Bonjour, me voici un peu plus rapidement que pour la mise en ligne de mes deux dernières publications ! (ça se compte en jour, mais tout de même ! ahah)

Je tiens à vous mettre en garde, il va y avoir quelques scènes dérangeantes et violentes dans la deuxième partie du chapitre.

Il est particulièrement long puisqu'il fait plus de 6500 mots. C'est une sorte de petit cadeau que je vous fais pour me faire pardonner. (Je dis cadeau mais peut-être que pour vous c'est une corvée de lire un aussi long chapitre, ahah)

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne découverte !


« Ne crois-tu pas qu'il serait plus sage d'aller vérifier que tout se déroule convenablement ? »

Un grognement comme seule réponse parvint jusqu'aux oreilles d'Astrae. Sans utiliser de sonido, elle éprouvait toutes les difficultés du monde à suivre les grandes enjambées du félin bien déterminé à ne pas la laisser le rattraper. Une fois arrivée à hauteur des imposantes portes en granit de la forteresse, l'animal, de ses mains puissantes les ouvrit avec grande facilité. La gardienne ne tarda pas à lui emboîter le pas tout en se faufilant entre les battants qui se refermaient déjà - Grimmjow n'ayant pas eu la courtoisie d'attendre. A peine eut-elle le temps de franchir le seuil d'entrée que les portes se fermèrent dans un claquement sourd. Closes, elles ne laissaient passer aucun rayon de lune, seule la faible lueur de quelques flambeaux accrochés aux murs leur permettait de ne pas être entièrement plongés dans l'obscurité. Sa main dans la poche de son hakama, Grimmjow en tira un trousseau de clés qu'il jeta négligemment par-dessus son épaule, sans même se retourner. Il atterrit aux pieds de la jolie brune qui se pencha en avant pour s'en saisir, non sans un certain agacement.

« Je te saurai gré de m'accompagner, j'ignore le lieu de sa captivité. »

Nouveau grognement de la part de la panthère qui changea de direction, l'écho de ses pas sur le sol résonnant dans tout le vestibule. Il se posta quelques instants devant un escalier en pierre qui semblait indéfiniment long. Avant d'amorcer la montée, il attendit qu'Astrae soit assez proche pour lui lancer de son habituel ton hargneux :

« Je ne fais que t'accompagner, me les brise pas. »

Astrae ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire qui adoucit son visage alors que la panthère ne put retenir plus longtemps un soupir de mécontentement. De connivence, ils grimpèrent rapidement les marches. Distante de quelques pas, la jeune femme préférait rester en retrait afin de ne pas gêner davantage le félin. De grâce, il avait accédé à sa requête, elle ne voulait pas le brusquer sous peine de perdre le peu qu'elle s'était échinée à obtenir.

Ils bifurquèrent dans un grand couloir avant de monter d'autres marches qui parurent ne mener à nul part. Après un long périple, ils arrivèrent au sommet d'une des tours où était enfermée Orihime. L'Espada avança jusqu'à se retrouver devant une porte en bois où il s'immobilisa. En face de celle-ci, un creux profond, à hauteur de tête, avait rongé la pierre. La gardienne fronça légèrement les sourcils à cette vision, puis elle reporta son attention sur l'humaine dans sa cellule. A première vue, son reiatsu ne présentait rien d'anormal. Ne sachant pas comment s'y prendre, elle frappa maladroitement quelques coups avant d'insérer la clé dans la serrure.

La porte s'ouvrit dans un long grincement sinistre. Les éclats de lune éclairaient avec pudeur la geôle où tout n'était que nuance de gris. Elle avança d'un pas, puis d'un deuxième. Ses yeux sondèrent la pièce avec lenteur, mais il n'y avait personne d'assis sur les chaises ni d'allongé sur la banquette. Doucement, elle laissa ses iris glisser au sol. Ils s'accrochèrent avec stupeur sur la personne négligemment affalée au pied du lit. Sans attendre, elle se précipita au côté du corps inerte, et se laissa tomber à genou sur la pierre. Elle agrippa les frêles épaules dénudées de la rouquine. D'un coup de main, elle tira la jeune femme sur ses cuisses pour la redresser. Décidément, sa magnanimité semblait même outrepasser les barrières des espèces.

« Humaine, tu m'entends ? »

Les mains sur ses épaules, elle secoua avec délicatesse la poupée désarticulée qui gisait devant elle. Grimmjow pénétra la pièce et ne sembla pas plus préoccupé de son état, il y accordait même un certain détachement, préférant regarder l'Arrancar s'agiter. Voyant que ses agissements ne la réveillaient pas, elle posa l'oreille sur sa cage thoracique, et parut un instant soulagée en entendant son cœur battre, bien que faiblement. Du plat de la main, elle posa ses doigts froids sur le visage endormi et fut surprise par la chaleur qui irradiait de ses joues. Même si du sang circulait dans les vaisseaux des Arrancars, leur peau n'en était pas moins glaciale -à l'image du monde auquel ils appartenaient. Elle ignorait si la chaleur transmise était normale ou gage de problème pour la survie de cette humaine, n'ayant pas pour habitude d'en côtoyer, encore moins d'en toucher. Astrae n'était pas réellement préparée à devoir faire face à ce genre de situation, et donc ignorait comment se comporter. Elle ne voulait pas la brusquer ayant bien trop peur de lui faire du mal. Prenant son courage à deux mains, elle se décida tout de même à lui tapoter les joues pour essayer de la faire revenir à elle.

