Harry Potter - J.K. Rowling
La Liste - Rose
Louer un meublé - POV Draco Malefoy, 31 mai 2002
J'avais enfin un chez-moi ! Un petit appartement meublé avec élégance : des meubles anciens, des tapisseries luxueuses, un lustre doré. J'avais eu un véritable coup de coeur pour cet endroit.
Plus que le besoin d'indépendance, c'était le besoin de changement qui m'avait poussé à quitter le manoir familial. Ça et le fait qu'il était hors de question que j'invite Potter au manoir. Outre le fait que ma tante ait torturé sa meilleure amie dans le hall, que mon père l'ait enfermé lui et son meilleur ami dans les cachots, et ce avant de tenter de le livrer au Seigneur des Ténèbres … je n'arrivais clairement pas à l'imaginer allongé sur la courtepointe de mon lit ou assis entre ma mère et moi autour de la grande table de la salle à manger - celle-là même où Vous-savez-qui avait tenu ses réunions mangemoresques.
Il fallait également avouer que mes relations avec mon paternel avaient achevé de me décider. À sa façon, Potter avait encore réussi l'improbable. Alors que nous n'échangions plus que quelques mots polis depuis la fin de la guerre, mon père et moi nous étions récemment engagés dans ce qui s'avéra être une de nos plus longues conversations de ces dernières années. Pour Lucius, voir son fils faire la Une de tous les journaux sorciers était apparement une bonne raison pour sortir de sa léthargie. S'en était suivi une remarquable dispute où mon père s'évertuait à répéter "Je t'interdis de t'acoquiner avec Harry Potter !" et moi de lui rétorquer "Ce que je fais de ma vie privée ne te concerne pas !" tandis que nous étions ponctuellement interrompus par les "Lucius, calme-toi !" et les "Draco, ne parle pas ainsi à ton père !" de ma mère.
À la suite de quoi nous nous étions ignorés, jusqu'à ce que j'annonce mon départ à Narcissa. Ma mère n'avait pas particulièrement été surprise mais avait désespérément tenté de me faire changer d'avis, allant même jusqu'à me donner la permission d'inviter Harry au manoir. Comme je l'ai déjà mentionné, quelle merveilleuse idée …
_ Tu ne changeras pas d'avis, n'est-ce-pas ?, m'avait-elle demandé alors que je fermais la dernière des sept malles contenant mes affaires.
_ Je te rendrais régulièrement visite. Je t'amènerais des macarons de la pâtisserie du Chemin de Traverse. À la framboise, tes préférées. Mon appartement n'est qu'à deux rues de leur boutique.
D'un coup de baguette, j'avais fait disparaître dans un nuage de fumée blanche les malles qui trônaient au centre de mon ancienne chambre.
_ Tu me serviras ton délicieux thé. Celui au jasmin, que tu prépareras toi-même parce que les elfes ont interdiction d'y toucher. Tu me demanderas si tout va bien, si je ne manque de rien. Et je lèverai sans doute les yeux au ciel devant ton insistance.
_ Il a une mauvaise influence sur toi mon chéri, avait-elle affirmé avec un sourire indulgent en faisant référence à ma toute nouvelle manie.
_ Il a un prénom, l'avais-je repris.
À croire que le mon de Harry Potter était tout aussi tabou que celui de Vous-savez-qui - tout du moins au manoir - puisque je ne l'avais jamais entendu appeler mon amant par son nom ou prénom.
Elle avait ignoré ma dernière phrase et m'avait enlacé tendrement. J'avais à peine eu le temps de plonger mon nez dans ses boucles blondes qu'elle s'était détachée de moi et avait quitté la pièce.
Après m'être accordé quelques secondes de nostalgie, j'avais emprunté le même chemin et traversé le manoir, le jardin puis franchi les hautes grilles délimitant le domaine du manoir familial. J'avais transplanné sans un regard en arrière.
Présentement installé au petit secrétaire boisé qui trônait dans mon salon, je finissais de rédiger une courte missive :
"Ai emménagé.
Impasse des roses, appartement 7.
DM"
Sur le rebord de la fenêtre, Duc secouait son plumage ébène - impatient d'accomplir une toute nouvelle mission. Un petit signe de ma part et il s'envola gracieusement pour se poser sur son perchoir argenté.
_ C'est pour Harry, précisais-je en nouant le parchemin à sa patte.
Le fier hibou hulula en me jetant un regard que j'aurai pu jurer amusé avant de me quitter pour accomplir sa course.
Il ne fallut pas deux heures pour qu'il frappe à ma porte. J'ouvrais et observais mon visiteur.
_ J'espère que je n'ai pas d'ennuis, lâchais-je en détaillant les sur-robes pourpres et dorées dont il était affublé.
_ On nous a obligé à porter les robes d'apparat pour la répétition du défilé de la Victoire.
_ Tu vas y aller ?, questionnais-je en le laissant entrer.
Potter n'avait jamais fait l'honneur de sa présence aux célébrations de sa victoire contre le Seigneur des Ténèbres. Et pourtant, chaque année depuis trois ans, le Ministère organisait un grand défilé où les Aurors paradaient dans leurs uniformes officiels, ceux qu'ils ne portaient que pour les grandes occasions.
_ Je n'y échapperais pas cette année. Les stagiaires ne prennent pas part au défilé. Les Aurors titulaires n'ont pas le choix.
_ Les Aurors titulaires n'ont peut-être pas le choix mais Harry Potter … Personne n'oserait obliger notre grand Sauveur à faire une chose dont il n'aurait pas envie.
