Le premier chapitre... les Moooooissons ! Alors, excités à l'idée de découvrir nos quatre fantastiques tributs ?


Chapitre 1

La Moisson, ou comment maudire Panem, le Capitole, et tout le tralala


POV Amber, 15 ans, district Quatre

Lorsque je me réveille, le soleil perce à travers mes rideaux, illuminant ma chambre. Je me lève d'un bond. J'ai trop dormi... Je n'ai plus le temps pour mon traditionnel bain matinal dans la mer, la Moisson est dans à peine une heure et demie et il faut que je me prépare.

Dommage. Nager est la seule chose au monde qui vaille la peine, avec lire. Oui, ces deux activités sont les seules choses qui me détendent. Quand on est un génie, une des Carrières les plus doués du district, et que tes parents te mettent une pression d'enfer pour que tu sois parfaite, ce que tu n'es évidemment pas, il faut un exutoire.

J'ai toujours nagé, c'est une des choses que je sais faire le mieux, avec le maniement des armes ( même si il y en a que je ne maîtrise pas bien ) et tout ce qui est intellectuel. Je suis très forte, musclée, ce qui fait que j'ai plutôt une carrure d'homme. Ca ne plaît pas à ma mère. Elle voudrait que je sois Miss Quatre ou quoi ? Je ne peux pas tout faire !

Mon père, lui, exige que je sois la meilleure en tout. C'est plus facile à satisfaire, mais c'est toujours ardu... Difficile d'être toujours la meilleure !

Je me douche rapidement, puis enfile la soyeuse et vaporeuse robe bleue, de la même teinte que mes yeux. Je lâche mes longs cheveux blonds, inspecte ma peau tannée. Pas de boutons, pas de remarques. Je souris. La robe ne me va absolument pas, je suis bien trop... carrée pour ce genre de choses.

C'est alors que je me rappelle : je suis sensée me porter volontaire. Aujourd'hui. Pour aller à la quatrième Expiation. Ce sont mes parents qui le veulent.

Et je vais le faire. Echapper à leur pression constante, et si- non, quand, je ne dois pas douter de moi, pas maintenant -, m'installer le plus loin possible de chez eux. Parce que mon père est évidemment un ancien vainqueur. Evidemment, je vais tout de même habiter dans le même " quartier ", si on peut appeler le Village des Vainqueurs un quartier.

Enfin, bref, c'est une pure folie. Déjà, cette idée de paires. C'est stupide. Surtout qu'à force de s'entraider, on va créer des liens, et si on survit, et bah, tuer l'autre, un peu moyen, quoi. Sérieusement.

Je ne sais pas avec qui je voudrais être " mise ". Pas un Carrière : c'est vachement utile dans l'arène, mais après, vas-y pour le battre... un tribut fort, mais pas trop, ça serait bien. Pas de faibles, parce que je devrais faire tout le boulot pour nous garder en vie. Non que je fasse de la discrimination, mais je ne peux pas me permettre de ne pas revenir. Je tiens à la vie, moi. Je n'ai que 15 ans, après tout.

Et j'obéis à mes parents...

Je descends à la cuisine. Les deux sont là, lisant le journal, buvant un café. La télé est allumée sur une rediffusion de la première Expiation, il y a 75 ans. J'ignore le poste, mes parents, me sers du pain et mange rapidement.

- Tu n'as pas intérêt à nous faire honte, dit simplement ma mère quand je me lève pour partir.

Même pas de " au revoir " ou de " bonne chance ". Mon père se lève en même temps que moi, il doit aller à l'hôtel de ville, en tant que vainqueur. Heureusement qu'il ne sera pas mentor, cette année. Je ne l'aurais pas supporté.

Nous sortons de la maison. Je le quitte immédiatement. Je ne veux pas lui parler.


L'hôtesse rappelle brièvement les règles de cette Expiation, puis plonge la main dans le bol des filles. J'inspire un bon coup.

- Elena...

- Je suis volontaire ! je crie immédiatement.

Je monte sur l'estrade, l'air hautain, fier. Allez, Amber, pour la caméra...

- Quel est ton nom ?

- Amber Shell. J'ai 15 ans.

- Ne serais-tu pas la fille de Victor Shell, notre vainqueur des 79emes Hunger Games ?

- Si.

La foule applaudit et je m'autorise un petit sourire factice. Evidemment, je vais être associée à mon père.

Le garçon qui se porte ensuite volontaire est un beau brun aux étranges yeux dorés de 17 ans. Je parie qu'il va avoir plein de sponsors, celui-là. Mais moi aussi, avec ma parenté.