« Si tu veux qu'elle se réveille, tu ferais mieux de la frapper plus fort ! » ne put s'empêcher d'ajouter le félin tout en affichant un large sourire.

Ce qui eut pour effet d'attirer le regard foudroyant de la gardienne qui ne trouvait rien d'amusant à la situation, contrairement à son acolyte. Un faible soupir derrière elle la fit détourner le regard de celui provocateur de la panthère.

Les yeux d'Orihime roulèrent quelques instants sous ses paupières, et ses muscles commencèrent à se mouvoir avec fébrilité. Elle s'aventura à ouvrir un œil, et tressaillit en apercevant deux grands yeux vairons inconnus la fixer. Dans un regain d'énergie, elle voulut se défaire du contact de l'Arrancar mais celle-ci, d'une main sur l'épaule, l'en empêcha.

« Je ne te le conseille pas. » dit-elle d'une voix douce mais autoritaire.

Il y avait quelque chose de particulier dans le regard de cette femme qui l'impressionnait. Elle ne sut dire réellement si cela était dû à un sentiment de peur ou de confiance, peut-être un peu des deux. Quoi qu'il en soit, elle n'insista pas, et se repositionna sur ses genoux. Elle était, de toute manière, bien trop faible pour, ne serait-ce, que penser à se débattre. Mieux valait lui laisser un peu de temps pour recouvrer ses esprits. Ce réveil avait tout d'une sensation de déjà-vu notamment parce qu'il était le résultat d'un sommeil forcé, décidément cela devenait une habitude. Après qu'elle se soit apaisée, la jeune femme la hissa sans difficulté sur la banquette, et l'y allongea un peu maladroitement. L'esprit dans le vague, Orihime se laissa manipuler par le Hollow sans broncher.

« Grimmjow, tu veux bien aller lui chercher à manger ? De préférence quelque chose d'appétissant. »

A ce nom, Orihime se raidit ce qui n'échappa, d'aucune manière, à la brune qui n'eut nulle difficulté à deviner la raison de cet état. Il ne s'était pas manifesté depuis son éveil, et était resté étrangement silencieux. Avant qu'Astrae n'évoque son nom, la rouquine n'avait pu remarquer sa présence dans l'ombre du recoin de sa cellule. Il ne cilla pas, fixant les deux jeunes femmes avec agressivité.

« S'il te plaît. Elle doit reprendre des forces. Ai-je besoin de te rappeler que c'est à toi qu'Aizen a confié sa garde ? »

Une main sur le bras de la captive comme pour la rassurer, elle tourna la tête face au bleuté. Le silence ne tarda pas à s'installer, se fit de plus en plus oppressant. Seule la respiration saccadée d'Orihime rappelait sa présence aux deux Arrancars, qui se toisaient maintenant avec animosité. Le savoir dans la même pièce fit accélérer son rythme cardiaque qu'elle eut bien du mal à canaliser. Afin de s'apaiser, elle serrait entre ses doigts fins, la couverture sur laquelle elle reposait tout en expulsant rapidement l'air de ses poumons.

« Dois-je te supplier ? »

Bien que l'idée fut séduisante, il n'en fit rien.

« A charge de revanche, » dit-il simplement en quittant la pièce.

Elle haussa les épaules, et reporta son attention sur l'humaine qui semblait s'être détendue après que le Sexta se soit éclipsé de la cellule.

« Comment te sens-tu ?

- Qui êtes-vous ? » ne put s'empêcher de demander Orihime dont les paupières s'étaient refermées.

« Est-ce si important ?

- Oui, cela l'est pour moi. »

La rouquine rouvrit les yeux, et plongea ses iris argentés dans ceux de l'Arrancar. Son regard ne souffrait d'aucune crainte depuis que Grimmjow avait quitté la pièce.

« Je m'appelle Astrae Nelphegas, gardienne de cette forteresse. Disons plutôt que je m'efforce à ce qu'elle ne tombe pas en ruine, dit-elle en lui souriant, amusée.

- Ravie de faire votre connaissance Astrae-sama, moi, c'est Orihime Inoue. »

Afin d'accompagner ses paroles, ses lèvres s'étirèrent à son tour, ce qui eut pour effet de troubler l'Arrancar. C'était la première fois, depuis le début de sa captivité, que quelqu'un prenait la peine de lui adresser un sourire sincère. Cela lui fit du bien de le recevoir, et presque tout autant de le renvoyer. Mine de rien, ce geste qui parut anodin réconforta la rouquine, et lui redonna un peu espoir en sa vie devenue si triste et monotone. Après tout, peut-être que les Hollows n'étaient pas tous d'affreux monstres sanguinaires. De fil en aiguille, elle se demanda à quoi pouvait bien ressembler Ulquiorra le visage souriant, lui, qui ne laissait jamais paraître aucune émotion autre que l'abnégation. A défaut d'un sourire éclatant, elle se contenterait d'un petit rictus ou même d'un simple sourcil arqué sur ses yeux d'émeraude. N'importe quoi ferait l'affaire tant qu'elle pourrait voir son visage changer d'expression, devenir un peu plus… humain. Elle était consciente qu'elle demandait l'impossible, mais dans le fond, elle espérait qu'à force de la côtoyer, il pourrait changer, rien qu'un peu. Sans véritablement se l'avouer, elle donnerait tout pour voir transparaître, derrière cette barrière qu'étaient ses pupilles reptiliennes, une émotion s'esquisser.

