Bonjour !
Voici mon chapitre 17 comme à l'habitude, excusez mon retard ! Le chapitre 18 risque d'être moins long à venir, je l'ai déjà en grande partie écrit.
Capìtulo diecisiete : Une réunion au sommet
Pour répondre aux reviews anonymes :
Lizeldia : Arf, je vois que je ne m'arrange toujours pas d'un point de vue temps de publication, mais j'espère au moins que l'attente en vaut la peine. On commence à rentrer tout doucement dans une perspective de romance, ça y est. Tu me diras, on est au chapitre 17, quand même ! Merci pour tes reviews qui me font toujours aussi plaisir (et c'est un euphémisme).
Rosi : Merci pour tes encouragements et tes compliments ! Ne t'inquiète pas , c'est prévu que je la termine même si je dois y mettre le temps.
Alya : Je suis flattée par tes compliments qui me vont droit au coeur ! Tu dois y passer un temps monstrueux à tout relire ! Merci de t'être manifestée, ça me remplit toujours autant de joie d'avoir des retours de mes lecteurs.
Trêve de blabla, je vous laisse découvrir.
Bonne lecture à tous-tes
« As-tu compris ?
— Oui…
— Alors répète. »
Les mots, prononcés d'une voix de marbre, s'élevèrent dans le couloir, se perdirent dans sa profondeur avant de revenir aux oreilles d'Orihime dans un écho plutôt désagréable. La jeune femme n'appréciait guère se faire dire quoi répondre d'autant qu'elle n'y accordait aucun crédit. C'est sans enthousiasme qu'elle réitéra les paroles qu'Ulquiorra lui avait imposé de prononcer :
« Je suis loyale à Maître Aizen. Mon âme, mon corps ainsi que mes pouvoirs n'appartiennent qu'à lui et à lui seul. »
Sa voix lasse sonna particulièrement fausse pour le ténébreux qui ne put réprimer un bref soupir d'affliction. Comment pouvait-il la préparer convenablement pour l'entrevue si elle-même ne semblait pas convaincue par ses propos ? Ne voyait-elle pas qu'il essayait d'agir dans son intérêt ?
Distant de quelques pas, les mains dans le dos, il avançait tout en réfléchissant aux différentes éventualités de cette réunion au sommet. Derrière lui, Orihime traînait des pieds, inquiète. Plus loin elle se tenait de ce Shinigami, mieux elle se portait. Mais voilà qu'aujourd'hui, il fallait qu'elle affronte son regard doucereux empreint de violences latentes et ses paroles mielleuses qui sonnaient comme des affronts.
Régulièrement depuis sa captivité, elle se demandait quel pouvait bien être son rôle dans toute cette histoire. D'après elle, ses pouvoirs n'avaient que bien peu d'intérêts. Ils lui servaient tout juste à se défendre et à panser des blessures. Alors peut-être désirait-il qu'elle soigne les membres de son armée ? Ou ne servait-elle qu'à déstabiliser ses amis ? Est-ce qu'Aizen lui réservait un destin plus sombre qu'elle ne pouvait concevoir ? Et puis, depuis combien de temps était-elle enfermée dans cette forteresse monochrome ? Les yeux dans le vague, la rouquine se posait tout un tas de questions qui resteraient certainement encore un moment sans réponse.
« A quoi penses-tu ? » interrogea brusquement Ulquiorra après quelques minutes de silence.
Orihime sursauta à l'interpellation. Cela la fit sortir abruptement de ses songes.
« A rien, s'empressa-t-elle de répondre.
— Inutile de mentir. »
Sans qu'elle ne sache pourquoi, ses pommettes s'échauffèrent et prirent une teinte rosée. Pouvait-il lire à travers ses pensées ? Ou était-elle si mauvaise comédienne ?
« Je… je me demandais juste depuis combien de temps j'étais retenue ici.
— Un mois dans ton monde humain, ce qui équivaut à dix jours au Hueco Mundo.
— Un mois… », murmura-t-elle tristement avant de reprendre à voix haute : « Le temps ne s'écoule pas de la même manière ? »
— Non. Les lois temporelles qui régissent nos deux mondes ne sont pas les mêmes. Le Hueco Mundo est la dimension dans laquelle le temps s'écoule le plus lentement, puis vient la Soul Society et le monde des humains. »
La jeune femme acquiesça tout en maintenant son regard baissé sur le sol en pierre brute du palais. Un mélange d'étonnement et de chagrin parcourait son corps frêle. Cela faisait déjà un mois qu'elle s'était absentée de son monde… Au plus profond d'elle, elle fut attristée de ne pas avoir de nouvelles de ses amis… S'ils n'étaient pas venus depuis tout ce temps, alors ne viendraient-ils peut-être jamais. Cette constatation lui fit de la peine, mais elle se sentait tout de même soulagée. Au moins ne risquaient-ils pas leur vie par sa faute. Cela suffit à apaiser sa tristesse et lui mettre un peu de baume au cœur.
