Bonjour à tous !

Je vous livre, ici, un chapitre un peu plus calme que les précédents, on ne peut pas être dans l'action à 100%, vous finiriez par vous y habituer, ahah. En plus, je préfère vous faire souffler par mesure de précaution, sait-on jamais !

Comme d'habitude, je m'excuse pour ma nouvelle vitesse de croisière, qui, je l'espère ne vous incommodera pas trop. Sachez, en tout cas, que je fais de mon mieux et que j'essaie de raccourcir au minimum la durée de parution. La semaine prochaine débute mes stages, je ne sais pas vraiment si j'aurai plus de temps, mais je pense que le rythme de travail sera moins pénible et donc j'espère pouvoir me mettre plus assidument à l'écriture.

Vivi6 : Je te remercie grandement pour m'avoir laissé un commentaire, ça me fait très plaisir de voir que ma fiction plait et ça me motive ! A chaque commentaire, je me prends une piqure de boost phénoménal ! J'espère que la suite te plaira tout autant. En ce qui concerne Orihime, je te laisserai découvrir par toi-même ! ;)

Quoi qu'il en soit, après tout ce blabla, je vous souhaite, comme à chaque fois, une bonne lecture !


Une silhouette longiligne errait dans les couloirs impériaux de la forteresse du Hueco Mundo. De ses yeux plissés, elle sondait le sable présent dans l'immense cour du palais qui s'étendait à perte de vue. Bien que les rayons lumineux du soleil artificiel baignaient ce qui ressemblait à s'y méprendre à l'extérieur de Las Noches, ils ne remplaçaient pas ceux réchauffant du véritable astre qu'il avait l'habitude de côtoyer à la Soul Society. C'est pensif que cette silhouette masculine se laissa porter par le fil de ses songes. Cela ne l'enchantait guère de se retrouver dans un tel endroit, loin de la seule personne à laquelle il tenait un tant soit peu. Feinter sa dévotion des siècles durant pour cet homme aussi détestable n'était pas chose aisée. L'on pouvait même affirmer qu'il s'agissait d'un effort particulièrement harassant, mais il se devait de le faire. Pour Elle. Parce qu'il s'était promis de la venger. De lui rendre ce qu'elle s'était fait dérober en toute impunité, il y a de cela de si nombreuses années. Sagement, il attendait le moment propice qui lui permettrait sans faille possible de faire regretter amèrement à cet homme de l'avoir prise à partie et arracher, dans la douleur, ce qui lui était de plus intime. D'avoir osé lever la main sur son visage ainsi que sur son corps innocent.

Comment supporter de vivre quotidiennement aux côtés de l'homme qui hantait le passé de la femme qu'il estimait plus que sa propre vie ? Cette déesse, au charme volubile et aux formes particulièrement généreuses et harmonieuses, était la seule personne dans ce bas monde à être immunisée contre le venin nocif que répandait ce serpent craint de tous. Jamais il ne pourrait faire de mal à ce visage si délicat et à ce corps si sensuel qui suscitait en lui un vif désir. Pour rendre ce qui lui avait été dérobé, peu lui importait d'être perçu aux yeux de tous comme un traître. Quiconque se mettrait en travers de sa route le paierait de sa vie. Sa propre existence étant mise entre parenthèses depuis cet instant marqué au fer rouge dans sa mémoire. Il ne vivait que pour le moment où sa Splendide Magnificence irait rejoindre le feu incandescent des enfers.

Le jour où cette vermine suffisante tombera de son trône de cristal, il sera là. Lorsque la tête de cet imposteur roulera jusqu'à ses pieds, tranchée par la lame de son zanpakutô, il sera là pour s'en délecter. Le jour où cette pourriture rendra son dernier souffle, ce sera le plus heureux de son existence.

Voir dans son regard la détresse, l'humiliation ressentie par ce sentiment de trahison lui donnera le sourire le plus éclatant qu'il n'aura jamais esquissé. Probablement le plus sincère. Enfin le voile sur ses actes tombera, et seulement à ce moment, il pourra revenir auprès d'Elle. Pour lui rendre cette lueur qui avait quitté son corps depuis son enfance.

