15 – Confrontation
- Entre Renesmée, entre.
Je regardai la femme qui m'avait escorté jusqu'ici et elle me fit un signe de menton pour que j'avance. J'obtempérais avec anxiété tout en entrant dans la vaste alcôve. Aro était assis aux coté de ses deux compères, sur leurs trônes démesurés. Je vis également les jumeaux, non loin de leur chef, ainsi qu'Amy et deux autres Volturis. La porte derrière moi se referma et me fit sursauter. Aro esquissa un sourire amusé pendant que Marcus et Felix me toisaient avec réticence.
- Alors chère Renesmée, comment te sens-tu ? Me demanda gentiment Aro.
- B-Bien.
- Parfait. Les examens de ce matin n'ont pas été trop ennuyeux ?
- Non.
- C'est très bien.
Il se tût et je réalisai à quel point ma voix avait été petite et misérable. Je me sentais comme devant un tribunal, prête à passer sur la potence au moindre écart. Mes mains tremblaient malgré moi. Aro se redressa de toute sa hauteur et de sa prestance effroyable et mon cœur se noua. Il ne fallait pas qu'il me touche… Il ne devait pas me toucher. Il descendit les marches de son estrade de marbre avec une lenteur horrible.
- Nicolae m'a rapporté a quel point il était ravi de t'avoir comme sujet. Tu es très coopérative et patiente selon lui, je t'en suis infiniment reconnaissant. Reprit Aro de sa voix grave et posée.
- C'est normal, je me plais à croire que je contribue à une juste cause. Répondis-je en faisant de mon mieux pour paraître crédible.
Cette réponse fit pétiller le regard du chef des vampires et il me sourit de toutes ses dents. Il descendit les dernières marches, nous rapprochant indéniablement, et fit quelques pas vers moi. De nouveau mon cœur tonna dans ma poitrine.
- J'ai eu une petite conversation avec Ryan ce matin, et j'ai été ravi d'apprendre que tous les deux étiez liés. Commença-t-il l'air de rien. Ainsi peut être l'éloignement de votre famille vous est moins pénible.
J'acquiesçai timidement et il me jaugea de ses prunelles rougeoyantes. Il s'était dangereusement rapproché de moi, ce n'était plus qu'une question de minutes maintenant.
- La chambre vous sied-elle ? Cet unique lit double n'est pas du tout un affront, j'espère que cela ne vous a pas choqué au premier abord.
- Pas du tout, nous sommes habitués à dormir ensembles de toute façon. Mentis-je.
- Voilà qui est très arrangeant soyez en sûre. Je dois bien avouer que cet unique lit n'était pas une erreur de notre part.
- C'est ce que Ryan a cru comprendre.
- Et que vous a-t-il dit d'autre ? Demanda-t-il avec une lueur intense dans le regard.
C'était maintenant… Je devais jouer notre coup de Poker maintenant, avant qu'il ne me demande l'autorisation de vérifier certaines choses avec la plus grande obligeance dont il était capable. Je devais prendre les devants, aussi impossible que cela me paraisse en cet instant. Je pris une longue respiration et commençait doucement le coup de bluff.
- Il m'a dit que vous vous posiez quelques questions à propos de nos relations. Que la procréation de notre race vous rendait également légèrement curieux (Il étira un sourire). Il m'a gentiment conseillé de vos apporter quelques preuves pour que vous puissiez juger vous-même de ce qu'il en est.
Sans même lui laisser une chance de dire quelque chose ou de faire quoi que se soit, j'envoyai mon bras pour lui saisir la main. Il y eut un murmure dans l'assemblée mais c'était déjà trop tard, j'avais plissé les yeux et lui envoyai le flot de mes souvenirs. Avec toute la puissance que me conférait mon don, je fis ressurgir les souvenir de Ryan et moi, enlacés et essoufflés. Je coupais, triais, mélangeais. Le modelage était parfait, son corps nu sur le mien, haletant et passionné, ses fameuses paroles ou il me disait à quel point il me désirait encore et encore, j'y ajoutai même toutes les fois ou il s'était saisi de mes mains, m'avait enlacé, m'avait sourit... Le subterfuge était parfait. Quand je finis de lui montrer l'essentiel, je retirai vivement ma main pour qu'il ne lui prenne pas l'envie de profiter du contact pour vérifier. Je retins ma respiration en attendant le verdict. Aro rouvrit les yeux avec une mine ravie, ne dissimulant plus son sourire des plus satisfaits.
