait envie de pleurer, de hurler, de la prendre dans ses bras. Doucement, il se rapprocha comme un animal blessé. Il avait peur que son mirage s'envole et qu'il la perde une seconde fois. Elle était tellement belle, dans son pull blanc et son jean. Elle lui rappelait Kate . Pourquoi avait-il l'impression que ce souvenir était réel ? Pourquoi avait-il le sentiment qu'elle se trouvait en face de lui ?

- Je viens de terminer « sous une pluie de balles », fit Johanna en souriant
- Tu l'as lu au moins trois fois, concéda Rick, la gorge nouée, devant elle
- Je n'y peux rien si je le trouve excellent. Tu as ta première fan devant toi…..enfin avant Kathie bien sûr, sourit-elle, avec tant de tendresse et tant d'amour que Rick déglutit. Mais, il va falloir me divertir avec un nouveau roman
- Un nouveau roman ?
- Oui et peut-être que tu prendras en considération mon « Derrick Storm » comme personnage comme tu as choisi « Castle » en nom de plume.
- Storm…..
- Oh , je te demande un personnage principal, mais juste un petit clin d'œil. Il pourrait être simplement un témoin, ou l'épicier de la victime.
- L'épicier de la victime, rit Rick, les yeux rougis, en se demandant ce qu'elle aurait pensé de la saga des Storm.

Il se souvenait très bien la première fois où il avait tapé le nom de Derrick Storm pour ses livres. Il en était à son troisième roman publié à cet instant, et il avait l'impression de se perdre. D'oublier qui il était, et pourquoi il écrivait. A ce moment-là de sa vie , il avait eu besoin d'un personnage qui ait une réelle signification dans sa vie, tout comme Nikki , et cette conversation lui était revenue au moment de prendre le clavier …et ce simple épicier était devenu cet agent secret hautement connu.
La saga Derrick Storm était un hommage à Johanna Beckett, à la femme qu'elle était, à la mère qu'elle avait été…à la vie qu'elle lui avait offert. Et elle ne l'avait jamais su.

- Chéri, ne fais pas cette tête-là, on dirait que tu as vu un fantôme, ricana Jo. Allez, quoi que tu fasses ou que tu écrives, je serai toujours fière de toi.
- Je… »
- Richard, tout va bien ? s'inquiéta Jim en le voyant fixer l'ancienne chaise de Johanna , les larmes aux yeux. Richard ?

Il voulait lui dire merci. Merci pour l'enfance qu'elle lui avait apportée, merci pour avoir mis au monde la femme qu'il aimait, merci pour l'avoir aimé comme son propre enfant….il voulait lui dire « je t'aime », mais avant de pouvoir ouvrir la bouche, son mirage s'envola et laissa sous ses yeux une vieille chaise vide et un poids immense sur son cœur.
Ce n'était pas réel. Elle n'était pas devant lui . Elle était morte…et ce constat brisa un peu plus son cœur.

- Richard ?
- Je….oui, soupira-t-il, la boule au ventre, en fermant les yeux.

Il n'était pas revenu depuis des années ici. La dernière fois, il était simplement passé pour voir comment Jim s'en sortait avec sa dernière cure de désintoxication. Mais comme le père de Kate se débrouillait bien, et que toute cette maison lui rappelait ce qu'il avait eu et perdu, il avait préféré revoir Jim dans des lieux plus neutres, à l'extérieur.

Il n'aurait jamais pensé que venir ici lui remémorait à quel point elle lui manquait.

- Tu devrais t'assoir, fils, s'enquit le patriarche, inquiet, en déposant sur la table basse un plateau avec deux tasses à café et du sucre.
- Je…oui…oui…., balbutia-t-il, toujours les yeux rivés sur le rocking- chair.

Fronçant les sourcils, Jim commença à comprendre pourquoi Castle semblait si blême. Il avait longtemps hésité à retirer tout ce qui lui rappelait sa femme dans cette maison. Mais à chaque fois, sa détermination s'envolait…..il ne pouvait pas. Ce serait pour lui comme l'enterrer une seconde fois. Il avait besoin de voir son sourire sur les photographies, de sentir son parfum de vanille sur son oreiller tous les soirs, et de garder précieusement tous ces souvenirs d'amour qu'elle lui avait donnés tout au long de leur vie.