Elle sentit son cœur se serrer, et de légers frissons la parcourir lorsqu'elle se représenta mentalement ces deux orbes mystérieuses et pénétrantes la fixer avec impassibilité. Et ces traînées vertes sous ses yeux, dont les sillons ressemblaient à un ruisseau de larmes à jamais ancrées sur ses joues, d'où pouvaient-elles provenir ? Que pouvait-il bien cacher derrière ce visage mélancolique ?

Une grande solitude émanait de cet être des ténèbres, peut-être était-ce, parce qu'elle possédait une bonté d'âme ainsi qu'une gentillesse sans commune mesure qu'elle pouvait ressentir la douleur muette et lancinante qui le consumait de l'intérieur. Il devait se sentir si seul dans ce monde chaotique qu'elle ne put s'empêcher d'en être peinée. N'avait-on jamais essayé de le comprendre ? Aucune entité, aussi maléfique soit-elle, ne méritait de vivre en solitaire, incomprise de tous. Ce devait être la source d'une telle souffrance qu'elle n'osait l'imaginer. Elle ne pouvait que compatir, elle-même étant habituée à la solitude depuis son plus jeune âge. Heureusement, elle pouvait compter sur sa meilleure amie, Tatsuki, qui la veillait comme une mère pouvait le faire pour son enfant. Et puis, il y avait Ichigo, Chad, Uryû, Rukia ainsi que tous les autres de sa bande du lycée qui lui faisaient oublier à quel point son début de vie avait pu être triste. Son attention se reporta, de nouveau, sur Ulquiorra… Une âme aussi noire et tourmentée devait forcément avoir un passé. Un passé douloureux, comme le sien, certainement plus torturé encore.

Orihime trouvait à cet homme quelque chose de touchant, bien que de son avis, elle semblait ne jamais lui avoir inspiré autre chose que du mépris. Il était aussi d'une beauté à couper le souffle, et elle se mentirait si elle osait prétendre le contraire. Elle ne comprenait pas. Vraiment pas. Il était son geôlier, froid, apathique, l'opposé de son propre caractère. Elle ne pouvait pas éprouver de l'admiration, de la fascination, encore moins de l'attirance pour cet homme ! Et pourtant…

Astrae, quant à elle, se posait bien des questions. Cette humaine… comment pouvait-elle sourire et prononcer de tels mots en sa condition de captive ? N'était-ce pas les membres de son espèce qui la retenaient prisonnière de ce monde abject ? Non, à vrai dire, ce n'était pas les Arrancars qui étaient responsables de sa captivité. Si cela ne tenait qu'à eux, jamais l'humaine n'aurait mis un pied au Hueco Mundo, encore moins à Las Noches. Tout était de la faute de ce traître d'ex-Shinigami, qui, pour satisfaire ses désirs d'hégémonie, avait exigé qu'on lui apporte l'humaine aux pouvoirs "divins". D'une certaine façon, la jeune gardienne ne pouvait s'empêcher d'avoir pitié pour cette femme, qui semblait si douce et attentionnée. Bien qu'étant une âme issue de la noirceur des ténèbres, cela ne l'empêchait pas de ressentir de l'empathie. Arrachée de son foyer, de ses amis et de son monde pour être emprisonnée comme un vulgaire animal de laboratoire, quelle cruauté…

Elle savait pertinemment qu'une fois qu'Aizen en aurait terminé avec ses pouvoirs, il s'en débarrasserait comme d'un simple déchet. Ses plans ne permettaient aucun échec, les choses superflues n'y trouvaient pas leur place. Dès lors qu'on ne lui était plus d'aucune utilité, il trouvait le moyen de faire disparaître n'importe quelle chose obsolète. Pour lui, ses petits soldats, qui lui obéissaient aveuglement, ne valaient guère mieux que des objets qu'il plaçait avec stratégie. A chaque fois, il avait entre ses mains avides de pouvoir les meilleurs atouts, qui, une fois usés, étaient bons à remplacer par de nouveaux plus puissants. Toujours un tour d'avance. Cela le rendait plus terrifiant encore. Astrae ne se faisait que peu d'illusion sur le sort réservé à cette jeune femme. Malgré cette situation peu enviable, sa gentillesse et son courage forçaient le respect.

L'atmosphère dans sa cellule était différente de ce qu'Orihime avait pour habitude d'y ressentir. Il y avait quelque chose de doux et d'apaisant apporté par la présence de l'Arrancar. Ce sentiment s'effrita lorsqu'elle entendit, au loin, des bruits de pas qui s'approchaient.

« Ne t'inquiète pas, il ne te fera aucun mal. Il grogne plus fort qu'il ne mord, » la rassura-t-elle, non sans un petit rire étouffé.

Grimmjow était peut-être un Arrancar violent et bestial, mais il n'en était pas pour autant sadique. Son intérêt pour l'humaine était à la hauteur de sa dévotion pour Aizen -autant dire nulle. Il devenait impulsif et dangereux qu'à partir du moment où l'on osait bafouer son honneur ou renier son rang. Mais par-dessus tout, il perdait totalement le contrôle de son esprit lorsqu''il jetait sa dévotion sur la proie capable de réveiller le monstre destructeur qui sommeillait en lui. Rien ne l'excitait davantage que le goût métallique du sang dans sa bouche, ou de ses muscles raidis par de larges plaies taillées à vif dans sa chair, sans omettre l'odeur enivrante et la vue exquise de l'épuisement des corps après des heures d'affrontements. Rien n'était plus grisant que la douce ivresse des combats de laquelle il se laissait submerger et emporter. Non, Grimmjow ne ferait rien à Orihime, elle n'avait que trop peu d'intérêt à ses yeux si ce n'était la satisfaction de contrecarrer les plans d'Aizen en brisant son jouet.

