Bonjour à tous-tes !

Comme prévu, je reviens un peu plus rapidement que mon post précédent (même si ça se compte en nombre de semaines).

Au menu de ce jour, quelques découvertes et plusieurs choses dont je ne peux pas vous parler sans risquer de vous spoiler ! (Waouh, alors ça, c'est de l'information, haha). Quoi qu'il en soit, j'espère que vous apprécierez !

Capìtulo Dieciocho : L'éveil des sentiments

Lizeldia : Merci pour ton commentaire ! (Peu importe le temps que tu mets à le rédiger, l'important pour moi est que tu l'ais posté et que je puisse avoir ton opinion !) Ça me flatte vraiment d'autant plus que tu m'avoues être revenue le lire ! Je te remercie de me dire que je ne tombe pas dans le guimauve, c'est vraiment quelque chose qui m'importe au plus haut point ! Pour tout t'avouer, la psychologie d'Ulquiorra est difficile à cerner, mais j'essaie de la retranscrire du mieux que je peux parce que c'est capital si je veux amorcer les changements. Ça me fait méga plaisir ce que tu me dis. Et bravo ! Tu as l'œil, il est effectivement plus court (de souvenir, c'est quelque chose comme 5500 mots). Je voulais en réalité incorporer ce nouveau chapitre avec l'ancien pour qu'ils ne fassent qu'un, mais ça aurait été beaucoup trop long ! Celui-ci en fait dans les 7000. Je me rattrape un peu, du coup ! ;-) Tes mots sont vraiment très encourageants (la preuve étant le pavé que je suis en train de te rédiger). Le chapitre suivant est déjà bien avancé, je dirai au 2/3 mais il reste encore la phase de correction qui peut prendre plus ou moins de temps selon les disponibilités de ma superbe correctrice ! Je ne te retiens pas plus longtemps et je te laisse découvrir la suite. Comme d'habitude merci beaucoup pour toutes tes bonnes ondes qui me reboostent !

Sur ce... Bonne lecture !


Orihime, perdue dans ses songes, suivait son geôlier, tête baissée. Une salle vide d'une grandeur à couper le souffle se profila devant eux, immense tant par sa hauteur que par sa profondeur. C'est à peine si l'on distinguait le plafond à une distance vertigineuse du sol. Un parquet lisse et brillant couleur topaze strié par quelques bandes rouges recouvrait le sol tandis qu'un enduit bleu nuit recouvrait les murs de pierre lisse. Il n'y avait aucun flambeau pour éclairer les lieux, pourtant l'on y voyait comme en plein jour. Szayel avait usé de son génie pour apporter de la clarté dans l'obscurité autrement que par ces torches archaïques qu'il espérait, à terme, toutes remplacer. Seuls ses laboratoires et quelques autres endroits bénéficiaient de ce traitement de faveur, Aizen préférant l'authenticité du feu qui crépite et se consume avec lenteur.

Pourtant, pas même les couleurs détonantes dans cette habituelle forteresse monochrome ne venaient sortir la jeune femme de son trouble. Ses pas traînants résonnaient dans cette pièce gigantesque accompagnés par ceux plus dynamiques d'Ulquiorra. Lorsqu'il fut arrivé au centre, l'Arrancar stoppa sa démarche et fit face à Orihime, le dos bien droit. La captive s'arrêta également, mais ne décrocha pas son regard du sol qu'elle fixait sans vraiment l'observer.

Aucun mot n'avait été prononcé pendant tout le temps du trajet. Ulquiorra aurait apprécié l'entendre parler et même de futilités s'il avait eu à choisir ! Au moins, lorsque sa langue se déliait, il pouvait être sûr qu'elle ne se sentait pas mal en point. Ce qui ne semblait pas être le cas à cet instant au vu de son mutisme qui s'étirait depuis d'interminables minutes. Ses habituelles paroles fantaisistes auraient été largement préférables au silence oppressant qui s'était installé.

Pour une fois, ce n'était pas du calme que requérait l'oreille du ténébreux, mais des paroles, des cris ou bien des larmes. Mieux valait, pour le bien-être de cette femme, qu'elle ressente des émotions, aussi négatives soient-elles, plutôt qu'aucune émotion du tout, ces dernières étant l'essence même de son espèce. Elles sont ce qui lui donne sa force, sa rage et son envie d'avancer. Elles sont ce qui lui donne sa spontanéité, sa candeur mais aussi sa douceur. Elles sont ce qui lui fait vibrer le cœur et vriller l'esprit. Elles sont, tout simplement, ce qui La raccroche à la vie...

Les sourcils de l'Arrancar se froncèrent légèrement sur ses yeux émeraude. Il fixa avec sévérité et un semblant d'inquiétude les traits inexpressifs d'Orihime. Qu'à cela ne tienne, il ne la laisserait pas sombrer dans l'apathie même s'il devait la pousser à bout pour obtenir un quelconque résultat.

« Femme, attaque-moi. »

Cette demande cinglante résonna plusieurs fois dans la largeur de l'édifice, mais pourtant aucune réaction ne fut à constater chez l'humaine qui resta le dos légèrement voûté.

« Attaque-moi, c'est un ordre. »

De nouveau, cette voix dure prit de l'ampleur avant de disparaître engloutie par le silence. Le ténébreux laissa s'écouler quelques instants, mais il n'y eut aucun changement. Alors sans crier gare, il disparut d'où il était pour se matérialiser à toute vitesse face à l'humaine. Son katana à la main, il brandit la lame qu'il stoppa à seulement quelques centimètres du cou de la jeune femme. Elle ne cilla pas malgré le danger, le visage légèrement incliné vers le sol et le regard dans le vague. Le souffle généré par le déplacement avait soulevé quelques mèches de ses cheveux fauves qui retombèrent avec volupté sur ses épaules, mais ce fut là les seuls mouvements perceptibles. Ainsi, elle n'essayait même pas de se défendre, pire encore, cela ne semblait lui avoir fait ni chaud ni froid.

