Harry Potter - J.K. Rowling
La Liste - Rose
Pleurer pour un rien - POV Draco Malefoy, 3 août 2002
Le soleil avait disparu depuis longtemps mais la lune, pas vraiment pleine, éclairait de sa lueur bleutée les collines alentour.
Nerveusement, j'ajustais ma robe de sorcier puis posais un regard que j'espérais confiant sur la maisonnette en contre-bas. À en juger par les éclairs et explosions - majoritairement rouges - qui troublaient le ciel, la soirée battait apparement son plein.
C'était la première fois que j'arrivais en retard à un quelconque évènement. Que ce soit la fête d'anniversaire d'Harry Potter expliquait sans doute pourquoi.
Quand la petite chouette tigrée de Granger avait passé ma fenêtre, je lui avais gentiment fait remarquer que Potter n'était pas là. Mais le volatile n'a rien voulu savoir et m'avait suivi aux quatre coins de mon appartement, tout en piaillant d'impatience. Je l'avais finalement libérée de sa missive et elle s'était sauvée sans demander son reste.
Sur la petite enveloppe beige, d'une écriture arrondie et étrangement élégante, mon nom s'étalait en lettres dorées. Je l'avais ouverte machinalement, déconcerté d'en être le destinataire. J'avais été surpris par son contenu : j'étais invité à la fête d'anniversaire surprise d'Harry Potter.
La liste des invités ayant répondus présents s'étalait sous mes yeux : beaucoup trop de Weasley, Granger - évidemment -, Neville Londubat, Hannah Abbot, Parvati et Padma Patil, Seamus Finnigan, Dean Thomas. Et dans un petit scintillement doré, le nom de Luna Lovegood s'ajouta tout en bas.
J'avais posé la lettre dans l'évier de porcelaine de ma salle de bain et l'avait enflammée d'un coup de baguette.
Il était hors de question que mon nom s'ajoute, dans ce petit scintillement ridicule, à la liste toute aussi ridicule de noms qui y figuraient déjà.
Pourquoi est-ce que je descendais présentement cette foutue colline ? J'aurais été bien plus à mon aise dans mon canapé, un livre de potion dans une main, une tasse de thé dans l'autre.
J'allais me mêler à une foule de Gryffondors, de Serdaigles et de Poufsouffles. Et même si tout le monde était au courant de la relation que Potter et moi-même entretenions, il n'avait jamais été question de faire ami-ami avec qui que ce soit.
Discrètement, je me cachais derrière la tenture en lin qui abritait la petite sauterie qui avait lieu ce soir. Je patientais dix bonnes minutes avant que Granger ne passe à proximité. Je l'agrippais par le bras et la forçais à reculer dans l'obscurité qui me protégeait encore.
Sa baguette fût pointée vers mon torse à une vitesse impressionnante - pas avec autant d'agilité que Potter, toutefois. Et avant même que je puisse m'en offusquer, le précieux bâton en bois disparût tandis que la jeune femme me sautait au cou.
_ Par Merlin ! Harry va être tellement content !, s'exclama-t-elle en me relâchant - sans s'attarder sur le fait que je ne lui avais bien évidemment pas rendu sa stupide étreinte.
Je m'écartais légèrement. Nous étions planqués derrière une tente, dans l'obscurité. Je n'avais pas particulièrement envie que Weasley - ou pire, Harry - nous trouve dans une position qui pourrait mener à un quelconque quiproquo.
_ Si seulement tu étais arrivé avant le gâteau … Cela aurait été merveilleux !
Je l'écoutais - avec une patience que je ne me soupçonnais pas - s'attarder sur le fait que je ne pouvais décidément pas débarquer comme ça, qu'il fallait mettre en place quelque chose, qu'Harry n'allait pas en croire ses yeux, que la soirée était maintenant parfaite.
_ Non, non, non. Tu ne peux pas apparaitre comme un cheveu dans le chaudron !, répéta-t-elle encore.
Je n'appréciais pas forcément la comparaison mais décidais de mettre ma fierté de côté.
_ Pas besoin de mise en scène, Granger.
_ Bien sûr que si ! C'est tellement important pour Harry. Il était tellement triste que je lui ai dit que tu ne serais pas là ! Tu es vraiment stupide Draco.
