CHAPITRE 2
Kurt rentra chez lui la boule au ventre. Comment le Glee Club avait-il pu toucher le fond à ce point?
Monsieur Schuester, alcoolique... Jamais, au grand jamais il n'aurait pu imaginer une chose pareille! Il se souvenait parfaitement de la détermination dont avait fait preuve son ancien professeur quand il tentait de ramener April Rhodes à la raison.. Il était vrai que son entreprise avait échoué, mais il avait tout de même essayé, et semblait très bien connaître les dangers de l'alcool.. Et pourtant, bien qu'il avait eu la preuve vivante de ses ravages, Monsieur Schuester avait sombré...
Kurt tomba sur son lit, regardant le plafond.
Il ne pouvait pas comprendre ce que le professeur traversait. Il n'en avait aucune idée. Lui-même n'avait jamais été amoureux, n'avait jamais aimé. Il avait bien eu le béguin pour Finn avant que son père rencontre Carole, mais ce n'était pas de l'amour.
Kurt sourit à cette pensée. S'il avait su à l'époque qu'il était attiré par quelqu'un qui deviendrait son frère!
A sa connaissance, Kurt n'avait jamais plu à personne... Il y avait bien eut Mercedes mais Kurt ne savait pas s'il fallait réellement la compter.. Elle avait juste confondu amour et amitié. Il n'aurait jamais rien pu se passer entre eux deux. Mercedes n'était malheureusement pas du bon sexe.. Ce qui n'empêchait pas Kurt de l'aimer de tout son cœur. Il fut envahi d'une bouffée de tristesse quand il se souvint qu'il ne voyait presque plus sa meilleure amie et que ses textos se faisaient de plus en plus rares...
Il réfléchit ensuite à son premier baiser. Au seul qu'il avait jamais reçu. Ses yeux s'embuèrent de larmes.
Il avait toujours imaginé son premier baiser de manière romantique. Sous les étoiles, un soir de pleine lune, près du lac, avec quelqu'un qu'il aimait et qui l'aimait en retour. Mais son rêve avait été brisé par cette brute de Karofsky, ce gay refoulé qui l'avait embrassé dans les vestiaires, celui-là même qui prenait un malin plaisir à le traumatiser à chaque bout de couloir.
Kurt se demanda ce qu'il était devenu. Il avait changé de lycée avant la remise des diplômes, pas longtemps après avoir été élu le roi de la promo avec Kurt...
Le jeune homme rougit de honte à ce souvenir. Ce fut surement le jour où il se sentit le plus seul de toute sa vie... L'humiliation suprême... Il ne s'était cependant pas enfuit, refusant de faire croire à tous les autres qu'il était faible. Il était monté sur cette scène, il avait reçu cette couronne maudite et avait retenu ses larmes autant qu'il en était capable. Ce fut cependant un soulagement pour lui lorsque que Karofsky avait quitté la salle. Il ne se voyait pas danser avec lui, sachant qu'il l'avait embrassé quelques semaines auparavant.
Kurt roula sur le côté et regarda son réveil. 20h15. Souvent Carole l'appelait vers 20h25 pour manger, autant descendre tout de suite.
Il se releva, ne manqua pas de se regarder un moment dans le miroir pour vérifier son apparence et grimaça. Le coup qu'il s'était pris sur le nez devait être plus sérieux que ce qu'il avait imaginé. L'arrête de son nez commençait à se teindre d'une couleur bleuâtre qui ne plaisait pas du tout au jeune homme. Il prit son nez entre deux doigts et tenta de le bouger de droite à gauche, comme il l'avait fait juste après le choc. La douleur était toujours forte mais Kurt était certain que rien n'était cassé.
Pensant tout de même à son apparence et ne voulant pas inquiéter Carole plus que nécessaire, il mit un peu de fond de teint sur le bleu en apparition et entreprit ensuite de descendre dans la cuisine.
En descendant les marches, il pria pour que le fond de teint ne bouche pas trop ses pores. Il ne voulait pas se retrouver avec des boutons plein la figure. Il nota de penser à se démaquiller avant de faire son rituel de crème pour la peau, ce qu'il appelait son skin rite.
"KURT ! ON MANG... commença Carole en bas de l'escalier avant de voir Kurt et de lui sourire. Ah, te voilà! On mange, je t'ai fait du poulet! Content?"