Il baissa son arme et la glissa dans son fourreau avant de faire un pas dans sa direction. Les deux êtres étaient maintenant proches. Il se pencha en avant et quelques fines mèches ébènes vinrent chatouiller les joues pâles de la captive. Avec lenteur, le visage d'Ulquiorra se rapprocha dangereusement de celui de la belle rousse. Par cette proximité, il put ressentir la chaleur qui irradiait de ce corps fluet venir s'infiltrer par tous les pores de sa peau.

« Faut-il que je te blesse pour que tu m'obéisses ? » murmura-t-il, menaçant.

Son souffle glacé caressa la peau chaude du visage éteint d'Orihime, mais cela n'eut aucun effet sur cette dernière. Il resta un moment face à elle, gardant la position, ses fines lèvres noires proches de celles charnues et écarlates qu'il fixait de son œil terne. Leurs deux respirations étaient calmes et s'accordaient étrangement sur un même rythme. De là où l'Espada se situait, il pouvait ressentir et entendre le cœur humain palpiter dans cette poitrine généreuse. Son ouïe fine se focalisait sur les battements qui vibraient dans ses tympans comme une mélodie harmonieuse et particulièrement envoûtante. Puis une légère odeur florale taquina les narines et vint embraser ses sens.

Plus les pupilles reptiliennes détaillaient la couleur vive ainsi que la forme exquise de ces deux lèvres, plus un sentiment étrange s'emparait de lui. Ou plutôt une envie. Forte voire quasi-irrépressible. Elles étaient là, entrouvertes et à la portée des siennes s'il s'avançait encore d'un centimètre. Son corps commença à s'échauffer sans qu'il n'en comprenne la raison tandis qu'Orihime restait perdue dans ses pensées, complètement indifférente. La tension monta encore d'un cran pour lui et sa respiration s'altéra. Il dévorait maintenant des yeux cette bouche si tendre dont il aurait aimé arpenter les reliefs et connaître la saveur pour répondre aux besoins de ces derniers sens non-sollicités.

La vision qui s'offrait à lui était hypnotique tout comme le rythme de ces pulsations et cette odeur qui l'éloignait toujours un peu plus de la raison. Son esprit luttait pour garder le contrôle, mais son corps tout entier se mit à frissonner à force de résister. La sensation était enivrante, mais difficile à canaliser. Puis quelque chose en lui le fit céder. Alors dans un élan impulsif il se pencha davantage. Ses lèvres glacées frôlèrent à peine celles soyeuses et chaudes d'Orihime. Cela lui provoqua comme une décharge électrique, mais une décharge agréable semblable à des picotements qui fourmillèrent de ses lèvres pour se répandre dans son crâne, sa poitrine et jusque dans le creux de ses reins. Cela ne dura qu'une fraction de seconde. Presque aussitôt il s'éloigna brusquement d'un sonido pour reprendre sa position initiale, à quelques mètres de distance.

Ce n'avait été qu'un simple effleurement, une caresse discrète, pas même un baiser. Orihime avait redressé la tête après cette ébauche de contact et le fixait, intriguée. Au moins avait-il attiré son attention. Mais… que venait-il de se dérouler ? Il avait failli céder à une pulsion qui avait gonflé en lui et pris de l'ampleur jusqu'à en devenir incontrôlable. Lui ? S'abandonner à une… pulsion ? Comment était-ce possible ? Ça n'avait aucun foutu bon sens ! Avait-il réellement failli l'embrasser comme ce couple qu'il avait vu dans le monde des humains ? C'était impossible ! Son visage ne montrait aucun trouble, pourtant, dans son corps, un étrange tourbillon de sensations s'agitait violemment.

La jeune femme, quant à elle, l'observait en silence, elle semblait revenir de loin. Ces lèvres glacées, les avait-elle réellement senties proches des siennes ou n'était-ce qu'une sensation imposée par son esprit ? Ils restèrent là, à se toiser du regard dans l'incompréhension la plus totale avant qu'une colère sourde, de nouveau, ne vint étreindre l'Arrancar qui se haïssait d'avoir eu ces réactions.

« Attaque-moi, » lança-t-il avec sa froideur retrouvée.

Orihime le regardait de ses grands yeux tristes, sans répondre. Maintenant qu'il avait son attention, peut-être allait-elle réagir.

« Attaque-moi… »

Avec lenteur, il pointa son index en direction de la jeune femme et chargea une boule d'énergie verte d'une puissance bien inférieure à ses capacités habituelles. Une lueur de surprise traversa le regard d'Orihime. Le reiatsu se concentra au bout du doigt qu'il dirigeait sur elle. Il la regardait avec apathie et froideur comme s'il avait effacé de sa mémoire ce qui s'était déroulé quelques instants auparavant.

« …ou défends-toi. »

A peine eut-il fini d'articuler sèchement ces mots qu'il relâcha la pression et laissa déferler une vague d'énergie qui fusa droit sur l'humaine. Aussitôt, elle porta les doigts sur ses barrettes, n'ayant d'autre choix que d'agir :

« Bouclier des trois cieux ! Protection ! »

Un triangle lumineux se forma devant elle juste avant que l'attaque ne l'atteigne. L'énergie de l'Arrancar, bien plus faible que son véritable potentiel, fit tout de même plisser les yeux d'Orihime qui resta concentrée pour éviter que son bouclier ne se brise en mille morceaux. Ses pieds bien ancrés dans le sol glissèrent avant que l'attaque ne baisse en intensité et ne se dissipe. La protection se dématérialisa devant la jeune femme complètement éreintée, en sueur et à bout de souffle. Ses yeux gris fixaient avec horreur l'Arrancar qui chargeait déjà un nouveau cero qu'il lança sans lui accorder plus de répit.

« Bouclier des trois cieux ! Protection ! »

De nouveau, le triangle se forma entre Orihime et l'offensive de l'Espada. Seulement, cette fois-ci, malgré la concentration, le bouclier se brisa. Le rayon traversa la barrière et la percuta de plein fouet. La force du coup la fit basculer en arrière. Un cri de souffrance aurait pu résonner dans cette grande salle tant son épaule la brûlait, mais elle serra les dents pour le contenir. L'une de ses mains vint rejoindre sa blessure douloureuse bien qu'assez superficielle et une grimace déforma son beau visage.