Enfin, c'est une grande blonde de 17 ans, à la démarche hautaine ( et naturelle, ce n'est pas de la simulation comme moi ) et au port de tête altier qui vient nous rejoindre.

L'hôtesse sourit largement à la foule :

- Je vous demande un tonnerre d'applaudissements pour nos trois tributs de cette quatrième édition de l'Expiation : Amber Shell, Condar Sear et Caryn Torenn !


POV Nedy, 16 ans, district Sept

La Moisson. La première pensée qui me vient à l'esprit lorsque je me réveille est pour ce pénible événement. En plus, cette année, c'est la quatrième Expiation. Et j'ai deux risques de me faire tirer : une fois dans la boule des filles, une fois dans dans une boule qui combine les deux sexes. Et j'ai 35 papiers à mon nom. Un nombre assez important, quand même.

Je soupire en me levant, posant mes pieds sur la terre battue qui nous sert de sol. Je sais utiliser une hache, et très très bien, comme n'importe quel enfant du Sept. Et puis, comme j'aide mes parents à braconner dans la forêt, je sais chasser et survivre, je connais très bien les plantes et tout le tralala. Encore un point en ma faveur, je sais utiliser un javelot, un épieu, enfin ce type d'armes quoi. Mais je n'ai toujours pas envie d'aller dans l'arène, et certainement pas pour l'Expiation. Il n'y a plus qu'à prier pour que le sort me soit favorable...

Je sors de notre maison : une espèce de cabane vétuste au bord de la forêt. Il y a un puits dans notre " jardin " : je vais y puiser de l'eau, puis je me débarbouille.

J'enfile ensuite ma tenue pour la moisson : une robe rose délavée et rapiécée. Je brosse mes longs cheveux bruns. Mes yeux noisette brillent étrangement. La nervosité, j'imagine.

Je vais ensuite réveiller mes trois frères : Hole, 14 ans, Dick, 11 ans, et Nor, 9 ans. C'est à ce moment que mes parents rentrent : ils étaient partis en forêt. Nous nous attablons.

Au menu : soupe de champignons et restes du faisan d'hier. Je ne peux quasiment rien avaler. Toujours la Moisson.

Puis finalement vient l'air d'y aller. Nous habitons à une demi heure du centre-ville : pour nous y rendre, nous devons emprunter des petits chemins de terre tortueux. Enfin, nous sommes relativement près : certains doivent prendre le train. Nous sommes un grand district, mais nous ne sommes pas très peuplés : tout le monde est dispersé.

Nous arrivons sur la Place. Hole et moi nous faisons enregistrer. Hole n'a que 3 papiers : j'ai décidé qu'il ne prendrait pas de tessarae. Hors de question de le mettre en danger.

Je rejoins ma section.


Faites que ça ne soit pas moi, pas moi, pas moi...

- Nedy Rebird !

Je ne connais qu'une seule Nedy Rebird dans le district... et c'est moi.

Je ne ressens rien : je suis juste sous le choc. Je vais aux Hunger Games. Aux 100emes Hunger Games. A la quatrième Expiation.

Je serre les poings pour empêcher mes mains de trembler et marche calmement vers l'estrade, toujours en état de choc.

- Bien, passons aux garçons !

Il ne faut pas qu'Hole soit choisi est la seule pensée qui traverse mon esprit embrumé.

Ce n'est pas lui : c'est un immense et musclé garçon du 18 ans, à l'air menaçant. Probablement un de ces garçons qui s'entraînent dans les bois pour les Jeux, une parodie de Carrière non moins vicieuse et cruelle. Un des pires adversaires qu'on puisse imaginer...

- Parfait ! Nous allons maintenant procéder au tirage de notre troisième tribut...

Les deux boules de verre se déplacent alors mécaniquement l'une vers l'autre, pour se fondre en une seule. Encore un prodige scientifique du Capitole. Les paiers sont brassés pendant deux bonnes minutes, puis l'hôtesse tire un autre papier.

Pas Hole...

- Simeon Garfold !

Un petit garçon de 12 ans, timide et frêle, sanglotant, s'avance. Un fils de papetier, à son physique et à ses vêtements. Un des rares privilégiés, un des rares à ne pas savoir utiliser une hache, aussi. Il ne devait avoir qu'un papier. Quelles étaient les chances qu'il soit tiré dans la loterie combinée ? Elles étaient proches de zéro. Et pourtant, il a été choisi.

