Bonjour à vous,
Je tenais tout d'abord à m'excuser pour cet infâme retard, il faut dire que j'ai été pas mal occupé ces derniers temps et que l'écriture y avait difficilement sa place. Malheureusement mon rythme de croisière risque d'être le même que pour la parution de ce chapitre à savoir (3 semaines voire 2 semaines j'espère plus souvent 2...) Quoi qu'il en soit, je tiens à vous rassurer, je ne compte pas abandonner la fiction, je prends juste mon temps et suis déterminée à la finir!
Deuxièmement, Lyzeldia et BeladoneMinth, je ne vous ai pas oublié et je répondrai à votre commentaire en bas de ce chapitre !
Sur ce, bonne lecture !
La tête penchée sur le côté, une moue boudeuse, la jolie rouquine observait le serviteur ramasser les débris de céramique qui recouvraient le morceau de gâteau. Sa langue voulut se délier mais une fois le visage hautain de l'Arrancar sous les yeux, elle se ravisa. Une seule matinée et la présence du ténébreux lui manquait. Il avait le mystérieux don de l'apaiser. Bien sûr, cela ne s'était pas fait du jour au lendemain. Au début, ses visites quotidiennes la mettaient mal à l'aise, elles en venaient même jusqu'à lui déplaire, puis rapidement, elle s'y était accoutumée. Devant son isolement constant, sa présence était vécue comme une bénédiction. Une compagnie, aussi froide soit-elle, était toujours préférable à un monologue permanent avec soi-même. Mine de rien, c'était ce qui la rattachait à la réalité et lui évitait de sombrer dans la folie.
Elle qui était habituellement si pleine de vie, et qui n'avait jamais sa langue dans sa poche, commençait à perdre petit à petit espoir. Bien qu'elle se refusait à se l'avouer, dans un recoin de son esprit, une idée commençait à germer. Une petite part de son être espérait que ses amis viendraient la sortir de cet enfer en dépit du danger que cela constituait.
Elle fronça les sourcils à cette pensée. Quel égoïsme ! La lycéenne ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même si aujourd'hui elle se retrouvait dans une pareille situation. Abandonner son existence d'humaine, de cette manière, pour les mettre à l'abri du danger tout en espérant secrètement qu'ils viennent la sauver, un comble ! Peut-être avait-elle était trop naïve de croire qu'Aizen ne leur ferait aucun mal. Après tout, elle ignorait tout de cet homme et des sombres desseins qui nourrissaient son esprit malsain. La jeune femme avait obtempéré docilement sans même réfléchir aux conséquences de son acte. De toute manière, Ulquiorra ne lui avait pas laissé le choix. Qu'elle le veuille ou non, elle se serait tout de même retrouvée entre les murs de cette sinistre cellule. Son geste désintéressé n'avait réussi qu'à faire gagner du temps à ses amis. Un temps précieux, absolument nécessaire à la préparation d'une contre-offensive. Elle avait réussi à épargner Ichigo, Chad, Uryû qui n'auraient pu affronter les Espadas en l'état actuel de leur niveau spirituel.
Un flot de questions commença à la submerger couplé à un profond sentiment de tristesse. Le regard dans le vague, elle se demandait si elle pourrait de nouveau ressentir les rayons chauds et réconfortants du soleil sur sa peau. Connaîtrait-elle encore la joie d'entendre le doux piaillement des oiseaux au levant ? Aurait-elle encore la possibilité de sentir, ne serait-ce que quelques secondes, le délicat parfum des fleurs qu'elle aimait tant ? Et surtout, reverrait-elle le visage souriant de son amie d'enfance qui devait, depuis un moment déjà, se faire un sang d'encre ? Pourrait-elle, encore une fois, poser les yeux sur le visage de l'homme en qui ses sentiments étaient dirigés avant son départ et depuis des années déjà ? A ces douces pensées s'imposa, une fois de plus, la possibilité qu'il vienne dans ce palais la délivrer de cet univers maussade.