« Debout, » lui ordonna-t-il sèchement.

La jeune femme encore au sol eut bien du mal à se redresser. Son nez retroussé ainsi que ses sourcils froncés témoignaient de la douleur qui étreignait son corps. Malgré tout, elle se releva, fébrile et le souffle bruyant. Par la violence de l'attaque, le haut de sa robe, de son épaule à son cou, fut brûlé et dévoilait sa clavicule blessée qu'Ulquiorra fit mine de ne pas remarquer.

« Riposte maintenant.

— Non !

— Obéis. »

Le Cuatro la fixait, imperturbable, tandis qu'elle le regardait avec une certaine anxiété. Comme elle ne se décida pas à agir, il pointa de nouveau son index en sa direction. Le reiatsu d'une couleur vert intense se concentra au bout de son doigt et allait être lancé d'un moment à l'autre. A contrecœur, l'humaine tendit les bras et dirigea la paume de ses mains face à Ulquiorra. S'il recommençait, son bouclier ne résisterait pas l'ombre d'une seconde.

« Bouclier du ciel unique. Tranche, » abdiqua-t-elle sans conviction.

Tsubaki, ainsi invoqué, s'élança droit sur l'Espada qui se contenta de suivre des yeux sa trajectoire rapide, mais pas assez pour le surprendre. D'un revers de main, il balaya la fée qui fut projetée au sol comme un misérable nuisible.

« Pitoyable. »

Orihime rappela alors son guerrier sauf dans sa barrette, les larmes au bord des yeux.

Pourquoi cela se passait-il de cette manière ? Pourquoi avait-il fallu qu'ils se rendent dans le monde humain et s'attaquent à ses amis ? Pourquoi n'avaient-ils pas respecté l'arrangement ?

Sa cornée s'humidifia encore un peu plus, menaçant de déverser son contenu sur ses joues. La douleur physique qu'elle ressentait en ce moment était bien peu de chose en comparaison de celle qui lui comprimait le cœur. Naïvement, elle avait espéré qu'en se rendant dans cette sinistre dimension, elle épargnerait ses amis. A croire qu'elle s'était sacrifiée pour rien et que tout cela avait été vain…

L'Arrancar la fit sortir de ses songes :

« Bats-toi mieux que ça. Recommence. »

Orihime, silencieuse, braqua ses iris argentés en direction de la voix autoritaire. La souffrance qui imprégnait son regard et plus globalement son visage fit naître une douloureuse sensation dans la poitrine du ténébreux. Malgré tout il fallait qu'il la pousse dans ses derniers retranchements à la fois pour qu'elle soit à la hauteur des attentes de Maître Aizen mais surtout pour qu'elle apprenne à se défendre dans cet univers hostile. Tant pis s'il devait franchir les limites.

« C'est tout ce dont tu es capable ? Comment espères-tu survivre dans ce monde d'abomination qui est maintenant le tien avec des pouvoirs aussi minables ? »

A chaque parole prononcée, l'Espada détaillait la moindre de ses réactions. Elle ne cillait pas, son visage portant cette moue triste qui ne la quittait plus. Ce n'était pas avec ce genre de propos qu'il la ferait sortir de ses gonds.

« Tu n'es qu'un fardeau pour ces humains que tu nommes amis, mais ils sont tellement stupides qu'ils s'acharnent à trouver un moyen pour venir te récupérer. S'ils pénètrent cette dimension, ça en sera fini d'eux. Et tu n'auras plus qu'à les oublier puisqu'ils se seront faits exterminer comme les déchets qu'ils sont. »

Comme prévu, la lueur dans l'iris d'Orihime s'assombrit. Sa mâchoire se crispa et ses doigts froissèrent les pans de sa robe nerveusement. Son reiatsu commença à gonfler tout autour de son corps et à se propager dans l'air de manière désordonnée. Jamais le ténébreux n'avait eu l'occasion de le voir de cette manière. Parfait. Il était sur la bonne voie.

« De toute manière, ils ne valent rien. A ta place, j'aurais honte de ce qu'ils sont et je serais même content de les savoir morts.

— Taisez-vous ! gronda-t-elle, furieuse.

— Jamais ils ne réfléchissent avant d'agir. Ils sont impulsifs. Ce ne sont que des bêtes qui méritent de servir de pitance à tous ces Hollows affamés. Et si tu ne m'attaques pas maintenant avec plus de conviction, ce sera de ma main qu'ils périront. »

Un cri résonna et le reiatsu autour d'Orihime se déforma un instant avant de s'amplifier brusquement. Elle tendit de nouveau les bras, prête à repousser l'énergie.

« Bouclier du ciel unique ! Tranche ! » hurla-t-elle hors d'elle.

Le guerrier sortit de la barrette à une vitesse hallucinante, sa trajectoire s'illuminant avec une plus grande intensité que sa dernière attaque. Presque aveuglante. Ulquiorra n'eut pas le temps de voir le coup venir et resta statique. Ses yeux s'écarquillèrent larges au passage de la fée qui lui trancha, en une fine incision, le hierro de sa joue. Une goutte de sang perla le long de sa peau. Il porta deux doigts sur sa blessure et recueillit le nectar. Sa vision se reporta ensuite sur le liquide pourpre qu'il frotta entre son pouce et l'index afin de l'examiner.

Orihime avait voulu le blesser, le faire taire pour ses paroles insupportables. Dans son corps, elle avait senti son reiatsu monter en puissance comme jamais ce n'était encore arrivé. Son pouvoir avait été assez fort à la fois pour le surprendre et le blesser. Bien que le coup n'eût pas une portée mortelle, elle fut étonnée que par sa seule volonté elle soit arrivée à un tel niveau de puissance. Alors c'était peut-être ça la source de sa faiblesse. En temps normal, jamais elle ne souhaitait faire de mal à quiconque, mais à cet instant, ça avait été plus fort qu'elle. Son pouvoir prenait donc sa source de sa volonté à causer des dommages sans égard pour ses sentiments et ce n'est qu'à cette instant qu'elle le comprit.

