Aizen marchait avec assurance dans les couloirs vides du palais, Gin était à ses côtés. Chacun de leurs pas résonnaient dans ces grands dédales blancs aussitôt perdus et oubliés. Son esprit était rempli d'images de sa future victoire écrasante sur le Seireitei, et venait conforter sa virilité. Il s'imaginait déjà triomphant de tous les Shinigami, et surtout triomphant du sacrosaint Roi du monde spirituel. Oh oui, se représenter mentalement cette pourriture le genou fléchi face à lui le faisait jubiler. Devenir un être divin, c'est tout ce à quoi il aspirait. Rien ne pouvait l'empêcher de mettre à exécution ses plans, il en était convaincu. Un être sacré comme lui ne pouvait que réussir avec brio et panache. Le mot échec ainsi que tous autres termes qui se rapprochaient de sa définition étaient bannis de son vocabulaire, et ce, depuis le début de son existence céleste. C'est le cœur léger qu'il se rendit dans les laboratoires souterrains de Szayel. C'est ici que se réalisaient les expériences du scientifique. D'un point de vue éthique, ces expérimentations étaient pour le moins discutables. Pour l'Espada, tout cela n'était rien de plus qu'un jeu. Un jeu macabre qui lui permettait d'assouvir ses besoins primaires de découvertes.
« Ah, vous voilà Aizen-sama, je vous attendais. »
Avec élégance, il s'inclina respectueusement devant son souverain, une main posée à plat sur son torse. Il se redressa ensuite, un large sourire peint sur le visage. Des giclures de sang rougeâtres venaient colorer ses vêtements d'un blanc immaculé. Quelques fines gouttes crépissaient ses joues et son front ce qui complétait à merveille la tenue du parfait psychopathe. Les souillures sur ses pommettes ne tardèrent pas à fusionner entre elles pour finir par dégouliner jusqu'à la commissure de ses lèvres. D'un coup de langue et avec délectation, il recueillit le précieux nectar sous l'œil ahuri de Gin dont le sourire s'était évaporé. Les yeux de l'Arrancar débordaient d'une folie presque démoniaque.
Il tenait dans sa main un outil qu'Aizen détailla rapidement. Il était long, massif, certainement en fonte. Sans grande stupéfaction, la tête de l'engin était elle aussi recouverte de sang. Le liquide ruisselait des mains du scientifique jusqu'à l'extrémité de l'instrument pour finir par s'écraser au sol, à l'origine d'une petite flaque pourpre. Il ne s'agissait, ni plus ni moins, que d'une tenaille avec un large bec. Des pics étaient érigés vers l'intérieur où un morceau de chair noirci semblait encore être accroché.
« Vous tombez bien, je viens tout juste de recueillir le dernier échantillon ! »
C'est avec délicatesse et d'un calme olympien qu'il déposa son arsenal sanglant sur un chariot en acier. Il prit un torchon souillé entre ses mains, se les essuya rapidement avant de redéposer le tissu chiffonné. Une fois ses mains lavées des atrocités qu'il venait de faire subir, il soupira d'aise.
« Ce n'était pas chose facile, le dernier m'a donné beaucoup de fil à retordre. Il faut dire que ce n'est pas vraiment commode les Hollows martyrisés… » Sa phrase en suspens, il haussa les épaules et soupira tout sourire : « Enfin… »
C'est au cours d'effroyables expériences de tortures, aussi bien psychologiques que physiques sur les Hollows, que Szayel s'était aperçu qu'un de ces monstres avaient sécrété quelques fines gouttelettes cristallines qui s'écoulaient au coin de ses yeux. Il avait aussitôt analysé cette mystérieuse substance et en avait déduit qu'il s'agissait d'un pur concentré d'âme liquide qui révélait des propriétés inconnues jusqu'à maintenant, d'un niveau spirituel très élevé. Bien plus que le reiatsu du porteur d'origine. Seulement, il n'était pas si aisé que cela d'obtenir ces quelques particules. L'âme devait se situer dans un état simultané de vie et de mort. Autant dire qu'il était très difficile et délicat à atteindre tant les chances d'y parvenir étaient infinitésimales. Si Szayel allait trop loin dans l'épreuve de torture, le monstre se désagrégeait, et tout était à recommencer avec un nouveau cobaye. Chose étonnante, une fois cet équilibre parfait atteint, le Hollow ne se dispersait pas au sein du Hueco Mundo. Le corps demeurait entier, intact -du moins, dans l'état dans lequel Szayel l'avait laissé-, et dépourvu de toute énergie spirituelle. Chacun d'eux ne libérait qu'une quantité infime de concentré, c'est pourquoi plus de mille Hollows furent nécessaires à l'élaboration de la larme de la désolation.