Il savait qu'il était pathétique. Qu'il ne pouvait pas avancer en continuant à asperger les pièces de son parfum, à discuter par moments comme si de rien n'était, comme si elle était là…mais il ne pouvait pas se résoudre à la laisser partir une seconde fois. Johanna Beckett avait été et serait toujours son grand amour.

Sentant le poids du chagrin tomber sur les épaules de Rick, Jim soupira, et décida d'aiguiller la conversation sur un ton plus léger pour aider le jeune homme à se ressaisir :

- Alors, tu avais une demande à me faire au sujet de Katie ?
- Heu…oui
- Si tu es venu me demander sa main , je dois dire que je suis surpris. Ça été beaucoup plus vite que je ne le pensais entre vous deux, et….
- Non, non,non…oh mon dieu, non!...…..attends, que veux-tu dire par là ? …Tu l'envisages ? Je veux dire….., déglutit Castle, en se souvenant de toutes les fois où Jim Beckett avait envisagé à le démembrer s'il touchait à sa fille
- Richard, j'envisage cette hypothèse depuis le jour ou ma fille t'a appris à embrasser, pouffa Jim
- Oh

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- Une relation sans attentes et sans complications ? ricana Lanie après avoir entendu toute l'histoire de Kate
- Quoi ? Tu y arrives bien avec Javi, se défendit-elle, en n'y croyant pas elle-même
- Javi et moi n'avons pas de passé. Il n'est pas mon grand amour, et….
- Castle n'est pas…..
- Et je ne l'ai pas pleuré pendant dix ans. Kate, Sweety, une amitié avec avantage c'est cool, vraiment…..mais pas quand il y a des sentiments au milieu
- Je sais, je sais ,soupira-t-elle….C'est juste que je ne sais pas quoi faire.
- Parle-lui. Dis-lui que tu veux y aller doucement mais qu'il n'y a pas besoin de règles
- Lui parler, gémit-elle, comme une adolescente devant son premier béguin
- Oui, tu pourchasses des criminels, alors c'est pas ça qui va te faire peur
- D'accord , d'accord, abdiqua fébrilement Beckett
- Bien….maintenant revenons sur cette nuit de sexe !
- Lanie !

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Ereintée et épuisée, Kate buvait tranquillement le verre de vin rouge que Rick lui avait servi quand elle était rentrée en fin de journée.
Elle avait passé son après-midi à répondre à toutes les questions de Lanie, tout en redoutant sa confrontation avec Castle ce soir-là. Elle lui avait promis une discussion et aucun regret, et elle devait désormais tenir ses promesses.

Mais grâce à Martha et Alexis, elle avait réussi jusqu'à présent à éloigner cette échéance.

- Darling, ces vêtements sont exquis ! s'exclama la matriarche, en fouillant dans les sacs de Kate sous les yeux attentifs de toute la famille
- Mère, connais-tu le sens du mot vie privée ?
- Bien entendu chéri
- Tu es sûre ? grinça Rick, mal à l'aise devant le comportement de sa mère à l'égard des affaires de Beckett
Il avait passé une journée haute en émotion, et il espérait sincèrement que sa soirée réponde enfin à toutes ses interrogations et ses inquiétudes. Mais en voyant les agissements de sa mère, il craignait qu'elle ne fasse fuir Kate avant qu'il n'ait pu avoir un semblant de discussion.

