Un mois plus tard
William rentrait épuisé ce soir là. Il avait travaillé sur une affaire difficile toute la semaine, il avait passé le week-end dernier au chantier de leur future maison, Julia et Roland l'accompagnant. Julia l'avait un peu aidé lorsque Roland dormait dans son landau un peu plus loin. Il aimait ces instants passés auprès d'eux plus que tout au monde, mais il était épuisé. Cela faisait un mois qu'il travaillait d'arrache pied, un mois qu'il passait des heures au bureau à éplucher des dossiers d'enfants disparus. Même s'il n'avait rien dit à Julia, il craignait la même chose qu'elle, que Roland leur soit enlevé. Même s'il la rassurait toujours, s'il arrivait qu'il se réveille la nuit prit par un horrible cauchemar, il n'en parlait pas à Julia. Il se contentait de la serrer dans ses bras pour se rassurer et jeter des regards à Roland.
Lorsqu'il rentra dans la suite ce soir là, Roland dormait déjà depuis longtemps. Il trouva Julia en robe de chambre sur le sofa, lisant un livre en l'attendant. Il déposa son chapeau dans l'entrée, sa veste et il déboutonna son gilet avant de se pencher sur son épouse pour l'embrasser tendrement.
-Encore beaucoup de travail? Demanda tendrement Julia alors qu'il s'éloignait. Je croyais que le poste était calme en ce moment.
-Il l'est, mais je dois classer des anciennes affaires, mentit William, je vais prendre un bain.
-Ne veux-tu pas manger avant?
-Je n'ai pas faim, murmura William en s'éloignant pour rejoindre la chambre et ne remarquant pas le regard d'incompréhension que lui adressait Julia.
Elle le vit se pencher sur le berceau de Roland pour lui caresser tendrement la tête quelques instants avant de se rendre dans la salle de bain sans se retourner.
William se trouvait depuis quelques minutes dans l'eau tiède, les yeux fermés, tentant de se détendre et de chasser de son esprit la culpabilité qu'il avait de mentir à son épouse, lorsqu'il entendit un tissu glisser au sol un peu plus loin. Il ouvrit les yeux pour voir Julia nue à côté de la baignoire, les mains devant elle et lui souriant timidement.
-Je peux te rejoindre? Demanda-t-elle avec pudeur.
-Bien entendu, répondit William en souriant, mais n'as-tu pas déjà fait ta toilette?
-Si, mais...
Elle ne termina pas sa phrase et William sourit tendrement à la timidité qu'avait son épouse et qui ne lui ressemblait pas. Il tendit la main vers elle pour caresser du bout des doigts sa cuisse et lui prendre la main pour l'attirer vers la baignoire.
-Viens, souffla-t-il.
Elle lui sourit et elle se saisit d'une épingle en argent qu'elle plaça dans ses cheveux pour les retenir en chignon afin qu'ils ne soient pas mouillés, puis, elle entra dans la baignoire, s'allongeant entre les jambes de William, calant son dos contre son torse et soupirant de bien être lorsqu'il plaça ses bras autour d'elle et qu'il déposa un baiser sur son épaule.
-William, murmura Julia les yeux fermés en sentant son époux déposer un autre baiser dans sa nuque, tu me le dirai si quelque chose n'allait pas, n'est-ce pas?
Il s'éloigna un peu d'elle et elle tourna la tête pour le regarder, plongeant son regard dans le sien.
-Tu es tellement préoccupé en ce moment, continua Julia, j'ai l'impression que tu me cache quelque chose.
-Je...bredouilla William.
-Tu peux tout me dire, continua Julia en caressant sa joue.
Il inspira profondément, le regard de Julia était si inquiet qu'il eut le cœur brisé de savoir qu'il en était la cause. Il replaça un de ses boules blonde derrière son oreille, un geste qu'il avait toujours lorsqu'il voulait lui parler d'une chose importante, une chose qui le touchait.
-Te souviens-tu de ce dimanche que nous avons passé au bord du lac il y a un mois, le jour où j'ai fait les photos de toi et de Roland? Tu m'avais parlé d'une femme dont le fils de son amie avait été enlevé.
A ces mots Julia se tendit et il caressa aussitôt sa joue pour la rassurer en voyant la peur dans ses yeux.
-Roland n'est pas cet enfant. J'ai enquêté parce que je voulais en avoir le cœur net et j'ai découverts que ce n'est pas lui.
