9 – Abandonner ce qui nous est le plus cher
Deux nouveaux mois s'étaient écoulés, et nous étions en plein mois de Décembre. A vrai dire, nous étions dans son jour le plus agréable, car c'était Noël. Quel jour pouvait rivaliser avec celui-ci ? Aucun !!! Lorsque j'ouvris les yeux, une euphorie sans pareille s'empara de moi. Je rejetai le bras de Jacob sur le coté et bondis sur mes pieds. Je me mis à sauter sur le matelas comme une gamine en gloussant t n tapant des mains. Jacob lâcha un marmonnement agacé en fourrant sa tête sous l'oreiller, alors que son torse cuivré rebondissait piteusement sous mes sauts. Vu que je ne m'arrêtais pas, il râla en essayant d'attraper mes jambes. J'éclatai de rire en esquivant ses attaques, mais il se saisit de ma cheville et je basculai en arrière. Il attrapa un coussin et se jeta sur moi pour tenter de m'étouffer, mais je me débattis comme une lionne en ne cessant pas mes éclats cristallins. Tout à coup, une voix gargantuesque retentit au loin et nous nous figeâmes pour écouter.
- Ou est-ce qu'il est je vais l'égorger !!!!
C'était la voix d'Emmett, que nous captions de la villa blanche. Nous nous regardâmes, Jacob allongé sur moi, et échangeâmes des sourires avec une bouille complice, nous qui faisions les curieux.
- Nan mais je rêve ! Il a embarqué le scotch en plus !!! Comment veux-tu que je ferme ce foutu bazar !!! Il fait exprès de me rendre dingue depuis ce matin !
- Emmett, laisse ton frère tranquille, et baisse d'un ton tu vas réveiller les petits au cottage.
(Ça c'était Esmée…)
- Alice, va chercher ton homme avant que je ne lui fasse manger le papier cadeau !!!
- Va le chercher tout seul, je ne suis pas dans vos histoires.
- Si tu me dis ou il se planque je te prête ma voiture. Une vision contre une heure de route, ça le vaut non ?
- Il est pendu dans un arbre à droite derrière le petit ruisseau, et là il saute pour se planquer plus au nord. Répondit-elle du tac-o-tac.
Il y eut un silence et nous tendîmes l'oreille, car les sons nous devenaient trop faibles. Je perçus tout de même la baie-vitrée s'ouvrir et des pas se précipiter dans la forêt, non loin de nous. Ce que c'était pratique d'avoir une super ouïe. De nouvelles paroles nous arrivèrent de la villa, et je me concentrai.
- Il est vraiment dans un arbre ?
(La voix amusée de Carlisle)
- Bien sûr que non, il est allé chez Charlie pour l'aider à porter les cadeaux.
Des éclats de rires nous arrivèrent, auxquels nous joignîmes les nôtres. J'avais hâte de les rejoindre, alors je sautai du lit et tirai vivement sur la jambe de Jacob. Il souffla en roulant des yeux puis s'étira de tout son long en baillant. Ce qu'il était mou le matin celui là !!! C'était Noël quoi !!! Je tirai de nouveau sur sa jambe et il manqua de tomber du matelas.
- C'est bon, c'est bon… je me lève ! Marmonna-t-il en baillant derechef.
Je tapai des mains toute excitée et me jetai sur la penderie. J'en renversai la moitié pour trouver la tenue adéquate. Que pouvais-je trouver de mignon tout en me protégeant de la neige ?! Je poussai un petit gloussement en tombant sur une robe de cocktail des plus sexys, fendue sur la cuisse avec de longues manches et d'un noir des plus classes. Moui… Mais restait le problème du froid. Je me tapotai distraitement le menton en contemplant ma gigantesque penderie. Derrière moi, Jacob boutonnait sa chemise en silence. Je me mis sur la pointe des pieds pour essayer d'attraper une étole en fausse fourrure que m'avait offerte Alice, mais elle était trop haute.
Tout à coup, le corps chaud de mon ami se pressa contre mon dos et il leva le bras pour attraper l'objet que je convoitais. L'espace d'un instant je sentis son parfum naturel qui me rappelait la forêt de Forks, agrémentée de cette particulière senteur d'encens que les indiens utilisaient. Il se recula d'un pas pendant que je lui faisais face et il me tendit l'étole avec un sourire en coin. Je le pris en le remerciant de mon regard fuyant et il alla se rasseoir sur le lit pour finir de boutonner sa chemise. Je me dirigeais vers le coin de la chambre et disparaissait derrière le paravent (que mon père avait installé très vite quand mon adolescence éclair s'était enclenchée, surement pour Jacob d'ailleur) Je collai mon dos contre le mur et soufflai longuement. J'avais des vertiges. Je portais une main contre ma joue car j'avais l'impression qu'elle était brulante. Je passai discrètement la tête à travers la mince ouverture du paravent, et contemplai le bel indien. Il s'était penché en avant et s'était pris le visage entre les mains. Je relevai des sourcils tristes… Pourquoi était-il si mal ? Qu'est-ce qui avait bien pu se passer entre cet instant et le moment de notre réveil ? Il tourna soudainement le visage vers moi et je me planquai vite en me mordant la lèvre.
