Bonjour à vous, j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !

Bonne lecture...


Inconfortablement assise sur sa chaise, Orihime inspectait sa nourriture d'un œil morne. Ce plat peu appétissant, elle ne voulait pas y goûter. Elle se résigna tout de même à prendre ses couverts en main et commença à toucher, du bout de la fourchette, le morceau de poisson quelques instants, avant enfin d'en découper un petit morceau. Elle le piqua, soupira comme pour se donner du courage et le porta à sa bouche. Une fois l'aliment sous son palais, elle referma les lèvres et ne tarda pas à faire une grimace de dégoût. La rouquine se força à mastiquer le morceau de chair pour qu'il puisse plus facilement atteindre son estomac. Elle essayait de retarder au maximum le moment où elle allait avaler. Prenant son courage à deux mains, elle déglutit avec peine et reposa sa fourchette à proximité de son assiette. Ce serait tout pour cette fois-ci. Elle ne pouvait pas en ingurgiter davantage, le simple fait d'y penser lui donnait des nausées.

Doucement, elle laissa sa tête pivoter vers la gauche, et se mit à regarder la lune, pensive. Son assiette commençait à se refroidir. Les vapeurs s'échappant du plat lui réchauffaient le visage, par vagues. C'était là l'unique source de chaleur qu'elle pouvait espérer dans sa cellule constamment plongée dans l'obscurité. La seule chose réconfortante qui lui permettait de s'échapper de cette vie maussade était de pouvoir s'abandonner à ses pensées. Régulièrement, Orihime songeait à ses amis restés sur terre. Mais également à la Soul Society, à ce qu'ils pouvaient penser d'elle, de son geste. A l'heure actuelle, elle devait certainement être considérée comme une paria, tout comme Aizen, cet ancien capitaine du Gotei treize qui s'était rallié à l'ennemi. Le simple fait qu'ils puissent penser qu'elle ait un trait commun avec ce monstre lui retourna l'estomac. Non, elle n'était pas une traîtresse, elle voulait simplement protéger ses amis. Les savoir en sécurité était la chose la plus importante à ses yeux, tant pis si elle devait y laisser sa vie. De toute manière, avait-elle eu le choix ? Souvent, elle se demandait si ses amis pensaient à elle, si le vide qu'elle avait laissé leur pesait. Elle était sûre d'une chose, c'est qu'ils lui manquaient tous terriblement.

Orihime n'avait plus la notion du temps, son repas était devenu aussi froid que la pièce dans laquelle elle se trouvait. Les heures passaient et se ressemblaient toutes. Elle s'ennuyait profondément, son isolement la renfermant sur elle-même. Impossible de se rappeler du nombre de jours qu'elle avait bien pu passer cloîtrée entre ces murs. Deux jours? Une semaine? Un mois? Se repérer dans le temps était devenu une chose impossible. Une heure lui paraissait durer une éternité. Vivre au Hueco Mundo, ce n'était pas à la portée de tous, encore moins des hommes surtout si, comme Orihime, on n'y avait pas été préparé au préalable. L'air chargé en grande quantité de particules maléfiques annihilait tous les repères des humains. De par leur nature, ils n'étaient pas faits pour endurer une telle atmosphère. Leurs cycles biologiques en étaient complètement chamboulés. C'était dans l'ordre des choses qu'elle soit perturbée. Aizen avait parfaitement conscience de ce que vivre ici impliquait pour cette femme. C'était une des étapes indispensables au bon cheminement de son plan perfide. Il pensait que briser tout ce à quoi elle pouvait se rattacher aller la rallier plus rapidement à sa cause. Il pourrait ainsi disposer, au plus vite, de son pouvoir.

Des bruits de pas la projetèrent hors de ses pensées. Ils résonnaient au plus profond de son être, elle en eut des sueurs froides. Ses yeux se baissèrent lentement sur l'assiette, elle savait, à juste titre, que cela ne Lui plairait pas. Et qu'il n'aurait pas l'intention de laisser passer un tel affront. La porte s'ouvrit, elle se leva prestement. Une forte lumière l'éblouit, elle recula de quelques pas, levant le bras pour protéger ses yeux trop habitués à la pénombre. Sa rétine eut beaucoup de peine à s'accommoder à ce flot d'intensité lumineuse. L'Arrancar entra et baissa les yeux sur l'assiette. Un petit soupir se fit entendre.

« Pourquoi m'obliges-tu à faire cela, femme ?

- Je… je vous l'ai dit… je n'ai pas faim, dit-elle les yeux dissimulés derrière son bras.

- Je ne crois pas t'avoir demandé ton avis en te donnant cet ordre. »

Il fit un pas dans la direction d'Orihime, celle-ci fit un pas dans la direction opposée pour maintenir la distance qui les séparait.

« Ne joue pas avec moi, femme. » dit-il d'un ton irrité.

