CHAPITRE 28
L'air soufflait dans ses cheveux et, comme un réflexe, elle resserra un peu plus les pans de son manteau. A tout juste trois semaines de Noël, les new-yorkais se trouvaient quelque peu chanceux par cette légère douceur hivernale. La neige n'était pas encore tombée, le gel n'était pas au rendez-vous et par miracle, il ne pleuvait pas.
Perdue dans ses pensées, elle s'avança encore de quelques pas avant de se stopper pour fixer son attention devant elle. Comme un vieux rituel d'une dizaine d'années, elle resta là, sans bouger pendant quelques minutes, en tentant de ne pas laisser son cœur se briser un peu plus.
On dit qu'avec les temps la perte est moins douloureuse, mais Kate trouvait ce dicton hypocrite et certainement créé par des personnes qui n'avaient jamais réellement vécu un drame. Le temps n'adoucissait pas cette douleur qui la consumait peu à peu, n'allégeait pas le manque qu'elle ressentait de sa mère chaque jour et encore plus à certains moments. Non…. Le temps lui rappelait juste qu'elle vivait sans sa mère depuis plus de dix ans, et que c'était déjà bien trop selon elle.
Inspirant en sentant les larmes lui monter aux yeux, elle tenta un sourire, avant de retracer de ses fins doigts la stèle où reposait Johanna Beckett. Douloureusement, elle déglutit en murmurant, comme un vieux secret entre elle et Johanna :
- Hey, maman
Rien que de la nommer sans la voir, sans entendre son rire, sentir sa délicieuse odeur de vanille, la laissa en pleurs. Dieu que c'était difficile d'être là. De ne pas réellement discuter avec elle.
Chassant aux loin son chagrin d'un revers de la main, Kate renifla avant de continuer son rituel…parler à sa mère comme si elle était devant elle.
- Rick a sa soirée de promotion ce soir…pour son nouveau livre…je crois que Nikki Heat explose les scores, qui l'aurait cru ? …. j'ai lu le livre, et je dois dire qu'il est vraiment excellent….. tu serais fière…..vraiment fière de lui. Il est juste parfait…..en tant qu'auteur, en tant que père…en tant qu'homme…. tu serais fière, maman.
- Je…..je vais à la soirée de promotion ce soir, je sais, je sais, sourit-elle en imaginant la réaction de sa mère devant elle. Il était temps ! Je dois dire que je suis un peu nerveuse à l'idée d'y assister mais…. Je suis heureuse , maman…et je tenais à ce que tu le saches.
Inspirant plusieurs fois pour garder le flot d'émotions qui la submergeait à cet instant, Kate leva quelques secondes les yeux au ciel, avant d'observer à nouveau la pierre tombale en face d'elle. S'agenouillant devant elle, elle retraça à nouveau les inscriptions dessus et ajouta en chuchotant :
- Rick et moi…..on est ensemble. Enfin….je veux dire…je crois que ça va marcher cette fois-ci. Et…..et j'aimerais juste que tu sois là pour le voir….pour nous voir. Tu me manques tellement.
Soupirant, elle ferma ses yeux en mordillant sa lèvre inférieure. Sa tristesse était en train de l'emporter sur toute la joie qui l'avait animée depuis la veille au soir. Elle s'était pourtant promis de ne pas laisser son passage au cimetière ternir cette journée, mais le manque de sa mère était toujours trop lourd à porter.
Posant une main sur le sol, elle sentit le froid de l'hiver sur la pelouse, l'humidité de la terre, et après une légère bourrasque de vent, elle ouvrit à nouveau les yeux pour fixer tout ce qui restait de sa mère. Une pierre…et des inscriptions.
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Sa nuit et sa matinée avaient été sous le signe de la bénédiction. Rick Castle était un homme heureux, et n'importe quelle personne le croisant aujourd'hui ne pourrait nullement en douter. Il arborait un sourire permanent depuis qu'il avait quitté son lit ce matin pour préparer le petit déjeuner à sa fille. Les images de cette nuit et de ce matin tournaient en encore en boucle dans sa tête….
Flashback.