Aussitôt, elle secoua la tête pour chasser cette idée saugrenue qui devenait omniprésente maintenant. Bien sûr qu'elle ne voulait pas qu'il risque sa vie. Il s'agissait de tout ce qu'elle avait cherché à préserver jusqu'à présent. L'adolescent distant de quelques pas remarqua son trouble, et posa alors un regard qu'il voulut compatissant sur ses traits tirés.
« Je suis désolé » rechigna-t-il à dire.
Il s'étonna lui-même des mots prononcés, de quoi pouvait-il bien s'excuser ? De l'attitude des différents Arrancars à l'encontre de la jeune fille ? Des conditions dans lesquelles Aizen avait décidé de la faire vivre ? Pour la pâtisserie qu'elle n'avait pu déguster ? Après tout, il n'était en rien responsable de sa situation, mais c'étaient les seules paroles qui lui étaient venues spontanément. Orihime sembla surprise d'entendre pour la première fois le son de sa voix, elle en était même venue à se demander s'il n'était pas muet.
Elle fixa quelques secondes les yeux du serviteur. La lueur qu'elle y décelait ne lui plaisait guère. Un mélange de pitié et de mépris. Elle se sentit misérable, et réprima du mieux qu'elle put le rouge de honte qui commençait à lui roussir les joues. Une fois de plus, les autres ne voyaient en elle qu'une petite chose insignifiante et faible. Ses poings se serrèrent tout en contractant ses muscles ce qui n'échappa pas au jeune homme qui ne sut quel comportement adopter. S'il avait su, il se serait abstenu. C'était pour éviter ce genre de désagrément qu'il ne prenait jamais la parole.
D'après lui, la fuite restait la seule solution envisageable. Il prit alors le chariot repas et les débris qu'il venait de ramasser, pour quitter la pièce à la hâte. La porte claqua et il s'y adossa quelques secondes tout en soupirant. « Plus jamais » se promit-il à mi-voix, les mains tremblantes avant de retourner dans les cuisines.
Assise au rebord de son lit, Orihime n'était pas au meilleur de sa forme. Son flux sanguin, accéléré par la colère, cognait contre ses tempes et lui comprimait le cerveau. Son cœur battait la chamade, et sa respiration se voulait rapide et brève. Elle inspira alors lentement de grandes bouffées d'air pour essayer de ralentir son rythme cardiaque, et ainsi diminuer la pression dans sa boîte crânienne. Les paupières closes, elle se concentrait pour contrôler son organe. A force de persévérance, sa fréquence diminua légèrement, la pression s'allégea. Quand elle rouvrit les yeux, un voile transparent l'empêcha de discerner distinctement son environnement. Dans un réflexe non-contrôlé, la jolie rouquine se frotta les yeux à l'aide de ses mains, ce qui ne fit qu'accentuer l'opacité du filtre. Les formes n'étaient plus régulières, tout objet proche d'elle devint subitement flou avec des contours grossiers. Tout ce qu'elle distinguait maintenant n'était qu'un portrait abstrait où aucune délimitation n'existait.
A plusieurs reprises et avec force, elle cligna des yeux. La colère céda rapidement sa place à un sentiment de peur. Son cœur recommença à battre dans sa poitrine avec rapidité et brutalité. Chacun de ses battements était difficile à encaisser, et était ressenti comme un violent coup de poing dans le thorax. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur toute la surface de sa peau, plus particulièrement sur son front et ses tempes. Elle eut de grosses bouffées de chaleur qui irradièrent dans tout son être, par vagues. Dans une tentative vaine d'atténuer ces sensations, Orihime agrippa ses cuisses, les serra entre ses doigts fins. Elle inspirait avec force pour tenter de faire rentrer le plus d'air frais possible dans ses poumons. Manœuvre infructueuse pour apaiser le feu qui brûlait en elle, et qui devenait de plus en plus insupportable. Sa peau, en plus d'être moite, était devenue écarlate conséquence directe de la dilatation des vaisseaux pour augmenter la surface d'échange, et ainsi ventiler son corps en ébullition. Ses doigts cramponnèrent nerveusement le col de sa veste. La pression exerçait sur le tissu fit sauter les boutons. Celle-ci s'ouvrit avant qu'elle ne la jette avec rage au sol.