Malgré tout, une question restait en suspens dans son esprit. Elle hésita quelques instants avant de continuer, peut-être pourrait-il lui en apprendre un peu plus.
« Je me demandais aussi quelle pouvait être la raison de ma présence ici.
— Et ce n'est que maintenant que tu t'en préoccupes ? »
Les sourcils d'Orihime se froncèrent et son corps se raidit l'espace d'un instant. Elle resta interdite face à cette remarque désobligeante. Pourquoi la conversation prenait-elle une tournure désagréable alors qu'elle avait été particulièrement réjouissante plus tôt dans la matinée ? Ulquiorra, quant à lui, remarqua qu'il venait de contrarier l'humaine et put même visualiser la moue boudeuse qu'arborait son visage sans avoir besoin de se retourner.
Tout s'était si bien déroulé le matin, mais depuis qu'il était venu la chercher dans sa cellule pour l'emmener dans la salle de réunion, il ne semblait plus être le même…
# Quelques instants plus tôt…
Allongée sur son lit, Orihime sortit de son demi-sommeil en entendant, dans le couloir, les bruits de pas de son geôlier. Sans difficulté, elle pouvait différencier la démarche du Cuarto de celle des autres Arrancars. Sa seule présence lui fit éprouver de la joie, chose qu'elle n'aurait jamais pu envisager auparavant. Depuis qu'il avait quitté sa cellule, son esprit et son corps ne souhaitaient qu'une seule chose : le revoir.
Avoir eu l'occasion de parler, mais surtout de trouver une oreille attentive avaient agi comme un remède à sa détention morose. La routine qui s'était installée allait peut-être prendre fin, pour son plus grand bonheur.
La jeune femme se redressa calmement et s'installa au rebord de sa banquette. Ses lèvres fendaient un peu plus ses joues rosées à mesure que les pas se rapprochaient. Du plat de la main, elle ajusta les pans de sa robe pour en enlever les plis disgracieux puis replaça ses quelques mèches rebelles à l'arrière de ses oreilles. S'apprêter pour l'Arrancar, même dans ces conditions misérables, lui semblait avoir son importance. Lorsqu'elle entendit la clé pénétrer la serrure, son cœur, soumis à l'excitation, profita de l'occasion pour s'emballer.
La porte s'ouvrit enfin et au moment où le ténébreux dépassa le cadre, ses yeux éteints ainsi que la sévérité de ses traits frappèrent la rouquine qui perdit instantanément son sourire. Malgré l'inexpressivité de son visage, la jeune femme ressentit quelque chose de différent. A priori, cela n'augurait rien de bon. Elle resta interdite, attendant patiemment qu'il ne lui expose la raison de sa venue puisqu'apparemment il ne s'agissait pas d'une visite de courtoisie.
« Aizen-sama te requiert. »
Ce furent les seuls mots qu'Ulquiorra décocha avant de tourner les talons et se diriger à l'extérieur de la cellule. Décidément, c'était à n'y rien comprendre. La veille, il avait été agressif puis s'était adouci. Ce matin, il avait été à l'écoute et semblait avoir apprécié la discussion et voilà que maintenant, il paraissait aussi distant qu'au jour de leur rencontre dans le Senkaïmon. La porte demeura ouverte et Orihime, perplexe, ne bougea pas d'un iota.
« Maintenant. » lui ordonna-t-il sèchement.
La voix dure fit frissonner la jeune femme qui se leva d'un bond pour rejoindre son geôlier. Son organe vital tambourinait dans sa poitrine, mais cette fois-ci, la crainte en était le moteur. A peine était-elle arrivée à sa hauteur qu'il s'éloigna. Elle le suivit sans gaieté de cœur, le souvenir de sa dernière escapade lui revenant en mémoire. Pour seules réponses, son estomac se contracta, sa respiration s'accéléra et son reiatsu commença à osciller. Ulquiorra, malgré son impassibilité, remarqua la nervosité qui s'accumulait dans le corps de la rouquine et en fut embarrassé. La sentir dans cet état de stress intense ne le satisfaisait pas. Tia Hallibel avait raison, il devait la préparer à l'entrevue s'il voulait lui éviter la syncope.
« A qui appartiens-tu, femme ? »
De dos, il put ressentir le poids du regard anthracite peser sur ses épaules. Maladroitement, il cherchait un moyen de l'apaiser en lui donnant les outils nécessaires au bon déroulement de la réunion, mais cela ne fit que renforcer son malaise.