Szayel se déplaça dans le laboratoire prêt à quitter la pièce lorsqu'il détourna le regard vers Aizen.
« Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre. » demanda-t-il guilleret.
Le traître s'avança sans mot dire à sa suite, et pénétra dans une nouvelle pièce, sobre, à l'éclairage tamisé. Un simple fauteuil en cuir était disposé au centre de la pièce. Un tabouret en métal était accolé au mur. L'Arrancar tendit la main vers le siège. Aizen y prit place, impatient à l'idée d'enfin pouvoir fusionner avec le Hogyoku. Il quitta la pièce laissant seul les deux Shinigami.
« Tu es sûr que cela va fonctionner ? demanda Gin, méfiant.
- Il y a plutôt intérêt, la larme de la désolation est un pur concentré d'énergie spirituelle, non ? Donc, il n'y a aucun doute à avoir. Et bientôt, j'exercerai ma domination sur les différents mondes, le Hueco Mundo, la Soul Society, la Terre. Une ère nouvelle est en marche. Le monde pourri tel que tout être a connu va à jamais disparaître et changer pour devenir tel qu'il aurait dû être dès ses premiers balbutiements.
- Heureusement que tu es là pour remédier à tout cela. »
Gin souriait sous le regard foudroyant d'Aizen. Le sarcasme dont faisait part son allié ne lui plaisait guère. Un tintement de verrerie proche de la salle mit un terme à leur conversation. L'octa pénétra la pièce avec une petite table roulante en acier où étaient disposés divers objets. Le petit tube à hémolyse rempli de la substance si précieuse reposait sur son portoir. A peine eut-il passé le pas de la porte que le liquide se mit à rayonner de faisceaux lumineux violets. Le Hogyoku sous la veste du traître en fit de même.
« Gin, n'as-tu pas d'autres choses à faire ? »
Interpellé par sa question, il arqua légèrement les sourcils. Cette situation l'intriguait, Aizen n'avait pas pour habitude de l'évincer comme cela. C'est pensif que l'argenté quitta la pièce sans poser de question, il était évident que sa présence n'était nullement désirée.
Une fois son second hors du laboratoire, le parjure ouvrit finalement son uniforme blanc d'un coup de main, et ôta le tissu pour dévoiler son buste musclé. Des épaules carrées surplombaient ses pectoraux bien dessinés. Ce torse aurait pu être une véritable perfection s'il n'était pas parsemé de profondes lésions rouges à peine cicatrisées. Il décrocha finalement la pierre de son socle et la confia à Szayel. C'est avec le plus grand soin qu'il la prit entre les dents d'une pince, ne souhaitant pas recevoir les mêmes marques sur la peau.
Ce n'était pas la première fois qu'Aizen essayait de fusionner avec le Hogyoku. Chaque tentative se soldait irrémédiablement par d'insoutenables brûlures dont il ne pouvait effacer les stigmates. Il ne souhaitait pas mettre ses alliés dans la confidence, cela serait interprété comme une marque de faiblesse, et il ne pouvait se permettre de perdre ses précieuses troupes. Seul Szayel ainsi que les deux jeunes Arrancars avec lesquelles il entretenait des relations tumultueuses étaient au fait. Une espèce de serment tacite entre Aizen et le scientifique s'était mis en place. Celui-ci ne parlerait pas si l'ex-shinigami fermait les yeux sur ses travaux douteux. Pas même Gin, son bras droit, ne savait pour les multiples tentatives. Cette fichue pierre rechignait encore à ne faire qu'un, pourtant c'était un être divin, lui, le tout puissant Aizen et elle osait se jouer de lui ? Non, vraiment, il aurait sa peau et c'était en ce jour qu'il arriverait à la dominer.