Sa tête ne tarda pas à lui tourner. Sa température montée en flèche lui provoqua des hallucinations qui lui brouillaient les sens. Des images s'incrustèrent derrière ses yeux révulsés. Tantôt la chevelure de feu d'Ichigo, vêtu de noir, son zanpakutô en main. Tantôt les yeux verts perçants d'Ulquiorra encadré par ses cheveux noir corbeau et sa peau blême. Des bruits résonnèrent dans ses oreilles, un rire pervers tournait en boucle sans lui laisser une seule seconde de répit. Le sourire carnassier de Nnoitra s'imposa dans son esprit, et lui fit ressentir la pression de ses doigts parcourir son corps. Des crocs proches de son visage vinrent remplacer l'image du sourire perfide de l'effrayant pervers. Puis, le souffle chaud, dangereux, d'un félin contre ses joues, prêt à les lui arracher.
Bien que de l'air circulait dans ses organes respiratoires, elle eut une forte sensation d'étouffement. Son esprit déconnecté de la réalité, elle cherchait par tous les moyens à abaisser sa température corporelle, et ce, malgré les hallucinations qui la tourmentaient. Ses pieds nus en contact avec le sol froid de la pièce, il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour comprendre qu'elle pouvait en tirer avantage. Elle se jeta alors négligemment au sol. Son corps se heurta à la pierre en un claquement sonore. Elle espérait évacuer la chaleur en excès, se fichant royalement de l'image qu'elle pouvait bien renvoyer, seul comptait le soulagement que cela lui procurait. Rapidement, sa chaleur fut transmise à la pierre, et la sensation de cuire de l'intérieur revint encore plus intense. Elle roula sur le côté et, de nouveau, fut apaisée durant un court instant, mais bientôt, cela ne lui suffit plus. Sa température continuait d'augmenter sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle poussa un cri d'agacement, de douleur face à une situation qu'elle ne comprenait pas, avant de sombrer dans l'inconscience, son cerveau se mettant automatiquement en veille pour éviter de se liquéfier.
Confortablement assis devant ses écrans d'ordinateur, un large sourire peint sur le visage, Szayel enregistrait, en toute discrétion, les différents résultats du cobaye sur lequel il avait décidé de s'acharner. Mieux valait ne pas ébruiter ce genre d'agissement, Aizen ne lui pardonnerait pas cette fois-ci. Non pas qu'il craignait pour sa vie, mais s'il pouvait faire de nouvelles découvertes sans que son Maître en soit tenu informé et ne lui fasse payer son affront, cela le comblerait de joie. C'est donc en total impunité, terré dans son laboratoire, qu'il commençait à mettre en place des expérimentations sur le nouveau jouet qu'il s'était octroyé. Et puis, l'Autre n'était plus ici pour le gêner, quelle aubaine ! Cela faisait depuis l'arrivée d'Orihime que le scientifique essayait, par tous les moyens, de rentrer en contact avec elle, mais à chaque fois, il se heurtait à un problème de taille. Un problème se nommant Ulquiorra. Bien heureux fut le jour où la source même de ses difficultés lui avait livré l'objet de sa convoitise sur un plateau d'argent. A dire vrai, il lui avait tout de même grandement facilité la tâche.
Satisfait, il analysait un graphique complexe avec plusieurs plages de données dont il retranscrivait les commentaires sur un autre document.
« Quarante-et-un virgule deux degrés Celsius ? J'ai cru qu'elle ne s'évanouirait jamais ! Un peu plus et ses reins ainsi que son foie auraient été bon à jeter » murmura-t-il pour lui-même.
Lumina derrière son Maitre observait, non sans un certain intérêt, ce qu'il était en train de faire. Ce gros Arrancar au visage tout aussi rond, simpliste et sans trait particulier, avait du mal à tenir en place. Il ne pouvait s'empêcher de sautiller pour évacuer son trop plein d'énergie. La tentation de prendre la parole pour satisfaire sa curiosité fut si forte qu'il ne put s'empêcher d'interrompre le travail de son supérieur.