"Tu sais Carole, du moment que c'est de la viande blanche qui ne me fera pas grossir, je suis heureux."
Carole ria, articulant des mots qui ressemblait à quelque chose du type "incorrigible du régime". Kurt n'y prêta pas attention. Il préférait suivre un régime toute sa vie plutôt que de devenir gros et moche. S'il y avait bien une chose qu'il avait appris à la NYADA, c'est que l'apparence définit beaucoup de choses, surtout dans le milieu du spectacle.
Il s'installa à table, en face de Carole et commença à manger son poulet aux petits pois quand Carole poussa un cri. De surprise, il lâcha sa fourchette qui tomba dans ses légumes, envoyant une multitude de petits ronds verts sur le gilet de Kurt. Il grogna. C'était un gilet qu'il affectionnait tout particulièrement!
"Kurt, que t'es-t-il arrivé? demanda Carole, hystérique."
Kurt releva la tête vers sa belle-mère et se retrouva en face d'un visage totalement horrifié, en proie à la peur, l'angoisse, mais aussi à la colère. Pendant une minute, Kurt eut peur de ce qui avait pu mettre Carole dans cet état. Son cœur s'arrêta.
"Ton nez! cria Carole"
Kurt porta la main à son bleu et son cœur recommença à battre lorsqu'il comprit.
La dépression de Carole avait laissé de profondes cicatrices en elle et elle avait souvent tendance à exagérer les choses, surtout quand ça concernait Kurt ou Finn. Dans une de ses lettres, Finn avait laissé entendre qu'il était malade et qu'il ne pouvait plus aller combattre.
Cette fois-là, Kurt avait eu le droit à une crise d'hystérie puissante. Il rêvait encore parfois du visage déchiré de la femme qui veillait à présent sur lui. Ou plutôt, sur qui il veillait depuis quelques années. Son visage était totalement méconnaissable, elle hurlait, lançait des choses à travers la pièce, fracassait des assiettes sur le sol, pleurait. Kurt l'avait prise dans ses bras et elle s'était férocement débattue. Heureusement, elle ne pouvait pas faire le poids contre un jeune homme de dix-huit ans en pleine santé. Il l'avait rapidement neutralisée et elle s'était laissée aller en pleurs dans ses bras.
Une autre fois, elle avait emmené Kurt de force aux urgences, totalement paniquée parce qu'il avait un peu de fièvre.
Les médecins avaient dit à son beau-fils que ce serait probablement un problème qui resterait à jamais. Elle pouvait voir tous les psychologues de l'État, du pays, de la planète entière, rien ne changerait. La mort de Burt l'avait profondément détruite et elle avait à présent peur de perdre ceux qu'elle aimait. C'était comme si elle pensait qu'elle ne pourrait pas survivre à un autre décès d'un être cher.
Alors elle paniquait dès que quelque chose ne tournait pas rond.
Kurt s'empressa de poser sa main sur la sienne, pour la calmer. Au fil du temps, il avait découvert que le contact physique apaisait Carole pendant ses crises.
"Ça vas aller, Carole, chuchota-t-il, je me suis juste pris une porte dans la figure. Ce n'est qu'un vilain bleu, il n'y a rien de cassé...»
Carole retira sa main, se leva et fit le tour de la table pour vérifier d'elle-même l'état de ce nez. Elle le prit en pinces et le tira doucement de chaque côté, comme l'avait déjà fait Kurt. Elle sembla ensuite se détendre un peu.
"Tu as raison, souffla-t-elle. Il n'y a rien de cassé. Mais ce bleu est vilain, même avec le fond de teint que tu as mis dessus!"
"Je crois que c'est le fond de teint qui fait ressortir le bleu, assura Kurt".
Bien sûr, ce n'était absolument pas vrai, mais le jeune homme voulait à tout prix rassurer Carole.
Cette dernière le crut sans hésiter. Son beau-fils était un spécialiste de l'esthétique, de la beauté, des vêtements, du rendu extérieur. Il savait de quoi il parlait.
"Et ta tête? Tu as peut-être une commotion!"
Le travail de Carole était un problème pour Kurt. Étant infirmière, elle connaissait très bien toutes les conséquences possibles de ce genre d'accident.
