12 – Prisonniers

- NON !!! Hurla Aro

Mais Felix s'était déjà jeté sur lui et l'avait écrasé violemment au sol. J'avais d'abord poussé un cri de terreur devant cette attaque soudaine, puis sous le coup de l'adrénaline, j'avais bondi sur le dos du vampire pour le frapper de mes poings. Je ne pouvais pas laisser Ryan se faire tuer sans rien faire, et qu'importent les conséquences… De toute façon, je n'avais aucune chance de survivre à cet endroit quoi qu'il arrive. Felix m'envoya une violente gifle et je volai dans les airs avant de m'écrouler sur le sol de pierre. Les vampires s'étaient précipités sur les deux hommes pour les séparer, et je pus percevoir les cris enragés de mon ami dans tout ce brouhaha. Je relevai le haut de mon corps en vacillant, juste au moment où Aro plongeait dans la foule avec une mine horrifiée. A mon plus grand étonnement, c'est le corps de mon ami qu'il traina hors de l'attroupement.

- Ryan !!! Criai-je en me redressant.

Je me précipitai sur lui et me jetai au sol pour le serrer contre moi. Aro s'agenouilla aussi, les cheveux désordonnés et l'air affolé. Ho non… Il saignait beaucoup, d'une plaie béante à la gorge. J'y plaquai mes mains en regardant le groupe de vampires avec effroi. Pitié non, tout mais pas ça. Le liquide chaud se répandait à travers mes doigts pendant que je murmurais des supplications impuissantes. Aro poussa un feulement terrifiant et les vampires reculèrent en se courbant docilement. Il fusilla Felix des yeux, juste au moment ou Marcus s'emparait de celui-ci pour le trainer de force hors de la pièce. Le silence retomba lourdement, c'était si étrange. Il ne restait plus que nous trois, ainsi que le corps inerte du vampire qui s'était effondré. Ryan ouvrit alors les yeux et tenta de respirer mais sa trachée était gorgée de sang.

- Ryan nooon… Gémis-je.

Aro le toisait avec des yeux déments, mais je ne faisais plus du tout attention à lui. J'essayai de presser la plaie de toutes mes forces, même si j'avais la sensation que cela n'empêchait pas le sang de s'écouler. Il ouvrit la bouche, et ce ne furent que d'horribles gargouillis ensanglantés qui en jaillirent.

- Chuuut, ne parle-pas ! Murmurai-je.

- NICOLAE !!! AMENEZ-MOI NICOLAE !!! Cria Aro

Même s'il n'y avait personne, tout les vampires avaient forcement entendu son ordre, et je priais pour que le fameux Nicolae soit docteur. Ryan tourna ses yeux révulsés sur moi, en suffoquant horriblement, et il attrapa ma main avec ferveur, comme s'il me suppliait de ne pas le laisser, de rester avec lui jusqu'au bout. J'acquiesçai en sanglotant, alors que nos mains se couvraient inexorablement du sang qu'il perdait. Je relevai mes prunelles furieuses sur Aro, n'éprouvant plus de peur mais une colère sans nom. Je le détestais, lui et son clan, et si jamais mon ami mourrait aujourd'hui sur ce sol froid, alors je ferai la promesse solennelle de le tuer de mes propres mains de misérable hybride. Mais tout à coup Ryan se mit à convulser et je poussai un cri déchiré.

- Nooooon ! Pleurai-je en essayant de le maintenir.

C'est à ce moment là que la porte s'ouvrit en trombe sur un vampire plutôt âgé et à la stature très carrée. Il se rua sur nous et Aro se recula pour qu'il puisse s'agenouiller contre Ryan. Le vampire en question poussa mes mains et posa les siennes contre la blessure. Je ne savais pas ce qu'il faisait mais je ne pouvais que prier que cela fonctionne. L'homme plissa fermement les yeux comme s'il se concentrait et un silence affreux et interminable s'en suivit, uniquement ponctué de mes sanglots incontrôlables et du bruit des membres de Ryan qui tapaient le sol au milieu de ses convulsions. Puis tout à coup le sang cessa de couler et il ne bougea plus. Je plaquai mes mains couvertes de sang devant ma bouche, croyant qu'il venait de mourir, mais en réalité, il vivait toujours, car les faibles battements de son cœur retentissaient toujours.

- Lui s'en sortir, hybrides être très solides, bien plus que humains.

Je relevai mes yeux humides sur le type bizarre. Il avait un accent horriblement prononcé, dix fois plus que celui de Ryan. Mais apparemment il devait être originaire de la même contrée, car cela y ressemblait fortement. Je reniflai piteusement en contemplant de nouveau mon ami. Il semblait épuisé, et ses respirations étaient très lentes. Nicolae retira ses mains et je constatai avec ahurissement que la plaie était beaucoup moins béante… Comme si deux ou trois jours s'étaient écoulés à grande vitesse. Aro acquiesça avec une mine tirée.

