Character(s): Rosalie

Rated : M Genre : Drame/Suspens

Résumé : Lorsque l'envie tourne à l'obsession, la paranoïa prend le dessus et plus rien n'a de sens hormis le besoin, celui-ci si dévorant ... je suis un monstre. J'aime ça.

Le diable aux trousses

Sous mes pieds, les dalles gelées du petit chemin s'enfonçaient un peu plus dans la terre. L'hiver était là, la neige et le froid m'enveloppant tendrement. Les flocons majestueux tombait sur ma peau nue causant d'adorables morsures, se transformant en de douces gouttes voguant sur moi, coulant, le long de mon visage, et ainsi se confondant à mes larmes … Je pleurais sans vraiment savoir pourquoi, mue par une impulsion soudaine ... j'aurais pu crier, personne ne m'aurait entendue ou seulement écoutée. Je n'avais pas peur. Cette peur qui me tenait éveillée jusqu'à l'aube s'en était allée avec les dernières lueurs de la guerre. Maintenant, je ne craignais plus rien, tout était fini, il était parti comme il était venu : dans la violence et le sang …

Il avait tout dévasté sur son passage, balayé le semblant d'espoir qui germait en moi d'un coup de poing tout droit venu du ciel. Il n'y avait plus rien, tout ... tout, avait été écrasé par cette force barbare. Je m'agenouillai, ma main frôla le sol et heurta quelque chose de dur. Mes pieds, gelés par la glace, ne me soutenaient plus. J'aurai dû tomber mais comment lorsqu'ils étaient ainsi ancrés dans la neige ? Je ne pouvais plus avancer, je le devais pourtant. Je ne pouvais supporter le luxe de revenir sur les événements précédent. Il me fallait m'enfuir. Mais à quoi bon ? Il me rattraperait où que j'aille combien même je ne connaissais pas moi-même ma destination. Concrètement, à quoi cela servait il ? Je n'en avais aucune idée, je suivais simplement mon instinct qui me hurlait littéralement de détaler. Je n'arrivais cependant plus à bouger, mes jambes étaient des poids trop lourds pour mon corps fragile, maltraité par le zéphyr. Mes pieds nus disparaissaient sous l'épais manteau de neige.

Soudain, un bruit sourd traversa l'air au même moment, je sentis un objet de la taille de mon pouce passer à un mètre de moi sans que je ne puisse l'identifier et s'encastrer dans l'arbre le plus proche. Je reteins mon souffle : c'étaient lui. Mue par un quelconque instinct de survie, mes membres s'articulèrent. Je n'avais pas vraiment conscience de ce qui se passait. Je savais une chose cependant : si j'espérais vivre, il fallait impérativement courir. C'est ce que je fis, usant mes forces et mon énergie. J'avais mal, mes poumons brûlaient, ma tête tournait mais je n'avais qu'un but, le fuir. Mes cheveux volaient, mes bras dansaient, frappaient le vent. Je trébuchai, chutai, glissai, exhalais, haletais, inspirais, expirais. Je souffrais mais continuai inlassablement. Je n'avais qu'un objectif et je devais l'atteindre. Autour de moi, le paysage défilait. Arbre après arbre, toujours les mêmes. Tombe après tombe, toujours semblables. Je galopais à travers les dalles, pataugeant dans la poudreuse. Vite. Je devais aller plus vite. Je ne pris même pas la peine de regarder en arrière, j'avançais juste le plus rapidement possible.

Un second coup de feu retentit. Il trancha l'atmosphère. Je sus que c'était trop tard.

«-Alors … tu crois pouvoir m'échapper ? me nargua-t-il de sa voix grave et moqueuse. »

Je pouvais sentir l'odeur d'alcool qui s'échappait de sa bouche avide de sang. Il avait gagné, il m'avait eu. Il me pensait naïve et faible, sous-estimait l'espoir d'une fille désespérée. J'avais encore une option, la dernière : la falaise. Si j'arrivais à l'atteindre, je serai sauvée. Je devais faire diversion. Je me retournais enfin. Il était là, ses yeux exprimaient toute sa colère, sa haine, sa rage, sa chemise dépassant ridiculement de son pantalon, son visage était caché par un masque aussi noir que les ténèbres.

Alors qu'il avançait d'un pas, je reculais de deux. Aussi, bientôt, mon pied butta contre le bord de la falaise laissant tomber quelques pierres. Il comprit aussitôt mon intention, il courut vers moi mais c'était trop tard. Je m'étais déjà laisser tomber. Les bras en croix et les yeux fermés, j'attendais de sentir l'eau gelée cependant rien ne vint.

J'ouvris les yeux, surprise, tombant sur mon plafond. Il faisait nuit noire et mes draps étaient mouillés de sueur. Il était exactement une heure trente-trois du matin. Je m'approchai de ma fenêtre, pris les jumelles sur la table de nuit et regardai dans l'appartement face au mien. Toutes les lumières étaient éteintes, j'allai donc dans la cuisine afin de voir dans la chambre.