Jamais plus tu ne verseras de larme… Une promesse qui jamais ne s'étayera à moins de rendre l'âme. Il était bien résolu à ce que cela n'arrive pas, du moins, pas avant qu'il ne massacre ce mégalomane hautain et imbu de lui-même. Ce n'étaient pourtant pas les opportunités qui manquaient pour renverser ce despote, mais jamais, dans ses fibres, il n'avait ressenti qu'il s'agissait du moment tant attendu.

Le regard posé sur les grandes dunes de sable, il songeait tout en laissant son esprit vagabonder. Pour une fois, son sourire perfide n'étirait pas ses fines lèvres. Porter ce masque mielleux continuellement sur le visage était éreintant et nécessitait une attention de tous les instants. Seulement, lorsqu'il était seul, et qu'il se savait en dehors du radar de son actuel supérieur, il se permettait de courts instants de flottement où il pouvait relâcher ses efforts.

« Gin-sama ? »

Cette voix écrasée, à peine audible derrière lui, le fit revenir d'entre ses songes. Il souffla imperceptiblement en jetant un dernier regard à ces larges étendues sablonneuses. S'arrachant de cette vision, il se retourna, et arborait un des plus splendides rictus dont il avait le secret, mettant mal à l'aise la personne qui avait osé l'interpeller. Un silence oppressant s'installa. L'argenté ne quitta pas, de ses paupières plissées, le visage apeuré de la femelle Arrancar mal assurée qui se tenait face à lui.

« Excusez-moi de vous déranger… » se sentit obligée de continuer la jeune femme devant le mutisme de ce serpent fallacieux. Elle déglutit avec peine et reprit : « Maître Aizen vous requiert. »

« Menoly ! Comment se porte ton amie ? » persifla-t-il tout en ignorant superbement la raison de sa présence.

L'Arrancar baissa les yeux au sol. Bien qu'elle ne voyait pas ceux de l'argenté, elle ne pouvait maintenir son regard maintenu sur ses traits. Plus brefs étaient leurs échanges, mieux elle s'en portait. La peur d'être empoisonnée par l'aura venimeuse qui se dégageait de ses pores la pétrifiait. La blonde redoutait les shinigamis plus que n'importe quel membre de son espèce.

« Elle s'en remettra, je suppose… » dit-elle après un long silence, sa voix baissant d'intensité à chacun de ses mots.

Le sourire de l'ancien capitaine de la troisième division s'élargit un peu plus, avant qu'il ne prenne la direction de la salle du trône. Il se délectait de la terreur qu'il insufflait aux autres, mais plus particulièrement de celle instillée aux sujets de ce roi autoproclamé.

« Tu lui souhaiteras un bon rétablissement de ma part ! »

Tout en levant une main à hauteur de ses épaules, son corps svelte dans son uniforme ample disparut entièrement, englouti par les ténèbres de ces grands dédales.

Aizen Sôsuke avait bien des raisons de se méfier de ses hommes, particulièrement de l'enfant qu'il avait pris sous son aile depuis ses débuts de shinigami. Comment pouvait-il en être autrement ? Il l'avait vu de ses propres yeux abattre de sang-froid un de leur acolyte, alors qu'il n'était encore qu'un enfant, et ce, avec un aplomb à glacer le sang. Jamais il n'avait manifesté quelconques revendications, il suivait sans jamais broncher. Il lui disait, son bras droit lui obéissait, non sans son air sarcastique qui le talonnait comme son ombre. Comment pouvait-il avoir confiance en cet homme ? Qui ne demandait rien d'autre que de faire partie de son armée, et dont la lueur de ses iris lui était encore inconnue. Au fils des années, il n'avait jamais laissé transparaître d'autres émotions que son habituel ton doucereux rempli de fausses politesses nauséabondes…