- Chéri, ce ne sont que des jeans, tee-shirts et robes. Je n'ai pas sorti ces ensembles exquis de dentelle
- Tu….je…quoi ? balbutia-t-il, les yeux ronds, alors que Kate riait à ses côtés
- Tu es si facile, Castle
- Ah, ah, très drôle, mais au vu du tempérament et des agissements de ma mère, elle aurait très bien pu…
- Les sous-vêtements de Kate sont dans sa chambre, gloussa Alexis, ce qui stoppa net Rick
- Je….quoi ? couina-t-il
- Ta fille vient de dire que tout ce qui est de ma vie privée est rangée dans un placard
- Non, Beckett…elle a dit que tu avais des nouveaux sous-vêtements ? sourit Castle devant cette affirmation, en agitant ses sourcils pour ne pas montrer à quel point cette discussion l'affectait
- ça t'étonne ? tu pensais que j'allais aller au poste en commando ?
- En…commando ? Je…..tu…tu l'as déjà fait ?
- Papa ! grimaça la jeune Castle
- Et c'est à moi qu'on fait des leçons de vie privée, le rabroua Martha, en rangeant soigneusement les sacs.
- Quoi ? C'est juste une question..pour la recherche…..peut-être qu'un jour Nikki irait au poste sans sous-vêtements parce que, avec Rook, ils….
- Papa !
- Quoi ? Avec Rook, ils seraient tombés dans l'Hudson après une course-poursuite en voiture, se défendit l'auteur, alors que sa muse roulait des yeux

Souriant devant ces deux têtes de mules, Martha prit la main d'Alexis et déclara tranquillement :

- On va vous laisser. Le théâtre n'attend pas.
- Vous partez ? s'inquiéta soudainement Kate à l'idée de rester seule à seul avec Castle, ce qui n'échappa pas à l'auteur .
- Une soirée grand-mère, petite-fille, prévue depuis des semaines.
- On va voir Cyrano de Bergerac , expliqua Alexis, en mettant ses chaussures avant de revenir vers son père pour l'embrasser, puis vers Kate. Bonne soirée. On se voit demain ?
- A demain, citrouille
- A demain, Alexis, sourit Kate. A demain, Martha
- A demain, darling…..et ne faites pas ce que je ne pourrais pas faire.
Et sur cette dernière phrase, totalement inappropriée, que Martha sortit du loft en compagnie de sa petite fille, pour laisser une Beckett rougissante devant son verre et un Castle stupéfait.

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- Alors ?
- Alors ? répéta, intimidée, Kate en buvant son verre de vin
- Tu rougis ?
- Non !
- Oh, je ne pensais pas voir Kate Beckett rougir, rit Castle pour dédramatiser la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Il avait à cœur de la mettre à l'aise ce soir, de discuter comme au bon vieux temps. Il voulait que Kate ait de nouveau confiance en lui , en eux.

- Je ne rougis pas !
- Non ?
- Non ! rétorqua-t-elle en déposant son merlot sur la table basse. Ecoute, à propos…de ces règles, ce lança-t-elle en décidant qu'il valait mieux ôter le pansement rapidement. Je….
- Avant que tu ne continues, j'ai quelque chose pour toi, la stoppa Rick, anxieux de connaitre enfin ses pensées.

Il avait attendu ça toute la journée, et désormais il n'était pas pressé d'y être. Et si elle regrettait ? Et si ces règles qu'elle désirait ne lui convenaient pas ? Et si….il terminait le cœur brisé ?
Paniqué et agité, il se leva d'un bond pour partir en direction de sa chambre, sous le froncement de sourcils de Kate.
Elle n'avait pas hâte non plus de commencer cette conversation, mais elle était pratiquement sûre qu'il l'attendait bien plus qu'elle. S'était-elle fait des idées ? Avait-il des regrets et désirait simplement une relation amicale ? …..Mon dieu, que ferait-elle s'il désirait seulement une relation avec avantages, comme elle l'avait suggéré quelques jours auparavant ?

Blêmissant à cette idée, elle sentit son ventre se nouer. Toute cette idée de coucherie était une erreur, Lanie avait raison. Il était son grand amour, il l'avait toujours été….et il allait certainement lui briser le cœur une seconde fois.

Levant le regard, elle le vit se dandiner mal à l'aise, un pied sur l'autre avec deux grandes boites en carton. Fronçant les sourcils, elle lui répliqua :

- Castle , ce n'est pas mon anniversaire
- Je sais
- Et ce n'est pas Noël
- Techniquement, Noël est dans trois semaines alors…..c'est un petit avant-goût, fit-il, les mains tremblantes, en lui tendant ses présents. Je vais poser celui-là par terre, il est lourd.
- Mais…..je…je n'ai rien à t'offrir et…
- Ce n'est rien, juste des bricoles…..tu vas voir, avoua-t-il pour apaiser sa culpabilité, alors qu'elle mettait sur ses genoux le premier carton.

