Bonjour à tous !
Je vous livre, ici, mon Capìtulo Quince. J'ai décidé de donner un nom à mes chapitres, les trouvant, jusqu'à présent, trop impersonnels. Pour inaugurer ce changement, je vous présente donc :
Capìtulo Quince : Des liens autrefois indéfectibles.
Petite mise en garde : les scènes qui vont suivre risquent d'être assez dérangeantes. Dark-fiction oblige, au bout d'un moment, il faut bien y passer…
Je me suis un peu éloignée du Ulquihime, enfin, je crois que c'est le premier chapitre où l'on ne voit ni l'un ni l'autre, mais ça va revenir ! Et puis, il y a une histoire qui gravite autour (enfin j'essaie), ce n'est pas de la romance pure et dure.
Neko22 : Je te remercie pour ta gentille review ! C'est des commentaires comme les tiens qui me boostent et me donnent l'envie de continuer.
Bonne lecture…
« Bistouri lame vingt-deux. »
Le mouvement était minutieux, la découpe franche. Le hierro se scinda avec une facilité déconcertante au contact de la lame affutée avec perfection. A la naissance de l'entaille, Szayel Aporro Granz y fit pénétrer l'un de ses doigts recouvert d'un gant en latex blanc. Il suivit avec précaution le tracé laissé par son outil et écarta les chairs à son passage, faisant décoller les tissus qui n'opposèrent aucune résistance. Attelé à la tâche, il commença à fredonner une mélodie funeste, bouche fermée. L'atmosphère déjà pesante et chargée en particules spirituelles néfastes n'en devint que plus asphyxiante. Les intonations macabres prirent de l'ampleur et envahirent rapidement la salle capitonnée. Ses deux fines lèvres finirent par se desserrer, emportées par un élan sadique :
« La proie cavale dans la nuit noire,
Paniquée, mais gardant bon espoir.
Cours, vite cours te réfugier.
Jamais, non jamais n'en réchapper. »
Avec précaution, il fit une autre incision, perpendiculaire à la précédente -quoique légèrement incurvée. La lame dansait sous les rimes de cette comptine funèbre. Elle était manipulée avec excellence par les mains gantées de ce maître d'œuvre. De nouveau, il désolidarisa les tissus pour créer une plus large entaille.
« Pince Kocher, » dit-il d'une voix neutre.
L'une de ses mains souillées était tendue au-dessus des restes d'un cadavre de Hollow mutilé. Une casaque blanche chirurgicale recouvrait le corps du scientifique et protégeait sa tenue d'Espada de toute projection de sang. Il était évident qu'il ne portait pas cet accoutrement par simple souci d'hygiène envers son patient, celui-ci n'en ayant, de toute manière, plus grand-chose à faire. Des odeurs nauséabondes d'ammoniac mélangées à celles de substances chimiques prenaient possession de l'air qu'il inhalait avec un certain plaisir. Quelques mèches roses lui tombaient devant les yeux sans qu'il ne s'en préoccupe davantage. Un grand masque blanc barrait le bas de son visage. Il était aisé de s'imaginer, malgré le tissu, qu'un large sourire fendait ses joues.
Derrière lui, Verona et Lumina gesticulaient dans tous les sens, se bouchant mutuellement le nez pour éviter de respirer ces effluves macabres. De concert, ils lui déposèrent l'outil exigé au creux de la paume.
Le savant, du bout de la pince, agrippa un morceau de chair et souleva l'épiderme. Quelques coups de lame et le tissu se désolidarisa. Il en demanda une autre afin de recommencer la procédure de l'autre côté pour lui offrir une fenêtre d'encadrement satisfaisante pour la poursuite de l'intervention. Tout cela le fascinait. Vraiment. Il n'était jamais plus heureux que dans son laboratoire à faire des expériences sur ses compagnons d'infortune. Les yeux rieurs, il continua de chanter :
« Fragile reste l'âme déchue,
Gigote sous les longs doigts crochus.
Captive par les chaînes serrées,
Rampe, pleure et implore pitié. »
L'atmosphère dans le laboratoire s'obscurcit à mesure des mots fredonnés. Les deux bonhommes ronds en face de leur Père ne purent s'empêcher de le regarder avec admiration. A leurs yeux, Szayel en plus d'être leur divin créateur n'était rien de moins que la perfection incarnée.
Une lueur sadique dans la rétine de l'Octavo ne tarda pas à brûler, pervertie par l'excitation. Il ouvrit large les paupières de folie.
« Cisaille. »
Doucement, il s'empara de l'outil en fonte et le positionna tout contre le sternum rigide. La pince s'ouvrit, puis se referma d'un coup sec. Un craquement sinistre s'éleva dans l'air, et de grandes giclures de sang se projetèrent sur le masque, les pommettes et le front de l'Espada qui ne put contenir un rire hystérique.
Le liquide autrefois vital se répandit dans le thorax de la créature. Lumina et Verona appliquèrent sans plus tarder des compresses qui s'en gorgèrent instantanément. Ils les remplacèrent, plusieurs fois, avant de laisser le chirurgien continuer son œuvre.
« Bourreau sans cœur attend silencieux.
Rouge le sang, atroce souffrance,
Cri d'horreur contre rire radieux,
La mort comme seule délivrance. »
Sans délicatesse, il releva la cage thoracique sectionnée en son centre et frappa un grand coup sec, cisaille fermée, pour repousser les côtes et accéder aux organes.
Crak. Le bruit sec de l'os qui rompt.
Ce geste n'était pas soigneux, mais cela l'amusait terriblement. Il recommença pour la deuxième moitié de la cage thoracique.
Crak. Le bruit des os fracturés.
Sa casaque blanche devint peu à peu pourpre de par les éclaboussures.
« Lame de quinze. »
L'Espada plongea les mains dans l'ouverture béante. Des bruits glauques de scission se firent entendre avant qu'il ne retire un organe volumineux qui tenait au creux de ses paumes ensanglantées. Ses lèvres n'étaient pas visibles, mais son rire sadique comblait l'espace silencieux. Il porta l'objet de sa requête à hauteur de ses yeux qui, rapidement, se chargèrent d'inspecter sa surface. Il s'agissait là d'un bien joli cœur, gonflé, sanglant, en très bon état. Les assistants s'empressèrent d'apporter un bocal contenant un liquide ocre dans lequel il y fit baigner l'organe du malheureux.