Le temps semblait s'être suspendu dans l'air. Les secondes s'égrenaient une à une, avec lenteur, comme retenues par un mal indicible. Plus aucun son ne perçait l'atmosphère oppressante, les rayons ternes de la lune avaient remplacé ceux éclatants du soleil. Sous les yeux d'Ichigo, le paysage semblait figé comme peint sur une toile sinistre sans vie ni âme. Influencer sur son environnement lui semblait être une chose impossible. Il n'était que l'observateur passif de ce dégradé sanglant et obscur. Son cerveau, après la disparition des deux âmes malfaisantes, s'était automatiquement mis en veille pour le protéger de la rudesse de cette représentation macabre. Yoruichi avait cessé de crier, mais essayait encore de le ramener sur terre. Elle eut toutes les difficultés pour capter son attention, mais à force de s'échiner, il lui sembla qu'il réussit enfin à revenir de son long périple intérieur.

« Ichigo…Que s'est-il passé ? »

Au fond de son regard terne et confus, elle pouvait percevoir cette lueur qu'elle lui connaissait bien refaire petit à petit surface. D'abord un faible éclat presque indécelable, puis un reflet imprégnant, dans la globalité, ses iris d'une infinie tristesse. Avec horreur, il prit conscience de son état de faiblesse face à cette situation cauchemardesque. C'est alors que la souffrance laissa rapidement sa place à un sentiment grandissant de rage. Lorsqu'il eut retrouvé l'intégralité de cette flamme qui brûlait au fond de son être, il reporta son attention sur la jeune femme, et la fixa avec aigreur. Les traits de son visage se durcirent, sa mâchoire se crispa. D'un bond, il se releva, manquant de peu de la faire basculer en arrière.

« Ichigo ! Réponds-moi ! » ordonna-t-elle tout en se redressant.

Sans lui adresser la parole, ni même lui accorder la moindre attention, il se précipita auprès de Chad, mais fut entravé dans sa progression par Uryû. Le rouquin essaya de se dégager avec brutalité de l'étreinte de son ami qui eut de plus en plus de mal à le canaliser.

« Ichigo ! Arrête !

- Laisse-moi ! » s'emporta ce dernier.

« Tessaï fait tout ce qu'il peut pour le sauver. Tu ne dois pas intervenir ! » finit par brailler le Quincy, à bout de souffle.

A ces mots, Ichigo abandonna toute résistance. Kisuke, non loin de là, observait la distorsion de la faille laissée par les deux Hollows. Il se retourna, le visage assombri, et avança auprès des deux jeunes humains. L'élégante femme aux cheveux prune s'approcha elle aussi, prête à reformuler sa question. L'homme au bob leva doucement la main pour la freiner dans son élan. Les sourcils froncés sur ses yeux dorés, elle se ravisa, contrariée.

« Nul besoin de les brusquer. Laisse-les récupérer, on leur posera les questions en temps et en heure. Quoiqu'il en soit, on peut remercier Uryû pour avoir stoppé l'hémorragie, malheureusement… J'ignore si cela sera suffisant pour le maintenir en vie… »

Effectivement, le Quincy avait eu les bons réflexes qui pourraient s'avérer décisifs pour l'avenir de leur ami. Tessaï avait rapidement pris son relais, et l'avait enveloppé d'une aura lumineuse afin qu'il ne perde pas davantage de sang. La médecine surnaturelle des Shinigami, exercée par leur Kido de soin, était reconnue comme étant plus efficace que celle du monde des humains. Seulement, une fois sur place, le Maître du Kidoshu eut de sérieux doutes quant à ses capacités de guérison. L'aura noire et nauséabonde de la plaie purulente empêchait la cicatrisation rapide de son épaule. Le mal semblait vouloir prendre possession de son corps, comme un venin putride s'insinuant dans ses artères. Déjà les tissus autour des différentes lésions commençaient à se nécroser. Malgré tout, Tessaï en avait habilement empêché la propagation. Le bras de l'humain, tranché par le zanpakutô du Hollow, commençait à se décomposer par la même putréfaction, et ne put lui être recousu. Fort heureusement, le sang s'était arrêté de couler par le garrot qui lui comprimait les vaisseaux et le sort qui contenait le peu de liquide qui restait à l'intérieur de son corps inconscient.

