Dans le portail dimensionnel entièrement baigné par l'obscurité, une concentration sans faille était de mise pour les deux Arrancars. En effet, c'est en concentrant les particules d'énergie spirituelle qu'un chemin à l'éclairage blafard comme seule source de lumière se matérialisait devant eux. Il n'y avait aucun son environnant dans le garganta, juste le bruit de leurs pas qui résonnaient dans l'immensité vertigineuse. Mieux valait ne pas tomber au risque de se retrouver en chute libre pour le reste de l'éternité prisonnier du néant. Ulquiorra marchait d'un pas las tout en tenant le dos de sa main dans la paume de l'autre, il les maintenait ainsi derrière son dos. Ses yeux fixaient l'allée lumineuse, il était une fois de plus perdu dans ses pensées. Yammy, quant à lui, était en tête et avançait d'un pas déterminé créant lui-même un large chemin pour eux deux. Il décida de briser le silence qui était devenu particulièrement oppressant.
« Dis, Ulquiorra, pourquoi Aizen-sama nous a demandé d'aller espionner le Shinigami ? »
Il releva la tête quelques secondes, interpellé par la question de Yammy. En son for intérieur, il était persuadé que l'ex-shinigami ne lui avait confié cette mission que pour l'éloigner du Hueco Mundo afin de le mettre à l'épreuve. Cependant, il tint un tout autre discours, toute vérité n'étant pas bonne à dire.
« Aizen-sama soupçonne le shinigami de vouloir pénétrer le Hueco Mundo. Il désire savoir quand cela arrivera. Je te l'ai déjà expliqué… » finit-il par dire d'un ton neutre.
Quelques minutes s'écoulèrent dans un profond silence sans qu'aucun des deux Espadas ne reprennent la parole. Ulquiorra qui était alors en retrait accéléra le pas pour se retrouver à hauteur de Yammy qui restait figé devant une porte dimensionnelle close. De là où il était, il pouvait voir de fines et sombres particules soumises à de fortes distorsions. Elles se concentraient pour former comme un trou noir bien plus dense que l'obscurité qui les entourait, tourbillonnant lentement. Avant que le ténébreux n'ouvre le portail, celui-ci mit en garde l'Espada qui trépignait déjà d'impatience en faisant craquer son cou comme s'il était en train de s'échauffer avant de passer à l'attaque.
« La discrétion n'est pas en option, Yammy. » Sa voix était sombre et dure.
Celui-ci ne lui accorda aucun regard, il affichait un sourire béat, n'écoutant que d'une oreille le discours de son acolyte.
« Avant de pénétrer le monde des humains, tâche de contrôler ton reiatsu en le diminuant pour qu'il en devienne imperceptible. Nous devrons faire vite… Notre venue ne pourra rester très longtemps sans conséquence. »
A ces mots, il transperça la porte dimensionnelle de son zanpakutô ce qui eut pour effet de déchirer le ciel de Karakura et ainsi inonder le garganta de lumière. Ulquiorra plissa légèrement les paupières, la lumière blanche de l'astre lui brûla la rétine. Ses pupilles ne purent davantage se rétracter ce qui lui fit naître une sensation douloureuse au fond de l'œil. Il pesta intérieurement contre ce monde gangrené sans rien dévoiler de son inconfort. Tous deux rejoignirent rapidement la terre ferme proche du parc de la ville. En cette fin de matinée plutôt radieuse et calme, les habitants se promenaient paisiblement. Ils leur étaient impossible de distinguer les deux âmes qui avaient fait leur apparition.
Les deux Espadas se frayaient déjà un chemin parmi les humains, ne ressentant aucune menace directe. Les personnes possédant une pression spirituelle suffisante pour les apercevoir étaient assez éloignées, il n'y avait donc aucun besoin de se camoufler pour le moment. Bien que les êtres humains ne puissent les voir ni même les toucher, à leur approche, un fort sentiment de tristesse et de désespoir naquît au fond d'eux. Un souffle froid vint alors pénétrer leur corps s'insinuant entre chacune de leurs vertèbres pour finir par s'infiltrer jusqu'à la moelle. Durant un court laps de temps leur organe vital se paralysa. L'envie de sourire s'était évaporée suivie de près par celle de vivre. Proche de ces âmes tourmentées, même l'homme le plus heureux sur terre aurait eu des pensées plus morbides les unes que les autres. C'était comme si le désespoir s'était invité dans leur âme pour se délester du poids qui pesait sur ses épaules.
