17 – Fuite

- Grimpe Nessie !!! Clama mon père en m'attrapant et en me donnant une impulsion.

J'agrippai les barreaux incrustés dans la pierre et escaladai le plus vite possible. En haut, une lourde bouche d'égout me barrait l'accès à la sortie. Je m'accrochai bien de mon bras et de l'autre je frappai le support de métal qui se souleva et se renversa sur la route dans un bruit affreux. Je sortais les coudes du trou quand on me saisit tout à coup sous les bras. Je poussai un cri de surprise mais bien vite leurs odeurs m'assura leur identité. Emmett me tira contre lui et Jasper plongea le haut du corps dans le trou pour attraper Ryan. Mes larmes jaillirent alors que mon oncle me serrait fort contre son corps imposant en me chuchotant que tout allait bien et que j'étais sauvée.

- Vite ! Lança Jasper en se mettant déjà à courir droit devant, portant Ryan sur son dos.

La main de fer de mon oncle emprisonna la mienne et il se rua derrière mon père et son autre frère. J'haletai en essayant de suivre la cadence, ne pouvant m'empêcher de regarder dans mon dos avec terreur. Nous bifurquâmes dans une minuscule ruelle et mon épaule frappa l'angle du mur dans la précipitation. La douleur m'arracha un sifflement, mais je n'avais que faire d'avoir mal, je voulais fuir le plus loin possible de cet endroit. Mes talons claquaient sur le sol pavé en une cadence infernale et je manquai plusieurs fois de tomber si Emmett de m'avait pas soutenu. Les hommes freinèrent soudainement et je m'écrasai sur le dos de mon oncle. D'un même geste ils levèrent la tête juste au moment ou un vampire se jetait du toit en feulant.
Je poussai un cri et mon père me poussa violemment en arrière. Je trébuchai et m'écroulai au sol juste au moment ou le Volturi atterrissait sur Emmett. Mon oncle lui attrapa le col et poussa un grognement horrible quand le vampire planta ses dents dans son épaule. Mon père bondit sur le dos de l'assaillant pour secourir son frère. Un bruit derrière m'alerta et je tournai vivement la tête. Deux femmes accourraient vers nous avec des postures félines, prête à nous sauter dessus. Jasper laissa tomber Ryan au sol et vint s'interposer entre elles et moi. Je me remis sur pieds en pleurant et Jasper reçu l'attaque de plein fouet.

- COURS NESSIE ! DROIT DEVANT ! Me hurla mon père juste avant que la première femme ne lui saute au cou.

Je me ruai de l'autre coté en vacillant et me remis à courir en gémissant de peur et de souffrance. Ma main était tendue et touchait le mur de la ruelle dans un geste désespéré pendant ma course folle, comme si je risquai de tomber ou de me perdre. Derrière-moi j'entendis les bruits de lutte et mon cœur battit à tout rompre. La ruelle devint si exigüe et sombre qu'on ne pouvait plus y passer qu'à une seule personne. Je m'engouffrai sous une sorte de tunnel d'habitations et le claquement de mes talons résonna contre les parois. Au sortir de l'arche, je me retrouvai face à face avec une jeune vampire dont les prunelles rouges luisaient dans la nuit. Je lâchai un hurlement strident qui se mourut lorsqu'elle me saisit à la gorge. De mes mains j'agrippai sa chevelure en serrant les dents, sentant que l'oxygène me manquait déjà. Seule contre un vampire je n'avais aucune chance. Mais je me débattis comme une diablesse et plantai mes dents dans sa main quand elle essaya d'arracher mon visage. Je lui en sectionnai une bonne partie et elle ragea en me giflant avec violence. Je basculai au sol et ma tête frappa les pavés.

- Sale petite garce ! Cracha-t-elle en regardant sa main amochée.

Je voyais des étoiles mais n'abandonnai pas pour autant. Je rampai en arrière tant bien que mal et quand elle me bondit dessus j'esquivai furtivement en me remettant debout. Je me mis à courir dans la nuit noire comme si ma vie en dépendait (et c'était le cas) et pour éviter un autre de ses sauts je m'engouffrai précipitamment sous une alcôve qui déboucha dans une autre ruelle lugubre. Je dévalai les escaliers en cédant à l'hystérie, réalisant bien que je n'avais pas pris la bonne direction. Je m'enfonçai plus profondément dans les méandres de Volterra. La tigresse me rattrapa bien vite et explosa la devanture d'un commerce au passage. Mes poumons me brulaient tant je forçais mon corps à se surpasser, mais ce ne fut pas suffisant pour la distancer et un choc violent dans le dos me coupa le souffle avant que je ne sois maitrisée au sol. Ses mains acérées enserrèrent ma gorge alors qu'elle s'asseyait sur mon dos pour que je cesse de me débattre. Je lâchai un gargouillis désemparé en tirant furieusement sur ses mains, mais je n'arrivais à rien. Ma vue se brouilla juste au moment où une ombre se ruait sur nous. Elle frappa mon assaillante si fort que la femme vola dans les airs avant de traverser une vitrine qui déclencha une alarme stridente. Je relevai les yeux et poussai un gémissement déchiré.