Chad avait perdu énormément de sang. Bien trop. De nombreuses contusions étaient à soigner, si bien, que Tessaï fut dans l'incapacité d'évaluer lesquelles étaient à placer en priorité. Tout en gardant le corps du malheureux recouvert d'un voile bienfaiteur, la montagne de muscles le prit à bout de bras, sans en avoir l'air peiné. Il souhaitait l'éloigner et l'amener dans un endroit où il pourrait essayer de le guérir, à l'abri des regards indiscrets. Dans ces décombres, il ne pouvait se concentrer et s'abandonner aux pouvoirs de son Kidô sans risquer d'être aperçu par un humain. Autour d'eux, ce n'était plus qu'un champ de ruines, et ils ne tarderaient pas à intervenir sur les lieux, alertés par ce chaos. Sans compter sur les créatures qui pouvaient revenir à tout moment pour achever leur sombre besogne.

C'est d'un pas pressé, utilisant le shunpo, sa charge dans les bras, qu'il se dirigea aux magasins Urahara. Ce dernier, avec Yoruichi, préféra rester sur place pour assurer la sécurité des habitants. Il continuerait ainsi à étudier les précieuses particules du garganta qu'il était, actuellement, dans l'incapacité de recréer. Les deux humains, quant à eux, suivirent de près les traces de ce colosse. Arrivé rapidement devant le bâtiment, Tessaï s'empara d'une pièce avec un lit où il disposa doucement l'homme inconscient. Avant qu'Ichigo ne pénètre dans la salle, il lui somma de rester en retrait.

« J'ai besoin d'être seul. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le ramener, même si pour cela, je dois y passer la nuit entière. »

Ichigo obtempéra docilement, et resta devant la porte close où son ami agonisant reposait.

Quelques heures après l'attaque s'étaient écoulées, et le Shinigami ne pouvait s'empêcher de se ronger les sangs. C'était un véritable supplice que d'attendre, complètement impuissant. Si seulement ils ne s'étaient pas séparés… Rien de tout cela ne serait arrivé.

Il attendait la mort dans l'âme, prostré contre le mur de la pièce. Avec nervosité, il triturait et contorsionnait ses doigts. Les secondes défilaient lentement, et semblaient s'étirer à l'éternité. Cela n'en finissait pas. Le rouquin avait bien du mal à tenir en place. Tantôt il se levait, marchait en rond, faisant les cent pas comme un lion en cage. Tantôt il se rasseyait, abattu, la tête enfouie dans le creux de ses bras. Les neurones en vrac, il lui était difficile de savoir quel comportement adopter face à cette situation.

Uryû, assis en tailleur sur l'un des coussins verts disposés dans la salle, ne bougeait pas. Son visage était neutre, lui aussi attendait, mais de manière plus tempérée que la pile électrique incapable de rester en position. Pour une fois, il prit sur lui pour ne pas s'agacer contre son ami, et éviter de lui faire des remarques désobligeantes. Ichigo se leva une nouvelle fois. Il se rapprocha d'une grande porte en bois derrière laquelle il pouvait entendre des murmures, et sentir deux pressions spirituelles vaciller aux rythmes d'incantations prononcées dans une langue inconnue. Excédé, il voulut faire coulisser la plaque, mais une barrière d'énergie lumineuse apparut, et lui renvoya la pression de ses doigts en de petits picotements. Il eut un petit mouvement de recul, ne s'attendant pas à ce que la salle soit protégée par un sort de Kidô. Uryû, les yeux clos, ne put s'empêcher de prendre la parole.

« C'est pour éviter ce genre de perturbation que Tessaï s'est assuré de sceller la pièce. Pour se prémunir de toute intrusion, y compris de la tienne… » Il marqua un petit temps d'arrêt, avant d'ajouter « … surtout de la tienne. »

Un soupir d'agacement franchit les lèvres closes d'Ichigo. Il ignorait combien de temps cela durerait, ni si cela fonctionnerait. Sans plus attendre, il reprit sa marche névrosée, tournant autour du Quincy qui commença à en avoir le tournis.

