Bonjour à tous-tes !
Je me rends compte que cela fait un petit peu plus d'un an que j'ai commencé cette fiction, et je dois vous avouer que c'est un bien piètre ratio temps/nombre de chapitres écrits. Je sais que mon rythme de parution n'est pas rapide, mais j'espère en tout cas que vous prenez toujours autant de plaisir à me lire. Je suis une mauvaise auteure de ce côté-là, alors je remercie les personnes qui me suivent et me lisent. Et qui possèdent une qualité indéniable : la patience !
Pour le titre de chapitre, j'ai un peu modifié la citation… vous comprendrez pourquoi à la lecture. (enfin, j'espère, je peux être perchée des fois). J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !
Lizeldia : Hey ! ça me fait trop plaisir d'avoir de tes nouvelles. Je suis contente que tu suives toujours ma fiction et que tu l'apprécies toujours autant ! Tu vas voir, je t'ai écouté. Je n'ai pas réduis la taille de mes chapitres et notre petit -futur- couple revient ! Bon, ok... j'ai du retard, mais j'espère au moins que l'attente en vaudra la peine ! Et merci beaucoup pour ta review et tes encouragements.
Capìtulo dieciséis :
Le silence est d'argent, la parole est d'or
Bonne lecture à tous-tes !
Etendue de tout son long sur la banquette qui lui servait de lit, Orihime observait ses mains blêmes tendues au-dessus de sa tête. Avec délicatesse, elle frôla ses paumes, le dessous de ses phalanges avant de passer sur la pulpe de ses doigts, ces derniers s'entremêlant aussitôt les uns avec les autres sans rompre le contact. Un faible sourire adoucissait son visage. C'était la première fois qu'elle le touchait d'elle-même. Elle ne sut dire quelle folie avait pris possession de son corps pour lui avoir agrippé le bras de cette manière… Et puis, elle l'avait tutoyé ! Sans oublier l'omission du suffixe distinctif lorsqu'elle l'avait appelé par son prénom.
Mais cet Arrancar avait prononcé d'horribles paroles. Elle avait voulu qu'il se taise. Qu'il arrête de débiter ces horreurs insupportables… Contre toute attente, ce n'était pas de la colère ni de la peur qui s'était emparée d'elle à ce moment, mais un étrange sentiment de tristesse mêlée de compassion. Et avec ce dernier, un besoin irrépressible de comprendre la raison de cette aigreur. De mieux connaître l'homme derrière la façade. D'apprendre à voir plus loin que ce que ces yeux inexpressifs et d'une profondeur abyssale ne voulaient lui montrer.
Le geste d'Orihime avait été instinctif et les mots lui étaient sortis avec spontanéité. Ses oreilles avaient entendu la voix de son bourreau. Ses yeux avaient pourtant vu qu'il s'agissait bien là des syllabes prononcées par son geôlier. Mais, cela ne pouvait pas être Ulquiorra. C'était impossible. Il s'agissait bien de son apparence. C'était bien là le timbre de sa voix. Mais cela ne pouvait être lui. Elle en était intimement convaincue et d'une certaine manière cela la rassurait. Et puis, cet éclat dans ses yeux… Elle ne pouvait pas l'avoir rêvé. Il était évident que cette âme matérialisée dans ce corps était aux prises à une souffrance muette et solitaire. Ces lignes vertes sous ses yeux comme des ruisseaux de larmes taris, mais à jamais ancrés sur ses joues en étaient d'ailleurs les vestiges. Et ce trou à la base de son cou qu'elle avait effleuré, n'y avait-il pas un moyen de le combler ?
Son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine. Elle avait apprécié cette caresse, et la précédente... Malgré tout, elle regrettait d'y avoir mis un terme la première. Un soupir s'échappa de ses lèvres. Elle aurait tant aimé que cet instant s'étire à l'éternité. Ce regard presque humain avait chassé de son esprit toutes les paroles venimeuses qu'il avait pu proférer. Son corps froid, Orihime aurait aimé l'envelopper de sa chaleur. Se blottir contre son torse sculpté dont les muscles étaient dissimulés derrière cet habit informe et sans couleur. Enfouir le nez dans son cou et humer l'odeur de sa peau glacée. Les pommettes de la jeune femme s'échauffèrent à cette pensée. Ses joues ne tardèrent pas à prendre une charmante teinte rosée. Elle aurait tant aimé se lover dans le creux de ses épaules puissantes. Lui enserrer la taille de ses bras fins pour l'étreindre avec tendresse. Un long frisson fourmilla dans tout son corps. Ses poils s'hérissèrent à la surface de ses bras et sa peau se recouvra de grains.
Orihime ferma les yeux et essaya de se rappeler la pression de ses mains contre l'uniforme de l'Espada. Plus qu'un vêtement, c'était sa peau qu'elle aurait voulu toucher à cet instant. La sentir froide et satinée sous la pulpe de ses doigts. Elle s'empourpra alors violemment.
Que lui arrivait-il ? La captivité lui faisait donc réellement perdre l'esprit ? Comment pouvait-elle désirer se retrouver tout près de l'homme qui la retenait prisonnière ! Qu'espérait-elle ? Qu'il éprouverait de l'affection pour elle ? Qu'il la prendrait dans ses bras ? Et la couvrirait de baisers ?
Quelle imbécile !
Elle rouvrit les yeux et fixa ses mains. Avec rage, elle enserra ses doigts entre eux et les tordit jusqu'à ressentir une vive douleur. Puis, ses yeux s'humidifièrent. Le liquide s'accumula à la surface de sa cornée. Un sanglot l'étreignit et bientôt ce fut le trop plein. La colère céda finalement sa place à la tristesse. Des larmes cascadèrent sur ses joues en un flot intarissable. Elle se recroquevilla sur elle. Pas même ses pleurs ne vinrent perturber le silence qui régnait dans sa cellule glaciale. Cette nuit-là, seule la lune fut témoin des lamentations de la jeune femme qui finit par s'endormir sous le poids de l'émotion et de la fatigue accumulées…
Dans une pièce éloignée de la cellule de l'humaine, le ténébreux demeurait lui aussi allongé sur son lit. Il s'était débarrassé du poids de son uniforme ainsi que de celui de son zanpakutô, les bras reposant le long de son torse nu. Ses paupières étaient closes, mais il ne recherchait pas le sommeil. Il ne pouvait s'empêcher de se questionner. Une fois son esprit déconnecté de la réalité, rêverait-il de nouveau ? C'était étrange. Pour lui, dormir n'avait jamais été qu'un moyen de recharger son énergie. Une manière comme une autre de rester performant et d'accroître sa puissance. Ce n'était rien de plus qu'un état inerte où le corps et l'esprit se reposaient. Il laissait volontiers le monde onirique à ces êtres faibles qu'étaient les humains. Mais… s'il y avait eu accès, cela voulait-il dire qu'il était en train de régresser ? De devenir faible comme ces créatures pitoyables qu'il méprisait ?
