Une brise chaude et légère effleurait son visage, il lui semblait que c'était une caresse douce et réconfortante. Ses yeux s'ouvrirent pour apercevoir un monde bercé par les rayons lumineux d'un soleil apaisant. Une silhouette fine et élancée dansait au loin près d'un lac dont la surface scintillait de mille feux. Des éclats de rires féminins parvinrent jusqu'à ses oreilles, ils étaient lointains mais si proches à la fois. La jeune femme tournoyait sur elle-même faisant s'engouffrer de l'air sous les pans d'une robe longue et légère en dentelle blanche lui donnant une allure angélique. De ses bras écartés, elle accueillait les rayons lumineux, le visage tourné vers l'astre continuant de rire innocemment. Elle était trop loin pour qu'il puisse distinguer des traits, qui même s'il ne pouvait les contempler, les savait harmonieux. Tout ce qu'il pouvait apercevoir, c'étaient de longs cheveux bruns soyeux qui voletaient dans les airs, caressant doucement ses épaules.
Après qu'il l'ait observé un long moment en silence, la jeune femme sembla enfin avoir remarqué sa présence. Elle arrêta de danser et se tint dos à lui. Il crut, l'espace d'un instant, qu'elle l'avait appelé par son nom bien qu'il n'entendit qu'un bourdonnement. Elle se retourna mais il ne put voir son visage distinctement. C'est à peine s'il entendait sa voix lui murmurer :
« Viens… »
D'abord hésitant, il s'approcha doucement, un pas après l'autre de peur que le sol ne s'écroule sous son poids. Il ferma les yeux tout en se laissant guider par cette voix douce et fluette qui lui intimait de la rejoindre. Un doux parfum de fleurs vint pénétrer ses narines, tous ses sens étaient en éveil. Cette voix lui semblait familière bien qu'aucun souvenir ne lui revienne. Alors qu'il aurait été assez proche pour voir les traits de son visage, il rouvrit les yeux mais elle se détourna au même instant tout en laissant échapper un petit rire enjoué. Il parut surpris mais continua d'avancer vers elle à petits pas tendant une main pour lui attraper le bras. Avant même que sa peau n'effleure celle de la jeune inconnue, elle s'écria en levant la main à hauteur de ses épaules :
« Attends! »
Il s'immobilisa à ses paroles, détaillant ses doigts fins. Il resta figé dans son mouvement le bras tendu vers elle, ses doigts à seulement quelques centimètres de sa peau porcelaine.
« Suis-moi ! »
Sans plus attendre la jeune femme, de ses pieds nus, fit quelques pas en avant. Elle foula l'herbe fraîche avant de s'immobiliser afin de s'assurer qu'il allait accéder à sa requête. Un bruissement de feuilles sembla la conforter dans son idée puisqu'elle continua à avancer en sautillant gentiment comme une enfant, s'amusant de la situation. La brise lui porta un petit fredonnement qui s'échappait des lèvres closes de l'innocente. Cet air envoûtant avec une pointe de mélancolie lui était inconnu mais agréable à l'oreille. Il ne pouvait la quitter des yeux, il ne voyait que son vêtement ravissant lui offrant la vue de son dos nu, sa peau claire et des cheveux bruns qui contrastaient avec la pureté de son teint. Après avoir marché quelques instants, la jeune femme stoppa ses petits bonds face à la grande étendue d'eau. De son bras tendu, elle pointait du doigt une forme indistincte près de la berge. Il s'avança pour rejoindre la brune et fixa ce qu'elle lui montrait. Sans même s'en rendre compte, il la distança. Lorsqu'il s'en aperçut, il se retourna mais ne vit plus personne.
Des nuages commençaient à s'amonceler au-dessus de sa tête et prirent rapidement une allure menaçante. Le monde entier semblait s'être assombri, le soleil était dissimulé derrière ces grands nimbus noirs plongeant l'homme dans la pénombre. Il leva la tête vers le ciel, une goutte froide s'étala sur son front pour finir par glisser le long de l'arête de son nez. Avant même qu'il ne comprenne qu'il commençait à pleuvoir, ce furent plusieurs gouttes qui vinrent s'écraser sur son visage. Il baissa les yeux vers la forme indistincte que lui avait montré la jeune fille, ses cheveux humides commençaient à lui coller au visage. Il s'agissait maintenant de trombes d'eau qui s'abattaient sur lui. Ses vêtements clairs adhéraient à la surface de sa peau que l'on devinait claire par transparence. Les bourrasques de vent sur son corps trempé le frigorifièrent, il pouvait presque sentir la morsure du froid attaquer sa chair et ronger ses os. Il ne tarda pas à grelotter ne pouvant contrôler ses muscles qui se raidissaient. Il décida finalement d'avancer pour rejoindre ce qui lui semblait essentiel de découvrir ne pouvant rester statique une seconde de plus.