« Cesse donc de t'agiter. Le temps ne passera pas plus vite de toute manière. Il faut patienter et garder espoir. C'est tout ce que l'on peut faire à notre niveau. »

Le Shinigami remplaçant resta interdit, statique au beau milieu de la salle. L'attaque de ces deux Espadas, il ne l'avait clairement pas vue venir. Que pouvaient-ils bien faire ici ? Pourquoi ne pas l'avoir achevé alors qu'ils en avaient l'occasion ? Que devenait Orihime ? Tant de questions qui resteraient sans réponse pour le moment…

Chad était en bien piteux état, comme jamais l'un d'entre eux ne l'avait été auparavant. Lorsqu'Ichigo avait été déconnecté de la réalité, il n'avait pu manquer la mine austère de l'homme au bob. Son habituel sourire espiègle s'était effacé au profit d'un visage dur et froid. Cette expression… Il ne la lui connaissait pas. Le pronostic vital de son ami était clairement engagé, Kisuke lui-même n'ayant que peu d'espoir quant à ses chances de survie.


Le retour du monde des humains se déroula dans le plus grand des calmes, sans qu'un seul mot ne fut prononcé. L'on pouvait ressentir la tension entre les Espadas, pour autant, aucun des deux ne desserrait la mâchoire. Ulquiorra marchait en tête, Yammy derrière lui, distant de quelques pas, rongeant son frein. Ainsi, comme le Cuarto l'avait prédit avant même qu'ils ne partent en mission, celle-ci s'était avérée être un véritable fiasco. Avec Yammy en partenaire, cela aurait été étonnant du contraire -surtout lorsqu'il était question de discrétion.

Une main dans la poche, l'autre sur la garde de son zanpakutô, le ténébreux ouvrit le garganta. Les dunes de sables plongées dans l'obscurité constante du Hueco Mundo apparurent en fond. Il retrouvait là, dans ce monde monotone, les nuances sombres qui lui apaisaient la rétine. Las, il se laissa tomber dans le vide avec délicatesse, et atterrit au sol sans même soulever un grain de sable. Yammy, quant à lui, ne tarda pas à lui emboîter le pas. Son atterrissage, sans raffinement, fit jaillir de grands monticules de particules au-dessus de lui, dans un grondement sourd.

Quelques minutes furent nécessaires aux deux Hollows pour atteindre les portes de la forteresse. Au moment où Ulquiorra les repoussa de ses mains, il ne put réprimer le besoin de chercher la pression spirituelle de la jeune humaine, afin de s'assurer qu'il ne lui soit rien arrivé durant son absence. Ce qu'il y ressentit sembla lui convenir puisque ses muscles se décontractèrent imperceptiblement. D'un pas décidé, il prit la direction de l'un des nombreux couloirs.

« Ulquiorra, tu vas où comme ça ?

- Faire mon rapport à Aizen-sama.

- J'suppose que tu vas lui causer d'ma p'tite altercation avec l'humain ?

- A l'évidence. » répondit-il, impassible.

Le mastodonte ne put s'empêcher de bougonner dans son coin, son comparse ne préférant pas relever cette attitude grotesque qui le suivait à la trace.

« En as-tu obtenu une quelconque information ? » demanda le ténébreux d'un ton neutre.

« Non… enfin, je sais que cet humain a gagné en puissance depuis la dernière fois que je lui ai mis sa dérouillée ! Il avait deux bras armés d'une grande force. »

Le Décima ne put s'empêcher de sourire bêtement, le visage encore gonflé et bleuté par endroit. Décidément, même dans les situations les plus désespérées, il ne pouvait contenir sa bêtise. Sans répondre à ses paroles, le ténébreux écoutait tout de même d'une oreille attentive. Ce qu'il venait de dire, il avait aussi pu le remarquer avec le Shinigami. Ce contretemps fort regrettable leur avait donné l'opportunité de mettre en exergue les nouveaux pouvoirs de ces humains. Bien qu'ils aient réussi sans difficulté à les évincer, il avait tout de même pu analyser rapidement leur progrès.