_ Je sais, murmurais-je - visiblement pas assez bas pour ne pas être entendu car elle arrêta enfin de s'agiter pour me dévisager.
_ Je vais chercher Ron et George, ne bouges pas ! Ils vont forcément avoir une superbe idée, décida-t-elle finalement en disparaissant sous la tenture.
Je patientais quelques minutes. Puis, m'apercevant que les acolytes préférés du Survivant n'apparaissaient toujours pas, je décidais de m'engouffrer également sous la tente.
À demi-caché derrière une colonne fleurie, je tentais de repérer la tête brune de mon amant. Cela ne fut pas difficile, l'ensemble des personnes présentes semblaient tourner autour de Potter. Ce n'était pas vraiment étonnant - pas parce que c'était sa soirée, mais parce que le monde entier gravitait toujours autour de Harry.
Amis, ennemis, journalistes, admirateurs ou collègues. Quand il était dans les parages, la gravité se déréglait soudainement et les sorciers se précipitaient à ses côtés, attirés par je ne sais quelle étrange sorcellerie.
C'était étonnant qu'il n'en soit pas devenu égocentrique. Le pire était sans doute qu'il ne s'en apercevait même pas.
J'avais toujours été jaloux de ce curieux phénomène. Jaloux de Potter - au début - parce que j'aurais aimé que le monde tourne autour de moi. Puis jaloux des autres, ceux qui gravitaient autour de lui alors que je peinais à n'être qu'à sa périphérie.
Maintenant, les choses étaient bien différentes. Et, comme pour me donner raison - par je ne sais quel instinct qui lui était sans doute propre - il se tourna vers moi, ses yeux émeraudes plantés dans mes yeux gris.
Je ne l'entendis pas mais je lus parfaitement mon prénom sur ses lèvres. Plusieurs regards se posèrent sur moi - tantôt surpris, tantôt écoeurés. Je ne m'en préoccupais pas plus que ça car Harry avançait vers ma personne d'un pas chancelant.
_ Draco, murmura-t-il de nouveau lorsqu'il fut face à moi.
_ Bonsoir.
Je ne sais pas vraiment à quoi je m'étais attendu. Sans doute à ce qu'il me décroche un de ses sourires qui lui mangeait la moitié du visage. Ou à ce qu'il glisse sa main dans la mienne. Mais ce ne fut pas le cas et, à ma plus grande horreur, ses yeux se remplirent de larmes.
_ Ha-harry !, bégayais-je sans même oser le toucher.
Une larme, accrochée à ses cils, glissa le long de sa joue.
_ Tu es venu ?, demanda-t-il sans y croire.
_ Je n'avais rien de prévu, déclarais-je en haussant les épaules - la mauvaise foi incarnée.
Je savais pertinemment que ma présence ici, au milieu de la tribu Weasley, était importante pour Harry. C'était l'unique raison pour laquelle je m'étais finalement décidé à venir. Je n'avais cependant jamais imaginé qu'il en aurait pleuré.
Il essuya du revers de sa manche la larme qui avait glissé jusqu'à l'arrête de sa mâchoire, et renifla d'une manière forte peu élégante. J'étais à deux doigts de lui en faire la remarque mais il ne m'en laissa pas le temps puisqu'il m'enlaça soudainement, le visage caché dans mon cou. Je me figeais, bien trop conscient d'être l'objet d'une bonne dizaine de regards. Un "Je t'aime" un peu rauque fût chuchoté à mon oreille et je refermais mes bras autour de ses épaules sans y penser à deux fois. Par Merlin, Potter me rendait Poufsouffle.
_ Ils sont trop mignons !, commenta l'une des Parvati en se penchant vers sa jumelle, sans même se soucier de rester discrète.
Je la fusillais du regard, mais visiblement, avoir Potter dans mes bras me rendait beaucoup moins impressionnant qu'ordinaire car les deux soeurs me gratifièrent du même sourire amusé. Puis je repérais l'un des Weasley - le dragonnier - et Neville Londubat, qui me dévisageaient tous deux avec mépris. Cela ne m'étonna pas vraiment, et s'en était même rassurant - un brin de normalité dans ce monde un peu fou. Lorsque Harry se décida enfin à me lâcher, je cherchais - presque désespérément - un moyen de ne plus être au centre de l'attention.
