Harry Potter - J.K. Rowling

La Liste - Rose


Et puis tout massacrer - POV Harry Potter, 1 juin 2002

Je ne voulais pas bouger. J'avais l'impression d'être dans un cocon de sérénité.

Les faibles rayons du soleil frappaient mon dos, réchauffant agréablement ma peau. Le drap, quelque fut sa matière, reposait sur mes jambes tel un voile soyeux. L'oreiller dégageait une odeur qui n'était pas la mienne et qui pourtant m'était si familière.

Le sommeil me quittant, je m'étirais dans un gémissement de bien-être absolu.

Quelque chose d'un peu froid effleura mes clavicules, caresse aérienne aussi légère qu'une plume. Un soupir m'échappa, une mèche de mes cheveux tomba sur mes yeux, chatouillant désagréablement ma joue. Je fronçais les sourcils sans pour autant ouvrir les yeux.

Un petit rire un peu rauque résonna dans la pièce et la mèche rebelle fut replacée derrière mon oreille. Un sourire sans doute un peu niais étira mes lèvres.

_ Je devrais être en train de te hurler dessus Potter. Mais tu es trop mignon pour gâcher ce moment …

Pour la seconde fois ce matin, je souriais bêtement. Les doigts froids de Draco effleurèrent ma nuque, chaque vertèbre de ma colonne vertébrale puis prirent doucement le chemin inverse. Il eut le temps de faire trois fois la même manoeuvre avant que sa phrase ne soit enfin analysée par mon cerveau endormi.

"Mignon" … C'était plutôt rare que Draco ne laisse échapper pareilles remarques aussi sentimentales. "Te hurler dessus" … Ça lui ressemblait davantage. Restait à savoir ce que j'avais encore fait.

J'osais ouvrir un oeil. Le soleil m'éblouit quelques instants, avant que je parvienne enfin à fixer mon regard sur la silhouette floue de mon amant.

Draco était nonchalamment appuyé contre la tête de lit. Un bras tendu vers moi, il me présentait gentiment un objet que je devinais être mes lunettes. Je me retournais sur le dos, à moitié tourné vers lui. Il me posa mes binocles sur mon nez et je les redressais machinalement.

Avec ses cheveux en bataille, sa chemise de nuit entrouverte et les rayons du soleil encadrant sa silhouette, il ressemblait à un ange déchu - le mien évidemment.

_ De quoi tu m'accuses aujourd'hui ?, demandais-je d'une voix tout aussi rauque que la sienne.

Ses doigts caressèrent mes lèvres, je faisais semblant de vouloir les lui mordre. Il haussa un sourcil d'une manière qui me rappelait toujours le professeur Snape. Etant donné que j'étais allongé dans un lit, à moitié nu, l'image n'avait rien d'agréable. J'en frissonnais d'horreur.

Draco remonta le drap jusque sur mes épaules.

_ Je n'ai pas froid.

_ C'est pour ne plus voir ton corps. J'ai besoin de rester concentré afin de pouvoir te hurler dessus en bonne et due forme.

Oh. Il avait l'air sérieux. Mais j'avais beau fouiller dans mes souvenirs, rien de ce qui s'était passé hier soir ou dans la nuit ne méritait sa fureur.

_ Je t'ai fait un suçon sans m'en apercevoir ?, tentais-je.

Il détestait ça. La seule et unique fois où j'avais eu l'audace de le marquer ainsi, j'en avais été quitte pour une sévère remontrance. J'en avais déduit plus tard que les marques d'appartenance n'étaient pas les bienvenues - sans doute cela lui rappelait-il un peu la Marque des Ténèbres, bien que j'eus du mal à faire le rapprochement.

_ Je pense que j'aurais presque préféré.

Décidément, ça n'arrangeait pas mon cas. Je soupirais, et pas de bien-être cette fois-ci.

_ Accouche Malefoy. Qu'est-ce-que j'ai fait ?

Ce n'était visiblement pas la chose à dire car il me fusilla du regard. Merlin merci, les Avada Kedavra ne se lançaient pas ainsi. Je n'étais pas sûr d'y survivre une troisième fois.

_ Tu as détruit mon appartement. Un appartement que je loue depuis hier seulement.

_ Quoi ?

Il engloba la pièce d'un geste de main agacé. Je jetais un coup d'oeil autour de moi.

Une des portes de la penderie gisait au sol tandis que l'autre pendait dangereusement, retenue par un unique gond doré. Les vêtements, sans doute hors de prix, de Draco gisaient dans toute la pièce. Certains cadres étaient également au sol et d'autres n'étaient plus aussi parfaitement alignés de la veille. Le miroir en pied était fendu sur toute la longueur - je pensais brièvement à la superstition moldue concernant les sept ans de malheur.

Puis je me levais, le drap enroulé autour de ma taille, et me dirigeait d'un pas hésitant vers le salon. Une tornade aurait pu passée que le résultat n'aurait pas été différent.

Des feuilles éparpillées, des éclats de verre et de porcelaine jonchaient le sol. Plusieurs objets semblaient avoir tout simplement explosé en milles morceaux.

Pieds nus, je n'osais avancer davantage et retournais donc dans la chambre.