Indépendamment de leur volonté, les Espadas créaient une aura de ressentiment négatif, une bulle néfaste au bien-être des hommes qui réussissait à imprégner n'importe quel être dépourvu de reiatsu. Ce malaise disparaissait aussitôt un périmètre franchi leur laissant un goût bien amer. L'incompréhension se lisait sur leur visage. Certains s'arrêtaient quelques instants dans leur trajet pour reprendre leur souffle, d'autres continuaient d'avancer le cœur serré. Une chose était sûre, une journée bien maussade les attendrait en ce jour pourtant radieux.
Au milieu des êtres vivants, il semblait y avoir la présence d'une seule âme errante apeurée et qui ne pouvait détacher son regard de leur direction. Elle était comme paralysée. Un homme, la trentaine. Sa chaîne du karma était encore rattachée à sa poitrine l'empêchant d'obtenir le salut qui aurait dû l'envoyer dans le Rukongaï au sein même de la Soul Society.
« J'le boufferai bien lui là-bas... » fit Yammy tout en pointant du doigt cette insignifiante créature.
« Dois-je te rappeler, une nouvelle fois, la raison de notre présence ? » répondit le ténébreux de sa voix monotone.
Le mastodonte bougonna alors qu'Ulquiorra réfléchit quelques instants. Il se ravisa bien que ça ne soit pas dans ses habitudes de le faire.
« Tout compte fait, transforme-le. »
Devant la moue interrogatrice de son comparse, il se sentit obligé d'argumenter son ordre.
« Il nous permettra d'attirer un shinigami, certainement le shinigami remplaçant que l'on est venu espionner, et puis, on ne va pas laisser de témoin gênant derrière nous. »
L'information mit quelques instants avant de rejoindre le cerveau de Yammy. Une ampoule sembla s'éclairer juste au-dessus de sa tête et automatiquement un large sourire se peignit sur son visage. L'homme prostré au sol tremblotait comme une feuille, il espérait que ces âmes maléfiques traceraient leur chemin sans s'occuper de lui.
Malheureusement pour lui, le colosse se déplaça d'un pas lourd en sa direction. L'âme errante prit alors sa tête entre ses mains et la serra de toutes ses forces n'ayant pas celle nécessaire pour fuir. L'Espada se tint devant lui, mains sur les hanches, un air triomphant sur le visage. Il finit par se baisser pour empoigner le dos de sa veste en jean ce qui le fit se soulever du sol. Ses pieds ne touchaient plus terre, il gigotait comme un poisson que l'on gardait hors de l'eau. Il se mit alors à implorer d'une voix éraillée :
« Je vous en prie ! Ne me faites pas de mal ! Laissez-moi partir ! Ayez pitié… »
Ses yeux étaient baignés par des larmes qui commençaient déjà à couler en un flot abondant sur ses joues. Rien ne semblait empêcher ses glandes lacrymales de déverser leur contenu.
« Il fait vraiment pitié ! » répondit Yammy ne prenant pas la peine de lui adresser directement la parole.
Il ne put davantage réprimer un rire sadique. Il gloussait à gorge déployée, prolongeant son plaisir. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas ingurgité d'âme humaine, il comptait bien en profiter. Ulquiorra en retrait, observait la scène qui se déroulait devant lui, totalement indifférent. Le monstre secoua l'âme qui était malmenée comme une vulgaire poupée de chiffon sous sa poigne. Il s'était arrêté de pleurer sous le choc du traitement qu'on lui infligeait. Après l'avoir entendu plusieurs fois geindre de peur, le chauve rapprocha son visage du sien. La tête de l'Espada était disproportionnée par rapport à celle de l'ex-humain. C'est à peine si son crâne ne rentrait pas en entier entre les mâchoires de celui-ci.