Elle recula doucement jusqu'à ce que son dos vienne heurter le mur froid. Où croyait-elle aller ? A ce moment-là, elle ferma les yeux et sentit la présence de l'homme venir à sa rencontre. Il lui prit le poignet et le souleva. Sa peau était froide, mais semblait incroyablement douce. C'était la première fois qu'il la touchait, le contact de son derme lui fit naître un frisson qui lui parcourut la colonne vertébrale, s'insinuant entre chacune de ses vertèbres. Il était relativement proche d'elle, plus qu'il ne l'avait jamais été. Une odeur délicate de fleur vint pénétrer les narines de l'Arrancar, cela ne lui déplaisait pas. Sans rien dévoiler et durant un centième de seconde, il fut déconcerté. Il se reprit rapidement et demanda, stoïque :

« Tu préfères que je te fasse manger de force en poussant moi-même la nourriture au fond de ta gorge ou bien préfères-tu être nourrie par l'intermédiaire de tes veines ? Profite-en, c'est l'une des rares fois où je te demanderai ton avis. »

Ses yeux inexpressifs étaient plongés dans ceux terrifiés de la jeune fille. Il voulut sourire, mais réprima aussitôt ce semblant de rictus qui allait franchir ses fines lèvres noires, restant maître de lui-même. Sa bouche était close et sans expression. Ulquiorra était persuadé qu'il ne resterait bientôt plus une once de réticence et d'espoir dans le cœur de cette humaine. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle appartienne corps et âme à Maître Aizen. Aucun son ne sortit de la gorge d'Orihime, ses cordes vocales bloquées par cet affreux sentiment de peur qui était maintenant présent au quotidien. Ses yeux argentés étaient plongés dans ceux de son geôlier.

Chacune des cellules de son être était tétanisée, elle était terrifiée. Son regard la trahissait, elle le savait bien. Il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Bien que la peur lui tordait les boyaux, hors de question de baisser les prunelles face à cet être des ténèbres. Pour une fois, elle soutint le regard de l'Arrancar aux yeux verts perçants, qui ne cillait pas, attendant patiemment qu'elle rompe le contact visuel en premier -comme elle le faisait à chaque fois. Ils restèrent là quelques instants à se jauger sans mot dire. De faibles tremblements commencèrent à se faire ressentir dans les membres de la rouquine, l'inquiétude semblait se dégager de tous les pores de sa peau. Il pouvait sentir son âme fragile et sensible vaciller comme une bougie prête à s'éteindre au premier coup de vent, alors pourquoi diable le défiait-elle ainsi ? C'était incompréhensible. Il était étonné, mais fidèle à lui-même, n'en montrait rien. Quel aplomb ! Orihime essaya, elle aussi, de sonder son être. Malgré cette façade qu'il arborait quotidiennement, elle était persuadée qu'elle pouvait trouver autre chose que du vide. Derrière cette barrière infranchissable qu'était ses yeux, il pouvait y avoir une once d'émotion, une once de sentiment. Elle le sentait. A son plus grand regret, elle n'y décela rien, elle chercha un long moment, commençant à se perdre dans ce néant avant qu'il ne brise le silence.

« Très bien, je t'emmène chez Szayel. »

C'est Ulquiorra qui détourna le premier le regard, ne voulant pas perdre davantage de temps. Il la tira par le poignet, ce qui la fit décoller du mur, elle n'eut d'autre choix que de le suivre. Elle ne se rendait pas compte du trouble qu'elle avait fait naître en lui. Comment pouvait-elle maintenir son regard plongé dans le sien ? Personne excepté Aizen ne pouvait le soutenir aussi longtemps.

Ils sortirent tous deux de la pièce, la libérant de son étreinte. Un sentiment nouveau s'empara de lui, il ne comprenait pas. Et cette odeur ? Il n'y était pas insensible… Pourtant le néant était son plus vieil ami, il n'avait connu que dégoût et désolation dans toute son existence de Hollow. C'était l'essence même de son être, le vide. Il était incapable de mettre un mot sur ce qu'il ressentait, d'en donner une définition ou tout simplement de décrire cette drôle de sensation qui semblait parcourir tout son corps. Bon sang, que se passait-il ? Durant un bref instant, il resta figé, prisonnier de ses songes. La nouveauté était quelque chose qu'il n'affectionnait pas, il détestait cela. Ulquiorra était comparable à une machine ne connaissant aucun dysfonctionnement, avec une mécanique bien rodée et dont rien ne semblait entraver la dynamique. Jusqu'à présent, il avait toujours tout maîtrisé, ses pensées, son corps, ses attitudes. Seulement à cet instant précis, il y avait quelque chose d'anormal, quelque chose qui lui semblait différent, comme si une pièce de l'engrenage venait soudainement de sauter. Il se gifla intérieurement pour reprendre le contrôle de sa conscience qui ne s'était jusqu'alors jamais manifestée. Cependant, bien qu'un torrent de questions l'animait, il parut imperturbable aux yeux de la jeune femme.

« Suis moi. Tu ne me laisses pas le choix, ça pourrait être bien plus simple », soupira-t-il avant de continuer son chemin en direction du laboratoire du savant fou.

La jeune fille frotta doucement son articulation du plat de son autre main. Ses yeux fixèrent l'Arrancar qui s'éloignait dans le couloir vide. Celui-ci semblait sans fin. Elle se résigna à le suivre. De toute manière, Orihime savait pertinemment qu'elle n'était pas de taille contre lui. Après tout, il avait choisi la moins douloureuse des solutions pour la forcer à se nourrir… Elle se surprit à penser qu'il n'était peut-être pas aussi mauvais qu'il voulait bien le laisser paraître.


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A bientôt, farouche-ivoire