Ulquiorra ouvrit les yeux à cette pensée. Ses iris vert émeraude rencontrèrent la pénombre. Cela lui sembla être une douce caresse en comparaison des lumières vives rencontrées sur Terre. Il scruta un instant le plafond haut perché de ses appartements. Aucun bruit ne venait perturber la nuit perpétuelle du Hueco Mundo et cela lui convenait parfaitement.
Après un moment sans avoir esquissé l'ombre d'un mouvement, il leva la main droite pour la positionner sur ses abdominaux musclés. Avec lenteur, il laissa sa main remonter le long de sa poitrine jusqu'à venir à la rencontre de son trou de Hollow. Il y avait eu quelque chose d'hypnotique dans le toucher de cette femme qui avait réussi à le faire taire. Les larmes qui s'étaient échouées à la commissure de ses lèvres écarlates l'avaient transporté ailleurs… Cette voix féminine déjà entendue en rêve lui avait semblé à la fois proche et lointaine. Pourtant cette fois-ci, il était resté bien éveillé. Un malaise sans précédent l'avait secoué et n'avait fait qu'empirer pour atteindre un niveau de violence encore inégalé.
Ses lèvres articulèrent dans un souffle muet les dernières paroles qu'il avait entendues :
« Laisse-moi te rejoindre mon … »
Bien que silencieuse, la dernière partie de la phrase fut imprononçable. Elle resta en suspens aussi bien sur ses lèvres que dans ses pensées. Amour était le mot qu'il n'avait pu articuler et qu'il se refusait d'évoquer. Comment le pouvait-il ? Il était un Espada. Et les Espadas ne prononçaient pas ce genre de foutaise. Ce n'était bon que pour les humains. Pour ces déchets, tout juste bon à servir de pitance à ses congénères.
Malgré tout, Ulquiorra ne pouvait s'empêcher de ramener ses pensées envers la propriétaire de cette voix. Il se demandait si cette nuit, comme la précédente, il allait de nouveau la rencontrer. L'avait-il connue autrefois ? Ou n'était-ce que le fruit de son imagination ? Peut-être découvrirait-il son visage. En apprendrait-il plus sur elle ? Cette pensée l'irrita au plus haut point. Sans attendre, il quitta le contact de sa peau et repositionna son bras le long du corps. Pourquoi les choses n'allaient plus dans le même sens depuis l'arrivée de cette humaine ? Il s'était habitué à la routine de sa vie de Hollow. Les seuls changements majeurs qu'il y avait eu avaient été la fois où il avait lui-même brisé son masque et celle de sa rencontre avec Maître Aizen. Et voilà que tout semblait partir à vau-l'eau depuis l'arrivée de la captive à Las Noches. Du mépris s'empara de lui avant que la sensation réconfortante de son effleurement ne lui revienne en mémoire. Il se rendit soudain compte des paroles offensantes qu'il avait proférées à son encontre. Il avait voulu la terroriser, la voir trembler de tout son être, mais cela n'avait pas eu l'effet escompté. Elle l'avait pris au dépourvu. Finalement, il semblerait qu'elle ne soit pas aussi faible qu'il se plaisait à l'imaginer…
Une sensation désagréable de tiraillement à l'arrière de ses yeux ne tarda pas à se faire sentir. Sa nuque s'était raidie et les muscles de son corps lui semblaient incroyablement lourds. Ulquiorra ne pouvait manquer les signaux biologiques que lui renvoyait son corps éreinté par cette journée sur terre. L'envie de dormir se fit de plus en plus ressentir, mais l'Espada ne souhaitait pas succomber au besoin de son être. S'endormir, oui, mais à quel prix ? Il ne voulait pas obtenir de réponses à ses interrogations. Il préférait que ces dernières restent à l'état de questions et que cette voix féminine ne soit plus qu'un lointain souvenir. Avoir des points communs avec l'espèce humaine le débectait. Déjà qu'avec son Arrancarisation, il avait hérité de cette apparence pour le moins similaire aux humains… Seules ces pourritures voyaient leur sommeil parasité par ces images incohérentes et irrationnelles. Les créatures des ténèbres, elles, ne rêvaient pas. Le faire, ce serait se rapprocher une fois de plus de cette espèce sans intérêt ! Ils étaient si différents, comment pouvaient-ils se ressembler ?
Sans qu'il ne s'en aperçoive, ses pensées devinrent de plus en plus dissipées. Ses paupières se fermèrent de nouveau, soudainement lourdes. Et le sommeil vint le prendre au dépourvu. Les muscles de sa nuque se relâchèrent et son visage s'inclina légèrement sur le côté. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait avec lenteur au rythme de sa respiration. Ulquiorra ne pensait pas un jour se faire trahir par son propre corps. A croire que la journée passée sur terre l'avait fatigué plus qu'il ne se l'était imaginé.
Contre toute attente, l'Espada émergea d'un sommeil sans rêve. Il pesta intérieurement de n'avoir eu le contrôle sur son corps, mais le simple fait de s'éveiller sans avoir de souvenir d'un quelconque rêve le satisfaisait. Les choses étaient-elles revenues dans l'ordre ?
D'un mouvement, il s'assit sur le rebord de son lit. Aujourd'hui comme depuis le début de l'arrivée de cette femme, il devrait lui amener son petit-déjeuner. A en juger par la faible activité des pressions spirituelles qu'Ulquiorra ressentait, il devait encore être tôt. Celle de l'humaine lui indiquait, d'ailleurs, qu'elle était encore plongée dans un profond état de léthargie. Rêvait-elle ? Etait-ce agréable ? Ou est-ce que, tout comme lui, cela s'avérait pénible ?
