22 – Revenir
Le reste de la journée se passa dans l'autre suite de l'hôtel, là ou toute la famille patientait que le soleil se couche. Carlisle avait réservé notre voyage de retour et les Cullens discutaient de la suite des évènements. J'étais assise sur les jambes de Jacob et je somnolais sous le débat calme et posé. Parfois j'ouvrais un œil quand une phrase m'interpellait, mais je finissais toujours par repartir dans ma douce brume salutaire. Ryan parlait à voix basse avec ma mère et parfois j'entendais leurs rires derrière. L'atmosphère était plutôt légère étant donné tout ce qu'il s'était passé, et tout ce qui risquait encore de nous arriver, mais je savais que tout ça n'était qu'un masque. Ils me préservaient pour que je me remettre doucement des deux dernières semaines, et je leur en étais infiniment reconnaissante. Je ne désirais qu'une chose, partir d'ici et ne plus jamais repenser aux Volturis, même si je savais que c'était impossible, moi la maîtresse des souvenirs. La porte s'ouvrit alors et tout le monde tourna la tête. Alice revenait avec Jasper, ils s'étaient éloignés de l'hotel pour qu'elle puisse lire le futur sans que Jacob ou moi ne le bloquions. Mon père fronça les sourcils, déjà en train de lire dans son esprit.
- Ils ont arrêté un choix. (Tout le monde se tendit) Ils nous laissent partir par la force des choses, mais ils viendront à Forks. Dit-elle de sa voix claire.
- As-tu vu quand ? Demanda calmement Carlisle.
- Non…
- Alors nous les y attendrons ! Clama Emmett en se redressant vivement.
- Emmett ! Siffla Esmée en lui intimant de se calmer de son regard intransigeant de mère.
Il s'exécuta et Rosalie posa une main sur son bras, comme pour flatter un cheval trop excité. Ryan et ma mère se rapprochèrent et Jacob resserra ses bras autour de moi. Je déglutis difficilement devant ce calme angoissant, triturant ma plume en argent nerveusement. Mon père regarda alors le chef des Cullens de ses prunelles dorées et intelligentes, et le discours muet qui s'installa entre eux nous resta mystérieux. Ce fut ma mère qui brisa le silence de sa voix angélique.
- Le soleil se couche… Constata-t-elle simplement.
- Allons-y. Acheva mon grand-père.
Il se redressa et tout le monde en fit de même sans que l'on entende le moindre bruissement. Jacob entoura son bras autour de mes épaules pour me serrer contre lui et nous quittâmes la superbe suite. A la réception, quelques humains flânaient nonchalamment dans le hall luxueux, s'affalant dans les divans de style Italien et conversant dans diverses langues. Un feulement inaudible me fit tourner la tête avec curiosité. Il provenait de la gorge de mon père. Il serrait les poings et ses traits s'étaient subtilement tendus. Ma mère lui prit la main en lui faisant des petits sourires. Je tournai les yeux pour comprendre ce qu'il lui arrivait et je me liquéfiai sur place quand mes prunelles marron croisèrent celles du fameux groom. L'affreux type me suivait des yeux en retenant un rictus. Mon dieu mon pauvre papa, qu'entendait-il… Ryan se matérialisa alors comme par magie de mon autre coté et passa son bras autour de ma taille, m'enfermant entre lui et Jacob. Mais quel emmerdeur celui-là bon sang ! Je le repoussai vivement en devenant aussi rouge qu'une tomate. A mon plus grand désespoir, le groom ne me lâcha pas de son regard pétillant jusqu'à ce que nous quittions l'hôtel.
- Ryan tu n'es qu'un sale con ! Siffla Jacob une fois dans les escaliers.