-Mais?
-J'ai demandé à George de me rapporter les plaintes des enfants de l'âge ou plus jeunes que Roland, ayant disparus. Il y en a beaucoup Julia. Et...nous avons aucune preuve que les parents de Roland soient ses parents.
Le souffle de Julia se coupa.
-Alors, commença-t-elle la gorge nouée, il a peut être une famille, des parents quelque part qui le cherche? Il a peut être, une...mère.
-Tu es sa mère.
-Non, William, nous le savons tout les deux que je ne suis pas sa mère. Sa vraie mère.
-Je continuerai de chercher la vérité, je veux avoir une preuve que personne ne nous prendra Roland.
-Ne fais pas ça, murmura Julia, arrête je t'en prie. Je ne veux pas le savoir, je ne veux pas qu'à cause de ta volonté de rechercher la vérité nous perdons notre enfant.
-Julia, si Roland a une famille, il est de notre devoir de...
-Je ne rendrais pas cet enfant William, rétorqua Julia en s'éloignant de lui, je l'aime comme mon fils. Je ne veux pas connaître son histoire, je ne veux pas savoir d'où il vient,en grandissant il ne se souviendra que de nous. Il n'y aura pas d'autres parents pour lui. Et si tu persiste à tout prix vouloir connaître la vérité, nous allons le perdre pour toujours. Nous l'aimons et il nous aime aussi, le reste n'a pas d'importance.
Elle lui lança un regard noir et en un bond, elle quitta la baignoire pour se rhabiller et quitter la pièce. William soupira profondément, il savait qu'il avait commis une erreur en lui parlant, mais il en avait été contraint, il ne voulait avoir aucun secret pour elle, même si cela allait la blesser et qu'il s'en sentirait encore plus mal-à-l'aise. Encore bien plus tendu que lorsqu'il était entré. Il soupira profondément et il quitta la baignoire lui-aussi. Il fit noua une serviette autour de sa taille et il fit couler l'eau. Il éteignit la lumière et il quitta la pièce. Il trouva Julia penchée sur le berceau de Roland et le regardant tendrement. William approcha d'elle et il déposa un baiser sous son oreille.
-Je fais tout ça pour toi et Roland, Julia, murmura-t-il au creux de son oreille avant de retirer l'épingle qu'elle avait encore dans les cheveux qui tombèrent en cascade sur ses épaules, parce que je vous aime, ajouta William en déposant un baiser dans les cheveux de son épouse, et que je ne veux pas le perdre.
Il s'éloigna d'elle et il contourna le lit pour prendre son pyjama. Il retira la serviette et il s'habilla, puis, il se coucha entre les draps. Julia l'avait regardé en silence, toujours à côté du berceau de Roland pour ensuite retirer sa robe de chambre, rejoindre le lit et éteindre la lumière. Elle resta quelques instants couchée sur le côté, tournant le dos à William, avant de soupirer profondément et se retourner. Elle vit le dos de William et doucement, elle s'approcha de lui. Elle se serra tout contre lui, passant ses bras autour de sa taille et échouant sa bouche en-dessous de son oreille.
-Moi aussi William, murmura-t-elle doucement, je le fais parce que je vous aime et je ne supporterai pas de perdre cet enfant, notre enfant.
William ne répondit pas, mais il posa sa main sur celle de Julia et il ferma les yeux, sentant le souffle de son épouse dans sa nuque et sa poitrine se presser contre son dos. Elle avait peut être raison, peut être que la vérité n'est pas toujours bonne à savoir.
Lorsque William arriva au poste de police le lendemain matin, il regarda la pile de dossiers se trouvant sur son bureau. Il avait pris une décision. Dans un soupir, il la prit et la posa sur le bureau de Higgins qui leva les yeux vers lui aussitôt.
-Remettez ces dossiers où ils étaient Henry.
Il tourna les talons et rejoignit son bureau sans un mot. Il s'y assit et il ouvrit le tiroir. Un immense sourire naquit sur ses lèvres lorsqu'il prit la photographie qui s'y trouvait. Julia assise sur le sable, l'eau caressant ses jambes. Elle portait son maillot de bain, mais elle avait retiré ses longs bas noirs, un chapeau de paille la protégeait des rayons du soleil et elle riait aux éclats, Roland assit entre ses jambes, tous les deux regardant l'objectif. Ils étaient heureux et William se souvenait avoir été heureux aussi en prenant cette photographie. Il ne voulait pas gâcher ce bonheur, pas cette fois.