Le bleuté marqua un temps d'arrêt devant la porte avant de laisser rentrer le serviteur qui s'inclina devant Astrae. A la vue d'Orihime, il se sentit gêné, et ses joues prirent quelques teintes de rouge. Sans un mot, il déposa l'assiette sur la table. Une part impeccable de gâteau était disposée en son centre. La même que la première qu'elle n'avait pu déguster. La jolie brune ne put s'empêcher de fixer Grimmjow, un sourcil arqué en voyant le serviteur.

« Quoi ? » grogna-t-il. « Tu crois qu'j'allais m'trimballer dans le palais avec une assiette de gâteau à la main pour tes beaux yeux ? »

Blasée, elle leva les yeux au ciel avant de secouer imperceptiblement la tête. L'Arrancar s'écarta finalement du lit d'Orihime, et la regarda s'asseoir au rebord de celui-ci.

« Mange cette pâtisserie, tu es faible. Tu en as besoin. Il me semble qu'il s'agit de quelque chose que vous appréciez, vous autres les humains. »

La concernée ne pipa mot, seul son estomac répondait à l'appel de la gourmandise qu'elle essayait de réprimer en enserrant son ventre de ses bras. Elle ne put retenir un faible sourire de gêne quant à la non maîtrise de son organe.

« Voilà qui est plutôt rassurant, » continua-t-elle en esquissant un sourire. « Prends tout le temps qu'il te faudra, on te laisse te reposer. »

A ces mots, elle quitta la pièce, le serviteur sur les talons qui rejoignait déjà les cuisines.

« Bon appétit… » ne put s'empêcher d'ajouter le félin avec ironie.

Durant un instant, elle fut happée par les mots et ce regard froid, sauvage qui lui provoquèrent un hoquet intempestif. De ses yeux argentés, elle suivait la démarche fière et nonchalante de cet homme patibulaire quitter sa sinistre prison. La porte claqua à sa suite, et comme à chaque fois, la serrure se verrouilla. Les deux Arrancars s'éloignèrent, pensifs. Astrae était toujours distante de quelques pas. Elle attachait de l'importance à ne pas se mettre à la même hauteur que l'animal. Une manière comme une autre pour essayer de flatter son ego, et de le rendre plus réceptif à ses demandes.

« Il y a quelque chose qui cloche. Je ne suis pas sûre que ce soit de bon augure… Son reiatsu était on ne peut plus banal, et ne subissait aucune fluctuation avant notre arrivée, pourtant elle était inconsciente. C'est étrange, tu ne trouves pas ?

- Ouais, pt'être… » maugréa-t-il tout en gardant pour lui les mêmes réflexions.


Des pas lourds et chancelants battaient le sol à toute allure, du sang se projetait sur le bitume à chaque enjambée, épuisant un peu plus le propriétaire de celui-ci. Hors d'haleine, Chad s'époumonait, et essayait de fuir aussi loin que ses jambes le lui permettraient. Sans vraiment réfléchir, il bousculait quelques piétons sur le trottoir tout en leur sommant de partir loin d'ici, de se mettre à l'abri. A son passage, il s'attirait les foudres des passants qui ne manquaient pas d'imagination pour l'insulter de charmants noms d'oiseaux. Partout où l'on pouvait l'apercevoir, ce fut pléthores de regards hostiles, de soupirs d'agacements contre cette jeunesse violente, insolente et décadente. Les habitants de Karakura dépourvus de pression spirituelle ne semblaient réaliser l'ampleur de la menace qui planait dans l'air, latente et pourtant bien réelle. C'est sans plus d'inquiétude qu'ils continuaient leur route sans considérer les recommandations de ce jeune garçon pour le moins étrange, aussi pâle qu'un linge, et qui semblait fuir la mort.

Un croisement se présenta à lui, il stoppa sa course quelques instants. A peine le temps de reprendre son souffle qu'il décida de continuer droit devant, afin de se diriger au plus vite hors des habitations pour protéger ses résidents.

Derrière lui, distant de quelques mètres, un mastodonte marchait paisiblement tout en riant à gorge déployée. Il se moquait ouvertement de la couardise dont semblait faire part son adversaire.

« Cesse donc de fuir, et viens te mesurer à moi ! »

Il ne savait combien de temps celui-ci resterait sans attaquer de nouveau. Le reiatsu du Hollow réduit au silence, il n'avait pu esquiver le coup de zanpakutô transversal, qui lui avait lacéré du haut de son épaule droite jusqu'au bas de son mollet gauche. Attaqué en traître sans rien avoir eu le temps de voir venir, il lui avait était impossible d'esquiver. Initier un combat avec une entité maléfique aussi puissante, en plein centre-ville, s'avèrerait être une véritable catastrophe. Coûte que coûte, il devait éloigner cette ordure de la masse humaine qui abondait encore dans les rues. Sans écouter la douleur de sa large entaille, Chad s'était élancé en fuyant le combat. Il ne se battrait qu'à partir du moment où il serait sûr qu'aucun humain ne pourrait être victime des retombées de leurs attaques.

Agacé par cette fuite, qui durait depuis quelques minutes déjà, le Décima entreprit un sonido qui l'emmena directement à hauteur du fuyard. Celui-ci écarquilla rond les yeux de surprise. Sans plus de cérémonie, l'Arrancar décocha un coup de poing phénoménal qu'il envoya directement dans le flanc de son adversaire. Le jeune homme, par la force de l'impact, fut projeté contre le mur d'un bâtiment désaffecté. Des gravats s'écroulèrent sur son corps endolori dans un fracas assourdissant. Un grand nuage opaque de poussière se souleva, et obscurcit rapidement le ciel de la ville de Karakura. Puis le silence précéda l'effondrement. Yammy le brisa en pestant de rage.

