Bonjour à tous,
Je ne sais par où commencer pour vous démontrer à quel point je suis désolée de ce long silence radio qui a duré plusieurs mois. Pour tout vous avouer, j'ai été pas mal occupé avec mes stages, mes dossiers à remplir pour mon départ au Canada et l'envie d'écrire m'avait un peu quitté. Je sais que ce n'est pas une raison, mais j'espère que vous me pardonnerez. J'avais besoin de me retrouver et surtout de retrouver goût à l'écriture car je ne voulais pas vous livrer un chapitre dénué d'intérêt, je suis sûre que ça se serait senti à la lecture. Je vous demande pardon, et j'espère que vous me pardonnerai. Je tiens à vous rassurer, à l'heure d'aujourd'hui j'ai retrouvé ma motivation et toute mon inspiration. Je vous remercie du fond du cœur d'être toujours présent à mes côtés !
Alors voici le chapitre catorce, un chapitre qui fut très long à écrire et que j'ai remanié plusieurs fois avant qu'il ne me convienne.
Je vous souhaite à tous et à toutes une bonne lecture !
Guest : Merci pour tes compliments, et excuse moi du temps de réponse... J'espère que la suite te plaira tout autant et que je continuerai à susciter de l'intérêt. Pour ta question sur le nombre de chapitres, je n'en ai pas la moindre idée, mais je pense que je vais en écrire beaucoup. J'ai énormément d'idées en tête, il faut juste que je trouve comment les articuler.
Yori no Doll : La voici... J'espère qu'elle te plaira !
L'atmosphère au sein du Hueco Mundo n'avait pas pour habitude d'y être agréable, encore moins chaleureuse. Partout dans le palais le froid brûlait les chairs, les ténèbres dominaient l'espace et le silence demeurait assourdissant. Pourtant, cela ne semblait pas réellement embarrasser Aizen, qui, malgré ce changement radical de vie se plaisait à régner sur ce monde chaotique. Assis sur son imposant trône de granit, il patientait les mains posées sur les accoudoirs, la tête droite, fixant la monumentale porte à quelques dizaines de mètres de son siège. Par symétrie, ses doigts se soulevaient et s'abaissaient successivement avec lenteur. Le contact de sa chair sur la pierre rompait le vide auditif présent dans la salle. L'endroit était d'une telle tranquillité qu'Aizen pouvait ressentir les battements de son cœur, paisibles et réguliers, cogner contre sa poitrine. Ses lèvres s'étirèrent lentement sur ses joues lorsqu'il se remémora le putsch prodigieux qu'il avait orchestré. Un véritable jeu d'enfant pour lui que d'avoir réussi à faire ployer le genou aux créatures à la réputation d'insoumises. Personne avant lui n'avait réalisé l'exploit d'unifier ce qui n'était que discorde. De rassembler, en un même lieu, en une même armée, tant d'âmes aussi puissantes que malfaisantes.
Bien qu'au sommet d'une dimension auparavant indomptable, cela ne parvenait pas pleinement à le satisfaire. L'ancien Shinigami voyait grand et désirait plus. Ce qu'il voulait, c'était posséder les pleins pouvoirs sur trois mondes singulièrement différents, et ainsi s'élever au rang divin. Sans cette pierre, impossible de penser à détrôner l'actuelle pourriture qui avait l'impertinence de se faire appeler roi, et de rivaliser contre l'armée de Shinigami prête à se sacrifier pour sauver cet être inutile et abject. Le chemin était encore long, les marches jusqu'aux cieux tant convoités étaient actuellement bien trop frêles pour être empruntées sans risquer la chute.
Agacé, l'ancien capitaine releva le bras droit, serra le poing et déposa délicatement la mâchoire sur ses métacarpes. Sa tête était maintenant légèrement inclinée sur le côté. A l'intérieur, son sang bouillonnait de rage, toutefois, aucune preuve de son exaspération n'apparaissait sur son visage. D'apparence, il restait le même, parfaitement impassible. Fidèle à lui-même, ses traits étaient détendus bien que son reiatsu laissait s'échapper un nuage de fines particules sombres. Son cœur, quant à lui, était empli d'une rancœur sans commune mesure envers l'homme que tous glorifiaient aveuglément. Un pouvoir incommensurable aux mains d'un incapable… quelle ineptie !
« Misérable… » souffla-t-il la mâchoire serrée comme pour essayer d'alléger ce poids qui pesait sur son organe vital. Une fraction de seconde, il sembla que ce fardeau s'allégeait avant de reprendre sa place comme à chaque fois depuis ce jour particulier où sa vie avait pris une tournure inattendue.