Caressant du bout des doigts, le papier mauve plastique, elle n'osait pas ouvrir ses présents. Elle avait l'impression de ne pas mériter autant de bonté, de prévenance de cet homme. Les yeux rougis , elle sursauta quand la main de Rick se lia à la sienne, et qu'il lui murmura tendrement :

- Ouvre, Kate

Déglutissant, elle hocha simplement la tête et commença à déballer son premier cadeau. A l'ouverture de ce dernier, elle fronça les sourcils et ancra son regard perdu dans celui de son meilleur ami qui lui avoua incertain :

- Je sais que ce ne sont pas les tiens, et qu'il y a beaucoup de souvenirs que je n'ai pas, mais….
- Tu m'as refait des albums photos ? fit-elle, stupéfaite et en larmes
- Je…oui

Les mains tremblantes, elle sortit le premier album et l'ouvrit sous les yeux attentifs de Castle, et tout son monde s'écroula. Devant elle,se trouvaient des photos de Kate bébé, entourée de ses parents et à divers âges de la vie. Tout y était. Son enfance, son adolescence, son obtention de diplôme, même des photographies moins anciennes entre elle et son père à la cabane de pêche.
Le ventre noué, la gorge sèche, elle découvrait, un à un, les différents albums confectionnés avec soin, où tout son passé était retranscrit.

- Comment ? fut tout ce qu'elle pouvait demander.

Comment avait-il réussi à faire ça ? Comment avait-il, en une journée, retrouvé l'ensemble de ses souvenirs ? Comment avait-il réussi ce miracle ? Relevant le regard, empli de larmes, sur Rick, elle le vit se tortiller devant elle, et lui avouer, une main sur la nuque d'embarras :

- J'ai fait des photocopies de mes albums et de ceux de ton père
- Tu es allé voir mon père ?
- Oui…tu semblais si dévastée à l'idée d'avoir perdu les photographies de ta mère….je…je sais que tout n'y est pas, et que…..
- C'est parfait, le coupa-t-elle, le cœur empli d'amour pour cet homme si prévenant et si attachant
- Sûr ?
- Sûr, c'est…..parfait, sourit-elle, en se penchant pour effleurer du bout de ses lèvres celles de Rick.

Doucement sa bouche dansa avec la sienne, son souffle se mêla avec le sien, et pour une fois dans leur vie, il n'y avait pas de douleur ou de refuge dans cet élan de tendresse. Il s'agissait simplement d'eux.
Lâchant à contre cœur ce baiser si délicieux, Rick lui chuchota en caressant la joue :

- Ouvre le second
- Dois-je prévoir des mouchoirs ? rit Kate, le visage en larmes
- Non….je ne crois pas, sourit Castle, en lui montrant des yeux le paquet qui l'attendait sur le sol.

Séchant ses joues sans le lâcher des yeux, elle se mit à genoux avant de commencer à déballer son second présent, le cœur tambourinant. Elle n'en revenait toujours pas de son attention à son égard. Il avait reconstitué ses souvenirs…il avait passé son après-midi à prendre soin d'elle. Elle pouvait désormais entendre la voix de sa mère lui confier, comme à de nombreuses reprises dans le passé.
« Il tient à toi Kathie… il tient à toi ».

Les mains tremblantes, elle se stoppa devant les objets qui se trouvaient à l'intérieur. Tout ce pourquoi elle avait pleuré pendant deux jours se trouvait désormais devant ses yeux…. Absolument tout.

- J'ai lavé Chewbi parce qu'il n'a pas apprécié le barbecue surprise, déclara Rick en la voyant, atterrée, devant sa boite. Il est comme neuf, tu vois ? Heu…pour la montre de ton père, un horloger s'est chargé de tout, ajouta-t-il, quand il la vit passer, dans un silence de moine, ses doigts dessus. Et….les livres sont nouveaux, mais je les ai tous dédicacés…..Kate ? ça va ? s'inquiéta-t-il en la voyant tête basse devant ses objets.
- Ça va , pleura-t-elle devant tout ce qu'impliquait ses présents.