Ulquiorra reporta de nouveau son regard sur l'humaine qui semblait aussi surprise qu'effrayée par une puissance qu'elle ne soupçonnait même pas. Ses mains tremblaient et sa respiration saccadée couvrait le silence de la salle. Elle fixait, hagard, la blessure du jeune homme qui s'était déjà arrêtée de ruisseler. Sa régénération accélérée aurait pu résorber sa plaie, mais il souhaitait qu'elle prenne conscience de ses capacités. Au fond de lui, il était fier de la prouesse de cette femme même s'il n'en montrait rien. Il la regardait maintenant le visage adouci, ce qui la décontenança un peu plus.

« Ici, tu n'es pas dans ton monde sans danger. Tu dois te donner les moyens de progresser même si cela doit passer par des techniques que tu n'affectionnes pas. » Ses mains blêmes rejoignirent les poches de son hakama, las. « Si tu ne le fais pas pour Aizen-sama, fais-le au moins pour toi. Il faut que tu apprennes à te défendre car je ne serai pas toujours là pour garantir ta sécurité… »

La colère d'Orihime s'était dissipée, presque complètement évacuée par son attaque. Ses bras, encore fébriles, reposaient le long de son buste et l'intensité de sa respiration s'abaissa lentement pour finir par reprendre son calme. Les paroles de l'Arrancar semblaient avoir fait écho en elle, malgré tout, elle n'oubliait pas la perte de son ami. Des sanglots muets lui échappèrent, ses larmes chaudes ruisselant sur ses joues.

« S'il te plaît, soigne-toi. » l'interrompit-il en la voyant pleurer.

Lorsque la jeune femme entendit la formule de politesse ainsi que l'intonation presque douce de sa voix, ses larmes s'arrêtèrent de couler, étonnée presque choquée. C'était la première fois qu'il lui demandait quelque chose de cette manière. La première fois qu'il ne s'agissait pas d'un ordre imposé sous la menace.

« Je ne préfère pas… ce n'est qu'une simple égratignure, répondit-elle en posant sa main gauche sur sa peau lésée.

— Très bien. Comme tu voudras. »

Il tourna les talons en haussant les épaules et s'éloigna doucement. Elle apprécia le fait qu'il n'insiste pas et qu'il respecte son choix. Elle ne pouvait décemment pas se soigner alors que son ami n'était plus. Les larmes recommencèrent à rouler sur sa peau lorsque ses pensées se portèrent de nouveau sur Chad.

Ulquiorra s'arrêta alors brusquement. Ces pleurs silencieux vinrent ébranler son âme, lui faisant naître, encore une fois, une sensation oppressante et inconfortable dans la poitrine. Il prit une grande inspiration et essaya d'évacuer la tension qui lui compressait… le cœur ? La sensation était désagréable et il préféra rompre le silence pour distraire son esprit :

« Suis-moi, je t'emmène aux bains. Tes muscles doivent en avoir besoin. »

Il reprit la marche et tendit l'oreille pour s'assurer que la jeune femme allait le suivre, ce qu'elle fit sans contester sa demande. Ils quittèrent la pièce sobrement colorée pour retourner dans un large couloir blanc, leur progression se faisant dans le plus grand des silences.

Les larmes d'Orihime finirent par se tarir et ses joues rougies séchèrent peu à peu. Guidée par Ulquiorra, tête baissée, elle avançait sans enthousiasme. L'Arrancar pouvait ressentir, derrière chacun de ses pas, le poids de son désespoir.

Après un moment à suivre les corridors, ils grimpèrent des marches en colimaçon. La montée dura quelques minutes et ils prirent la direction des bains où ils se rendaient habituellement tous les deux jours pour lui permettre de se laver. Pour éviter tout risque de rencontre fortuite, cette aile du palais lui était entièrement privatisée. Il y faisait plus chaud que partout ailleurs et de fines gouttelettes en suspension humidifiaient l'air malgré les nombreuses lucarnes ouvertes sur l'extérieur. La pierre blanche avait cédé sa place pour de larges dalles de marbres grises et leur surface lisse reflétait les rayons de lune pour seule source lumineuse.

Toujours en tête, Ulquiorra s'arrêta devant une porte et l'ouvrit avant de se retourner face à l'humaine. Ses yeux étaient rougis et légèrement boursouflés, l'éclat habituel de son regard éteint.

« Je te laisse te laver. Si tu as besoin de quelque chose, préviens-moi. Je t'attends ici comme à chaque fois, » déclara-t-il calmement.

Orihime pénétra dans l'immense pièce au même revêtement que le couloir d'où de la vapeur chaude aux douces odeurs de savon s'échappait. La pièce était construite en cercle et des colonnades de pierre émergeaient pour soutenir les contours d'une voûte haute perchée. Au centre, il y avait la présence d'un grand bassin rond au-dessus duquel de la buée se formait avant de s'élever dans l'air. L'architecture de cette salle n'était pas sans rappeler celle des grands bains romains, les motifs et différents ornements colorés en moins. L'on y voyait mieux que dans le couloir car les rayons de lune étaient amplifiés par les fenêtres équipées de vitres spéciales qui retenaient la chaleur ainsi que la vapeur. Toutefois, il y faisait relativement sombre, ce qui reposait les yeux et devenait propice à la relaxation.

Doucement, Orihime enleva sa longue veste qu'elle laissa tomber négligemment au sol. En continuant d'avancer, elle se débarrassa du poids de sa robe déchirée qui glissa à ses chevilles ainsi que ses sous-vêtements. Après quelques pas, elle se pencha en avant pour enlever ses chaussures qu'elle laissa derrière elle afin de rejoindre le bassin. Les petits carreaux tapissant les bords de ce dernier donnaient une couleur vert foncé à l'eau.