Malgré toute cette causticité, un profond sentiment de lassitude commençait à prendre le pas sur sa détermination. Ce monde n'avait pas pour réputation d'y être divertissant, mais il était à des lieux de s'imaginer qu'une dimension peuplée de monstres aussi violents et sanguinaires allait être ennuyeuse à mourir. Il aurait bien fait revenir son jouet, mais il devait être très probablement encore hors d'usage. De toute manière, à quoi bon ? Même le contact de cette femelle Arrancar ne lui était plus aussi agréable. Bien sûr, chacun de leur rapport avait été récréatif. Cette traînée parvenait à le faire jouir, mais cela était bien loin d'être exaltant. Aizen recherchait bien plus qu'un plaisir guidé par de banales réactions biologiques sous l'action de diverses hormones et d'influx nerveux. L'orgasme du corps était bien peu de chose en comparaison de celui de l'esprit…
Nouveau soupir d'agacement. Ses prunelles se baissèrent finalement sur ses membres, elles furent attirées sur ses mains marquées par de fins liserés noirs. Etrange adaptation. Elle parcourait sa peau claire en suivant ces marques énigmatiques qui semblaient ancrées profondément dans sa chair. Les tracés ressemblaient aux sillages qu'empruntaient les vaisseaux sanguins, mais d'une teinte autrement plus obscure. C'était comme si, lors de l'injection de la larme de la désolation, un nouveau système circulatoire s'était mis en place et parcourait désormais son corps, l'inondant d'une énergie nouvelle, dense et méphitique…
Les quelques particules funèbres qui s'échappèrent de ses pores se dissipèrent à l'approche de deux pressions spirituelles familières. Sa Seigneurie redressa presque instantanément le menton et retrouva son impartialité légendaire. De ses yeux noisette, il fixa les battants massifs de la porte qui ne tardèrent pas à s'ouvrir sur un homme exempt de toutes expressions faciales, à la peau blafarde et aux yeux d'une profondeur abyssale. A peine eut-il le temps de franchir le seuil de l'entrée qu'une silhouette apparut derrière son épaule, les lèvres étirées sur les joues.
Les deux intrus furent accueillis par un rictus hautain accompagné d'un regard inquisiteur. L'Espada vêtu de blanc ne fit pas cas de ces éléments et s'avança d'un pas décidé, sans même considérer la chose détestable qui le suivait à la trace depuis son entrée dans le palais. Il stoppa sa progression au bas des marches qui menaient au trône et inclina légèrement le buste. Avec lenteur, il se redressa pour finir par adopter une posture droite.
La silhouette émaciée le distança, gravit les marches avec nonchalance et se posta derrière Sa Seigneurie. Une fois à hauteur du siège royal, l'être ophidien susurra quelques paroles venimeuses aux oreilles du roi autoproclamé qui ne put retenir ses lèvres de fendre un peu plus son visage.
L'Espada ne décrocha pas la mâchoire, attendant patiemment que son Maître daigne prendre la parole le premier. Avec un aplomb à tout épreuve, il garda ses iris d'un vert perçant ancrés dans ceux noisette d'Aizen. C'était étrange. Pour la première fois depuis leur rencontre, le serviteur de haut rang décela un léger changement d'expression. Quelque chose dans sa manière d'être ou bien sur son visage n'était plus comme à l'accoutumée. Le reflet dans son regard impénétrable ne lui paraissait plus aussi inaccessible. En silence, il profita de cette opportunité pour détailler ses traits comme s'il essayait de lire à travers son âme.
Serait-ce dû à ces lignes noires et diffuses sur sa peau ? Quelle est la raison de leur existence ? Aurait-il plus de mal à contrôler ses émotions ? Après tout, il n'est qu'un Shinigami…
Ce regard insistant ne fut pas au goût d'Aizen qui préféra couper court à la quiétude du lieu en brisant le fil des pensées de son subalterne. Plus ce dernier passait de temps à cogiter, plus grands étaient les risques d'insubordination.
« Ulquiorra… Parle. Nous t'écoutons. » ordonna-t-il d'une voix autoritaire. « Il paraîtrait que tu aurais des choses intéressantes à m'apprendre. »
S'il avait continué à analyser de son œil avisé l'iris de son Maître, l'Espada aurait presque pu ressentir de la rage mêlée à une soif insatiable de pouvoir. Pour l'instant, tout était assez flou et lointain, il ne s'agissait que d'esquisses qui avaient encore besoin d'être affinées. Une chose était sûre, quelque chose avait changé en lui depuis leur dernière entrevue.
« Je peux vous montrer, » se contenta-t-il de répondre calmement.
Sans attendre l'autorisation de son supérieur, le ténébreux leva la main droite et positionna ses doigts autour de son globe oculaire qu'il pressa avec force. Peu de temps lui fut nécessaire pour extirper son œil qu'il tenait maintenant dans le creux de sa main, laissant un trou béant au niveau de l'orbite. Avec calme et sans expression de douleur, il tendit le bras pour diriger la pupille en direction d'Aizen qui avait momentanément perdu son sourire devant ce sordide spectacle.
D'un mouvement, Ulquiorra comprima l'organe qui s'éparpilla en poussière de chaque côté de son poing serré. Le nuage se répandit dans l'air pour atteindre les deux hommes qui ne cillèrent pas. Un voile opaque se déposa alors à la surface de leurs yeux et ils sombrèrent tous deux dans un état semi-conscient. Le ténébreux resta en position, sans bouger d'un iota pendant qu'il sélectionnait les moments essentiels à leur faire part. Au fil de la rétrospection, son œil manquant commençait à se régénérer sous sa paupière close. Derrière la rétine des deux Shinigamis se projetait un défilement fluide d'images muettes. Rapidement, ils retracèrent le cours de la journée au travers les yeux de l'Arrancar.
L'Espada aurait préféré ne pas rendre compte de ses actes à l'argenté, mais Aizen n'aurait pas été de cet avis. D'ailleurs, il se surprit à exempter instinctivement les passages qui lui étaient préjudiciables comme ceux de sa curiosité pour les humains, ou encore les images de son assoupissement. De toute manière, cela n'apporterait rien de plus et ne ferait qu'envenimer la situation qui était déjà délicate.
