Merci pour vos reviews! :) Voila le dernier chapitre!
Ils étaient arrivés tous les deux un peu en retard ce matin là. L'Inspecteur Brakenreid ne s'était pas empêché de le faire remarquer. William avait tenté de cacher son sourire de fierté. Cela faisait maintenant presque deux semaines que Roland était partit, et le soir précédent, pour la première fois en deux semaines, il avait fait l'amour à sa femme. Julia s'était montrée séductrice et entreprenante, il avait compris le message. Il lui avait fait l'amour comme rarement auparavant, son épouse semblait avoir été plus passionnée et tendre que jamais par le passé. Et Dieu sait comme Julia est passionnée, pensa William en prenant place à son bureau. Mais c'était comme si elle ressentait tout avec plus de sensibilité, de force, de passion, le moindre petit geste qu'il faisait. William se demanda ce qu'il s'était passé le soir précédent, mais il ne s'en plaignait pas le moins du monde.
C'était dans un soupir de contentement que Julia commença son travail ce matin là. Depuis deux semaines, elle était enfin en paix à nouveau. Elle passa de longues minutes à son bureau à terminer des comptes rendus et à classer des dossiers avant qu'on ne lui apporte un corps. Comme c'était le cas depuis quelques temps déjà, elle demanda à Miss James de l'aider. Mais la jeune femme devait admettre que son professeur se tenait bien plus loin que d'habitude du corps.
-Vous sentez-vous bien Docteur? Demanda la jeune femme en fronçant les sourcils.
-Oui, répondit Julia en plaçant sa main devant sa bouche pour retenir un haut-le-cœur, continuez Rebecca.
-Etes-vous certaine? Cela fait quelques semaines déjà que vous semblez malade et...
-Ne vous inquiétez pas, coupa tendrement Julia en cachant son sourire, c'est tout à fait normal.
Rebecca ne répondit pas. Elle avait vu la main de Julia passer sur son ventre. Elle comprit dans la seconde et son cœur manqua un battement. Elle lui adressa un tendre sourire auquel Julia répondit de la même façon. Pourtant, elles ne parlèrent pas, et elles se remirent au travail.
Le Docteur Ogden attendait l'heure du déjeuner avec impatience et angoisse. William devait venir la chercher à la morgue et ils devaient se rendre au parc le plus proche pour savourer une des dernières journées encore douces de la saison avant l'arrivée de l'hiver. Pourtant, en repensant à la discussion qu'elle devait avoir avec son époux, son cœur se serra dans sa poitrine. Elle ne savait pas si elle était prête si peu de temps après avoir perdu Roland, à lui annoncer une telle nouvelle. Perdue dans ses pensées, elle sursauta lorsque George arriva à ses côtés.
-Docteur Ogden, je suis navré, l'Inspecteur a dû se rendre chez un suspect, il m'a chargé de vous dire qu'il ne pourra pas déjeuner avec vous.
-Oh, soupira Julia en le regardant, je comprends. Mais vous n'êtes pas allé avec lui?
-L'Inspecteur Brakenreid l'a fait, ne vous en faites pas, il n'est pas seul. Mais cela concerne un Juge et je n'étais pas l'homme le plus "qualifié" pour cela, grommela George en faisant une grimace.
-Oh ce n'est que de la politique George, répondit Julia en souriant, William a horreur de cela, mais il est bien obligé.
George ne répondit pas et acquiesça simplement. Il regarda alors avec attention Julia qui se pencha sur son bureau à nouveau. Il remarqua sa déception qu'elle tentait de cacher, mais il vit aussi un long soupir s'échapper de ses lèvres. George n'était pas dupe, il voyait que quelque chose était différent chez son amie, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
-Vous savez, commença-t-il timidement en regardant le bout de ses chaussures, je...je n'aime pas trop déjeuner seul.
Julia le regarda à nouveau et il continua.
-Si vous le souhaitez...
Il ne termina pas phrase et Julia lui sourit encore plus largement. Il était rare qu'elle passe du temps avec George, seuls à seuls, et elle devait admettre qu'elle appréciait sa compagnie.
-Pourquoi pas, dit-elle en se levant, allons déjeuner ensembles dans le parc.
Il lui sourit et Julia se dirigea vers le porte manteau pour mettre son chapeau et sa veste. George l'aida à le passer et d'un même pas, chacun portant un petit panier en osier dans lequel se trouvait leur repas, ils quittèrent la morgue pour se rendre au parc tout proche et s'asseoir sur un banc au soleil.
Ils mangèrent tranquillement pendant de longues minutes, discutant de tout et de rien. Julia avait écouté avec attention les théories de George, l'idée qu'il avait pour son prochain roman et de sa relation de travail avec ses collègues et amis du poste de police. Ils parlèrent de choses plus privées également. Julia fut désolée d'apprendre que George n'avait personne dans sa vie, qu'il se concentrait sur son travail, qu'il ne refaisait sa vie avec aucune jeune femme. Mais le jeune homme ne semblait pas s'en soucier, il admettait que parfois la solitude le pesait, mais il s'en accommodait. Lorsqu'ils rangèrent les affaires pour retourner au poste de police bien de longues minutes plus tard, le jeune homme prit enfin son courage à deux mains pour poser cette question qui le taraudait depuis quelques jours.