En réponse à ces questions, un bref soupir d'agacement s'échappa de ses fines lèvres noires. Sans plus tarder, Ulquiorra se leva d'un bond. Il s'avança en direction de son uniforme incolore et enfila son hakama. Avec fermeté, il boucla sa ceinture et y accrocha le fourreau de son zanpakutô. Les rayons de lune sans chaleur caressaient avec volupté la peau de son torse nu avant qu'il ne passe sa veste. Ce matin, il irait marcher dans le désert avant de retrouver l'humaine. Cela lui manquait de ressentir le vent frais s'engouffrer dans ses cheveux ébènes et venir lui effleurer le visage. Il avait besoin de calme et ce n'était pas dans cette maison de fous qu'il pouvait trouver le repos. Finalement prêt, il quitta ses appartements.
Une fois les larges portes de Las Noches ouvertes, il contempla les dunes de sable qui s'étendaient à perte de vue. Ces reliefs plaisaient à la vue de l'Espada. Parcourir ces immensités sablonneuses était une manière de l'apaiser et de réfléchir sans que l'on vienne le déranger.
Ulquiorra n'avait jamais éprouvé aucun sentiment dans toute son existence de Hollow. Son monde à lui n'était que chaos et désespoir. L'aspect de la mort qu'il représentait était le vide. Vide comme l'âme qui habitait ce corps finement taillé. La solitude était sa seule compagne et il s'en était accommodé.
Autrefois, partout où il se rendait, les âmes maléfiques le dévisageaient. Se moquaient de son apparence atypique avant de regretter amèrement d'avoir croisé son chemin. Rapidement, il s'était fait un nom et la forte pression spirituelle qui se dégageait de lui suffisait à tenir les autres monstres à distance. Personne n'avait jamais essayé de le comprendre, mais cela lui convenait. Son existence ne semblait pas avoir de sens. Pas plus que le monde des humains ou bien même le Hueco Mundo. Il avait erré dans ce désert sans but ni ambition, le regard perdu à l'horizon pendant tant d'années.
Aizen avait finalement fait son apparition et avait témoigné sa volonté de le compter dans les rangs de son armée. Il était la seule personne dans toute son existence de Hollow à ne s'être jamais intéressé à lui. D'une certaine manière, il lui était reconnaissant. Et puis, il avait un objectif à atteindre maintenant, chose qu'il n'aurait jamais envisagé avant leur rencontre.
L'ex Shinigami avait su trouver les mots pour le rallier à sa cause et il s'était, par la même occasion, octroyé un guerrier de taille. La dévotion de l'Espada pour cet homme était sans équivoque jusqu'à l'arrivée de l'humaine. Jamais il n'avait remis en cause les actions de son Seigneur avant qu'elle ne fasse irruption dans sa vie…
S'éloignant du palais, les mains dans les poches de son hakama, le ténébreux se laissa aller à ses pensées. Celles-ci se portèrent sur son Maître, les étranges lignes noires sur sa peau et la perte de contrôle dont il avait été témoin. Bien qu'Aizen fasse de très nombreuses réunions, il n'informait pas les Espada de toutes ses prises de décision. En fin de compte, Ulquiorra dut reconnaître qu'il ne connaissait pas grand-chose de cet homme, pour ainsi dire presque rien. C'était un ancien Shinigami. D'une très grande puissance que l'Espada reconnaissait et admirait. Mais cela restait tout de même un ennemi naturel de son espèce.
Le temps fila rapidement sans même qu'il ne s'en aperçoive. Déjà les habitants de Las Noches commençaient à s'activer. Ses paupières se fermèrent avec lenteur. Il gorgea ses poumons d'oxygène avant d'expirer en un long souffle. Le silence et l'obscurité du désert étaient si reposants qu'il aurait apprécié y rester plus longtemps. Une fois sa cage thoracique vide, il rouvrit les yeux et tourna les talons. Aucune perte de temps ne serait tolérée. D'un sonido, il rejoignit le palais en quelques minutes pour se rendre dans les cuisines.
Aujourd'hui était un autre jour et la colère qu'Orihime avait ressenti la veille semblait s'être dissipée. Enfermée dans sa sinistre cellule, elle faisait les cent pas. Il n'y avait jamais eu rien d'autre à faire que de dormir ou d'observer la lune derrière les barreaux de sa fenêtre. Ses muscles s'atrophiaient par le manque d'exercice et le faible apport alimentaire de ces derniers jours. Semaines ? Mois ? Elle ignorait combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle était enfermée. Elle avait bien essayé de compter le nombre de petits-déjeuners qu'on lui apportait, mais elle en avait rapidement perdu le fil.
Des bruits de pas se firent entendre dans le couloir, la projetant hors de ses pensées.
C'est lui…
Comment se conduire devant cet Arrancar maintenant qu'elle avait osé le toucher ? Sans oublier qu'elle avait quand même été extrêmement familière. Agirait-il comme si de rien était ? La punirait-il pour cela ? Une vague immense et incontrôlable de peur la submergea alors. Toutes les certitudes sur l'Espada et la bonté de celui-ci se dissipèrent au fur et à mesure que les pas se rapprochaient. De manière précipitée, Orihime alla s'installer sur la chaise non loin de la table. A peine eut-elle le temps de s'asseoir que la porte s'ouvrit sur son bourreau.
Ce fut le cœur tambourinant dans sa poitrine qu'elle l'observa, figée. Les iris verts perçants de l'Espada accrochèrent ceux de l'humaine qui plutôt que de l'effrayer la firent se détendre. Elle n'y décelait aucune animosité. Aucun reproche. Il était tel qu'elle l'avait connu aux premiers jours. Cependant, il y avait quelque chose de nouveau. Un je-ne-sais-quoi qui la rendit de bonne humeur. Son cœur ralentit alors la cadence en même temps que le serviteur déposait une part d'omelette aux champignons avec quelques toasts grillés sur le côté. Rien de bien extravagant. Comme toujours.
« Femme, tu ferais mieux de finir ton…
- Je ne comptais pas refuser de manger », l'interrompit-elle.
Ulquiorra, peu habitué à la répartie de la captive, écarquilla imperceptiblement les yeux.
« Avec des cerises confites, une pointe de piment de cayenne et un peu de chocolat nappé sur l'omelette, ce serait vraiment délicieux ! » s'enthousiasma-t-elle sans lui laisser le temps de répliquer. « Oh, et puis, je ne serais pas contre une ou deux tranches de bacon… au sirop d'érable ! »
Cette femme est vraiment étrange, se mit-il à penser tout en l'observant dubitatif.