Szayel plaça finalement la pierre sur un petit réceptacle en granit. Il demanda au shinigami de lui tendre le bras, ce qu'il fit. Une bandelette en plastique étreignit alors son triceps. Il tapota ensuite le creux de son coude, une veine bleutée ne tarda pas à apparaître. Tout en attrapant le tabouret non loin du fauteuil, il prit le matériel de perfusion et s'assit aux côtés du shinigami. Un coup de coton engorgé de solution hydroalcoolique humidifia sa peau. Il prit ensuite une seringue ainsi que le tube à hémolyse et plongea l'aiguille au fond du liquide pour en prélever jusqu'à la dernière goutte. Il la releva et chassa, d'une chiquenaude, l'air dans le réservoir sans trop en gaspiller.
« On y va ? » demanda Szayel pour confirmation.
Aucune réponse ne lui parvint, il prit donc cela pour une affirmation, et chercha, une nouvelle fois, au creux du bras, le vaisseau bleuté qui ne tarda pas à rouler sous ses doigts. Sans attendre d'avantage, il introduit l'aiguille sous la chair puis plus profondément dans les tissus de la veine et pressa sur le piston qui déversa la substance directement dans son sang.
« Tout cela est extrêmement excitant ! » dit-il en injectant les derniers microlitres.
Ils s'attendaient tous deux à ce qu'une fois la solution entièrement déversée, d'impressionnantes réactions se dérouleraient, mais rien ne vint. Aizen fronça alors les sourcils, presque déçu. Szayel, quant à lui, demeurait méfiant. Comment savoir si cela avait fonctionné ?
Le traître allait se redresser lorsqu'un voile sombre lui recouvrit les yeux. La seconde d'après, une pression spirituelle colossale s'échappa de tous ses pores, indépendamment de sa volonté. Il se cramponna aux accoudoirs du fauteuil dans lequel il siégeait pour maintenir sa posture, et ne pas s'effondrer au sol. La douleur était insoutenable. Chaque parcelle de son être pouvait ressentir les intolérables tortures que Szayel avait infligé à tous ces Hollows. Leurs os brisés, la chair brûlée, les membres arrachés, de nombreuses vivisections et jusqu'à l'intolérable impression d'étouffement par des poumons engorgés d'eau. Chacune de ces sensations était indépendante les unes des autres, elles se succédaient sans relâche.
Tordu par la douleur, ses doigts s'enfoncèrent dans le cuir. De grosses veines apparurent à la surface de ses tempes, de ses bras. Il eut envie de crier, d'extérioriser sa souffrance, mais aucun son ne franchit sa mâchoire crispée. Pour la première fois de sa vie, Aizen ressentit un étrange sentiment, un sentiment de peur qui lui tordait les boyaux. De forts vertiges l'étreignirent. Il eut toutes les peines du monde pour se contenir de vomir. Il était littéralement en train de se faire submerger par la nouvelle puissance qui le rongeait de l'intérieur.
« Calmez-vous ! Vous devez absolument vous contrôler ou elles se retourneront contre vous ! »
A ces mots, une vague d'énergie d'une infinie noirceur s'échappa du traître, et projeta Szayel violemment contre la paroi du mur qui se fissura de toute sa hauteur. De la poussière se répandit rapidement dans la pièce. Les photons projetés par les néons réverbéraient sur les fines et nombreuses particules en suspension pour créer une lumière diffuse d'où rien n'était visible. Il n'y avait plus de bruit, tout était calme. Le scientifique, soufflé par l'aura destructrice, était sonné, ses oreilles bourdonnaient. Puis il se mit à tousser faiblement. Un filet de sang s'échappa du coin de ses lèvres par la force de l'impact. Il se mit à grogner de douleur.