« Je vois… cette vermine a donc encore atteint un autre niveau de puissance… Et qu'as-tu appris de plus ? »
« Il semblerait qu'Urahara Kisuke n'ait pas encore trouvé la technique pour rejoindre le Hueco Mundo ce qui empêche donc le Shinigami de venir récupérer l'humaine.
- Et ?
- Cette femme ne connaît pas l'étendue de ses pouvoirs, et d'après eux, elle ne les aurait pas tous découverts. Ils ignorent même de quoi il pourrait être question. »
A l'écoute de ces précieuses informations, le visage du traître s'illumina en une fraction de seconde. Les dires d'Ulquiorra vinrent flatter son égo et conforter son choix de retenir la rouquine captive. En son for intérieur, il était persuadé qu'elle aurait un rôle crucial à jouer dans la guerre qui se préparait. Lui seul était en mesure d'entrevoir ses capacités insoupçonnées et bien trop sous-estimées par le camp adverse.
Son esprit se gargarisait d'avoir récupéré ce joyau d'une rareté absolue… Un don octroyé par les dieux et qui lui était de toute évidence destiné par l'intermédiaire de ce messager de chair. Le pouvoir d'annihiler, par la seule force de sa volonté, toute chose. De nier des évènements passés ou bien même d'éradiquer de la surface de la terre n'importe quel être vivant. Plus important encore, la suppression de tout souvenir en lien avec l'existence même de cette personne. Sans trop de difficulté, Aizen voyait en Orihime une arme de destruction massive au potentiel inégalé…
L'Espada, quant à lui, ne put s'empêcher de remarquer les lèvres de son supérieur s'étirer largement sur ses joues. Ce sourire n'avait rien de chaleureux, il n'inspirait qu'une envie impétueuse de pouvoir. Une aura funeste émanait de son corps. Finalement, sa propre âme rongée par ses vieux démons n'était guère éloignée de celle des êtres qu'il avait désormais sous sa coupe.
Le ténébreux continua malgré tout ses projections sans pour autant le quitter du regard. Puis vint le moment délicat où il dut montrer la confrontation avec le Shinigami remplaçant.
A la vision de ces souvenirs, le rictus malsain porté par l'ancien dieu de la mort se volatilisa comme neige au soleil. Ses muscles se crispèrent et il ne put empêcher une veine de palpiter sur ses tempes. Bientôt, ce fut la totalité de son corps qui laissa s'échapper des particules spirituelles pernicieuses sans qu'il ne puisse contrôler ses émotions.
L'Arrancar resta de marbre devant cet étrange tableau bien qu'il lui soit de plus en plus difficile de rester concentré sur sa mission. Jamais il n'avait eu l'occasion d'observer son supérieur dans un tel état, lui qui était d'une maîtrise de soi à toute épreuve… De son œil unique, il analysait les particules en suspension qui ne ressemblaient en rien à celles de sa pression spirituelle ordinaire. Elles semblaient flotter dans l'air, légères de par leur composition mais épaisses de par leur perversion.
L'atmosphère commença à devenir oppressante et à se charger d'énergie négative. La force de gravité qui attirait habituellement les corps au sol était cette fois-ci projetée dans toutes les directions. La poitrine des deux hommes de main se comprima et l'oxygène eut de plus en plus de mal à atteindre leurs bronches. L'échange gazeux ne pouvant se faire, l'acide carbonique s'accumula alors dans leurs poumons sans être évacué. Doucement mais sans rien pouvoir y faire, ils commencèrent à s'asphyxier. Des craquements sinistres se firent entendre tant la résistance des os de leur cage thoracique était mise à rude épreuve.
Ce… reiatsu… comment ?
Les images devinrent moins nettes, brouillées par le manque de concentration de l'Espada qui n'avait jamais ressenti une telle force le compresser. Il était dans l'incapacité d'analyser ce qui se déroulait dans cette pièce, encore moins de comprendre la raison de cette pesanteur écrasante…
La situation commença à échapper au contrôle d'Aizen ce qui ne fit qu'amplifier sa colère. Impossible qu'un être divin de sa trempe ne parvienne à maîtriser ces vulgaires, mais néanmoins nombreuses âmes tourmentées. Ces dernières, par la force du désespoir, tentaient par tous les moyens de prendre possession du corps qui les abritait. Chaque émotion négative étant perçue comme une aubaine pour les milliers d'âmes faméliques qui s'en nourrissaient avec gloutonnerie. L'ancien dieu de la mort comprit à ses dépens que rien n'était encore acquis, et qu'il devrait rester vigilant pour ne pas se laisser submerger. C'était au prix d'un effort titanesque qu'il reprit le pas sur sa conscience ainsi que sur son corps, laissant échapper une onde de choc qui fit de nouveau trembler les murs.
La pression se relâcha instantanément et libéra les organes respiratoires des deux hommes impuissants en une violence démesurée. Leur force de caractère ainsi que leur admirable condition physique les firent tenir debout malgré la secousse qui les avait ébranlés quelques secondes auparavant. Ils ne purent cependant retenir un geste de la main qui vint comprimer leur poitrine pour encaisser le choc. Le lien qui reliait l'Espada avec les Shinigamis fut rompu après coup. Une fois le partage d'information terminée, l'œil d'Ulquiorra termina entièrement sa régénération, lui rendant l'ensemble de son acuité visuelle.