Il dormait paisiblement, je pouvais presque entendre son doux ronflement qui scandait mon nom, tel une litanie de menaces. Mon visage se transforma en une horrible grimace de dédain que j'apercevais dans le reflet de la vitre. Je le méprisais. Depuis qu'il avait emménagé en face, il avait fait de ma vie un enfer. Je n'avais aucune explication. Il s'était sournoisement infiltré dans mes songes pour en faire cet affreux cauchemar qui revenait sans cesse. Chaque fois qu'il me lançait un petit bonjour, chaque fois qu'il me proposait de l'aide, chaque fois qu'il me regardait doucereusement, j'en tremblais. Il me voulait du mal, je le sentais, je le savais.

C'était plus fort que moi, une obsession enivrante. Je le détestais, le haïssais de toutes les fibres de mon corps. Je le voyais chaque jour, chaque nuit. Ce visage enjôleur, son sourire niais et cette phrase qui revenait sans cesse. Je n'avais plus qu'une seule envie : le tuer. Le dépecer vivant, le faire rôtir, l'étouffer, l'assassiner ! Peu importait, pourvu que je n'entende plus cette maudite phrase, sa saleté de voix, son rire idiot. J'étais désespérément animée d'un désir ardent qui me consumait jour après jour. Je ne voulais, n'aspirais qu'à une seule et unique chose. Je ne pouvais pas le laisser m'abattre. Cela n'avait rien de rationnel, ce n'était pas une volonté ou un but, c'était beaucoup plus que ça. C'était un … besoin viscéral qui me prenait aux tripes, qui me brûlait de l'intérieur.

Dans mon esprit, tout était clair. Je devais me débarrasser de lui définitivement, ceci, avant qu'il ne s'attaque à moi. Je ne pouvais, ne devais absolument pas laisser mes cauchemars se réaliser. J'étais dans l'obligation de l'assassiner. Pourquoi ? Je n'en avais aucune idée, il n'y avait aucune raison à ça. Aucune. C'était de la légitime défense, voilà tout.

Aussi, la semaine qui suivit, je m'évertuai à mettre en place mon plan d'attaque et le samedi suivant, je passai enfin à l'action. Tout était très simple : alors qu'il sortait le matin pour son footing quotidien, je m'arrangeai pour le bousculer et subtiliser ses clés. Nous parlâmes brièvement, souriant hypocritement et encore là, il me lança ses menaces « Je peux t'aider à monter ton nouveau bureau jusqu'à ton étage si tu veux. » qui sous-entendait « Je peux venir dès demain chez toi pour te tuer si tu veux ». Je n'avais que deux heures exactement afin de faire le double du trousseau. Après cela, tandis qu'il arrivait au coin de la rue, je les jetai sur le palier de l'immeuble et rentrai chez moi en contemplant ce crétin ramasser ses clés, enjoué. Ce fut une merveilleuse et douloureuse frustration d'attendre impatiemment, en l'épiant toute la journée, qu'il aille se coucher.

J'étais déchirée entre l'envie de faire les choses bien, et la tentation meurtrière qui me poussait à tout faire dans la précipitation. Heureusement pour moi, les ténèbres tombèrent enfin sur nous et me permirent de sortir de mon refuge. La rue était déserte et bientôt j'atteignis, finalement, le lieu de mon forfait. Un silence éloquent régnait dans l'appartement, comme s'il connaissait mes intentions malsaines. Je me faufilai dans la chambre et il était là. La suite fut simple, rapide. Je pris le coussin le plus proche et le pressai contre sa face endormie. Il n'y eut aucune résistance. C'était trop facile. Je ne pensais à rien. J'étais guidée par mon instinct et, pendant que le dernier filet de vie s'échappait, trop vite, de son corps, il y eut en moi comme une explosion de … de joie, de bonheur. Je me sentais étrangement bien, grisée, complète. Je jouissais d'un sentiment nouveau, totalement inconnu, de bien-être intense telle une extase qui jaillissait tout à coup dans mon corps, mon âme et mon esprit.

Mais, soudain, bien trop rapidement, tout me quitta, laissant un goût amer sur mes lèvres. Je ne tentai pas de retenir cette impression de satisfaction, je me laissai juste glisser sur le parquet gelé. J'avais été faible et bête. Je n'étais pas animée par le besoin de le tuer mais par un mélange d'envie et de besoin vital de sang. Il ne m'avait jamais voulu de mal et au fond, je le savais pertinemment. J'avais tout … tout inventé. Je m'étais imaginée une justification totalement erronée afin d'avoir l'esprit libre une fois mon acte odieux accompli et même maintenant, sachant que je venais d'assassiner sciemment un innocent, je ne ressentais pas une once de remords. Pire ! J'avais encore cette voix qui me chantonnait qu'il m'aurait fait du mal si je n'avais pas agi. Pire ! Je voulais désespérément recommencer ...

J'étais pourchassée par un désir meurtrier.

Et un désir est insatiable.


J'espère que vous avez aimé, c'est très différent des précédents mais j'ai beaucoup travaillé dessus pour un concours sur le thème du désir et finalement, je l'ai pas envoyé ... en même temps, j'aurais sûrement pas gagné ^^ Enfin bref, la peur est paralysante. J'attends vos avis avec impatience !