"Pas de commotion, non plus, la rassura-t-il"
Il vit dans ses yeux qu'elle n'en était pas aussi sûre que lui. Mais le fait qu'elle n'ajouta rien encouragea Kurt. Elle avait moins insisté que d'habitude... Peut-être commençait-elle doucement à guérir.
"Bon, déclara-t-elle, si tu as des vertiges, des nausées ou des hallucinations cette nuit, tu me préviens tout de suite, d'accord?"
L'air pincé de sa belle-mère indiqua à Kurt qu'elle ne plaisantait pas.
Il acquiesça donc d'un signe de tête et entreprit de rassembler les petits pois éparpillés sur la nappe. Carole se rassit en face de lui et lui demanda:
"Comment t'es-tu pris cette porte?"
"J'étais à McKinley aujourd'hui, commença Kurt en ce penchant sous la table pour vérifier qu'il n'avait pas oublié de petits pois par terre, et quand je suis sortis, un garçon qui devait avoir mon âge est rentré. Il a poussé la porte avant moi et je me la suis prise dans la tête. Je n'ai pas eu le loisir de me protéger, le temps que je me rende compte que quelqu'un ouvrait la porte de l'autre côté, j'étais déjà à terre."
Il rassembla les petits pois sur sa serviette qu'il enroula autour.
"Qui était ce garçon? demanda Carole en recommençant à manger"
Le simple fait de la voir porter de la nourriture à sa bouche rassura Kurt. Il le voyait comme un signe de la disparition de son angoisse inutile.
"Je ne sais pas, répondit-il. Je ne l'avais jamais vu avant.. Mais je dois t'avouer que je l'ai trouvé un peu louche."
Carole haussa un sourcil en guise d'interrogation.
"Il avait l'air perdu, continua Kurt. Je me demande même s'il ne s'agissait pas d'un fugueur... Il avait un gros sac avec lui et une barbe de quelques jours..."
"Qu'est-ce qu'un fugueur ferait dans un lycée? C'est le meilleur moyen de se faire retrouver! s'exclama Carole"
Kurt haussa les épaules. À vrai dire, il ne s'était même pas posé la question... Mais plus il y pensait, plus il trouvait que ce garçon... Blaine, se souvenait-il, était louche.
"Je verrai bien demain s'il est toujours au lycée..."
"Pourquoi? Tu retournes au lycée demain? Pour quoi faire?"
Kurt sourit. Avec toute cette agitation, il avait même oublié de lui raconter son entrevue avec Monsieur Schuester et son nouvel objectif.
"Tu vas reprendre le Glee Club?! S'exclama Carole après que Kurt lui ait raconté les événements de la journée."
Kurt lui fit signe que non.
"Je vais seulement les aider. Monsieur Schuester reste le professeur. Je suis... Je suis en quelque sorte son assistant... Ils ont besoin de moi, là-bas. Tu les aurais vu, de vrais gamins démoralisés!"
La sourire de Carole s'élargit et elle posa des yeux tendres sur Kurt. Quand il lui demanda pourquoi elle le regardait comme ça, elle lui répondit:
"Je suis tellement fière de toi, Kurt Hummel. Tu as le cœur le plus grand que j'ai jamais vu"
Kurt sentir son cœur faire un bond dans sa poitrine.
Blaine se tourna de l'autre côté, ses côtes droites lui faisant mal. Malheureusement, il avait oublié où il se trouvait.
Le choc avec le sol lui arracha un petit cri, et sa cheville le lança férocement.
Il ouvrit les yeux et regarda autour de lui. Des tables, des chaises, un tableau noir...
Alors, les évènements de la veille lui revinrent en mémoire.
Il grogna et se releva difficilement. Sa chute lui avait donné un cruel mal de tête. Décidément, rien n'allait en ce moment.
"Ras le bol de cette vie de merde."
Il donna un coup de pied dans son sac, posé par terre. Il le regretta d'abord amèrement, ressentant encore plus la douleur dans sa jambe, mais il remarqua la petite boite qui s'était échappée du sac. C'était une petite boite de ferraille verte, recouverte de graffitis qu'il avait fait tout au long de son séjour en prison.
Il fit quelques pas vers elle, sans la quitter des yeux. Arrivé à sa hauteur, il s'arrêta et la fixa pendant de longues secondes.