Quelques gouttes de sueur perlèrent le long des tempes d'Aizen qui reprit rapidement son souffle. D'un revers de manche il essuya son front et afficha un visage serein comme si de rien n'était. S'il est bien une chose dont Aizen tenait en horreur, c'était de paraître faible, qui plus est devant ses subordonnés. Evidemment qu'il ne l'était pas, mais l'esprit vicié de ses hommes de main aurait tendance à tirer des conclusions trop hâtives.
« Bien. Cette aventure malencontreuse nous aura au moins appris une chose… Les capacités de progression de ce vulgaire humain sont considérables… » dit-il d'un ton étonnamment calme, avant de poursuivre : « Il s'agit donc d'un Vizard ? Je vois que Kisuke Urahara n'a pas perdu de temps pour en faire son animal de laboratoire. Tout de même, une question me vient à l'esprit… Comment ce scientifique de pacotille arrive-t-il à maîtriser cette transformation et ce sans l'aide du Hôgyoku ?»
Le dos légèrement voûté de l'Arrancar se redressa et revint à sa position initiale, ses mains se rejoignirent sereinement derrière son dos.
« Je ne peux vous apporter davantage d'informations pour le moment. Nous avons dû quitter prématurément les lieux, la confrontation avec les humains n'ayant été nullement préméditée…
- Je vois. Je suis tout de même étonné. Je te pensais être à la hauteur de la mission, pourtant simple que je t'avais assignée » ne put s'empêcher de reprocher le traître un demi-sourire aux lèvres, bien qu'il fût évident qu'avec Yammy comme co-équipier la mission était vouée à l'échec, et ce, depuis ses balbutiements. « Aurais-tu quelque chose à rajouter ? Pour ta défense, par exemple ? »
Par cette question, Aizen souhaitait mettre en difficulté son homme de main, et ainsi se faire une idée plus précise de son caractère. Allait-il plaider sa cause ? Dénoncer son camarade pour se couvrir ? S'excuserait-t-il pour son incompétence ? C'était aussi une manière d'occuper les pensées d'Ulquiorra et de lui faire oublier, au moins momentanément, le spectacle de son léger manque de contrôle.
Il aurait été bien trop facile à l'Espada de décharger sa responsabilité sur son camarade d'autant plus en son absence. Il est vrai que tous les torts incombaient à cette brute qui n'avait pu résister à l'appel de son instinct primitif. Ulquiorra n'avait fait qu'agir en conséquence pour limiter la casse. Cependant, la délation ne faisait aucunement partie de son vocabulaire, peu importait les conséquences de cette mésaventure, il les accepterait sans broncher. Mettre en porte à faux son camarade ne lui ressemblait pas et ne lui vint à aucun moment à l'esprit quand bien même cette situation pouvait lui être préjudiciable.
« Non. Rien de plus que les faits établis. »
La réponse de son homme de main ne sembla pas le satisfaire, il resta silencieux quelques instants avant de comprendre qu'il n'obtiendrait jamais d'excuse du Cuarto. Qu'espérait-il ?
« Bien. Tu peux retourner à tes activités habituelles et par activités habituelles, j'entends t'occuper de l'humaine. Rends-lui régulièrement visite, rassure-la, crée un climat de confiance. Plus elle se sentira en sécurité, plus elle sera disposée à nous écouter et à rallier notre cause. Inutile de te rappeler que je veux disposer de son pouvoir comme bon me semble, et pour cela, j'ai besoin qu'elle soit des nôtres. Surtout ne me déçois pas cette fois-ci. Je n'aimerais pas devoir abîmer ce si joli visage pour obtenir satisfaction. »
Le ténébreux ne put manquer de ses yeux exempts d'émotion les commissures des lèvres de son Maître s'élargir sur ses joues. Gin en arrière-plan afficha un sourire autrement plus perfide qu'à l'accoutumée.
« Comme il vous plaira, » répondit-il d'une voix monocorde et docile.
Du haut de son trône de pierre, le Shinigami fit un bref mouvement de tête pour faire signe à son homme de main de bien vouloir quitter les lieux. Nul besoin de parole pour congédier l'Espada qui tourna les talons sans demander son reste. Il ouvrit d'un mouvement vif les battants de pierre afin de rejoindre les larges corridors.
Les rayons de lumière qui inondaient la salle du trône se déversèrent dans les couloirs sombres, projetant l'ombre démesurée d'Ulquiorra dans toute la profondeur de l'édifice. L'Espada s'y engouffra, et une fois les lourdes plaques relâchées, le flot puissant de photons diminua au fur et à mesure de leur fermeture. Bientôt, il ne resta plus qu'un filet de lumière qui disparut au claquement de porte.
Quelques instants furent nécessaires à Ulquiorra pour accommoder sa vision à ce nouvel environnement. Bien que de nombreux flambeaux étaient disséminés dans tout l'édifice, leur distance ne permettait pas son éclairage optimal. Des zones d'ombre subsistaient et c'était dans celles-ci qu'Ulquiorra se sentait à son aise. Délicatement, il ferma les paupières, et fit le vide dans son esprit tout en continuant d'avancer d'un pas modéré. La pression spirituelle calme et apaisée de la jeune captive imprégna rapidement ses pensées sans même qu'il ne fasse l'effort de la rechercher. Il se laissa porter par cette sensation douce et enivrante.