Le caractère impulsif de Yammy et sa propension à s'auto-saboter ne resteraient pas sans conséquence, mais pour une fois, cela n'avait pas été dénué de tout intérêt. Ne restait plus qu'à savoir comment son Maître réagirait à l'annonce de cette nouvelle, son comportement étant des plus imprévisibles. Cet être à part entière semblait régi par la loi du tout ou rien. Cela impliquait qu'il pouvait aussi bien les féliciter pour ces informations que leur en faire payer de lourdes conséquences. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas son genre de faire dans la demi-mesure.

La mort n'effrayait pas Ulquiorra. Pas plus que la souffrance. Cela faisait bien longtemps que ses fibres ne ressentaient plus la moindre douleur. Comme si ses terminaisons nerveuses étaient plongées dans un profond état de léthargie. La seule chose, dans ce bas monde, en mesure de lui procurer un fort sentiment de malaise, était ces voix qui déchargeaient continuellement leur haine dans son esprit. La douleur physique ? L'avait-il au moins déjà ressentie dans son existence maudite ? Cela lui paraissait tellement lointain, comme à des années-lumière. D'ailleurs, depuis combien de temps errait-il dans ces plaines défraîchies avec, pour seules compagnes, les ténèbres ? Cela faisait des siècles que cet Hollow solitaire avait perdu le compte de ses années d'existence… De toute manière, à quoi cela pouvait-il bien lui servir de connaître son temps d'errance puisque ce dernier n'influait plus sur lui ?

Alors qu'Ulquiorra prit la direction de la salle du trône, les mains dans les poches et le regard vide, il laissa son esprit vagabonder. Yammy, quant à lui, préféra se retirer pour regagner ses quartiers. Au fond de son être, le brun se demandait ce que pourrait bien ressentir l'humaine en apprenant son retour. Quelle serait sa réaction lorsqu'il se tiendrait de nouveau face à elle ? Que lirait-il au fond de ses iris argentés lorsqu'il y planterait les siens, impitoyables et exempts d'émotion ? Il y trouverait certainement de la peur. Comme à chaque fois. Pourquoi est-ce que cela changerait ?

Profondément lassé par son escapade, il se remémora son intervention auprès de l'Espada. Il se fichait royalement des dommages collatéraux qu'ils auraient pu causer dans le monde des humains, alors pourquoi avait-il empêché Yammy de mettre un terme à l'existence de ce déchet ? Sa vie n'avait aucune espèce d'importance, elle était insignifiante, mais ça avait été plus fort que lui. Etait-ce parce que cet homme était l'ami de cette femme ? Non… Cela devait avoir une autre signification. Il avait stoppé Yammy puisque son geste était contraire à la mission qui lui avait été confié. Oui, voilà. La réponse lui semblait bien plus censée que la précédente. Sans aucun doute. De toute manière, il supposait qu'il ne survivrait pas à ses blessures, son geste n'avait eu, finalement, que bien peu d'intérêt…

Même s'il essayait de se persuader du contraire, l'Espada ne pouvait s'empêcher d'éprouver une bribe d'intérêt pour cette femme. Depuis le début de sa captivité, presque chacune de ses pensées était dirigée, de près ou de loin, à l'encontre de sa prisonnière. Cela n'allait, d'ailleurs, pas en s'améliorant. Comme si son esprit, par un mécanisme bien étrange et sans explication rationnelle, était jumelé au sien. Une fois de plus, il ne put refréner le besoin de rechercher son reiatsu dans tout l'édifice. Sa pression spirituelle semblait stable, sans trop de variation. Ce devait être le signe que tout se déroulait pour le mieux. Grimmjow avait-il, pour une fois, obéi aux ordres sans broncher ? Rien n'en était moins sûr. Tant qu'il ne l'aurait pas en face de lui, en chair et en os pour évaluer, de ses yeux perçants, l'état de cette humaine, il ne pourrait se sentir apaisé. Et puis… Qu'en était-il de ce cinglé de Szayel ? Préoccupé par ces questions, il ne ressentit pas l'aura venimeuse tapie dans l'ombre de l'un des nombreux embranchements.