_ Que s'est-il passé ?

_ Je comprends que des gamins de cinq ans perdent parfois le contrôle de leur magie. Un adulte de 22 ans … J'ai un peu plus de mal à y croire. Et pourtant …

Ça expliquait la sensation étrange d'hier. J'avais clairement eu la sensation que j'allais exploser. J'avais mis ça sur le compte d'un orgasme, visiblement ça n'était pas la seule raison. Je piquais un fard.

_ Tu rougis ?! Tu as détruit mon appartement dans une explosion magique et la seule réaction que tu as, c'est rougir ?, s'époumona-t-il en quittant le lit sur lequel il était resté assis.

Comment lui expliquer que je n'avais rien contrôlé parce qu'il m'avait fait perdre la tête ? C'était une situation assez gênante.

_ Sérieusement Potter ! Si t'as besoin de cours, retourne à Poudlard ! Je te le dis, les gamins de cinq ans perdent le contrôle ! Pas les adultes. C'est quoi ton problème ?

_ C'est toi mon problème, lâchais-je d'une petite voix.

_ Parce que tu comptes me mettre ça sur le dos en plus ?

_ Et bien, d'une certaine façon …, commençais-je sans finir.

_ Oh mais je t'en prie, finis ta phrase. Vas au fond de ton explication, je suis tout ouï !

Après la scène dont j'avais été témoin hier, il était évident qu'il y avait des objets précieux ici que j'avais apparement explosé. Je tentais de me mettre à sa place, si tous mes souvenirs avaient été réduit à néant en l'espace d'une seule nuit. Nul doute que j'aurais également été furieux.

_ C'est que … j'étais plutôt occupé hier. J'ai perdu le contrôle parce que … hum … tu es celui qui m'a déconcentré.

_ Déconcentré ?… Tu provoques des explosions quand on couche ensemble maintenant ?

Ouch. C'était plutôt cru.

_ Apparement …

Il me fixa d'un regard que j'eus du mal à déchiffrer. Puis il se pinça l'arrête du nez en respirant profondément.

_ J'hésite entre te mettre dehors tellement je suis furieux et t'enfermer dans ma chambre pour confirmer l'hypothèse.

_ Si tu me laisses le choix, je suis pour la seconde proposition, tentais-je doucement.

_ C'est plutôt flatteur comme réaction. Mais tu as quand même détruit mon appartement et tous les objets auxquels je suis attaché.

Je me balançais d'un pied sur l'autre, toujours aussi rouge. Flatteur … Tu m'étonnes, j'avais détruit un appartement dans une explosion de magie parce qu'il m'avait fait perdre les pédales. Il faut dire qu'hier soir avait été plutôt mémorable.

_ Tu as tenté un Reparo ?

_ Sur tout l'appartement ? Je ne suis pas sûr que cela fonctionne.

Dumbledore avait réparé une maison moldue dans sa totalité lors de notre visite au professeur Slughorn. C'était donc possible. Après … Dumbledore n'était pas n'importe quel sorcier. Cependant, je n'étais pas n'importe quel sorcier non plus … apparemment. Je récupérais ma baguette, perdue au milieu des vêtements éparpillés au sol.

_ Reparo, lançais-je avec toute la concentration et la puissance dont j'étais capable.

Le sol trembla quelques secondes. Le lustre - unique survivant - cliqueta en un son cristallin alors que ses branches s'entrechoquaient. J'eus un instant de panique avant que les différents morceaux éparpillés au sol s'élèvent un à un. Tournoyants dans tous les sens, ces derniers semblaient se chercher puis s'assembler pour se reformer.

En quelques secondes, l'appartement avait récupéré son ancienne apparence. Tout y était à sa place, en parfait état.

_ Impressionant, murmura Draco en un souffle.

Je n'aurais pas mieux dit, je peinais à y croire moi-même. Malgré les années, la magie m'étonnait toujours autant de part les possibilités qu'elle offrait. Et j'étais toujours aussi surpris de découvrir ce dont j'étais capable.

_ Je suis pardonné ?, demandais-je car je n'oubliais pas la froideur dont Draco avait fait preuve quelques minutes plutôt.

_ Comptes-tu de nouveau faire exploser mon logement ?

J'hésitais puis me décidais pour la vérité, aussi gênante soit-elle.

_ Comptes-tu de nouveau me faire perdre la tête ? Parce qu'il y a des chances oui …

_ Tu sembles maitriser le sortilège du Reparo avec une rare habilité. Et j'aimerais bien vérifier cette théorie selon laquelle tu ne maîtrises plus rien dans certaines situations.

_ Pas à tous les coups, clarifiais-je parce que c'était bien la première fois qu'une telle chose arrivait - que ce soit avec Draco ou non.

_ Je suis persévérant.

Ça ne me surprenait pas vraiment.

_ Je pense même m'y mettre tout de suite, précisa-t-il en se plaçant derrière moi.

Ses bras enlacèrent puis ses mains voyagèrent sur mon torse nu. Ses dents mordillaient tendrement ma gorge et je basculais ma tête en arrière, appuyée contre son épaule, pour lui laisser davantage de place. Un gémissement m'échappa et je devinais qu'il souriait, niché dans mon cou.