Son cœur prisonnier depuis des siècles par le gel de la solitude était peu à peu en train de fondre, libérant l'organe avec une infinie douleur. Il le sentait sortir de sa léthargie et reprendre un second souffle. Serait-ce un sentiment d'impatience qui le rongeait de l'intérieur depuis son retour du monde des humains ? Une certaine forme d'excitation prenait timidement possession de son corps et s'amplifier à mesure que le temps passait. Depuis leur première rencontre jusqu'à aujourd'hui il sentait bien que quelque chose en lui se modifiait lentement, mais inéluctablement.
Ses pas le pressèrent, il accentua alors la cadence. Chaque enjambée le rapprochait un peu plus de cette femme, qui sans qu'il ne sache pourquoi, agissait comme un catalyseur à émotion. Son reiatsu se faisait de plus en plus présent, il pouvait ressentir la moindre de ses particules courir sur sa peau glaciale, imprégner sa chair et réchauffer son être tout entier. A mesure qu'il se rapprochait, les résidus invisibles à l'œil nu croissaient en nombre et lui apportaient une sensation encore inconnue de réconfort. Plus que quelques pas et il se tiendrait face à la porte qu'il avait, sans pouvoir se le cacher, hâte de retrouver. Le moment dont il ressentait l'envie depuis son arrivée se présenta alors.
Il marqua une pause de quelques instants qui ne durèrent pas plus de quelques secondes avant de déposer la paume de sa main sur le bois rigide. De l'autre, il fouilla la poche de son hakama et en sortit une clé qui tinta auprès des autres avant de pénétrer la serrure dont il fit tourner le loquet. Le battant se poussa à l'impulsion et il pénétra à l'intérieur de la cellule.
Une fois face à la captive, cette sensation grisante de bien-être s'envola comme un grain de sable soufflé par le vent. Ses yeux sans expression se posèrent sur le visage de la jeune femme étonnée de revoir les traits de son geôlier au cœur de glace. Elle reposait calmement assise sur le rebord de son lit, son visage creusé par la fatigue. Ses cheveux fauves lui tombaient sur les épaules, recouvraient sa poitrine et venaient contraster vigoureusement avec la couleur de son vêtement ainsi que celle de son visage. Ses mains, l'une sur l'autre, reposaient sur ses jambes jointes. De la grâce émanait de son être malgré les traits tirés apparus depuis le début de sa captivité. Machinalement, elle se leva en voyant l'Espada faire irruption dans la pièce.
Les deux grands yeux anthracite de la jeune femme accrochèrent ceux de l'Espada. Ils étaient d'une beauté glaciale mais sans grande surprise vides de toute expression. Jamais il n'avait livré d'autre visage que celui-ci. Les prunelles sans éclat de l'Espada reflétaient toute l'apathie qui résidait en son être. Il n'y avait rien de plus que du vide.
Un mystérieux lien se forma entre eux deux ce qui permit à la rouquine de maintenir la tête hors de l'eau et de ne pas sombrer dans cette immensité sombre et sans fond qu'était le néant de son regard. L'envie de vivre semblait n'avoir jamais habité le corps de cet homme. Qu'en était-il de la joie, de l'amitié ou bien même de l'amour ? N'avait-il jamais pu y avoir le droit ? Ne les avait-il jamais ne serait-ce que touché du bout des doigts ? Ce regard pénétrant, elle le sentit peser sur sa personne et eut bien de la peine à le soutenir.
Ils restèrent tout de même là, à s'observer sans échanger de parole dans cette grande pièce austère, réchauffée par la seule présence de la rouquine, et éclairée par de pâles rayons de lune. Aucun des deux êtres présents ne souhaitaient rompre ce lien étrange qui venait de se former au moment où leurs regards s'étaient de nouveau croisés.
Orihime ne sut réellement dire si le sentiment qu'elle ressentait à cet instant était un sentiment de joie, de terreur ou de sérénité. Etait-elle heureuse de retrouver cet homme malgré tous les maux qu'il avait pu lui causer ? Il l'avait sauvée des griffes de ce scientifique, n'est-ce pas ? Mais n'était-ce pas lui-même qui l'y avait précipitée ? N'était-il pas une âme maléfique rongée par de vieux démons ? Ne souhaitait-il pas le mal autour de lui ? Ne s'était-il jamais nourri de la chair d'autres êtres humains ? Ces questions martelèrent l'esprit de la jeune femme qui ne put réprimer un frissonnement d'effroi à la simple pensée qu'il pouvait avoir commis d'atroces actions dans sa vie antérieure.
Ulquiorra n'eut, quant à lui, aucun mal à percevoir un mélange de peur et d'incompréhension dans les prunelles de la femme qu'il avait hâte de retrouver mais qui une fois face à lui, ne lui inspira rien de plus que du mépris. A moins que ça soit lui-même qu'il ne réprouvait à cet instant ? Les secondes s'égrenaient une à une et bientôt ce fut une certitude qui le frappa de plein fouet. Ces voix mortifères dans son esprit lui renvoyaient son propre reflet par l'intermédiaire de cette humaine. Il perdit subitement patience et brisa le silence qui s'était installé entre eux deux, ne supportant plus ce sentiment.