- Bien, très bien. Dit-il simplement.
Je croisai mes mains derrière mon dos, pour ne pas leur montrer qu'elles tremblaient. Il frappa deux fois les siennes, en un signe ravi, avant de m'offrir un regard amical.
- A vrai dire je suis très satisfait de la tournure que prennent les choses, je n'aurais jamais imaginé que notre coopération fût aussi intéressante chère Renesmée. Votre obligeance pour nos petites expériences et votre amabilité à notre égard sont plus qu'honorables. Sachez que vous en serez récompensée, je vais organiser une petite surprise pour vous remercier.
Il leva les yeux derrière moi, comme pour faire passer un ordre silencieux, et la femme hautaine vint se poster derrière moi.
- Passez une bonne nuit et envoyez mes salutations à votre ami. Acheva-t-il en se penchant respectueusement.
- Merci beaucoup, je le ferai.
Je reculai d'un pas, pour échapper à son regard bienveillant qui dissimulait toute la cruauté et le pouvoir qui le constituaient. Je saluai aussi d'un signe de tête les autres Volturis présents avant de vite rejoindre la porte, si vite que la femme dût se dépêcher. Dans le couloir, je me mis à trembler furieusement, jusqu'à ce que j'atteigne enfin la chambre. Elle m'ouvrit la porte et je vis Ryan en train de faire les cents pas. Il leva la tête vers moi et sa mine angoissée ajouta à mon stress. Elle referma la porte et j'éclatai immédiatement en sanglots. Il se rua sur moi pour me serrer dans ses bras.
- Nessie ! S'exclama-t-il d'une voix étranglée.
Je suffoquais à présent, enserrant fort sa nuque. Il respirait presque aussi fort que moi et je pouvais sentir son inquiétude dans chacun de ses souffles.
- Parle-moi je t'en supplie ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! Me supplia-t-il.
Mais trop de pression me retombait sur les épaules et il fallait que je la relâche. La scène de tout à l'heure avait été horrible… Tous ces regards rivés sur moi, et Aro si proche qu'il aurait pu me toucher à n'importe quel moment. Ses airs bienveillants qui me terrifiaient… Ho seigneur. Ryan me souleva et me porta jusqu'au lit et m'y allongea doucement. Il retira les mèches qui cachaient mon visage et en caressa les contours en attendant que je reprenne mon souffle, mais ses traits trahissaient une profonde impatience. Je fis de mon mieux pour respirer, et même si j'étouffais les premiers mots, je parvins à m'exprimer.
- Cet homme est si terrifiant ! Sanglotai-je et il acquiesça en riant doucement.
- Calme-toi. Me chuchota-t-il en m'entourant de son bras.
- Tu avais raison, c'était bien ça qu'il voulait. C'est pour ça qu'on avait qu'un seul lit. Il a dit qu'il était satisfait, et que je serais récompensée et que j'aurais même une surprise. Haletai-je.
- Attends-attends, moins vite ! Me coupa-t-il. Alors ça a fonctionné ? Tu ne lui as pas laissé le temps d'agir ?
- Une vraie pro, tu aurais été si fier ! Je tremblais un peu c'est vrai… Mais j'ai assuré je crois. Souris-je faiblement.
Il souffla de soulagement et se laissa rouler sur le dos. Il se passa les mains sur le visage et poussa une petite exclamation heureuse. Je gloussai en essuyant mes larmes du revers de ma main. Je me redressai pour le surplomber et il tourna ses prunelles océan sur moi.
- Tu m'as fait une de ses peurs. Quand je t'ai vu pleurer j'ai imaginé les pires choses.
- Il m'a fait tellement fait flipper… Désolée.
- C'est rien. Souffla-t-il en m'attirant sur lui.
De longues minutes s'écoulèrent dans un silence reposant, mon corps s'élevait et s'abaissait au rythme de ses respirations, je me sentis en sécurité.
- Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant Ryan ? Murmurai-je contre son torse.
- J'en sais rien… Notre mensonge durera quelques jours, une semaine peut être avec de la chance. Espérons que d'ici là nous aurons fichu le camp. Les Cullens doivent faire leur maximum pour trouver un moyen de nous libérer. Et si les choses se compliquent, alors j'improviserai.