Un grand sourire éclaircit alors le visage de l'humaine. L'envie de manger ne tarda pas à se faire ressentir. Son estomac commençait peu à peu à se desserrer depuis la pâtisserie qui avait comme ravivé son appétit. Contre toute attente, elle prit ses couverts en main et découpa un morceau qu'elle porta à sa bouche.
La tristesse que le jeune homme avait décelé dans son regard la veille semblait la déserter aujourd'hui. Ce simple fait l'apaisa sans qu'il n'en prenne conscience.
Sa tâche accomplie, le serviteur se retira dans les cuisines. L'Espada allait lui aussi prendre congé lorsqu'il entendit une toute petite voix l'interpeller.
«Ulquiorra-sama ? Ne pourriez-vous pas rester pour une fois ? Je me sens… un peu seule face à mon assiette… »
Il coula un regard par-dessus son épaule tout en se remémorant les paroles de son Maître.
« Rends-lui régulièrement visite, rassure-la, crée un climat de confiance. Plus elle se sentira en sécurité, plus elle sera disposée à nous écouter et à rallier notre cause. »
Docilement, il accéda à la requête de la jeune femme qui ne put dissimuler son contentement. Les mains dans le dos, il se positionna avec lenteur de l'autre côté de la table, planté face à elle.
« Asseyez-vous, vous n'allez tout de même pas rester debout pendant que je suis assise ! »
Ulquiorra la dévisagea en silence quelques instants, puis tira finalement le siège libre qui meublait sommairement la cellule. Il s'y assit sans broncher. Ses iris émeraude se portèrent de nouveau sur la jeune femme qui engloutissait un morceau imposant de toast tartiné d'omelette. Le poids de son regard pesa si fort sur Orihime qu'elle leva les yeux en sa direction, bouche pleine. Le rouge lui monta aux joues. Un peu précipitamment, elle déglutit avant de toussoter pour montrer son embarras.
« Je… Pardon… Mais cela me met mal à l'aise que vous me fixiez de cette façon », dit-elle avec hésitation. Sentant la réplique acerbe pointer le bout de son nez, elle continua sans lui laisser de temps de réponse : « Ne voulez-vous pas m'accompagner ? »
Le sourcil de l'espada sembla légèrement s'arquer. Elle enchaîna, guillerette :
« Partageons mon repas, ce sera plus convivial !
- Je ne mange pas de nourriture humaine.
- Ah, mais que mangez-vous alors ? »
Au moment où elle termina sa phrase, elle sut qu'elle venait de dire une absurdité. Ses mots avaient précédé sa pensée. Ulquiorra sembla le comprendre à la mine déconfite qu'elle affichait à ce moment. Etait-elle toujours aussi étourdie ? A en juger par sa réaction, il ne lui sembla pas nécessaire de répliquer. Un faible soupir s'échappa de ses fines lèvres noires et il ferma délicatement les paupières pour ne pas l'incommoder davantage.
Il devait reconnaître qu'observer ses traits harmonieux ne lui était pas désagréable, bien au contraire. Comment se faisait-il, d'ailleurs, qu'il trouvait cette femme particulièrement attirante alors qu'il tenait l'espèce humaine en exergue ? Les pensées qui lui vinrent à l'esprit l'irritèrent et il essaya de les chasser de la même manière qu'elles lui étaient apparues.
Orihime, quant à elle, se sentait bête et ridicule. Idiote ! Idiote ! Idiote ! Ces mots tournaient en boucle dans son crâne. Elle semblait prisonnière de ses pensées, ce que l'Arrancar n'eut aucun mal à déceler, et ce, même les paupières closes.
« Je ne dévore plus d'âmes depuis plusieurs décennies » s'accorda-t-il à répondre pour essayer de sortir la jeune femme de sa stupeur.
Cet aveu eut l'effet escompté. Le charmant sourire reprit sa place sur le visage délicat et même si Ulquiorra ne pouvait l'apercevoir, il sentit qu'elle s'était détendue. Le silence retomba alors, mais ne dura pas plus de quelques instants.
« Ulquiorra-sama, pouvez-vous me décrire le paysage du Hueco Mundo ? Dans cette prison, je ne vois rien de plus que ce croissant de lune et je dois vous avouer que je suis curieuse de savoir ce que ses rayons peuvent bien éclairer.
- Ce n'est qu'un désert de sable, répondit-il, détaché.
- Ce doit être beau. J'aimerais bien le voir de mes propres yeux un jour. »
Son interlocuteur n'était pas du genre loquace, mais étrangement sa présence la comblait de joie. Elle avait tant espéré tenir une conversation avec l'Arrancar qu'elle n'allait pas laisser filer une si belle occasion !
« D'ici, je n'ai pas eu l'occasion de voir une seule étoile. N'y en a-t-il aucune ?
- Non.
- C'est dommage… Cela me manque d'admirer les constellations qui illuminent le ciel nocturne de mon monde. Surtout de ne pas pouvoir faire de vœux avec Tatsuki, ma meilleure amie, en observant les comètes qui embrasent le ciel d'été », confia-t-elle avec une pointe de mélancolie.
Faire des vœux ? Quel en était l'intérêt ? C'était bien là un comportement humain que de croire à ces superstitions affligeantes. Cependant, il sentit qu'elle essayait de se reprendre et de camoufler sa peine.
« Avez-vous des saisons ?
- Non, répondit-il plus sèchement qu'il ne l'aurait souhaité.
- Oh… »
Le ton de sa voix laissa percevoir de la déception. Au même moment, une sensation désagréable parcourut le corps de l'Arrancar. Etait-ce parce qu'il était à l'origine de ce sentiment négatif perçu chez l'humaine ? Comment se faisait-il, d'ailleurs, qu'il pouvait distinguer ses différentes émotions alors qu'il aurait été incapable de les analyser quelques jours auparavant ? Et pourquoi cela semblait-il l'affecter ? La peur, le mépris, le dégoût, la colère ou encore la surprise, celles-là, il les connaissait car il s'agissait des seules que les Hollows pouvaient ressentir. Bien qu'il n'eût jamais connu que le mépris, le dégoût et en de très rares occasions de la surprise, il pouvait cependant aisément reconnaître la tristesse chez cette humaine et cela l'incommoda.