Une fois entièrement nue, la jeune femme y plongea un pied, puis le second. De larges escaliers en face de l'entrée permettaient une descente progressive. La chaleur de l'eau fit rougir sa peau, mais elle continua de s'y enfoncer plus profondément. Au début, la sensation fut douloureuse puis devint peu à peu agréable. Ses muscles se détendirent et elle alla rejoindre le pain de savon posé sur un rebord pour initier sa toilette.

Ulquiorra, derrière la porte, pouvait entendre les clapotis de l'eau engendrés par les mouvements de la jeune femme. Son ouïe, bien développée, décelait les frottements de sa main sur sa peau humide et il ferma les yeux pour se laisser envahir par ce son exquis qu'il n'avait encore jamais remarqué. Son esprit se laissa finalement porter sur le fil de ses envies sans qu'il ne puisse le contrôler.

Adossé contre le chambranle de la porte et les paupières closes, il se représentait mentalement les divines courbes nues, voluptueuses et parfaitement bien dessinées. Il s'imaginait aussi la chaleur de sa peau luisante par l'eau s'insinuer dans son corps et lui procurer une sensation exceptionnelle qui lui brouillerait les sens et le réchaufferait tout entier. Puis il laisserait courir son nez sur sa peau délicate, de ses épaules pour remonter le long de son cou afin d'humer, de nouveau, l'odeur délectable qui lui faisait perdre pied. Caresser de la pulpe de ses doigts la courbure de ses hanches et goûter à la chair de son cou en y déposant ses fines lèvres noires. A cet instant, l'Arrancar ne désirait qu'une seule chose : la rejoindre dans ce grand bassin.

Des fourmillements se répandirent dans tout son corps. Mais ce sont les frissons dans son bas ventre qui lui procurèrent une chaleur intense et inconnue qui irradiaient en lui comme des arcs électriques, éveillant chaque parcelle de son être. Peu après, l'Arrancar ressentit son sang affluer dans son membre et une tension étrangère s'en emparer.

Engoncé dans son uniforme trop serré, il tira doucement sur le col afin de mieux respirer. Sa déglutition se fit difficile tout comme son rythme cardiaque ainsi que sa respiration. Toutefois, les réactions inhabituelles de son corps le rappelèrent abruptement à la réalité. Que lui arrivait-il ?

Est-ce ce que les humains nomment : désir ?

Ulquiorra ouvrit les yeux à cette interrogation. Il secoua alors la tête pour s'arracher à ses pensées décadentes et retrouver son impartialité. Afin de mettre un terme à cette étrange agitation, il expira longuement et évacua ainsi son trouble. Une fois le contrôle sur son corps retrouvé, il tendit de nouveau l'oreille pour s'assurer que tout se déroulait correctement. A sa plus grande surprise, plus aucun bruit ne provenait de la salle. Pas même un remous dans l'eau ou le souffle d'une respiration. Ses sourcils se froncèrent.

« Femme, tout va bien ? »

Seul le silence lui répondit. Alors en s'écartant du cadre de la porte, il reprit sa posture droite. Quelques instants s'écoulèrent avant qu'il ne parle à nouveau :

« Tu m'entends ? Réponds-moi, » ordonna-t-il d'une voix froide.

Toujours rien.

Ses sourcils se froncèrent un peu plus face à l'incompréhension.

« J'entre. »

Lorsqu'il dépassa la porte, ses yeux détaillèrent les vêtements qui jonchaient le sol, créant comme un sentier menant au bassin. Il déglutit à l'idée de la savoir nue, puis reporta finalement son attention plus loin. Ses paupières s'ouvrirent aussi larges que possible, sa respiration se bloqua et son estomac se retourna lorsqu'il aperçut les cheveux fauves onduler de part et d'autre du corps entièrement immergé.

Des voix dans son crâne retentirent et engourdirent ses membres, l'empêchant d'effectuer le moindre mouvement. Ulquiorra était comme paralysé face à la scène surréaliste qui le plongea bien loin de la réalité dans laquelle il se trouvait. Des images et sensations lointaines lui revinrent alors…

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Une barque en bois usé flotte sur l'eau agitée par des bourrasques de vent. Elle vogue au milieu d'un immense lac à l'eau sombre. Une femme est assise au centre de l'embarcation, les yeux fermés et ses mains jointes sont posées sur sa poitrine. De l'autre côté de la berge se trouve l'observateur qui agite les bras, s'évertuant à capter son attention, mais elle ne le remarque pas. Au loin dans les champs se trouvent des personnes qui ne l'entendent pas malgré ses hurlements de détresse qui transpercent pourtant sans difficulté ce début de tempête.

Cette femme possède de longs cheveux noirs qui s'agitent dans le sens des rafales et lui fouettent le visage qu'il ne perçoit pas. Calmement, elle se redresse et le bateau tangue, menaçant de la faire basculer par-dessus bord. Ses mains quittent sa poitrine et rejoignent le plancher pour s'emparer d'une masse. Une corde solidement nouée à sa cheville la relie à cette pierre lourde.

La souffrance est immense pour l'homme sur la rive. Insoutenable. Insupportable. Pourtant il reste là, à observer sans pouvoir rien faire d'autre que crier et ne pas être entendu en retour. Pour les autres, il semble ne plus exister. Pourtant cette douleur qui lui broie la poitrine, elle est bien réelle et lui rappelle qu'il est toujours présent et complètement impuissant.

Son instinct est plus fort que lui, il s'élance dans l'eau glaciale qui lui transit la peau. Son parcours est difficile et long pour rejoindre l'embarcation. Au terme d'un effort intense, il réussit à la rejoindre, paniqué et le cœur au bord des lèvres. Sa respiration chaotique est douloureuse. Il se tient debout à ses côtés, mais elle ne le voit pas. Il est proche d'elle, mais le visage tourné vers l'eau demeure toujours inaccessible.

« Ne fais pas ça… »

Avec toute sa volonté, l'homme essaie de lui agripper les épaules, de la retenir, mais quoi qu'il fasse ses bras traversent le corps de cette femme sans qu'elle ne ressente quoi que ce soit.