Un coup de tonnerre déchira le ciel qui s'illumina durant un court laps de temps se reflétant à la surface du lac qui commençait à être agité par les bourrasques. Le liquide s'était, lui aussi, assombri, l'eau n'était plus aussi limpide et paisible qu'auparavant. Tout en baissant légèrement le visage, il mit son bras sur son front pour bloquer la pluie qui lui fouettait maintenant les joues et l'empêchait de voir clairement ce qui se trouvait devant lui. Au fur et à mesure qu'il se rapprochait, sa cadence s'accélérait pour finir au pas de course. Il se précipita sur ce qu'il avait peur de découvrir.
Quand il fut assez proche, il freina sa course et demeura immobile. Ses yeux ne pouvaient quitter le corps sans vie d'une jeune femme aux longs cheveux bruns. Elle était dos au ciel, à demi recouverte par l'eau. Sa robe en dentelle blanche salie par de la terre flottait dans l'eau et l'englobait. Le poids des gouttes qui s'abattait sur son corps commençait à l'immerger dans les profondeurs du lac. Sa peau, quant à elle, avait une légère teinte bleutée. Dans l'eau, ses cheveux se laissaient bercer tout autour de sa tête au rythme du courant.
Ce furent ses pieds qui commencèrent à sombrer dans les abysses d'une noirceur effrayante pour finir par engloutir son corps en entier. Le lac semblait si sombre, il se demandait s'il y avait même un fond. Bientôt, il ne resta plus qu'une main tendue à la surface qui semblait implorer de l'aide. C'est alors qu'il se précipita sur la rive pour essayer d'attraper le dernier espoir d'apercevoir le visage de l'innocente inconnue. Les torrents de pluie avaient engorgé la terre de la berge. Dans la précipitation et sous la pression de ses pas, le monticule de terre céda. Il glissa, malgré lui dans l'eau glacée tout en attrapant fermement la main qui était exempte de chaleur.
Le froid saisit alors en entier son corps, ses muscles se crispèrent. Une force semblait l'attirer au fond du lac sans même qu'il ne puisse rien y faire. Ses yeux étaient grand ouverts, il ne pouvait détacher le regard de sa main en tenant fermement une autre. Transi par le froid, il ne pouvait regagner la surface bien qu'il essayait de mobiliser ses muscles qui refusaient de lui obéir. Il avait la désagréable sensation qu'une autre main invisible à ses yeux avec de longues griffes acérées lui agrippait les chevilles pour l'entraîner dans le néant. Ils coulaient tous deux à pic, malgré des efforts herculéens et une concentration sans faille, aucune de ses fibres ne répondit à son appel.
Puis vint le moment qu'il redoutait tant. Le besoin vital d'inspirer de l'air se faisait de plus en plus insupportable. Dans un réflexe naturel, son mécanisme de respiration le contraignit à ouvrir la bouche pour inspirer mais ce fut de l'eau qui engorgea rapidement ses poumons, le privant de tout oxygène. Il finit par lâcher la jeune femme en sentant une pénible douleur le lancer dans la poitrine. Millilitre après millilitre, il sentait son organe se remplir d'eau. Il prit sa gorge entre ses doigts et les dernières bulles d'air prisonnières dans ses poumons s'échappèrent en rejoignant la surface qu'il ne pouvait, désormais, plus atteindre. Les battements de son cœur commençaient déjà à ralentir. Dans un dernier mouvement de désespoir, il essaya de rattraper la main qui lui avait échappé mais il était déjà trop tard…
Ce fut avec une goutte de sueur qui perlait le long de sa tempe droite couplée à une profonde sensation d'étouffement qu'Ulquiorra se réveilla en sursaut. Il se redressa aussitôt, ses mains vinrent alors rejoindre sa gorge qu'il frôla du bout des doigts tout en sentant l'air circuler dans sa trachée. Sa respiration était courte et saccadée, il aspirait l'oxygène avec avidité comme s'il venait d'en manquer. La surprise laissa rapidement place à de l'incompréhension. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Jamais, au grand jamais, il n'avait été réveillé durant ses sommes et encore moins par un… rêve ? Il chercha dans les méandres de son esprit centenaire mais aucun souvenir d'un quelconque rêve n'émergea. Rapidement, il reprit son calme en fronçant légèrement les sourcils. Quelle était cette sensation ? Et cette femme ? Qui était-elle ? Tout ça n'avait aucun sens ! Assurément réveillé, il se leva et se vêtit de sa tenue traditionnelle afin d'errer dans les couloirs à la recherche de réponses à ses questions. De toute manière, il savait son sommeil perdu pour cette nuit.