« Putain… »
Péniblement, il se désincarcéra du mur. Les particules de poussière, plus denses que l'air, retombaient petit à petit au sol pour dégager la vue. S'il avait su, l'Arrancar aurait pris ses précautions. Il s'en voulait terriblement d'avoir sous-estimé les capacités de cette substance. S'il n'arrivait pas à faire entendre raison à Aizen au plus vite, celui-ci serait capable de raser son laboratoire et d'anéantir le fruit de son dur labeur.
Un terrifiant hurlement sortant des profondeurs de l'âme de l'ex-shinigami perça le calme apparent du laboratoire. Aizen était contorsionné par la douleur qui lui compressait maintenant le crâne comme s'il était dans un étau. C'était un combat de tous les instants, un seul moment de faiblesse et il savait son âme perdue et dévorée par celles désolées qui faisaient maintenant partie intégrante de son être. Il devait les internaliser, les surmonter, les dominer. Szayel observait le combat intérieur de son Maître sans qu'il ne puisse rien y faire. Totalement impuissant et désemparé.
Dans un excès de rage, le traître poussa sa pression spirituelle jusqu'à son maximum. Il fit trembler les murs du laboratoire jusqu'à ébranler les fondations du palais. Le souffle était tel que tous les Arrancars cessèrent immédiatement leur activité. Un vent glacial pénétra leur être et leur fit ressentir, en de bien plus faible proportion, le calvaire que subissait leur Maître. Stark, le primera Espada, ouvrit un œil tiré de son sommeil de plomb par cette aura aussi dense que malfaisante. Puis le calme retomba soudain, tous ressentirent leurs forces les abandonner comme subitement siphonnées.
Szayel gisait au beau milieu de la pièce. Balayé par cette immense et oppressante vague d'énergie, il n'avait pu résister. Un souffle saccadé s'échappait des lèvres d'Aizen. Couvert de sueur, il reprenait lentement ses esprits. Il ferma les paupières et expulsa d'un dernier soupir les quelques restes de réticences des âmes contrites. A ses pieds, l'Espada reposait face contre terre, il avait du mal à bouger ses membres ankylosés. Sans ménagement et sentant ses forces revenir au grand galop, il lui balança son pied dans les côtes pour qu'il se redresse. A peine l'eut-il effleuré qu'il fut projeté dans le mur d'en face, le faisant s'écrouler. Ses yeux s'écarquillèrent devant la puissance du coup qu'il venait de porter. La surprise laissa rapidement sa place à un sentiment d'immense fierté. Il ne put s'empêcher de sourire, tout à fait satisfait. C'est comme s'il venait d'oublier la douleur lancinante qu'il avait ressenti à peine quelques minutes auparavant.
« Bouge-toi ! »
Sa voix était autoritaire et sa demande cinglante. Bien qu'à peine remis des évènements, il n'en perdait pas de vue ses objectifs. Szayel se redressa avec difficulté, les côtes brisées. Il avait de la peine à respirer. L'un de ses Fraccions, alerté par les fluctuations de reiatsu et le bruit d'effondrement dans le laboratoire, accourra en sa direction.
« Szayel-sama ! Szayel-sama ! Que vous arrive-t-il ? »
Il se pencha au-dessus de son supérieur, sincèrement inquiet face au piteux état dans lequel il se trouvait. Le scientifique tendit sa main vers son serviteur. Celui-ci l'attrapa et quelle ne fut pas sa surprise de constater que son Maître avait encore assez de force pour l'attirer contre lui. Sans qu'il n'ait le temps de comprendre, il ressentit une vive douleur dans l'épaule.
« Qu'est-ce que … »
Szayel venait de planter avec hargne et sans pitié les dents dans sa chair. C'est avec violence qu'il déchira un morceau qu'il engloutit sans attendre, les yeux exorbités par la douleur. A peine eut-il le temps d'avaler qu'il resserra de nouveau la mâchoire sur le malheureux. Rapidement, il ne resta plus que des morceaux du corps de son fidèle et néanmoins très utile serviteur. Ils jonchaient le sol dans une mare de sang où Szayel reposait à genoux. Ses vêtements au préalable blancs s'imprégnaient du liquide vital pour devenir vermeilles et poisseux. Des coulures de la même teinte dégoulinaient de ses lèvres jusqu'à son menton et gouttaient au sol. Il était complètement essoufflé. Une fois l'acte de cannibalisme achevé, des rayons de lumière englobèrent en entier son corps meurtri. Il ferma les paupières. D'un corps douloureux et brisé, il passa à un état de bien-être absolu. Se retrouver dans un état lamentable comme celui-ci le répugnait, et c'est pour cela qu'il s'était lui-même créé, grâce à ses expériences, des Fraccions capables de lui servir de remède miracle. Ils n'étaient, ni plus ni moins, qu'une aide à la régénération ultra-rapide.