« Réponds, la pressa-t-il.
— A Aizen-sama, répliqua-t-elle, résignée.
— A qui appartiennent tes pouvoirs ? Ton corps ? Ton âme ?
— A Aizen-sama.
— Lui es-tu loyale ?
— Oui, acquiesça-t-elle sans entrain. » #
Le calme, impérial, siégeait maintenant en Maître dans les longs couloirs immaculés. Chaque pas supplémentaire dans ces grands dédales blancs rendait l'atmosphère un peu plus oppressante. Ulquiorra ignorait quel comportement adopter, ni quelle parole prononcer pour adoucir les tensions. Après quelques minutes, il se décida tout de même à briser la glace.
« J'ignore ce que te réserve Aizen-sama. De toute manière, tu le découvriras bien assez tôt.
— Tant que ça permet de préserver mes amis, ça me convient très bien ! » s'engaillardit-elle.
Ils marchèrent quelques foulées sans un bruit. Puis une question vint tarauder l'esprit d'Ulquiorra qui ne put se retenir de la poser.
« Pourquoi as-tu accepté de te sacrifier pour ces déchets ?
— Ce ne sont pas des déchets, ce sont mes amis ! » répondit-elle, irritée.
Le jeune homme resta stoïque à cette remarque, continuant son chemin comme s'il n'avait rien entendu. A chaque fois qu'il abordait le sujet des humains, cela avait le mystérieux don de la faire sortir de ses gonds. Jamais elle ne s'énervait quand il était question de son sort, mais lorsqu'il parlait de ses amis et qu'il les appelait « les déchets », l'attitude d'Orihime changeait du tout au tout.
« Tu ne m'as pas répondu. Pourquoi as-tu accepté de te sacrifier pour ces déchets ?
— Mes amis ! »
Orihime venait de hurler. Le ténébreux stoppa ses pas tout comme l'humaine qui préféra garder une distance de sécurité de quelques mètres. Une boule d'angoisse se forma dans son estomac, cela avait été plus fort qu'elle et maintenant elle risquait de s'en mordre les doigts.
« Si tu ne veux pas t'attirer de problèmes, mieux vaut que tu ne t'emportes pas de la sorte devant Aizen-sama, » lui conseilla-t-il de sa voix monocorde.
A ces paroles, il reprit sa marche et Orihime mit un moment avant de lui emboîter le pas, étonnée. Le silence s'étira encore pendant quelques minutes. Comme pour se faire pardonner de son emportement, elle consentit à répondre à sa question.
« Je ferai tout pour sauver mes amis, » dit-elle en accentuant la fin de sa phrase. « Je sais très bien que je ne suis pas puissante, que je ne peux pas les aider sur le champ de bataille autrement que par mes pouvoirs de guérison, mais si j'avais à choisir entre ma vie et la leur, c'est la mienne que je sacrifierais. Sans hésitation. L'amitié que je leur porte est sincère, ils sont ma seule famille depuis le décès de mon frère. »
Sa voix s'étrangla un instant par l'émotion, puis elle reprit après une longue inspiration :
« Ils ne m'ont jamais abandonnée même si je peux parfois être exaspérante. Ils me soutiennent dans mes choix, dans mes décisions et ont toujours été là pour moi.
— Et crois-tu qu'ils apprécient de te savoir ici ? »
Interloquée par la question, Orihime arqua les sourcils. Ses doigts fins chiffonnèrent nerveusement les pans de sa robe. Qu'essayait-il de lui dire ?
« Non… Je… Je ne pense pas… mais je ferai tout pour les préserver. Il est déjà arrivé tant de malheurs aux gens que je porte dans mon cœur que les savoir en danger me rendrait malade. »
Elle prit une nouvelle grande inspiration avant d'ajouter avec détermination :
« Je préfère encore mourir que de ne rien faire pour essayer de les préserver.
— Et que connais-tu de la mort ?
— Assez de choses pour l'avoir côtoyée depuis mon enfance. Et assez pour dire que je ne survivrai probablement pas encore à la perte d'un proche… »
A cet aveu, Ulquiorra sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Son front se plissa légèrement et ses lèvres s'incurvèrent vers le bas sans qu'elle ne puisse le voir. Etait-ce de la contrariété qu'il ressentait ? L'humaine enchaîna :
« … que ce soit Ichigo, Rukia, Tatsuki, Uryû ou Chad…
— Chad, est-ce l'humain aux bras armés ? L'interrompit-il.
— Oui… Pourquoi ? »
Il y eut un silence pesant puis le ténébreux stoppa ses pas devant une monumentale porte en granit.