Il n'avait aucun lieu précis en tête, il déambulait sans but tel une âme solitaire profitant du palais endormi qui était toujours d'un calme impérial à ces heures-ci. Une chose était sûre, personne n'allait venir le déranger. Il laissa son esprit vagabonder mais inlassablement, il ne pouvait s'empêcher de penser à l'humaine. Il cogitait sur la raison de son changement soudain de comportement qu'il ne pouvait s'expliquer. Sans même s'en apercevoir, ses pas le guidèrent devant la porte de la cellule. Lorsqu'il sentit la pression spirituelle d'Orihime encore faible mais bien plus vigoureuse qu'en début de soirée, il redressa la tête. Au fond de lui, il était étonné, il ne s'attendait pas à atterrir ici.
La rouquine allongée sur son lit était renfermée dans un profond sommeil. Ses yeux roulaient sous ses paupières dans des mouvements saccadés comme si elle essayait de fuir son monde onirique. Les muscles de ses membres se contractaient et se décontractaient sans relâche dans de petits soubresauts. Ulquiorra, même s'il ne pouvait voir l'humaine se doutait que son sommeil était loin d'être de tout repos à en juger par les fluctuations importantes de son reiatsu. Il demeura immobile derrière la porte de la geôle, son esprit vide de toute pensée. Les yeux clos, il se focalisait sur la pression spirituelle de la jeune femme qui semblait s'être apaisée depuis qu'il était arrivé. Inconsciemment, la présence d'Ulquiorra l'avait calmée même s'il ne fit à aucun moment le rapprochement.
Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis qu'il s'était réveillé après sa nuit agitée. Bientôt, il serait l'heure de servir le petit-déjeuner à la captive. Il s'éloigna pour rejoindre les cuisines comme tous les matins aux aurores. Il pénétra dans la pièce et aperçut un Arrancar disposer des plats froids et peu appétissants sur le chariot. Dès qu'il sentit l'imposante pression spirituelle de son supérieur, il cessa son activité et s'inclina respectueusement. Ulquiorra n'en tint pas compte, il observait la nourriture disposée dans l'assiette et sans détacher les yeux de celle-ci, il prit la parole :
« Ce matin, tu te rendras seul dans la cellule de l'humaine… »
L'homme parut surpris mais acquiesça d'un mouvement de tête. Ulquiorra avait conscience que cet Arrancar ne tenterait rien de stupide, son reiatsu ne dévoilait qu'une très faible quantité d'énergie. Ce n'était qu'un serviteur et jamais il n'oserait le contrarier, lui, et à plus forte raison Aizen.
« Je suppose que Grimmjow t'accompagnera pour les deux prochains repas. » finit-il par dire lassé.
Ses yeux quittèrent le chariot repas, il pivota sur lui-même et s'apprêtait à sortir des cuisines lorsqu'il demeura immobile sur le seuil de la porte. Le servant restait droit comme un piquet sans action attendant patiemment que l'Espada prenne congé. Il sembla hésiter sur ce qu'il allait dire mais continua :
« Ajoute une pâtisserie à son déjeuner, » dit-il froidement tout en s'éloignant, ne donnant pas plus d'explications.
Ulquiorra avait conscience qu'Orihime avait subi bon nombre d'épreuves aussi dures qu'éprouvantes depuis qu'elle était enfermée à Las Noches. Peut-être que cela lui permettrait de vivre un peu mieux sa captivité même si pour lui tout cela était dénué de sens. Il haussa les épaules et alla rejoindre Yammy sans s'attarder davantage dans sa réflexion.