Sur le siège en cuir, Aizen semblait fasciné par son nouvel état. Il détailla ses doigts, ses bras, son torse qui étaient recouverts de fins et discrets traits noirs avec de belles formes géométriques. Le scientifique se redressa et rajusta sa veste. D'un revers de manche, il s'essuya le bas du visage, son vêtement étant, de toute manière, bon à changer. Une main posée sur la nuque, il fit craquer son cou pour chasser un dernier résidu de douleur. L'ex-shinigami reporta finalement son regard sur son serviteur et sans cérémonie lui ordonna :
« Peux-tu me donner le Hogyoku ?
- Je ne peux vous conseiller que d'attendre avant de fusionner. »
Aizen sembla surpris, mais ne dit rien. Il attendait des explications qui ne tardèrent pas à venir.
« Il faut d'abord que votre corps assimile entièrement ce pur concentré d'énergie maléfique avant de présenter la pierre à la surface de votre peau. Vous devez maîtriser jusqu'à la moindre particule de cette nouvelle force qui coule dans vos veines. L'Hogyoku est une pierre capricieuse. Elle n'acceptera de se livrer à son possesseur que s'il est digne de sa puissance. »
Le traître se mit à sourire faussement et fixa l'Espada qui se sentit aussitôt en insécurité. Son regard était de glace et empli d'une infinie colère.
« As-tu osé dire que je n'étais pas digne ? » demanda-t-il d'une voix liquoreuse ce qui tranchait bien évidemment avec son regard acerbe.
C'est avec peine que le scientifique déglutit, nerveux. Il sonda son esprit à une vitesse fulgurante pour trouver quelque chose d'intelligent à répondre. Le calme apparent du shinigami le décontenançait, il commençait à perdre ses moyens. Devant le mutisme de son blasphémateur, Aizen commença à libérer un peu de son reiatsu, qui, habituellement translucide, laissait s'échapper de fines particules sombres autour de lui. La pression monta d'un cran et Szayel ne trouva rien de mieux à faire que de se laisser tomber un genou au sol, tête baissée, regard fixé sur les chaussures de son seigneur.
« Veuillez m'excuser, cela ne se reproduira plus. » Dit-il presque implorant, sa folie n'ayant d'égale que sa lâcheté.
Aizen s'approcha alors doucement du scientifique et lui releva le menton tout en lui caressant délicatement le visage. Son sourire factice étirait encore ses lèvres, la lueur démoniaque dans ses yeux s'était adoucie mais son reiatsu était encore en constante élévation. La poitrine de l'octa commença à se compresser, il éprouva quelques difficultés à inspirer. Son débit respiratoire était considérablement diminué et les cellules de son organisme manquèrent rapidement d'oxygène. Malgré ce poids écrasant sur sa poitrine, seule la pression des doigts du shinigami sur son visage était ressentie. Il effleurait son front, ses tempes, ses joues ainsi que le dessous de son menton avec une infinie délicatesse. La bouche ouverte, Szayel essayait de forcer sa gorge et ses bronches à s'élargir, en vain. Ses yeux étaient ancrés dans ceux de son Maître qu'il ne pouvait quitter, prisonnier et complètement à sa merci.