« Déjà de retour ? »

Bien qu'il ne s'attendait pas à être dérangé dans sa progression, Ulquiorra, fidèle à lui-même, ne laissa transparaître aucune expression de surprise. Il s'arrêta tout de même et scruta les ténèbres, à l'affût de la silhouette dont il sentait le regard peser sur sa personne. Impossible de distinguer quoi que ce soit, si ce n'étaient des contours flous se profiler dans la pénombre. L'homme s'avança et la faible lueur des flambeaux éclaira ses traits délicats avec retenue. Les pupilles reptiliennes se fixèrent, gorgées de mépris, sur le sourire factice qui étirait les joues de cet homme méprisable.

« La mission a-t-elle été couronnée de succès ? J'ose espérer que tu as pu rassembler tous les éléments qu'Aizen t'a demandé d'obtenir ! Ce serait étonnant du contraire, tu es son plus fidèle serviteur, l'échec ne t'est pas permis… »

Le regard placide maintenu sur les traits insidieux du Shinigami, il essaya de sonder son esprit tordu en quête d'informations, sans pour autant répondre à ses provocations. Impossible de pénétrer cette forteresse barricadée par des années d'endurance et de faux-semblants. Ses intentions lui étaient peut-être inconnues, mais il ne pouvait ignorer sa perpétuelle hypocrisie, et ce depuis leur première rencontre.

« Pas de réponse ? Je suppose donc que tu n'as pas correctement accompli ta mission ? Tu sais, ce n'est pas moi qui risque d'être déçu…. Aizen plaçait tellement d'espoir en toi. Tu es son favori, mais il me semble que je ne t'apprends rien. Je n'ose imaginer la déception dans son regard lorsque tu lui annonceras toi-même la nouvelle. Tu peux toujours m'en faire part en premier, je saurai me montrer clément.

- Inutile de te fatiguer. Le rapport de mission, je n'en ferai part qu'à Maître Aizen et à personne d'autre, pas même à toi, Shinigami.

- Quel froideur dans tes propos, Ulquiorra ! J'en suis terriblement vexé… N'as-tu pas envie de te confier ? Je saurai te couvrir et t'éviter de possible débordement de fureur. Nous sommes entre nous, n'est-ce pas ? Alors raconte-moi. Je t'écoute avec la plus grande des attentions…

- Je ne réponds qu'aux ordres d'Aizen-sama.

- Ta loyauté est infaillible et définitivement sans égale ! Aizen a bien de la chance de compter des membres tels que toi dans les rangs de son armée... S'il n'avait que des hommes de ton acabit, la guerre serait déjà terminée… Deux fois ! » continua-t-il d'un air faussement enthousiaste.

A ces mots, le ténébreux se détourna, flegmatique, et reprit sa marche. A quoi cela pouvait-il bien servir d'échanger avec ce Shinigami arrogant ? L'Espada ne l'appréciait guère. D'ailleurs, il ne s'en cachait pas et cela semblait être réciproque.

Gin l'imita et emprunta la même direction, tout en continuant de déblatérer des choses aussi futiles qu'inutiles. Le Shinigami savait très bien qu'en agissant de la sorte, il agaçait l'Arrancar qui n'en ferait rien et internaliserait sa colère -si peu qu'il soit capable de ressentir la moindre émotion. C'était un véritable amusement que de mettre à l'épreuve cet homme aux nerfs d'acier. Un jour, il trouverait la faille qui le ferait sortir de ses gonds. Le roi du Hueco Mundo semblait, d'ailleurs, jouer au même jeu. Son bras droit n'était pas sans savoir qu'Ulquiorra l'estimait bien trop pour, ne serait-ce que lever un sourcil en réponse à ses attaques verbales. De ce côté-là, l'argenté détenait l'avantage sur Sa Seigneurie Aizen.