« Petit pion meurtri et mutilé,
Pas si tôt, attends encore un peu.
A peine le temps de m'amuser,
Qu'il faille déjà te dire adieu ? »
Les créatures rondes refermèrent le pot avant de se précipiter dans une pièce sombre, éclairée de simples petites loupiottes jaunes. Elle était remplie du même type de récipient. Szayel aimait appeler cette salle « son petit musée des horreurs ». Il y avait toutes sortes de choses, toutes plus dégoûtantes les unes que les autres. Cela allait de petits Hollows entiers à des membres sectionnés, des masques arrachés, ou encore divers organes en suspension…
Le temps n'influait pas sur les créatures des ténèbres, mais lors de leur mort, ils avaient la fâcheuse tendance à partir en poussière. Cela avait eu le don de l'ennuyer, terriblement. Force était de constater qu'il ne pouvait jamais garder aucune trace de son dur labeur. Au cours de longues et fastidieuses recherches, qui durèrent plusieurs années, il avait finalement réussi à synthétiser une substance qui annulait l'al polvo*.
Szayel s'était senti pousser des ailes. Il avait réussi à renverser l'ordre des choses établis au sein du Hueco Mundo. Et puis, la nostalgie le rattrapait souvent. Il aimait se souvenir du bon vieux temps où il réalisait de nombreuses expérimentations humaines à l'abri des regards. Incompris de tous. Personne dans ce monde misérable n'avait eu le courage de reconnaître son génie pourtant incontestable. Il préférait, et de loin, garder ses trésors dans une solution empêchant le pourrissement des chairs qu'il avait eu le mérite de confectionner lui-même.
Rien n'égalait le matériel humain en terme d'avancées scientifiques et utiliser ces outils lui rappelaient l'ancienne époque. Contrairement à Ulquiorra, le rosé était en pleine possession de ses fonctions cognitives d'avant transformation. Il connaissait chaque détail de sa vie passée, et avait vécu son Hollowfication comme une vraie renaissance. D'autant plus que ses derniers souvenirs en tant qu'être humain lui avait laissé un goût bien amer en bouche. On avait osé le condamner, lui ? L'illustre Gabriel autrement nommé injustement le scientifique fanatique. La sentence était tombée comme un coup de massue. Irrévocable. Définitive. Sans appel.
La fin.
Sa fin…
# La posture était incroyablement inconfortable. Tous les os de ce qui lui restait de ce corps chétif le faisaient incroyablement souffrir. Le froid n'était jamais en reste et le harcelait continuellement, ne lui laissant aucun répit. Recroquevillé, tête baissée au pied d'un immense mur en pierre, l'homme à la chevelure mal décolorée grelottait, faisant trembler dans un tintement régulier de lourdes chaînes qui lui barraient pieds et mains. Elles l'empêchaient de se mouvoir et l'obligeaient à rester sur un lit de paille souillée qui ornait de froides et dures dalles de pierre. Les fers sur ses poignets et ses chevilles étaient bien trop serrés. Ils lui entaillaient la chair qui était maintenant à vif. Aucune des positions ne parvenait à faire cesser ces douleurs atroces, seuls vestiges de sa vie d'être vivant.
Cela faisait trois semaines. Trois longues semaines qu'il était enfermé dans cette pièce sombre et humide avec pour seul contact ces sales rats qui commençaient à s'approcher dangereusement, jusqu'à il y avait quelques jours, venir lui ronger les orteils durant ses courtes phases de sommeil. La lumière du jour ne lui était plus parvenue. On lui en privait consciencieusement. Quoi de mieux pour perturber les sens et rendre le plus sage des hommes complètement fou ? Oh, on lui apportait bien quelques écuelles remplies d'eau croupie. Il ne faudrait pas qu'il meure avant que justice ne soit rendue tout de même. Les hommes voulaient le voir souffrir, mais ils n'en étaient pas pour autant des monstres. Pas comme lui.
L'air y était à peine respirable. L'odeur fétide d'excréments et d'urine remplissait la salle hermétique et lui prenait la gorge. Sa peau était recouverte de crasse et l'homme -si l'on pouvait encore appeler cela de cette manière- était simplement vêtu d'un long chandail poisseux. Les plaies sur son corps en contact avec ce mélange infâme s'infectaient en dégageant une odeur nauséabonde. Il était un scientifique, il savait ce que la privation de nourriture, le contact avec les excréments et ses plaies étaient en train de provoquer, mais il n'y pouvait rien. Totalement impuissant. Que c'était pitoyable… Retomber aussi bas. Jamais il n'aurait cru que cela aurait été possible. Tout était de sa faute. Il n'aurait jamais dû se laisser distraire… mais le verdict était tombé. Condamné à mort. Il n'en espérait pas moins…
Un bruit sourd derrière la porte scellée de sa geôle le réveilla en sursaut d'un de ses habituels sommeils légers. Le scientifique resta aux aguets malgré son état déplorable. Plusieurs pas battaient le sol. Alors c'était aujourd'hui… La clé pénétra dans la serrure et fit tourner le loquet. Il redressa la tête, hors de question de paraître faible. Un flot de lumière pénétra dans l'antre et lui éblouit alors les yeux. Pourtant ce n'étaient que de simples flambeaux qui éclairaient la geôle.
Deux hommes en uniforme militaire haut en couleur, à la carrure imposante et munis d'arquebuse à mèche pénétrèrent suivis de près par un homme bedonnant en habit plus sobre et raffiné. Il avait une élégante perruque blanche, la soixantaine passée, un parfum agressif que le prisonnier reconnaissait sans problème. Pas de doute possible. C'était l'homme qui avait ordonné son exécution.
