Harry Potter - J.K. Rowling

La Liste - Rose


Mettre les voiles - POV Harry Potter, juin 2003

Je n'arrivais pas à me souvenir de la dernière fois où la colère m'avait à ce point empli.

Je n'arrivais pas à me souvenir de la dernière fois où j'avais été aussi dévasté.

Sans doute pendant la Bataille de Poudlard, lorsque j'étais entré dans la Grande Salle pour y trouver les corps sans vie de ceux que j'aimais. Et cette comparaison m'emplissait davantage encore de haine. Je n'avais pas le droit de comparer la perte de mes proches avec ça.

Ça n'en valait pas la peine.

Furieux, j'entassais les feuilles de mes dossiers d'Auror dans ma besace déjà pleine à craquer. Tant pis pour les vêtements, ça n'avait aucune importance. La majorité de mes affaires était toujours dans mon appartement de toute façon. Quand je pense que nous avions envisagés d'emménager ensemble …

Sans une parole je me dirigeais vers la sortie. Tout avait été dit de toute façon.

J'ouvrais la porte à la volée et me figeais aussitôt.

« Empêche moi de partir ! Retiens moi ! »

Je le pensais tellement fort que je ne comprenais pas pourquoi il n'était toujours pas en train de passer ses bras autour de ma taille.

Blessé, je me tournais une dernière fois vers lui. Immobile, nonchalamment appuyé contre la table à manger, il ne me regardait même pas.

« Connard ! »

Je n'avais même plus la force ou l'envie de l'insulter. Alors je transplannais.

L'arrivée fut mouvementée. Pas suffisamment concentré, je m'affalais contre le battant de ma porte d'entrée.

Je l'ouvrais avec rage, pénétrais dans l'appartement et balançais ma besace au loin. Et me retrouvais les mains vides, a fixé un point invisible quelque part sur le mur blanc de mon salon.

—-

Il fallut exactement trois jours pour que Ron se pointe à ma porte. Je savais par avance que les manuscrits que je faisais parvenir au Bureau des Aurors pour justifier mes absences ne l'aurait découragé qu'un temps. Mais j'aurais apprécié avoir un peu plus de répit.

_ Waouh. Effectivement t'en as une sale tête !, s'exclama-t-il en entrant dans mon appartement sans attendre d'invitation.

_ La grippe.

C'était la seule excuse qui m'avait traversé l'esprit pour justifier mon air amorphe, mes yeux rougis et la faiblesse de ma voix.

_ Ouais, c'est ce que le chef m'a dit. En plein été, c'est pas de bol ! Et c'est pour ça que ma gentille future femme t'as préparé … ceci !, s'écria-t-il en me présentant une fiole au liquide rougeâtre.

Je reconnus aussitôt la Pimentine, après tout Madame Pomfresh avait essayé de me noyer dedans à l'issue de la deuxième tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Tout en murmurant de vagues remerciements, je déposais l'air de rien la fiole sur le comptoir du bar.

_ Écoute Ron, comme tu peux le voir ce n'est pas vraiment la grande forme. Alors …

_ Oh, bien sûr. J'ai accompli ma mission après tout. N'oublies pas la potion ! Et surtout reviens vite au Bureau, ce n'est définitivement pas la même chose sans toi !

Et il s'éclipsa aussitôt. Une chance que ça ne soit pas Hermione qui se soit chargée de la livraison de médicaments où j'aurais été bien en peine de la faire partir aussi rapidement.

Exténué, je retournais me morfondre au fond de mon lit, ignorant délibérément le contenu en verre et sa mixture. Après tout, il n'existait pas de potions contre un coeur brisé.

—-

Il avait été facile d'oublier que Malefoy était le parfait connard.

Il avait utilisé toutes les armes à sa disposition pour me faire succomber. Ses yeux envoutants dont il m'était impossible de détourner le regard. L'intonation raffinée de sa voix qui m'avait ensorcelée dès les premiers mots. Ses lèvres trop fines qui m'avaient emprisonnées au premier baiser. Ses charmantes attentions dont j'étais l'unique destinataire.