Il ne savait pas vraiment quoi faire. Cette boîte avait tellement représenté de choses pour lui, mais maintenant, elle lui rappelait seulement ce qu'il avait perdu... Qui il avait perdu...
Il s'assit en tailleur devant, toujours sans la toucher.
Cette boîte faisait partie de lui. Depuis quatre ans, elle était devenue le reflet de son âme. Elle avait connu ses joies, ses peines, ses galères... Elle l'avait connu Lui... C'était Lui qui lui avait offert. Blaine l'avait emmenée en prison, espérant que cette boîte puisse être un substitut de celui qu'il avait aimé si passionnément. Mais en allant en prison, il ne pensait pas qu' Il l'aurait oublié. Il pensait quand même Le voir, au parloir ou alors juste recevoir des lettres. Quand il avait été transféré d'une prison pour mineurs à une prison pour majeurs, il avait cru Le voir, se cachant dans les bois pendant que lui était dans la voiture, entouré de deux flics, les menottes au poignet. Mais le jeune homme savait que c'était improbable.. Il savait que ce n'était pas Lui. Mais il avait préféré croire à son mensonge plutôt que de souffrir en acceptant le fait qu'Il l'ait oublié.
Il ne lui restait de Lui que cette boite, ce simple coffre de ferraille qui avait sauvé Blaine de la folie tant de fois...
Flash Back
"Anderson!"
Blaine cacha la boîte sous le matelas de son lit et s'assit dessus. Il entendit le cliquetis du cadenas et la porte s'ouvrit doucement avec un grincement sinistre. Le visage d'Haley, la gardienne de prison apparut dans son champs de vision.
Elle était le stéréotype même de ce que les personnes du Dehors, ceux qui n'étaient pas en prison, pouvaient penser des gardiennes de cellules. Les cheveux courts, le visage carré avec un embonpoint sévère... On aurait pu croire qu'Haley avait laissé sa féminité aux portes du bâtiment.
"C'est l'heure de manger, viens"
Son ton dédaigneux, autoritaire et froid ne gênait même plus Blaine. Ça faisait près de trois mois qu'il avait atterri dans cet endroit sinistre et qu'Haley était chargée de le surveiller. Cependant, Blaine n'avait jamais compris pourquoi on lui assignait un gardien alors que les autres prisonniers n'en avaient pas.
Dans son ancienne prison, celles des mineurs, la vie était plus facile. Son gardien, Cherley, ne le traitait pas avec beaucoup plus de sympathie mais il s'y sentait plus libre. Sous prétexte qu'il avait moins de dix-huit ans, les dirigeants de son ancienne prison ne pouvaient pas lui faire subir ce qu'il subissait ici. Là-bas, il n'avait pas une cellule totalement fermée. Bien sûr, il y avait des barreaux, mais pas cette lourde porte laissant à peine passer la lumière. Le seul contact qu'il pouvait avoir avec l'extérieur dans cette pièce froide était la minuscule fenêtre, protégée par ces tubes épais de fer, qui donnait sur la campagne. Sur la liberté.
La seule amélioration qu'il avait notée en venant ici était le fait qu'il était seul dans sa cellule. Dans la prison pour mineurs, il avait été obligé de partager son quotidien avec un jeune homme d'un an plus jeune que lui. Un véritable délinquant qui n'avait jamais voulu lui avouer ce qu'il avait fait pour se retrouver au trou.
C'était aussi une chose qui lui manquait de son ancienne prison: l'anonymat. La minorité le protégeait avant, il n'était pas obligé de donner la raison de son placement à l'ombre. Mais à présent, il n'avait plus le choix. C'était comme s'il se promenait avec un brassard sur le bras, marqué de son crime. Un crime que Blaine avait toujours nié en boucle. Pourtant, il avait vu les vidéos lui-même, il n'avait pu que constater les faits lors de son procès. Mais il ne se souvenait de rien de cette nuit-là. Il ne savait pas où il se trouvait. Comme un grand trou noir. Les juges avaient fait passer ça pour les effets de l'alcool et de la drogue. Pourtant, Blaine n'avait jamais rien pris. Ça avait détruit son frère, jamais il ne laisserait une chose pareille lui arriver. Mais il ignorait pourquoi sa mémoire refusait de fonctionner pour cette nuit-là et pourquoi il aurait fait ce pour quoi il avait été enfermé...