« Pourquoi faites-vous cela ? »
Le scientifique arqua un sourcil tout en détournant difficilement son visage des écrans qui absorbaient son attention.
« Pour connaître ses limites, pardi ! Lui répondit-il comme si cela paraissait tout à fait évident.
- Que comptez-vous faire à présent ?
- La laisser se reposer me semble être une bonne idée. Je ne voudrais pas casser mon joujou dès les premières utilisations. »
Il se mit à ricaner sous le regard étonné de son Fraccion qui se sentit obligé de faire de même. Les yeux pétillants d'excitation, un rictus lui défigurant le visage, Szayel ne put s'empêcher d'ajouter d'un ton sirupeux :
« Pour ta propre survie, mieux vaut que tu n'en parles à personne. »
Ce qui eut pour effet immédiat de pétrifier sur place son serviteur, il sentit son sang ne faire qu'un tour, et son cœur manquer un battement. Il resta pantois, les yeux écarquillés. Szayel se retourna de nouveau face à ses écrans pour continuer ce qu'il avait à faire.
« C'est bien compris ?
- …
- J'attends.
- Ou-Oui !
- On est d'accord. Va donc rejoindre Verona, il me semble que vous avez du travail de reconstruction. Je ne laisserai pas cette insupportable Astrae pénétrer mon laboratoire ni quiconque sans autorisation préalable ! »
La Maître d'œuvre, au sous-sol dans les étages les plus inférieurs, essayait d'évaluer, tant bien que mal, les impacts encaissés par les fondations du palais. Depuis l'arrivée d'Aizen, et avec la concentration importante d'Espadas rassemblés en un même lieu, l'architecture était mise à rude épreuve. Les poings sur les hanches, elle chassa l'air dans ses poumons d'un soupir d'agacement. L'Arrancar n'était pas d'un tempérament calme et posé. Lorsque les choses n'allaient pas dans son sens, elle pouvait très vite s'emporter, et le rouge ne manquait pas de lui monter aux joues. Bien qu'elle soit une véritable boule de nerfs, Astrae ne pouvait s'empêcher de veiller au grain en ce qui concernait ses congénères. Si les autres Espadas ne comprenaient pas sa tendance à surprotéger les membres de son espèce, elle, ne pouvait tout simplement pas s'expliquer l'animosité des uns envers les autres. Surtout que maintenant, ils n'avaient plus besoin de se nourrir par peur de la régression, le statut d'Arrancar étant acquis de manière définitive que ce soit avec le Hogyoku ou de son propre chef. Astrae était l'une des rares Arrancars à s'être arrachée son masque sans l'aide de cette fichue pierre.
A l'époque, bien qu'ayant atteint le stade d'Adjuchas, elle ne pouvait s'empêcher de se nourrir de la chair de ses congénères, mais cela la révulsait. Ce besoin n'était dicté par rien d'autre que son instinct, mais elle le répudiait. Lorsqu'elle avait terriblement faim, que son estomac lui criait famine, elle était tout à fait méconnaissable. Malheureux étaient les Hollows qui croisaient sa route lorsqu'elle était dans cet état. C'était comme si une autre personne avait pris possession de son corps, indépendamment de sa volonté. Non, pas une personne, mais plutôt un monstre sanguinaire qu'elle ne pouvait contrôler, qui refusait de l'écouter, et ce, malgré ses efforts. Elle ne pouvait s'empêcher de se mépriser tous les jours depuis le début de cette existence maudite. Une fois repue et honteuse, elle éprouvait tout de même une profonde reconnaissance envers les Hollows sacrifiés. Ils lui permettaient d'avancer, de ne pas régresser, et pour cela elle se devait de continuer. Pour que tout n'ait pas été fait en vain, que son existence ne soit pas dénuée de sens.