Le décima ne put s'empêcher de déformer ses lèvres en un rictus carnassier devant la mine horrifiée de sa proie dévoilant de grosses dents que l'homme, ne put s'empêcher de fixer. Il voulut crier mais sa voix resta étouffée dans sa gorge. Il l'observa quelques instants en silence sous le regard apathique du ténébreux qui trouvait la scène particulièrement pitoyable. Sans crier gare, le mastodonte ouvra large la bouche pour prendre entre ses dents la jugulaire de l'âme qui se mit alors à hurler de douleur se débattant sous les mains du décima qui se mirent à compresser ses épaules pour l'immobiliser. Ses pieds battaient l'air n'atteignant pas le mastodonte. Un venin putride commençait à se répandre dans son corps empruntant ses veines et remplaçait, peu à peu, son sang. La douleur fut fulgurante. Jamais il n'avait ressenti une sensation aussi vive qu'à cet instant. Son âme était en train de se pervertir lentement et cela n'en était que plus insupportable.
« Tu cherches à nous faire repérer ? Fais-le taire ! » ordonna Ulquiorra d'un ton imperceptiblement agacé.
A ces mots, Yammy resserra sa mâchoire sur la gorge de l'homme. C'est avec férocité qu'il arracha la peau qui distendit les tissus de chair rattachés en seulement quelques fibres élastiques du reste de son corps. Elles ne tardèrent pas à se rompre sous la tension en un déchirement sonore glauque. L'homme cessa immédiatement de hurler. Son corps, quant à lui, fut secoué par de violents spasmes. Les yeux révulsés, il commençait à baver inondant le bas de son visage ainsi que ses vêtements. La chaîne du karma implantée dans son thorax se brisa en mille morceaux. Yammy jeta négligemment la carcasse au sol comme s'il ne s'agissait que d'un vulgaire déchet tout en mastiquant avec délectation le seul morceau de chair qu'il avait pu récupérer.
Aucune goutte de sang ne gicla de ses vaisseaux ainsi déchiquetés, pourtant la chair de son cou était à vif. Ce qui s'écoulait de l'artère, n'était pas rouge ni fluide mais bel et bien noir et épais. Cela formait comme de la boue infâme qui se rependait à même le sol. Une fois les maillons et le socle vaporisés, un trou béant dans la poitrine était apparu. Il dégoulinait lui aussi, de liquide gluant et nauséabond qui vint incommoder Ulquiorra, distant de quelques mètres. Après une crise de tétanie qui parut durer une éternité, le corps du supplicié s'immobilisa brusquement. Ses muscles raidis lui conféraient une rigidité cadavérique figeant les derniers mouvements imposés par ses fibres. L'on pouvait voir des veines noires et volumineuses apparaître par transparence sous sa peau devenue subitement pâle. Un nuage opaque rempli d'énergie négative ne tarda pas à émaner de son futur trou de Hollow camouflant rapidement le reste de son corps. Le processus d'Hollowfication était déjà bien avancé. Et ce n'était bientôt plus qu'une question de temps avant qu'il ne devienne un monstre affamé d'âmes, sans cœur ni bienveillance. Déjà, il ne lui restait plus une once d'humanité à laquelle se raccrocher.
. . .
Au Hueco Mundo et plus particulièrement à Las Noches, Aizen remuait délicatement une cuillère en argent dans une tasse en porcelaine remplie d'un thé épicé aux senteurs d'ailleurs. Il trônait sur une imposante chaise en acier. Une adolescente aux longs cheveux noirs attachés en deux couettes distinctes de part et d'autre de son crâne reposait sur l'une de ses cuisses. La jeune fille caressait délicatement du plat de sa main le torse musclé du traître tout en le dévorant de son œil violet, le gauche étant dissimulé derrière son masque de Hollow. Elle s'attarda sur la poitrine de l'homme qui affichait un large sourire tout en continuant de remuer la cuillère qui cliquetait sur les rebords de la tasse posée sur une large table en marbre. Elle portait une tenue d'Arrancar très dénudée sur le devant qui camouflait avec peine sa poitrine. Debout au côté du traître se tenait une autre femme un peu plus âgée que la première. Cette dernière était blonde aux cheveux courts, son œil droit derrière son masque de Hollow était en parfaite symétrie avec celui de son amie.