« Nous sommes arrivés. »
Il attendit que la jeune femme soit à sa hauteur pour lui jeter un regard de biais. Orihime leva la tête pour accrocher ces pupilles émeraude inexpressives aux siennes. Ce qu'elle vit lui apporta un sentiment de réconfort même si l'angoisse grandissait. Un faible sourire vint illuminer son visage d'une beauté resplendissante. Même apeurée, elle gardait son éclat.
« N'oublie pas de t'incliner devant lui, » poursuivit le Cuarto.
A la fin de sa phrase, il posa sa main d'une extrême pâleur sur la pierre et reporta son regard froid devant lui.
« Tu n'as aucune inquiétude à avoir si tu réponds correctement aux attentes de Maître Aizen, » déclara-t-il d'une voix posée et étrangement rassurante.
L'Arrancar sembla vouloir ajouter quelque chose, mais se résigna au dernier moment face à l'humaine qui restait suspendue à ses fines lèvres noires. A la place, il donna l'impulsion qui fit s'ouvrir les battants. L'Espada ne jugea pas utile de signaler leur présence, Il devait déjà l'avoir ressentie. La lumière s'infiltra dans la pénombre du corridor et fit plisser les paupières de la rouquine. Par réflexe, elle porta son avant-bras sur son front pour se protéger les yeux. Le Cuarto s'avança et elle le suivit à l'aveugle avant que sa rétine ne s'habitue au flux important de photons.
Dans cette salle et comme partout dans l'édifice, le blanc dominait l'espace. Aucune couleur ne venait jamais contraster ce palais d'une pureté discordante en comparaison du monde lugubre auquel il appartenait. Et même les lueurs des flambeaux aux étonnants reflets blancs n'étaient pas aussi chaleureuses que dans le monde humain.
Resplendissant, Aizen présidait au bout d'une imposante table de marbre blanc veiné de noir, faisant face aux deux nouveaux venus. Un sourire arrogant étira ses lèvres lorsqu'il posa ses yeux sur Orihime qui baissa aussitôt les siens. Assis à sa droite se tenait Gin et à sa gauche Tōsen. La grande majorité des Espadas attendait avec plus ou moins d'impatience l'arrivée des derniers retardataires. L'humaine fut la cible de toute une myriade de regards agressifs, ce qui la mit mal à l'aise. Son visage se décomposa et elle devint aussi pâle qu'un linge.
Ulquiorra, à ses côtés, inclina légèrement le buste ce qu'elle ne tarda pas à mimer, un peu maladroitement. Grimmjow, présent à la table, pesta en maugréant des mots incompréhensibles ce qui le fit s'attirer les foudres de Tia. Elle n'appréciait guère son comportement belliqueux ni même celui des autres membres de son espèce, particulièrement ceux des mâles. Szayel, quant à lui, ne pouvait s'empêcher de détailler la jeune femme de la tête aux pieds, un petit sourire en coin. Cela n'échappa aucunement au Cuarto qui braqua son regard de glace en sa direction. A moitié endormi, Stark ne prit même pas la peine de reporter son attention sur ce qui retenait celle des autres, ces derniers fixant l'humaine comme une proie à dévorer.
Sentir tous ces regards malsains sur sa personne la fit se sentir fébrile. Sa respiration agitée devint de plus en plus irrégulière et ses mains moites commencèrent à trembler. Pour se donner du courage, elle serra les poings si fort que les jointures de ses doigts s'en éclaircirent. Obnubilée par la lutte intérieure entre ses sentiments de peur et les répercussions que cela générait sur son corps, elle en négligea ses sens…
Un Arrancar manquait à l'appel et il fit son entrée avec nonchalance sous les yeux incrédules des autres membres de l'Espada. Il s'avança calmement en direction de l'humaine et se posta à quelques centimètres derrière elle. D'un mouvement particulièrement lent, il se pencha en avant pour venir lui effleurer l'oreille de ses fines lèvres étirées en un sourire carnassier.
« Bonjour, princesse… »
Orihime crut que ses jambes allaient se dérober sous son poids lorsqu'elle sentit ce souffle chaud et nauséabond venir lui caresser la peau de son visage. Le sang qui circulait dans son corps se figea instantanément tout comme sa respiration. Cela amusa terriblement le nouveau venu.
« Contente de me revoir ? » lui susurra-t-il au creux de l'oreille.