L'esprit dans le vague, elle se demandait si Grimmjow était en de meilleures dispositions que la veille pour assumer sa nouvelle fonction temporaire. La vie de l'humaine lui importait peu, mais voir les autres se déchirer pour cette demoiselle ne l'enchantait guère, déjà que le climat qui régnait avant son arrivée au sein du palais n'était pas des plus calmes… Il était évident que de la décision de Grimmjow allait dépendre la réaction d'Aizen envers lui-même et Ulquiorra, d'après ce qu'elle en avait compris lors de leur confrontation. Elle se remémora alors la promesse qu'elle s'était faite le jour si particulier où elle avait décidé de briser son masque…
# Une silhouette effilée marchait seule dans la nuit épaisse et noire du Hueco Mundo, le croissant de lune comme seule éclairage sur les plaines défraîchies. Son repas à peine achevé, des gouttes de sang dégoulinaient de ses griffes acérées. Peu habituée à la présence d'autres individus, elle errait sans réellement comprendre la raison de son existence. Les seuls compagnons qui avaient bien voulu l'accompagner dans ce monde chaotique, s'étaient tous fait dévorer les uns à la suite des autres sans qu'elle n'ait jamais pu rien y faire.
Son apparence de Hollow ne laissait aucun doute quant à sa féminité, ce qui lui valait d'être souvent prise à parti par les autres monstres qui ne voyaient en elle qu'un être faible. C'était sans compter sur la bête qui sommeillait en elle, et qui n'était dotée que d'un esprit primaire. Manger. Survivre. A tout prix. Elle ne déniait se manifester que lorsque sa propre existence était mise en péril, et ce, malgré les vives contestations d'Astrae pour réfréner ses apparitions.
Perdue dans ses pensées, un petit point sombre à l'horizon retint son attention. Sans vraiment le vouloir, elle s'avança dans cette direction et y découvrit un Adjuchas blessé qui gisait à même le sol, probablement inconscient voire mort. Elle pencha son visage au-dessus du petit corps. Du sang se répandait autour de lui aussitôt absorbé par les grains de sable qui le recouvraient depuis un moment maintenant. Comme pour s'assurer de la mort de cette pauvre créature, elle glissa le dos d'une de ses griffes le long de son visage, et y laissa une traînée rougeâtre appartenant à la dernière victime dont elle s'était nourrie. L'Adjuchas ouvrit les yeux à ce contact.
« Mange-moi ! » s'écria-t-il soudain.
Ne s'étant préparée à aucune réaction, Astrae sursauta avant de reprendre son calme.
« Pourquoi veux-tu que je te mange ? Je ne ressens pas la faim…
- Ne me laisse pas redevenir un Gillian… Dévore-moi ! »
C'était bien la première fois qu'un Hollow se proposait de lui servir de repas.
« Je ne peux pas, » répondit-elle simplement.
Effectivement, il était impossible à la jeune femme de se nourrir d'un autre de ses congénères lorsque celle-ci n'avait pas cette sensation qui lui tiraillait les boyaux. Le Hollow sembla surpris par cette réponse. De tous les Adjuchas qui auraient pu croiser son chemin et mettre un terme à son supplice, il fallait que ce soit le seul qui rechigne à lui accorder cette faveur.
« Ne me force pas à te supplier. Je préfère encore, et de loin, être mangé et vivre au travers d'un autre pour continuer à évoluer. Le Hollow qui m'a fait cette blessure, je l'ai tué au même moment où il m'a infligé cette plaie. Tu sais très bien ce qu'il se passe lorsqu'un Adjuchas est mutilé par un Hollow ! Je ne veux pas devenir un être sans personnalité. Je n'ai vu personne depuis ce jour et il n'y aura aucun autre Hollow après toi. De ce fait, tu es la seule à pouvoir me sauver d'une situation que je ne désire pas.
- Je suis navrée, je ne peux pas, » répéta-t-elle abattue.