Encore et toujours, il lui répète de ne pas le faire. D'arrêter. De revenir près de la berge.

Il hurle et se déchire les cordes vocales face au mur de silence, s'efforçant de le faire voler en éclats. Les larmes coulent à flots sur ses joues sans qu'il ne puisse les réprimer. Ses paroles prononcées de sa voix éraillée tombent dans le vide et n'atteignent pas la concernée.

Pourquoi semble-t-il prisonnier de cette bulle perverse qui l'empêche d'interagir avec elle ?

Il sent son parfum de lys, mais elle, elle ne perçoit pas son odeur.

Il continue d'essayer de la toucher, mais elle, elle continue de ne pas le ressentir.

Il continue de crier, mais elle, elle continue de ne pas l'entendre.

Pourtant, lui discerne distinctement ses mots qui sont reçus comme des coups de poignard :

« Laisse-moi te rejoindre, mon amour… et je t'en prie… pardonne-moi. »

La pierre lourde dans les bras au rebord de la barque, elle s'élance et saute. Les mains de l'homme essaient de la rattraper, mais il n'arrive pas à la saisir. Elle disparaît alors brusquement dans les remous du lac agité. Un cri térébrant retentit, les pleurs redoublent et ne peuvent plus s'arrêter. Les larmes sillonnent la peau de ses joues douloureusement.

Sans réfléchir, il bondit et saute à son tour pour essayer de rattraper la jeune femme qui s'enfonce déjà dans les profondeurs, entraînée par le poids qui lui leste la cheville. Ses bras se tendent vers elle. Il ne sent plus rien. N'entend plus rien. Ne peut plus crier. Il n'a plus que ses yeux pour voir cette femme s'engouffrer dans les ténèbres. La progression semble durer une éternité avant que la pierre ne touche le fond.

Des bulles d'airs s'échappent des lèvres entrouvertes de la jeune femme. Un dernier réflexe lui fait ouvrir large la bouche afin d'inspirer de l'oxygène, mais il n'y a que de l'eau qui engorge désormais ses poumons. Après quelques soubresauts de résistance, la vie la quitte finalement.

Quelque chose au niveau de la poitrine de l'homme éclate. Son cœur se compresse et une extrême douleur le transperce de part et d'autre de la gorge. Son âme est happée violemment, il la sent se consumer à l'intérieur de son corps dont il est prisonnier. La torture est épouvantable. Chacune de ses fibres se déchire, se distend et se nécrose avant qu'un voile opaque recouvre son corps…

Alors que les ténèbres s'emparent de lui, des questions tournent en boucle dans sa tête :

A quoi cela sert-il que l'on nous ait donné une bouche si ce n'est pas pour que les autres nous entendent ? A quoi cela sert-il que l'on nous ait donné des oreilles si les autres ne perçoivent pas nos paroles ? A quoi cela sert-il que l'on nous ait donné le toucher si les autres ne perçoivent pas nos étreintes ? A quoi cela sert-il que l'on nous ait donné un nez si les autres ne perçoivent pas notre odeur ?

En plus de ces questions, des invectives :

Incapable. Tu l'as cherché. Misérable. Tu dois souffrir. Faible. Tu ne trouveras jamais le repos. Bon à rien. Regarde ce que tu as fait. Assassin. Tu ne mérites pas de te souvenir. Monstre...

Les ténèbres se dissipent et il s'éveille. La douleur physique n'est plus, mais des voix lui martèlent l'esprit. Près de lui, il y a le corps d'une jeune femme retenue au fond des eaux, sans vie. Ses cheveux longs et épais flottent tout autour de sa tête dans des mouvements hypnotiques et sereins. Lorsque sa chevelure ondule, portée par le courant, quelques bribes de son visage lui apparaissent. Elle lui est inconnue, mais il ne peut s'empêcher de la trouver belle. Ses yeux clos l'empêchent de voir la couleur de ses iris, mais les traits fins et délicats semblent apaisés… #

L'Arrancar s'extirpa de cette dernière vision, le cœur tambourinant et la panique s'emparant de lui pour la première fois. Il se précipita auprès d'Orihime, tombant de toute sa hauteur sur les genoux. Pour la sortir de l'eau, il l'empoigna par-dessous les bras. Cette fois-ci, il ne traversait pas la chair et en fut soulagé. Ses mains presque tremblantes tirèrent la jeune femme sur ses cuisses sans prêter la moindre attention à sa tenue d'Eve. Il la hissa ensuite plus haut, et la positionna de dos contre son torse afin de la redresser. L'une de ses paumes vint se poser sur le dessus de sa poitrine pour éviter qu'elle ne tombe en avant, l'autre reposant contre son front pour lui maintenir la tête oblique. Son menton s'appuyait sur le haut du crâne humide. Sans violence, il secoua le corps de la rouquine qui gardait les yeux clos. A force de la bousculer, elle toussa et expulsa un peu d'eau par la bouche devant Ulquiorra soulagé de la savoir en vie. Il relâcha légèrement la pression sur sa tête.

Ses paupières papillonnèrent et elle leva le nez pour accrocher presque immédiatement les yeux couleur d'émeraude de l'Arrancar. Son visage portait encore cette moue triste, mais elle ne put décrocher ses iris argentés de ceux d'un vert perçant. Tous les deux s'observaient sans un mot, le corps frêle reposant au creux des bras, tout contre le torse musclé de l'Espada. Son vêtement blanc était complètement détrempé, mais il s'agissait là du cadet de ses soucis.

Ainsi blottie, elle ressemblait à une enfant en manque de tendresse et ayant besoin de se faire rassurer. Un long moment s'écoula dans le plus grand des silences avant qu'Ulquiorra ne se rende soudain compte de la nudité d'Orihime qui tremblait de froid. Le sang lui remonta à la tête sans pour autant colorer ses joues, gêné.