- J'espère bien, il est d'ordre capital qu'il reste en vie.

- Pas problèmes.

Aro se passa une main dans les cheveux en soupirant avec agacement. Je fronçai les sourcils en le jaugeant longuement. Il ne devait pas avoir prévu que sa petite présentation se terminerait ainsi… Il capta mon regard et je le baissai vite. Nicolae se redressa tout comme le chef des Volturi. Ils soulevèrent mon ami et je me levai rapidement à mon tour. Nicolae rejeta le corps inerte de Ryan par-dessus son épaule et prit la direction de la porte. Je lâchai une exclamation inquiète. Aro posa une main sur mon épaule pour m'empêcher de les suivre.

- Ou l'emmenez-vous ??? M'exclamai-je d'une voix étranglée.

- Nicolae va s'occuper de lui.

- Je veux rester avec lui !

- Inutile.

Les larmes emplirent le coin de mes yeux lorsqu'ils disparurent derrière la porte. Deux vampires, dont une femme, pénétrèrent à leur place. Ils s'avancèrent vers nous avec toute la grâce que leur conférait leur race, puis ils se penchèrent respectueusement devant nous (Ou plutôt devant leur chef)

- Occupez-vous de Karl, emmenez-le chez Nicolae. Lâcha celui-ci.

Le vampire acquiesça et se dirigea vers le corps du type effondré. La femme quand à elle, ne cessait de me dévisager avec une curiosité sans égale. Aro posa une main sur mon épaule et étira un sourire mystérieux. Sous la douce pression de ses doigts, je pouvais ressentir le poids de sa puissance et de son empire. Qu'étais-je moi, petite demi-vampire, comparé à cet homme ? Je n'étais pas prisonnière au sens littéraire, car il n'y avait pas de liens autour de mes poignets, ni de chaînes à mes pieds… Non, j'étais prisonnière d'un pouvoir sans fin, d'une organisation ancestrale, de vampires invisibles qui surveillaient le moindre de nos mouvements et de dirigeants terrifiants. Je ne savais pas ce qui m'attendait, ni ce qui allait advenir de mon ami. Tout ce que je savais, c'était que sous cette main aux apparences bienveillantes et chaleureuse, se tenaient le choix de ma vie ou de ma mort.

Quelques minutes plus tard, on me fit conduire dans une chambre, bien différente de la cellule ou l'on nous avait jeté quelques heures auparavant. Il y avait un grand lit à baldaquin, des rideaux luxueux accrochés aux immenses fenêtres, une baignoire de marbre encastrée dans le sol et dissimulée par un pan de mur central au milieu de la chambre. Le belle vampire me fit entrer et avec un sourire dépourvu de réelle gentillesse, elle referma la porte derrière moi. Elle n'enclencha pas le verrou, de toute façon c'était inutile… Je ne voulais même pas imaginer ce qu'il m'arriverait si j'osais tenter de m'échapper. Je n'atteindrai même pas le bout du couloir… Il ne me restait plus qu'à attendre. Attendre de savoir ce que l'on voulait de moi. Attendre une libération ou une sentence. Je m'assis sur le lit avec le cœur serré, tout en contemplant cette suite magnifique au style très Italien. La Française hybride avait-elle séjourné ici elle aussi ? Etait-elle morte ? Nahuel allait-il lui aussi se faire enlever ? Ce trop plein d'émotion déclencha mes larmes silencieuses le long de mes joues, pendant que mon corps recroquevillé tressaillait sous les sanglots.

La porte s'ouvrit et je sursautai. Avais-je sombré dans un sommeil épuisé ? Je ne me souvenais plus de rien… Mais il faisait nuit. Je clignai des yeux en me relevant vivement du matelas, soutenue par mes bras pantois. Un vampire passa la porte et fit signe à quelqu'un d'entrer. Quand Ryan se matérialisa dans celle-ci, je poussai une exclamation de soulagement étouffée. Il leva les yeux sur moi et son sourire illumina son visage. Il se précipita et je bondis du lit. Je me jetai dans ses bras et il me fit tourner contre lui. Le vampire ne nous adressa pas même un œil et referma la porte. Ryan me fit glisser au sol et agrippa mes joues en collant son front contre le mien.

- Tu vas bien ! Affirma-t-il dans un souffle.

J'acquiesçai les larmes aux yeux et il rit doucement.

- Tu es fou tu as failli nous faire tuer ! Chuchotai-je alors, en regardant la porte.