Avec tristesse, elle enjamba le corps du malheureux, qui ne pouvait plus se mouvoir. Il rassembla les dernières forces qui lui restaient pour crier :
« Arrête-toi ! Je t'en prie ! Ne me laisse pas dans cet état ! Libère-moi ! »
Elle coula un regard par-dessus son épaule, et soutint difficilement celui qu'il était en train de lui lancer. Les Hollows n'avaient jamais été expressif outre leur agressivité et la colère qui enlaidissaient leur visage un peu plus. Leurs yeux étaient souvent vides et vitreux mais ce qu'elle lisait à travers les siens la bouscula en profondeur. Il s'agissait de tristesse. De résignation. Un regard de supplication. Elle ne put y rester insensible. C'est à contre cœur qu'elle rebroussa chemin, et se laissa tomber à genoux au côté du corps meurtri. S'il lui avait été possible de pleurer, nul doute que ses joues auraient été inondé par des flots intarissables. Elle remarqua son sourire, sincère, qui lui fendit un peu plus le cœur. De ses deux pattes, elle souleva le corps frêle du malheureux, qui se laissa manipuler sans opposer une quelconque résistance. Tremblante, elle hésita à passer le pas. Les yeux clos, il acceptait son destin alors elle devait en faire de même. Accepter son choix était la meilleure chose à faire. Finalement, elle planta ses crocs dans son abdomen. Il poussa un petit cri étouffé, qui lui donna un haut le cœur.
« Merci… » dit-il avant de rendre son dernier souffle.
Une fois la dernière bouchée avalée, Astrae se sentit nauséeuse. A ce moment précis, elle ne put supporter une seconde de plus sa condition. Intérieurement, devoir réaliser cet acte avait détruit les derniers remparts qui la forçaient à rester en vie. La seule solution qui lui parvint fut de briser son masque. Par ce geste, elle espérait mettre fin à sa misérable existence. Elle se demandait ce qu'elle avait bien pu faire de si cruel dans une autre vie pour mériter ce sort si détestable.
Avec rage, les griffes aiguisées d'une de ses pattes se plaquèrent sur le haut de sa tête, à la surface de ce qui refusait de céder et qui était en partie responsable de son asservissement. D'un coup sec, elle brisa le haut du masque, de son front jusqu'à ses pommettes. Lorsqu'il était en train de s'effriter, elle ressentit une douleur vive et cuisante, mais ce n'était rien en comparaison de l'horrible souffrance que cela lui infligeait de devoir planter les crocs dans la chair, d'être impuissant face au massacre qui se perpétrait par sa faute. Il lui était impossible de faire demi-tour, elle avait pris sa décision, elle devait en assumer les conséquences, peu importe le calvaire que cela constituait. Les griffes de son autre patte vinrent détruire le bas du masque qui lui restait, de son menton jusqu'au-dessous de son nez. Elle poussa un dernier hurlement qui résonna à des kilomètres à la ronde, sur les vastes plaines désertiques du Hueco Mundo, avant de s'écrouler au sol.
Allongée sur le sable entièrement nue, son apparence actuelle n'avait plus rien à voir avec l'ancienne. Difficilement, elle ouvrit les yeux, sa tête la faisait encore souffrir, et ses veines cognaient contre les os de son crâne. Sa vision était floutée par un léger voile qui s'estompa petit à petit. Elle détailla avec stupéfaction ses mains qui devenaient progressivement plus distinctes. Il n'y avait plus de griffes crochues au bout de ses phalanges, juste des doigts fins et délicats ornés d'ongles coupés courts. Sa peau au préalable sclérifiée par une armure blanche épaisse n'était plus. Son épiderme était légèrement pigmenté, d'un beige ivoire ravissant rencontré seulement chez les humains. Elle prit appuie sur ses coudes pour se redresser, et ainsi doucement, laissa glisser ses iris vairons avec appréhension sur le reste de son corps. Ses yeux ne purent que s'écarquiller à la vue de sa nouvelle apparence qui ressemblait à s'y méprendre à celle d'une femme. Sa poitrine découverte, elle en appréciait le volume ainsi que la rondeur. Elle s'attarda quelques instants sur la perfection des aréoles plus contrastées que le reste de son corps d'où un petit morceau de chair pointé prenait naissance en leur centre. De longues et fines jambes avaient remplacé ses imposantes pattes arrières.