- Jacob ! Sanglotai-je en tendant mon bras vers le loup gigantesque qui se précipitait sur moi.

Il se plaça contre moi et j'agrippai sa crinière avant qu'il ne me donne une faible impulsion pour me placer sur son dos. Je m'accrochai du mieux possible malgré le sang qui s'écoulait de ma gorge et de mes puissants vertiges causés par le manque d'oxygène. Jacob détala aussi vite que possible et arrivé devant une impasse il s'étala au sol avant de sauter dans les airs avec une agilité impressionnante. Il s'accrocha de ses griffes sur les tuiles et se hissa difficilement en lâchant des jappements. Des tuiles se brisèrent au sol et quelques fenêtres s'illuminèrent. Il partit en débandade sur les toits juste au moment ou trois vampires surgissaient du noir absolu. Je serrai son cou en plissant les yeux, priant n'importe quelle divinité de nous venir en aide. L'esprit divin prit la forme de ma mère, d'Esmée et de Rosalie qui bondirent sur le toit. Nous les frôlâmes à une vitesse folle et je n'eus même pas le temps de les voir que Jacob sautait déjà dans les airs avant d'atterrir lourdement une dizaine de mètres plus bas.

Nous roulâmes tout les deux sur le trottoir et je restais inconsciente sur les pavés. Des phares m'aveuglèrent et un crissement affreux de pneus me força à ouvrir les yeux. Une voiture sportive pilla et dérapa à quelques centimètres de mon corps effondré. La portière s'ouvrit et Carlisle m'attrapa pour me tirer à l'intérieur. Il n'avait même pas refermé la porte qu'Alice écrasait déjà l'accélérateur et que l'engin redémarrait furieusement. Ma tête ballota sur l'épaule de mon grand père et il me saisit le menton pour me l'incliner et regarder la marque de mes griffures.

- Elle est blessée ! Lança-t-il de cette voix si calme que j'aimais tant.

- Bon sang je leur avais dis tout droit ! On a frôlé la catastrophe ! S'angoissa ma tante en donnant un coup de volant pour faire demi-tour.

- Jacob… Murmurai-je faiblement en ouvrant les yeux.

- Il va revenir ne t'en fait pas, concentre-toi sur tes forces ! Me répondit mon grand-père.

Sa main glacée pressa ma plaie et je sombrais dans le néant.

Quand la réalité me ramena à elle, j'étais allongé à l'arrière de la voiture. Alice conduisait toujours comme une folle, mais je ne voyais plus les routes exigües de Volterra. Je posai mon front sur la vitre gelée et contemplai l'extérieur. Nous foncions sur une large autoroute en zigzaguant entre les autres voitures. Je tâtai ma plaie sur le cou et fus étonnée de sentir un bandage la recouvrir. Combien de temps étais-je restée inconsciente ? Je me penchai entre leur siège pour les regarder et Alice leva la main du volant pour caresser mon menton. L'aiguille de vitesse affichait les 230 kilomètres heure. Carlisle tourna ses prunelles dorées sur moi et me sourit avec tendresse. J'entourai mes bras autour de l'appui tête pour lui enserrer la nuque et il posa sa main sur mon bras.

- Ou sont les autres ? Ils vont bien ? Demandai-je ensuite.

- Ils sont déjà en sécurité, nous faisons des tours pour attirer l'attention loin d'eux, le temps qu'ils se regroupent. M'expliqua mon grand-père.

- Les Volturis nous suivent ?!

- Ils nous ont suivis oui, mais ils ont perdu notre trace depuis une vingtaine de minutes. Ils ont du partir sur la piste des autres, mais ils ne les trouveront pas. Me sourit Alice.

J'acquiesçai avec un sourire fatigué. Je ne réalisai pas encore que j'étais sauve, mon esprit était encore sous le choc et les derniers évènements ne s'étaient pas encore inscrits dans ma conscience. Je me rassis à l'arrière et contemplai le paysage qui défilait trop vite. Personne n'osa me questionner, pour ne pas ajouter à mon mal être et à la souffrance que me rappelleraient mes réponses. Je leur en étais reconnaissante. Je n'étais pas encore prête à songer à toutes ces expériences… certes cela n'avait pas été physiquement trop douloureux, mais c'était la sensation de n'être rien qui nous faisait souffrir… Derrière le confort que l'on nous avait offert, nous n'avions été que des expérimentations, des choses curieuses que l'on voulait apprendre à connaitre sans le moindre respect. A leurs yeux, nous n'avions pas été importants, pas plus que les humains dont ils se nourrissaient.