-Puis-je vous poser une question Docteur? Demanda-t-il timidement.
-Allez-y George.
-Je...j'ai remarqué que vous n'étiez pas bien ces derniers temps, que vous étiez fatiguée, que Miss James s'occupait beaucoup des corps et...vous semblez différente. Je sais que cela ne me regarde pas et que c'est de nature privée mais...
-Je suis enceinte, répondit Julia dans un souffle, je...je l'ai compris le lendemain où la famille de Roland est venu le chercher au poste de police.
-C'est une bonne nouvelle Madame, l'Inspecteur doit être fou de joie.
-Il ne le sait pas, répondit Julia en plongeant son regard dans celui du jeune homme, je n'ai pas encore pu lui dire et ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai peur de lui dire George. J'ai peur que cet enfant n'est là que pour remplacer Roland et je ne le souhaite pas. C'est trop tôt.
Il se passa quelques secondes dans le silence le plus total lorsque George reprit la parole.
-Je pense que ce n'est pas trop tôt Docteur, c'est un don du ciel et il ne remplacera en rien Roland et je suis certain que vous l'aimez déjà de tout votre cœur.
-Infiniment, répondit Julia en souriant timidement.
-Vous avez neuf mois pour faire connaissance et vous verrez que se sera différent qu'avec Roland, cela ne signifie pas que vous allez l'oublier.
-Je dirai plutôt environ sept mois, corrigea Julia, mais vous avez raison George, c'est très différent. William sera fou de joie.
-J'en suis certain, acquiesça George en souriant.
-Merci.
Il lui sourit une fois encore et ils prirent le chemin du poste de police en silence. George accompagna Julia jusqu'à la morgue et une fois à l'intérieur, à l'abris des regards, il lui demanda la permission de la prendre dans les bras pour la féliciter. Ils s'étreignirent quelques instants et ce fut avec un immense sourire sur les lèvres et apaisée que Julia se remit au travail, attendant avec impatience l'heure pour rentrer chez elle ce soir là.
Julia entra dans la suite à la tombée de la nuit. William avait été étonné de voir que ce soir là, elle n'avait pas voulu l'attendre. Il s'était alors concentré sur son enquête et Julia avait fait le chemin en hâte jusqu'à l'hôtel pour que tout soit prêt à l'arriver de son époux. Elle avait fait demander le repas pour 20 heures, elle avait décoré la pièce avec des dizaines de bougies, elle avait prit un long et brûlant bain, n'hésitant pas à y mettre des sels parfumés. Elle avait passé une robe de soirée, mais pas de corset, sachant à quel point son époux aimait sentir qu'elle n'en portait pas lorsqu'il la prenait dans les bras. Julia se maquilla un peu et elle mit le gramophone en route. Elle se servit un verre de vin et elle attendit simplement. Lorsqu'elle entendit les clés de William tourner dans la serrure, elle quitta le sofa et elle l'attendit, debout au centre de la pièce en souriant. Dans l'entrée, William retira son chapeau, son manteau et il entra dans le salon pour voir la mise en scène préparée avec soin par son épouse. William en eut le souffle coupé, regardant avec de grands yeux les bougies disposées dans la chambre et le salon, le repas prêt sur la table et sa magnifique épouse au centre de la pièce, portant cette robe qu'il aimait tant.
-Bonsoir Inspecteur, murmura Julia d'une voix suave, bienvenu à la maison.
William ne répondit pas, bien trop chamboulé. Julia approcha alors d'une démarche chaloupée et elle posa ses mains sur le torse de son époux pour le caresser et déposer un doux baiser sur ses lèvres. Il se laissa faire, posant ses main dans le dos de Julia pour l'attirer contre lui.
-Tu ne portes pas de corset, murmura-t-il dans le creux de son oreille d'une voix emplie de désir.
-Je sais que tu aimes savoir qu'il n'y a qu'un tissu entre tes doigts et ma peau, murmura Julia dans son oreille.
Il ne répondit pas et il embrassa sa nuque tendrement.
-Tu as pris un bain parfumé, souffla-t-il avant de l'embrasser une fois encore à cet endroit si sensible, tu as disposé des bougies dans la pièce toute entière, continua-t-il en caressant les courbes de Julia, que fêtons-nous?
-Et j'ai demandé ton repas préféré, répondit Julia qui perdait doucement pied en resserrant ses bras autour du cou de William sans tenir compte de sa question, maintenant dis-moi William, que souhaites-tu faire? Manger, danser, ou me retirer cette robe?
Il s'éloigna d'elle juste assez pour croiser son regard et lui sourire tendrement.
-J'aime te voir dans cette robe alors je vais encore savourer cette vue quelques minutes, si nous dansions?