Le beau blond en question éclata de rire comme un bossu et mon oncle le rejoignit dans son hilarité en lui attrapant le cou. J'envoyai un air déconfit à mon pauvre papa qui avait dû en entendre des vertes et des pas mûres sur sa fille chérie. Seigneur on aurait presque dit qu'il allait faire demi-tour pour arracher la tête de l'employé. D'ailleurs en arrivant près des voitures il frappa une statue qui s'effondra dans l'herbe gelée en brisant un éclairage. Ma mère se mordit la lèvre et vint à ses côtés pour le calmer.
- Elle n'était vraiment pas belle cette sculpture de toute façon. Lança Jasper en réprimant un air moqueur.
- Au moins nous aurons détruit l'hôtel jusqu'au bout. Renchérit Rosalie.
- Ne les écoute pas chéri, reste calme. S'empressa de dire Esmée en caressant doucement le visage de mon père.
Il acquiesça en fusillant ses frères des yeux. Carlisle, toujours de marbre face aux bêtises de sa famille, ouvrit la première voiture et nous fit signe de nous dépêcher. Alice grimpa dans la seconde et démarra le moteur.
- Nessie tu veux monter dans celle-là ? On se serrera un peu… Clama Ryan.
Il eut tout juste le temps de remonter la vitre car Jacob venait de défaire sa chaussure et elle frappa la portière assez fortement. Ma mère tira mon père dans la voiture comme si elle enfermait un fou-à-lier et je décidai de vite grimper avec lui, par mesure de sécurité. Je m'agrippai à son bras et lui envoyai des tonnes d'images de la petite fille que j'avais été et qu'il avait fait tournoyer dans ses bras… Au moins il oublierait l'espace d'un instant que j'étais devenue des plus sexy et que j'étais officiellement en couple. Jacob monta avec nous comme il pu et sa triste position écrasée contre la vitre me tira un petit sourire. Je me sentais si bien, étouffée dans cette voiture au milieu des gens que j'aimais. Carlisle nous doubla à la sortie du parking et Ryan arqua un sourcil avec un large sourire quand la voiture accéléra, sa chevelure blonde voletant au vent, et je vis mon père agripper très fort la main de ma mère.
- Je déteste ce type… Soupira-t-il.
Je me mordis la lèvre en me demandant ce que ce crétin avait bien pu lui dire et Jacob rumina dans son coin. Ma mère quant à elle souriait discrètement, tout comme Alice et Jasper à l'avant. Nous savions tous que c'était faux, mon père adorait Ryan. Qui ne l'aimait pas d'ailleurs ? Cet imbécile nous apportait la part de vie qui manquait cruellement aux Cullens. Je savais pourquoi il tentait par tous les moyens de détourner mon attention. C'était une ruse pour que je ne repense plus à ce qu'il nous était arrivé. Nous restâmes silencieux et Alice suivit la voiture de Carlisle jusqu'à l'autoroute. Je posai ma tête contre l'épaule de mon père et fermai les yeux. Trop de souvenirs tentèrent de m'assaillir et je frissonnai. Je ne voulais pas encore repenser aux Volturis, et même si un jour je serais forcée à cette confrontation, je désirais que cela soit repoussé le plus longtemps possible. Mon père le lu dans mon esprit et il embrassa mon front en rivant ses prunelles dorées dans les miennes, m'obligeant à les regarder longtemps, jusqu'à ce que je lui décoche un faible sourire. Jacob me serra dans ses bras et personne n'ajouta mot jusqu'à ce que les lumières de l'aéroport se profilent dans la nuit naissante.
Le voyage ne me paru pas très long, surtout que je m'y étais beaucoup amusée. J'étais assise contre le hublot avec Jacob à coté de moi et Ryan juste derrière. Il avait passé la totalité du voyage la tête à travers nos deux dossiers. Les deux garçons s'étaient amusés à rendre folles les hôtesses en leur faisant croire que Ryan ne parlait que Roumain et qu'il voulait absolument quelque chose de très important. Les pauvres, obligées de faire leur maximum pour des clients de classe affaire, avaient couru dans tous les sens et avaient même dégotté un type fatigué qui savait baragouiner quelques mots en Polonais. Ils avaient échangés quelques phrases et le type était reparti en se marrant jusqu'à sa seconde classe. Jacob quant à lui, avait englouti trois plateaux repas et il n'aurait pas dit non à un quatrième si la malheureuse hôtesse n'était pas partie se plaindre à une de ses collègues. Esmée nous avait fait les gros yeux et nous avions fini par nous résigner à être sages. Jacob et moi avions regardé un film pendant que notre ami flirtait avec une charmante Italienne (qui avait même fini par venir discrètement s'asseoir contre lui quand les lumières s'étaient éteintes).
