16 – Dans les mystères de la nuit
Je rêvais de Jacob cette nuit là. J'étais toujours ravie de pouvoir le faire, car il me manquait plus que tout. Il était ici, dans cette chambre, sur ce lit. J'étais allongée contre lui et il me caressait les cheveux en me murmurant de tendres mots pour que mon sommeil soit paisible, comme il le faisait depuis que j'étais petite fille. Je me lovais contre lui en m'excusant d'avoir été si dure dans mes derniers mois de croissance, je le suppliai de me pardonner de l'avoir fait fuir. Il me disait que tout ça n'avait plus d'importance, que lui aussi se sentait fautif d'avoir raté tellement de choses depuis que je devenais adulte. Il m'avoua que j'étais devenue grande et magnifique et je finissais par m'endormir dans ses bras brulants. Mais on me tirait… On me tirait de ce rêve si rassurant et agréable. La réalité me revenait et mon Jacob s'éloigna de moi alors que je tendais vainement les bras pour le retenir.
Quand ma vision traversa le brouillard cotonneux, j'étais allongée dans le lit et j'avais étiré les bras devant moi en mêlant rêve et réalité. Je me redressai dans un soubresaut pour regarder tout autour de moi. Il faisait nuit noire… Pourquoi m'étais-je réveillée ? Et ou était…
- Ryan ? Appelai-je doucement.
Il me fit signe dans l'obscurité. Il était penché à la fenêtre, en boxer, et il agitait frénétiquement la main vers moi. Je bondis hors du lit pour venir la lui saisir et il me posta devant lui pour que je voie mieux. Il ouvrit la fenêtre et le vent d'hiver glacé s'infiltra en relevant le pan de ma nuisette. Je me penchai en avant et il se pressa sur moi pour regarder par-dessus mon épaule. Sous nos yeux s'étendait la place de Volterra, déserte et sombre. Je fronçais les sourcils, sans comprendre ce qui avait alerté mon ami comme ça. Je frissonnai sous la température et il me frictionna pendant quelques minutes. Puis soudain il tendit le bras contre ma joue pour m'indiquer un point invisible, loin au fond de la place. Je plissai les yeux pour mieux voir, et tout à coup, mon cœur faillit jaillir de ma poitrine. Je manquai de pousser un cri de joie mais Ryan écrasa sa main sur ma bouche.
- Chut ! Me prévint-il dans un souffle.
J'acquiesçai contre sa main et il me libéra. Je fixai toute ma concentration sur ce minuscule petit point, sur les toits au dessus de Volterra. Les battements de mon cœur n'avaient jamais été aussi rapides, bien qu'ils le soient déjà à cause de ma croissance accélérée. Ryan se dressa un peu plus pour mieux voir.
- C'est Edward (je manquai de crier de nouveau). Il essaye d'approcher depuis quelques heures. Il ne pourra pas plus, mais je crois savoir ce qu'il essaye de faire.
- Que fait-il ?! Chuchotai-je contre sa joue.
- Se rapprocher pour communiquer.
Je reposai mes prunelles luisantes sur le point et ma respiration se coupa. Il se rapprochait pour mieux lire nos pensées et pour essayer de nous avertir. Ryan quitta précipitamment la fenêtre et se rua dans la salle de bain, il revint avec mon petit miroir et l'agita à la lueur ambiante de l'extérieur, nous qui étions plongés dans le noir absolu. Il faisait surement ce signe dans le cas ou Amy serait de patrouille dehors et bloquerait le pouvoir de mon père, pour que malgré ça, il sache que nous l'avions vu. Je me penchai tellement pour le voir que je manquai de tomber. Pouvait-il lire nos pensées alors ? Ho papa, papa je t'aime tellement viens me chercher ! Ne nous laisse pas ici je t'en supplie, j'ai peur. Je pense si fort à vous, je vous aime ! Tout en songeant fermement à ces mots les larmes se mirent à couler silencieusement le long de mes joues rougies par le froid mordant.
- Ne pense plus Nessie, laisse-moi lui parler ! Murmura mon ami.