Elle se sentait submergée par toutes ses émotions. Comment avait-elle pu le tenir à l'écart ? Comment avait-elle pu ne pas voir à quel point cet homme tenait à elle ? Tous ses souvenirs de son enfance, son adolescence et de ces dernières années remontaient à la surface. Et dans tous ces souvenirs, la seule constante dans sa vie avait été Rick….ça avait toujours été Rick Rodgers. Sanglotant de joie devant son carton, qui lui indiquait qu'il désirait le même genre de relation qu'elle, elle sentit ses murs s'abattre et elle se mit à rire, en sortant une boite noire du carton :

- Oh…..eh ben tu le croiras ou pas, mais ce truc est resté intact, alors ….je l'ai mis dedans.
- Tu sais…..j'ai toujours voulu utiliser ce truc avec toi, avoua-t-elle, tout sourire, en se mordant la lèvre inférieure devant son embarras face à la boite de préservatifs que Johanna leur avait donnée à leur adolescence.
- Je…..oh, fit-il les yeux ronds
- Hum…Hum….dire que ma mère nous a donné cette boite et qu'on n'a pas su l'utiliser convenablement ensemble….c'est un sacrilège, tu ne trouves pas ?
- Je…je pense qu'on pourrait remédier à cette erreur désormais,non? déglutit-il devant ses insinuations
- Oh, tu le penses ? sourit-elle en séchant ses larmes, avant de se lever pour le surplomber de toute sa hauteur.

Elle était prête…prête à lui faire confiance, prête à sauter avec lui sans filet….prête à avoir les deux pieds dans cette relation….prête à lui donner son cœur .Souriant en le voyant , la bouche ouverte et les yeux rougis en face d'elle, elle les revit soudainement enfant, avec ces yeux bleus innocent et son âme d'enfant toujours prêt à lui faire plaisir.

Comment pouvait-on trouver son âme sœur à seulement huit ans ? Comment avait-elle pu être si chanceuse et ne pas s'en apercevoir ? Sentant son courage décuplé devant les présents que Rick lui avait offert, Kate lui offrit le plus beau et le plus sincère des sourires qu'elle pouvait.

Et voilà, il avait encore le souffle coupé devant elle. Comment arrivait-elle à éveiller autant de désir, d'amour en un seul regard ? Ses cheveux ondulaient gracieusement autour de ses épaules, son regard ne le lâchait pas d'un seul pouce. Doucement, elle entrelaça ses doigts aux siens, et son corps frissonna aussitôt devant ce léger peau à peau…. et en un instant ses yeux s'écarquillèrent de surprise…elle était là…..devant lui, la Kate de ses souvenirs. Douce et souriante. Elle était devant lui, et lui souriait avec tellement d'amour et de désir que Rick sentit son cœur battre la chamade.

- Tu viens, Rick ? demanda-t-elle avec tant de tendresse qu'il eut l'impression que son esprit lui rejouait des tours, comme ce matin, avec Johanna.

Se pouvait-il qu'il rêve encore ? Que son subconscient lui joue des tours ?

- Rick ? …..Viens avec moi, soupira tendrement Kate, en se baissant pour effleurer ses lèvres
- Ce n'est pas un rêve ? demanda-t-il, penaud
- Définitivement pas un rêve…..allez, viens avec moi, sourit-elle en se dégageant sensuellement de lui, et en ondulant outrageusement ses hanches, tout en se dirigeant vers la chambre du maitre de maison. Et Castle ?
- Qu…quoi ? balbutia-t-il devant elle
- N'oublie pas la boîte noire….


Allez, on avance! J'ai pas pu câler la soirée de promotion , chapitre trop long sinon. Je pense aussi qu'on va arriver vers la fin de cette histoire encore quelques chapitres et ce sera clos mais avant, un dernier rebondissement, non?

Merci à tous et toutes pour vos commentaires précédents, j'espère que ce chapitre vous plaira. En attendant le chapitre suivant, c'est moi qui vais vous lire maintenant…..A vos claviers lol.