J'aurais donné n'importe quoi pour ne plus l'aimer. Comment cessait-on d'aimer quelqu'un ? Plus je m'entêtais à ne pas penser à lui, moins cela fonctionnait. Qu'avait-il de spécial dont j'avais tant besoin ?

—-

Huit jours. C'est le temps qu'il a fallu pour que Hermione ne commence à se poser des questions. Deux jours de plus pour qu'elle apprenne la vérité de la bouche de Blaise Zabini. Un autre encore pour qu'elle se décide à y mettre son grain de sel.

Onze jours que je n'avais pas quitté mon lit. Les trajets entre ma chambre et la salle de bain ne comptaient apparement pas.

_ Tu ne peux pas passer tes journées enfermé ici !, s'exclama-t-elle à bout de patience.

_ C'est pourtant ce que je fais.

_ Je ne te laisserais pas te complaire dans cet espèce de mélodrame !

Un drôle de silence s'installa entre nous. J'aurais pu l'ignorer indéfiniment. On avait traversé tellement d'épreuves ensemble, franchi tellement d'obstacles. Alors pourquoi celui-ci me paraissait-il insurmontable ?

J'étouffais un sanglot et enfouissais davantage ma tête dans l'oreiller. Sa main caressa les mèches à la base de ma nuque. C'était juste un geste de compassion pourtant je me dégageais avec brusquerie. Il n'y avait que lui qui avait le droit de faire ça.

_ Je vais te laisser un peu de temps. Mais ne crois pas que j'abandonne Harry, déclara-t-elle d'une voix cassée par les sanglots qu'elle retenait.

Ce fut seulement une fois certain d'être seul que je laissais de nouveau les larmes coulées sur mes joues. Quelque chose dans la pièce explosa. Mais quelle importance après tout.

Pourquoi est-ce que j'agissais comme ça ? Comme si ma vie dépendait de lui. C'était faux. Ma vie, elle m'appartenait à moi. Elle avait un sens avant que je le trouve. Je me suis drapé dans la douleur. J'ai oublié qui j'étais. J'ai oublié que je n'avais besoin de personne, au fond. De personne. Je me débrouillais très bien tout seul. Je savais très bien vivre tout seul. J'ai senti quelque chose se coincer dans ma gorge, me coupant le souffle. Il fallait que je m'y fasse. Cette idée qu'il n'était plus là.

—-

J'avais débarqué chez Ginny sans même m'annoncer. J'avais espéré qu'elle ne soit pas là. Qu'elle soit à un quelconque entrainement de Quidditch. J'aurais fait demi-tour. J'aurais dit à Hermione que j'avais essayé de parler à quelqu'un. Je serais retourné me cacher sous mes draps.

C'est Blaise qui a ouvert la porte. Il aurait du me la claquer au nez. J'avais plaqué son meilleur ami. Ou était-ce son meilleur ami qui m'avait plaqué ?

À la place de quoi il se contenta de secouer la tête. Comme s'il ne comprenait pas ce qu'il avait sous les yeux. Puis il m'a dépassé, sans me bousculer ou m'insulter. Avant de partir il a posé sa main sur mon épaule. Je n'ai pas compris.

_ Alors ?, s'enquit Ginny après m'avoir collé de force une tasse de thé dans les mains.

C'était une chose que Hermione faisait aussi. Me coller une tasse de thé dans les mains dès qu'une conversation s'annonçait difficile. C'était peut-être un truc de filles. Ron m'aurait sans doute offert un verre de Whisky Pur Feu. Et ça aurait été plus approprié.

_ Je n'ai envie de rien. J'ai l'impression de n'être capable de rien. Rien si ce n'est de rester allongé à regarder le vide et à attendre que le temps passe.

_ Tu n'as pas trouvé une autre alternative ?, demanda-t-elle calmement.

_ Tu en vois une ?

_ Aller de l'avant ?

C'était jolie comme expression « Aller de l'avant ». Jolie mais vide de sens. Aller à l'avant de quoi ? Parce que la seule chose qu'il y avait devant moi, c'était un gouffre sans fond. Et je n'avais pas besoin d'un don de divination pour savoir que j'allais m'y perdre.

_ Bon. C'est une perspective qui n'a pas l'air de t'enchanter.