J'acquiesçai en joignant mes mains tortillées devant ma bouche. Ryan fronça les sourcils sous le coup de la conversation muette et à sens unique qu'il envoyait à mon père. Je supposais que ses pensées étaient plus utiles que les miennes. Sans doute lui expliquait-il ou nous nous trouvions, ce qu'ils faisaient de nous, quels vampires possédaient quel pouvoir ect… Peut être lui envoyait-il même une ébauche de plan pour s'évader. En avait-il un sans que je le sache ? Mais tout à coup nous perçûmes des pas de courses en dessous de nous et je retins un cri d'angoisse. Ryan agita le miroir comme un fou et je supposais qu'il l'alertait mentalement aussi. J'en fis de même en pleurant, lui hurlant que je les aimais et qu'ils ne fassent rien d'imprudent. Les vampires déboulèrent alors sur la place et jamais je n'en avais vu autant rassemblés de toute ma vie. Ryan m'attrapa avec force en écrasant ma poitrine et ma bouche. Il se recula vivement de la fenêtre en me trainant avec lui.
Il me poussa en arrière et je dus me rattraper au lit pour ne pas tomber. Il se rua sur la fenêtre avec un air affolé et la referma le plus vite possible. Il revint vers moi et me jeta sur le lit sans ménagements. Je tendis frénétiquement les bras vers lui pour qu'il me rejoigne vite. Il alla poser le miroir et bondit sur le lit en se fourrant dans mon étreinte terrifiée. Nous remontâmes la couverture sur nos corps en lâchant des murmures stressés juste au moment ou quelqu'un ouvrait brutalement la porte de la chambre. Ryan m'agrippa si fort pour que je ne bouge pas que je manquai d'étouffer. Ma joue était écrasée contre la sienne et nous nous forcions à respirer tout doucement, comme si nous n'étions jamais sortis de ce lit. On referma la porte après un court instant mais Ryan ne me lâcha que lorsque les bruits disparurent totalement. Je pris une grande inspiration pour pallier au manque d'oxygène et il se passa une main dans les cheveux en soufflant. Nous échangeâmes un regard muet, puis nous éclatâmes d'un rire nerveux et discret.
- Notre évasion est en route princesse ! Me chuchota-t-il.
J'acquiesçai en gloussant doucement de bonheur sous la couette et il me pinça le nez avant de me serrer contre lui. Nous ne dormîmes pas du reste de la nuit, trop impatients et excités, nous nous chuchotions des blagues, inventions toutes sortes de plans abracadabresque pour s'enfuir, j'éclatai même de rire quand il me vanta les mérites de la téléportation plutôt que mon idée de catapulte construite en brosses à dents. La conversation secrète sous la couette dériva ensuite sur la meilleure façon de torturer Aro. Ce fut un débat très animé, et nous finîmes par nous mettre d'accord sur le fait qu'il serait bien trop cruel de lui enfoncer un test de grossesse dans l'œil.
Le soleil pointa doucement sur l'Italie, illuminant notre chambre de ses reflets rougeoyants. Quand nous jugeâmes que l'heure était assez décente pour nous lever, nous jouâmes à pierre feuille ciseaux pour décider qui allait sortir du lit tiède le premier. Il perdit avec les honneurs et quitta la couette en exagérant ses frissons. Je ris de bon cœur quand il se planta devant la porte en grelottant comme s'il sortait d'un igloo. Comme chaque matin, la porte s'ouvrit et deux vampires entrèrent. Le premier nous apporta nos portants de vêtements et le second déposa le plateau de petit-déjeuner sur le guéridon à l'entrée. Ryan ne laissa même pas le premier vampire faire son boulot et il agrippa le portant en le tirant dans la chambre.
- Vous voyez pas que je gèle sur place ? Un peu de chauffage serait trop demandé ? Bande de cœurs froids ! Souffla-t-il en retirant un sublime pull noir du cintre.