C'est là que je prends conscience que je vais dans l'arène. Je garde contenance, mon visage toujours lisse, mais à l'intérieur je hurle.


POV Sherry, 17 ans, district Dix

Tu parles d'un jour ordinaire. La Moisson, c'est aujourd'hui. Aussi mon anniversaire, d'ailleurs. Je suis vraiment née le pire jour de l'année...

Ca serait horrible d'être tirée. En plus, c'est quasiment mon seul jour de congé. Je travaille dans un abattoir pour nourrir mes deux petites soeurs et ma mère. Du coup, je sais utiliser une hache et des couteaux. En plus, je connais l'emplacement des organes vitaux et je suis habituée au sang et à la mort. Pas mal d'avantages pour l'arène, en fait.

Mais le programme de cette année ne me fait vraiment, vraiment pas envie. Sérieusement... moi qui suis plutôt asociale, être liée à quelqu'un puis, si on survit, devoir le tuer, très peu pour moi. Je ne sais pas si je pourrais supporter la compagnie d'une autre personne pendant au moins deux semaines. Je finirais par craquer et le tuer, et du coup me tuer moi-même...

Oui, arrête de penser, Sherry, et au boulot !

Je me débarbouille dans la fontaine sur la place du village perdu au milieu des pâturages. District Dix, un district étendu, et nous vivons en périphérie. Donc un train va passer me chercher à 8h30. Et il est 7h45.

J'enfile ma tenue : une vieille robe trop petite, d'un vert délavé. Ca va bien avec mes yeux, eux aussi verts délavés... je dompte ma crinière de feu en la mouillant et je vais réveiller mes soeurs, deux jumelles de 11 ans aux cheveux brun-roux, comme maman.

Maman l'alcoolique gise sur la table de la cuisine, une bouteille vide à côté d'elle. Parfait. Qui va s'occuper d'Elina et Anilé, maintenant ? J'ai un train, moi !

Je lui balance un sceau d'eau sur la tête, lui crie " Debout, les p'tites attendent ! ". Elle hurle des insultes et se lève d'un bond, mais j'ai déjà attrapé un morceau de pain rassis. Je sors. Pauvre ratée. Depuis que papa est parti, 3 ans auparavant, c'est une loque. A mon avis, il avait bien raison de se barrer...

Je cours vers la petite gare, monte dans le train. Plein d'adolescents, la plupart avec un membre de leur famille. J'essaie d'oublier et je me concentre sur la route.

A mesure que je m'éloigne de ma mère, mon humeur se radoucit, et je me rends compte que j'ai vraiment 17 ans. Ca aurait dû se fêter. Ca se fêtera, quand je rentrerai.

Bien sûr, il y a la possibilité d'être choisie à la Moisson. J'ai exactement... 30 papiers à mon nom. Ca fait pas mal. Il y en a qui en ont plus, mais 30 est déjà un nombre élevé.

En réalité, je voudrais presque bien être choisie à la Moisson, si c'était pas l'Expiation. Echapper à ma vie minable, peut-être devenir riche, m'éloigner de l'influence néfaste de ma mère pour un petit temps... c'est presque un rêve. Et si il faut tuer 23 adolescents pour ça, je le ferai.

Mais pas cette année. Peut-être que je me porterai volontaire, l'année prochaine.


Ca y est. L'hôtesse a la main dans la boule des filles et je suis en train de prier pour que ça ne soit pas moi, pas cette année, pas encore.

- Caty Faucourt !

Le soulagement m'envahit, puis refoule : il y a encore un risque.

Une fille sort de la section des 15 ans, l'oeil vif, le regard acéré, le visage comme taillé à coup de serpe. Je distingue tout de suite la prédatrice. Tout dans sa démarche l'indique. Cette fille, c'est une tueuse.

Forcément : sa mère est une des gagnantes du district ! Je la vois faire un clin d'oeil à sa fille. Elle a dû l'entraîner. Génial. Une espèce de Carrière ici, c'est pas courant.

Ensuite, l'hôtesse tire un nom de garçon. 14 ans, normalement bâti, aux traits communs, le dénommé Carl Sheperd ne sort pas du lot.

Le dernier risque. La loterie combinée. Je regarde les boules s'assembler, les feuilles être battues...

Pas moi, je n'ai pas encore l'âge, je ne suis pas prête mentalement et physiquement, juste une année de plus et ça sera bon...

- Sherry Borned !

C'est... c'est moi. Pourquoi ? Je serre les dents. C'est moi ? Qu'à cela tienne. J'ai 17 ans aujourd'hui, et je vais le fêter dignement avec un voyage au Capitole.