Blaine se leva et Haley lui prit l'avant-bras. Le jeune homme gémit. Sous son T-shirt de détenu, sous cette main qui le serrait atrocement, il y avait un bleu, d'une horrible couleur violette qui virait au jaune. Ce bleu, Blaine l'avait depuis trois mois. C'était Haley, avec sa poigne, qui lui avait fait, et qui l'entretenait plusieurs fois par jour, quand il devait aller manger ou participer aux activités de la prison. Activités qui d'ailleurs consistaient seulement à de la musculation.
Blaine ne dit rien. Il avait abandonné tout espoir d'adoucir un peu cette femme. Il se laissa donc entrainer avec elle à travers les couloirs.
Arrivé devant la porte blanche, son ventre se noua.
Il appréhendait chaque repas, de chaque jour.
J'espère qu'il ne sera pas là, se dit-il à lui-même.
Haley poussa la porte, et son regard embrassa ce qu'ils appelaient la cafétéria.
Blaine avait eu l'occasion de fréquenter une cafétéria, celle de la Dalton Academie. Il pouvait donc assurer que cette salle n'en était pas une.
Haley le poussa à l'intérieur et laissa la porte se refermer sur eux.
Toutes les conversations se turent.
Depuis son arrivée, Blaine recevait ce traitement. Ce silence assourdissant à chaque fois qu'il passait quelque part.
Il n'avait pas connu ça dans la prison pour mineurs et ne comprenait pas ce qui poussait les gens à se taire dans cette prison-ci, sous prétexte qu'il avait pénétré dans la pièce.
Et après le silence, les chuchotements.
La centaine de détenus reprenait la conversation qui durait depuis trois mois et qui avait pour sujet Blaine. Mais le jeune homme ne savait pas ce qu'ils disaient tous sur lui. Il n'avait jamais pu entendre ne serait-ce que des brides de conversations. Il avait donc essayé de sonder les regards des autres. Dans beaucoup, il avait vu de la curiosité, dans d'autre de la pitié et dans d'autre encore de la peur... Tout ça n'avait aucun sens pour lui.
Il n'y avait qu'une seule personne qui ne lui administrait pas ce traitement de faveur.
"Eh Bouclette!"
Le cœur de Blaine se serra et il énuméra tous les endroits de son corps qui n'avaient pas encore guéris. Son ecchymose sur l'omoplate, sa plaie sur la joue, son doigt qui devait être cassé, sa côté fêlée, son œil au beurre noir...
Haley lâcha son bras et Blaine rajouta une blessure à la liste déjà bien longue.
Il entendit des pas se rapprocher et tourna la tête.
C'était bien lui, il ne s'était pas trompé. Les battements de son cœur se firent plus insistant.
"Qu'est-ce que tu veux Drake? demanda Blaine en levant légèrement le menton, comme à tous les repas"
Il tentait de contrôler sa voix, de l'empêcher de partir dans les aigus, ou de trembler parce qu'au fond de lui, il était mort de peur. Il entendait les coups de la dernière fois résonner dans son cerveau.
Le colosse s'avança jusqu'à lui et posa sa main sur son épaule, la broyant au passage.
"Savoir comment tu te sens depuis qu'on à... "joué", ce matin, fit-il en souriant, découvrant sa lignée de dents jaunes et déchaussées, surement à cause du tabac que Blaine l'avait déjà surpris à fumer"
Blaine tenta de ne pas laisser transparaître sa douleur. Plus Drake savait qu'il avait mal, plus il voulait le faire souffrir.
Le jeune homme ne répondit pas et le silence retomba une nouvelle fois dans la salle. Tous les visages étaient tournés vers eux. Blaine vit Haley reculer et sortir discrètement. Il avait envie de lui hurler à la figure de faire son boulot, de ne pas s'enfuir comme une petite fouine apeurée! De ne pas le laisser dans ce merdier comme elle le faisait tout le temps.
Mais d'un autre côté, il ne pouvait pas lui en vouloir. Elle était la seule représentante de l'ordre dans la salle et elle savait qu'après Blaine, ce serait son tour si elle restait.
"Alors Bouclette, repris Drake. Comment ça vas?"
Blaine planta ses yeux dans les siens. Il voulait paraitre brave, même si au fond il était complètement terrifié.