Une nouvelle fois, Orihime essaya de dissimuler ses émotions négatives et prit une voix enjouée.
« Ma saison préférée est le printemps. C'est la période où la majorité des fleurs éclosent et libèrent leur parfum si apaisant. Il en existe une multitude avec des formes et des couleurs extraordinaires ! En retrouve-t-on dans votre monde ?
- Pas à proprement parler. »
Alors qu'elle s'était attendue à entendre un non laconique, la réponse la surprit agréablement.
« Pouvez-vous m'en dire plus ?
- Les resplandor oscuro sont d'une rareté absolue et n'ont ni odeur, ni couleur », répondit-il d'une voix monocorde.
L'humaine, suspendue à ses lèvres, attendait avec impatience la suite de la description. A ce moment, il rouvrit les yeux et croisa ceux pétillants d'Orihime. C'était la première fois qu'elle le regardait de cette manière et cela lui fit une drôle d'impression. Spontanément, il reprit la parole pour accéder à sa demande muette.
« On les nomme de cette manière car elles reflètent en plus grande intensité les rayons de lune par leurs pics semblables à une matière que vous nommez le quartz. Cela procure une source importante de lumière au sein même des ténèbres. Je n'en ai encore jamais vu, je ne saurai dire si leur existence relève du mythe ou de la réalité. »
Au fur et à mesure des mots prononcés, les lèvres de la captive ne firent que s'étirer. Jusqu'à maintenant, l'Espada n'avait encore jamais eu l'occasion d'admirer son sourire ou peut-être ne s'y était-il jamais attardé. Il l'apprécia malgré lui. Mais comment pouvait-il l'apprécier ? N'était-il pas supposé n'éprouver aucune émotion ? Qui plus est positive ? Au fond de lui, il s'agaça à cette pensée, mais la voix de la jeune femme le détendit presque instantanément.
« Vraies ou non, elles ont l'air absolument magnifiques, s'émerveilla-t-elle. Ce serait un véritable miracle si j'avais l'occasion d'en admirer une ! »
Orihime posa les coudes sur le rebord de la table et laissa son menton rejoindre la paume de ses mains. Ses yeux étaient levés vers le plafond, l'air rêveuse. L'Arrancar ne put s'empêcher de la trouver gracieuse dans cette position. Cela changeait du visage apeuré qu'elle avait l'habitude d'arborer. Ce n'était pas pour lui déplaire même si d'apparence il restait impassible.
« Je ne pense pas que cela vous intéresse, mais ma fleur préférée est une fleur qui se nomme l'iris frangé. Ses pétales sont blancs tout comme ses tépales à la différence que ces derniers sont mouchetés de violet et de jaune. Le parfum qu'elle diffuse est délicat et légèrement fruité. D'une certaine manière, elle aussi éclaire les ténèbres puisqu'elle est éclatante même dans les zones d'ombre… »
Orihime ressentait un besoin impérieux de parler et ne put s'arrêter. Cela lui faisait un bien fou de pouvoir bavarder avec quelqu'un. Encore plus avec l'homme qui obsédait ses pensées ces derniers temps. Il demeura cependant silencieux et aussi inexpressif qu'à l'accoutumée, mais cela ne découragea pas la jolie rouquine qui se lança dans un monologue à n'en plus finir. Ses bras s'agitaient dans tous les sens au fil de la discussion et son sourire ne quittait plus son visage. Parfois elle riait en se remémorant des moments heureux. A d'autres instants, un voile humide semblait recouvrir ses yeux anthracite à l'évocation de plus sombres souvenirs.
En temps normal, cette situation aurait profondément ennuyé l'Arrancar. Aujourd'hui, ce n'était pas vraiment le cas. La douce voix de l'humaine lui faisait du bien. Il devinait sans trop de difficulté que la solitude ainsi que l'ennui devaient lui peser sur les épaules. Alors il la laisserait parler aussi longtemps qu'elle en ressentirait la nécessité. De plus, ces voix dans son esprit s'en étaient allées à son plus grand bonheur. Bonheur ? Tss… Voilà qu'il raisonnait comme un humain maintenant.
Même si ce que pouvait dire cette femme était somme toute assez futile, il appréciait l'écouter. Il fit alors le vide dans son esprit. Et pour une fois, Ulquiorra perdit momentanément de vue la raison de sa présence. Il ne pensait plus à sa mission. Encore moins à Aizen. Durant l'espace d'un instant, il en oublia même l'essence de son être. Seul comptait cette femme dont il se plaisait à écouter les tirades et observer les traits de son habituel air apathique…
. . . . . . . . . . .
Un bip sonore et régulier résonnait dans la pièce d'un blanc immaculé, faiblement éclairée de quelques lumières artificielles. L'odeur de désinfectant emplissait l'air et prenait la gorge à qui n'était pas habitué. Les rideaux fermés ne laissaient passer aucun rayon extérieur à travers leurs rainures. De toute manière, la nuit sombre et sans éclat de lune s'était imposée. Le silence quasi-religieux, à peine perturbé par les bruits des moniteurs et d'une respiration assistée mécaniquement.
Des poches de solutions contenant un liquide translucide étaient suspendues à un pied à perfusion, tout près d'une tête de lit où un jeune homme reposait endormi. Les tubes reliés à son avant-bras faisaient s'écouler lentement le fluide au travers de ses veines pour rejoindre la circulation centrale et ainsi irradier son corps. De larges bandages entouraient sa poitrine qui se soulevait et s'abaissait au rythme de ses inspirations erratiques. Un drap léger à l'odeur de javel avec quelques notes d'orange recouvrait ses jambes.
Assis sur un fauteuil inconfortable, Ichigo Kurosaki s'était assoupi. La fatigue s'était emparée de lui contre son gré. Cela faisait plusieurs jours qu'il veillait son ami, attendant avec espoir son éveil. Des cernes avec quelques reflets violacés avaient pris place sous ses yeux.
Sans bruit, une silhouette se faufila dans la chambre et s'approcha, à pas feutrés, du chevet du malade. Elle considéra un instant le rouquin, qui, même dans son sommeil gardait ses sourcils froncés. Son attention se reporta finalement sur le jeune homme allongé dans son lit d'hôpital. Du bout des doigts, elle frôla le dessus de son unique main avant d'y apposer délicatement l'intégralité de sa paume. Aucune réaction n'étreignit le visage du châtain qui resta profondément endormi. Sans s'en rendre compte, un petit soupir s'échappa des lèvres de l'intruse. Elle l'observait dans le plus grand des silences, une moue navrée impossible à dissimuler. De dos au Shinigami remplaçant, elle ne pouvait le voir, mais sentit qu'il s'était éveillé.