Arrivé devant la porte des quartiers de son acolyte celui-ci l'ouvrit sans même signaler sa présence au préalable. Yammy était au beau milieu de la pièce en train de boucler son zanpakutô à la ceinture. Il se retourna vers l'homme à qui il adressa un large sourire, trop content de se rendre dans le monde des humains pour enfin pouvoir se défouler. C'est avec un regard entendu que tous deux quittèrent les appartements pour rejoindre l'extérieur du palais. Le décima semblait déborder d'énergie tandis que le ténébreux était déjà désabusé. Il lui fit un rapide exposé sur la nature de la mission qu'ils devaient réaliser de pair ce qui n'était pas au goût de Yammy qui râlait ouvertement.
Une fois à l'extérieur, Ulquiorra aperçut la façade qui avait été détruite la veille, elle était presque totalement reconstruite. C'est à peine si l'on pouvait s'imaginer qu'avait eu lieu un combat. D'un geste habile et après avoir murmuré quelques invocations, il ouvrit la porte dimensionnelle qui séparait leur monde chaotique du monde des humains. Un grand trou noir béant avait pris place devant eux, ils pénétrèrent à l'intérieur. Avant qu'il ne referme le garganta, il chercha rapidement la pression spirituelle de la jeune humaine qui semblait avoir retrouvé de sa sérénité. Tant mieux. C'est alors qu'ils disparurent tous deux du Hueco Mundo pour se rendre à Karakura.
L'écho ayant fait vent qu'Ulquiorra n'était plus au palais pour remplir son rôle de gardien s'était répandu aussi rapidement qu'une traînée de poudre attisant la curiosité de bon nombre d'habitants. Grimmjow, quant à lui, s'était levé du mauvais pied aujourd'hui. Il était bien déterminé à ne pas réaliser la mission qu'Aizen lui avait ordonnée. Dans un excès de rage, il grogna tout en frappant du poing sur la table qui trônait au milieu de ses quartiers la brisant en deux. Pour qui se prend-t-il celui-là ? Elle n'aura qu'à se débrouiller seule. A moins que… ?
L'habituel reiatsu que la jeune femme ressentait au quotidien s'était volatilisé. Ce soudain manque l'arracha de ses rêves sans même qu'elle ne comprenne la raison de son éveil. Elle s'aventura à ouvrir un œil puis le second avant de bailler à s'en déboîter la mâchoire. Les nuits qu'elle passait étaient souvent courtes et agitées. Elle étira tous ses muscles avant de venir s'asseoir au pied de son lit tout en fixant le croissant de lune visible derrière les barreaux de sa fenêtre haute perchée. L'astre n'apportait qu'un faible flux lumineux dévoilant des traits tirés et des yeux cernés synonymes de fatigue. Elle entendit le bruit d'un chariot dans le couloir, sans doute son petit-déjeuner qui allait être accompagné d'une atmosphère tout aussi pesante qu'à l'accoutumée. Contre toute attente, elle entendit quelqu'un frapper à la porte. Les coups portés firent vibrer toutes les parcelles de son être.
Jamais il ne signalait sa présence avant d'entrer… Elle fronça les sourcils, inquiète. Sans attendre de réponse, la porte s'ouvrit après qu'une clé ait fait tourner le loquet de la serrure dans un bruit sourd.
Comme elle l'avait pressenti, ce ne fut pas Ulquiorra qui franchit le pas de porte. Ce n'était que l'habituel serviteur, rien d'alarmant, donc. Ses muscles se décrispèrent à la vue de l'Arrancar aux allures d'adolescent. Même s'il ne lui avait jamais adressé la parole il ne semblait pas représenter une quelconque menace. Elle se détendit et vint s'asseoir sur la chaise de sa cellule face à la table où l'homme plutôt, l'adolescent, disposait les mets qui composaient son petit-déjeuner. Ils avaient probablement plusieurs siècles d'écart mais le temps n'avait aucune influence sur les âmes maléfiques et donc sur le physique de celles-ci.
Elle ne voulait absolument pas retourner dans le sordide laboratoire de Szayel. Il en était hors de question alors aujourd'hui, elle ferait un effort pour ingurgiter ces plats. Il disposa devant elle une part de ce qui ressemblait fortement à un gâteau ce qui retint immédiatement son attention. Elle cligna plusieurs fois des yeux pour s'assurer que ce n'était pas une vision imposée par son esprit. Pour la première fois depuis sa captivité, Orihime eut l'eau à la bouche. Son estomac se mit à crier famine d'en d'affreux grognements alors qu'il n'avait jamais pu se desserrer jusqu'à présent.