Les muscles de la jeune femme se raidirent un peu plus. Elle ne put amorcer le moindre mouvement ni même répliquer, totalement pétrifiée. De ses oreilles jusqu'à la base de son cou, l'Arrancar fit doucement glisser son nez par-dessus ses longs cheveux fauves. Il inspira fort afin de capturer la moindre particule de leur délicate odeur et son sourire s'élargit un peu plus. La gorge de la captive se noua et elle crut qu'elle allait vomir d'effroi.
Au loin, Szayel assistait à la scène, particulièrement amusé. De la poche de son vêtement, il sortit un calepin dans lequel il griffonna quelques notes à l'abri des regards.
Sans pouvoir observer ce que cet énergumène faisait dans son dos, Orihime sentit une de ses gigantesques mains s'approcher de sa nuque. Elle ferma les yeux de toutes ses forces, espérant se matérialiser loin de cet enfer, mais surtout loin de cette ordure. Les doigts crochus eurent à peine le temps de frôler sa chevelure qu'une main blême enserra le poignet de l'importun.
« Je ne te le conseille pas, Nnoitra, » articula Ulquiorra sans hausser le ton, mais d'une voix particulièrement menaçante.
— Voyez-vous ça, Monsieur au service de sa Demoiselle, » railla ce dernier à voix haute afin d'en faire profiter l'assemblée. Son attention se reporta finalement sur le Cuarto. Il lui murmura, une lueur perverse dans le regard : « Tu ne pourras pas toujours la protéger. Et le jour où tu baisseras ta garde, crois-moi, je serai là. »
L'emprise d'Ulquiorra sur Nnoitra se renforça à tel point que les os de son poignet craquèrent, prêts à céder. Pour la première fois de sa vie de Hollow, une colère sourde s'empara de son corps. Bien décidé à lui faire ravaler ses paroles, il accentua la pression afin de lui broyer l'articulation. Le Quinto grimaça avant de faire gonfler son reiatsu qui, aussitôt, se fit souffler par une aura aussi furtive qu'écrasante. Le ténébreux relâcha violemment l'Espada et rattrapa de justesse Orihime qui perdit connaissance. Ses bras puissants encerclèrent sa taille fine avant qu'elle n'ait le temps de s'écrouler au sol. Tous se retournèrent vers Aizen qui venait de se lever de son imposant fauteuil, le regard sombre.
« Cela a assez duré ! Ne pouvez-vous donc pas cesser d'agir comme des animaux ? »
Une aura malsaine flottait dans l'atmosphère, particulièrement pesante. Affligé, l'ancien Shinigami laissa s'échapper un long soupir. Nnoitra rumina son humiliation et n'eut d'autre choix que de prendre place aux côtés de Starrk et de Tia. Le renégat se détendit finalement et reprit son impartialité. De ce fait, les tensions se relâchèrent et l'air devint plus respirable.
« Ulquiorra, veux-tu bien la faire s'assoir à mes côtés ? »
La jeune femme, n'ayant pas supporté le bref reiatsu libéré par Aizen, recouvra difficilement ses esprits. Un sourire au coin des lèvres, ce dernier scruta l'Arrancar qui demeura impassible et aida Orihime à se remettre sur pied. Chancelante, ses pas la portèrent auprès de Sa Seigneurie pendant que le Cuatro rejoignait sa place entre Starrk et Tōsen. Elle s'installa péniblement près d'Aizen, écrasée par son incroyable prestance. Il reporta son attention sur elle puis lui sourit chaleureusement. Sa main se posa sur son épaule et elle déglutit avec peine tant son magnétisme ne la laissait pas indifférente.
« Ma douce enfant. Je te prie de bien vouloir excuser le comportement indélicat de mes hommes de main. Loin de là l'idée de t'effrayer. » Il se rassit calmement et relâcha la pression sur l'épaule d'Orihime qui se détendit presque instantanément. « Tu fais partie de la famille maintenant et tu ne mérites en aucun cas que l'on te traite comme une ennemie. »
Tout en poursuivant son discours, Aizen jeta un regard circulaire sur ses troupes. Aucun geste déplacé ne serait toléré et il désirait s'assurer de la bonne compréhension du message. Son regard calculateur se reporta de nouveau sur l'humaine.
« Mais rassure-moi, tu es bien l'une des nôtres, n'est-ce pas ? » demanda-t-il d'une voix de miel.
La belle rousse fixa brièvement Ulquiorra, cherchant son assistance. Un clignement d'œil accompagné d'un bref hochement de tête lui donna le soutien dont elle semblait avoir besoin.
« Oui Maître Aizen. Mon âme, mon corps ainsi que mes pouvoirs n'appartiennent qu'à vous et à vous seul, déclara-t-elle avec nervosité en torsadant ses doigts.