En pleine découverte de son nouveau corps, elle porta, délicatement, ses doigts à ses lèvres. Elle fut surprise par la douceur de ce contact, tous ses sens étaient en éveil. C'était agréable. Jamais elle n'avait ressenti de sensation aussi délicieuse. Le bout des doigts posé sur la bouche, elle pressa davantage pour s'assurer que les crocs qui la répugnaient tant avaient bel et bien disparu. Rassurée, elle remonta sur le nez, et fut surprise par ce qu'elle y rencontra. La coupe de son masque avait été franche et droite. Seule la corne ainsi que deux fines bandes d'os sur ses pommettes rattachées jusqu'à ses oreilles étaient les derniers vestiges de son ancienne vie.
A ses côtés, un katana reposait au sol à moitié enfoui dans le sable froid. Froid ? Elle se demandait ce que pouvait bien être cette drôle de sensation qui la faisait frissonner. Elle prit la garde de l'arme dans sa paume, la désensevelit. Ses yeux caressèrent avec volupté le tranchant de la lame qu'elle ne pouvait s'empêcher d'admirer. Elle la retourna dans un sens, puis dans l'autre, avant d'effleurer du bout de l'index, la tranche qui ne tarda pas à écarter doucement la chair, et à laisser s'écouler quelques gouttes de sang. Aucune réaction de douleur, juste de la fascination pour ce qui était apparu à ses côtés.
De longs cheveux ébènes, légèrement ondulés, venaient caresser ses épaules et le haut de son dos. Quelques mèches portées par le vent vinrent lui chatouiller le visage. Elle sentit la brise s'engouffrer dans son dos, la traverser de part en part. Détendue, elle porta la main sous sa poitrine, et constata avec étonnement que son trou de Hollow était toujours présent. Seulement, il n'était plus à la place de son cœur, mais à celle de son estomac. Il ne pouvait donc plus la faire souffrir. Le monstre affamé qui faisait partie intégrante de son être n'était plus, et s'était comme volatilisé lors de la métamorphose. Ce changement d'état, elle l'avait vécu comme une seconde naissance. Jamais elle n'aurait cru possible de voir sa condition changer du tout au tout. Alors tout était devenu subitement plus clair, plus limpide. Il y avait une raison derrière l'horreur de son vécu. Une raison qui lui était inconnue jusqu'à ce jour. On lui offrait une seconde chance, elle devait s'en saisir. Du bout des lèvres, elle formula une promesse. Une promesse qui lui était décemment impossible de rompre. Elle se jura solennellement de ne plus tuer les membres de son espèce pour quelques raisons que ce soient, et d'empêcher, autant qu'elle le pourrait, les autres de s'entre-tuer. #
Des paroles lointaines la sortirent de ses songes. Devant son immobilité, le propriétaire de la voix qui distillait ses souvenirs, l'interpella :
« Astrae-sama ? »
Elle se retourna alors, pensive, vers le responsable de sa confusion. Un homme, à l'apparence physique du même âge que le sien, se tenait face à elle. Les yeux de la jeune femme le fixaient avec une intensité déconcertante. Il fut troublé quelques instants par la palette d'émotions qui transparaissait dans un seul regard. L'un de ses yeux, froid, primitif représentait bien sa couleur bleue glaciale, ce qui tranchait avec toute la bienveillance et l'apaisement de son œil vert malachite. Ne dit-on pas que les yeux sont le reflet de l'âme ? Alors qu'en était-il pour un Hollow tiraillé par un démon intérieur, et dont lui-même condamne les agissements ? Lorsque l'on s'y attardait comme le faisait son subordonné, l'on pouvait ressentir la division qui régnait autrefois dans son âme, qui se matérialisait à présent par cette spécificité. Cet éclat particulier, il ne l'avait jusqu'alors jamais perçu, peut-être qu'il ne s'y était tout simplement jamais intéressé. Comme pour se redonner consistance, il déglutit tout en toussotant.
« Il semblerait qu'il n'y ait rien de trop grave pour le moment… Quand pourrons-nous initier la consolidation ? »
La jolie brune n'avait, actuellement, pas vraiment la tête à sa fonction qu'elle jugeait ingrate et bien peu passionnante.