Le vampire jaugea le boxer de mon ami, me regarda en train de me marrer dans le lit, puis il roula des yeux avant de quitter la chambre. Le second nous toisa d'un air frustré, surement en train de peser le pour et le contre pour nous dévorer, puis il disparu à son tour derrière la porte. Ryan enfila son pull et sautilla pour mettre son pantalon blanc tout aussi magnifique que le reste. Alice aurait peut être apprécié la vie de captive mieux que nous devant ce portant somptueux qu'on nous apportait chaque matin. Ryan saisit ma robe (encore une) et s'empara du beau pardessus en cashmere qui été pendu à coté. Il revint près du lit et me les tendit. Je caressais le tissu du bout des doigts en soupirant. Espéraient-ils faire disparaitre notre hantise de cet endroit en nous couvrant d'or ? Je n'étais décidément pas matérialiste…
Deux nouveaux jours s'écoulèrent sans qu'aucun incident notoire ne marque les esprits. Chaque soir je m'asseyais sur le rebord de la fenêtre en contemplant la ville, me demandant si mon père allait se matérialiser. D'un autre coté, j'espérais qu'il ne le fasse pas et ne courre aucun dangers. Ou était ma famille ? Que faisait-elle ? Jacob était-il avec eux ? Tant de questions sans réponses. Le soleil baissa lentement au loin et je poussai un soupir. Le temps me pesait, et pour la première fois de ma vie mon immortalité me paru bien longue. Ryan remua sur le lit et tourna une nouvelle page de son livre. Je quittai le rebord pour grimper sur la couette impeccable. Il écarta un bras pour que je vienne me lover contre son torse puis le reposa sur moi sans avoir quitté le bouquin des yeux. Je lu avec lui quelques pages. A vrai dire je ne comprenais pas un traitre mot vu que c'était écrit dans sa langue (il avait exigé un livre pour passer le temps) mais j'étais bien, là, bercée par sa respiration et le bruissement des pages qui se tournaient. Des pas résonnèrent soudain à l'extérieur et Ryan se tendit. Nous nous redressâmes d'un même geste et attendîmes de voir si ces pas nous étaient destinés ou non. Ils l'étaient.
- Aro vous prie de le rejoindre. Nous annonça le vampire qui venait d'entrer.
A la simple mention de son nom ma gorge se serra. Ryan me devança en toisant le vampire avec défi, ne baissant jamais les yeux le temps de passer devant lui. Nous suivîmes le couloir dans un silence angoissant, comme toujours, et la fameuse porte que je redoutais tant se matérialisa au bas des escaliers exigües. Le vampire ouvrit la porte et le filet aveuglant de lumière en jaillit. Mais aussi bien que la lumière, quelque chose de tout aussi merveilleux me sauta au nez… Son odeur. Je ne pouvais le croire, encore une fois. La vision me revint et au lieu de trouver Carlisle au centre de la salle, c'était mon père qui se tenait là, tel le plus beau vampire qu'il était. Ses cheveux cuivrés, son visage aux traits divins, son regard d'or…
- PAPA !!! Hurlai-je en me jetant sur lui.
Il se précipita aussi et nos corps se frappèrent quand il me serra avec force. Mes sanglots douloureux éclatèrent dans son cou et il me murmura des mots pour que je me calme. Je pressai mes poings croisés derrière sa nuque en essayant de lui envoyer tout ce que nous avions vécu ces deux dernières semaines. Mais comme je l'avais crains, Amy empêchait tout pouvoir. Ryan vint vers nous et secoua l'épaule de mon père avec des yeux pétillants alors que celui-ci lui ébouriffait les cheveux. Aro interrompit les retrouvailles et les deux hommes prirent bien soin de me poster légèrement derrière eux. Aro nous contempla tour à tour avec un large sourire. Dieu ce qu'il pouvait jubiler de son pouvoir sur nous. Le droit de vie et de mort sur nous lui montait à la tête sans aucun doutes.
- Ne vous avais-je pas promis une surprise chère Renesmée ? (Il se tourna vers mon père) Elle s'est montrée si calme et obéissante qu'il était naturel de rendre son séjour plus confortable. Il était bien entendu que Bella ne pouvait pas venir malheureusement, son don aurait pu poser certains problèmes. La visite d'un père est déjà plus qu'agréable non ? Quoi qu'il en soit j'ai dans l'espoir que nous passerons une bonne soirée (il me toisa) et que notre chère hôte se sentira un peu mieux après ça.
- Merci beaucoup. Dis-je par réflexe.