La jambe du traître entre celles de l'adolescente relevait sa jupe plissée dévoilant sa chair juvénile exquise qu'il ne pouvait s'empêcher de fixer du coin de l'œil. Le tissu retombait tout juste entre ses jambes dissimulant de justesse son intimité. La main libre du traître vint alors se positionner sur sa hanche recouverte par son vêtement, l'autre délaissant au plus vite la tasse de thé bien que toujours posée sur la table froide. Rapidement, il chercha le contact de sa peau nue en faisant glisser ses doigts le long de son ventre qui frémit à son toucher. Une lueur malsaine et perverse brûlait au fond des yeux marrons du renégat ce qui n'échappa pas à la brune qui se mit aussitôt à se mordiller la lèvre inférieure. Sa fine main ne tarda pas à rejoindre le dos de celle de son seigneur pour l'inciter gentiment à descendre plus bas. Aizen se prêta au jeu et commença à amorcer la descente en passant cette fois-ci sur le tissu de sa jupe pour venir caresser fermement l'intérieur nu et chaud de ses cuisses. La jeune Arrancar bascula la tête contre l'épaule de son amant dégageant ainsi la vue sur sa poitrine qu'il ne tarda pas à fixer avec envie. Le contact de son derme contre la peau nue de sa cuisse l'électrisa lui procurant des frissons que seul son Maître était en mesure de lui déclencher. Un petit soupir d'abandon s'échappa de ses fines lèvres. Elle serra les doigts autour de ceux de l'homme qu'elle désirait plus que tout au monde.
Nul doute que Loly sacrifierait sa vie pour sauver celle de son bien-aimé qui ne nourrissait absolument pas les mêmes desseins pour elle. C'était un amour aveugle, à sens unique. Aizen jouissait d'un contrôle total sur cette jeune femme. C'est sans peine qu'il avait saisi l'ampleur de sa docilité qui pourrait lui être, tôt ou tard, d'une grande utilité. Il ne se privait pas pour se servir d'elle afin d'assouvir ses fantasmes les plus pervers. Il faut avouer que c'était bien pratique, il avait à sa disposition une femme qui ne jurait que par lui et qui irait jusqu'à s'ôter la vie s'il le lui demandait.
Menoly, la jeune femme blonde bien que présente dans la pièce ne semblait pas perturber leurs jeux érotiques. Des yeux, elle fixait le mur face à elle pour éviter de se mettre en tête des images du spectacle qui se déroulait sous son nez. Il ne l'avait pas congédié et de ce fait, elle ne pouvait prendre seule la décision de quitter la pièce. De plus, elle était habituée aux ébats entre les deux amants, elle y avait même participé plusieurs fois sous les ordres libidineux du dégénéré qui leur servait de souverain. Cela n'était pas pour lui déplaire contrairement à Loly. La jolie brune était possessive et montrait quelques formes d'agressivité envers son amie pendant leurs parties intimes. Bien que la brune n'appréciait guère les moments où l'attention d'Aizen n'était pas entièrement reportée sur sa personne, elles n'en étaient pas moins inséparables.
Gin pénétra dans la salle sans même signaler sa présence, ses deux mains jointes entre elles sur le devant de son torse rassemblant ainsi les deux pans de ses manches pour n'en former qu'une seule. Il ne sembla pas surpris à la vue de l'ex-shinigami caressant le corps de la brune, qui, physiquement, paraissait être de quinze ans sa cadette. Bien qu'il n'en montrait rien, Gin n'en était pas moins écœuré. Un masque toujours souriant sur le visage empêchait quiconque de lire dans ses pensées au grand dam du tout puissant Aizen Sôsuke. Ses yeux inaccessibles car toujours plissés, il en ignorait même jusqu'à leurs teintes.