Du menton, Aizen remonta sur les lèvres ouvertes de l'Espada, il suivit l'arrête de son nez, frôla ses lunettes et laissa glisser son doigt jusqu'à son front pour finir par empoigner violemment sa chevelure rose. Les cervicales de l'Octa craquèrent sous la pression et il laissa échapper un petit cri de douleur. L'ex-shinigami contraignit l'Espada à garder la tête en arrière tout en lui procurant une sensation des plus douloureuses. La poigne du traître était telle qu'il se demandait comment sa tête pouvait encore être rattachée au reste de son corps. Le châtain se pencha au-dessus de lui, le visage à seulement quelques centimètres de celui du fou. Une mèche de cheveux vint frôler l'oreille du scientifique et bientôt, il y ressentit un souffle chaud, qui, paradoxalement, lui gela la moindre parcelle de son corps.
« Mieux vaut pour toi que cela ne se reproduise plus. »
A la fin de la phrase, il libéra la pression et fit taire son reiatsu. Chacun des mots énoncés résonnait dans le crâne de l'Octa. Il reprit sa respiration encore en état de choc. Il tomba le deuxième genou au sol et s'appuya d'une main contre le sol de son propre laboratoire. L'autre pressait sa poitrine qui le faisait horriblement souffrir par le subite relâchement de pression.
« Bien, je reviendrai plus tard et tout a intérêt d'être opérationnel »
Il se détourna du scientifique et commença à s'éloigner afin de rejoindre ses quartiers. Ainsi humilié, Szayel ressentit immédiatement le besoin de se trouver un souffre-douleur sur lequel passer ses nerfs. Il n'eut nul besoin de pousser la réflexion pour trouver la proie idéale. Il se dirigea vers une pièce remplie d'ordinateurs et bouscula, au passage, Lumina, un autre de ses Fraccions. Frénétiquement, il pianota avec force sur les touches de son clavier. Bientôt, ce fut des lignes entières de codes qui s'affichaient à l'écran. Visiblement, il était en train de programmer quelque chose.
La journée était déjà bien avancée, et c'est sans motivation que les Espadas suivaient à la trace le rouquin sans obtenir une quelconque information. Tout cela est d'un ridicule… Se mit à penser Ulquiorra qui traînait des pieds, passant de planque en planque pour éviter qu'ils ne se fassent repérer. Ils étaient maintenant devant le lycée du shinigami à attendre derrière un muret que celui-ci daigne sortir de cours. Cela faisait un moment qu'ils attendaient en faisant le pied de grue. Résolus, ils s'étaient assis à même le sol, et demeuraient les jambes croisées, en silence. Yammy ne faisait que bougonner dans son coin, cette mission était de loin la plus merdique qu'on ne lui ait jamais confiée. Les humains déambulaient devant eux sans même les apercevoir. Ulquiorra, bien qu'il trouvait ces êtres absolument abjects, ne put s'empêcher de les observer avec une certaine curiosité.
Tout d'abord, il y eut cette jeune femme, la vingtaine, qui courait complètement hors d'haleine pour attraper un véhicule motorisé que les humains appelaient « bus ». Ce vocabulaire lui était inconnu, mais il l'avait très distinctement entendu crier « Retenez le bus, s'il vous plaît ! » avant qu'elle ne monte à son bord. Il en avait donc déduit que c'est le nom que portait cette chose. Il se demandait pourquoi les autres humains avaient accédé à sa requête alors qu'ils ne semblaient même pas la connaître. Puis une odeur insoutenable de gaz carbonique encombra ses bronches, et lui donna quelques difficultés à l'inspiration. De nouveau, il ne put s'empêcher de maudire ce monde.
Ses yeux se reportèrent ensuite sur un homme âgé, canne à la main, un vieux béret à carreaux sur la tête qui marchait paisiblement. Une fillette à couettes, surgit d'on ne sait où, lui sauta au cou après avoir lâché la main d'une femme qui la couvait du regard. Ulquiorra regardait dubitatif la scène, il se demandait ce qu'elle était en train de faire. Etait-elle en train de l'étrangler ? Le vieil homme s'était accroupi faisant taire, durant un court laps de temps, ses vieilles douleurs articulaires pour étreindre chaleureusement la petite qui ne cessait de répéter « Papy ! Oh mon vieux papy ! ». L'Espada ne pouvait s'empêcher de penser que tout cela n'avait aucun sens. A quoi cela pouvait-il bien servir qu'elle l'étreigne aussi vigoureusement si ce n'était pas, au minimum, pour le blesser ? Il secoua la tête d'agacement, ce bruit incessant de moteurs qui crachaient leurs gaz infects dans l'atmosphère lui brutalisait les tympans et lui donnait des envies de meurtre. C'était une raison de plus de haïr cette terre remplie de nourriture à Hollow.
