« Il faut que je quoi ? »
J'ai envie de leur rire au nez. Là, au milieu de l'océan, sur le pont, dans une eau calme, nous avons stoppé le navire. Devant un rocher représentant une tête de mort. Apparemment c'est ici la porte. Mais pour l'ouvrir, je trouve la solution trop enfantine.
« Seul ceux qui ont un cœur pur peuvent ouvrir la porte, » fit l'un des matelots.
« Nous n'avons pas réussi jusque-là, » renchérit un autre.
« Nous avons tous un lourd passé, » ricane un vieux.
Killian rit et se positionne devant moi.
« Tu vois cette bouteille, » fit-il en tendant un flacon. « C'est de la poussière de fée. Très rare. Il suffit de la lancer en l'air, et celui qui a un cœur bon pourra entrer. Nous avons déjà testé trois fois, sans succès. »
J'éclate de rire.
« Mais réfléchissez ! Ce n'est qu'une stupide légende ! » m'exclamais-je.
« Non. Des enfants sortit tout droit de ce pays nous ont tous dit la même chose, » fit Killian froidement, désespérément sérieux.
Je me raidis. Les enfants eux, peuvent rentrer. Ils n'ont pas un passé douloureux et rempli de péchés. Mais je ne sais même pas si moi je l'ai, ce cœur bon. Je grimace. Je n'ose pas imaginer ce qu'ils ont fait à ces gosses.
« Ne t'occupes pas du sort de ces enfants, » railla Jones comme s'il avait lu dans mes pensées.
Il débouche le flacon.
« Ferme les yeux et pense à toutes les bonnes choses que tu as faites… »
Je ris et ferme les yeux. Totalement stupide. C'est une idiotie. Une parfaite idiotie.
« Pense fort, hein ? » fit le capitaine en me donnant un léger coup contre l'épaule.
Sa voix me hante.
« Et si jamais ça ne marche pas ? » demandais-je incertain de mon sort.
J'entends quelques ricanements gras derrière moi.
« On t'égorge, » rit quelqu'un.
Génial.
« Tu resteras avec nous jusqu'à temps que nous ayons trouvé une autre solution, » répliqua la voix de Killian.
Je soupire.
« Pense, » fit-il doucement en positionnant sa main contre mon épaule.
Je frisonne de nouveau. Et je me mets à penser. Je vois Grace, souriante, des fleurs dans les cheveux, sautant de sa balançoire pour venir m'accueillir. Je sens mes soucis s'évader. Elle est là… Elle rit. Je la vois jouer avec un petit chien. Puis, elle lève les yeux vers un homme qui s'approche. Mon cœur fait un bond. Killian Jones. Il se penche vers Grace et lui rajoute une fleur dans ses cheveux blonds. Puis, il se redresse et me regarde, souriant doucement. Ils sont là, tous les deux, me fixant, un sourire si doux au visage. Grace et Killian.
Soudain, je sens un haut-le-cœur, et le sol se dérober sous moi. Je perçois toujours la main de ce pirate contre mon épaule. J'ouvre les yeux, mais je ne vois qu'un flash blanc qui m'aveugle. Tout se tait, tout s'éteint.
O
On est ici, sur le pont, lui est moi. Sans tous les autres. Je fixe ce pirate incrédule. Nous sommes toujours devant le rocher en forme de crâne, mais il y a une île pas loin. Une immense île. Nous avons changé d'endroit. Il fait beau. Il fait chaud…
« Tu… Tu as réussi… » souffla Killian en plaquant ses deux mains contre son crâne, apparemment totalement ahuris.
« C'est une plaisanterie hein ? » m'exclamais-je en reculant d'un pas. « Où sont tous les autres ?! »
Il regarde autour de lui.
« On a tous un passé terrible tu sais, » fit-il pas le moins désolé du monde. « On a tous tué. »
« Ca ne m'explique pas pourquoi tu es là toi aussi ! » fis-je exaspéré.
Il rit et croise les bras.