Son corps pressé au-dessus du sien, ils tentaient tout les deux de rependre leur souffle après un round épique. Les jambes de Kate tremblaient autour de ses hanches et sa respiration était anarchique. Souriant comme un bienheureux dans son cou, il se laissa quelques secondes s'enivrer de son doux parfum de cerise, avant de s'aider de ses coudes pour se ré-ajuster sur le corps de Kate afin de ne pas l'écraser, et il lui murmura, tout sourire, en embrassant ses lèvres gonflées et rougies par leur précédente étreinte :
- Je ne te savais pas aussi …flexible
A sa déclaration, Kate se mit à rire en le contemplant au dessus d'elle. Sa poitrine collée à la sienne, ses jambes mêlées autour d'elle et son érection toujours en elle donnaient à leur étreinte une intimité jamais encore partagée.
Elle n'avait jamais vécu un tel sentiment de béatitude. Elle n'était pas du genre câline et refusait en général les étreintes post-coïtales, mais avec Castle ce soir, elle n'aurait souhaité être nulle part ailleurs.
Enlaçant paresseusement son cou de sa main, elle lui chuchota, en se mordant la lèvre inférieure:
- Il y a tant de choses que tu ignores encore sur moi
- Oh…et… est-ce qu'il se pourrait que je découvre l'une de ces choses…dans les prochaines minutes ? Demanda-t-il en se soulevant de quelques centimètres ,simplement pour la contempler d'un regard noir de désir.
Son corps était si svelte, si musclé et …plein de sueur….. sa poitrine…..dieu, sa poitrine, se soulevait avec tant de sexe appeal qu'il sentait déjà son désir gonfler à nouveau pour elle. Soufflant sur son mamelon , pour la taquiner, il observa avec plaisir sa réaction instantanée. Son monticule se dressa sous son souffle, et le gémissement de Kate, qui bougea doucement ses hanches contre les siennes, lui provoqua des frissons le long du dos.
Heureux, il descendit sa bouche sur son mamelon et commençait doucement à le maltraiter avec sa langue, quand Kate tenta de se dégager en lui murmurant gêner mais désormais à nouveau exciter :
- Castle…..je suis toute en sueur
- Hum…..et c'est tellement sexy, susurra-t-il en l'observant, sans lâcher sa poitrine de la bouche. Toi….toute en sueur contre moi.
- Et collante…. Et...oh mon dieu, gémit-elle en posant sa tête sur l'oreiller en sentant son érection reprendre vie à l'intérieur d'elle.
Comment pouvait-il enchainer un second round aussi rapidement?
Les hanches de Castle poussaient doucement, trop doucement à son goût contre les siennes, et ses mains…..ses mains caressaient tendrement ses flancs avant qu'il ne se soulève et se retire d'elle sans préambule, la laissant excitée et insatisfaite :
- Qu'est-ce que tu fais ? râla-t-elle, désireuse, en le voyant se lever du lit tout en la contemplant amoureusement
- Je dois m'occuper de ça, sourit-il en en baissant son regard sur son érection plus que tentante
- Je pensais t'avoir prouvé que je pouvais très facilement m'en occuper, le taquina Kate, en comprenant très bien ses dires.
- Oh….. mais je compte bien te laisser les commandes… dès que j'aurais changé de préservatif, pouffa-t-il en se tournant pour partir dans la salle de bain, lui laissant une vue splendide de sa chute de rein robuste et musclée et de son fessier….. si tentant.
Se mordant la lèvre en observant le déhanchement de Rick , Kate resserra instinctivement ses jambes pour tenter de calmer le désir qui faisait rage dans son bas ventre. Comment pouvait-elle encore avoir besoin de lui après qu'ils viennent seulement de terminer un round. Et quel round ! Jamais encore , un homme avait réussit à la satisfaire autant, à la faire monter si vite et si fort…..