« Oh, je dérange, à ce que je vois. Peut-être veux-tu que je repasse plus tard ?» interrogea-t-il amusé.
Aizen ne lui adressa aucun regard mais d'un ton mielleux lui demanda :
« Gin ! Que me vaut ce plaisir ?
- Peut-être te dirai-je la raison de ma présence lorsque nous serons seuls ? »
Menoly était sur le point de partir lorsque la brune redressa la tête pour fusiller du regard le serpent qui ne put que sourire davantage. Elle ne laisserait personne gâcher son plaisir encore moins ce fourbe de shinigami.
« Tu ne vois pas que ta présence nous emmerde ? » Vociféra-t-elle
La blonde ne tarda pas à fixer Loly, inquiète. Celle-ci aveuglée par la colère ne remarqua pas le regard implorant et terrifié de son amie. L'adolescente s'emportait toujours lorsqu'il était question de son Maître.
« Que ces propos sont indélicats sur les lèvres d'une jeune fille aussi raffinée. Peut-être devrais-tu t'en aller pendant qu'il en est encore temps, provoqua l'argenté.
- Ta gueule ! Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, shinigami !
- Loly, s'il te plaît, viens, on s'en va… lui intima la blonde d'une voix tremblante.
- Pour ton bien, tu ferais bien d'écouter ton amie. »
C'en était trop pour la brune qui se releva brusquement, prête à se battre. Alors qu'elle porta la main à sa taille pour empoigner son zanpakutô en forme de poignard, Aizen se releva calmement à sa suite. D'un brutal coup de poing dans les côtes, il la projeta avec violence au sol. Un cri étouffé s'échappa de sa gorge, son souffle coupé par la dureté du choc qu'elle venait d'encaisser.
« Reste à ta place, chienne ! » Tonna Aizen.
Il n'était pas dans les habitudes du shinigami de se laisser emporter surtout devant ses hommes de mains mais le comportement possessif de son fidèle jouet l'exaspérait au plus haut point. Elle resta recroquevillée au sol, geignant de douleur tout en crachant des gerbes de sang qui vinrent tacher le sol immaculé. De ses doigts, elle frôla ses côtes au point d'impact ce qui lui procura une vive douleur. Peut-être étaient-elles fêlées ou bien même brisées. Aizen regardait avec mépris sa chose si fragile qui souillait le sol, c'est avec agacement qu'il ordonna à la jeune femme aux cheveux courts :
« Emmène-la hors de ma vue ! »
La blonde qui était jusqu'alors pétrifiée par le geste de son Maître se précipita vers son amie pour lui porter secours et l'éloigner au plus vite. Elle prit le bras de la brune qu'elle positionna autour de son cou et vint passer le sien derrière ses genoux.
« Accroche-toi » lui murmura-t-elle.
La brune rassembla le peu de force qu'il lui restait pour que Menoly la soulève. Une fois en hauteur, elle regardait avec incompréhension son bien-aimé qui ne lui adressait aucun regard. En plus de l'avoir humiliée et frappée voilà maintenant qu'il l'ignorait. Une larme chaude et discrète coula le long de sa joue venant diluer le sang présent à la commissure de ses lèvres. La douleur physique n'était rien en comparaison de la souffrance psychique que cela lui provoquait. Elle ferma délicatement les yeux et essaya de se rassurer. Ce n'est pas grand-chose, je l'ai bien cherché après tout, je le méritais. Merci. Merci Aizen-sama, je ne suis vraiment pas digne de vous.
Avant que Menoly ne quitte la pièce, le traître fit claquer sa langue contre son palais ce qui immobilisa la jeune femme. Il reprit de son habituel ton doucereux :
« Il en va de soi mais je t'interdis formellement de l'emmener chez Szayel. Que cela lui serve de leçon. »
La blonde écarquilla grand les yeux sans même se retourner. Elle ne s'attendait pas à tant de cruauté même s'il avait l'habitude d'être dur avec son amie. Sans un mot, elle se faufila par la porte devant l'argenté tout à fait satisfait.