« Peut-être par ce que je te touchais l'épaule comme toi et le bateau vous vous êtes envolés. »
Les autres chiens du capitaine sont donc à l'eau ? J'en ris au passage.
« A quoi as-tu pensé ? » me demande-t-il alors.
Je rougis. Pourquoi est-ce que je rougis ? Je n'ai jamais rougi. Jamais. Pas même devant la mère de Grace. Jamais elle n'a fait battre mon cœur si vite.
« De ma fille, » fis-je simplement en me dirigeant vers le bastingage.
J'observe alors l'île en face.
« Explique-moi un peu l'histoire de ce monde, » demandais-je en fixant ce bout d'île afin de récupérer des donnés pour récupérer l'étoile.
« Très bien. »
Il se place à côté de moi, accoudé au bastingage.
« Ce Pays Imaginaire a été crée je ne sais comment. Mais un garçon nommé Peter a réussi à s'y introduire. Ce garçon refait surface dans notre monde pour rechercher des enfants orphelins. Ou bien, par la même occasion, récupérer des affaires nous appartenant. »
Il soupire et secoue la tête.
« Ce garçon doit avoir seize ans. C'est lui qui dirige ce monde. Selon des récits, il y a multitude de choses ici. Indiens, sirènes, fées… »
« Et si tu rencontres ces enfants, qu'est-ce que tu feras ? » demandais-je en fronçant les sourcils suspicieux.
« Je leur demanderais gentiment de me conduire à leur chef. Si je suis ici, c'est que j'ai le cœur pur. »
Je lève les yeux au ciel. C'est grâce à moi qu'il est ici oui.
« Et je compte retrouver une jeune fille. »
Mons sang se glace.
« Quoi ? »
« Il y a cinquante ans de cela, une jeune fille magnifique disparue avec ces deux frères. Apparemment, selon les témoignages elle se serait enfuie de chez elle avec l'aide d'un garçon blond. Peter. »
« Tu veux la récupérer pour l'argent ou… ? »
« Qu'est-ce que ça peut te faire, » rit-il en me donnant un léger coup de coude. « Elle a l'âge de se marier. »
Se marier ? Tu parles de te poser, toi ? Tu ne serais pas tombé sur la tête, ou bien, ce voyage a rendu ton cœur pur ?
« Allez Princesse, on y va, » sourit-il.
Il n'a pas changé. Cependant, j'ai comme un poids au cœur. Cette fille qu'il veut retrouver. Va-t-il l'oublier vite ou… ? Je plaque une main contre mon visage. Non, je rêve. Je jalouse là. A cause de cet homme, ce pirate, ce tueur, ce… Merde. On se calme.
O
On a débarqué sur cette immense île. Je regarde les arbres de la forêt qui se dressent devant nous. J'ai l'impression de me retrouver dans les livres d'aventure de Grace. Nous avons caché le bateau derrière le « rocher de la mort ».
« Bien, installons le camp ici. Quelqu'un peut nous observer, alors, Jeff', ne fais pas n'importe quoi, nous devons avoir l'air innocent. »
Il se prend pour qui ?
« Ferme la un peu, » ripostais-je en sentant mes nerfs craquer.
« La nuit tombe, cette île est géante. Va chercher du bois, je m'occupe de trouver une rivière avec assez d'eau, » fit-il en s'étirant.
On a emmené de la nourriture et du rhum du bateau. On ne manquera de rien, c'est sûr. Sans un mot, et sans un regard, je me dirige vers la forêt.
« Un problème, Princesse ? »
Le problème, c'est que tu me donnes des surnoms débiles, que tu me tapes sur le système, et que je te hais. Je te hais pour ce que je ressens envers toi. Ta petite personne ! Tu me rends fou de jalousie en parlant de cette soi-disant fille, et je hais ça !
« Rien, » répondis-je simplement.
Quand ai-je commencé à ressentir des trucs pour lui ?
« Tâche de ne pas faire de conneries. On ne sait pas ce qui se trouve ici, » ricana le pirate.