Sentant cette délicieuse douleur entre ses cuisses, Kate se leva du lit pour observer quelques secondes la chambre dans laquelle elle se trouvait. Tout était si masculin, si élégant, qu'elle sourit en observant cette pièce qu'elle ne connaissait pas. Les tableaux sur les murs lui rappelaient étrangement ceux qu'il avait dans son ancienne chambre d'ado, mais en plus grand….vraiment plus grand . Sur sa commode, se trouvaient des photographies d'Alexis et Martha, ainsi que de Johanna et Jim. Retraçant de son doigt, le portrait de ses parents, Kate sourit en observant l'image à côté de cette dernière. Rick et Kate sur leurs balançoires, dans leur lotissement, à l'âge de huit ans. Mains dans les mains, en train d'observer leurs aires de jeux.
Perdue dans ses pensées, elle en fut sortie par le raclement de gorge de Rick qui la contemplait craintivement, sur le pas de la porte de la salle de bain, une serviette autour des hanches.
- Tu vas bien ? demanda-t-il, inquiet, en la découvrant devant ses photographies, en tenue d'Eve l'air songeur
- Oui….j'avais oublié cette photo, sourit-elle en se retournant, puis en arquant un sourcil. Pourquoi suis-je nue et pas toi ?
- Si c'est juste ce qui m'embête, je…
- Non…laisse-moi ce plaisir, chuchota-t-elle timidement, en s'approchant de lui avec tant de sensualité que Rick déglutit à cette vision.
Tout semblait si naturel, si simple ce soir, qu'elle fut presque intimidée pour la suite. Ils n'avaient pas discuté, pas réellement étiqueté leur relation, mais Kate espérait sincèrement qu'après cette nuit avec lui, plus aucun doute de persisterait sur le fait qu'elle veuille une relation avec lui.
La lumière de la salle bain était encore allumée et attira son attention quand elle déposa fébrilement les mains sur son torse suant et musclé.
- Kate ?
- J'ai envie de prendre une douche, sourit-elle en observant la pièce derrière Rick, pleine de promesses, chaude en couleur
- Oh…..heu….oui, oui, vas-y, je vais te montrer où tu peux trouver les serviettes, et… ;
- Je veux prendre une douche avec toi, le coupa-t-elle, en faisant tomber la serviette qui couvrait les hanches de Castle sur le sol
- Je….tu….veux prendre une douche…avec moi ? balbutia-t-il devant autant de liberté de sa part
- A moins qu'il y ait une autre personne dans cette pièce, oui, je parle de toi, rit Kate, en entrant dans la salle de bain, le laissant derrière elle, la bouche ouverte. Tu viens, Castle ?
- Je..oui..oui ! s'exclama-t-il , tout heureux, en la voyant si ouverte avec lui.
Quand il était reparti à la salle de bain pour s'occuper de son problème, il avait été terrifié à l'idée de retrouver sa chambre vide. Sa peur s'était d'ailleurs intensifiée quand il avait découvert son lit vide et froissé par leurs ébats.
Ils n'avaient pas discuté, ils avaient simplement laissé parler leur corps de façon spectaculaire….. mais désormais il ne savait pas comment agir avec elle. Quelles étaient les limites ? Les règles ? Pouvaient-ils se câliner toute la nuit ? Ou était-ce simplement un round unique ? Simplement du sexe ? Est-ce que demain, tout ceci serait oublié ?
Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête quand il la rejoignit près de la douche. Avalant douloureusement sa salive, face à sa chute de rein et ses fesses si toniques qui se penchaient en avant pour allumer l'eau, il écarquilla les yeux, quand Kate se retourna pour le lorgner sa vergogne, avant d'ajouter sur un ton suave et sans équivoque:
- Hum.. ..ça a l'air encore mieux…sous la lumière
- Oh …mon ….dieu, tu es une telle allumeuse ! gémit-il devant elle
- Et fière de l'être, rit-elle en entrant sous le jet d'eau chaude.
Paniquée….elle était terrifiée en fait. Elle voulait tellement que tout soit naturel, qu'elle tentait avec des mots et des sourires d'aplanir toutes leurs appréhensions pour sauter correctement dans cette relation cette fois-ci. Une petite voix lui rappelait dans sa tête de discuter avec lui, de lui avouer ses sentiments et ses attentes, mais une autre voix ….. lui disait qu'avec ses gestes, il comprendrait à quel point elle tenait à lui.