C'est alors que le premier coup partit.
Blaine entendit un crack sinistre avant que la douleur ne vienne. Son nez se mit à perdre des flots continuels de sang. Puis, la douleur fit son apparition. Comme si on avait enfoncé des lances enflammées dans chacune de ses narines et que le feu remontait jusque dans ses sinus. Il serra les dents, retenant un gémissement.
Il reçut un coup dans l'abdomen et se plia en deux, le souffle coupé. Son regard se voila et ses yeux s'humidifièrent. Il eut un réflexe de nausée mais retint son petit déjeuner en lui. Il était encore assez lucide pour penser à sa fierté.
Il essaya de riposter, d'envoyer un coup de poing, un coup de pied ou de coude. Mais Blaine n'avait jamais été quelqu'un de bagarreur. Au lycée, bien que les gens parlaient derrière son dos et qu'il se comportait en vrai connard avec les filles, il n'avait jamais eu la réputation de quelqu'un de violent.
Faute d'entrainement, tous les coups ratèrent leur cible.
Le pied de Drake frappa ses jambes et il tomba à genoux sur le sol.
S'en était alors finit de lui. Il n'était plus rien. Il n'était plus qu'une masse de douleur et de rage. Le vrai Blaine était partit, il ne pensait plus, ne faisait plus rien. Il n'y avait plus que la douleur qui comptait.
Un coup de poing s'écrasa sur le haut de son crâne et il ne put s'empêcher de lâcher un cri. Sa tête hurlait, il voyait flou et sentait les larmes salées qui se rependirent sur son visage, se mélangeant avec le sang, le tout donnant un gout de sel mêlé de rouille sur ses lèvres. Il entendit alors, à travers le voile de douleur, le rire féroce de Drake.
"Ah, tu aimes ça Bouclette!"
Il reçut un second coup, au même endroit que le précédent.
Pendant une seconde, Blaine eut peur que son cerveau ne sorte par ses oreilles, sa bouche ou son nez si Drake continuait. A l'intérieur de sa tête, il n'y avait plus qu'une masse de nerfs qui criaient leur douleur. Les oreilles de Blaine sifflaient et sa main avait ripé sur son nez, aggravant surement la fracture.
Un troisième coup acheva de libérer toute la douleur que Blaine gardait en lui. Un cri déchirant s'échappa de ses lèvres.
Il n'entendait plus rien, ne voyait plus rien. Il ne savait plus ce qu'il se passait, ni pourquoi.
A partir du quatrième coup, son cerveau se brouilla.
Aujourd'hui encore, il était incapable de dire ce qui s'était passé après ce fameux quatrième coup. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il n'était pas tombé dans les pommes… Et que quelque chose s'était passé après ça. Mais personne n'a jamais voulu lui dire par la suite, se contentant de lui jeter un regard effrayé et de tourner les talons en marmonnant une excuse bidon.
Il se réveilla dans sa cellule. Il ouvrit un œil, puis deux. Bougea les extrémités de son corps, ses doigts, ensuite ses pieds. Il tenta de faire des ronds avec ses poignets et ses chevilles. Aucun de ces endroits ne semblait touché.
Puis, la douleur se réveilla. Il grogna férocement et voulu porter la main à son nez.
C'est à ce moment qu'il se rendit compte qu'il était menotté à son lit. Il tira sur les menottes, pensant à une mauvaise blague. N'était-il pas déjà assez enfermé comme ça? Pourquoi fallait-il en plus qu'ils l'attachent?
Il tira pendant une bonne heure, serrant des dents pour faire face à la douleur qui dominait tout son être. Quand il sentit un liquide chaud couler le long de son poignet, il stoppa ses efforts. La menotte avait entaillé la peau fragile de son poignet.
Au même moment, Haley entra dans la cellule, la mine fermée et... apeurée. Mais de quoi pouvait-elle avoir peur? Blaine avait toujours été un détenu doux, qui ne faisait de mal à personne!
"Ça vas mieux? demanda-t-elle d'une voix douce."
Blaine haussa un sourcil. Haley et douce n'étaient pas deux mots qui allaient ensemble... Que c'était-t-il passé après ce quatrième et terrible coup? Il avait raté un épisode.