« Bah quoi ? Déjà ? Tss… minable ! »

Avec nonchalance, l'Espada se posta devant le tas inerte de débris. Celui-ci toisait l'éboulis avec dédain, déçu de ne pas avoir pu s'amuser davantage. Peut-être aurait-il mieux fait de tempérer sa force ! En plus, il était persuadé qu'Ulquiorra le sermonnerait pour avoir cédé à ses pulsions. S'il devait se faire fustiger, il aurait au moins apprécié en tirer une quelconque satisfaction, mais rien. Rien du tout. Cette brève altercation lui avait laissé un goût bien amer dans la bouche, comme une sensation d'inachevé. Cela s'était avéré aussi ridicule qu'inutile. Il haussa les épaules, résigné, et fit demi-tour pour rejoindre son acolyte dont il devrait subir les reproches.

Quelques gravats dégringolèrent du tas, et roulèrent jusqu'au pied du Hollow qui stoppa son avancée. En les identifiant, son sourire ne put s'empêcher de retrouver sa place sur son visage graveleux. C'est alors que Chad se désincarcéra des vestiges de l'ancien mur en pierre.

« T'es pas mort ? » railla le Décima, sentant le reiatsu du jeune homme exploser.

Lorsque le monstre se retourna, il fut étonné par la nouvelle apparence de l'humain. Un large bouclier noir aux motifs rouges avait remplacé son bras droit. L'autre, musclé mais plus banal, était de couleur blanche avec des ornementations rouges, certainement la base de son pouvoir offensif. Lors de leur première confrontation, son bras armé, bien que présentant les mêmes couleurs, n'avait pas ce grand bouclier. D'ailleurs, il lui avait été très facile de le briser.

« Tu as progressé depuis la dernière fois ! Tant mieux, je vais enfin pouvoir m'éclater ! »

A ces paroles, il fit craquer ses cervicales, lentement, sous le regard inflexible de l'humain dont les habits étaient déjà maculés de sang. Sa manœuvre achevée, il le fixa renfrogné, son habituel rictus semblait avoir quitter son visage grossier.

« Tu causes pas beaucoup toi ! »

Les lèvres de Chad ne se desserraient toujours pas, il ne faisait que jauger son adversaire sans amorcer le moindre mouvement. Il inspectait l'allure monstrueuse de cet Arrancar démesurément grand et robuste. A leur première confrontation, il lui avait broyé le bras avec une telle facilité... Le lycéen s'était depuis endurci et avait pris de l'assurance. Se mesurer de nouveau à cette montagne ne l'effrayait pas, bien au contraire. Après des journées éreintantes d'entraînement, Kisuke Urahara l'avait aidé à développer de nouvelles capacités et à amplifier ses pouvoirs. Yammy souffla, amusé, avant que ses joues ne soient déformées par une grimace moqueuse.

« T'as raison, pas b'soin de parler pour se faire démolir… »

A peine eut-il terminé sa phrase qu'il lança, de ses poings serrés -comme s'il donnait des coups-, de puissantes boules lumineuses, les unes à la suite des autres, à une rapidité ahurissante. Chad put de justesse placer son bouclier face à lui afin de se protéger des rafales. Ses muscles contractés, il luttait contre les puissantes déflagrations. Chaque fois qu'une de ces balles explosives percutaient son bras défensif, il glissait un peu plus sur le sol. Il s'agissait d'une véritable déferlante d'énergie spirituelle que Chad eut de plus en plus de mal à encaisser. Les attaques de ce monstre ne souffraient d'aucune perte d'intensité, il était bien déterminé à faire flancher cette cuirasse résistante. Cela ne durerait pas éternellement, et l'humain savait pertinemment qu'il fléchirait le premier s'il ne trouvait pas une solution au plus vite.

Il rassembla ses forces, et serra les dents si fort qu'il eut l'impression que sa mâchoire allait exploser sous la pression. Afin de libérer son énergie, et rivaliser contre ces balles détonantes, il poussa un hurlement rauque et sonore qui sembla provenir du tréfonds de son âme. Il s'élança en courant, bouclier toujours en position pour maintenir sa protection. Derrière celui-ci, il serra son poing libre à s'en exploser les jointures, faisant taire la douleur de sa blessure dorsale. Surpris par le cri, Yammy cessa un instant sa salve d'attaque afin de se concentrer sur ce qui était en train de se passer. Il n'eut que peu de temps pour analyser la situation que déjà l'humain était face à lui. D'un saut, il prit de la hauteur, arma son bras et lui décocha, en plein visage, un coup de poing phénoménal.

L'Arrancar fut projeté avec violence contre l'asphalte, qui, à son passage, s'ouvrit en sillon comme si l'on pouvait labourer de la terre meuble. Au bout d'une certaine distance à creuser le bitume, son corps s'immobilisa, encastré dans la roche. Le jeune homme, quant à lui, soufflait bruyamment, exténué par les décharges d'énergie et la libération de sa propre attaque. De la sueur s'écoulait de son front, de ses tempes, mais également de sa nuque. Quelques gouttes ruisselèrent le long de sa colonne vertébrale pour venir atteindre sa large entaille. Par la pression exercée sur son corps et la contrainte de l'attaque, sa plaie ne faisait que s'élargir. Du sang se répandit rapidement à ses pieds. Il eut envie de se laisser tomber à genoux, mais n'en fit rien. Pas tant qu'il ne serait pas certain d'avoir mis hors d'état de nuire cette ignoble créature.