- Tu t'en sors ?
- Oui oui ! Clamai-je, les joues en feu.
- Fais vite, je meurs de faim, et je sens de là les gâteaux d'Esmée.
Je lâchai un petit rire. Pour sûr, j'entendais bien mieux que lui, mais pour ce qui était de l'odorat, les Quileutes étaient des experts en la matière. Ils n'étaient pas mal non plus dans la difficile tâche d'engloutir tout ce qui pouvait l'être… Esmée cuisinait des repas équivalent aux onze bouches que nous étions, alors qu'en réalité, nous n'étions que trois à manger. Je retirai ma chemise et la pendais par-dessus avant de saisir ma jolie robe. Je l'enfilai en chantonnant et rejetai mes cheveux en arrière. Je jetai un œil au miroir plein pieds que j'avais tiré derrière mon petit coin et esquissai un petit sourire satisfait. Je ne pouvai pas nier que la jeune fille qui me regardait était somptueuse. Ce que j'étais grande… je devais avoisiner les dix-sept ans maintenant. J'étais formée, généreusement même, et mes cheveux étaient encore plus beaux et volumineux. Ils coulaient en boucles plus serrées que durant ma jeunesse, le long de mon dos, et leur couleur chatains aux reflets cuivrés était des plus charmantes. La fente de la robe laissait découvrir des jambes sans fin. Parfait. J'étais sûre d'être plus belle que les autres Cullen, même si la concurrence serait dure à ce que j'avais compris. Alice parvenait toujours à se dénicher des robes superbes. Mais à leur plus grand désespoir, je possédais ce petit coté pétillant et vivant auquel elles ne pouvaient rivaliser.
Je quittai le paravent tressé et écartai les bras en tournant sur moi-même pour que Jacob me donne son avis. Au lieu d'un « Wahou » auquel je m'attendais, il fit de gros yeux avant de froncer les sourcils. Il se redressa vivement et s'avança vers moi avec une mine agacée. Je reculai d'un pas en ramenant mes mains devant ma poitrine, l'air étonné. Il attrapa le drapé de tissu qui tombait en cascade devant mon décolleté et le remonta vers le haut. Je devins rouge comme jamais devant ce contact aussi bizarre que soudain. Je tapai sur ses mains pour qu'il les retire et croisai les bras devant ma poitrine en le fusillant des yeux. Il leva les siens au ciel avec une mine qui en disait long.
- Mais qu'est-ce qui te prend ?! Sifflai-je.
- Tu ne vas pas mettre ça quand même ?! Rétorqua-t-il, agacé.
- Ce « Ca » comme tu dis est un cadeau de Rosalie, et ce « ça » j'ai bien l'intention de le porter vois-tu !
- Mais c'est bien trop… trop…
Il fit des gestes circulaires sans trouver le mot juste. Je m'empourprai de colère et me collai contre lui en tapant son torse de mon index rageur.
- Vulgaire c'est ça ?! Tu me trouve vulgaire ?! Crachai-je
Il ouvrit de larges yeux, et me fit cette tête de martyr que j'avais bien envie de claquer, tout en reculant sous mes pressions du doigt.
- Pas du tout Nessie… Commença-t-il.
Mais c'était trop tard, j'étais déjà lancée, et mon sale caractère était du genre très coriace. Je me tapai le front de mes poings en poussant une exclamation horripilée. Il réessaya de parler mais je l'en empêchai.
- De toute façon quoi que je fasse depuis des mois, ça ne te convient pas ! Je suis toujours dans le faux, ou alors ce que je fais n'est jamais bien. Je le sais ne dis pas le contraire ! Je le vois très bien !
- Nessie, arrête…
- Non toi arrête ! J'en ai plus que marre que tu fasses la tête ! Tu ne veux rien me dire comme si tu gardais un secret ! Tu n'as pas le droit de jouer comme ça avec moi ! Je ne suis plus une gamine Jacob !
- Je sais. Me dit-il avec un regard déchiré.
Je stoppai mes paroles virulentes en haletant. Je le jaugeai de mes prunelles marron, étonnée qu'il ne réponde pas plus que ça. D'habitude il ne se laissait jamais faire… Il aurait dû insister sur cette robe, au bout d'un moment j'aurai fini par lâchai un souffle exaspéré et serai allé me changer. Mais il semblait si loin de moi, même si nous nous tenions l'un contre l'autre. Je me rendis compte qu'il ne se penchait pas pour me regarder, car collée comme je l'étais contre lui, le visage relevé vers le sien, il n'avait pas besoin de le faire. Je crois que je venais de réaliser que j'avais maintenant ma taille d'adulte. Je mesurais un bon mètre soixante-quinze, sans compter mes neuf centimètres de talons. Je respirais fort, et je pouvais sentir son souffle contre ma peau. J'avais beau le défier des yeux, l'inciter à se battre, il renonçait. Ses iris noirs me contemplaient de cette façon si particulière, et qui étaient devenues récurrente ces derniers mois. C'était affreux. Je le détestais pour ça… Je le détestais de ne plus se battre.