« Comment va-t-il ?
- Toujours dans le coma », annonça-t-il sèchement.
Le silence retomba. L'atmosphère ne tarda pas à s'alourdir et l'air à se charger d'électricité.
« Pourquoi n'apparais-tu que maintenant, Kuchiki ? Ça va bientôt faire une semaine que Chad est dans cet état. »
Entendre son nom de famille à la place de son prénom de la bouche d'Ichigo la fit tiquer, mais elle préféra ne pas lui en tenir rigueur. Déjà qu'elle-même ressentait une immense peine à voir Chad dans cet état, elle n'osait imaginer ce que devait vivre Ichigo face à la situation de son meilleur ami. Ce qu'elle avait à lui annoncer n'allait, d'ailleurs, pas améliorer son état d'esprit.
« Crois-moi, j'aurais aimé venir bien plus tôt… Mais depuis la trahison d'Aizen les Shinigamis sont sous haute surveillance. L'état d'alerte est prolongé. Tout le monde est sous pression au Seireitei. Le commandant Yamamoto a interdit à quiconque de quitter la Soul Society sans autorisation préalable.
- Que fais-tu ici alors ?
- Avec l'aide de Kisuke et de Yoruichi, j'ai réussi à contourner le dispositif habituel. Personne ne sait que je suis sur Terre et mieux vaut que cela ne s'apprenne pas. Le commandant a décidé que j'étais trop impliquée pour pouvoir être envoyée ici. »
Il y avait une pointe d'anxiété dans la voix de la jeune Shinigami qui n'échappa d'aucune manière au rouquin. Son ton se radoucit alors et l'air devint un peu plus respirable.
« Pardonne-moi… Je suis sur la défensive depuis l'attaque des Espadas », avoua-t-il en passant l'une de ses mains derrière la nuque comme pour essayer de détendre ses muscles tendus.
« Je comprends… Mais avec l'aide de Tessai et les soins prodigués dans la clinique de ton père, cela devrait s'améliorer rapidement !
- Comment veux-tu que cela s'améliore ? Il ne retrouvera jamais son bras, Rukia. Que va-t-il devenir ? C'était la source même de son pouvoir. J'appréhende le moment où il se réveillera…
- Ce n'est pas de ta faute ! » anticipa-t-elle.
Elle fit face à Ichigo qui reposait encore assis sur le fauteuil. Ses yeux cherchèrent ceux du rouquin qui restaient posés sur Chad. La tristesse s'échappant de son regard lui compressa le cœur.
« Bien sûr que si ! J'aurai dû être là. Si j'étais arrivé quelques minutes avant, ça ne serait pas arrivé. Si j'étais resté avec lui. Si l'on avait passé la soirée ensemble. Si j'avais ressenti leur présence !
- Cela ne sert à rien de remuer le passé. Avec des si, on referait un monde et tu le sais bien. C'est malheureusement arrivé et tu n'en es pas le responsable, quoi que tu en dises ou penses. »
Le silence retomba. La culpabilité que ressentait Ichigo crevait les yeux et cela fit d'autant plus de peine à Rukia. Mais son temps dans le monde des humains était compté. Son absence ne tarderait pas à se faire remarquer. Il fallait qu'elle lui parle même si elle savait d'avance que ce qu'elle avait à lui apprendre lui ferait du mal.
« Ichigo… J'ai quelque chose d'important à t'annoncer. Mieux vaut que l'on s'éloigne de Chad. Cela risque de ne pas te plaire et je ne voudrais pas qu'il y ait de retombées sur lui. »
Devant l'air grave de la Shinigami, le rouquin préféra rester silencieux. Ces paroles… Ce visage fermé… Cela n'augurait rien de bon. Il sentit plusieurs vagues de chaleur irradier son corps signe d'un malaise causé par une anxiété grandissante. Son rythme cardiaque s'accéléra en parallèle de sa respiration.
D'un bond, il se redressa et se dirigea vers la sortie. La tête lui tournait légèrement. Depuis combien de temps ne s'était-il pas alimenté ? Peu importait…
Rukia, dans son gigaï, le suivit à la trace. Le trajet se déroula dans le plus grand des calmes, rythmé par les pas rapides d'Ichigo. Il ne pouvait empêcher son esprit d'imaginer le pire des scénarios catastrophes. Une fois à l'extérieur de la clinique, ils s'écartèrent de la porte principale pour laisser l'accès disponible. Ichigo fixa la jeune Shinigami, inquiet, avant de lui saisir les épaules.
« Parle maintenant !
- Une nouvelle chambre des quarante-six a été mise en place par le roi des esprits en personne. Ils interprètent l'attaque de l'Espada envers Chad comme une preuve flagrante qu'Orihime a rejoint l'armée d'Aizen. »
A ces mots, les muscles du corps d'Ichigo se raidirent. Ses yeux ne tardèrent pas à s'ouvrir ronds comme des soucoupes. Il recula d'un pas tout en relâchant l'étreinte sur la jeune femme.
« Pardon ?
- Malheureusement, tu as très bien compris. Orihime a obtenu le même statut que les anciens capitaines et fait désormais partie des cibles à abattre pour l'ordre des Shinigamis.
- C'est… C'est insensé… bredouilla-t-il sous le choc avant de laisser sa colère parler pour lui. Pour qui se prennent-ils ces enfoirés ?!
- Ichigo ! Tempère tes propos !
- Tempérer mes propos ? Alors qu'ils accusent ouvertement mon amie de traîtrise sans rien connaître de sa vie, de son caractère ni même de ses convictions ? Qui sont-ils pour se permettre de juger alors qu'ils n'ont qu'un point de vue extérieur à la situation ? Comment peuvent-ils sortir de pareilles élucubrations ? On nage en plein délire ! »
A cet instant, l'expression faciale d'Ichigo était indéchiffrable. Au fond de lui, il bouillonnait et eut bien du mal à contenir son trop plein d'énergie négative.