— Parfait ! C'est tout ce que je désirais entendre, se congratula-t-il. Par conséquent, tu t'entraîneras au combat avec Ulquiorra et lorsque je jugerai que tu auras fait assez de progrès, tu reviendras auprès de moi pour me prouver ta loyauté. »
L'intéressé ne pipa mot, mais un rire sardonique se fit entendre.
« Un problème Grimmjow ? » demanda Tōsen, sévère et la main sur la garde de son arme, prêt à bondir.
La sensation douloureuse de son bras arraché se rappela violemment à sa mémoire et le bleuté reprit aussitôt son calme. Le silence de nouveau présent, Aizen poursuivit :
« Si je vous ai rassemblés en ce jour, c'est en partie car je souhaitais vous tenir informés des derniers éléments recueillis sur le Shinigami et ses amis humains. »
A peine Orihime eut-elle le temps d'intégrer l'information sur l'entraînement que son attention se porta sur le renégat. Lorsqu'il ressentit le regard de la jeune femme peser sur ses traits, ses lèvres s'élargirent un peu plus. Une mèche châtaine lui tombait entre les yeux et ses doigts avaient déjà rejoint son menton sur lesquels il s'appuya avec élégance.
« Ulquiorra. Nous t'écoutons. »
Bien que surpris, le ténébreux n'en montra aucun signe physique. Il se leva pour prendre la parole, mais une boule au niveau de l'estomac vint l'incommoder. Que lui arrivait-il ? Etait-ce l'appréhension de relater sa journée passée sur Terre en présence de l'humaine ? Non. Ce devait être autre chose…
« Eh bien. Qu'attends-tu ? » s'impatienta le Seigneur des lieux, le coupant dans sa réflexion.
Tous le fixaient avec attention et curiosité alors il se décida à parler.
« A l'heure d'aujourd'hui, les humains n'ont aucun moyen de rejoindre notre monde. Cependant, ils progressent vite et ont acquis de nouveaux pouvoirs… » Sa voix était placide, mais pendant la transmission de son rapport, le Cuarto dut se faire violence pour éviter de poser ses yeux sur Orihime qu'il sentait se crisper de plus en plus sur sa chaise. « Il semblerait que Kurosaki soit devenu une créature mi-Hollow et mi-Shinigami. »
Des cris de contestations vinrent emplir la salle dont la hauteur du plafond amplifia l'écho. Prêt à tout démolir, Grimmjow frappa du poing sur la table. Le coup fut d'une telle force que les vibrations occasionnées en parcouraient toute sa longueur. L'humaine tressaillit de terreur contrairement à Starrk, avachi sur sa chaise, qui ouvrit une paupière et bougonna, profondément dérangé par ce vacarme.
« C'est impossible ! cracha la panthère devant la mine consternée de Tia.
— Bien sûr que si, » répliqua l'Octavo avec sérénité.
Les visages se tournèrent en sa direction et un rictus se forma sur ses lèvres.
« Et comment ? » demanda Baraggan, le visage fermé et les bras croisés sur sa poitrine.
L'attention se reporta de nouveau sur Szayel. Fier de sa petite impression, il ajusta ses lunettes le long de son nez, puis continua :
« Tout simplement parce que quelqu'un lui en a donné l'opportunité. Biologiquement parlant, ce n'est pas impossible même si… j'ignore quel procédé a été employé. » Le scientifique buta sur le mot ignorer, n'appréciant guère son utilisation. « Quoi qu'il en soit, cela fait de Kurosaki la première créature à la fois humaine, Shinigami et Hollow. N'est-ce pas merveilleux ? » s'enthousiasma-t-il en tapotant des mains devant le scepticisme de ses alliés.
— Ca n'a aucun sens ! grogna le bleuté.
— Et alors ? Aurais-tu peur de te faire battre ? railla Aaroniero.
— Comment oses-tu, enfoiré ! »
Prêt à en découdre, l'animal fit basculer sa chaise et entreprit de rejoindre l'insolent lorsque Tōsen le rappela de nouveau à l'ordre. Ses babines se retroussèrent sur ses crocs effilés avant qu'il ne reprenne place, la rage au corps. La discussion se poursuivit et Ulquiorra délivra quelques autres informations de son passage sur Terre en omettant volontairement l'altercation avec les humains.
La captive le toisait du regard, concentrée sur ses propos. Ses fines lèvres entrouvertes tremblaient de crainte tout comme le reste de son corps. Curieusement, l'Arrancar ne souhaitait pas la tenir informée de ce fâcheux contretemps surtout après les confidences dont elle lui avait fait part. Cherchait-il à la préserver ? Peut-être… sûrement même et cela malgré lui. Progressivement, la carapace d'apathie qu'il possédait depuis le commencement de sa vie de Hollow s'effritait, lui faisant ressentir ce qui s'apparentait le plus à des émotions. Malheureusement pour lui, Aizen en décida autrement :
« Et qu'est-il arrivé à cet humain… Ce… Comment s'appelle-t-il déjà ? feignit-t-il d'ignorer, le sourire toujours plaqué sur son visage hautain.