"Euh... J'ai mal. Partout. Et... Pourquoi suis-je menotté?"
Elle le regarda avec un visage bizarre, comme si elle le prenait pour un idiot. Puis, son visage s'illumina.
"Tu ne te souviens pas?"
"De mon agression quotidienne? Si, si, j'en ai de très bon souvenirs même! Grinça-t-il entre ses dents."
Haley avait une figure étrange... Blaine eut encore l'impression d'avoir rater quelque chose d'important.
"Que s'est-il passé?, demanda-t-il"
"Rien de grave..."
Son ton fuyant hurlait qu'elle mentait.
"Pourquoi suis-je menotté? répéta-t-il"
"Pour ne pas être un danger pour toi et pour les autres"
Haley se pencha et lui enleva les anneaux de métal, ignorant royalement la coulée de sang qui giclait par terre.
Blaine s'assit difficilement sur sa couchette, son corps endoloris hurlant de douleur à chacun de ses mouvements. C'était surtout dans la tête qu'il avait le plus mal, comme si un tambour prenait un malin plaisir à raisonner à chaque pulsion de sang irriguant son cerveau. Ignorant la douleur devenue familière, Blaine pris ses poignets dans chaque main et se les frotta pour enlever la sensation de brulure. Avant qu'il n'ait eu le temps de relever la tête, il entendit la lourde porte se refermer, et des pas s'éloigner.
Il n'avait même pas eu le temps de demander à Haley pourquoi il représenterait un danger...
Il haussa les épaules, se promettant de lui demander la prochaine fois qu'il la verrait.
Il souleva son matelas et sorti la petite boite verte. Il la caressa doucement, l'ouvrit, et prit un stylo noir qu'il avait caché dedans, avec tant d'autres choses qui comptaient pour lui.
Il referma la boîte et ouvrit le crayon. Il savait ce qu'il voulait écrire. Il aimait écrire sur cette boîte, c'était comme s'il Lui envoyait un message. Une façon de donner de ses nouvelles.
Ce jour-là, il ne marqua qu'une seule chose sur la ferraille verte:
« Hurt »
Fin du Flash-Back
Blaine caressa la ferraille froide de la boîte verte. De ses yeux, il chercha ce mot. Ce mot qui avait sonné son changement quand il était en prison. Il y était toujours. Ce "Hurt", écrit d'une main tremblante.
Après cet évènement, Blaine avait tout abandonné, y compris lui-même. Il avait laissé derrière lui ce qu'il avait d'humanité et s'était amputé de son cœur en devenant un monstre. Le Blaine doux et conciliant qu'il avait toujours été fut remplacé par un Blaine plus sombre, sans sentiments, violent... C'était la seule façon de survivre dans cette prison.
Il n'avait plus rien laissé passer à Haley. Elle ne refit plus jamais de bleu sur son bras après qu'il l'ait frappé violemment le lendemain, lui collant un œil au beurre noir pendant une semaine. Blaine se souvenait du remord qui l'avait envahi en voyant le regard hébété de sa gardienne mais il s'était vite souvenu de balayer ses émotions. Petit à petit, son cœur était devenu de glace.
Oh, il s'était encore fait frappé par Drake, mais il avait renvoyé les coups. Chaque coup de pied qu'il recevait était un coup de pied envoyé. Chaque coup de poing était une droite reçue pour l'autre. Les premières fois, ses coups restaient hésitants, et manquaient souvent Drake. Il avait alors décidé de participer beaucoup plus activement aux activités et s'y était sculpté le corps qu'il avait à présent. Un corps musclé, robuste et en total forme physique. Il avait travaillé sa force, et sa tactique.
Et un jour ses efforts avaient payés. Ce fut Drake qui fut envoyé dans sa cellule, inconscient. Blaine ne l'avait plus jamais revu.
D'après les échos qu'il avait reçus, il avait demandé à être transférer dans une autre prison. Sa requête avait été facilement acceptée: il posait beaucoup trop de problèmes dans celle-ci.
C'est ainsi que Blaine devint le maître des lieux.
C'est ainsi qu'il perdit tout ce qu'il pouvait d'avoir d'humain en lui.
Sauf cette petite boîte verte, qui devenait de plus en plus indispensable au fil des jours. Plus Blaine devenait un monstre, plus il en avait besoin. Pour se rattacher à quelque chose.