Je relevai le menton pour le contempler. Il baissa le sien et me fit un clin d'œil auquel je répondis avec un sourire fatigué. Il m'ajusta bien contre lui et ferma les yeux. J'essayai d'en faire autant, mais tous les évènements de la journée se bousculaient dans ma tête et tentaient de me rendre folle. Je songeai aux moments passionnés contre la peau de Ryan, au couloir inquiétant qui me conduisait à ma sentence, au tribunal de vampires, au regard inquisiteur d'Aro… Finalement, la fatigue m'emporta, et quand on déposa le plateau de nourriture devant la porte quelques heures plus tard, je n'ouvris même pas les yeux.
Deux jours plus tard, la température avait chuté de quelques degrés, et très tôt il avait même neigé, bien que celle-ci ait fondu en arrivant au sol, le spectacle avait été magnifique. Nous nous étions accoudés à la fenêtre, enroulés dans une chaude couverture. C'était agréable, cela nous faisait oublier un court moment que nous étions prisonniers. Nous avions contemplé la place qui s'étendait devant nous, en espérant y voir un membre de la famille, mais il était évident que les alentours devaient être sacrément gardés. Nous avions ensuite improvisé une partie de carte, mais qui ne dura pas longtemps car je détestais perdre tout le temps. On nous apporta le déjeuner, et nous l'engloutîmes sur le rebord de la fenêtre en riant de nouvelles anecdotes de Ryan sur sa vie passée, notamment sur un épisode tordant ou il était resté en garde à vue et s'était échappé en tordant les barreaux parce qu'il en avait eu ras le bol. Dans l'après-midi, on vint chercher Ryan pour une nouvelle batterie de test.
Pour ma part, je n'avais que le même test que la veille à faire. Un petit étui blanc et bleu avec des inscriptions en Italien, reconnaissable entre tous. Un test de grossesse. Il ne pouvait être que négatif, mais cela me faisait sourire de voir leurs efforts acharnés. Cela devait être la dernière lourde interrogation qu'il leur restait sur les bras. Un hybride pouvait-il avoir des enfants ? Personne ne le savait, pas même Carlisle. Comme la sage et brave fille que j'étais, je fis le test et le posai sur le rebord du lavabo. En attendant qu'il s'affiche je me fis couler un bain en versant presque la moitié du bocal de sels dans celui-ci. Je retirai mes vêtements et me plongeai dans l'eau presque trop chaude. Je poussai un soupir de bien être en m'enfonçant dans les vapeurs brulantes. La mousse déborda même de la baignoire, mais je n'en avais rien à faire. La porte s'ouvrit tout à coup et je poussai une exclamation surprise en cachant mon visage au milieu de la poudre blanche et savonneuse. Ryan entra, et il lança un œil noir à une personne invisible qui referma sèchement la porte. Il me chercha ensuite et se pencha pour regarder derrière le pan de mur.
- Bienvenue à la maison. Souris-je, presqu'entièrement cachée.
Il passa de l'autre coté et rit doucement en me regardant barboter. Je fis un signe du menton pour montrer la compresse qu'il avait attachée sur le front et il fit une moue en coin pour me dire que ce n'était rien. Il s'avança alors et retira ses chaussures. J'arquai un sourcil étonné.
- Ferme les yeux. M'ordonna-t-il.
Je posai mes mains devant mes paupières en gloussant et me mit à chantonner distraitement. Cela me rappela Jacob, et toutes les fois ou je le lui avais demandé pendant que je me changeais. Repenser à lui me noua le ventre, lui qui me manquait tellement. Tout à coup je sentis bouger dans la baignoire et je sursautai. Il entrait dans la baignoire !!! Quel sans gène celui-là !!! J'enlevai vivement mes mains de mes yeux en poussant une exclamation choquée. Il était assis en face de moi et plaçait tranquillement ses jambes de chaque coté des miennes. J'écarquillai des yeux, effaré. Il capta mon regard et me fit cette satané moue qui disait « He ben quoi ? »
- Mais qu'est-ce que tu fais ??? Eclatai-je, rouge comme une tomate.
- Arrête Nessie, je ne vois rien sous la mousse ! Souffla-t-il en roulant des yeux.
- ET ALORS ??? C'est pas une raison !!! Sifflai-je, acide.
- He ho femme ! J'ai bossé cet aprem' moi, j'ai bien le droit de décompresser !