Le visage complètement tuméfié, ses épaules pressées en avant et le cou rentré entre elles, Yammy était comprimé dans le granit. En libérant par la violence sa pression spirituelle, il se désincarcéra avec rage, faisant exploser sur un large périmètre circulaire le bitume qui s'effondra sous la pression. Ses vêtements d'Espada étaient déchirés par endroit, dévoilant des muscles tous plus gonflés et tendus les uns que les autres. L'apparence de son visage avait clairement changé, il se dégageait quelque chose d'encore plus terrifiant. La colère bouillonnait en lui, son sang frappait la paroi de ses vaisseaux qui apparurent à la surface de sa peau. Son regard était dur, recouvert d'un voile noir de fureur. Il concentra sa salive dans sa bouche tout en passant la langue sur ses dents. Sans tarder, il expulsa des glaires teintées de rouge, devant le lycéen abasourdi.

L'attaque… C'était l'attaque la plus puissante que je pouvais envoyer et… et il n'a rien de plus que quelques ecchymoses ? C'est impossible… Je… Non… Une peur irrépressible s'empara de son être, il n'avait plus assez d'énergie, plus assez de force. C'était à peine s'il tenait debout.

« T'aurais pas dû, gamin ! » gronda l'autre prêt à imploser.

De puissantes décharges d'énergie s'échappaient de ce colosse. Celui-ci poussa un hurlement rauque avant de finir par laisser éclater son reiatsu. Une aura rouge flamboyante, nourrie par la haine et la rage, brûlait tout autour de son corps. Chad fléchit le genou par la pesanteur qui s'abattait sur ses épaules. Il ne put esquisser l'ombre d'un mouvement, ayant l'impression que son corps, dans sa globalité, pesait une tonne. C'est tout juste s'il avait la force de lutter pour ne pas s'écraser contre le sol, face contre terre. La douleur se lisait sur son visage crispé. Afin de mieux résister, ses yeux s'étaient clos, et tous ses muscles répondaient à l'appel de ses fibres pour ne pas céder, aussi affaiblies étaient-elles. Seulement, dans sa lutte contre la gravité, son attention s'était relâchée. Il n'entendit pas le mastodonte arriver à sa hauteur pour lui rendre son coup de poing destructeur. L'humain sentit l'impact violent des métacarpes contre ses côtes. Son souffle fut coupé net, et ses pieds décollèrent du sol. Rapidement, il se retrouva dans l'espace aérien à planer sur le dos, fendant l'air à une vitesse folle. Sa course ne s'acheva que lorsque le mur d'un entrepôt freina sa progression. Sous le choc du contact, le mur en béton s'effondra.

Yammy ne perdit pas de temps, et s'avança jusqu'au point de chute, d'un sonido. Sa bouche grande ouverte, il chargea un cero rouge qu'il projeta sur les décombres afin d'avoir l'humain à portée de main. Les morceaux de béton se pulvérisèrent et devinrent poussière par la force du souffle. Bientôt, il ne resta plus qu'un corps inerte ayant perdu sa forme de combat. Ce n'était rien de plus qu'un vulgaire humain. Il gisait à même le sol, sur le dos, dans une mare épaisse de sang. L'Espada s'approcha, et se pencha en avant pour se saisir fermement de sa cheville dont les os de l'articulation craquèrent avant de céder. Sans pitié, il le traîna sur le sol ne faisant pas cas des divers obstacles sur le passage qui le blessèrent davantage.

« Mieux aurait valu pour toi que ton attaque me tue sur le coup. »

Des traces de sang s'étiraient sur le sol au fur et à mesure de sa progression. Inconscient, les muscles du corps de Chad étaient complètement relâchés et ceux de sa nuque ne lui apportaient aucun soutien. Sa tête balançait de droite à gauche suivant l'impact des roches et débris qui jonchaient le sol.

« J'suis désolé pour toi, p'tit gars, mais tu aurais dû me mettre K.O dès le départ si tu voulais avoir une chance de me battre. Je dois quand même avouer que tu as pas mal progressé, ça fait plaisir à voir, mais t'aurais vraiment pas dû m'énerver. »

C'est sans difficulté que le mastodonte traînait Chad par sa cheville brisée comme l'on pouvait manipuler un pantin démantibulé. Ses bras avaient retrouvé leur forme originelle et ballottaient négligemment au-dessus de sa tête, tout en se recouvrant du sang laissé par les traces de frottement. Une fois sorti des vestiges de l'ancien entrepôt, le Décima stoppa sa marche macabre, et enjamba le châtain qui se retrouva entre ses deux pieds. De sa hauteur, Yammy inspectait les traits de l'humain, un filet de sang s'échappait de sa bouche entrouverte. Il devait probablement avoir les côtes fêlées voire brisées puisque sa cage thoracique était légèrement enfoncée. Il inclina le buste au-dessus du corps pour l'examiner de plus près, et sourit follement. Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'il ne prenne le poignet droit de l'humain, pour le soulever dans les airs. Sous sa poigne d'acier, le corps de Chad se redressa mollement, les yeux toujours clos. Il n'était qu'une chose fragile et flaccide, à la merci d'une créature sans scrupule. De sa main libre, l'homme tapota la garde de son zanpakutô. Il secoua la pauvre chose prise au piège de ses doigts épais, afin de la faire réagir. Aucune réaction ne fut à observer si ce n'était les mouvements ondulatoires de son corps flasque dans le vide.