Après avoir passé le pas de porte, ce dernier eut un haut le cœur et ne put se retenir de vomir en inhalant ces odeurs putrides qui lui retournèrent l'estomac. Un rire cynique s'empara alors de la pièce et lui glaça le sang. De son veston, il tira un mouchoir et s'essuya les commissures avant de se redresser tout en se tenant d'une main à l'un des murs humides.
« Emparez-vous de lui ! » dit-il entre deux nausées.
Les yeux du vieil homme ne purent s'empêcher de s'accrocher avec effroi à ceux du fou qui riait sans même pouvoir s'arrêter. Ses cheveux décolorés, l'étincelle perverse dans son regard meurtrier et ce sourire sadique lui donnaient une allure des plus inquiétantes. L'homme à la perruque bomba le torse pour se donner du courage et retrouver un semblant d'estime pendant que les deux colosses détachaient cet être rachitique.
Que pouvait-il lui faire maintenant ? Il n'était plus que l'ombre de lui-même.
Les deux militaires passèrent, chacun leur tour, un bras décharné derrière leurs épaules et le soulevèrent sans difficulté. Le captif réprima du mieux qu'il put un gémissement de douleur. Impossible pour lui de marcher, ses pieds ne pouvant plus le soutenir. Il redressa la tête avec toute la force qu'il lui restait, à la recherche des yeux de ce haut dignitaire.
« Vous avez de la chance, Monsieur le juge. Quel régal cela aurait été de me servir de vous comme cobaye pour mes expériences ! »
L'un des gardes envoya son poing dans les côtes et fit taire l'arrogant. Son sourire s'effaça et du sang se projeta de sa bouche. Le bedonnant se rapprocha alors, lui tira les cheveux en arrière sans ménagement.
« Tu es fini, Gabriel. Tu ne peux rien me faire dans l'état et la situation dans laquelle tu te trouves. Justice sera enfin rendue. Quel malin plaisir je prendrai à observer ton corps sans vie balancer au bout d'une corde. Il est d'usage que je rédige les dernières volontés du supplicié, mais cet acte est réservé aux Hommes, c'est donc en toute logique qu'un monstre de ton acabit soit privé de ses droits. »
Les lèvres du savant s'étirèrent largement sur ses joues, dévoilant une rangée de dents bien alignées et teintées de rouge. Elles s'écartèrent pour laisser un gloussement s'échapper malgré toute la souffrance que cela constituait de devoir contracter les muscles abdominaux. Cet affront résonna dans les oreilles du magistrat dont le visage se décomposa. Alors le savant s'arrêta brusquement et reprit une mine des plus austères. Le rictus porté par son visage s'effaça au profit d'une moue hargneuse. La folie se lisait dans son regard brûlant.
« Je vous tuerai. Tous. J'en fais le serment. » dit-il avant de repartir dans un rire sordide.
Le vieil homme perdit patience et relâcha soudainement la pression maintenue sur les cervicales. Il se retourna, et s'éloigna pour gravir les marches des escaliers sans attendre les gardes. Son ombre vacillante était encore projetée dans la cellule quand il stoppa ses pas.
« Je me demande comment tu vas faire, Gabriel, pour tous nous tuer alors que toi-même tu vas y passer d'ici quelques heures. Tu auras beau tout faire pour te défendre, jamais tu ne pourras t'en sortir. Même si tu en avais la force, même si tu en avais les moyens, tu ne pourrais pas y réchapper. La justice a tranché et jamais le verdict ne changera en ta faveur... A tout à l'heure pour le grand événement ! J'espère que tu as hâte d'y être parce que moi… terriblement. Les enfers vont t'accueillir en leur sein. Je suis sûr que dans les limbes tu te sentiras particulièrement à ton aise. » finit-il par dire un demi-sourire sur les lèvres. « Messieurs, vous savez quoi faire. Emmenez-le à la potence. Je vous y retrouverai. »
Suite à ces paroles, un sac en tissu recouvra la tête du condamné dont une corde vint ceinturer la base de son cou. Les gardes soulevèrent son corps devenu bien trop lourd pour ses muscles. Docilement, il se laissa manipuler comme un gentil pantin. Le dos de ses pieds frottait le sol au fur et à mesure de la progression, lui déchirant la peau. Sa douleur ne transparaissait pas, malgré les violentes décharges électriques qui se propageaient dans tout son être.
Après un temps qui lui sembla durer une éternité, il sentit une bourrasque de vent lui fouetter le corps. Sa peau blanche et glacée se réchauffa doucement. Il avala une grande gorgée d'air qui lui sembla être d'une pureté absolue en comparaison de celle de sa prison. Les gardes lui lâchèrent les bras et le laissèrent s'effondrer de tout son poids contre le sol.
Des ricanements se firent entendre. Sans ménagement, un genou vint compresser sa colonne vertébrale dans un craquement effroyable. Les poumons comprimés contre la pierre empêchaient l'oxygène de circuler librement. Dans son esprit tout se bousculait, les rires, la douleur… et puis finalement, il dut le reconnaître, la peur de mourir. Il eut un soubresaut de résistance qui ne fit que renforcer les railleries.
« On voudrait finalement échapper à son sort ? Des personnes, non, plutôt des monstres tels que toi mériteraient de connaître une vie entière de souffrance et pas la douce délivrance de la peine de mort. »
Qu'en savait-il, lui, de la souffrance ? L'avait-il déjà côtoyée ne serait-ce qu'une fois dans sa vie de vermine pour dire cela ? Ne comprenait-il pas qu'en proférant ce genre de parole, il ressemblait davantage à la personne qu'il qualifiait lui-même de monstre ?
Il sentit ses bras se vriller violemment en arrière, le projetant hors de ses pensées. Ses mains se retrouvèrent rapidement au niveau de ses reins et on noua avec vigueur des cordes autour de ses poignets déjà bien amochés. Les fibres rigides couleur crème se maculèrent rapidement de sang en créant de profonds sillons dans la chair. Le captif comprima la mâchoire à s'en exploser les jointures. Jamais il ne leur ferait l'honneur de laisser ses cordes vocales exprimer leur supplice.