« Ils ont des preuves accablantes. Les deux Shinigamis qui escortaient Orihime ont été appelés à la barre pour apporter leur témoignage. Tout reste flou, mais ils se souviennent d'avoir été sauvagement agressés par une ombre avant de subitement perdre connaissance. »
La jeune femme torsadait convulsivement ses doigts au fur et à mesure des paroles prononcées. Le jeune homme, quant à lui, écoutait avec attention bien qu'effaré par la tournure que prenait la discussion. Elle enchaîna :
« Quand ils se sont éveillés, un halo d'énergie les enveloppait. Ils ont reconnu Orihime avant qu'elle ne poursuive, sans contrainte physique et ils ont bien insisté sur ce point, sa route avec la créature des ténèbres.
- Tu sais aussi bien que moi que si elle n'avait rien fait, probablement qu'ils seraient morts ! Et elle aussi par la même occasion. On n'a aucune idée de ce qui a pu se passer dans le Senkaimon ! Et ce n'est pas le témoignage de deux incompétents qui va changer quoi que soit !
- Il n'y a pas que cela. Une lettre a été retrouvée dans son appartement. »
Les sourcils du rouquin se froncèrent, l'air sévère. Rukia sembla appréhender la suite.
« Une lettre ? Pourquoi on ne m'en a pas tenu informé, bordel !
- C'est le capitaine Hitsugaya qui l'a découverte sur sa table de chevet. Le commandant Yamamoto lui avait ordonné de mener l'enquête sans ébruiter l'affaire…
- Qu'est ce qui est écrit ?
- Ce sont des aveux de trahison… »
Pendant l'ombre d'un instant, Ichigo crut que ses jambes allaient se dérober sous son poids. Son cerveau semblait s'être déconnecté de la réalité. Une chose était sûre, il ne supporterait pas d'entendre une nouvelle fois ce mot abject pour qualifier son amie.
« Impossible, essaya-t-il de se persuader les yeux dans le vague.
- C'est écrit noir sur blanc… »
Son attention se reporta sur Rukia qui frémit en sentant le poids de son regard.
« Impossible !
- C'est son écriture, Ichigo. Les juges ont donc voté à l'unanimité pour sa trahi…
- C'EST IMPOSSIBLE ! » aboya-t-il avant de venir encastrer son poing violemment dans le mur contre lequel la jeune femme était adossée.
La Shinigami resta quelques instants en état de choc avant de reprendre consistance.
« Idiot ! s'emporta-t-elle. Je t'avais dit que cette annonce n'allait pas te plaire, mais je ne m'étais pas imaginée que tu irais jusqu'à te blesser volontairement. » Son ton se radoucit alors. « Laisse-moi voir… »
Elle s'empara du poignet du Shinigami remplaçant qui se déroba aussitôt de son étreinte. Ce geste lui fit de la peine et elle se sentit soudain coupable de l'état dans lequel se trouvait l'humain. Peut-être aurait-elle dû lui parler avec plus de tact.
« Ichigo… Je suis avec toi et non contre toi. Il m'est impossible d'imaginer Orihime nous trahir. C'est évident qu'elle y a été contrainte peu importe la méthode employée. De plus, la majorité des capitaines ne partage pas non plus l'avis de l'hémicycle. Alors maintenant, laisse-moi regarder ! »
Avec délicatesse, elle reprit la main du Shinigami pour la tenir entre les siennes. Ses yeux s'attardèrent quelques instants sur les métacarpes. La peau était éraflée par endroits et les articulations légèrement boursouflées, mais rien ne semblait cassé. Aucune réaction de douleur n'étreignait le rouquin qui était comme anesthésié par la nouvelle. Elle enroula alors ses doigts par-dessous ceux du jeune homme pour le rassurer, mais d'une certaine manière pour se rassurer également.
Rukia soupira légèrement et cela le fit revenir à lui. La souffrance irradia du bout de ses doigts jusque dans son épaule, mais le contact de la Shinigami la lui rendit supportable. Ses yeux cherchèrent alors ceux améthyste qui se maintinrent baissés. La voix de la brune était douce, mais chevrotante :
« Au Seireitei, les tensions n'ont jamais été aussi étouffantes. Tout le monde suspecte tout le monde. Les confrontations entre les divisions n'ont jamais été aussi nombreuses et violentes... »
Ses mains reposaient toujours contre celle de son ami qui put ressentir l'anxiété de la jeune femme malgré la souffrance. Les mots semblaient douloureux à prononcer, mais elle continua :
« Les capitaines ont de plus en plus de mal à se faire respecter de leurs hommes, ils sont complètement dépassés par la tournure que prennent les événements. La situation devient instable et chaotique. D'une certaine façon, je pense que c'est ce qu'Aizen recherchait en instillant le doute et la défiance au sein même de notre groupe. Si cela continue, il va finir par nous diviser même exilé dans une autre dimension.
- Qu'a prévu de faire le conseil ? questionna le jeune homme sans s'alarmer de la situation du Seireitei.
- Je l'ignore. Les réunions sont en huis-clos et les capitaines ont eu ordre de ne rien révéler. Tout ce que je sais, c'est que le commandant appelle au calme et à la sérénité. D'après le capitaine Ukitake, il y a de nombreux non-dits. La garde royale a été renforcée, mais aucune action contre Aizen ne semble être prévue. Du moins, pas à ma connaissance. »
Une lueur de fureur traversa le regard d'Ichigo avant que ses muscles ne se raidissent un peu plus. La jeune femme en eut un frisson glacial qui lui parcourut l'échine. Elle détourna les yeux.
« Comment peuvent-ils rester les bras croisés face à cette abomination ? Il croit quoi, le vieux ?! Qu'Aizen va rester bien sagement dans les ténèbres et se contenter du Hueco Mundo ? questionna-t-il d'un ton caustique, les traits courroucés.
- Bien sûr que non. Il n'est pas né de la dernière pluie ! Mais comme je te disais, il subsiste des zones d'ombre. Impossible d'obtenir d'informations des capitaines et eux-mêmes n'ont même pas toutes les réponses à leurs interrogations, se plaignit-elle. Ukitake m'a tout de même confié que cela se jouerait plus haut dans la hiérarchie, au niveau du roi des esprits. Mais il est resté très évasif… »
Les yeux améthyste se braquèrent sur ceux du rouquin suivis d'un long soupir désespéré avant de continuer, fébrile :
« Quelque chose de terrible se prépare, je le sens... Mayuri analyse régulièrement le flux de Hollows qui circule entre le monde des humains et le Hueco Mundo. Pour la première fois depuis des centaines d'années, il semblerait que le nombre de ces derniers est en nette diminution voire quasi nul suite à l'enlèvement d'Orihime.