— Yasutora Sado, il me semble » enchaîna Gin, narquois.
Un cri d'horreur s'étrangla dans la gorge d'Orihime qui observait la scène complètement affolée, son regard se reportant tour à tour sur Ulquiorra et Aizen. Elle crut que son cœur allait s'arrêter de battre tant il cognait à tout rompre dans sa poitrine. Ses doigts se cramponnèrent aux accoudoirs de sa chaise sur laquelle elle se recroquevilla, redoutant le pire.
La nature bienveillante de l'humaine ne faisait aucun doute et même si, plus tôt, elle avait affirmé faire partie de son armée, sans électrochoc, l'ancien Shinigami se doutait qu'il serait impossible de la faire progresser. Peut-être parviendrait-il, ainsi, à la mettre dans un état de colère si intense que son pouvoir surpasserait ses attentes. Il s'en réjouissait d'avance.
« Oui, Ulquiorra… raconte-nous. » persifla Nnoitra en constatant la détresse de l'humaine dont les yeux imploraient le ténébreux.
Un brouhaha sans nom résonna dans l'immensité de la pièce. Chacun y allant de sa remarque. Le Cuarto eut de plus en plus de mal à se concentrer tant ses tympans étaient soumis à rude épreuve. Sans avoir besoin de la regarder, il sentait que l'âme de l'humaine s'ébranlait à mesure que le temps s'écoulait. Elle le suppliait silencieusement et un poids vint lui compresser douloureusement la poitrine. Avant qu'il n'ait eu le temps de poursuivre, une voix grondante s'imposa au détriment des autres :
« Je l'ai massacré ! »
Le Cuarto jeta un regard acerbe à Yammy qui venait de le prendre de court. Le mastodonte, en bout de table, s'était levé et arborait un sourire cruel, fier comme un coq. Aucun son ne franchit la barrière des lèvres d'Orihime qui écarquilla large les paupières d'effroi. Son coeur se comprima dans sa poitrine et elle crut qu'elle allait tourner de l'œil.
Les échanges reprirent de plus belle entre les Espadas sans qu'Ulquiorra n'y participe. N'ayant plus rien à ajouter, il se rassit, le dos droit. Du coin de l'œil, il ne put s'empêcher d'examiner la captive qui restait figée, l'œil embué et dans le vague. Son esprit semblait ailleurs, loin de ce capharnaüm. Daignerait-elle encore lui adresser la parole après cette nouvelle ?
« Mes amis... » intervint Aizen d'une voix bienveillante.
Les discussions baissèrent d'intensité à l'interpellation. Lorsque le calme fut de nouveau de rigueur, il reprit :
« Comme vous pouvez le constater, nous n'avons aucun souci à nous faire. Ces humains ne sont rien de plus que de vulgaires pions que les Shinigamis n'hésitent pas à sacrifier pour fuir leurs responsabilités. Nous ont-ils poursuivis après la révélation de mes intentions ? Non. Bien évidemment. Ce ne sont que des lâches qui ne méritent pas d'être considérés comme des Dieux. Et que font-ils pour être considérés comme tels ? Ils vous éradiquent et prétendent qu'il s'agit de l'ordre naturel des choses ! »
Sa voix prenait de l'ampleur à mesure des paroles prononcées. Des murmures s'élevèrent dans l'assemblée sous l'œil amusé de Gin. Cet homme était décidément un parfait orateur et manipulateur.
« Mais qui sont-ils pour reléguer votre espèce au rang d'indésirable ? De quel droit se permettent-ils de vous ôter la vie sans vergogne ? Les Shinigamis n'ont de respect que pour eux-mêmes et le rebut qui leur sert de Roi. Il n'y a qu'à voir la manière dont ils traitent les âmes qu'ils recueillent. Ils les entassent comme du bétail dans des quartiers où la violence est reine, sans ressource tandis qu'ils se complaisent dans l'abondance. Le temps est venu, mes amis, de nous dresser contre eux et de les faire chuter de leur piédestal. »
L'ancien Dieu de la mort se leva avec élégance et appuya la paume de ses mains sur le surface lisse de la table. Un sourire charmeur se dessina sur ses lèvres pendant que les conversations allaient bon train. Il continua, la voix adoucie :
« Notre alliance est une force, ne la négligeons pas. Bientôt nous passerons à l'action et sortirons de l'ombre, mais encore un peu de patience... »
Les Espadas protestèrent d'une seule voix, lassés d'attendre.
