Harry Potter - J.K. Rowling

La Liste - Rose


Mettre un décolleté - POV Harry Potter, 24 février 2002

_ Monsieur Potter ! Monsieur Potter s'il vous plait !, s'égosillait l'homme derrière moi.

Sans même ralentir, je franchissais le seuil du Chaudron baveur avec une unique pensée en tête : m'éclipser côté moldu avant que le journaliste ne me rattrape. Je passais devant le bar et interpellais Hannah Abbot, qui avait succédé à Tom comme gérante du mythique bar.

_ Hannah …

_ Je sais. Tu as pris le réseau de cheminette, me coupa-t-elle gentiment.

Même si cela me faisait gagner un temps précieux, il était désolant de voir que la fiancée de Neville n'avait plus besoin d'explications à mes tentatives de fuite.

_ Merci Hannah, mes amitiés à Neville !, concluais-je rapidement en me précipitant vers la porte menant au Londres moldu.

Je parcourais trois rues différentes avant d'estimer que je ne risquais plus rien. Les mains dans les poches, je flânais dans les ruelles piétonnes de la capitale. J'avais un but précis : une petite brasserie nichée à l'étage d'une librairie. C'est Draco qui l'avait découverte un mois plutôt, et c'était vite devenu notre havre de paix moldu. Emmitouflé dans mon manteau et l'écharpe remontée jusque sur mon nez, j'arrivais à destination avec une demi-heure d'avance mais j'entrais comme l'habitué que j'étais devenu afin d'échapper au froid humide de l'Angleterre.

Sans m'attarder dans la librairie, je gravissais l'escalier en colimaçon et fus accueilli par le serveur habituel. Il m'adressa un sourire poli que je lui retournais, puis filais m'installer au fond de la salle boisée.

À peine assis, un thé accompagné de ses deux scones apparut sous mon nez. Je remerciais le deuxième serveur - qui manifestement connaissait merveilleusement bien mes petites habitudes. Je saisissais la tasse à deux mains dans le but de réchauffer mes doigts glacés. Un soupir de bien-être m'échappa.

_ C'est un temps à faire frissonner un Détraqueur, n'est-ce-pas Monsieur Potter ?

Je relevais brusquement la tête. Sans attendre la moindre invitation, la jeune femme enleva son manteau et s'installa à ma table. Si son vocabulaire ne l'avait pas trahi, sa robe verte trop longue pour la mode moldue et le gros noeud mauve qui retenait ses cheveux incroyablement frisés ne laissaient aucun doute quant au fait qu'il s'agisse d'une sorcière.

_ Qui êtes-vous ?, demandais-je en dégainant discrètement ma baguette sous notre table commune.

_ Vous êtes indubitablement très doué pour disparaître, Monsieur Potter. Mon collègue doit être en train de vous maudire sur plusieurs générations.

De dépit, je fermais les yeux quelques instants tout en rangeant ma baguette. Fatalement, ce laps de temps ne fut pas suffisant pour faire disparaitre la journaliste qui me faisait face. Je m'étais cru en sécurité loin du Chemin de Traverse. J'avais visiblement eu tort. Pire - et surtout pour un auror - je ne m'étais même pas aperçu que j'étais suivi.

_ Cet endroit est parfait pour une interview, ne trouvez-vous pas Monsieur Potter ?

Elle commençait doucement à me taper sur les nerfs avec ses "Monsieur Potter". Je la foudroyais du regard et à mon plus grand plaisir, une expression de frayeur passa sur son visage poupin. Ça ne l'empêcha cependant pas de continuer sur sa lancée.

_ Monsieur Potter. Vous avez été aperçu à plusieurs reprises en compagnie de Draco Malefoy, un mangemort …

_ Ex-mangemort, la coupais-je. Qui a été innocenté par le Ministère de la magie. Et je ne vois pas en quoi cela vous regarde.

À ma grande surprise, la femme sortit un calepin et un stylo tout à fait moldu. Elle nota mes quelques mots avec une telle frénésie que j'eus peur qu'elle en déchire la feuille de papier - pas que ça m'aurait dérangé cependant.