Ce fut lorsqu'il allait quitter le poste de police que George entra dans son bureau avec un dossier à la main. Il croisa son regard et le jeune homme lui tendit.
-Je crois que j'ai trouvé Monsieur, murmura timidement George, je crois...je crois que c'est Roland.
Le cœur de William manqua un battement et il prit le dossier en fronçant les sourcils. Il l'ouvrit pour y voir l'avis de disparition de la jeune femme et de son bébé, pour reconnaître le regard de l'enfant à peine âgé de six mois.
-Tout correspond et j'ai montré la photographie de Miss Perly. Elle est la fille de Mr. et Mrs Collman, deux artisans de la banlieue de Montréal. Elle a changé de nom à plusieurs reprises pour commettre les vols. Roland est leur petit fils Monsieur.
William s'était arrêté de respirer, son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Il lisait les mots inscrits sur le papier, il entendait les mots de George et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'entendre dans un coin de sa tête le rire de Julia mêlé à celui de Roland. Il n'arrivait pas à chasser de son esprit leur image, jouant dans l'eau.
-Dé...détruisez ce dossier, murmura-t-il en regardant George à nouveau, brûlez-le George.
-Mais Monsieur...
-Faites-le, s'il vous plait, murmura William entre ses dents, personne ne doit le savoir.
Il se passa quelques secondes dans le silence le plus total. George voyait la peur dans le regard de son supérieur, il savait qu'il commettait une erreur, mais il savait également qu'il avait connu de grands malheurs dans sa vie et qu'aujourd'hui il était heureux. Il savait que perdre Roland serait une épreuve dévastatrice pour le Docteur Ogden. George savait ce que c'était de perdre un enfant qu'il considérait comme son propre fils.
Il acquiesça simplement et William lui sourit.
-Merci, soupira-t-il avant de prendre son chapeau et de quitter les lieux aussi vite que possible.
Il pédala rapidement jusqu'à l'hôtel, il avait besoin de se défouler et ce fut tout essoufflé qu'il se trouva devant la porte de la suite. Il prit une minute pour se calmer, pour tenter d'oublier ce que George lui avait dit et ce qu'il avait commis. Puis, après une profonde inspiration, il entra dans la pièce. Il vit Julia tenir Roland par les mains et le faire avancer doucement dans la pièce. Il croisa le regard de son épouse et il lui sourit largement. Elle en fit autant.
-Je crois qu'il ne lui faudra plus bien longtemps pour commencer à marcher, lança Julia, bientôt il va courir dans toute la suite.
-Je n'en attendais pas moins de mon fils, rétorqua William en arrivant à leur hauteur, n'est-ce pas petit Murdoch?
Roland tendit les bras vers William qui le leva dans les airs pour le faire tourbillonner et le faire rire aux éclats. Puis, il le prit dans les bras et il attira Julia contre lui pour l'embrasser langoureusement. Elle fut d'abord surprise, mais très vite, elle répondit à son baiser et il se séparèrent quelques secondes plus tard à bout de souffle.
-Pardonne-moi, murmura-t-il sur ses lèvres.
Elle lui sourit en caressant tendrement le nœud de sa cravate.
-Embrasse-moi encore et ce sera oublié Inspecteur.
Il lui sourit et il s'exécuta avec joie, veillant à lui accorder le plus doux et le plus sensuel des baiser, souriant intérieurement en l'entendant pousser un gémissement de plaisir. Il déposa un autre chaste baiser sur le bout de son nez pour lui laisser un immense sourire sur le visage avant de s'éloigner d'elle.
-Et si maintenant nous faisions comme la dernière fois Roland? Dit-il en se tournant vers le petit garçon. C'est parti pour la grande envolée, ajouta William portant à bout de bras Roland au-dessus de lui.
Julia les regarda simplement en souriant. Elle ne se lassait jamais de voir William jouer avec leur fils, de le voir lui raconter toutes les histoires qu'il avait vécu et elle était ravie de voir que le petit garçon aimait particulièrement celle où William lui montrait ce que c'était de se trouver dans un avion, rasant les meubles de la suite et s'écrasant délicatement sur le torse de son père allongé sur le sofa.
à suivre...