« Me semble que t'auras plus b'soin de ça ! »

Il empoigna alors son katana et trancha net, sans hésitation, le bras de l'humain qui se détacha sans difficulté. Le reste de son corps retomba lourdement au sol. Du sang affluait de la blessure au rythme de ses faibles pulsations cardiaques pour se répandre à même le sol. Le sourire de l'Arrancar s'élargit, il jeta négligemment le membre sectionné au loin. Son buste s'inclina de nouveau en avant, il enroula ses doigts autour de son autre poignet, et le souleva de la même manière. Encore une fois, Chad décolla du sol, ses pieds ne touchaient plus terre. Le tonus de sa nuque relâchée lui fit pencher mollement la tête en avant, cachant l'expression de douleur qu'il portait sur le visage bien qu'inconscient. Quelques mèches de ses cheveux collaient à ses joues et à son front par un mélange infâme de boue et de sang. Ses lèvres entrouvertes ne purent retenir un filet épais de salive mêlé de rouge, qui s'écrasa sur les chaussures noires de son bourreau. La plaie de son bras arraché coulait sur son flanc sans avoir le temps de coaguler.

« Un dernier mot ? »

Après cette demande, un silence de mort régna.

« Dommage… »

Le monstre positionna délicatement son zanpakutô sur la poitrine du jeune homme, à l'endroit même où son cœur battait faiblement. Il s'amusait à tourner la pointe sur la peau de son torse sans pour autant l'endommager. Cette manœuvre était nécessaire pour visualiser l'endroit à transpercer, et ainsi le tuer sur le coup. Son bras prit du recul, et il finit par donner une rapide et brève impulsion.

Au moment où la lame allait déchirer la chair de l'humain, son mouvement fut bloqué net. Stupéfié, il ne comprit pas de suite pourquoi la peau de cet homme résistait à la perforation. Doucement, il laissa ses yeux glisser le long de son arme, et fut sidéré de voir une main d'une extrême pâleur enserrer avec force le tranchant de son katana. Ses yeux glissèrent ensuite le long du bras, remontèrent sur l'épaule, et s'attardèrent quelques instants sur le visage impassible, ainsi que sur les yeux mornes d'un vert perçant, qui le dévisageaient avec flegme. Yammy relâcha alors la pression, et libéra de son étreinte, l'humain qui tomba une deuxième fois lourdement à terre. Le ténébreux desserra les doigts de l'acier, lâcha prise tout en abaissant le zanpakutô de cet idiot. Il tourna les talons sans même adresser un regard au déchet qui se vidait de son sang. Ses mains rejoignirent les poches de son hakama comme si la situation était des plus banales, et il commença à s'éloigner.

« Rentrons.

- Je…

- Tu en as assez fait.

- Mais Ulquiorra, je…

- Tu répondras de tes actes devant Aizen-sama, inutile de te justifier face à moi. »

Yammy rengaina son arme, et prit le chemin qu'empruntait son camarade préférant se taire que de continuer à essayer de se justifier. Il se savait coupable, et venait d'être pris en faute alors il obtempéra malgré lui. C'est boudeur qu'il tourna son visage gonflé et tuméfié en direction de son pantin démembré. Il souffla d'agacement de ne pas avoir pu achever son travail. Son regard se reporta sur Ulquiorra qui avait déjà ouvert un garganta. Celui-ci attendait devant le portail que Yammy daigne le rejoindre.

La nuit était tombée sur Karakura, enveloppant la ville de son doux et frais linceul d'obscurité. Les lumières de la ville réverbéraient au loin. L'activité humaine cessait progressivement pour laisser sa place à un calme apaisant. Le vent frais s'était levé, ce qui agitait doucement les branches des arbres dans un faible bruissement de feuilles. Les oiseaux ne chantaient plus, nichés dans leur nid douillet, loin de ce remue-ménage. Le silence soulageait l'Espada de la désolation qui s'en délectait sans le montrer. Le repos fut de courte durée puisque deux pressions spirituelles ne tardèrent pas à venir à leur encontre. Utilisant le shunpo, Ichigo arriva sur le champ de bataille, suivi de près par Uryû et son Hirenkyaku. Les yeux ambrés du rouquin se posèrent avec horreur sur son ami gisant au sol, le bras arraché. Il se détourna rapidement de cette image pour porter son regard sur les deux Espadas, côte à côte.

« Enfoirés ! » hurla-t-il de toutes ses forces.

Sans réfléchir, il passa avec hargne la main sur son visage, de haut en bas, tout en poussant un nouveau hurlement particulier et distinctif de sa transformation en Hollow. Un masque blanc avec des ornementations rouges apparut sur son visage. Yammy pénétra dans la déchirure dimensionnelle après l'ordre d'Ulquiorra. Celui-ci, face à Ichigo, était distant de plusieurs dizaines de mètres, et détaillait avec impassibilité sa nouvelle apparence forte étonnante.

« Intéressant. »

Un nouveau hurlement du Hollow d'Ichigo se fit entendre avant qu'il ne fonce tête baissée dans le tas. Uryû, quant à lui, se précipita sur Chad après s'être remis du choc de cette vision d'horreur afin de lui prodiguer les premiers soins. Ayant vu ce qu'il y avait à voir, le ténébreux tourna les talons pour se retrouver dos au Shinigami alors que celui-ci était en train de charger. Excédé et ayant dépassé le corps de Chad, le rouquin arma sa lame tout en continuant de courir, et concentra son énergie qui s'épaissit autour de lui. Elle devint presque étouffante.

« Getsuga … Tenshô ! » cria-t-il en portant les deux mains sur la garde de Zangetsu pour donner plus de puissance à son attaque.