La pression sur sa cage thoracique se relâcha. On le souleva pour le projeter avec violence dans une cage en fer qui résonna à son contact. A genoux, il voulut se redresser mais un mouvement d'accélération le fit retomber au centre de cette nouvelle prison. On le transportait. Tous les sons autour de lui ne devinrent, rapidement, qu'un vacarme inqualifiable qui lui brutalisait les tympans. Des cris. Des hommes et des femmes. Par centaines. Une foule en furie.
« Assassin ! »
L'habitacle dans lequel il se trouvait ne tarda pas à brinquebaler. Etrangement, il se sentait plus en sécurité à l'intérieur protégé par l'acier, qu'à l'extérieur aux mains du peuple. Il n'aurait pas donné cher de sa peau en dehors de ses barreaux.
« Justice sera rendue ! Scélérat ! »
Des gardes repoussèrent avec discipline ceux qui gênaient la progression de la carriole.
« Démon ! Tu vas payer pour tes actes ! »
Une pierre heurta durement sa tempe malgré le tissu qui camouflait son visage. Son esprit vacilla l'espace d'un instant.
« Meurtrier ! Retourne en enfer ! »
D'autres roches furent projetées sur son corps endolori, et le firent s'écrouler sur le plancher. Il pouvait ressentir l'atmosphère monter en pression à mesure qu'il se rapprochait de la destination.
« Dieu miséricordieux, éradique cet impie et délivre-nous de ces démons… »
S'il avait été en mesure de rire, nul doute qu'il l'aurait fait en entendant ces paroles dérisoires.
« Crève, ordure ! »
Les voix étaient violentes, injurieuses, déchaînées.
Son attelage de fortune s'arrêta après quelques centaines de mètres. On somma à la foule de reculer, et il entendit une porte s'ouvrir. La cage s'affaissa. On vint le tirer pour l'en extraire et deux hommes l'encadrèrent en lui comprimant les épaules pour le soutenir sans qu'il ne s'écroule.
« Monte, » lui ordonna sèchement l'un des gardes.
Il leva la jambe difficilement et sentit sous la paume de ses pieds nus, une marche en bois. Sans vraiment savoir pourquoi, il puisa dans les dernières ressources qui habitaient son corps pour essayer de soulever son propre poids. Ses cuisses amaigries réussirent à le porter fébrilement et bientôt, il gravit la deuxième marche en se détachant des militaires qui ne pouvaient l'accompagner plus loin. Peut-être était-ce la force du désespoir qui le faisait se tenir debout alors qu'il n'avait jamais pu l'envisager auparavant. Il avança, à l'aveugle, jusqu'à atteindre la dernière marche.
« Silence, » gronda une voix dure.
La foule aliénée par la soif de vengeance ainsi que par la haine ne fit qu'amplifier le niveau sonore, scandant injures et menaces à s'en arracher les cordes vocales.
« Quelle arrogance ! Il ose se tenir debout devant nous !
- Sanguinaire !
- Va au diable !
- Salaud ! »
Quelques pierres volèrent de nouveau et le condamné les encaissa sans broncher. Un coup de feu fut tiré en l'air. La détonation fit vibrer les cellules du savant qui serra les poings pour rester en position. Les hurlements cessèrent et un mouvement de panique se fit ressentir avant que le calme ne revienne.
« Silence, » tonna de nouveau cette voix autoritaire, avant de reprendre : « Nous sommes rassemblés en ce jour du vingt-deux juin mille sept cent trente-cinq pour assister à l'exécution par pendaison et en place publique de Gabriel, plus connu sous le nom du scientifique fanatique, et condamné par pas moins de quatre-vingt-quinze chefs d'inculpations. Cet… homme ici présent s'est rendu coupable d'enlèvements ainsi que de séquestrations, de tortures sadiques et barbaries exercées à l'encontre d'hommes, de femmes et d'enfants… »
A peine le magistrat eut-il le temps de terminer sa phrase qu'un tôlé d'injures emplit de nouveau l'espace pour venir compresser les tympans du scientifique. Le haut dignitaire continua son discours, ce qui fit taire la marée humaine guidée par sa seule curiosité malsaine.
« …de crimes avec préméditation, de profanation de tombes, d'hérésie et tentative de corruption, de blasphème, de folie incurable, d'avoir pactisé avec le diable… »
La liste des condamnations ne faisait que s'allonger, sans jamais prendre fin. Le condamné inspira lentement en fermant les paupières et se concentra sur sa respiration. Derrière le tissu, il ne pouvait voir l'endroit duquel il allait vivre ses derniers instants, mais ne le regretta pas vraiment. La voix du juge lui paraissait lointaine, comme à des années lumière. Malgré la foule présente. Malgré cette vague de mépris et cette atmosphère si pesante, il ressentit un petit quelque chose…. Ou plutôt une présence… Elle lui était familière et différait de celles des anonymes face à lui. Un je-ne-sais-quoi qui, dans le fond, lui rendait ce calvaire bien plus supportable. Ce cœur dans sa poitrine qui battait calmement en dépit de la situation alarmante manqua un battement à l'instant où il comprit.
Il était ici.
Ses lèvres closes s'étirèrent légèrement sans que personne ne le remarque.
Après tout ce temps, il était là, quelque part dans cette masse hystérique venue assister à son exécution.
Il sut désormais la raison pour laquelle ses forces lui étaient revenues au moment de gravir les marches. Cette puissance qui l'avait guidé durant sa jeunesse et qui lui avait donné la rage pour se sortir de l'enfer… Aujourd'hui, elle l'avait de nouveau transporté. Son cœur s'accéléra. Cela faisait si longtemps que ses yeux n'avaient pu admirer les traits de la seule personne qu'il estimait plus que sa propre vie. Il eut bien du mal à poser sa respiration qui se fit de plus en plus saccadée. Chaque parcelle de son être était en ébullition, ses sens en alerte. Les muqueuses olfactives en effervescence, il gorgea ses poumons d'air à la recherche d'une odeur spécifique. Son odeur à lui. Tous les circuits neuronaux qu'il était en mesure de mobiliser s'activèrent et son odorat sembla se décupler. Il inspirait l'air par le nez avec avidité comme s'il allait en manquer avant de bloquer sa respiration. Ça y est. Il la tenait. Parmi un éventail de centaines d'effluves différentes, il avait réussi à retrouver la sienne. Une senteur apaisante, réconfortante aux notes délicates de violette entrelacées à des fragrances beaucoup plus sauvages et animales de musc. Aucun doute. C'était La sienne.