Elle acquiesça en souriant et elle s'éloigna de William pour mettre un disque et lorsque la musique s'éleva dans les airs, il la prit dans ses bras à nouveau pour la faire valser dans la pièce. Ils ne se quittaient pas des yeux, voyant tout l'amour et le désir de l'autre dans son regard. Lorsque la musique se termina, ils échangèrent un long et langoureux baiser avant de se mettre à table et de manger tranquillement. William mourrait d'envie de demander à Julia pourquoi elle avait préparé tout ceci ce soir là.Mais une part de lui ne voulait pas le savoir, il voulait simplement apprécier la soirée à sa juste valeur.
Lorsque la porte se referma sur le garçon d'étage qui emportait le reste de repas, William s'approcha de son épouse à nouveau pour la prendre dans ses bras. Elle sentit le torse de William butter dans son dos et elle ferma les yeux en sentant les mains de son époux se poser sur ses hanches et l'attirer contre lui.
-Je crois qu'il est temps que je n'enlève cette robe, grommela-t-il dans le creux de son oreille.
-Pas enco...re, soupira Julia qui luttait de toutes ses forces.
Elle s'éloigna de lui et elle se retourna pour lui faire face. Elle se pencha sur lui pour l'embrasser langoureusement et lui ouvrir son gilet. Elle lui retira, tout comme sa cravate et lorsque William se montra un peu plus pressent à nouveau, elle l'arrêta.
-Je dois te parler de quelques chose William, murmura tendrement Julia.
Il croisa son regard et elle lui prit la main pour le mener au sofa. Il s'y assit et elle s'éloigna dans la chambre pour chercher quelque chose dans sa commode. Elle revint quelques secondes plus tard et elle tendit le paquet à William. Il la regarda avec incompréhension et elle s'assit sur le sofa à ses côtés.
-Ouvre-le, dit-elle simplement.
William s'exécuta aussitôt, fronçant les sourcils en voyant deux petits chaussons en toile reposer dans le creux de sa main. Il leva les yeux vers elle et il vit les larmes couler sur les joues de Julia.
-Je n'ai pas pu me séparer des chaussons de Roland, dit-elle dans un souffle, j'ignorais pourquoi, mais aujourd'hui...je le sais.
-Julia, qu'est-ce...
Il ne termina pas phrase en voyant Julia lui prendre les mains et les poser sur son ventre.
-Roland nous a montré quels parents nous sommes, que nous pouvions aimer notre enfant sans aucune limite. J'ai aimé cet enfant William,infiniment, mais j'aime encore bien plus celui qui grandit en moi à cet instant. Je ne pensais pas aimer davantage que ce que j'ai éprouvé pour ce petit garçon, et pourtant, c'est le cas.
William ne répondit pas, baissant les yeux vers le ventre de Julia sur lequel il avait toujours les mains. Il sentait les doigts de son épouse danser sur les siens et son cœur manqua un battement. Elle attendait simplement sa réaction, en silence. Lorsqu'il releva les yeux vers elle, elle vit les larmes danser dans ses yeux si doux. Elle caressa alors tendrement la joue de William.
-Tu es...enceinte.
-Es-tu prêt pour cette aventure?
-Oh oui Julia, lança William aussitôt, je suis prêt.
Il se pencha vers elle pour l'embrasser passionnément. Elle répondit aussitôt à son baiser, le cœur empli de joie et battant à tout rompre dans sa poitrine. Ce ne fut que lorsqu'ils avaient besoin de reprendre leur souffle qu'ils se quittèrent et posèrent leur front l'un contre l'autre.
-Un bébé, murmura William, nous allons avoir un bébé. Il va falloir racheter toutes les affaires et...
-J'ai gardé ce que nous avions pour Roland, coupa tendrement Julia, je les ai mises dans une cave de l'hôtel. Mais il faudra des affaires pour un nouveau né, je dois être enceinte de deux mois environ, nous avons encore un peu de temps pour tout préparer.
-Tu savais?
-Je m'en doutais, avoua Julia, et même si je n'avais pas été enceinte, je ne pouvais me résoudre à m'en séparer, je pensais qu'un jour peut être, lorsque la douleur aurait disparue nous aurions pu en reparler. J'ignorais que cela allait être aussi tôt. Mais comme on me l'a dit, cet enfant est un don du ciel et ce n'est pas pour cela que nous oublierons Roland.
-Nous ne l'oublierons pas Julia, répondit William en caressant les lèvres de son épouse, nous allons avoir un bébé, répéta William le souffle coupé.
Elle lui sourit et il l'embrassa une fois encore langoureusement. Puis, doucement, la tension monta entre eux. Ils quittèrent le sofa, ils se dirigèrent vers la chambre, William ouvrit la robe de son épouse. Il la prit dans ses bras à nouveau, il l'embrassa, la caressa, la toucha et il l'allongea sur leur lit. Le souffle de Julia était déjà saccadé lorsque William, allongé entre ses jambes, lui caressant tendrement le front et qu'il prit la parole sur ses lèvres, son regard plongé dans le sien et son autre main juste en dessous du nombril de son épouse.
-Je t'aime, murmura-t-il doucement.
-Moi aussi William, je t'aime.
Ils se sourirent, ils s'embrassèrent et ils firent l'amour, heureux, sereins, prêts à commencer une nouvelle aventure, ensembles, tous les deux et leur petit miracle qui grandissait dans le ventre de sa mère.
FIN