Fermant les yeux en sentant l'eau battre sur son visage, elle tentait de réfréner les battements de son cœur. Elle avait plongé…son cœur avait plongé avec lui, et jamais auparavant elle ne s'était sentie aussi libérée, mais aussi exposée.
Déglutissant, elle entendit les pas lents et presque timides de Rick derrière elle, puis lentement, très lentement ses mains entourèrent sa taille, sa poitrine toucha son dos et son érection se posa sur ses fesses. Des frissons plein le corps, elle sentit à nouveau ces douleurs lancinantes, mais ô combien plaisantes, palpiter entre ses cuisses. Arquant son dos contre son bassin, elle posa sa nuque sur son épaule et l'entendit gémir son nom, tout en bloquant ses hanches de ses doigts doux et épais….
Ensuite…..tout devint flou pour elle, comme si elle s'était perdue dans un tourbillon de chaleur. Elle se rappela de sa main qui voyagea de sa poitrine à son ventre, pour terminer sur son intimité. De ses doigts qui l'avaient torturée, de sa bouche qui l'avait marquée, et de sa force quand il l'avait retournée pour la soulever sans préambule avant de la bloquer contre la paroi de la douche, pour la ravir rapidement et sauvagement... Ses à-coups avaient été si puissants qu'elle cria son nom en quelques secondes….
Rick, lui, pouvait se souvenir de ses râles de plaisir, de ses jambes si fines et interminables autour de ses hanches, de son bassin qui claquait en synchronisation avec le sien, de ses ongles dans son dos qui l'avaient marqué quand elle était venue, et de cette sensation de pouvoir se mouvoir encore et encore en elle.
Mais au petit matin, quand il avait ouvert les yeux, tous ses doutes et ses craintes avaient refait surface. Que signifiait cette nuit pour elle ? Pour eux ? Tournant la tête, en priant qu'elle n'ait pas pris la fuite dans la nuit, il sourit, en contemplant le corps de Kate Beckett repu et fatigué dans son lit. Le draps couvrait à peine sa nudité, et les yeux de Castle pouvait vagabonder sur ses épaules toniques, sur sa clavicule tentante où les marques de ses lèvres avaient fait des ravages hier soir.
Souriant, il découvrait d'autres marques sur sa poitrine, sur ses flancs et sur ses cuisses…. une chose était sûre, hier soir, il l'avait fait sienne. Tantôt lentement, tantôt sauvagement.
Des images très nettes lui revinrent, et dans sa rêverie, il se mit à haleter d'horreur en se rendant compte que dans leur brume de désir, ils ne s'étaient pas protégés sous la douche.
- Arrête de regarder, c'est flippant, sourit Kate en s'étirant de tout son long, avant de prendre le drap de dessus pour se couvrir légèrement. Rick, ça va ? demanda-t-elle en le voyant blêmir devant elle.
Pas réellement la réaction qu'elle espérait de lui après une telle nuit de sexe. Elle avait imaginé, des sourires, des rires, ou même un nouveau round, mais pas un regard soucieux et inquiet qui fuyait désormais ses yeux. Déglutissant, elle s'assit dans le lit en tenant fermement le drap comme un rempart sur son corps …sur son cœur et elle espéra qu'il n'avait pas de regret sur la nuit dernière, car il lui briserait le cœur une seconde fois, et cette fois-ci elle ne s'en remettrait pas.
- Rick ? murmura-t-elle, de plus en plus inconfortable
- Tu vas me tuer, gémit-il. Je ne suis qu'un idiot et…..
- Qu'est-ce que tu as fait ?
- Ce serait plutôt ce que je n'ai pas fait. Kate , je suis désolé , je….
- Crache le morceau, tu commences à me faire peur
- J'ai oublié la protection…..hier…dans la douche et…..
- Oh mon dieu, soupira-t-elle de soulagement. Tu m'as vraiment fait peur, idiot ! ajouta-t-elle en lui frappant le bras
Ok….pas la réaction qu'il attendait. Il s'imaginait déjà flotter dans l'Hudson, ou une balle entre les deux yeux. Mais cette réaction là ? Heu….il ne l'attendait pas. Fronçant les sourcils, il lui répliqua :
- Tu n'es pas contrariée ?