_ Il n'y a rien devant moi. Juste un grand vide, précisais-je en mettant enfin des mots sur mes pensées.

_ Vous réconcilier ?

Nous - et c'était fou comme ce mot faisait mal - réconcilier … C'était une chose à laquelle je n'avais même pas songé. Parce qu'il n'y avait pas de demi-mesure entre lui et moi. Tout ou rien. On avait toujours fonctionné comme ça.

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Je ne savais pas ce que je fichais là. Ginny m'avait retourné la tête, je ne trouvais pas d'autres explications. Ou avais-je tant envie de souffrir ?

Et je restais planté là, à fixer la porte sans vraiment la voir.

Il avait tout de même fallu trois jours pour que le discours de la benjamine des Weasley n'achève mon cerveau. Et il n'allait falloir qu'une poignée de secondes pour achever mon coeur.

Tel un homme sous Imperium, je n'eus pas conscience de lever mon poing pour frapper trois coups distincts. J'eus parfaitement conscience cependant du bruit d'un verrou que l'on tire, des gonds qui grincent. Et de son visage dans l'embrasure de la porte.

Bien malgré moi, mon cerveau releva les moindres détails de son apparence. De sa chemise parfaitement repassée, à son couteux pantalon à pince. De ses chaussures brillantes, à sa cravate impeccablement nouée. De ses doigts manucurés, à la chevalière argentée qui ne quittait jamais son pouce … De ses lèvres pâles et gercées, à ses mèches désordonnées. De sa posture défaitiste, à son regard éteint. De ses muscles crispés, aux cernes s'étalant sous ses yeux.

_ Qu'est-ce-que tu fais là ?, demanda-t-il d'une voix creuse, sans venin ou mépris. Sans pardon ou amour, non plus.

_ Je ne sais pas, murmurais-je.

Il ouvrit davantage la porte mais ne me proposa pas d'entrer. Est-ce que ça comptait comme une victoire ?

_ Qu'est-ce-que tu veux ?, reformula-t-il comme si ma réponse allait s'en trouver changée.

_ Je ne peux pas faire ce que je veux.

À cause du gouffre dont j'avais parlé à Ginny. J'étais au bord du précipice, sur la pointe des pieds.

_ D'accord, acquiesça-t-il patiemment. Qu'est-ce-que tu ferais, si tu pouvais faire ce que tu voulais ?

J'ai fait un pas vers lui. Tant pis pour le vide sous mes pieds.

_ Ça, répondis-je. Et je l'ai embrassé.

Ses mains ont encerclés mes poignets. Quand m'étais-je donc agrippé à sa chemise ?

Pressé par un maelström de sentiments, je n'avais qu'une chose en tête : quand rien n'a plus le moindre sens, autant s'accrocher au premier appui qui paraît solide. Dans le vide de ma vie, une seule chose était immuable : l'amour que je portais à Draco.

Aussi quand il a lâché mes poignets, j'ai attrapé les siens en les emprisonnant entre mes doigts, comme s'il s'agissait de menottes.

« Je ne te laisserais pas partir. Peu m'importe si toi, tu l'as déjà fait. »

Sauf que j'étais incapable de prononcer le moindre mot.

Il força pour se dégager, tirant ses poignets vers lui. Mais je n'avais pas l'intention de le laisser faire. Titubant, je heurtais son torse.

Il réitéra et m'obligea cette fois à abandonner la prise que j'avais sur lui. Par défaut, je serrais de nouveau sa chemise entre mes doigts tremblants.

Ses bras se sont refermés autour de mes épaules.

_ Je ne te laisserais plus partir, chuchota-t-il au creux de mon oreille tout en passant ses doigts dans mes cheveux, juste à la base de ma nuque.


Guest : Merci pour ta review. Non non, je n'abandonne pas cette histoire mais j'avoue que la perte de quelques chapitres que j'avais commencé à écrire pour plus tard a été un coup dur. Alors, merci d'être au rendez-vous !

Marie (guest) : Contente que ma petite histoire sans prétentieux te donne le sourire. Pas sûr que ce soit le cas pour ce chapitre, mais tout ne peut pas toujours être rose .. Merci pour ta review.

Prochain chapitre : « Fumer beaucoup trop - POV Draco Malefoy »