Quand l'avion atterrit, Jacob me secoua doucement et j'émergeai, me rendant compte que je m'étais endormie. Je regardai tout autour de moi en me demandant ou je pouvais bien être. Mon amoureux attrapa ma petite valise et me saisit fermement la main avant de nous tirer hors de l'avion. Arrivés dans la salle d'embarquement, je jetai un œil à l'horloge numérique. 8h20. Carlisle nous fit de grands signes un peu plus loin et nous les rejoignîmes sur le tapis roulant. Cet aéroport était vraiment gigantesque, je ne savais plus où donner de la tête. Ma mère me prit ma valise et caressa mes cheveux avant de se tourner vers mon père qui lui parlait avec un sourire. Les humains se retournaient tous sur notre passage, c'était bizarre. La tentation de leur sang ne me dérangeait plus vraiment, j'étais trop obnubilée par toute cette vie qui fourmillait dans l'interminable aéroport de New York. Pour la première fois de ma vie, j'étais dans le monde réel. Je manquai de rater la fin du tapis roulant tellement mon esprit divaguait.
- Quand part le prochain avion ? Demanda mon amoureux.
- 10h54 ! Lui sourit Alice.
- Parfait ! Rendez-vous devant la porte d'embarquement alors !
Jacob passa son bras autour de mes hanches et me tira hors de ma famille, sous le regard un peu désappointé de mon père. Je lançai un œil intrigué au bel Indien, me demandant ou nous allions. Il ne me regarda pas et se contenta de sourire avec un air rayonnant. Il me fit passer devant lui dans l'escalator et quand je compris ou il m'emmenait, je poussai une petite exclamation excitée en tapant des mains. Il attrapa mon menton pour m'embrasser et je me mordis la lèvre en sautillant comme une gamine. En haut de l'escalator se trouvaient des dizaines, voir des trentaines de boutiques. C'était comme dans les films. Je tournai sur moi-même pour regarder, émerveillée par tant de vie et de lumières. Ne pouvant plus attendre je saisis sa main et grimpai les marches d'acier en me faufilant entre les gens. Une fois en haut, j'ouvris grande la bouche devant ce spectacle tellement banal aux yeux des autres, mais si fascinant pour ma jeune expérience. Je me précipitai dans une boutique de parfums et de cosmétiques, sentant ses puissants effluves me chatouiller le nez. C'était tellement beau à l'intérieur. Je frôlai des doigts les comptoirs chargés de milliers de produits et très colorés.
- Puis-je vous aider Mademoiselle ?
Je fis volte-face pour contempler la vendeuse qui me souriait avec des dents d'une blancheur impeccable. Elle me fit m'asseoir devant une coiffeuse et pendant la dizaine de minutes qui suivirent, nous bavassâmes de tous les produits qu'elle me fit essayer. Elle me répéta à quel point j'étais magnifique, me demandant si je n'étais pas mannequin. Je ne cessai de rougir de plaisir. Elle me maquilla divinement bien et me vaporisa d'un nuage de parfum délicieux. Je filai à la caisse avec un sachet bien rempli, et pour la première fois, je payai dans un magasin. Je dû paraître un peu gauche quand elle me tendit le ticket et m'offrit des échantillons gratuits, puis je quittai la boutique sous les adieux de la charmante vendeuse. Je cherchai Jacob des yeux mais il n'était pas là. Qu'à cela ne tienne, je devais continuer ! Je fonçai dans une autre vitrine très accueillante. On y vendait des dessous particulièrement chics. La vendeuse me jaugea des pieds à la tête et son regard pétilla. Elle m'aguicha sur le champ et pendant une vingtaine de minutes elle me fit essayer des dessous magnifiques. J'étais très gênée quand elle entrait dans la cabine, mais je suppose que ce devait être normal… Elle ne me regardait jamais directement mais observait mon reflet dans la glace et réajustait les lanières ou repositionnait bien le tissu sur ma peau. Elle m'avoua qu'elle croisait rarement des corps pareils et que mes jambes étaient interminables.