Alors ils avaient enfin fini par se retrouver après tout ce temps… Il regretta que cela n'ait pas lieu dans de meilleures circonstances, quel genre de spectacle était-il en train de lui donner ? Son esprit se laissa aller… Peut-être pourrait-il le sauver à nouveau d'une mort certaine ? Sa rationalité se chargea de le ramener aussitôt dans le monde réel. Non. C'était impossible. Même avec la meilleure des volontés, jamais ils ne pourraient s'enfuir sans se faire écharper par cette foule en furie…
Le haut dignitaire termina finalement l'annonce des chefs d'inculpations. Le bois sous les pieds du condamné craqua, et le plancher se gondola légèrement. On s'approchait.
Tout d'un coup, de la nervosité se fit ressentir. Et s'il mourrait avant même d'avoir eu le temps de poser les yeux de nouveau sur lui ? Il n'était qu'à quelques pas. Tout près. Sa tête tremblota, mais pas par peur du châtiment. Une boule se forma dans son estomac, il eut envie de crier son nom. Ils étaient si proches, plus qu'ils ne l'avaient jamais été ces dix dernières années. Bientôt, il secoua violemment la tête pour repousser ce capuchon qui gênait sa vue. Si seulement ses mains n'avaient pas été liées dans son dos…
La horde humaine remarqua cette agitation et l'interpréta comme une crainte du dénouement. Les voix recommencèrent alors à hurler leur mépris. Un bruit sourd derrière lui stoppa net ses mouvements. Puis le silence assourdissant succéda à cette huée… Bien qu'aveuglé par ce carcan, le captif ressentit une aura monstrueuse prendre place à ses côtés suivie de près par celle du haut dignitaire. Il déglutit avec peine.
Une main se positionna sur son crâne et lui empoigna la chevelure à travers le tissu.
« Mes très chers concitoyens, aujourd'hui est un grand jour car nous avons, ici même, la preuve flagrante qu'en ce monde, il existe bien une justice divine. Dieu, dans sa grande mansuétude nous a mis sur la voie de cette incarnation du mal et nous donne l'opportunité de laver le monde de ses souillures… »
Il resserra les doigts autour du cuir chevelu et le concerné eut la douloureuse impression que l'on lui arrachait.
« Aujourd'hui, la volonté du Seigneur est de vous dévoiler ce visage démoniaque qui revêt l'apparence humaine pour davantage tromper ses victimes… »
De sa main libre, le vieil homme desserra le cordon autour du cou et ôta d'un geste brusque le tissu. La lumière du soleil, soudaine, lui brûla la rétine, mais quelle douce sensation… Il pourrait peut-être avoir le temps de sonder, de ses yeux endoloris, le peuple qui abondait face à lui. Des cris de stupeur se firent entendre à la découverte de ce visage creusé par la faim et déformé par la souffrance qui l'étreignait.
Sa vision s'accommoda petit à petit et la douleur se dissipa. Les traits portés sur son visage s'adoucirent bien que le vacarme prît de l'ampleur.
Les paupières plissées, il balaya les visages anonymes qui se présentaient à lui, tous plus hideux les uns que les autres, déformés par la colère. Ce n'est que lorsque le bourreau lui passa la corde imposante de la potence autour du cou que le scientifique se rappela sa présence. Merde….
Un silence de mort s'installa dans la cour impérieuse du centre de la ville. Les bâtiments en pierre entouraient, en arc de cercle, la structure mortuaire. L'exécuteur fit passer le bout libre de la corde par-dessus la poutre du gibet et l'enroula autour d'une poulie dont il tourna une manivelle. La longueur diminua progressivement sous les yeux attentifs du peuple. Les fibres finirent par se tendre. Une faible pression commença à lui comprimer la glotte, il dut se mettre sur la pointe des pieds pour soulager la constriction. Ainsi, il ne lui avait pas réservé la mort la plus rapide… Cela n'étonnait guère le savant qui continua de sonder les alentours, une boule au ventre qui ne faisait que gonfler au fil des secondes qui s'égrenaient bien trop vite. Puis, une voix s'éleva dans l'air. Pleine d'assurance, presque irréelle. Le cœur du décoloré manqua d'exploser…
« Lorsque l'enfant naïf et innocent,
S'engouffre dans l'enfer incandescent, »
La confusion s'empara alors du troupeau amassé qui essaya de déterminer la provenance de ces paroles.
« Lorsque l'Homme censé le préserver,
Soutient impudent ces atrocités, »
De la masse informe et monochrome se détacha une silhouette élancée, vêtue de blanc, particulièrement élégante. De longs cheveux blonds, portés par le vent, encadraient un visage délicat que le scientifique ne put s'empêcher de fixer avec une extrême admiration. Ses yeux noisette harponnèrent instantanément ceux d'une teinte carmin. Le bourreau, distrait, en cessa même son mouvement. Pour le condamné, c'était une véritable bouffée d'oxygène avant l'hypoxie.
« Lorsque Dieu avec toute abnégation,
Ferme les yeux sur l'abomination, »
La tension, déjà palpable, monta encore d'un cran et se fit de plus en plus oppressante. Le charisme de cet homme les empêchait d'intervenir, ils restaient suspendus à ses lèvres malgré le blasphème.
« Et que l'effroi se mue en fureur,
L'enfant devient alors le prédateur. »
Un sourire malsain naquit sur les lèvres de l'être rachitique suivi par un gloussement sinistre qui fit écho avec celui de l'élégant blondin. Derrière cette allure gracile. Derrière ce visage angélique se cachait une toute autre personne, aussi terrifiante que le décoloré.
« Arrêtez cet homme ! » brailla le plus haut gradé en le pointant du doigt.
La foule se scinda et les militaires s'amassèrent au pas de course autour du blasphémateur. Deux hommes costauds lui ceinturèrent les bras. Le blond ne montra aucun signe de rébellion et se laissa manipuler sans jamais rompre le contact visuel.