« Espèce de pourri, » raillais-je en m'élançant dans la forêt.
Je ne sais pas ce qu'il pense. Je ne le comprends pas. C'est pour cela que j'ai besoin de retrouver ce pendentif. Et puis quand je serais la réponse, qu'est-ce que je ferais ? J'aimerais que…
Putain. Je suis amoureux. Amoureux. Je ne l'ai jamais été. C'est clair. Mais comment j'ai pu… Tomber amoureux de lui ? Non !
De rage de donne un violent coup de pied dans une noix de coco à terre. Il faut que je me calme. Que je pense à autre chose. Si je rentre vite chez moi, je pourrais tout oublier. J'inspire, et continue ma marche. J'arrive alors dans une petite crique ouverte sur la mer. Puis, j'entends un son. Une voix. Quelqu'un qui m'appelle. Une voix de femme.
Chapelier,
Je m'approche de l'eau. Je sens tous mes problèmes s'envoler de nouveau. Cette voix…
Approche… Approche…
Elle est magnifique.
Ferme tes paupières, et quitte cette terre,
L'eau est maintenant juste à mes pieds. Je me penche, genoux à terre, et fixe le liquide bleuté.
Rejoins-nous, c'est la libération qui se trouve au bout,
Je suis comme attiré. Ce chant, je le sens, c'est la clé de tous ces problèmes incessants. Je ferme les yeux, et penche un peu la tête vers l'eau pour me rapprocher de cette voix.
« Ne t'approche pas de l'eau ! »
J'ouvre les yeux brusquement, le cœur battant. Où suis-je déjà ? Mais, en face de moi, une personne vient de sortir de l'eau. Une chose à tête humaine, mais au visage de poisson, aux yeux noirs et à la peau verdâtre. Je veux reculer, effrayé par cette monstruosité si près de mon visage. Cependant, elle m'attrape, ses deux mains contre mon cou, plantant ses ongles dans ma chair. Je pousse un cri, me débattant, mais elle m'entraina.
Je sombre dans l'eau, cette femme attachée à moi. Je sens ses doigts contre mon cou. Et un coup de feu sourd. Je ferme les yeux, le souffle court, essayant de remonter à la surface. J'ai les poumons en feu. Je vais mourir. Je ne peux pas mourir de cette manière !
Elle m'entraine toujours plus profondément. Je ne peux rien faire.
O
« Jefferson ! »
Je sentis mon cœur rater un battement, et mes yeux s'ouvrir. Ma bouche se remplit d'eau salée. Je me tourne sur le dos, et crache ce liquide, le souffle court. Je suis vivant ? Je regarde mes mains tremblantes. J'ai pourtant bien été attrapé par une femme et emmené sous l'eau noire ?
« Est-ce qu'il existera un jour où tu pourras faire ce que l'on te demande, correctement ? »
Je tourne lentement la tête vers Killian. Il est assis en tailleur en face de moi, et me fixe, l'air grave. J'ai rêvé ? Pourtant, je passe une main contre mon cou dénudé, et je sens encore des marques d'ongles dans ma peau.
« Comment… » commençais-je stupéfait de cette histoire. « C'était…Quoi ? »
Il soupire et se lève.
« Une sirène. Je pensais qu'elles avaient disparu, car on avait anéanti leurs espèces mais apparemment non. »
« Une sirène ? »
Je n'en avais entendu parler que dans les contes.
« Franchement, chapelier, » railla-t-il en me tendant la main pour m'aider à me redresser. « Je ne pensais pas que tu allais tomber dans un piège comme celui-ci… »
« Je… Ce chant m'attirait comme aimant ! » m'exclamais-je en attrapant sa main.
« C'est pourtant simple. Il est impossible de ne rien ressentir. Or, c'est femme y arrive. Elle berce ton esprit. Alors toi, à ce moment-là, il faut que tu penses. Penser pour détruire le pouvoir de leur magie qui fait oublier. »
Je lâche sa main une fois redressé et le regarde dans les yeux.