_ Ce matin même, il me semble pourtant qu'une certaine personne m'a obligé à faire des pancakes alors même que j'étais en retard pour le bureau.
Je balayais sa remarque d'un geste de la main. Ce n'était tout de même pas ma faute si Potter était un véritable cordon-bleu - d'ailleurs qui l'aurait cru au regard de ses piètres talents de potionniste.
_ Qu'en penses-tu ?, demandais-je en désignant l'appartement d'un signe de tête.
Harry prit quelques minutes pour déambuler dans les trois pièces qui composaient mon nouveau chez-moi. Je le regardais disparaître dans la salle de bain pour réapparaître quelques secondes plus tard. Puis disparaître de nouveau dans la chambre avant de revenir vers moi.
_ Alors ?, insistais-je devant son silence.
J'aimais bien cet appartement, je l'aimais même beaucoup. Cependant je me devais d'être honnête avec moi-même, il m'était important que Potter l'apprécie également. Il allait après tout y venir régulièrement - tout du moins je l'espérais grandement.
_ Ça ressemble à un musée, lâcha-t-il finalement.
_ Ça ne te plait pas ?
À l'exception des photos animées exposées sur toutes les surfaces planes et les robes sorcières égarées sur les chaises et fauteuils, tout était typiquement moldu chez Harry. Ici, chaque objet pouvait raconter une histoire sorcière différente. Des tapisseries sur lesquelles figuraient de magnifiques licornes, aux tableaux enchantés. En passant par mon étagère réservée aux ingrédients de potions, à la cheminée où m'attendait un chaudron ou encore aux ustensiles à cuisine présentement occupés à préparer le diner de ce soir.
_ J'ai peur de casser quelque chose, me répondit-il doucement en me jetant un regard en coin.
Je me figeais. C'était tout à fait possible. Potter était un hippogriffe dans un magasin de porcelaine.
J'observais rapidement mes objets les plus précieux : la vase de mon arrière arrière-grand-mère Black, le hibou en marbre noir représentant Sultan - mon tout premier hibou, offert par ma mère ou encore la douzaine de verres en cristal qui se transmettait à chaque héritier Malefoy depuis des décennies trônant fièrement dans le vaisselier.
_ Tu gardes tes mains dans tes poches, tu t'assois ici et tu ne bouges plus !, exigeais-je en pointant le canapé.
_ Sérieusement ?
Tant pis, Potter ne viendrait pas aussi souvent que je l'avais précédemment imaginé. Si ça me permettait de sauver mes affaires, j'étais prêt à passer mes soirées chez lui. C'était après tout ce que je faisais depuis plusieurs mois déjà.
Je l'observais en silence, bien décidé à ce qu'il pose ses fesses sur les coussins moelleux du sofa.
_ Et moi qui pensais que tu voudrais l'inaugurer …
_ De quoi parles-tu encore ? Et assieds-toi !, insistais-je alors qu'il déambulait entre la table basse - où reposaient deux magnifiques chandeliers en or blanc, et mon secrétaire - où soudainement, mon encrier en porcelaine de Chine était bien trop prêt du rebord à mon gout.
_ Et bien, l'inaugurer … Tu comprends …
Non je ne comprenais pas. Surtout quand l'hippogriffe qui me servait d'amant jouait avec la montre de poche en or rosé qui m'avait couté une fortune.
_ Pose ça ! Doucement …
_ On ne l'inaugure pas alors ?, insista-t-il en reposant finalement la montre sur le secrétaire.
_ Mais de quoi tu parles à la fin ?
Un regard lubrique me répondit.
Oh ça … Je pinçais les lèvres, déchiré.
_ J'hallucine. Tu hésites en plus !, se vexa-t-il.
_ Tu es un danger public !
_ Piètre excuse, ce n'est pas nouveau.
_ Jusqu'à présent, tu ne menaçais pas mes biens !
_ Bon. Très bien.
Sur ce, il enleva sa sur-robe d'Auror et la posa délicatement sur le fauteuil avant d'ouvrir les premiers boutons de sa chemise et de se laisser tomber sur mon canapé, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon.
Son haut se releva, découvrant le bas de son ventre plat et la fine ligne de poils sombres qui disparaissait bien plus bas encore.
_ Par tous les grands mages, Potter !
Je me penchais vers lui et glissais un genou entre ses jambes de manière à m'appuyer sur le canapé, une main sur son ventre l'autre en appui sur le dossier. Je l'embrassais.
_ Tu boudes ?, demandais-je en m'apercevant qu'il ne me rendait pas mon baiser.
Je tentais de nouveau ma chance. Cette fois, il me répondit avec ardeur. Ma main se faufila sous sa chemise, caressa son torse.
_ Tu comptes t'y mettre … Ou dois-je faire tout le boulot ?, exigeais-je alors qu'il ne bougeait pas d'un pouce.
_ Je ne sais pas. J'ai le droit de sortir les mains de mes poches maintenant ?
Je le fixais, ahuri.
_ C'est très serpentard ça !
_ Ça marche ?, me demanda-t-il avec une moue diabolique.
_ À cent pour cent.
Je me penchais de nouveau pour lui ravir ses lèvres. Ses mains se posèrent sur le bas de mon dos.
Enfin !
Chapitre plus court que les précédents mais j'ai vraiment eu du mal à l'écrire ...
Sinon, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'années.
Pour les reviews anonymes (Guest, Patte-de-neko) : un grand merci !