Pourquoi ne s'était-il pas enfui pendant qu'il en avait encore l'occasion ? Pourquoi n'avait-il pas tenté de résister à ses assaillants ? Le sourire se dissipa du visage du supplicié, mais persista sur le visage du blondin. Les yeux interrogateurs du déjanté dévisagèrent cet homme plus âgé de quelques années qui n'eut aucune difficulté à interpréter cette expression.
« Mon frère… Je te retrouve enfin... Sache que je n'ai eu cesse de te rechercher pendant toutes ces années. Par pitié, ne doute jamais de l'amour que je te porte, jamais. Il est vrai et inconditionnel. Nous sommes à jamais unis par les liens du sang. Si tu tombes, je te suivrai dans ta chute, » souffla-t-il de sa voix si apaisante teintée de tristesse, un sourire chaleureux à l'intention de son cadet. Puis il se laissa tomber au sol, ses genoux accusant le coup. « Mais je te supplie de me pardonner. Pardonne-moi de ne pas avoir été présent à tes côtés et d'avoir échoué dans mon rôle de protecteur. C'est indigne d'un grand frère. Je suis le seul et unique responsable si tu te retrouves aujourd'hui dans cette situation… J'aurais dû te retrouver bien plus tôt, Gabi… » confessa-t-il le cœur lourd.
Une larme brûlante, portée par l'amour fraternel, dévala les joues crasseuses du condamné avant de s'échouer sur ses lèvres étirées. Yeux dans les yeux, leur lien semblait indéfectible. Plus personne n'existait autour d'eux. Ils étaient seuls. Le blondin avait la ferme intention d'accompagner son frère jusque dans ses derniers instants même si cela lui déchirait le cœur de devoir assister à ce spectacle macabre. Avec violence, il réprima ses sanglots et ses cris, ne voulant pas alarmer son frater.
« Pends-le ! Qu'est-ce que tu attends ! » cracha le juge à l'intention du bourreau avant de se retourner vers le perturbateur. « Quant à toi, tu connaîtras le même sort funeste ! Profite de l'avant-goût et observe ton cher et tendre petit frère périr ! »
Le mécanisme se remit en marche sous l'action du bourreau. La corde revint alors comprimer la gorge du décoloré, mais cette fois-ci, se mettre sur la pointe des pieds n'allégea pas la pression sur sa jugulaire. Le supplicié garda ce sourire sur ses joues malgré un manque d'oxygène grandissant. Comment pouvait-il ressentir un sentiment intense de joie dans une situation aussi désespérée ?
Le bourreau fit un tour de plus. Les pieds abîmés décollèrent entièrement du sol. Jusqu'à présent, il n'avait pas esquissé l'ombre d'un mouvement, refusant de paraître faible bien qu'en sachant pertinemment que cela ne durerait pas. Ses yeux commencèrent à s'injecter de sang et la peau de son visage vira progressivement au rouge écarlate. Qu'il fût difficile de refuser à ses fibres le besoin de rechercher le sol, mais ces yeux emplis d'amour qui le soutenaient lui donnaient la force de résister.
Malgré tout, un réflexe fit d'abord tressauter ses jambes, avant de passer dans ses bras pour finir par secouer son corps dans son intégralité. Les spectateurs profitaient en silence de ce ballet macabre.
C'était un réel supplice que d'observer la vie quitter le seul être pour lequel on ressentait un amour sans commune mesure. S'il avait pu échanger sa place sur le champ, il l'aurait fait sans même réfléchir. Mais le destin en avait décidé autrement, alors il devait assumer son rôle et l'accompagner dans sa souffrance sans lui montrer la sienne.
Le silence régnait en Maître, et tous avaient les yeux rivés sur ce démon qui convulsait pour sa vie. De toutes ses forces, le scientifique essaya de détacher ses mains liées dans son dos.
En vain.
Ses yeux étaient maintenant exorbités par la forte pression sanguine qui lui comprimait le cerveau. Sa langue gonflait à vue d'œil et empêcha définitivement l'air de circuler. Plus que quelques instants, et ce serait fini. Son visage vira progressivement de rouge à une teinte bleutée, signe d'une cyanose évidente.
Les yeux carmin s'inondèrent de larmes lorsqu'ils aperçurent les lèvres d'un bleu cadavérique articuler dans un soupir muet « merci ». Tout de suite après, son jeune frère embrassa le néant. Les mouvements de résistance stoppèrent net, ses fibres musculaires ayant perdu tout tonus. Le corps inerte se balançait doucement au bout de la corde. L'élégant jeune homme se dégagea avec une extrême violence de la poigne de ses assaillants pour s'écrouler au sol. Un sentiment de rage sans précédent s'empara de lui. Son cerveau vrilla, il se mit à hurler de toutes ses forces en tapant frénétiquement des poings sur la pierre jusqu'à s'en exploser les os des mains…
C'en était fini.
Black-out. #
« Maître Szayel ?
- …
- Maître Szayel ?!
- Quoi ?! » vociféra le concerné en sortant de ses songes.
Lumina fit un bref mouvement de recul en voyant les traits courroucés de son supérieur. L'Espada se radoucit alors en prenant conscience de son emportement.
« Qu'il y a-t-il, Lumina ? demanda-t-il d'une voix plus douce bien qu'agacée.
- Astrae vient en direction du laboratoire. »
Le scientifique arqua un sourcil et serra le poing de rage.
« Qu'est-ce qu'elle me veut, celle-là… » murmura-t-il pour lui-même.
D'un souffle d'agacement, il s'avança vers le Hollow éventré et poussa la table sur laquelle il reposait dans une autre salle.
« Débarrassez m'en. » ordonna-t-il à ses hommes de main avant de revenir dans la pièce principale.
Au même instant, il entendit quelqu'un frapper à la porte d'entrée de son laboratoire souterrain. Essayant de contrôler sa colère, il s'en approcha et n'ouvrit qu'un cadran à hauteur de tête qui ne laissa apercevoir que ses yeux noisette.
« Que veux-tu ?
- Entrer.