Je ne m'attendais pas à ce que mon sauveur soit Weasley - par Merlin, Ronald. Etre obligé d'utiliser leurs prénoms pour les différencier prouvait bien que je fréquentais bien trop de belettes pour mon propre bien. Il me fourra une assiette dans les mains.
Harry vola le petit fruit posé sur le glaçage luisant de ma part de framboiser sans que je ne trouve la force de le réprimander. Mais Mrs Weasley, qui passait derrière nous au même moment - pas le moins du monde surprise de ma présence ici - s'en chargea pour moi. Sa main se posa brièvement sur mon épaule, avant qu'elle ne reprenne son chemin l'air de rien. Allez savoir pourquoi, ce geste déclencha une étrange et douce chaleur dans ma poitrine. C'était ridicule …
_ Tu m'accordes une danse Malefoy ?, demanda soudainement la benjamine de la famille.
Je ne bougeais pas d'un centimètre, complètement abasourdi par sa demande. Le petit rire amusé de Granger, qui était arrivée à je ne sais quel moment, ne m'échappa pas. Puis Potter me vola mon assiette et, de sa main libre, me poussa doucement vers Ginny Weasley.
Sur la petite piste de danse improvisée, la jeune femme posa l'une de ses mains sur mon épaule et glissa l'autre dans ma main droite.
_ C'était une demande … culottée, commençais-je avec hésitation.
_ Je savais que tu ne refuserais pas.
_ J'aurais très bien pu, la contrais-je par principe.
_ Un gentilhomme ne refuse pas la demande d'une dame.
_ Mon éducation n'a pas autant d'influence sur mes décisions, précisais-je en retenant à grand peine une remarque qui n'aurait pas été appréciée - la belette femelle n'avait rien d'une Dame !
_ Mais Harry si, précisa-t-elle avec assurance.
Je grinçais des dents.
_ Quel est le but de cette mascarade ?
_ Pour information, ça n'a rien d'une mascarade. Je fais des efforts, je te signale.
_ Le but, Weasley.
_ Te mettre en garde.
Bizarrement, ça ne m'étonnait pas du tout.
_ Hermione et Weas … Ronald m'ont déjà fait la leçon.
_ Je n'en doute pas un instant. Et ça ne m'empêchera pas de faire de même. Harry est … important pour moi. Il fait parti de la famille. Alors, t'as intérêt à prendre soin de lui, Malefoy !
Je soupirais exagérément.
_ Je ne plaisante pas !, s'énerva-t-elle en me broyant l'épaule sur laquelle reposait sa main.
_ Ok, ok. Je prends note, affirmais-je sérieusement.
Avec sa petite carrure et sa fine silhouette, il était facile d'oublier que Ginny Weasley était une joueuse professionnelle de Quidditch. Et je pouvais désormais affirmer qu'elle avait une poigne impressionnante.
Elle me lança un dernier regard d'avertissement avant de me planter là, seul au bon milieu de la piste de danse.
Je n'eus pas le temps, ni l'occasion de m'éclipser que Luna Lovegood apparut soudainement devant moi et passa le plus naturellement du monde ses bras autour de mon cou. Je jetais un regard à la ronde, et tombais sur celui amusé de mon Gryffondor attitré. Avec hésitation, je posais mes mains sur ses hanches. Que Salazar me vienne en aide.
_ Draco Malefoy.
_ Luna Lovegood, répondis-je par automatisme.
_ C'est étrange n'est-ce-pas ?
_ Il va falloir me préciser ce qui est étrange. Parce que ce soir, tout me semble étrange …
_ Tout le monde pense que tu vas briser le coeur de Harry Potter.
_ Ça, ce n'est pas vraiment étrange.
_ Mais personne ne pense qu'il pourrait être celui qui brisera le tien, continua-t-elle sans prendre en compte ma remarque.
Je me figeais, ce qui ne l'empêcha pas de tourner trois fois sur elle-même.
_ Pourquoi dis-tu cela ?, paniquais-je brièvement.