Quand je sortis, j'avais un deuxième sachet bien chargé. Je tournai sur moi-même en lâchant un soupir d'aise en me demandant quelle boutique serait ma prochaine expérience, mais je vis soudain Jacob, assis plus loin. Quand je remarquai ce qu'il tenait, mon cœur fit un bond. Je me précipitai vers lui dans le claquement de mes talons et m'assis sur le rebord de la grande jardinière qui faisait centre. Je posai mes sacs et attrapai la glace Italienne qu'il me tendait avec un sourire craquant. Je tins le dessert entre mes mains et le contemplai comme si je serrais un diamant. Je tenais une glace… Dans un endroit bondé de monde… Après avoir fait du shopping… Un sanglot douloureux remonta le long de ma gorge et je posai une main devant ma bouche pour dissimuler les pleurs silencieux qui me secouaient. Jacob s'esclaffa doucement et me serra en embrassant ma nuque tendrement. Un homme d'affaire nous regarda du coin de l'œil, surpris. Qui pouvait se douter que manger cette glace était l'un des plus beaux moments de ma vie…
- Il ne nous restera plus que le cinéma et tes rêves seront exaucés. Me chuchota-t-il dans le creux de l'oreille.
Je ris entre deux sanglots et tournai mon visage de poupée pour le regarder. Il me couvait des yeux, d'un amour qu'aucun humain ne pouvait imaginer, et je savais que mon bonheur se reflétait en lui au centuple. Je revins vers ma glace et la goutai. Délicieuse. Un tourbillon coloré de fraise et de vanille, mes parfums préférés. Jacob me regarda un moment puis il mangea la sienne en essayant de ne pas l'engloutir d'un trait, pour garder le même rythme que moi. Quand nous eûmes fini, il m'entraina le long des allées dans une balade lente et agréable. Nous croisâmes Alice et Jasper dans la boutique Dior, Rosalie et Esmée dans une bijouterie, mon père ma mère Carlisle et Emmett en train de regarder une boutique de gadgets numériques très étranges, et pour finir, Ryan et son Italienne assis à une table d'un café. Il nous envoya un clin d'œil discret avant que la jeune femme ne pose sa main sur la sienne à coté de son verre de jus d'orange.
Quand l'hôtesse annonça que le vol pour Portland s'apprêtait à partir, je ressentis deux sentiments contraires. J'étais ravie de rentrer chez nous, dans notre villa que j'aimais tant et dans laquelle je me sentais en sécurité… Mais d'un autre coté, je craignais de replonger dans mon quotidien reclus de tout. Je levai discrètement les yeux sur Jacob. Non, cela ne pouvait plus être comme avant. J'esquissai un sourire ému en songeant à une toute nouvelle vie qui m'attendait là bas. Ma vie d'adulte. Mon amoureux tendit nos deux billets à l'hôtesse et nous suivîmes les autres dans le couloir frais et sombre. Ryan s'engouffra comme un fou derrière nous et Jacob lui ébouriffa les cheveux quand il passa son bras autour de mes épaules en haletant. J'arquai un sourcil en le regardant et il me fit une bouille mutine. Avait-il couru pour éviter les adieux avec la jolie Italienne ? Sacré Ryan. L'hôtesse nous indiqua la route et je me laissai tomber dans mon siège en poussant un soupir de bonheur. Jacob souleva la valise bien plus chargée désormais et s'assit contre moi et étirant les bras et la nuque. Je déposai un baiser sur le revers de sa main que j'accaparai ensuite dans les miennes. L'avion décolla en emportant avec lui mes derniers cauchemars, en espérant qu'ils restent enfouis encore un peu au fond de mon cœur.