_ Est-ce une enquête officielle du Bureau des aurors ? Monsieur Malefoy est-il un suspect dont vous avez la charge en tant qu'auror du Ministère ? Est-il lié à une quelconque affaire de magie noire ?

Je la fixais ahuri. Ces questions étaient totalement absurdes. Draco Malefoy n'avait eu aucun lien avec le système judiciaire sorcier depuis la fin de la guerre.

_ Non !, m'insurgeais-je.

_ Bon, alors vous n'avez absolument aucune raison de ne pas répondre à mes questions, affirma-t-elle fière de son raisonnement.

_ Hormis le fait qu'il s'agisse de ma vie privée, vous voulez dire ?

_ Draco Malefoy fait donc partie de votre vie privée, interpréta la femme.

_ Je … Ce n'est pas ce que j'ai dit !

_ C'est ce que vous avez laissé sous-entendre.

J'en restais bouche-bée. Cette journaliste avait visiblement la manie de retourner la moindre de mes phrases à son avantage - me rappelant dangereusement Rita Skeeter d'ailleurs.

_ Depuis quand avez-vous repris contact ? De source sûre, vous ne vous étiez pas revus depuis la guerre.

Je décidais de ne rien répondre et la toisais avec colère. Que cette bonne femme aille au diable, je n'avais aucune obligation de répondre à ses foutues questions.

_ Draco Malefoy n'est pas un suspect considéré par le Bureau des aurors. Evidemment ce n'est pas non plus l'un de vos amis. Donc ma question - et celle de mes lectrices, est donc : qui est-il ?

La journaliste se pencha en avant et me donna un accès visuel inégalé sur le profond décolleté de sa robe. Portant le stylo à sa bouche, elle le mâchouilla d'une façon qu'elle espérait sans doute sensuelle.

_ Alors ?, insista-t-elle en battant des cils.

_ Mais que voulez-vous que je vous dises ?!, m'énervais-je devant son insistance.

_ Ce que vous voulez du moment que j'ai mon interview. Et je suis prête à tout pour l'avoir, Monsieur Potter. J'espère que nous nous comprenons.

Elle se pencha encore alors que je me tassais sur le dossier de ma chaise.

_ Qui êtes-vous ? Et pour quel magazine travaillez-vous ?

_ Agnès Chittock pour Les P'tites Sorcières. Avec une interview d'Harry Potter, j'aurais sans aucun doute une mutation vers Sorcière-Hebdo. Alors je ne compte pas vous lâcher, Monsieur Potter. Je vous l'ai dit : je suis prête à tout.

Avec horreur, je sentis son pied remonter le long de ma jambe. Je me dégageais en les repliant sous ma chaise.

_ Mais ça va pas, vous n'avez pas honte !

_ Pas vraiment. Ça serait loin d'être une corvée, précisa-t-elle d'une expression gourmande qui me retourna l'estomac. Alors, qui est Draco Malefoy ? Pour vous évidemment. Parce que tout le monde sait qui il est. Ou ce qu'il est.

Son sourire mesquin m'énerva dangereusement. Ce que la journaliste lut certainement dans l'expression de mon visage car son foutu sourire se transforma en grimace prétendument navrée.

_ Écoutez, je ne vous dirais rien de plus. Ce que je fais, avec qui je le fais - même si cette personne est Draco Malefoy, ça ne vous regarde pas. Ni vous, ni vos lectrices, ni personne hormis les principaux concernés et moi-même. Alors maintenant, vous allez me faire le plaisir de quitter cet endroit.

Je m'étais redressé sur ma chaise et la regardais avec dédain. De nouveau, la femme sembla perdre un instant ses moyens.

_ Vous me menacez ?, croassa-t-elle avec frayeur.

_ Bien sûr que non. Harry Potter n'oserait jamais menacer quiconque. Cet idiot a un véritable coeur de Botruc. Moi en revanche … je n'hésiterais pas une seconde.

_ Malefoy ?, s'étrangla la journaliste en perdant son professionnalisme.

Il était beau, dans son ensemble gris anthracite et avec son écharpe en laine blanche négligemment enroulée autour de son cou. Ses mèches blondes étaient légèrement humides - sans doute s'était-il mis à pleuvoir. Son regard se posa sur moi avec une nonchalance feinte.