- Oui. Je l'ai remarqué également... »
Le shinigami se dégagea avec douceur du contact de son amie, un éclat déterminé qui brûlait au fond de la rétine. De sa main valide, il replaça une mèche de cheveux qui barrait le visage blême de la jolie brune. Il reprit :
« Mais je refuse de rester sans rien faire ! Dès que Kisuke aura trouvé le moyen de me faire passer au Hueco Mundo quoi qu'en dise ou quoi que fasse les Shinigamis, je m'y rendrai. Ça m'est insupportable d'imaginer Orihime aux mains de ces monstres !
- Je le sais que trop bien et je t'y accompagnerai. »
La réponse sembla surprendre Ichigo. La jeune femme n'était pas du genre à outrepasser les lois sans de solides arguments. La savoir à ses côtés, prête à l'épauler apaisa momentanément son mal-être.
« Merci Rukia… » souffla-t-il avant de s'avancer pour la prendre dans ses bras.
La Shinigami se laissa aller à cette étreinte. Sentir le corps du jeune homme contre elle la fit se sentir mieux tant et si bien qu'un faible soupir de soulagement lui échappa. Malheureusement, le temps manquait et les longues démonstrations affectives n'y avaient pas leur place.
« Je dois retourner au Seireitei avant que l'on ne s'aperçoive de mon départ. Si j'ai de nouvelles informations, je trouverai un moyen de te tenir informé. »
Elle se détacha de son ami avec regret. D'un mouvement, elle pivota sur elle-même et commença à s'éloigner. Avant de disparaître dans la nuit épaisse, elle lança un dernier regard au rouquin, un petit sourire en coin.
« A bientôt, paysan. »
. . . . . . . . . . .
Cela faisait plus d'une heure qu'Ulquiorra écoutait l'humaine sans en avoir l'air ennuyé. Pour preuve, le temps semblait s'être écoulé plus vite qu'il ne se l'était imaginé. Ce n'est que lorsque le serviteur revint chercher les couverts vides qu'il en prit conscience. Ses yeux se reportèrent sur lui, froids et sans vie. L'adolescent resta statique sur le seuil de la porte, attendant patiemment que son supérieur ne lui accorde le droit d'entrer. Un bref hochement de tête suffit à l'y autoriser. Aussitôt, il débarrassa la table sans même chercher à comprendre la raison qui avait poussé l'Arrancar à rester auprès de l'humaine. Après tout, cela ne le regardait pas et plus loin il se tenait des affaires d'autrui, mieux il se portait.
Avant de partir, il se pencha respectueusement en direction de l'Espada, se redressa et jeta un regard furtif à Orihime qu'il cherchait à fuir depuis qu'il lui avait adressé la parole. Sans demander son reste, il disparut dans les couloirs.
Peu de temps après, le ténébreux se leva en silence.
« Je reviendrai pour ton prochain repas.
- Merci de m'avoir écoutée Ulquiorra-san » répondit-elle avec un profond sentiment de reconnaissance.
Le Cuarto notifia intérieurement l'emploi du suffixe "san" plutôt que l'habituel "sama", mais décida de ne pas le lui faire remarquer. Comme simple réponse, la jeune femme obtint un léger hochement de tête avant que la porte ne se referme. Une fois celle-ci verrouillée, l'Arrancar l'observa un bref instant. Curieuse matinée que celle qui venait de se dérouler. Se tirant de ses pensées, il prit le chemin des escaliers pour vaquer à ses occupations.
Après quelques minutes de marche, il sentit une présence non loin de lui. L'aura inspirait puissance et sérénité. Elle semblait venir à sa rencontre. Sans surprise et au détour d'un couloir apparut la propriétaire du reiatsu. Les deux Arrancars arrêtèrent leur marche respectivement, se retrouvant l'un face à l'autre.
« Ulquiorra, fit la voix féminine en inclinant légèrement la tête en guise de salutation.
- Tia. »
La tête du Cuarto s'abaissa de la même manière. Cette femme à la peau mate et à la chevelure d'or imposait le respect. Sa puissance, d'après son rang octroyé par Aizen, était supérieure à celle de l'Espada et pour cela il la tenait en estime.
De son habituel ton sérieux, elle reprit la parole :
« Une réunion se tiendra en milieu d'après-midi. La présence de l'humaine est requise par Maître Aizen en personne.
- Bien. »
Ses yeux verts d'eau fixèrent un instant ceux d'émeraude avant qu'elle ne reprenne son chemin, le ténébreux faisant de même. Néanmoins, après avoir dépassé l'Arrancar de quelques mètres, elle stoppa ses pas. Ulquiorra s'arrêta à son tour. Ils restèrent de dos, statiques.
« Je ne saurai trop te conseiller de la préparer du mieux possible à l'entrevue. » finit-elle par déclarer avant de disparaître dans la pénombre.
Le jeune homme reprit également sa marche et réfléchissait à la dernière phrase de l'Espada. Ce qu'elle venait de dire n'était pas dénué d'intérêt, bien au contraire. Même s'il ne connaissait pas l'aboutissant de la réunion, une mise au point avec la captive ne serait pas de trop. Aussi bien pour Aizen-sama que pour le bien-être de l'humaine.
Instinctivement, il s'arrêta d'avancer, surpris par ses pensées. Le bien-être de l'humaine ? Depuis quand cela lui était-il d'une quelconque importance ?
...
Re'
Bon, on avance doucement dans la relation, mais sûrement… Ulquiorra s'ouvre de plus en plus à ses émotions (sans le montrer - toujours - et même s'il n'en prend pas totalement conscience [à moins qu'il y ait une part de déni ?]). L'histoire, quant à elle, fait de petits pas et suit son bonhomme de chemin. C'était un chapitre un peu plus relax que le précédent, qui j'espère vous aura plu.
N'hésitez pas à me laisser une petite trace de votre passage, rien ne me ferait plus plaisir, je vous le garantis ! Je suis comme une enfant qui reçoit un merveilleux cadeau de Noël lorsque vous me laissez une review. (En plus, c'est l'anniversaire de la fiction… ouais… ok… c'est dépassé depuis 2 mois, mais quand même ! )
A bientôt
Farouche.