« Faites donc, faites donc, » dit-elle lasse, accompagné d'un lent mouvement circulaire de la main.
L'homme n'insista pas, bien qu'il reconnut, sans erreur possible, la moue qu'arborait sa chef lorsqu'elle était préoccupée. Elle avait ce désagréable besoin obsessionnel d'ajouter son grain de sel dans toutes les affaires qui ne la concernait pas. Ce mauvais trait de caractère lui avait valu sa place en tant qu'Espada. C'était en totale connaissance de cause qu'Aizen l'avait reléguée à ce poste peu représentatif de sa puissance. Il savait pertinemment que rassembler des Arrancars puissants n'était pas sans danger. S'il voulait maintenir l'ordre, et garder son palais intact, mieux valait mettre une personne de caractère aux commandes. Il misait tout sur le fait qu'elle essaierait de raisonner les autres par peur du châtiment qu'il pourrait leur être infligé, et ce, au détriment de sa vie si cela le nécessité. Et puis, cette fouineuse invétérée lui aurait posé bien trop de problème, plus loin elle se tenait de ses affaires, mieux c'était.
« Je dois m'absenter. Fais-en sorte que les choses aillent vite. Tu es responsable jusqu'à mon retour. »
Sur ces mots, la jeune femme disparut d'un sonido sans laisser à l'Arrancar le temps de lui répondre. Avec rapidité, elle emprunta les escaliers pour rejoindre au plus vite la surface. Elle n'appréciait guère se retrouver dans les souterrains du palais, l'endroit lui paraissait sinistre, particulièrement oppressant. En plus de l'obligation de porter un flambeau près de soi pour y voir clair, le lieu était humide et glacial. Autant dire que ce n'étaient pas les meilleures conditions réunies.
Une fois à la surface, elle gonfla ses poumons à grand renfort d'oxygène qui faisait cruellement défaut dans les profondeurs de l'édifice. Il fallait qu'elle rejoigne Grimmjow, bien que celui-ci ne serait, sans nul doute, pas disposé à l'écouter. De toute manière, il n'est jamais disposé à entendre personne celui-là, pensa-t-elle tout en levant les yeux au ciel.
Voilà, j'espère que les OC ne vous posent pas trop de problème, de toute manière, il n'y en aura pas des masses ! Je croise les doigts pour que vous ne vous soyez pas ennuyé. Merci pour votre lecture, n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez.
Bises. Farouche !
Ensuite, pour les réponses aux reviews (j'ai préféré attendre un nouveau chapitre pour vous répondre, ne m'en voulez pas de trop :$) !
Lyzeldia :
Je vais bien merci un peu pressée par le temps comme ça peut se voir ! On peut se tutoyer sans soucis, je n'aime pas être vouvoyé de toute manière. J'ai effectivement passé de bonnes vacances, un peu mouvementées, mais de bonnes vacances tout de même ! Par la même occasion, je te souhaite la bonne année ! Je tenais à te remercier pour ce commentaire qui m'a fait chaud au coeur et, je peux le dire, m'a ému également. J'ai tout à fait compris ce que tu voulais dire, j'essaie de détailler au mieux l'environnement, les réactions des personnages, ce qu'ils pensent et je suis contente que mes efforts paient. (Si peu que je puisse appeler ça des efforts puisque ça m'est agréable!) Je tiens aussi, de nouveau, à m'excuser pour le temps que j'ai mis à publier... J'espère que tu ne m'en veux pas trop ! Et oui, ton message m'a fait très plaisir et me motive à continuer d'écrire ! (bien que j'y ai mis le temps et je le regrette... T.T) Merci encore ! Du fond du cœur. Bises. Farouche.
BeladoneMinth :
Ça me fait très plaisir d'avoir des messages d'encouragements et de voir que ma fiction est appréciée malgré ses imperfections. Et comme pour le début de mon chapitre, je m'excuse pour le temps de publication... Quoi qu'il en soit, je ne lâcherai pas ! Merci d'avoir pris le temps de m'écrire ! Bises. Farouche.