« C'est… c'est pour moi ? » demanda-t-elle sérieusement, ayant trop peur que cela ne lui soit tout simplement pas destiné.
Il ne fit qu'acquiescer du regard en refermant délicatement les paupières pour répondre par l'affirmative. Elle voulut lui crier merci, lui sauter au cou mais tous ses sentiments furent dirigés à l'encontre de la pâtisserie qui lui faisait de l'œil. Il faut dire que c'était une jolie part de gâteau au chocolat, à l'intérieur mousseux, une plaque croustillante de biscuit pour réceptacle. Sur le dessus était nappé du chocolat blanc dont quelques éclats de noisettes venaient parsemer la surface lisse qu'Orihime dévorait des yeux. L'odeur sucrée qu'elle inhalait maintenant depuis plusieurs secondes la faisait saliver comme jamais. Elle essayait, tant bien que mal, de se résonner pour ne pas engloutir la pâtisserie devant le serviteur médusé à la vue du regard presque luxurieux de la jeune femme envers ce pauvre morceau de gâteau.
Les couloirs auparavant silencieux laissèrent entendre quelques pas lourds, lointains, qui résonnaient jusque dans la geôle dont la porte avait été laissée ouverte. Trop obnubilée par la douce vision qui s'offrait à sa vue, Orihime n'entendit pas les bruits pourtant inquiétants qui étaient maintenant proches. Le serviteur, quant à lui, s'était remis droit, contrairement à la captive, les vibrations, il les avait très bien perçus. Un frisson lui parcourut l'échine en reconnaissant l'aura spirituelle qui se rapprochait. L'inconnu marqua une pause devant l'entrée de la cellule et une ombre gigantesque fut projetée sur le sol de la cellule. Les contours de celle-ci laissaient deviner une musculature imposante, des épaules carrées. Elle englobait la table et le corps d'Orihime les baignant dans l'obscurité. Distraite par ce manque soudain d'éclairage, la jeune femme détourna le regard vers la porte et faillit tomber à la renverse. Un large sourire se dessina sur le visage de l'homme qui observait la captive.
« A ce que je vois, tu me reconnais. »
Comment aurait-elle pu oublier l'homme à qui elle avait fait repousser le bras à l'aide de ses fées Ayame et Shun'ō renfermées dans sa barrette? C'était à contre cœur qu'elle avait réalisé les volontés d'Aizen, qui avait lui-même ordonné à Kaname, le shinigami aveugle, de détruire son bras pour le punir de sa désobéissance. Elle n'avait pu faire autrement. Il l'avait forcée à user de son pouvoir pour que tous puissent être témoins de ce que l'ex-shinigami se plaisait à qualifier de divin.
Il pénétra dans la pièce tout en bousculant de l'épaule le serviteur qui recula de quelques pas avant de retrouver sa stabilité. Celui-ci ne rechigna pas, la tête baissée en signe de soumission. L'homme empoigna le dossier d'une deuxième chaise positionnée devant celle où la demoiselle reposait avant de la retourner. Il s'assit alors à califourchon, les jambes écartées avec les bras posés négligemment sur le dossier.
« Nous n'avons pas été présentés officiellement, j'suis Grimmjow Jaggerjack ! »
Cet homme était effrayant, sa seule présence l'intimidait. Son sourire bestial, son regard hargneux, ses muscles puissants et saillants, sa chevelure bleue ébouriffée qui venait accentuer sa folie. Il pouvait assurément la briser en deux à l'aide d'une seule de ses mains. Orihime s'était redressée sur sa chaise, le dos bien droit, les mains sur la table. Commença alors une joute visuelle entre les deux protagonistes. La jeune femme prenait sur elle pour maintenir son regard argenté ancré dans celui azur et pénétrant de l'Espada. C'est avant tout de la fierté qu'elle pouvait y déceler dans ses yeux d'une beauté glaciale. Malgré tout, elle était nerveuse, ses orbes tremblotaient tout comme le reste de son corps. Impossible de contrôler ses fibres, qui, sous l'action de la peur ne pouvaient faire autrement que de frémir.
Des décharges d'adrénaline lui faisaient se dilater les pupilles, sa respiration commençait à s'intensifier et les battements de son cœur se voulaient de plus en plus rapides. Ce furent des réactions biologiques inévitables que l'animal capta sans difficulté. Il huma l'air avec satisfaction, les phéromones de terreur qu'excrétait la jeune humaine, il pouvait les ressentir sans difficulté. Son sourire s'élargit alors davantage.