- Tu n'es pas le seul fautif dans l'histoire, je te rappelle qu'on était deux dans cette douche…et non , je ne suis pas contrariée…..pour info, je suis sous pilule et je suis clean.
- Oh….heu…..je suis clean aussi, avoua-t-il, soulagé
- D'accord, sourit-elle en se mordant la lèvre inférieure. Maintenant…pouvons nous avoir enfin un matin sans drame ?
- Un matin sans drame ?
- Hum..hum. , gémit-elle en lâchant le drap pour venir le chevaucher sur ses cuisses et enlacer son cou de ses doigts. Tu sais, un de ces matins, Sans enfant à naitre ou sans tueur en série….juste un matin à deux ?
- Oh…ce genre de matin-là ? Un matin où je peux te ravir encore et encore ? , répliqua d'une voix rauque Castle en la voyant basculer son bassin contre le sien
- Des mots…..rien des mots, writer-boy…
Fin du Flashback.
Après un second round, il avait délaissé son lit à contre cœur pour préparer le petit déjeuner à Alexis. Kate l'avait rejoint quelques minutes plus tard, mais sa fille était déjà présente avec lui. Alors malgré tous ses espoirs, elle s'était simplement installée près de la jeune Castle, et avait discuté, l'air de rien sous les yeux attentifs de Rick.
Elle ne souhaitait pas empiéter ou présumer devant Alexis, elle ne savait pas ce que Castle désirait lui dire à leur sujet, alors elle avait préférer agir l'air de rien avant d'en discuter avec lui.
A la fin du petit déjeuner, elle était partie pour faire une course pour leur laisser un peu de temps père-fille. Elle n'avait guère eu envie de s'éloigner de ses bras mais la réalité était là, il était père de famille et elle devra apprendre à le partager.
Rick, lui, avait discuter quelques minutes avec sa fille avant que Martha ne vienne la récupérer pour leur shopping pré soirée promotionnelle. Il était donc déçu de se retrouver seul dans ce loft plutôt que dans les bras de Kate. Seulement, elle était partie avant qu'il n'a eu le temps de lui avouer qu'il serait seul le reste de la journée. Ne souhaitant pas tourner en rond comme un animal attendant son os, il décida, après avoir répondu à tous les mails de Paula ou Gina, de se rendre au cimetière.
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La nuit et la matinée qu'ils avaient partagées tournaient en boucle dans sa tête, et il avait désormais à cœur de parler avec Kate pour connaitre ses règles qu'elle désirait. Ce matin, dans son lit, tout avait été magique, mais ensuite au petit déjeuner, il avait senti qu'elle prenait ses distances avec lui devant Alexis. Que désirait-elle ? Simplement du sexe ? Parce que cette nuit avec elle avait été la plus fabuleuse de toutes….. il lui avait fait l'amour avec tout son corps et tout son cœur, et il avait eu l'impression qu'elle désirait la même chose ?
Ou peut-être….peut-être sa façon de gérer les choses avec cette relation sans attentes? Une nuit magique mais sans lendemain à chaque fois? Non.….il l'avait pu sentir l'étendue de ses sentiments dans chacune de ses caresses, dans chacun de ses sourires…..Sauf qu'elle s'était installée avec un simple sourire et un "salut Castle" ce matin au lieu d'un baiser...
Soupirant, en voyant le mal de tête le guetter, il se stoppa en voyant devant lui l'objet des ses pensées assise sur le sol, devant la stèle de sa mère, la tête baissée. Elle traçait doucement, douloureusement, presque pieusement les inscriptions devant elle, et pendant quelques minutes, il resta là à l'observer dans le froid de décembre.
Il ne l'avait jamais revue ici, dans ces conditions. La dernière fois était le jour de la mise en terre de Johanna, et son cœur se serrait rien qu'en repensant à ses pleurs, ses râles ce jour-là.