« Bien. Que voulais-tu me dire, Gin ? »
L'homme qui n'avait pas bougé d'un iota était surpris, au fond de lui, de l'impulsivité dont Aizen avait fait preuve. Il se délecta avec pudeur de ce manque de contenance.
« La substance est bientôt arrivée à maturité. »
Un éclat lumineux vint raviver la flamme dans les yeux du parjure. Ses lèvres s'étirèrent en un large sourire perfide, la bonne humeur ayant tout de suite refait surface. Il passa la main dans ses cheveux, tout à fait satisfait de la tournure que prenaient les évènements.
« La larme de la désolation est donc bientôt opérationnelle ? demanda-t-il pour confirmation.
- Tout à fait. Les premiers essais sur le Hogyoku vont pouvoir être effectués après que le dernier échantillon soit récolté. »
Il soupira comme apaisé. Décidément, tout se déroulait de la meilleure des façons qu'il soit. Sa pierre précieuse atteindrait bientôt le niveau auquel il osait prétendre.
« Bien. Allons-y ! » dit-il sereinement.
Il toucha du bout du doigt l'Hogyoku qui était en permanence accroché autour de son cou. Mieux valait un excès de prudence que pas assez. Les Arrancars ou bien même ses alliés Shinigami étaient tous plus imprévisibles les uns que les autres, il n'accordait sa confiance à personne hormis en lui-même. Ils quittèrent tous deux la pièce pour rejoindre le laboratoire de Szayel qui les attendait avec impatience, un petit tube à hémolyse rempli au tiers d'une substance cristalline avec de faibles reflets violacés.
. . .
Ichigo le rouquin à la silhouette fuselée marchait paisiblement dans les rues de Karakura accompagné de Chad. Ce dernier possédait une carrure imposante, des cheveux châtains mi longs peignés en bataille, le teint mat. Chacun appréciait la compagnie de l'autre sans qu'ils n'aient besoin d'échanger. Ils vivaient une vie de lycéen, on ne peut plus banale si l'on omettait leur lien étroit avec le monde spirituel. La pause déjeuner était déjà bien entamée et c'est donc tout naturellement qu'ils allaient manger un morceau en dehors du lycée.
Alors qu'ils s'apprêtaient à pousser les portes d'une restauration rapide, le Soul Pager d'Ichigo se mit à vibrer puis sonner. Il lança un regard furtif à son ami qui comprit tout de suite la situation. D'un mouvement de tête, Chad acquiesça et ils poursuivirent leur chemin devant la mine consternée du gérant du restaurant qui s'était déjà préparé à les accoster. Ils bifurquèrent en direction de la première ruelle étroite à l'abri des regards indiscrets. Le rouquin sortit son badge de shinigami de l'une de ses poches avant de se l'apposer avec force contre la poitrine. Presque au même instant, l'âme d'Ichigo fut expulsée de son corps amorphe que Chad réceptionna avant qu'il n'atteigne le sol. Ichigo portait l'habit traditionnel des Shinigami, une veste noire aux bordures blanches sur le col ainsi qu'un hakama noir ample. Zangetsu, son large zanpakutô, était fixé dans son dos, la lame de celui-ci bardée d'un ruban blanc en guise de protection. Ichigo coula un regard vers son ami qui le fixait.
« Le parc » répondit-il simplement à la demande muette du jeune homme.
Celui-ci acquiesça en silence avant que le shinigami remplaçant n'utilise un sonido pour rejoindre le lieu qu'indiquait son Soul Pager. Décidément, il ne se passait pas une journée sans qu'il y ait du mouvement à Karakura et cela pouvait aussi bien être de jour comme de nuit. Sautant de toit en toit, méthode ayant déjà fait ses preuves aussi bien pour sa rapidité que pour sa commodité, il ne tarda pas à arriver à l'entrée du parc où une aura spirituelle malfaisante semblait avoir élu domicile. Il entendit un hurlement féminin déchirant le calme impérial du parc lui permettant ainsi de localiser, sans nul doute, la créature. Il se mit à courir à travers le parc, sautant par-dessus les arbustes, les bancs et divers obstacles qu'il pouvait aisément enjamber. Il savait son temps compté s'il voulait sauver l'âme humaine et il n'en avait pas assez pour se permettre des détours inutiles.