_ Qu'est-ce que vous faites ici ?

_ Ça me parait évident, asséna froidement le nouvel arrivant.

_ Vous avez … rendez-vous ?, bégaya la jeune femme.

_ Non. J'espionne Harry Potter dans le but prochain de l'assassiner, répondit Malefoy avec condescendance.

La journaliste griffonna à toute allure sur son bloc-note. Une légère panique s'empara de moi - elle était capable de retranscrire les mots de Draco dans son foutu article. Nul doute que la population sorcière ne verrait pas la plaisanterie d'un bon oeil.

_ Quel plaisantin !, tentais-je toutefois en lâchant un sourire amusé à la journaliste.

Draco me foudroya de ses yeux gris, les lèvres pincées. Je devinais à son expression que quelque chose ne lui plaisait pas - quant à savoir quoi …

La journaliste répondit à ma tentative de diversion par un sourire charmeur.

_ Peut-être pourrions-nous poursuivre cette conversation ailleurs, Monsieur Potter. Chez moi, par exemple ?, proposa-t-elle tout en enroulant une mèche de ses cheveux auburn autour de son index.

_ Navré de couper court à votre programme mais Potter n'est pas disponible ce soir.

Le "ni aucun autre" ne fut pas prononcé mais il n'était pas difficile de le sentir planer dangereusement entre nous. Si la situation n'avait pas été aussi périlleuse, aucun doute me serais-je amusé de cet élan de jalousie. En l'occurence, braquer la journaliste n'allait pas nous en débarrasser et malgré ses insinuations malvenues, la jeter en douceur était bien plus prudent. Que Draco ne le comprenne pas me surprit - il était après tout un ancien Serpentard, ce genre de manipulations étaient siennes habituellement.

_ Ce n'est pas à vous que je m'adresse Malefoy !, s'enflamma la femme en haussant la voix.

Du coin de l'oeil, j'aperçus les deux serveurs se consultaient. Sans doute se demandaient-ils s'ils devaient ou non intervenir. Avant que Draco n'est pu s'indigner du ton employé contre lui, je me levais pour me placer entre les deux protagonistes et me tournais vers la journaliste.

_ Ça suffit comme-ça. Je ne donne pas d'interview, jamais. Et de toute façon, je n'ai absolument rien à vous dire. Ne vous amusez plus à me suivre comme vous l'avez fait aujourd'hui. Il aurait pu s'agir d'une mission du Bureau des aurors et vous auriez alors eu de sérieux ennuis, tentais-je de l'intimider.

Il allait sans dire que la femme n'avait pas besoin de savoir que le Bureau ne m'envoyait jamais en filature - il n'était pas rare que je déclenche aujourd'hui encore des mouvements de foules hystériques.

_ Soit. Mais si jamais vous ressentez le besoin d'une compagnie plus agréable …, lâcha-t-elle en dévisageant ouvertement le Sang-Pur.

_ Il me semble vous avoir expliquer que Potter n'était pas disponible. Ne m'obligez pas à vous le dire une troisième fois. Ça fait longtemps qu'un sort de magie noire n'a pas franchi mes lèvres.

_ Parce que vous dirigez sa vie maintenant ! Si Harry a envie de me contacter, il en a parfaitement le droit. C'est un scandale qu'un corps pareil soit célibataire.

J'étais trop ahuri par sa familiarité ou ses propos pour réagir quand sa main se posa négligemment sur mon torse. Mais apparement Draco ne l'était pas car il m'attira vers lui en manquant de me déboiter l'épaule.

_ Potter n'est pas célibataire. Rentrez-vous bien cela dans votre petit crâne de salope.

Je n'eus pas le temps de m'indigner contre le fait que Draco est lancé au visage d'une journaliste que mon célibat était fictif, ni de m'étonner du fait que je n'avais jamais entendu Draco Malefoy jurait comme le premier charretier du village.