A contrecœur, il quitta le gris de ses yeux pour sonder la salle à la recherche de serviettes propres. Une fois repérées, il se leva et laissa la jeune femme assise sur le marbre après s'être assuré de sa stabilité. Peu de temps lui suffit pour revenir auprès d'elle, linge en main.

Il s'accroupit à ses côtés et avec douceur, l'enroula dans la serviette chaude pour la couvrir. Afin de la rassurer et de lui sécher la peau, il se mit à lui frotter le dos en prenant soin de ne pas toucher son épaule blessée. Elle se laissa faire sans un mot, son regard fixant un point imaginaire de l'autre côté du bassin. L'Arrancar ignorait d'où lui provenaient ces gestes, ils étaient instinctifs. Chacun de ses mouvements se voulait délicat par peur d'effrayer ou de briser ce corps fragile. Une fois terminé, il se pencha en avant pour capter son attention. Le visage de la rouquine se tourna de nouveau vers lui. Il la dévisageait, ses yeux d'un vert perçant accrochant les siens. Elle frissonna.

« Que t'est-il passé par la tête ? Cherches-tu à mettre fin à tes jours ? » demanda-t-il sans reproche, sa voix trahissant presque son inquiétude.

Orihime prit une grande inspiration avant de répondre d'une voix éteinte :

« A quoi cela sert de vivre si je ne peux même pas protéger mes amis ? De toute évidence, le fait que je sois venue ici ne change rien. Vous allez quand même les tuer, n'est-ce pas ?

Ses yeux anthracite quittèrent le regard pénétrant du Cuatro pour se reporter droit devant elle, le dos courbé et les épaules abattues. Ce dernier soupira doucement, la main toujours posée à plat sur l'omoplate. Peut-être aurait-il dû commencer par éclaircir les choses afin d'éviter ce genre de situation déplaisante…

« Non. Ce n'est pas à l'ordre du jour. Et si ça peut te rassurer, l'humain était encore vivant quand nous avons quitté ton monde. Faible, mais vivant. Je ne voulais pas que cela se déroule de cette façon. Nous devions juste les observer… mais il a fallu que cet imbécile de Yammy n'en fasse qu'à sa tête. Je suis arrivé trop tard pour lui épargner le bras, mais assez tôt pour lui épargner la vie. »

Orihime se redressa subitement en agrippant d'une main sa serviette qu'elle resserra sur son corps, et de l'autre, la manche de l'Espada qu'elle tira vers elle. Son visage, proche de l'Arrancar, était levé vers lui, une lueur d'espoir dans le regard. Sa respiration s'emballa tout comme ses battements de cœur et son reiatsu.

« Il n'est pas mort ? demanda-t-elle pour confirmation, la voix tremblante.

— Non. Pas quand nous l'avons quitté.

— Il y a donc une chance qu'il ait survécu ?

— Oui. »

Son affirmation octroya à Orihime un sourire d'apaisement et des larmes dégringolèrent de nouveau sur ses joues. Elle relâcha la pression sur le vêtement de l'Arrancar qui préféra reprendre une distance convenable. Les mains de l'humaine se portèrent sur son visage et un rire secoué par les sanglots lui échappa. Un second souffle de vie animait son être.

Le Cuarto la regardait dubitatif, ne comprenant pas sa réaction. Pourtant, au fond de lui, il se sentait rassuré de la voir dans cet état.

« Merci Ulquiorra-san, » gémit-elle entre deux spasmes, ses yeux respirant le bonheur.

L'incompréhension se renforça. Pourquoi le remerciait-elle ? Comment pouvait-elle tirer un trait aussi facilement sur son comportement odieux ? Cette femme était tout simplement incroyable…

« Peux-tu te lever et t'habiller ?

— Oui. »

L'Arrancar se leva et s'éloigna de quelques pas sans pour autant quitter la pièce. A sa suite, Orihime se redressa, tenant fermement la serviette enroulée autour d'elle. Le ténébreux lui tournait le dos et elle se doutait qu'il ne ferait pas encore l'erreur de la laisser seule. D'un revers de main, elle essuya ses larmes qui ne coulaient plus, un sourire béat plaqué sur ses lèvres.

Une pile de vêtements parfaitement pliés reposait sur une chaise comme à chaque fois qu'elle venait faire sa toilette. Elle s'en couvrit rapidement. Le contact du tissu chaud et propre contre sa peau lui était agréable même si la robe gagnerait en confort à être un peu plus ample et pas si près du corps. A l'aide d'une serviette sèche, elle frotta énergiquement sa chevelure qui retomba en petits fils humides sur ses épaules et son dos.

Son rituel achevé, elle enfila ses chaussures et vint à la hauteur de l'Espada qui attendait patiemment. Ils prirent tous deux le chemin de la cellule, sans un mot. Pourtant la démarche s'était allégée et l'atmosphère y était plus respirable. Son odeur embaumait les couloirs, ce qui ne déplaisait pas au ténébreux qui s'en délectait en toute discrétion, sans même penser aux images troublantes qui s'étaient imposées à lui plus tôt.

Elle pénétra sa cellule, le cœur apaisé par la nouvelle. Au moins y avait-il une chance qu'il y ait réchappé. Une assiette avec trois gros onigiris reposait sur la table, l'heure du repas ayant déjà été dépassée. En pivotant sur elle-même, elle fit face à l'Arrancar qui restait à l'extérieur.

« Pardonnez mon comportement. Je… Enfin…

— C'est oublié, » s'empressa-t-il de répondre avant d'ajouter : « mais à l'avenir, évite de te mettre en danger que ce soit volontaire ou non. »

L'Arrancar empoigna la poignée de porte, prêt à la refermer.

« Ulquiorra-san ? »

Entendre son prénom figea son mouvement. Ses iris braqués sur la captive, il ne prononça pas un seul mot, attendant la suite.

« Allez-vous en tenir informé Aizen-sama ? interrogea-t-elle, inquiète.