Ichigo ne tarda pas à se retrouver devant la créature de dos. Elle dégageait une pression spirituelle imposante mais pas plus inquiétante que celle des Hollows rencontrés habituellement à Karakura. Durant un bref instant, il détailla le monstre qui se trouvait face à lui. Au bas mot, il devait être deux fois plus grand et au moins quatre fois plus large. Sa peau était entièrement recouverte d'écailles verdâtres disgracieuses disposées de manière anarchique. Elles étaient recouvertes d'un liquide transparent probablement visqueux. Une large queue fouettait l'air créant d'intenses vibrations de particules spirituelles.
« Faim… »
Ichigo n'entendit qu'un murmure porté par le vent accompagné d'une odeur putride qui lui donna un haut le cœur. Instinctivement, sa respiration se bloqua et il eut toutes les peines du monde pour se retenir de vomir. Il se gifla mentalement pour se ressaisir. Quelque chose clochait, l'aura spirituelle de la jeune femme présente près du monstre lorsqu'il était arrivé au parc s'était volatilisée. Une fraction de seconde suffit au rouquin pour comprendre qu'elle venait d'être dévorée par ce Hollow.
« Ordure ! » s'emporta le rouquin, une veine saillante qui palpitait sur son front.
L'affreux lézard se redressa en entendant une voix derrière lui, il leva la tête et huma l'air. L'odeur qu'il sentait sembla stimuler ses cellules olfactives puisqu'il se mit à ricaner de la plus horrible des manières qu'il soit. Il se retourna finalement face à Ichigo. Le pourtour de sa gueule dégoulinait de sang rouge vif contrastant avec la couleur blanche de son masque. Il se prolongeait sur le côté droit de son cou ainsi que son épaule où plusieurs cornes pointues étaient implantées. Ses griffes étaient, elles aussi, tachées de sang. Il dévorait littéralement Ichigo du regard, les yeux complètement exorbités par l'excitation. De la bave commença à s'échapper de sa bouche poisseuse, elle tombait au sol créant des nappes vermeilles au niveau de ses pattes griffues.
« Faim ! » hurla–t-il avant de fondre sur le shinigami.
Quelque peu déstabilisé par la vision d'horreur qui lui avait été imposée, il recouvra rapidement ses esprits pour attraper la garde de Zangetsu qu'il dégaina. Il se mit à courir en direction de l'âme maléfique pour le libérer de sa triste existence d'un seul coup de zanpakutô. La créature en avait décidé autrement. Sans attendre, elle cracha un liquide brun qu'Ichigo esquiva de justesse en bondissant. Il passa par-dessus le Hollow et retomba derrière lui. L'instinct de se nourrir était tel que le monstre semblait être doté d'une grande puissance. De plus, ce n'était pas n'importe quel être malfaisant qui avait perverti son âme, il s'agissait de Yammy le décima Espada. Un peu de sa puissance lui avait été transmise lors du processus mais ça, Ichigo l'ignorait.
D'un coup de queue dans le torse, il fut propulsé à quelques mètres, le souffle coupé. C'est malgré tout sans grande difficulté qu'il retomba aisément sur ses pieds. Par pur réflexe, il passa rapidement sa main libre sur le haut de son uniforme qui s'englua presque immédiatement contre le tissu. Son visage se crispa au contact de la substance.
« T'es vraiment dégueulasse, toi ! » cria-t-il dégoûté.
Il allait fondre sur le monstre lorsque celui-ci laissa échapper un rire démoniaque qui vint jusqu'à ébranler l'assurance du rouquin. Sa tête bascula sur le côté, le rictus malsain déformant encore plus son visage hideux tout en fixant la main du shinigami.