La voiture finit par quitter l'autoroute et fila sur une petite route nationale. Très vite nous entrâmes dans une ville reculée, charmante, accueillante. Je me pressai contre la vitre pour regarder. Nous arrivâmes sur un parking d'hôtel très luxueux et Alice s'arrêta devant les marches illuminées. Un voiturier dévala les escaliers et ouvrit la porte passagère pendant qu'Alice sortait. Il m'ouvrit ensuite ma propre portière et je descendis en lui souriant timidement. Il rougit en baissant le menton. Carlisle remercia le jeune Italien et lui glissa un billet dans la main. Au vu du regard de celui-ci, c'était un sacré billet. Il me pressa ensuite le bras pour que nous ne nous attardions pas trop. Je me dirigeais vers les marches quand une silhouette se rua dans le manège circulaire des portes et les poussa frénétiquement. Je joignis mes mains devant ma bouche en poussant une petite exclamation quand je reconnus Jacob. Il se dépêtra du manège et se rua dans les marches au moment où je m'y lançai aussi.

- NESSIE ! S'exclama-t-il avec un visage déchiré.

Nous nous percutâmes de plein fouet tant nous voulions nous retrouver et il me retint contre lui quand nous basculâmes dans les marches. Il atterrit sur les fesses et je me jetai à son cou, étalée sur lui. Il me serra fort en frissonnant et j'éclatai en sanglots. Il recula la tête et agrippa mon visage avec force avant de plaquer son front contre le mien en plissant les yeux. Deux larmes se dissimulaient discrètement aux coins de ses paupières qu'il avait closes avec douleur. Carlisle et Alice s'échangèrent un regard complice puis montèrent les marches pour nous laisser seuls. Je suffoquai sous mes pleurs mêlés à mes rires nerveux. Il rouvrit les yeux et son front brulant contre le mien réchauffa mon cœur. Son regard était si triste, jamais je n'avais pu lire ça chez personne d'autre.

- Excuse-moi ! Je t'en supplie pardonne-moi ! Murmura-t-il avec empressement.

Je secouai vivement le visage comme pour lui dire de se taire, mais il n'en avait pas l'intention. Il inclina la tête pour chercher mes yeux et je lui fis un sourire larmoyant.

- Je n'aurais jamais dû te laisser, si tu savais comme je m'en suis voulu ! Je voulais mourir pour ce que j'avais fait ! Continua-t-il d'une voix si déchirée.

- Ne dis pas ça ! Tu n'y étais pour rien ! Le coupai-je en posant mes mains sur ses joues.

Son regard vrilla et je sentais qu'il tremblait. Seigneur dans quel état il avait dû être ces deux dernières semaines, je me sentis tellement coupable de lui avoir infligé ça, même si sa réaction aussi violente m'étonnait presque. Il se mordit la lèvre en baissant le menton, comme pour s'empêcher de pleurer, et je caressais sa chevelure sombre en la rejetant sur le coté. On aurait dit qu'il était sur le point de craquer.

- Je vais bien Jacob, calme-toi. Lui murmurai-je en déposant un baiser sur le front.

- Excuse-moi, c'est juste que je ne peux pas me contrôler... Soupira-t-il en me serrant contre lui.

Je lui souris tendrement, ravie de le savoir prêt de moi, et qu'il veillait sur moi comme lorsque j'étais plus jeune. Mais je frissonnai un peu à cause de la température extérieure, même si lui en réchauffait une partie. Il le sentit et m'aida à me relever. Il prit ma main et me devança dans les escaliers. Il poussa le tourniquet de vitres et quand nous pénétrâmes dans le hall je lâchais un souffle émerveillé. Tant de luxe, c'était merveilleux. Mais il y avait aussi beaucoup d'humains… Leur odeur délicieuse et sucrée me fit paniquer, même si j'étais largement capable de me contenir. Jacob m'entraina vers les ascenseurs et quelques têtes de riches humains se tournèrent sur nous. Etait-ce ma beauté irréelle ou les traits Amérindiens de mon ami qui attirait leur attention ? Quand nous passâmes devant la réception, l'homme se pencha légèrement avec un sourire démesuré. Jacob se posta devant l'ascenseur et appuya sur le bouton. Le temps qu'il arrive, il ne me lâcha pas des yeux, comme s'il craignait que je ne disparaisse encore. Le gling tinta et les portes s'ouvrirent.