« Pourquoi soutiens-tu mon regard, femme ? »
Le cœur de la rouquine manqua un battement en entendant ces syllabes découpées à la hache. Et puis… Il y avait ce qualificatif insupportable prononcé de cette voix de marbre qui avait le don de la mettre mal à l'aise. Le souffle court, elle ne lâcha pas de ses yeux ronds les pupilles reptiliennes de l'Arrancar qui s'assombrirent.
« Aurais-tu fini par comprendre qu'il était inutile de t'apitoyer sur ton sort ? Que la vie de ces ordures de Shinigamis et d'humains ne valaient rien ? Te serais-tu finalement faite à l'idée que tu n'étais rien de plus qu'un instrument à la disposition de Maître Aizen ? Ou serait-ce ta captivité qui te ferait perdre l'esprit ? A moins que ce soit une tentative d'insubordination ? »
Ulquiorra débitait un flot incessant de question d'une voix qui se faisait de plus en plus menaçante, sans s'interrompre. Avoir le pouvoir de la sorte le satisfaisait. Il jubilait intérieurement devant le mutisme de la jeune femme et prenait un malin plaisir à remuer le couteau dans la plaie, jouant sur les peurs qu'il ressentait chez sa proie. Le ton corrosif employé à l'intention de la rouquine vibrait dans chaque parcelle de son être fragilisé. Il lui était impossible de décrocher ses yeux argentés de l'étau d'émeraude qui s'était emparé d'elle pour la garder à sa merci. Le Cuarto s'avança de quelques pas vers la captive qui demeura statique.
« N'as-tu donc aucune idée de l'endroit dans lequel tu te trouves ? De la nature des créatures que tu côtoies au quotidien depuis ton enfermement ? Prends-tu seulement conscience des exactions qui étaient, qui sont et qui seront encore commises envers ton espèce misérable ? Laisse-moi te dire que tu n'en as aucune idée. Pas même un semblant, je peux te l'assurer. Si tu n'avais ne serait-ce que l'ombre d'une ébauche, ton corps tout entier serait tétanisé, ton esprit s'égarerait et ton âme ne serait plus aussi probe. »
Toute la haine enfouie dans son cœur endormi refit violemment surface en un flot ininterrompu d'invectives. C'était comme si Ulquiorra ressentait le besoin irrépressible de pervertir ce qui lui semblait immaculé pour décharger une culpabilité dont il n'avait même pas conscience.
« Ici, tu n'es rien. Pas plus qu'un insecte que je garde au creux de ma main, et sur lequel j'ai le droit de vie ou de mort. Tu n'as plus aucun libre arbitre. Plus aucune porte de sortie. De toute manière, tu n'en as jamais eu. Tu es condamnée depuis le jour où Maître Aizen a décidé de mettre tes pouvoirs à contribution pour ses desseins. Fais-toi une raison. Jamais plus tu ne reverras ton monde. Jamais plus tu ne reverras ces pitoyables humains que tu nommes amis. De toute manière, cela fait bien longtemps qu'ils t'ont oubliée. Ils te haïssent. Viscéralement. A leurs yeux, tu n'es rien de plus qu'une traîtresse qui a rejoint les rangs d'une armée aux mains maculées de sang. »
La cornée de la jeune femme s'humidifiait au fur et à mesure des paroles proférées. Ulquiorra n'était plus qu'à quelques centimètres d'Orihime, la dominant de toute sa hauteur. Elle pouvait ressentir le souffle glacé de l'Espada sur la peau chaude de son visage. Chacune de ses paroles était reçue comme un pieu qu'il lui enfonçait profondément dans la poitrine, sans pitié ni compassion. Afin de ne pas se laisser submerger par cette vague de sentiment négatif, elle contracta les muscles de son corps. Sa cage thoracique se gorgea d'oxygène et, sans plus réfléchir, elle leva le bras en direction de l'homme qui essayait d'anéantir la bonté de son âme. Avec une infinie délicatesse elle apposa sa main droite sur l'avant-bras de son bourreau. Elle fut surprise par la froideur du corps de cet être des ténèbres, et ce, même à travers son vêtement.
« Qu'as-tu vécu, Ulquiorra, pour avoir autant de haine refoulée au fond de ton cœur ? » répondit-elle de sa voix la plus sincère, le cœur serré.
Il n'y avait aucun sentiment de peur encore moins de mépris dans son regard, juste une infinie tristesse mêlée à une compassion inexplicable. A cet instant précis, quelque chose se rompit dans le corps de l'Espada qui ouvrit large les paupières de surprise. Le sentiment de haine qui l'habitait il y a peu s'était volatilisé à l'instant même où la paume de main délicate s'était apposée sur son bras. Cette pression chaleureuse sur sa peau froide lui réchauffa le corps tout entier.
« Je n'ose imaginer toute la peine qui doit peser sur tes épaules depuis des décennies peut-être même des siècles pour que tu sois aussi dur dans tes propos. Je n'essaie pas de me mettre à ta place, mais j'essaie juste de comprendre. De comprendre pourquoi une âme comme la tienne n'a pas réussi à trouver le chemin de la rédemption. Ulquiorra, n'as-tu jamais connu d'autres vies que celle-ci ? Et dans cette autre vie, n'as-tu jamais eu accès au bonheur ? Je refuse de croire que tu as toujours été celui que tu es aujourd'hui. Il y a une part d'humanité qui réside dans ton corps, dans ton âme, je peux la ressentir, juste ici… »
Avec prudence Orihime leva sa main libre qu'elle porta cette fois-ci sur la poitrine de l'Espada, à travers son vêtement. Ses doigts y rencontrèrent un tissu lisse derrière lequel elle pouvait y ressentir un creux. Cela ne sembla pas la surprendre.