Il lâcha mon bras - qui porterait sans doute les traces de sa fureur - et agrippa férocement ma nuque pour appuyer ses lèvres contre les miennes. Je restais sans réaction une demi-seconde avant d'entendre le hoquet de stupeur de la journaliste. Après quoi j'hésitais une autre demi-seconde entre repousser mon amant ou prolonger notre baiser. Quand Draco resserra l'emprise qu'il avait sur moi, j'envoyais au diable toutes mes appréhensions pour me suspendre à son cou.

Draco fut celui qui rompît notre baiser pour foudroyer la femme du regard. Puis il agrippa de nouveau mon bras pour m'entrainer vers la sortie. Une part de moi s'offusqua à l'idée de se faire trimballer comme un vulgaire gamin, mais l'autre - bien plus importante - était toujours sur un petit nuage. Ce fut seulement en passant devant l'un des serveurs que je redescendais sur terre. J'avais un thé et ses scones à payer. Mais le barman secoua la tête tandis que l'autre me tendait gentiment le manteau que j'avais laissé sur ma chaise sans m'en rendre compte. Draco s'en empara d'un geste brusque et continua son chemin sans un mot.

Une fois à l'extérieur, il me lâcha enfin pour se diriger droit vers une petite ruelle sans doute déserte. J'accélérais l'allure pour rester à sa hauteur et m'évertuais à calmer les battements rapides de mon coeur. Une fois à l'abri des regards, il m'agrippa de nouveau et transplanna.

Le palier de mon appartement était étroit et supportait mal que l'on s'y tienne à deux. Avant même que je ne pense à chercher les clefs pour ouvrir la porte cette dernière se déverrouilla et Malefoy se précipita à l'intérieur. Il allait sans dire qu'il n'avait prononcé aucun sort et que sa baguette était toujours rangé quelque part dans ses vêtements.

La fureur de Draco était parfaitement visible à qui était familier à sa magie. Cette dernière tourbillonnait autour de lui tel un halo argenté. Quelque part sur ma droite un vase - vide bien heureusement - explosa sous la pression et je le réparais d'un discret coup de baguette.

_ Tu comptes détruire mon appartement ?, demandais-je en plaisantant. À moitié.

_ Tu comptes m'expliquer à quoi tu jouais avec cette journaliste ?, contra-t-il méchamment.

J'en restais bouche-bée. Que s'imaginait-il là ? Puis la colère surpassa l'indignation.

_ Pardon ? Non mais qu'est-ce-que tu insinues exactement ? Cette folle m'a suivi depuis le Chaudron baveur et s'est incrustée à ma table alors que je t'attendais. Elle voulait que je lui parle de toi mais je lui ai dit que je ne donnais pas d'interview. Elle s'est mise à me faire des avances auxquelles je n'ai évidemment pas répondu. Que tu sois furieux après elle, je peux aisément le comprendre mais je n'accepterais pas plus longtemps tes suppositions à trois gallions cinquante.

Ça eut le mérite de lui clouer le bec. Pas bien longtemps malheureusement.

Mais alors que je m'attendais à ce qu'il hausse le ton annonçant ainsi la dispute qui ne manquerait pas de suivre, il me surprit en s'affalant sur mon petit canapé. Draco Malefoy ne s'affalait pas.

_ Je m'excuse, lâcha-t-il platement.

Draco Malefoy ne s'excusait pas non plus. Tout cela était très déconcertant. Si bien que j'en restais coi, debout dans mon propre salon sans savoir quoi faire. Une petite voix me chuchota que ce n'était pas Draco Malefoy qui se tenait avachi dans le sofa - une petite voix qui ressemblait étrangement à celle de l'instructeur paranoïaque qui m'avait eu en charge lors de ma formation d'auror. Ce dernier aurait pu faire concurrence à Alastor Maugrey - je n'avais d'ailleurs été qu'à moitié surpris lorsque j'avais appris que Fol Oeil avait été son instructeur. Le monde était bien petit.

_ Comptes-tu rester longtemps debout à ne rien dire Potter ? Tu as l'air aussi stupide d'un veracrasse. Quoique ça ne change pas beaucoup de d'habitude.

Autant pour moi … C'était bien mon Draco Malefoy qui se tenait avachi dans le sofa de mon petit salon..