- Tu n'as rien à faire ici.
- Aurais-tu des choses à cacher ? Souviens-toi qu'Aizen m'a donné carte blanche pour explorer Las Noches à l'exception faite de ses appartements et de ceux de ses alliés Shinigamis. Aurais-tu envie de te dresser contre son autorité ? »
La bande rectangulaire en métal se referma et le contact visuel fut rompu. Elle allait de nouveau frapper à la porte, mais un bruit de loquet la fit patienter. La lourde plaque d'acier s'ouvrit, laissant s'échapper une odeur nauséabonde qui vint incommoder la femelle Arrancar.
« Je n'ai pas de temps à perdre en jacasserie inutile. » finit-il par dire, irrité.
Sans plus tarder, il tourna le dos à l'intruse et s'installa devant ses larges écrans d'ordinateur. La brune rentra à contrecœur dans l'antre aseptisé de cet atelier mortuaire. Des frissons d'effroi lui parcoururent la peau et lui donnèrent de bien désagréables sensations. De la peur ? Assurément ! Ses muscles se contractèrent, elle ne devait pas montrer sa nervosité.
A peine eut-elle passé le pas de la porte que deux bonhommes ronds lui barrèrent la route, la dévisageant, furieux.
« On ne t'aime pas !
- Non, on ne t'aime pas !
- Lumina, Verona ! Voyons, vous indisposez notre invité. » feinta de réprimander le scientifique avant de s'adresser de nouveau à la jeune femme. « Je ne te le répéterai pas, pour la dernière fois, quelle est la raison de ta présence ?
- As-tu quelque chose à voir avec l'état de l'humaine ? » demanda-t-elle de but en blanc, préférant générer de la surprise sur le visage de l'Octavo plutôt que d'essayer de connaître la vérité par une longue conversation.
Ses yeux vairons scrutèrent avec attention les traits de l'Espada qui ne sourcilla pas d'un pouce. Intérieurement, elle se mit à pester. Il faudrait donc qu'elle lui tire les vers du nez.
« Alors ? »
Szayel quitta ses écrans lumineux un instant et tourna la tête, impassible, en direction d'Astrae.
« L'humaine ? Que voudrais-tu que je lui aie fait ?
- Je ne sais pas, à toi de me dire.
- Navré de te décevoir, mais tu ne trouveras aucune réponse à tes interrogations ici.
- Quelque chose me fait penser que tu n'es pas innocent dans cette affaire.
- Quelle affaire ? »
Elle eut un petit rire étouffé d'agacement. Comptait-il faire l'ignorant encore longtemps ? Le rouge commença à lui monter aux joues, malgré l'inquiétude qui lui tordait les boyaux. D'un pas qui se voulut assuré, elle s'avança un peu plus loin dans le laboratoire jusqu'à rejoindre le rosé qui pianotait sur son clavier.
« Tu sais très bien de quoi je veux parler.
- Pas le moindre du monde. » répondit-il en haussant les épaules.
Derrière le fauteuil, elle eut une envie soudaine de lui tordre le cou, mais se ravisa. Jamais elle ne ferait le poids face à cet Espada. Et puis… elle avait renoncé à la violence envers autrui. Ses ongles s'enfoncèrent alors dans la paume de ses mains par rage.
Elle s'éloigna et pénétra une pièce à peine éclairée à la recherche d'éléments compromettants. Ses yeux fouillèrent les alentours avant de se rendre compte avec horreur qu'elle observait des restes de Hollow enfermés dans des bocaux. Son cœur s'emballa devant cette vision effroyable. Du mieux qu'elle put, elle réprima un cri de stupeur. Ses yeux écarquillés fixaient un récipient contenant un petit Hollow entier. Des ailes déployées et trouées par endroit étaient en suspension dans un liquide ocre. Elle recula doucement. Ce petit corps recouvert d'écailles colorées de rouge et de vert était parsemé d'ecchymoses et de brûlures. Pas à pas, elle essayait de fuir à reculons. Avant d'avoir le temps de quitter la pièce funeste, son dos heurta une surface dure. Elle fit volte-face en poussant un cri de surprise.
« Ce que tu vois te plaît ? » demanda le scientifique avec un large sourire étiré sur ses joues.
Aucune réponse ne lui parvint, il était près de la jeune femme, bien trop près pour elle. Le rosé s'engouffra alors dans la brèche que la jeune Arrancar venait d'ouvrir pour reprendre la main de ce jeu du chat et de la souris. Il la devança et s'empara du bocal qui avait retenu l'attention de l'intruse.
« Je te présente mon très cher ami Valador… ma plus grande fierté ! C'est un très beau spécimen, très rare. Je n'en avais jamais vu des comme lui au Hueco Mundo alors quand je l'ai vu gambader sur les dunes de sable, je l'ai suivi. Il était assez craintif au début. Je gardais mes distances, je l'ai laissé s'approcher. D'abord réticent, il a fini par s'habituer à ma présence et s'est aventuré à mes côtés. Du plat de la main, je lui ai flatté le dos, ses écailles étaient si douces. Nous avons fini par devenir inséparables, vraiment. » confia-t-il avec nostalgie.
Astrae resta statique face à cet homme patibulaire. Elle le dévisageait, la respiration saccadée et son cœur battant la chamade. Ses jambes commencèrent à flageoler, mais elle rassembla ses forces pour ne pas que cela se perçoive. Elle restait suspendue à ces lèvres sadiques qui débitaient d'horribles paroles et à ces yeux brillants d'excitation perverse.
« Il adorait que je lui concocte quelques friandises. Quand j'ai obtenu sa confiance pleine et entière, je lui ai donné un produit léthargique que j'ai pris soin de dissimuler dans ses gourmandises. J'ai gentiment attendu qu'il s'endorme en laissant ma main caresser ces si jolies ailes membraneuses. Avec difficulté il s'est réveillé. Ses paupières semblaient si lourdes et douloureuses, alors je l'ai aidé en brisant l'une de ses pattes arrières. Il s'est vite remis de son sommeil ! Il a ouvert large la bouche, mais aucun son n'est sorti de sa gorge. Faut dire que privé de ses cordes vocales, c'était un peu compliqué. La manière dont il me regardait à cet instant était si attendrissante, tu aurais dû voir ça ! Ses yeux étaient remplis de larme de joie. Je te promets, c'était vraiment touchant ! »
Le scientifique se mit alors à caresser le bocal qu'il tenait entre les mains. Sa langue caressa la commissure de ses lèvres, il jubilait intérieurement de la voir perdre pied. C'était si… amusant ! Il inspira lentement, le sourire ne lui quittant pas les lèvres.