Peu à peu les rôles s'inversèrent, l'assurance et la proximité de la jeune femme le fit demeurer statique. Une sorte de fascination muette commença à apparaître. Les yeux d'émeraude adoucis par cet effleurement quittèrent ceux larmoyants de la jeune femme, glissèrent sur l'arrête de son nez pour s'arrêter au niveau de ses lèvres écarlates en comparaison de son teint blême. Il les apercevait prendre la forme des syllabes qu'elle prononçait en prêtant de moins en moins attention à ses dires. Son acuité visuelle prit de l'ampleur au dépend de son audition. C'est alors qu'une larme vint s'échouer sur la commissure des lèvres charnues qu'il ne pouvait lâcher du regard. Ses pupilles fendues s'accrochèrent à cette dernière, ses tympans percevant de plus en plus difficilement les mots prononcés.
Cette femme…
La voix d'Orihime devint lointaine, remplacée par d'autres intonations féminines, particulièrement familière. D'abord des sons indistincts chargés en émotion. Puis une autre larme vint fusionner avec la précédente et son cœur se compressa irrépressiblement. L'air resta prisonnier dans ses bronches et c'est alors que son esprit se déconnecta entièrement de la réalité dans laquelle il se trouvait. L'Arrancar se retrouva comme figé au beau milieu de la sinistre cellule qui ne possédait qu'un éclairage décoloré. Le temps sembla s'écouler au ralenti, chaque battement de cœur résonnait dans sa poitrine, dans son crâne et l'éloignait davantage du monde réel.
« Ne pars pas… »
Le manque d'air se fit sentir et il commença à suffoquer.
« Je t'en prie… »
Ses oreilles bourdonnèrent douloureusement.
« Promets-moi. Promets-moi de me revenir... »
De forts tournis étreignirent l'Arrancar qui demeura néanmoins immobile.
« C'est impossible, il ne peut pas m'avoir abandonnée… Je refuse de le croire ! »
Une douleur lancinante lui perfora les organes.
« Laisse-moi te rejoindre mon amour… »
Un silence insoutenable précéda ces paroles et lui donna la nausée. Ses pupilles se dilatèrent comme elles ne l'avaient jamais fait auparavant donnant à son visage une expression nouvelle, presque humaine. Son cœur se déchira…
Orihime fut profondément touchée par les traits dessinés sur ce visage d'une infinie beauté. Elle n'avait aucune idée du malaise qui étreignait Ulquiorra à cet instant, mais ressentit le besoin de demeurer silencieuse. Ses deux orbes anthracite recouvertes d'un voile humide arpentaient les reliefs des pommettes blêmes, de ce nez fin et droit pour finir par s'attarder sur les yeux émeraude desquels se reflétaient un nouvel éclat. En son for intérieur, il lui semblait que leurs deux âmes étaient reliées l'une à l'autre, tout en ignorant d'où pouvait lui provenir cette étrange sensation.
Des pas résonnèrent dans les couloirs sans qu'aucun des deux êtres présents dans la cellule ne les perçoivent. Ulquiorra perdu dans les limbes de son esprit et Orihime fascinée par l'homme au cœur de glace qui dévoilait aujourd'hui une autre facette de sa personnalité. La porte refermée après que l'Espada ait pénétré la pièce s'ouvrit en grinçant et la présence d'un nouvel individu s'imposa. Derrière l'épaule du Cuarto, Orihime aperçut le visage juvénile du serviteur et rompit brusquement le contact physique. C'était avec regret qu'elle avait fait quelques pas en arrière devant le regard dubitatif du jeune Arrancar.
Le retour à la réalité fut abrupt pour Ulquiorra qui sembla revenir d'un long périple intérieur. Toutefois, il recouvra rapidement la raison malgré la douleur qui lui étreignait le cœur. L'étincelle au fond de son regard se dissipa au grand désarroi de la jeune femme. Il se retourna face à l'élément perturbateur qui blêmit une fois ces grands yeux d'une violente froideur posés sur lui, lui intimant sans parole, de garder le silence sur ce qu'il venait de voir.
« Je… je venais rapporter l'assiette du gâteau que vous m'aviez demandé d'apporter… » ne put-il s'empêcher de répliquer tout en fixant de ses yeux tremblotant le sol, tête baissée.
Cet aveu fit une drôle d'impression à Orihime. Alors c'était lui qui était à l'initiative de cette attention ? Un léger sourire de réconfort s'étira sur ses joues humidifiées par les larmes.
« Ferme la porte à clé derrière toi, j'ai à faire, » ordonna-t-il d'une voix terne au serviteur.
L'Espada prit le chemin de la sortie sans un mot pour la captive qui resta plantée au beau milieu de la pièce, cherchant désespérément à croiser une dernière fois la lueur de ses yeux pénétrants. Elle espérait qu'il tournerait la tête en sa direction avant de partir, mais à son grand regret, il quitta la pièce sans même un regard. Elle entendit le bruit de ses pas s'élever dans l'air, faire vibrer son corps et devenir de plus en plus lointain. Son esprit voulut bousculer l'adolescent pour quitter sa prison et rejoindre son geôlier, mais ses jambes lui ordonnèrent de ne faire aucun mouvement. Bientôt, ce fut au tour du jeune Arrancar de quitter les lieux après avoir récupéré l'objet de sa requête. Il fit claquer la porte dont le bruit résonna dans la tête de la jeune femme avant de tourner le loquet pour l'empêcher de s'évader.