L'estomac noué, il luttait sur la marche à suivre. Elle lui avait dit qu'elle devait faire une course matin, en restant très énigmatique sur la teneur de sa destination. Il n'avait pas osé demander plus, de peur de pousser encore et encore . Il ne souhaitait pas envahir son espace, et la faire fuir en se pensant piégée au loft avec lui .
Mais maintenant, debout au milieu de ce cimetière, il hésitait. Elle semblait comme ….. Figée devant cette pierre depuis plusieurs minutes et il ne savait pas où était sa place.
Reculant de quelques pas, il décida de lui laisser l'espace et l'intimité dont elle avait besoin avec sa mère.
Seulement le mouvement attira l'attention de Kate, et doucement elle se tourna en se séchant le visage, pensant voir apparaitre son père. Il n'était pas rare que Jim la surprenne en pleurs devant la tombe de sa mère, mais ce dos musclé et cette chevelure qu'elle avait maltraitée cette nuit la surprirent plus qu'autre chose. Fronçant les sourcils, elle se demanda depuis combien de temps il était là, et s'il l'avait entendue. Hésitante, elle soupira en le voyant partir sur la pointe des pieds, et finalement elle décida de l'interpeller en reniflant légèrement :
- Tu me suis, Castle ?
Au son de la voix de sa partenaire, il trébucha en maudissant son pas lourd et incertain, et se retourna, penaud, en répliquant avec humour :
- Je dirais que c'est l'inverse, Beckett
- L'inverse ? répéta-t-elle, incrédule, en se relevant pour le voir toujours figé. J'étais ici avant toi.
- Oui, mais c'est le jour de notre rituel, avoua-t-il, penaud
- Votre rituel ?
- Hum…. A ta mère et moi
- Et de quel rituel s'agit-il ? fit-elle, curieuse, les mains dans les poches et désormais amusée par son attitude
- Le rituel de lecture, murmura-t-il, embarrassé à l'idée de lui avouer ce pan de sa vie
- Le ..quoi ?
Levant le regard pour la voir arquer un sourcil et sourire, Castle inspira doucement et s'avança lentement près d'elle. Il ne voulait pas voler ce moment mère-fille, il ne voulait pas empiéter. Il était juste venu comme à chaque book party, prendre un instant avec Johanna.
Avançant encore de quelques pas, il déposa sur la stèle une rose blanche, et avoua à Kate, qui l'observait, le cœur gonflé d'amour par ce simple geste :
- A chaque soirée promotionnelle, je viens ici le matin et…je lis mon roman à ta mère. Comme une avant première.
- Tu ..quoi ? déglutit-elle, devant cette nouvelle attention qui lui mit les larmes aux yeux
Il faisait la lecture à sa mère à chaque sortie de livre? Elle restait interdite devant cette révélation qui lui réchauffait le cœur. Elle savait très bien que sa mère était sa première fan, elle l'avait toujours été depuis la première fois qu'il avait lu à haute voix sa dissertation à l'âge de dix ans qui disait "quand je serais grand, je serais écrivain". Sa mère et Rick avaient toujours eu une relation particulière, Castle faisait partie de la famille, sa mère l'aimait comme son propre fils, alors l'entendre dire que même après la mort de Johanna, Rick continuait à venir la visiter et à lui faire la lecture lui rappela amèrement qu'elle n'avait pas été la seule à perdre sa mère cette nuit là. Ils avaient été deux orphelins.
- Je lui fais la lecture, continua-t-il incertain devant sa mine défaite. J'aime à penser que quelque part….elle m'entend…. je sais c'est stupide et…..
- Non, c'est…..doux, vraiment doux, Rick, chuchota Kate, le ventre noué par toutes les émotions qui la submergeaient en tentant de sécher ses larmes du revers de la main.
Comment avait-elle pu trouver un homme aussi doux ? Un homme qui venait faire la lecture à sa mère ? Après 20 best-sellers, des millions de dollars en poche, il continuait à rester fidèle à lui-même et à sa famille.
- Mais, je vais revenir plus tard et te laisser ton moment
- Non, non, sourit-elle, en pleurs, en lui prenant sa main libre. Non, reste
- Tu es sûre ?