Quand j'ouvris la portière de la voiture, ma gorge se serra sous l'émotion. Charlie était là, devant l'entrée de la villa blanche à faire les cents pas. Je me jetai sur lui et il me serra fort en me disant à quel point il avait été inquiet. Je supposais qu'on ne lui avait pas raconté toute l'histoire, et c'était mieux ainsi… Je ne voulais pas qu'il s'angoisse trop le pauvre, il commençait à se faire vieux. Derrière moi les Cullens arrivèrent et Carlisle salua mon autre grand-père avec toute sa prestance et son charisme. Les deux hommes s'écartèrent un peu et contournèrent la maison enneigée pour discuter tranquillement. Je suivis les autres à l'intérieur et l'odeur de la villa me fit monter les larmes aux yeux… J'étais de retour chez moi. Par instinct, je me précipitai en dehors pour aller au cottage. J'ouvris la porte et l'émotion me submergea. Je m'assis sur mon lit et en caressai la couverture du bout des doigts. Il ne s'était écoulé qu'une vingtaine de jours, mais j'avais la sensation que ma vie avait complètement changé.
- Nessie ?
Je levai le menton au moment ou Jacob passait la porte de ma chambre. Il s'appuya à l'embrasure et me contempla de ses prunelles noires emplie d'un amour sans fin. Je lui décochai un sourire en coin et il me rejoignit sur le lit avant de m'attirer à lui pour que nous nous allongions. Je lâchai un soupir en me lovant contre son torse. J'avais cru que revenir ici effacerai mes horribles souvenirs, mais j'avais tord… Jacob remarqua mes airs pensifs et me caressa doucement la joue.
- Je pensais qu'être ici me ferai redevenir comme avant… Murmurai-je.
- Mais tu n'es plus comme avant Nessie. Me répondit-il dans un sourire.
J'acquiesçai de bon cœur. Je me sentais bien différente c'était vrai. Etait-ce le fait d'avoir risqué la mort ? D'avoir vécu dans la crainte et la peur ? Ou alors c'était le fait d'avoir été seule sans ma famille, eux qui me surprotégeaient tant, et que pour la première fois de ma vie j'avais affronté par moi-même les épreuves ? Quoi qu'il en soit, la jeune Nessie était bien loin. Jacob me leva le menton pour m'embrasser et je me sentis bien mieux. Il voulu se reculer mais je l'en empêchais en entourant sa nuque de mes bras. J'avais besoin de sentir sa peau contre la mienne, sa chaleur si ardente réchauffait mes peurs et éloignaient mes craintes. Quand j'encerclais plus fort mes bras, je sentis ses lèvres sourire contre les miennes. J'ouvris les yeux pour le contempler discrètement. Les siens étaient clos et ses airs me semblaient si rayonnants. J'aurai tellement voulu partager ce qu'il ressentait à cet instant, car je pouvais lire sur sa peau cuivrée une émotion sans pareille. Il ouvrit soudain les yeux et ses pupilles noires comme la nuit parurent étonnées. Je quittai sa bouche en gloussant doucement, prise en faute, et il rit à son tour.
- Tu me regarde t'embrasser ? Murmura-t-il contre ma bouche.
- Non, je passais le temps, nuance… Répondis-je avec un regard pétillant.