Il me montra son pansement du doigt et arqua un sourcil entendu. Je soupirai avec rage et il s'esclaffa avec une bouille d'emmerdeur. Ce type se moquait totalement des barrières sociales… Mal élevé ! Il ronronna en s'enfonçant un peu plus dans l'eau pendant que je ramenais frénétiquement la mousse autour de moi. Il déplia ses jambes et les fourra tranquillement de chaque coté de ma taille.
- Vas-y, je t'en prie ! Crachai-je.
Il ne m'écouta même pas et chantonna paisiblement en regardant tout autour. Sa tête s'immobilisa sur le lavabo et il sortit à moitié de l'eau pour se pencher par-dessus la baignoire et tendre le bras. Il retomba en arrière en créant une sacré vague qui m'éclaboussa le visage. Je retirai la mousse de mes yeux et soufflai piteusement. Il avait posé son bras sur le contour de la baignoire et de l'autre il tenait mon test. Je me mordis la lèvre. Quelle situation embarrassante, on se serait cru dans une banale scène d'amour du quotidien, lui et moi dans la même baignoire en train de regarder le résultat d'un test de grossesse… A la différence que nous n'étions pas du tout ensemble et que ce n'était vraiment pas à l'ordre du jour que je sois enceinte de lui. Il secoua le test devant lui puis releva les yeux sur moi.
- J'ai encore mal fait mon boulot ? Sourit-il avec malice.
- Tu aurais dû lire la notice avant. C'est plus compliqué que ça en à l'air de faire des bébés.
Il rit doucement et j'esquissai un sourire. Il posa sa joue dans le creux de sa paume et contempla distraitement le test, plongé dans ses pensées. Je remuais les orteils sous l'eau, plongée dans mes réflexions.
- Est-ce que tu penses que je peux avoir des enfants ? Demandais-je timidement.
- Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir…
- Ryan, je suis sérieuse.
Il fit une moue en coin, toujours concentré sur le petit objet longiligne.
- Je ne sais pas du tout… Si on suit leur logique, nous sommes des erreurs de la nature (je grommelai mais il m'ignora). Est-ce que des erreurs de la nature peuvent se reproduire ? En tout cas ça les chiffonne nos chers Volturis. Je ne sais même pas ce qu'ils préféreraient avoir comme résultat à ce test.
- Peut être que je ne peux pas être enceinte tant que je ne suis pas figée, comme toi.
- Peut être te faudrait-il déjà essayer tout court ! Rétorqua-t-il en se moquant.
Je lui envoyai un coup de pieds dans les côtes et il se marra tout en laissant tomber le test au sol.
- Tu ne sais pas ce que tu rates fillette !
Il s'assit dans la baignoire et se pencha en avant pour se mouiller le visage (je m'enfonçai le plus possible sous la mousse). Il attrapa la compresse et l'arracha lentement de son front en lâchant un sifflement. La plaie qui s'y trouvait était droite et bien nette, comme causée par une lame… Un scalpel ? Quoi qu'il en soit, elle avait l'air déjà vieille de plusieurs jours. Il se rallongea de l'autre coté et rejeta ses mèches mouillées en arrière en soupirant. Je le dévisageai discrètement, réalisant à quel point il avait l'air éreinté. Je relevai des sourcils désolés. Le pauvre… Il encaissait sans jamais se plaindre. Il affichait tout le temps cette bonne humeurs aux accents sarcastiques qui déteignait sur moi et m'empêchait de sombrer.
- Ryan ? Murmurai-je doucement.
- Mmmh ?
- Je ne t'ai jamais remercié pour tout ce que tu faisais pour moi. Commençai-je.
Il ouvrit un œil, la mine étonnée.
- Je ne sais pas ce que je serais devenue sans toi ici. Je sais bien que je t'engueule souvent et que je ne te facilite pas la tâche, mais je tenais à te dire que j'étais vraiment heureuse de t'avoir près de moi. Merci de veiller sur moi comme tu le fais.
Il écarquilla les yeux, et doucement, un sourire dessina ses traits somptueux. Mes paroles l'avaient touché. Il sortit les mains de l'eau et écarta les bras avec une bouille malicieuse.
- Scellons ces mots très émouvants par un câlin ! Lâcha-t-il.
Je poussai un grognement agacé en l'éclaboussant avec force. Il éclata de rire et m'adressa un clin d'œil mutin avant de se pencher pour attraper le savon.