« Enfin… on a joué ensemble de longs moments. Puis, il a montré des signes d'impatience. Il voulait m'abandonner. C'était malheureux, mais je ne lui ai pas laissé le temps. Je l'ai plongé dans ce liquide pour immortaliser cette amitié si spéciale que je lui voue. C'était hors de question de le laisser s'évaporer dans l'atmosphère comme tous les autres Hollow ! Un spécimen si rare… on ne le laisse pas nous filer entre les doigts. Tu sais… depuis ce jour, il ne me quitte plus !
- Tu… tu n'es qu'un monstre ! cria-t-elle en le bousculant pour sortir de la pièce.
- Ah non ! Pas de ça entre nous ! Astrae… nous sommes des Hollows, n'est-ce pas ? Des êtres sans foi ni loi régis par leur seul instinct primitif…
- Je ne suis pas comme toi, et je ne le serai jamais !
- Tu me ressembles plus que tu ne veux bien essayer de t'en convaincre. Ne t'es-tu jamais nourrie d'âme humaine ? N'as-tu jamais créé la souffrance sur les visages ? »
Elle voulut lui répondre quelque chose d'acide, mais se rappela la raison de sa présence. Ce maudit Espada essayait de la détourner de son objectif en appuyant sur ses points sensibles.
« Pourquoi t'en prends-tu à l'humaine ?
- Mais, je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il avec une voix innocente.
- Je ne sais pas à quel jeu tu joues, mais je suis persuadée que tu as quelque chose à voir là-dedans. Arrête de me mener en bateau et réponds honnêtement. As-tu, de près ou de loin, quelque chose à voir avec l'état d'Orihime ?
- Astrae… Astrae… Astrae... Ne sais-tu pas que de se mêler des affaires des autres est un bien vilain défaut ? On ne te l'a donc jamais appris ? Où sont tes manières ? Toujours à s'inquiéter pour les autres. Ton bon cœur te perdra, un jour…» répliqua-t-il tout sourire.
Il lui replaça avec délicatesse l'une de ses mèches de cheveux qui barrait son visage blême, se voulant faussement paternaliste. Avec brutalité, elle se détacha de sa caresse malsaine.
« Arrête d'essayer de m'embobiner !
- Mais enfin, jamais je n'oserais… Par contre, si j'étais toi, le jour où notre très cher Maître Aizen n'aurait plus besoin de mes services, je redoublerais de vigilance et prendrais garde à mes arrières. Des broutilles sont si vite arrivées.
- Est-ce que ce seraient des menaces ?
- Des menaces, des conseils, une mise en garde, un pari sur l'avenir, prends-le comme tu veux.
- Tu ne m'effraies pas, Szayel !
- A la bonne heure ! Tu m'en vois ravi. Loin de là mon intention… Au plaisir chère Astrae… »
Sans qu'elle ne s'en soit rendue compte, ses pas, guidés par le rosé, l'avaient menée hors du laboratoire. La porte se referma alors dans un claquement sourd. Une fois seul dans la pièce, l'Espada souffla, furieux. Il n'aimait pas que l'on vienne fouiner dans ses affaires. Surtout pas pour des projets dont Aizen lui-même n'avait pas écho. Il devrait rester vigilant les prochains jours et discret pour ne pas éveiller davantage les soupçons. Avec cette garce de gardienne et cette ordure d'Ulquiorra, voilà qui n'allait pas être de tout repos. Mais pour l'heure, il devait se préparer à l'entrevue avec Aizen afin de réaliser les premiers essais cliniques. Une nuit entière d'insomnie dans la mauvaise humeur l'attendait afin d'être prêt pour la suite des opérations…
Re-coucou !
Comment allez-vous après la lecture de ce long chapitre ? Dites-moi si vous les trouvez trop longs, j'essaierai de diminuer la quantité de mots si ça vous dérange, mais ce n'est vraiment pas évident. Je ne me voyais pas le couper en plein milieu. Dites-vous qu'en plus, je voulais rajouter la deuxième partie du souvenir de Szayel, mais finalement j'ai décidé de la garder pour plus tard.
Est-ce que vous vous attendiez à ce que les frères Granz aient été autrefois proches ? Je sais que j'aurais pu écrire leur histoire dans un OS, mais j'avais envie de l'intégrer à mon récit parce que cela me servira par la suite. Pour le prénom Gabriel, je n'ai pas d'explication, je trouve que ça lui va bien. En plus, ça finit pareil. Je lui ai fait porter des cheveux décolorés (donc blond) pour ressembler davantage à son modèle qu'est (était?) son frère. Par contre, j'ai volontairement décidé de ne pas donner de nom à Il Forte pour le moment parce qu'aucun ne me convenait. C'est à voir pour la suite !
En ce qui concerne mon deuxième poème, je ne sais pas si vous avez compris le sens, n'hésitez pas à me le demander si vous voulez des explications. Je ne dirai rien pour les autres pour ne pas gâcher le "suspens". Mais vous pouvez me dire ce que vous en avez compris ! Sachez que c'est la première fois que je me mets à la poésie. J'ai dû littéralement passer trois heures à les rédiger… Le premier est un ennéasyllabe et le second un décasyllabe. Il se peut qu'il y ait des erreurs dans le comptage des syllabes, mais l'intention est là ! Avoir votre avis me ferait très plaisir, vous pouvez me le dire si vous trouvez ça nul, je ne recommencerai plus, ahah.
* al polvo : ça signifie poussière en espagnol, c'est pour cela que j'ai décidé d'appeler ce phénomène de cette façon.
A très vite j'espère !
Farouche.