Afin de mettre un peu de piment dans sa vie fade au sein de ce palais sinistre, il testait divers sujets de conversation, les abordant avec légèreté et sarcasme. Il prenait un malin plaisir à explorer différentes pistes qui pourraient, il l'espérait, au minimum irriter l'être le plus apathique. De sa vie de Hollow dans le désert, à la solitude qu'il pouvait y ressentir. De son indifférence pour la vie humaine, à son dégoût pour celle-ci. Du bris de son masque jusqu'à sa dévotion pour Aizen... Ponctuant chacune de ses phrases par de nombreux jugements de valeur dont il était particulièrement friand, au grand dam d'Ulquiorra qui, bien sûr, ne réagissait pas. Sa cadence était modérée, chaque enjambée égale à la précédente. Ses pas n'étaient ni trop lents ni trop rapides, et ses talons frappaient le sol de manière régulière. Il ne prêtait pas attention aux élucubrations de ce traître. Ce dernier continuant son monologue sans faiblir :

« D'après toi, comment va Orihime ? N'es-tu pas inquiet pour sa sécurité avec Grimmjow comme gardien ? A ta place, je serai mort d'inquiétude... »

A ces mots, la démarche de l'Arrancar en fut légèrement altérée. Les mains dans les poches de son hakama, il ne put contrôler le mouvement qui lui fit serrer les poings. Il venait de perdre le contrôle sur son allure. Une simple fraction de seconde et son corps tout entier s'était tendu. Ses yeux ne purent empêcher un voile de surprise de recouvrir son regard habituellement sans expression. Il reprit toutefois sa foulée, comme si de rien n'était. Rares étaient les personnes qui auraient pu percevoir un quelconque changement dans sa manière d'agir. Pourtant, ce court instant, comme un flash à peine décelable, n'échappa, d'aucune manière, aux sens aiguisés de l'argenté. Derrière lui, le ténébreux ne put apercevoir les paupières de Gin Ichimaru se soulever légèrement de surprise à son tour. Pour la première fois, ses deux yeux d'un bleu opalescent rencontrèrent la pénombre du Hueco Mundo. Alors c'est ça, son point faible ? Intéressant…

Impossible que ce fourbe ait pu manquer son léger changement de cadence alors qu'il était resté parfaitement stoïque aux autres sollicitations.

« Qu'est-elle pour toi, Ulquiorra ? » siffla-t-il à la manière d'un serpent, son sourire perfide lui étirant les joues.

Cette question vint conforter l'idée qu'il se faisait. Pris au piège par des anneaux écailleux qui lui comprimaient la poitrine, il commença à sonder son esprit pour trouver un moyen de se défaire de cette entrave. L'ancien dieu de la mort attendant patiemment l'occasion propice pour planter, de ses crochets effilés, la chair de sa proie afin d'inoculer son poison neurotoxique dans ses artères. Tous les Hollows ressentaient l'aura venimeuse qui se dégageait de son reiatsu, et chacun d'entre eux avait la présence d'esprit de ne pas s'y frotter de trop près… L'Espada avait beau ignorer les sombres desseins de cet homme, il savait qu'il devait s'en méfier comme de la peste.

Malgré sa volonté à rester muet, il se sentit obligé de répliquer quelque chose d'acide qui annihilerait les doutes de cet être ophidien. Sans pitié, il articula quelques mots acerbes pour témoigner de toute l'aversion qu'il portait pour les humains :

« Ce n'est rien de plus qu'un déchet. Comme tous les membres de son espèce misérable. »


Notre cher Ulquiorra deviendrait-il, comment dire, plus accessible ? Rien n'est moins sûr ! uHuH... ;)

Je vous remercie pour votre lecture, et je vous dis un grand merci pour m'accompagner dans cette aventure qu'est l'écriture de la fiction !

En espérant que la suite vous plaira tout autant.

Bises, Farouche.