Puis, il y eut cet homme pressé, propre sur lui, un attaché case à la main et un portable dans l'autre. Il bouscula plusieurs personnes sur son passage faisant naître un violent vent de contestation. Il ne semblait guère se soucier de son prochain. Un pauvre homme, assis sur un petit morceau de carton depuis qu'ils étaient arrivés devant le lycée, tenait une pancarte où était inscrit « Un sourire à défaut d'une pièce, s'il vous plaît ». Il interpella l'homme d'affaire, qui, se sentant importuné, n'hésita pas à l'insulter et lui donner un magistral coup de pied, sans ménagement, sous le regard outré des autres passants qui vinrent en aide au sans-abri. Le comportement de l'homme à l'attaché case lui était familier et correspondait davantage à son monde chaotique. Vraiment, les humains étaient des êtres à part entière. Comment pouvait-il les comprendre ? C'était tout bonnement impossible. Tantôt, ils méprisaient leur prochain, tantôt ils leur apportaient du soutien. Incompréhensible. Et voilà maintenant que le soleil lui brûlait sa peau blême. Décidément, il n'y avait rien à tirer de cette répugnante dimension.
Son regard se reporta finalement sur un couple main dans la main qui roucoulait paisiblement enfermé dans leur bulle. Tout semblait graviter autour d'eux sans que rien ne les affecte. Même l'aura maléfique des deux Espadas n'avait pas réussi à les atteindre. Ils riaient d'un rire sincère, les yeux ancrés dans ceux de l'être aimé. Que c'était pathétique. Pourquoi se tenaient-ils par la main ? Etait-ce un signe de ce que les humains nomment affection ? Puis, ils stoppèrent leur marche et se tournèrent l'un face à l'autre. Le jeune homme enroula alors entre ses doigts une mèche brune et rebelle qui faisait l'affront de barrer le visage de sa dulcinée. Il la repositionna ensuite derrière son oreille et contempla son doux minois. Délicatement, il déposa ses lèvres sur celles de la jeune femme.
Une faible lueur de surprise traversa les yeux émeraude de l'Espada habituellement inexpressifs. Il oscillait entre dégoût et curiosité sans pouvoir se décider. Au même instant, un visage s'imposa dans son esprit sans même qu'il n'en comprenne la raison ni l'origine. Celui d'une humaine. Celui d'Orihime Inoue. Il essaya de chasser cette image, en vain. Ses dernières paroles avaient été blessantes et il ne pouvait oublier la colère et la profonde tristesse qu'il avait lu au fond de ses iris argentés. Il eut une ébauche de remords, peut-être était-il allé trop loin ? Cela avait été plus fort que lui et il n'avait pas réussi à se dominer. Perdu dans ses réflexions, ce fut le moment que choisirent ses plus fidèles compagnes pour, de nouveau, se manifester. D'abord un murmure : « faible », « lâche » puis un grognement agressif : « incapable !», « misérable !»
Ulquiorra n'était jamais resté plus d'une heure sur terre. Peu habitué à ces diverses pollutions sonores, visuelles et olfactives qui l'éreintaient, l'ennui qui l'étreignait depuis plusieurs heures et ces voix insoutenables dans son esprit, il bascula, sans même s'en apercevoir dans un état semi-conscient où rêve et réalité s'entremêlaient.