- Oui….et si ça ne te dérange pas, j'aimerais assister à ce rituel… .enfin si tu…..
- J'en serai ravi, reprit Rick, anxieusement, sans la lâcher du regard.
- Bien…..alors…..on s'assoit ?
- ….. oui.
Doucement, il s'installa en face de la pierre tombale, et ouvrit le livre qu'il avait apporté avec lui. Kate l'observa quelques secondes avant de le rejoindre sur le sol , une main sur sa cuisse et la tête sur son épaule.
Inspirant en sentant son cœur palpiter dans tous les sens, Rick se racla la gorge et commença à parler, les mains tremblantes posées sur l'ouvrage.
- Hey…c'est moi. Heu…je suis venu pour notre lecture…et je ne suis pas seul aujourd'hui…Kate est avec moi, déclara-t-il la voix rauque, en la voyant fermer les yeux comme pour enregistrer ce moment.
Souriant et plus à l'aise en la voyant aussi détendue, Castle continua en ouvrant le livre au premier chapitre :
- Alors comme je te l'ai déjà dit, c'est un roman basé sur Kate…mais heu…certains passages sortent tout droit de imagination
- Tu es certain de ça ? le taquina Kate, en sachant qu'il faisait référence à la page 105
- Je…oui…..enfin, bon…je crois que ton père va me tuer en lisant le livre, murmura Rick, blême
- T'inquiète pas, je te protégerai…trouillard, sourit Kate, amusée
- Promis ?
- Promis Rick, chuchota Beckett, en lui caressant tendrement la cuisse, sans le lâcher du regard
- Bien, déglutit-il devant son regard émeraude, son visage encore empreint de ses larmes, et ses cheveux sauvages à cause du léger vent.
- Castle ?
- Oui ?
- La lecture ….ma mère attend, pouffa-t-elle, tout aussi affectée par la situation et leur rapprochement
- Bien…oui, la lecture…alors , je commence…. « Elle adoptait toujours le même rituel pour aller voir le corps. Après avoir détaché sa ceinture de sécurité, pris le stylo coincé par un élastique sur le pare-soleil, passé ses longs doigts sur sa hanche, pour sentir le réconfort de son arme de service, elle marquait toujours une pause. Pas très longue. Juste le temps de prendre une inspiration. »
Au milieu de ce cimetière, en plein mois de décembre, ils partageaient un moment à deux, dans une bulle où toute l'agitation New-Yorkaise n'existait plus. Un moment qu'ils auraient du prendre depuis des années. Assis, l'un à côté de l'autre, près de Johanna. Et secrètement, sans l'avouer à l'autre, ils espéraient tous les deux que où qu'elle soit, Johanna Beckett pouvait les voir à cet instant…...
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Le retour du cimetière s'était fait dans le silence. Tous les deux tentaient d'ingurgiter cette situation et toutes les implications que cela apportait. Ils avaient été sur la tombe de Johanna. Rick lui avait fait la lecture, et par moments, Kate l'avait coupé pour le taquiner comme si rien n'avait changé et que Johanna était présente près d'eux. Ils avaient partagé un instant hors du temps, et quand Castle avait refermé le livre, ils étaient restés main dans la main, devant la stèle, avant que Kate lui murmure :
- Je ne te l'ai jamais dit…..mais merci
- Merci ?
- Pour les inscriptions…..elle aurait aimé, avoua Kate en observant une nouvelle fois les mots en face d'elle.
Johanna Beckett
Vincit Omnia Veritas
4 fevrier 1951
9 janvier 1999.
- Je…je ne savais pas quoi noter…..
- C'est parfait, Rick….merci…merci pour tout, chuchota-t-elle en se remémorant la semaine avant l'enterrement de sa mère.
Elle n'avait pas quitté son lit. Son père en avait fait de même, et Castle avait tout géré. Les funérailles, les inscriptions, jusqu'aux vêtements des Beckett. Jim acquiesçait simplement de la tête quand Castle lui montrait ce qu'il avait fait comme choix, et les mots du patriarche étaient toujours les mêmes :
- Fais ce qui te semble bon, fils.