- J'ai dérapé, je suis désolé… Murmura-t-il.

Je reculai mon front du sien en réajustant distraitement le col de la nouvelle chemise qu'il portait. Il n'y avait plus de trace de blessure sur sa nuque. Il balaya la chambre de ses prunelles turquoise et soupira. Je n'étais pas prête à me taire tout de suite, il y avait trop de questions qui se bousculaient dans mon esprit.

- Alors c'est comme ça que tu avais tué le Volturi ? Avec ce donc incroyable ? Tu peux tuer des Vampires ?! Pourquoi ne l'as-tu jamais dit ? Et à Forks ! Pourquoi ne pas l'avoir utilisé !

- Nessie… Tu poses trop de questions ! Souffla-t-il en roulant des yeux.

Il s'éloigna et passa derrière le pan qui dissimulait la salle de bain. Je m'empressai de le suivre, bien déterminée à en savoir plus. Il était penché au dessus du lavabo et il tourna le somptueux robinet. Il s'aspergea le visage du flot qui s'en écoulait puis il se redressa en rejetant ses mèches dorées en arrière, les mouillants légèrement. Il referma le robinet puis se regarda dans la glace en faisant une moue fatiguée. Je me postai derrière lui pour capter son regard dans le miroir.

- Nessie ne fait pas cette tête… Je te jure que je ne suis pas d'humeur.

- Tu crois que moi je vais bien ?! Je suis prisonnière ici, tout comme toi, sauf que de nous deux je suis la seule à être sincère. Tu sais ce qu'il se passe ici n'est-ce pas ?! C'est pour ça que tu n'as pas eu peur de les attaquer… De les attaquer avec ce pouvoir.

Ma voix se brisa sur ces derniers mots et je sentis mes jambes flancher. Toute la pression retombait et était en train de liquéfier mes membres. Ma tête me tournait et les sanglots nouaient ma gorge. Ryan releva des sourcils tristes puis s'approcha de moi. Il me prit la main et me ramena derrière la cloison. Il me força à m'asseoir et s'allongea sur le lit en soufflant. Il croisa les bras derrière sa nuque et fixa le plafond. J'attendis patiemment qu'il se décide à parler.

- Je connais bien les Volturis, pendant deux ans ils m'ont traqué sans relâche. Au début, c'était surtout pour m'observer et m'étudier, mais plus le temps passait et plus je voyais qu'ils devenaient entreprenants. Une nuit ils ont tenté de me capturer dans mon sommeil, et c'est là que j'ai usé de mon don. (Je m'allongeai sur le ventre en le toisant avec curiosité) Désolé de te décevoir, mais je ne peux pas tuer ce qui n'est pas vivant. Je ne sais pas trop ce que mon don leur fait, mais ce qui est sûr c'est qu'ils n'apprécient pas. C'est comme si j'absorbais la chose qui fait bouger leur corps mort. Je sens que ma main tremble et ils s'écroulent.

Je poussai une petite exclamation admirative. Il esquissa un sourire en coin.

- C'est assez pratique en effet, c'est pour ça que j'avais réussi à leur échapper jusqu'à présent. Je ne les craignais pas. Mais un jour, je me suis retrouvé face à trois vampires, et mon don n'a pas fonctionné. Heureusement que mes jambes ont fonctionné elles…

- Pourquoi n'a-t-il pas marché ?! Demandai-je, fascinée.

- A cause d'une femme…

- Une femme ?!

- Elle possède un don très puissant, qui ressemble un peu à celui de ta mère. Ta mère peut étirer un bouclier qui protège ceux qui s'y trouvent. Elle, elle dégage une aura qui annule les pouvoirs. Elle n'est pas plus puissante qu'un autre lorsqu'elle est face aux Cullen, car Bella repousserait l'aura. Mais là, ils nous ont pris par surprise à Forks, et ta mère n'était pas là.

Je comprenais mieux maintenant… Mais ces aveux ne suffisaient pas à dénouer l'angoisse qui me rongeait l'estomac. Je me mordis la lèvre, en proie à la peur maintenant que le silence était revenu. Ryan tourna discrètement le regard sur moi puis doucement, saisit ma main.

- Ne t'en fais pas, ils ne nous feront pas de mal, nous sommes trop importants pour eux.

- Tu me le jure ? Sanglotai-je.

Son visage s'attrista et son regard perdit son étincelle. Il ne pouvait pas me le jurer… Il ne pouvait pas être sûr qu'il ne nous arriverait rien. Les larmes coulèrent alors en flots silencieux le long de mes joues et il me serra contre lui avec fermeté, sur ce matelas luxueux et dans cette suite sublime qui n'était autre qu'une cage dorée.