« Comment connais-tu autant de chose ? » demandais-je.
« J'ai trouvé ça tout seul. Je savais que les sirènes utilisent ces stratagèmes dans tous les livres. C'est comme ça que j'ai pu te sauver. »
Effectivement il est trempé.
« Comment tu as fait ? J'étais trop loin de la surface pour… »
Il croise les bras et me lance un sourire moqueur.
« J'ai vécu sur la mer toute ma vie, je sais nager quand il le faut, » fit-il simplement.
« Et ? »
« Eh bien, j'ai intercepté la jeune demoiselle et je l'ai blessé avec un couteau. »
Il m'a encore sauvé. Je lui dois trop de dettes. Merde.
« Les sirènes ont toujours été réputé pour être faible lorsque l'ennemi n'est pas seul, » continua-t-il en se penchant vers l'eau de la crique où était anciennement la sirène.
J'observe son visage. Il regarde l'eau pensivement. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Si sérieux. Puis, je tremble. Je crois que je vais encore être malade.
« Et ici, on ne trouve pas que des sirènes, » reprit-il en tournant la tête vers moi.
Instinctivement, je détourne les yeux.
« Et on trouve quoi d'autre ? » demandais-je simplement.
« Des trésors… »
Je soupire. C'est bien un pirate.
« Ne soupire pas, » riposta-t-il. « Les trésors que nous rapportons démontrent que nous sommes allé partout. C'est une partie de notre voyage. »
Il jette un coup d'œil vers l'horizon, souriant doucement.
« Ne compte pas sur moi pour t'aider à ramener des diamants et de l'or au bateau, » répliquais-je.
« Oh si, je suis venu en partit pour ça. »
Il me sourit presque méchamment, les bras croisés. Dans ces moments-là, j'en oublie le fait qu'il m'a sauvé, et je n'ai qu'une envie : le voir disparaitre !
« Je ne suis pas venu dans ce but, moi, » fis-je en fronçant les sourcils. « Mais pour ouvrir ce passage ! »
« De toute manière, tu es bloqué ici avec moi. »
Il hausse les sourcils, et commence à marcher vers la plage. Je bondis sur mes pieds, et le rattrape.
« Tu sais au moins comment faire pour repartir ?! » m'exclamais-je en arrivant à sa hauteur.
« Ecoute, » soupira-t-il en se stoppant. « Ca a déjà été difficile de savoir comment y entrer. Repartir ? C'est le cadet de mes soucis. »
Après avoir haussé un sourcil en signe de défi, il continua sa marche. Je bous. Je vais le tuer !
« Killian ! » criais-je en l'attrapant par le bras quand on arrive sur la plage.
« C'est capitaine, pour toi, » fit-il en souriant.
« On va mettre en clair mon engagement tout de suite ! »
Je lui lâche violemment le bras, conscient qu'il se sert de moi.
« Lorsque l'on aura récupéré ton pendentif, on rentre, et je suis libre ! » m'exclamais-je.
« Et récupérer la fille. »
Je sens comme un bouffé de jalousie et une boule dans la gorge.
« Après, c'est fini… Je-… »
« Pas tout à fait, » me coupa-t-il en croisant les bras l'air amusé. « Tu oublies une chose. Te découvrir. »
Je frisonne et sers les poings.
« Et encore une fois, tu ne vas changer ces parts du marché ! Au départ je devais juste ouvrir ce passage ! »
« Je t'ai sauvé la vie trois fois. Tu as donc encore des dettes, » rit-il. « Allez, finissons le camp et partons dès l'aube. »
Je rage, et le regarde s'éloigner pour aller chercher du bois. Je suis coincé ici, et je sens que sans l'aide de ce pirate, je vais vite me faire tuer.
Voici un nouveau chapitre, désolée je suis très lente mais j'ai du mal à retaper tout ça !
J'espère que ça vous a plus, faites moi part de vos avis.
Merci encore pour votre soutient, gros bisous !