« Digérer… »
Les sourcils du roux se froncèrent au-dessus de ses yeux qui reflétaient une totale incompréhension. Il baissa les mirettes sur ce que le Hollow semblait fixer avec attention. Rien d'anormal, à première vue. Puis la douleur fut instantanée lui arrachant un cri de souffrance. En plus d'être visqueuse, cette substance était toxique et particulièrement corrosive. La chair de sa paume se consuma sous ses yeux effarés. Il secoua violemment son poignet pour s'en débarrasser. Son geste n'ayant pas l'effet escompté il se résigna, un peu hâtivement, à s'essuyer la main sur son uniforme. Il planta son regard sur la zone lésée, peut-être n'aurait-il pas dû. De grosses boursouflures blanches luisantes ornaient sa peau quand elles n'étaient pas éclatées. Les couches les plus profondes de sa chair étaient ainsi exposées à l'air par l'intermédiaire de ces cratères. Le tissu ne tarda pas à se consumer, lui aussi, sous l'effet du poison. Il ne resta bientôt que des lambeaux dévoilant les muscles bandés de son torse et de ses cuisses.
Le Hollow se mit à entrechoquer ses crocs entres eux faisant sauter ses glaires à plusieurs mètres devant lui. Profitant de la distraction, il finit par se jeter sur sa proie pour la dévorer. Ichigo bien que distrait par la douleur était tout de même sur ses gardes. Il laissa miroiter la victoire au lézard jusqu'au dernier moment où il abattit de sa main saine, le zanpakutô contre sa tête répugnante. Ce geste le stoppa net. Le masque ne tarda pas à se fendre en deux. Un dernier rugissement s'échappa de sa gueule ouverte avant qu'il ne se désagrège en fines particules spirituelles pour rejoindre la Soul Society.
« Ichigo ! » s'écria son ami Chad.
« Tout va bien ? » demanda une voix masculine familière.
Il s'agissait de celle d'Uryû, le Quincy, lui aussi avait été alerté par les fluctuations d'énergie spirituelle. Tous deux accouraient dans sa direction, hors d'haleine. Le rouquin se mit à sourire.
« Pile à l'heure ! »
Uryû blessé par ses propos remonta ses lunettes le long de son nez et se renfrogna.
« On n'a pas tous un Soul Pager. »
Chad baissa les yeux sur la blessure de son ami qui était absolument répugnante.
« Tu es sûr que tout va bien ? »
Il dodelina de la tête pour acquiescer. Uryû, bien que toujours vexé, sortit de son sac à dos des bandelettes de soin. Il balança le rouleau à Ichigo qui essaya maladroitement de le rattraper, Zangetsu encore en main. Il grommela des mots incompréhensibles dans sa barbe avant de remettre son arme à sa place dans son dos. Il se banda rapidement la main et la douleur sembla s'apaiser au contact du tissu enduit de pommade.
Tapis dans l'ombre d'un large massif végétal éloigné du chemin principal, Ulquiorra et Yammy observaient la scène tout en réduisant au silence leur reiatsu. Il n'était pas dans les habitudes du ténébreux de se terrer comme un moins que rien. La situation lui semblait particulièrement pathétique mais les ordres étaient les ordres et ils ne devaient pas se faire remarquer. Yammy, quant à lui, avait vraiment le plus grand mal à se contenir. Il luttait avec force contre ses pulsions meurtrières.
« Je te jure Ulquiorra que ça me démange d'aller leur foutre sur la gueule !
- Tais-toi, idiot ! »
Le rouquin redressa la tête, un étrange pressentiment s'empara de son être. Sans s'en préoccuper davantage, ils marchèrent tous les trois en direction de la sortie, tournant le dos aux deux espions. Il jeta un dernier regard par-dessus son épaule mais ne vit rien d'anormal. Il les haussa, résigné.
Bonjour, j'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Je me suis un peu lâchée, ahah.
J'ai vraiment envie de faire ressortir les pires des vices chez mes personnages et les rendre encore plus terrifiant qu'ils ne le sont dans le manga et ça passe obligatoirement par des choses de ce type !
Merci pour la lecture, un petit commentaire qui fait plaisir ?
Je vous fais de gros bisous !