« Peut-être avez-vous remarqué ces lignes noires sur ma peau ? » interrogea Aizen pour capter de nouveau l'attention de l'auditoire.
Il marqua une courte pause afin de laisser ses soldats en constater leur apparition.
« Elles sont le début du changement. Dans peu de temps nous assiérons notre domination sur la Terre ainsi que la Soul Society. Un nouveau monde verra le jour et rien ne pourra se mettre en travers de notre route. Je vous en donne ma parole. »
D'un mouvement gracieux, il tendit la main à Orihime qui ne bougea pas d'un pouce. Le regard impérieux du renégat se fit plus insistant et elle céda à la demande sans le désirer. A peine eut-elle le temps d'apposer sa main sur sa paume qu'il s'en empara avec précaution comme s'il avait peur de lui briser les doigts.
« Et tu es la pièce maîtresse de ce changement, ma douce enfant. »
A ces mots, il porta le dos de la main délicate tout contre ses lèvres ardentes. L'espace d'un instant, le ténébreux en perdit de son impassibilité ce qui fit tiquer le serpent aux écailles d'argent. Sa mâchoire s'était crispée et un voile de fureur avait obscurci ses iris à peine une demi seconde.
Les yeux dans le vide, Orihime n'eut aucune réaction à ce contact, à peine un frémissement. Elle observait ce qui se déroulait autour d'elle comme une simple spectatrice extérieure à son corps, l'annonce funèbre ayant fait voler en éclat toute volonté ou ébauche d'émotion. Les scènes se jouaient devant ses yeux sans qu'elle n'y accorde la moindre importance, encore en état de choc. Ainsi, les discussions se poursuivirent avant que la salle ne se vide des Espadas sans qu'elle ne le remarque. Peu après, on lui demanda de se diriger vers les portes, ce qu'elle fit machinalement sans réellement en prendre conscience.
Dans la pièce, il ne resta plus qu'Orihime, attendant à la sortie, les trois anciens Shinigamis ainsi qu'Ulquiorra qui s'entretenaient loin de la portée de son audition.
« L'entraînement commence dès aujourd'hui. Inutile de te préciser que je désire des résultats rapides et conséquents. De ta capacité à accomplir cette mission en dépendra sa vie, mais également la tienne. Est-ce clair ? » somma le traître de sa voix doucereuse.
— Parfaitement, répondit le ténébreux, sinistre.
— Bien. Tu peux prendre congé. »
D'un pas las, le Cuarto se retourna et s'avança en direction de l'humaine perdue dans les méandres de ses pensées. Après qu'il ait poussé les battants, elle le suivit tel un fantôme qui errait sans but et que rien ne pouvait plus atteindre. Ils s'éloignèrent dans la pénombre et peu de temps après Menoly entra, un plateau d'argent à la main. Frémissante, elle s'approcha des anciens Shinigamis et déposa, en face de Sa Seigneurie, une tasse de thé fumante. Un bref mouvement de main suffit à la renvoyer d'où elle venait, sans un regard ni même une parole à son égard ou pour sa sœur blessée.
Une fois la servante partie, le renégat prit, entre ses doigts, la cuillère qui reposait sur la coupelle puis remua doucement le breuvage duquel se répandait des odeurs délicates de cannelle. Chacun de ses mouvements était exécuté avec minutie comme s'il voulait éviter que son ambroisie ne perde de sa saveur.
« N'as-tu rien remarqué ?
— Quoi donc, Gin ? » demanda Aizen confortablement assis sur son fauteuil, un sourire malsain fendant toujours ses joues.
Le métal cliquetait doucement contre les rebords et l'argenté attendit qu'Aizen repose la cuillère avant de poursuivre :
« Ne t'a-t-il pas semblé différent ? »
Paisiblement, le traître s'empara de la porcelaine, souffla avec précaution à la surface du liquide et prit une gorgée dont il se délecta avant de redéposer la tasse. Son sourire s'élargit.
« Mais j'y compte bien, » déclara-t-il, parfaitement satisfait de la tournure que prenait les évènements. « J'y compte bien… »
Ah, cet Aizen, toujours une idée derrière la tête, n'est-ce pas ? Devineriez-vous laquelle ?
Et notre cher Ulquiorra qui s'inquiète même s'il arbore toujours son visage de l'insensible au cœur de glace. Se l'avouera-t-il un jour ? :-P
Je vous laisse pour ce chapitre, j'espère sincèrement qu'il vous aura plu !
N'hésitez pas à laisser un avis.
Bises, Farouche.