- Ce n'est pas la robe… Murmurai-je à voix haute, comme pour me l'entendre dire.
La robe n'avait été que le déclencheur. Autrefois, si nos points de vue avaient divergé, une tonitruante engueulade aurait suivi, ponctuée de crise de nerfs et de portes qui claquent. Autrefois, nous aurions fait la tête, peut être même serait-il retourné à la réserve pour ruminer… Mais ensuite, nous nous serions rejoins en nous jetant dans les bras pour nous murmurer à quel point nous étions stupides. Dans chacune de nos engueulades (et dieu m'est témoin qu'il y en a eu), son regard pétillait toujours de vie et n'en démordait pas. Ce n'était désormais plus le cas… Et en cet instant, je me moquais éperdument de cette maudite robe un peu trop sexy à son gout. Je fourrais mon visage contre son torse avec peine.
- Est-ce que c'est fini Jacob ? Gémis-je tristement.
Il soupira avec une tristesse sans fin.
- Je vais bientôt devenir adulte. Continuai-je, les larmes aux yeux.
Ma détresse lui fit lever la tête vers le plafond, et il ravala un sanglot douloureux. Il me prit entre ses bras puissants et me serra fort, fourrant sa joue dans ma chevelure. Je me pressai contre lui en pleurant. Je ne voulais pas le perdre… Pas lui. Depuis ma naissance il avait toujours été près de moi, et depuis quelques temps, je le sentais qui s'éloignait, lentement mais surement. Je le perdais. Je perdais mon confident, mon seul ami. Je fus secouée d'un hoquet.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Quand nous sommes-nous perdus ? Gémis-je.
Je sentis qu'il secouait la tête contre mes cheveux.
- Si j'ai fais quelque chose de mal, il faut que tu me le dises ! Insistai-je, tremblante.
- Tu n'y es pour rien. Ce n'est pas ta faute. Nous ne faisons pas parti du même monde Nessie… Je ne peux plus veiller sur toi comme je le faisais avant. Je me sens inutile, et je ne le supporte pas.
Je serrai sa chemise entre mes doigts, tout comme je serrai les mâchoires.
- Quand tu es tombée, lors du match, tu as saigné tellement fort… Je ne savais pas quoi faire, j'ai paniqué. Je n'ai pas su te mettre à l'écart, tout comme j'ignorais totalement ce qu'il fallait faire pour te soigner. Je suis perdu Nessie…
J'écarquillai les yeux, perplexe devant ces aveux inespérés et si étranglés. A ce que je comprenais, ma nature hybride l'inquiétait, car il ne savait rien de ce qui m'arrivait, ni ce qu'il fallait faire. Mais moi non plus je n'en savais rien… Pourquoi était-il si apeuré de l'inconnu ? Ou alors, parmi ce point central qu'était ma nature, se cachait-il autre chose qu'il ne voulait pas m'avouer ? Je relevai alors vivement le visage pour saisir le sien entre mes mains. Il était chaud et il frémissait.
- Parle-moi Jacob ! Dis-moi ce qui te fais du mal je t'en supplie…
Il détourna les yeux, la mine déchirée, mais je le secouai fermement pour l'obliger à me fixer, pour qu'il perçoive ma détresse et la détermination de mon regard. Quoi qu'il me cache, je voulais le savoir. Mais il se fit fuyant une nouvelle fois en essayant même de reculer. Son mouvement me tira un gémissement. Il m'attrapa les bras pour que je le lâche, et tenta de me repousser. Je poussai un ultime sanglot en me laissant tomber au sol, pathétique et effondrée. Jacob me toisa comme s'il s'apprêtait lui-même à perdre prise. Ses yeux se firent humides, et il déglutit avec difficulté.
- Je suis désolé.
Et il se précipita sur la fenêtre pour l'ouvrir. J'écarquillai les yeux en poussant une exclamation de surprise. Non… Il n'allait pas faire ça… Pourtant, avant même que je ne réagisse, il l'avait ouverte et se jetai à l'extérieur. Je m'y ruai comme une folle et m'y penchai avec la gorge nouée. Je fouillai la végétation autour de nous, mais il n'y était plus. Mes yeux tombèrent alors sur des vêtements en lambeaux, juste en dessous. Ils étaient les seuls vestiges du Jacob humain qui avait bondit par cette ouverture…