Et puis, je vais gagner. J'aurais de l'argent, et j'enlèverai les filles, mes petites soeurs chéries à la garde de mon alcoolique de mère, et on vivra paisiblement.

Je marche jusqu'à l'estrade, la tête haute. Tant pis. Pas de sursis de un an, je vais y aller.

La seule chose qui m'angoisse, c'est que c'est l'Expiation.


POV Matheo, 14 ans, district Onze

Je me réveille, et je me rappelle que c'est la Moisson de la quatrième Expiation. Je soupire. Je déteste la violence, le sang... pas étonnant que je ne supporte pas les Hunger Games.

Depuis que mon frère a été tiré, il y a deux ans, et qu'il est mort, j'ai encore plus de mal. C'est dur, tellement dur, de vivre sans lui.

Il n'avait même pas de tessarae ! En effet, mes parents sont un peu plus riches que la moyenne : ils sont contrôleurs de récoltes, et non simple cueilleurs ou cultivateurs. Nous vivons dans une vraie maison, et même si la vie est parfois difficile, nous sommes extrêmement privilégiés, par rapport à l'extrême pauvreté qui règne.

Moi non plus, j'ai pris une tessarae l'année dernière car mon père a fait une dépression et a arrêté de travailler, mais maintenant ça va, tout est rentré dans l'ordre. Donc ce qui me fait 4 papiers à mon nom. Un chiffre bas, très bas. Mais je m'inquiète quand même, parce que mon frère aussi avait 4 papiers, et puis, c'est l'Expiation, et j'ai deux risques d'être tiré. La loterie normale, avec les garçons, et puis celle combinée.

Je m'habille et vais petit-déjeuner. Mes parents sont déjà là, en train de fixer le vide, main dans la main. Une grosse larme coule sur la joue de ma mère quand elle me voit et elle m'étreint. Je la laisse faire. Ca fait du bien de se faire réconforter.

Nous mangeons ensuite en silence. Je ne trouve rien à dire, de toute manière. Quels sont les mots, dans cette situation ?

Puis vient le temps de la Moisson. Au district Onze, gigantesque, la population est dispersée, mais au contraire du Sept où il se rassemblent par groupe de 2 ou trois maisons, nous nous rassemblons en villes et villages, d'où la population plus importante. Le district est divisé en douze parties. Il y a donc, deux semaines avant la vraie Moisson, dans chaque partie, une pré-Moisson, où 15 filles et 15 garçons sont choisis. Nous vivons dans la partie Cinq.

Je n'ai jamais été pris pour la vraie Moisson, à vrai dire, c'est la première fois. C'était aussi la première fois de mon frère. Seul mon père l'a accompagné, et il est revenu seul. Jamais je n'oublierai ce moment.

Cette année, c'est ma mère qui m'accompagne. Je dis au revoir à mon père, l'étreint longuement et nous partons à la gare. Nous présentons nos deux billets, donnés gratuitement. Ce train fait la partie Onze, Huit, Sept, Cinq et Deux, de sorte que certains sont là depuis l'aube et qu'il nous reste seulement une partie avant d'aller dans la partie Un, la ville la plus important du district, là où est l'hôtel de Justice et la Grand-Place.


La fille qui est tirée est une fille des rues de la partie Un, à mon avis. Petite, maigre, mais avec l'air de quelqu'un qui sait se battre et qui a déjà vu, et perpétré, de la violence. Elle a 18 ans.

Ensuite, on passe aux garçons. J'ai les paumes moites, je tremble.

- Noah Matters !

Un garçon de 15 ans sort de son rang. Un gars de la partie Trois, aux tâches de raisin qui maculent ses vêtements. Il tremble et quelques larmes coulent sur ses joues quand il monte sur l'estrade. Comme je le comprends...

Les deux boules fusionnent, les papiers sont brassés, l'hôtesse y plonge la main profondément. Faites que cela ne soit pas moi...

- Matheo Dron !

Un garçon. C'est un garçon.

Mon homonyme ?

Bien sûr que non. C'est moi.

Je pousse un cri, restant planté là. Les Pacificateurs viennent, je tente de m'enfuir, mais ils me traînent de force sur l'estrade.

- Jehan ! je hurle.

Mon grand frère va me sauver !

Mais il est mort aux Hunger Games, il ne va pas me sauver. Tout s'effondre en moi.

Je vais mourir, comme lui.

Il est impossible que je revienne...