Quand elle y repensait, elle culpabilisait énormément de ne pas avoir pu ou su l'épauler à cet instant. Il n'avait pas à gérer la mise en terre de sa mère, ou à lui trouver une robe à mettre, mais il avait fait , toujours avec un petit sourire et les yeux rougis par le chagrin.
Alors aujourd'hui, elle tenait à lui dire merci, merci d'avoir pris en charge l'enterrement de sa mère, de les avoir épaulés dans l'ombre avec son père, et de rester près d'elle après toutes ces erreurs.
Le retour s'était donc passé silencieusement. Ils étaient rentrés et avaient ensuite continué la journée comme si de rien n'était. Kate s'était éclipsée avec Alexis pour se préparer en fin d'après-midi, et Rick était parti dans sa chambre pour enfiler son smoking.
Les vestiges de leur nuit était toujours exposés, avec le lit défait et les oreillers au milieu de la pièce. Nostalgique, Il avait changé ses draps en espérant une réelle conversation ce soir. Elle lui avait demandé du temps et une relation sans attentes, il était prêt à les lui accorder par amour, mais il espérait aussi que ça les mènerait vers plus ….et c'est pour cette raison qu'il souhaitait discuter avec elle.
Quand il sortit enfin de sa chambre, il entra dans son bureau pour récupérer ses boutons de manchettes, et il sourit en entendant les filles glousser dans le salon.
Heureux de les voir aussi complices, il décida de les rejoindre quand il entendit Alexis demander à Kate :
- Alors…. Toi et mon père ?
- Moi et ton père ? répéta Kate
- Je sais que papa me voit toujours comme une enfant mais je suis adulte maintenant, se reprit la jeune rouquine. Et ….il y a quelques jours papa est sortie de ta chambre, et ce matin, c'est toi qui en est sortie alors….. je me demandais…
Souriant devant l'intelligence de sa fille, Castle se fit la réflexion que finalement, c'est elle qui allait enfin lui donner les réponses à ses attentes. Car c'est la réponse de Kate qui lui dirait enfin comment elle les voyait. Toujours dos au mur, il attendit patiemment, le ventre noué, la sentence….
Beckett, elle resta comme figée quelques secondes. Toi et mon père ? Oh mon dieu, que pouvait-elle dire à une enfant de douze ans qui l'avait vue sortir du lit de son père à huit heures du matin ? Oui, je suis amoureuse de ton père et je veux une relation avec lui ? Ou…est-ce que Rick préférerait que sa fille ne soit pas au courant de tout ça ? Mon dieu ! Pourquoi n'avaient-ils pas parlé avant !
Elle pouvait déjà entendre Lanie lui dire « je te l'avais dit, girl ». Se mordant le lèvre inférieure, en passant ses mains désormais moites sur le doux tissu rouge qu'elle portait, elle répondit hésitante :
- Deux personnes peuvent très bien dormir ensemble sans qu'il n'y est d'ambigüité
- Ah bon ? sourit Alexis, pas dupe
- Oui. J'ai partagé mon lit avec ton père depuis mes huit ans et…
- Et vous faisiez des batailles d'oreillers ?
- Je….non….pourquoi ? enfin si, quand on était gosses, mais…
- Kate, je suis allée dans la chambre de papa…..
- Oh, rougit-elle en pensant à leurs ébats et à l'état de la chambre ensuite
- Alors…..toi et mon père ? sourit la rouquine
Dans le stress de ne pas donner la bonne réponse, elle donna la seule réponse qu'elle pensait être la bonne, le temps de discuter avec Rick ce soir. Car oui, cette fois-ci, ils allaient discuter, mais c'est la réponse qui brisa le cœur de Castle et chassa au loin les espoirs d'Alexis.
- Rien, il ne se passe rien avec ton père.
A ces mots, la tête de Rick s'affaissa contre la chambranle de la porte, ses épaules tombèrent et son cœur …chuta. Rien…..il ne se passe rien…..eh bien, désormais, il avait sa réponse…ce qui pour lui était la plus belle nuit de sa vie devint simplement une amitié avec avantages…