Ulquiorra, tout en s'éloignant à grand pas, ressentit de violentes décharges électriques qui se propagèrent dans son crâne. D'affreux hurlements intérieurs l'étreignaient. Les voix mortifères de son subconscient déchargeaient leur rage avec une violence inouïe. Pour la première fois de sa vie, il ressentit le besoin d'hurler pour se libérer de cette entrave. Il lui fallait à tout prix expulser cette énergie négative qui ne faisait que s'amplifier avec les secondes qui s'écoulaient. L'incompréhension était totale. Que venait-il de se dérouler ? Le ténébreux stoppa sa marche et ferma les yeux avec vigueur, il porta ses mains à hauteur de son visage et enserra son crâne qu'il compressa pour faire taire ce supplice. Cela n'avait aucun sens ! D'abord ces rêves, maintenant ces paroles. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Plus le temps passait, plus l'Arrancar avait l'impression de s'enfoncer dans les courants bourbeux de son esprit et plus les voix accaparaient toutes ses pensées.
« Ulquiorra ? »
Distrait par la souffrance, il n'avait pas ressenti la pression spirituelle qui s'était approchée sans bruit. Instinctivement, il porta la main sur son arme et l'enserra sans la sortir de son fourreau. Au même instant, les cris cessèrent distraits par cette interpellation qui le reconnecta avec la réalité. Il fixa l'obscurité n'étant pas bien sûr d'avoir reconnu la voix qui l'avait apostrophé. De la pénombre se détacha une silhouette élancée avec de belles courbes féminines. Les sourcils étaient froncés sur ses yeux vairons en apercevant l'expression grave du visage du ténébreux.
« Tout va bien ? »
Il ne jugea pas utile de répliquer, et se contenta de libérer la garde de son katana en reconnaissant l'aura d'Astrae. D'un côté, il lui était reconnaissant car son intervention avait permis de le libérer de cet étau, mais d'un autre il n'appréciait pas le fait d'avoir été surpris dans cet état déplorable. Bien que la jeune Arrancar ne représentait pas une menace puisque ne faisant pas partie de la lignée des Espadas, il pouvait tout de même lui déceler un fort potentiel. Ulquiorra n'était pas sans savoir que les Arrancars qui résidaient au sein de Las Noches convoitaient leur place plus que quiconque et ils n'étaient jamais en manque d'inspiration pour essayer de gravir les échelons.
« Je me suis assurée du bon traitement de Grimmjow pour l'humaine, » continua-t-elle.
Elle ne sut réellement dire pourquoi elle avait eu besoin d'aborder le sujet, mais son instinct le lui avait dicté. Ces quelques mots suffirent à détendre les muscles de l'Espada ce qui n'échappa d'aucune manière à la jolie brune.
« Bien, » répondit-il sans s'attarder davantage.
Elle voulut ajouter qu'elle l'avait trouvé en piteux état dans sa cellule, mais se résigna au dernier instant. Quelque chose était différent chez le ténébreux. Quelque chose qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant. Elle eut la certitude que cette information l'aurait blessé même si l'idée que cela pouvait l'affecter lui parut absurde. Pourquoi le sort de cette humaine lui serait d'une quelconque importance ? Ce n'était pas comme s'il était en mesure de ressentir des émotions, n'est-ce pas ? Pas Ulquiorra, pas ce masque de glace…
Perplexe, elle l'observa s'enfoncer dans la pénombre et bientôt la solitude fut sa seule compagne. La raison de l'évanouissement d'Orihime lui échappait encore. Curieuse et bornée comme elle était, Astrae n'arrêterait son investigation qu'à partir du moment où elle obtiendrait la réponse à ses interrogations. Et puis, il y avait ce creux dans la pierre qui ne pouvait se trouver ici par hasard…
En poussant la réflexion, elle eut en tête de rejoindre la personne qui pourrait peut-être répondre à ses questions. Ce n'était pas la meilleure des idées qui soit, mais c'était la seule option envisageable pour le moment. Peut-être que cela lui permettrait d'éclaircir les choses sur l'état de la jeune femme… Elle prit la direction opposée à celle de l'Espada, et marcha de longues minutes. Au fur et à mesure de sa progression, l'éclairage devint sporadique pour finir par en être complètement exempt.
Au détour d'un large couloir, de grands escaliers en colimaçon se présentèrent à elle. Un vent fétide qui semblait provenir des enfers lui mordit les chairs. Nul doute que c'était l'endroit recherché. Aucun flambeau suspendu au mur ne permettait d'en apprécier la profondeur, mais il lui paraissait qu'il y faisait encore plus sombre. Un puissant frissonnement vint étreindre ses muscles, elle déglutit avec difficulté. Sans grande gaieté de cœur, elle amorça la descente, la gorge nouée…
Voilà qui conclu ce chapitre !
J'espère que vous avez apprécié ! Lentement, mais surement on en apprend un peu plus sur Ulquiorra et sur ses sentiments.
Je ne suis pas ultra-satisfaite, mais c'est le mieux que je puisse faire.
A bientôt... et j'espère dans moins longtemps !
Bises, farouche.