Une vague noire d'énergie dense et opaque, enveloppé d'une aura rouge, déferla en direction de l'Espada qui était encore de dos. Tout en maintenant sa position, il tendit le bras en arrière, et stoppa le Getsuga de la paume, sans même y jeter un regard. Le faisceau se scinda, s'évapora dans l'air avant de mourir dans le creux de sa main.

« Pitoyable. »

Il marqua une pause, Ichigo continuant sa progression, bien décidé à venger son ami.

« Occupe-toi mieux des amis qui te restent avant de t'imaginer m'affronter. »

Que venait-il de dire ?! Ces paroles le stoppèrent dans son élan, il déposa alors lourdement la pointe de son zanpakutô au sol. S'occuper mieux de ses amis ? Il parlait de Chad, mais... également d'Orihime qu'il n'avait pu protéger ? Son cœur manqua un battement en pensant à l'humaine qui devait côtoyer continuellement ces êtres abjects et dénués de tout sens moral. A en juger par l'état de son ami, elle devait actuellement vivre un enfer et souffrir terriblement, mutilée par ces créatures. Ulquiorra pénétra le tunnel distordu et consentit enfin à jeter, par-dessus son épaule, un regard acerbe qui fit frissonner d'effroi le Shinigami.

« L'humaine ne t'appartient plus. Elle est la propriété d'Aizen-sama. Oublie-la si tu tiens un tant soit peu à ta vie, et à celle de tes amis. Elle est des nôtres aujourd'hui, et elle vous a trahis en son âme et conscience. Sois en convaincu. Tu n'es plus rien à ses yeux qu'une cible à abattre. Tu ne la possèdes plus, et tu ne la reverras jamais. Fais-toi une raison, Shinigami. »

A ces mots tranchants comme des lames de couteaux, le garganta se referma sur les deux âmes maléfiques. Comme seule image imprimée au fond de ses yeux ambrés ce fut ceux pénétrants et terrifiants de ce monstre surpuissant qui le regardait avec déférence. Ichigo souffrait, non pas physiquement, mais son âme hurlait de douleur. Une fois leur présence évaporée du monde terrestre, il se laissa tomber au sol, à genoux. Impuissant. Son visage était pâle et déconfit, son regard plongé dans le vide.

Orihime… ce… ce n'est pas possible. Il ment… il ne peut pas… Il ne peut pas avoir dit la vérité… Je n'y crois pas... C'est impossible…

Ses oreilles bourdonnaient comme si elles venaient de subir le souffle d'une puissante déflagration. Tout se bousculait dans son esprit, ses pensées devenaient incohérentes. Sous le choc, les yeux grands ouverts, il tourna lentement la tête en direction de Chad qui se vidait de son sang. Uryû, paniqué, reposait à genoux dans une flaque pourpre. Il déchira un pan de ses vêtements pour faire un rapide garrot autour de l'épaule de son ami, afin de limiter la perte de liquide vital. Une fois celui-ci positionné, le Quincy reporta son attention sur Ichigo, et lui hurla des mots qu'il n'entendait pas, son visage défiguré par les cris. La seule chose perçue par le rouquin était le corps de son ami en train d'agoniser, qui vivait probablement ses derniers instants. Les gants blancs du brun étaient tâchés d'hémoglobine. Son visage ainsi que les verres de ses lunettes portaient également des traces de souillure. De forts vertiges étreignirent le Shinigami sans qu'il ne puisse rien y faire, l'envie de vomir lui prit les entrailles. Uryû s'époumonait, mais il n'entendait pas ses mots.

Alors qu'il était dans le vague, perdu dans les méandres de son esprit, deux fines mains lui agrippèrent les épaules avant de le secouer doucement. Il se laissa manipuler sans décrocher le regard du visage de Chad. Sa tête se balançait de haut en bas par les secousses. Voyant que la manœuvre était inefficace, les doigts resserrèrent leur emprise sur ses épaules, et amorcèrent des mouvements beaucoup plus violents. Une voix féminine parvint jusqu'à ses oreilles, et il réussit à s'arracher avec peine de cette vision d'horreur. Il reporta son regard sur les yeux dorés, teintés d'inquiétude, de la jeune femme qui essayait de lui remettre les idées en place. Peu après, il vit Kisuke Urahara, le visage contrit, arriver en trombe, suivi de près par Tessai Tsukabishi qui ne prêta pas attention à lui, et se précipita directement auprès de Chad. La jeune femme au teint mat, et à la chevelure prune ne cessait de le secouer pour le faire revenir à lui, mais elle ne vit rien de plus que du vide dans ses yeux sans éclat. Elle criait pour qu'il l'entende, mais son esprit semblait déconnecté de la réalité.

Comment… Comment est-ce possible…


Vous allez bien ? Vous êtes encore vivant et avez réussit à tenir ce si long chapitre ? Vous voulez me tuer parce que je suis trop cruelle ?

Justification : *c'est-pas-moi-c'est-l-horrible-Yammy-qu-à-tout-fait* En plus, je me suis fait emporter par des musiques de combat assez sombres alors avec ce coktail explosif, ça a donné... ça !

Malgré tout, j'espère que la lecture vous aura tout de même plu et que vous vous êtes "amusés" au moins autant que moi à l'écriture !

N'hésitez pas à me laisser une petite trace de votre lecture, ça me fait toujours plaisir et me motive !

J'ai modifié le nom de cette chère Astrae ! Il sonnait un peu trop japonais pour une Arrancar !

Bises et à bientôt, votre Farouche !