Luna Lovegood était … bizarre. Soit, rien de nouveau là-dedans. Mais il y avait souvent une part de vérité dans ses suppositions farfelues.
_ Je ne sais pas. L'amour n'est pas à sens unique, sinon, cela ne serait pas de l'amour. Alors les deux personnes prennent le risque d'avoir le coeur brisé. C'est ce qui est magique n'est-ce-pas ? De confier son coeur - sans aucune restriction - à une autre personne.
Je ne trouvais rien de pertinent à lui répondre.
_ Oh, je dois te laisser. Neville semble avoir quelques soucis avec des joncheruines.
Je la regardais s'éloigner, et jetais un regard à Londubat. Un verre à la main, il discutait avec Dean Thomas et - si ce n'était pour la petite grimace énervée qu'il me décrocha - il ne semblait pas avoir le moindre souci.
J'ai été sur le point de quitter la piste - enfin - lorsqu'une main agrippa mon bras. Je ne retenais pas un soupir agacé.
_ Quel accueil …
_ Je me demandais qui allait encore me tomber sur le dos, précisais-je en passant mes bras autour de la taille de Potter.
_ Juste moi.
_ Ça me convient parfaitement.
Je posais mon menton sur son épaule, étrangement épuisé. La soirée promettait d'être interminable.
_ Je suis vraiment content que tu sois venu.
Et c'était pour cette unique raison que j'étais là.
On ne dansait pas vraiment, se contentant de tourner lentement sur nous-même. On ne prononça pas un mot, et c'était très bien comme ça.
Après quelques minutes, Potter renifla. Je m'éloignais suffisamment pour apercevoir son visage. Ses yeux verts brillaient d'affection et un petit sourire flottait sur ses lèvres.
_ Tu pleures pour un rien, Potter.
Il haussa les épaules et passa de nouveau ses bras autour de mon cou.
_ Tu sais, j'essaie de ne pas y penser mais je suis entouré de tes collègues aurors, d'anciens membres de l'Armée de Dumbledore et de l'Ordre du Phoenix. Et même si je n'ai rien à me reprocher présentement, je ne suis pas vraiment à l'aise.
_ On pourrait s'éclipser, proposa-t-il avec sérieux.
_ C'est ta fête d'anniversaire.
_ On a mangé le gâteau, le feu d'artifice a été tiré et il est tard. Et comme tu le dis, c'est ma fête. Je fais ce que je veux non ?
Il attrapa ma main et me tira à l'extérieur de la tenture. Puis continua droit devant lui, sans doute afin de trouver la limite du sortilège anti-transplanage.
_ Tu ne préviens personne ?
_ Pas besoin, Hermione nous a vu quitter la tente.
Et il transplanna, m'entraînant à sa suite. La seconde suivante, nous nous trouvions chez moi.
Harry ne perdit pas un instant pour se pencher sur mes lèvres alors que je m'attaquais aux maudits boutons de sa chemise.
Les lumières s'éteignirent un instant, plongeant l'appartement dans la pénombre avant d'illuminer à nouveau la pièce.
_ C'est toi qui fait ça ?, le taquinais-je.
Il haussa les épaules, désinvolte.
_ Après la destruction d'appartements, tu te mets à faire clignoter l'éclairage quand je t'embrasse ?
_ Ne te flatte pas de trop. J'ai fait exploser tous les vases du Terrier quand j'ai découvert qu'Hermione m'avait préparé une fête d'anniversaire. Et Mrs Weasley a énormément de vases.
_ Sérieusement ?, demandais-je alors que ses mains s'attaquaient à la ceinture de mon pantalon.
_ Hum. Il faut croire que j'ai un peu de mal à gérer ma magie quand je suis ému, conclut-il en m'embrassant.
C'était quand même étrange ces pertes de contrôle à répétition. Je n'eus guère le temps d'y réfléchir plus sérieusement parce que, par Serpentard, Potter était vraiment doué de ses mains.
Review anonyme : Brigitte05, contente que ma petite histoire te plaise !
Oh, j'oubliais. J'ai décidé de vous donner le titre du prochain chapitre. Histoire de vous faire spéculer en attendant la suite ;-)
"Acheter un chien - POV Harry Potter, 21 décembre 2002"