Il souffla sur la chair qu'il venait de maltraiter et un frisson parcourut mon corps entier. Je levais un bras - l'autre tenant toujours ma baguette ainsi que le drap enroulé autour de ma taille - afin de passer ma main dans ses cheveux courts, et insistais légèrement pour qu'il retourne à sa tâche.

Ce qu'il aurait sans doute fait si personne n'avait toqué à la porte d'entrée. En l'occurence, nous nous figeâmes tous deux. Un second coup retentit et Draco soupira d'exaspération.

_ Tu crois qu'on peut faire comme s'il n'y avait personne ?, tentais-je en sachant pertinemment que ça n'arriverait pas.

_ Ça ne se fait pas, déclara-t-il en arrangeant ses cheveux.

Je l'observais s'éloigner de moi. Bas de jogging et chemise blanche, la personne se tenant derrière la porte allait avoir une vision d'un Draco Malefoy bien différent d'habituellement.

Arrivé à destination, il se tourna vers moi et me détailla de la tête au pied.

_ Ne reste pas en face de la porte. Qui que ce soit, cette personne n'a pas le droit de te voir dans cette … non-tenue.

Soit. Je me décalais légèrement vers la gauche, à deux pas de la chambre.

_ C'est pourquoi ?, lâcha mon amant en ouvrant la porte.

Il y eut quelques secondes de flottement.

_ Bonjour, je suis Miss Laverne Barkwith, votre voisine du dessus. Excusez-moi de vous déranger, mais il y a eu un incident cette nuit et … et bien, mon appartement a pour ainsi dire … implosé. Je voulais savoir si le phénomène s'était également produit ici. Tout est sens dessus dessous là-haut.

Je me mordais violemment l'intérieur de la joue pour ne pas rire et tendais le cou pour observer la réaction de Draco.

Pour sa défense, il resta tout à fait sérieux.

_ Non. Absolument pas.

Il ouvrit davantage la porte et je me collais au mur.

_ Comme vous pouvez le voir, tout est parfaitement en ordre.

_ Effectivement. Je … je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer, bégaya notre visiteuse visiblement déconcertée.

_ Ce sera tout ?, questionna Draco avec sa nonchalance habituelle.

_ Oui, oui … merci quand même.

Et Draco referma la porte sur la pauvre femme.

_ Je pourrais peut-être l'aider ?

_ Oui bien sûr. Et au passage, tu lui expliqueras pourquoi son appartement ressemble à un champ de bataille.

Je grimaçais, il n'avait pas tort. Bien sûr ce n'est pas quelque chose que j'allais lui dire, il avait tendance à rapidement prendre la grosse tête.

_ Je n'arrive toujours pas y croire. Une perte de contrôle et deux appartements détruits. Tu es un véritable danger public Potter.

_ Oui et bien je ferais attention la prochaine fois, boudais-je.

_ Certainement pas !

Il avait croisé les bras sur son torse, le menton haut. Je connaissais cette position par coeur, il avait déjà la même à Poudlard.

_ T'es fier de toi, n'est-ce-pas ?

_ Dis moi. Combien de personnes ont-elles réussi à te faire perdre le contrôle ?

Je décidais de le taquiner, il le méritait bien.

_ Laisse-moi réfléchir … Dumbledore et Bellatrix Lestrange, il me semble.

Ses deux bras retombèrent le long de son corps et il me fixa quelques secondes, sans réaction. Si ce n'était pas Draco Malefoy qui se tenait devant moi, j'aurais probablement lancé une remarque telle que "Tu ressembles à un poisson rouge".

_ Pardon ?

_ J'ai fait explosé le bureau de Dumbledore en cinquième année parce qu'il me cachait certaines choses. Et Bellatrix … Et bien elle venait d'assassiner Sirius.

Si les années avaient atténué la douleur, il y avait toujours une pointe de désespoir et de colère mêlée lorsque j'abordais la mort de mon parrain.

_ Tu es impossible Potter ! Ne fait plus jamais de sous-entendus de ce genre. C'était juste … écoeurant.

_ Je prépare le petit-déjeuner ?

_ Je viens de te dire que j'étais écoeuré ! En plus, il me semble que nous étions occupés avant d'être dérangés par ma pauvre voisine …

Il passa ses deux bras autour de ma taille et tenta de m'embrasser.

_ Je croyais que tu étais écoeuré ?

_ Pas de toi, précisa-t-il avec sérieux.

Je me libérais de sa prise et m'avançais vers ses placards.

_ Oui mais j'ai faim maintenant.

_ Tu es un estomac sur pattes Potter. D'ici quelques années, tu auras une brioche à la place de ton ventre plat. Et crois-moi, je n'ai aucune envie de finir ma vie avec un vieux et gros pervers.

Je rigolais doucement sans lui répondre. Finir sa vie avec un vieux et gros pervers peut-être pas. Mais avec moi, ça ne semblait pas le déranger.

J'aimais bien, quand Draco laissait échapper de petites allusions telles que celle-ci.


Je remercie Florence Baker (Guest) pour sa review.

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