Ses yeux se fermèrent un instant, le couple entrelacé comme dernière image imprimée au fond de la rétine. La seconde d'après, ses paupières se rouvrirent, il ne se trouvait plus au même endroit. Il était adossé lascivement contre le tronc d'un arbre centenaire, un bouquin à la main. Les boutons de manchette de son vêtement n'étaient pas attachés dévoilant ses avant-bras. Étrangement, sa peau ne semblait pas être aussi livide qu'à l'accoutumée, elle était, certes, claire mais légèrement pigmentée. Il baissa rapidement les yeux sur sa poitrine et vit un délicat ornement de mousseline qui formait un jabot, il y avait d'élégants points de coutures sur les extrémités. Sa chemise ample était placée sous la ceinture d'une culotte marron serrée en coton qui arrivait juste au-dessus du genou et laissait apparaître des bas blancs de la même matière. Une paire de chaussures plates en cuir noir venait compléter la tenue. Il se demandait quel était ce bien étrange accoutrement. Bien qu'il n'ait aucune idée de ce que cela signifiait, il se sentait relativement bien.
Le soleil était à son zénith et diffusait des rayons chaleureux qui lui réchauffaient la peau. L'air y était pur et il n'y avait aucune trace de nuage à l'horizon, juste le ciel azur à perte de vue. Un bruissement de feuille derrière lui se fit entendre mais son attention était reportée sur les mots inscrits d'une page jaunie du livre qu'il tenait entre les mains : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Il ne comprenait pas la portée de cette citation. Trop concentré à chercher le sens de ce qu'il venait de lire, il ne put anticiper le mouvement de deux fines mains lui bander les yeux. Surpris par ce contact, il tressaillit. Ses muscles étaient contractés, il demeurait interdit. Une agréable odeur de lys envahit alors ses narines et progressivement ses muscles se décontractèrent. Ce n'était qu'une étreinte chaleureuse sans danger presque réconfortante. Les doigts frais sur son visage lui procuraient de drôles de frissons qui irradiaient en de petits fourmillements de sa tête jusqu'au reste du corps. Il n'esquissa aucun mouvement ne sachant pas réellement comment réagir à ce contact rapproché.
« Encore en train de lire ? » demanda une voix enjouée, familière.
De simples gazouillis d'oiseaux furent la seule réponse qu'elle obtint. Elle laissa échapper un petit soupir amusé.
« Toujours aussi bavard ! »
Il devinait, sans trop de difficulté, qu'elle était en train de sourire. Dans son esprit, tout était embrumé, tout cela n'avait aucun lien logique avec sa vie de Hollow. Il était dans le corps d'un homme qu'il ne connaissait pas, et cette jeune femme, qui était-elle ? Etait-ce la même personne que la dernière fois ? Il n'y avait qu'une manière de le découvrir. Doucement, il leva le bras pour ôter les mains qui l'empêchaient de mettre un visage sur cette voix. Avant qu'il ne les atteigne, elle se pencha contre lui. Il sentit la chaleur de son corps au travers de ses vêtements, sa poitrine brûlante pressant son épaule. De longs cheveux lui chatouillaient le cou et bientôt un léger souffle aux douces senteurs fruitées vint caresser la peau de l'une de ses joues avant qu'elle n'y dépose, de ses lèvres chaudes, un chaste baiser.
C'est à ce moment qu'Ulquiorra revint à la réalité. Durant une fraction de seconde, il ne sut plus où il était ni qui il était. Ses yeux balançaient de droite à gauche et rapidement tout lui revint en tête. Il s'attarda quelques instants sur Yammy pour s'assurer qu'il n'ait pas remarqué son absence. Le mastodonte fixait, un sourire aux lèvres, deux humains qui se disputaient tout en murmurant « casse-lui la gueule, vas-y ! ». Discrètement, Ulquiorra porta les doigts à sa joue où il pouvait encore ressentir la pression des fines lèvres sur sa peau. Il commença à fulminer intérieurement face à cette aberration qui l'avait, une fois de plus, pris au dépourvu. Mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire, bon sang ?
Et bien voilà pour ce nouveau chapitre, j'espère que vous avez apprécié et que j'arrive encore à susciter du mystère et de l'intérêt pour vous garder auprès de moi ! :p N'oubliez pas de commenter (ce sera un peu comme un petit cadeau de noël en avance et qui me fera très plaisir)
A bientôt et bonnes fêtes à tous ! (évitez les crises de foie à cause du chocolat, tout de même ! )