— Je n'en vois pas l'utilité. »

Son visage se détendit alors. L'Espada resta un moment à détailler son expression. L'envie de parler lui brûlait de plus en plus les lèvres. Puis, n'y tenant plus :

« Je tenais à m'excu…. »

Sa phrase resta en suspens, rattrapant de justesse son impulsivité qui commençait à lui faire sacrément défaut aujourd'hui.

« Oui ? » encouragea Orihime, désireuse d'entendre distinctement ces quelques mots.

Le temps semblait s'être suspendu, chacun plongé dans le regard de l'autre. Les mains de la jeune femme rejoignirent sa poitrine dans l'attente d'une réponse. L'hésitation s'empara du ténébreux. Raison ou sentiment ? Il se décida finalement.

« Je reviendrai demain pour t'apporter ton petit-déjeuner. »

La porte se referma devant la mine désolée de la captive, encore une fois seule dans sa prison. Peut-être parviendrait-t-elle un jour à briser cette carapace solide sous laquelle il se réfugiait...

. . . . . . . . . . .

Assise au rebord du sommet de la tour la plus haute de Las Noches, les jambes repliées en position du lotus, Tia Hallibel observait les larges dunes de sable se perdre dans l'horizon nocturne. A cet instant, aucun son ne déchirait le calme apparent de cette dimension maudite et dénuée de tout sens moral. Parfois des cris épouvantables de Hollows violemment déchiquetés puis dévorés retentissaient au loin, mais depuis son arrivée dans le palais jamais ces lamentations ne venaient perturber ses méditations. Cette mélodie funeste, comme une vieille routine immuable, résonnait dans son esprit depuis tant d'années maintenant qu'elle ne l' entendait plus. De toute manière, le silence reprenait toujours ses droits dans cet espace désert. Ainsi allait la vie pour les créatures des ténèbres.

Survivre ou mourir. S'accrocher ou lâcher prise. Vaincre ou se soumettre.

D'où elle se situait, aucune brise ne venait soulever ses quelques longues mèches blondes ou même caresser la peau de son visage. Le froid glacial lui mordait les chairs découvertes par sa tenue extravagante, mais elle n'y prêtait pas la moindre attention.

Des bruits de pas s'approchèrent en toute discrétion, mais elle maintint sa position. La démarche était aérienne, souple et perturbait à peine cette nuit éternelle d'apparence si paisible.

Pas besoin de s'annoncer pour dévoiler son identité, son reiatsu suffisait à Tia pour la reconnaître. Astrae stoppa sa marche une fois arrivée au bord du précipice. Elle resta un instant debout au côté de la blonde à scruter le panorama décoloré qui faisait leur quotidien, puis, avec grâce, se laissa tomber sur la pierre. Une fois bien installée, ses deux jambes pendaient dans le vide et ses bras tendus derrière elle lui servaient d'appui.

Aucun mot ne fut prononcé pendant quelques minutes, il n'y avait que les bruits discrets de leur respiration. Les deux jeunes femmes s'estimaient et dans une certaine mesure s'appréciaient, c'est pour cela que l'Espada la laissait de temps à autre la rejoindre lors de ses réflexions hautes nichées.

« C'est reposant… » initia Astrae, les yeux clos.

Tia ne répondit rien et se contenta d'opiner d'un mouvement de tête, ses mains reposant toujours sur le sommet de ses genoux. La plus jeune inspira profondément pour gonfler ses poumons d'oxygène, expira sereinement puis enchaîna :

« La liberté ne te manque pas ? »

Aucune émotion ne traversa le regard de la Tercera, mais ses lèvres se desserrèrent brièvement :

« Parfois. »

Astrae sourit à cette réponse expéditive, se redressa un peu et laissa ses avant-bras rejoindre l'un de ses genoux qu'elle avait replié, le pied contre le rebord.

« A moi aussi, » avoua-t-elle en déposant son menton contre ses bras, une jambe toujours suspendue dans le vide. Sa longue chevelure noire lui cachait en partie le visage et seule la longue corne osseuse de son nez dépassait. Elle poursuivit d'une voix désabusée : « A-t-on vraiment eu le choix ?

— Les filles et moi devons la vie à Aizen-sama et ma reconnaissance envers lui sera éternelle. »

La gardienne détourna son regard, sa joue toujours en contact avec sa peau et fixa la blonde qu'elle connaissait depuis un moment maintenant. Leurs chemins s'étaient déjà croisés à l'époque où toutes les deux n'étaient que des Adjuchas lors d'un combat en commun contre des hordes de Hollows mâles. Tia lui avait proposé de rejoindre son groupe de résistantes, seulement, par peur de la bête affamée enfouie au plus profond de son être, elle avait préféré décliner l'offre, non sans regret. Alors elles s'étaient séparées puis jamais recroisées avant d'arriver à Las Noches.

« En es-tu bien sûre ? »

La question détourna l'attention de Tia qui coula un regard en direction de l'Arrancar. Elle attendait des explications qui ne tardèrent pas à venir.

« Si Aizen décidait de sacrifier tes sœurs pour ses projets, le suivrais-tu toujours ? »

L'Espada fronça les sourcils et reporta son regard froid au loin devant elle. Le silence retomba quelques instants et Astrae leva la tête pour fixer la lune ronde et éclatante, ses lueurs pâles éclairant son visage sans pour autant le réchauffer.

« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les protéger, je leur en ai fait la promesse, » finit-elle par répondre d'une voix déterminée.

Astrae ne put retenir un petit sourire de se dessiner au coin de ses lèvres. Même si sa supérieure ne l'énoncerait jamais clairement, elle comprit que le dévouement de la Tercera possédait tout de même certaines limites. Cette information lui servirait un jour, la brune en était intimement convaincue.


Re'

Comme d'habitude, j'espère que ce chapitre vous aura plu !

On voit qu'Orihime commence un peu à se défendre malgré tout ! Et on apprend quelques petites choses intéressantes sur notre cher Ulquiorra. Sans parler de ses pensées qui commencent sérieusement à partir en vrille lorsqu'il est question d'Orihime !

Un avis sur ce chapitre ? Il (votre opinion) compte beaucoup pour moi.

A bientôt j'espère,

Farouche.