Je n'eus pas besoin de lui envoyer les images de ce souvenir ou je l'avais surpris en train de me regarder dormir, car il s'en rappela et leva les yeux au plafond en secouant doucement la tête. Tant de fois ses réactions avaient été claires… Maintenant que je me repassais les images dans la tête, je me demandais comment j'avais pu ignorer sa souffrance lorsque ma croissance s'était affolée pour me propulser dans l'âge adulte. Moi qui m'étais toujours persuadée de connaitre mon Jacob par cœur, voilà qui m'avait remis les pendules à l'heure. Une vague de culpabilité me submergea et je l'attirai fort contre moi, comme si je craignais de le perdre. Il bougea un peu pour s'allonger sur moi et rejeta sa chevelure sombre en arrière. Dieu qu'il était musclé et magnifique. Il frôla mes lèvres de son pouce et me contempla longuement.
- Aurais-tu réussi à vivre sans moi Jacob ? Demandai-je en caressant ses sourcils.
- Tu veux dire au niveau de l'imprégnation ou de mon cœur ?
Je ne répondis pas, plongée dans son regard qui se ternissait tout à coup à la simple mention de cette éventualité. Je ne voulais pas le rendre triste, mais j'en savais si peu sur ce phénomène si étrange. Il arbora un air douloureux.
- L'un ou l'autre, vivre sans toi aurait été comme un désert sans fin. On peut vivre loin de notre imprégnée je suppose, on continuerait à se lever le matin et se coucher le soir, mais la vie n'aurait plus aucun sens. Je ne pense pas que je me laisserais mourir, même si aucune autre solution ne m'apporterait autant de soulagement. Je ne peux pas laisser Billy… Sans moi il serait si malheureux, nous avons besoin de veiller l'un sur l'autre.
Je lui souris tendrement.
- Tu t'occupes tellement bien de lui. Maman m'a raconté tout ce que tu faisais, même très jeune.
Il haussa les épaules comme si ce n'était rien, mais je pouvais lire une profonde émotion sur ses beaux traits amérindiens. Dès que l'on mentionnait son père, il en était touché. Il se pencha pour embrasser mes lèvres et les recula de quelques centimètres seulement, je pouvais sentir son souffle chaud sur ma bouche.
- Mais maintenant Jake, je serais là pour m'occuper de toi. Murmurai-je.
Son regard s'illumina comme jamais sous mes mots et il s'empara de ma bouche si vite que j'en fus presque surprise. Sa main autour de mon visage se fit plus pressante et ses souffles plus rapides. Moi-même je ne pouvais pas obliger mon cœur à ralentir, c'était impossible. Son corps était si pressé contre le mien que je pouvais deviner le moindre de ses impressionnants muscles. Ses lèvres s'entrouvrirent alors et mon ventre se noua. Il frôla ma lèvre supérieure et ce contact m'électrisa, m'obligeant à ouvrir à peine la bouche pour mieux respirer. Ses souffles chauds se mêlèrent aux miens et quand il reposa sa bouche sur la mienne, il me l'ouvrit doucement, dans un mouvement qui me frôla à peine. Quand sa langue toucha soudain la mienne je poussai une exclamation étouffée et le repoussai vivement. Il se rattrapa de la main en arrière et me regarda avec une mine haletante et désolée. Je posai une main sur mon cœur en respirant très fort. Les sensations brulantes de mon ventre s'évaporèrent immédiatement, ne me laissant que le contrecoup de ma vive réaction incohérente.
- Excuse-moi ! S'empressa-t-il de dire en me regardant avec des yeux écarquillés par la peur de m'avoir choquée.
Je levai ma mine rougie sur lui en haletant. Je n'avais rien contrôlé du tout et je m'en voulais de l'avoir repoussé. Elle faisait pâle figure la soit-disante Nessie Adulte. Je fus déchirée par mon habituel sentiment de culpabilité, comme à chaque fois que je lui causais de la peine, et relevai des sourcils désolés. Je me penchai en avant pour lui saisir le col et le tirer vivement sur moi. Il bascula en avant et j'encerclai de nouveau sa nuque de mes bras. Je rivai mes yeux dans les siens.
- Ne t'excuse jamais Jacob Black ! Pas quand ce que tu me fais est si délicieux. Murmurai-je avant de m'emparer de ses lèvres.