Le reflet des crocs blancs fit baisser les yeux d'Orihime qui ne put s'empêcher de les détailler. Deux grandes canines pointues venaient dépasser en longueur ses autres dents. Elle regretta aussitôt d'avoir détourné la première les yeux de ceux triomphants de l'Arrancar. Il profita alors de cette marque de faiblesse en s'engouffrant dans la brèche qu'elle avait elle-même ouverte.
« Tu sais, ici, tu n'es pas vraiment en sécurité. »
Son cœur se mit à accélérer davantage lorsqu'elle entendit ses paroles. Cependant, elle serra la mâchoire et les poings ce qui n'échappa pas à l'Espada. Cela s'avérerait dont plus difficile qu'il ne l'avait imaginé ? Qu'à cela ne tienne.
Sa poitrine se soulevait et s'abaissait à un rythme rapide, conséquence directe de sa respiration saccadée et bruyante. Il continua sans pitié, voulant s'amuser en ce début de journée.
« Ta présence n'est pas franchement appréciée. Je serais toi, je resterais sur mes gardes ! D'autant plus que ton preux chevalier n'est pas là pour te protéger. » Dit-il ne la lâchant pas du regard, détaillant la moindre de ses expressions tout en posant délicatement son menton sur ses bras.
Elle voulut lui hurler de la fermer, de se barrer mais sa voix resta prisonnière d'une gorge serrée dont aucun son n'émanait.
« J'ai cru comprendre que tu avais déjà pu faire la rencontre de Nnoitra ? »
Le visage d'Orihime se décomposa littéralement devant lui. C'est avec peine qu'elle déglutit en le fixant de nouveau dans les yeux. Entendre ce nom la fit frémir d'horreur et, lui, se délectait des failles de la jeune femme. Il se leva alors en silence, longea la table qu'il frôla du bout des doigts pour finir par se tenir derrière la captive qui resta le dos droit, interdite, tremblotante d'effroi. C'est sans peine qu'elle lui décela un caractère impulsif. Elle ne savait donc pas à quoi s'attendre, elle redoutait le moment où il allait devenir violent. Ce calme apparent ne la rassurait pas, elle se disait qu'il y avait anguille sous roche et qu'il cachait quelque chose de véritablement plus sombre.
Des yeux, elle fixa le serviteur qui essayait de se faire aussi petit que possible. Elle s'évertuait à capter son regard mais celui-ci était fixé sur le mur derrière elle. Il ne semblait lui accorder aucune attention, l'ignorant purement et simplement. Sa vie lui importait peu, aucun soutien ne pourrait venir de lui, elle le comprit bien assez vite. Un souffle chaud dans sa nuque la fit revenir à elle, le bras de l'animal était négligemment posé sur le dossier de la chaise sur laquelle elle était assise frôlant ses frêles épaules.
« Tu sais, tu es son genre de fille. »
Son visage n'était qu'à quelques centimètres de la joue délicate de la jeune femme. Grimmjow fixait Orihime du coin de l'œil, son sourire ne pouvant s'effacer. Elle se sentait ridiculement petite devant l'imposante musculature de l'homme à la chevelure électrique.
« Pulpeuse… »
Elle pouvait entendre le bruit de ses lèvres se décoller de ses dents pour venir élargir son sourire bestial. Elle baissa alors les yeux sur la pâtisserie devant elle, ne sachant quoi regarder d'autre. Son champ de vision périphérique ne pouvait ignorer la gueule de l'animal si proche d'elle. Son visage avait perdu de ses couleurs, ses joues et le reste de son corps présentaient un teint livide comme si ses vaisseaux s'étaient subitement rétractés sous sa peau pour fuir le contact de l'Arrancar.