Mon père serra les mâchoires mais n'ajouta rien, il valait mieux. Je glissai ma main dans la sienne en tremblant. Ainsi c'était ça ma fameuse surprise ? Il avait invité mon père pour la soirée comme il l'avait fait avec Carlisle ? Non, cette fois là cela avait été différent, il avait voulu négocier avec mon grand-père. Je jetai un œil à la pièce. Une dizaine de vampires constituaient la garde rapprochée d'Aro, et forcément, Amy veillait au grain, son pouvoir nous léchait de sa langue invisible. Aro fit quelques pas en nous montrant la table d'un geste noble, nous proposant par là de venir s'y asseoir, mais apparemment les deux hommes ne faisaient plus attention à lui. Je relevai la tête pour les regarder, et mon cœur se serra. Ils se toisaient avec une intensité étrange, comme si un dialogue muet s'était installé entre eux. Mais c'était impossible, Amy bloquait tout... Je compris alors ce qu'il se passait. Ils avaient un plan, un plan qu'ils avaient mis en place le soir dernier, et qui ne se mettait pas en place par la pensée, mais simplement par le regard. Ils attendaient que le premier lance le signal. Seigneur, quelque chose d'horrible allait se passer.
- Ho mon dieu… Ne pus-je m'empêcher de murmurer.
Aro écarquilla des yeux déments lorsqu'il perçu également le complot silencieux, mais c'était déjà trop tard. D'un même mouvement les deux hommes se jetèrent sur la Volturi et la pièce qui était si calme s'électrifia soudainement pendant que les dizaines de paires d'yeux s'écarquillaient. Il y eut un craquement horrible et je poussai un cri d'effroi en voyant Amy s'effondrer sous l'attaque physique de mon père et de Ryan. Aro poussa un hurlement de rage et je vis Jane se précipiter vers eux mais c'était déjà trop tard, je sentis que mon pouvoir refluait de nouveau dans mes veines. Ryan écarta les jambes et serra furieusement les poings contre son front alors que la salle bondissait sur lui et que Jane s'apprêtait à lui envoyer ses affreuses convulsions. Jamais je ne l'avais vu si crispé, c'était incroyable, il tremblait de tout son être sous l'effort. Il y eut soudain un son affreux, comme un ultrason qui m'arracha les tympans et qui m'obligea à pousser un cri de douleur. Les vampires qui étaient en train de se jeter sur nous s'immobilisèrent et se tinrent aussi les tempes en geignant. Tout à coup, le sifflement cessa et tous les Volturis s'effondrèrent comme de vulgaires poupées de chiffons.
La salle redevint si vite silencieuse que le néant me cingla le visage. L'action n'avait duré en tout et pour tout que quelques secondes. Les Volturis n'avaient même pas eu le temps de réagir. Je reculai de quelques pas en tremblant de tout mon être, contemplant les corps éparpillés et figés comme la mort. Aro avait conservé son rictus horrifié, étalé sur les marches de son trône comme une statue effrayante. Je relevai mes prunelles affolées sur mon père et sur Ryan, seuls êtres encore debout, et sans le vouloir je poussai un gémissement déchirant en succombant à des sanglots hystériques. Ryan me contempla en vacillant, les bras écartés comme pour garder un équilibre qu'il n'avait plus la force d'avoir, et ses yeux devinrent blancs juste avant qu'il ne s'effondre à son tour. Mon père se précipita pour le soulever et le jeter par-dessus son épaule. Il me tendit la main en agitant frénétiquement les doigts et j'enjambai vite les corps pour venir la saisir.
Il se rua vers la première porte et la défonça d'un coup d'épaule. Je m'agrippai à sa main en contemplant mon malheureux ami inconscient, les bras et la tête ballotant dans le vide. Jamais nous n'avions couru aussi vite, les couloirs sombres dans les méandres des souterrains défilaient à une allure folle mais je ne voyais toujours pas de sortie se profiler. Je jetai un œil affolé derrière mes cheveux qui volaient dans mon dos. Personne ne nous suivait, mais je savais que ce n'était plus qu'une question de minutes. Aro avait voulu jouer avec le feu, il avait pensé pouvoir jubiler en invitant mon père pour la soirée, c'était sans compter le plan ingénieux qui s'était mis en place et dont j'avais tout ignoré. Sans doute avait-il compris son erreur, au moment où il avait poussé son hurlement de rage avant de s'effondrer. Des pas résonnèrent tout au fond des souterrains et la panique m'envahit. L'alerte était donnée et le reste des Volturis était à notre poursuite.