« Sage… »
Sa voix n'était plus qu'un murmure inquiétant qui pénétra en entier le corps de la rousse lui donnant un profond sentiment de mal-être. Le peu d'assurance qu'elle avait acquis durant son séjour s'était volatilisé face à cet homme patibulaire. Un silence fut marqué. Ses yeux azur vinrent alors se fixer sur la cuillère qui reposait près du bord de la table. Il la prit dans sa main jouant quelques secondes avec l'acier tout en le faisant rouler entre ses doigts avant de finir par détacher un morceau du gâteau. C'est avec une extrême lenteur qu'il le porta à sa bouche devant le corps tétanisé de la jeune femme. Une fois la bouchée avalée, il continua :
« Apeurée… »
A ces mots, il découpa un autre morceau de gâteau qu'il porta, cette fois-ci, à la rouquine qui n'eut d'autre choix que d'accepter docilement d'ouvrir la bouche. Le contact forcé du métal froid écarta sa lèvre inférieure qu'il pressa délicatement. Elle desserra les dents pour que le dos de la cuillère vienne pénétrer sa cavité et se positionner contre sa langue. Elle finit alors par refermer ses lèvres autour de l'acier sans réelle conviction, ne voulant pas le contrarier.
Une fois l'aliment sous son palais, elle ne put apprécier les subtilités de ses saveurs qui même si elles étaient exquises n'en étaient pas moins amères. Ce gâteau n'avait aucun goût, il était fade. Il resta entier dans sa bouche, impossible à mastiquer. Son estomac déjà resserré, il lui était impossible d'avaler. Cet horrible animal venait de lui gâcher le seul plaisir qu'elle aurait pu avoir en ces temps difficiles. Sans pitié, il reprit la parole pour ajouter comme un coup de grâce :
« Sans défense. »
Cette dernière remarque était cinglante, méprisante. Le souffle de la rouquine tremblotait, ses mains serrées devenaient de plus en plus moites. A ce moment précis, elle aurait voulu être loin, ne jamais avoir mis les pieds en ce lieu maudit et même ignorer jusqu'à son existence. La vue du soleil ainsi que sa chaleur réconfortante lui manquaient terriblement. Observer le ciel bleu parsemé de quelques nuages cotonneux dont elle se plaisait à déduire la forme lui manquait également. Son esprit voulut s'évader loin de cet enfer. Pour la première, elle désirait plus que tout revoir le visage mélancolique de l'homme aux yeux vert émeraude. Secrètement, elle le voulait près d'elle puisque contrairement aux autres il ne lui ferait aucun mal, elle en était persuadée.
En pivotant rapidement son visage, l'animal fit claquer ses crocs tout en se rapprochant dangereusement des joues de la captive ce qui la fit sursauter. Elle se mit alors à tousser pour déloger le morceau de pâtisserie qui venait de faire fausse route. Elle eut le droit à un rire incrédule de Grimmjow qui finit par se redresser. Quel régal de profiter des peurs d'une femme aussi faible et misérable. C'est à la manière d'un chat sans aucune compassion retenant entre ses griffes affûtées une pauvre souris qu'il s'amusait terriblement. D'un mouvement de tête, il ordonna au serveur de sortir de la pièce avec le chariot. Il s'apprêtait lui-même à quitter la salle avant de conclure :
« Tu m'as redonné mon bras et pour cette raison, je ne te ferai aucun mal mais…je n'en dirais pas autant des autres Arrancars. »
Il marqua une pause avant de continuer :
« Cependant, sache que s'il t'arrive quelque chose, il ne te servira à rien de venir implorer mon aide. »
Sur ces mots, il referma la porte dont le loquet ne tarda pas à grincer dans la serrure pour verrouiller l'imposante plaque d'acier. De toute manière, où irait-elle ? Même si la porte était laissée ouverte, où pourrait-elle aller se réfugier ? Il était impossible de s'évader sans qu'un être vil et sans pitié ne lui tombe dessus.
Les bruits de pas ainsi que ceux du chariot s'éloignèrent pour laisser rapidement place à un silence pesant. Elle resta interdite un long moment, tremblante avant de finir par fondre en larmes, évacuant la pression qu'elle avait emmagasinée. De rage, elle prit le rebord de l'assiette qu'elle envoya contre le mur de sa cellule. La céramique se brisa en plusieurs morceaux et retomba au sol recouvrant le morceau de gâteau qui ne ressemblait plus à cette délicieuse pâtisserie qui lui avait donné si faim.
Bonjour à vous, je tiens tout d'abord à m'excuser de ce retard de publication... J'ai eu toutes les difficultés du monde pour écrire ce chapitre. De plus, je rentre dans la période examen avec toujours plus de partiels... J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. En ce qui concerne la qualité de ce chapitre, j'espère qu'il vous aura plus mais je n'en suis pas très... satisfaite !
A plus tard, bises.