Blaine soupira. C'était il n'y a pas si longtemps tout ça. Il savait qu'il ne s'était toujours pas retrouvé lui-même, mais il doutait d'y arriver un jour. Il s'était perdu. Plus rien ne le ramènerait.
A part peut-être cette boîte verte...
Blaine se demanda s'il aurait aussi mal-tourné s'Il ne lui avait pas tourné le dos. Peut-être ne serait-il pas devenu le monstre que la prison l'avait forcé à devenir en quelques semaines. Mais, dans ce cas-là, peut-être qu'il n'aurait pas réussi à survivre à son incarcération...
Blaine secoua la tête. Il s'était pourtant juré, là-bas, derrière les barreaux qu'il ne voulait plus penser à Lui, que c'était fini et qu'il devait tourner la page. Ça s'était révélé plutôt facile quand le jeune homme ne pensait qu'à frapper tout ce qui bougeait.
Tout ça n'est pas si loin.. Seulement depuis quelques jours…
C'était incroyable comment la liberté lui avait rendu un peu de son humanité. Mais il sentait, au fond de lui, qu'il était toujours le connard violent qui régnait en prison.
Enfin… L'était-il vraiment où était-ce plus facile de vivre ainsi ?
" Faible, murmura-t-il entre ses dents"
A quoi pensait-il ? Il devait oublier tout ça…
Blaine lâcha un autre soupir et fourra la boite dans son sac. Il était encore tôt mais les élèves du lycée n'allaient pas tarder à arriver, et Blaine ne voulait pas qu'on le trouve ici. Il s'était trouvé un endroit où dormir qui n'était pas à la belle étoile, il n'allait pas lâcher cette opportunité. Il avait juste besoin de trouver un endroit pour la journée et il reviendrait le soir.
Et il devait trouver à manger...
Une idée germa alors dans son esprit.
Il s'empressa de mettre son sac sur le dos en se relevant et sorti de la salle en claudiquant, en ayant pris soin de remettre les meubles à leur place pour que personne ne soupçonne rien.
Il ne savait pas par où aller, mais son expérience du lycée lui avait appris que la cantine n'était pas très dure à trouver, souvent au centre du bâtiment.
Il eut cependant du mal à la trouver et ce ne fut qu'au bout de dix minutes qu'il poussa la porte des cuisines.
Il devait se dépêcher, l'aiguille tournait, les professeurs arriveraient bien tôt.
Il rentra en trombe dans la pièce et commença à fouiller un peu partout. Il trouva par ci par là des morceaux de chocolat, des palettes de jambon blanc, un étalage de gâteau sous cellophane...
Blaine ouvrit son sac à toute vitesse et y fourra tout ce qu'il pouvait trouver et referma vite la fermeture éclair.
C'est alors qu'il entendit des pas dans le couloir. Son cœur s'emballa et il balança son sac sur son épaule, ce qui lui fit d'ailleurs un peu mal. Il avait dû se faire mal en tombant des tables...
Le bruit s'éloigna et Blaine poussa la porte. Il regarda à droite et à gauche. Le couloir était désert. Il sortit doucement des cuisines et referma précautionneusement la porte derrière lui, pour ne pas faire de bruit. Il passa la main dans ses boucles brunes et ramena son sac sur ses deux épaules. Il n'avait plus qu'à sortir sans être repéré.
Seulement, il n'avait aucune idée de quelle direction emprunter...
Pour un criminel, il se trouvait bien nul en fuite. Si seulement il avait pu courir comme il l'avait toujours fait... Saloperie d'entorse!
Il opta pour le côté gauche et s'engagea dans le couloir. Il commençait à entendre du bruit un peu partout, pas des bruits proches mais plutôt un bourdonnement, qui annonçait le réveil du lycée. Les gens commençaient à arriver.
Et lui était toujours là.
Il repassa la main dans ses cheveux et se mordit les lèvres. Il aurait dû partir bien plus tôt, dans quel galère s'était-il encore fourré?
Il s'arrêta à un nouvel angle, cherchant sa direction. Il essayait de se rappeler par où il était venu. Mais, n'était-il pas déjà passé par là? Cette affiche pour l'assemblée des élèves lui disait quelque chose... A moins que ce ne soit pas ici qu'il l'avait vu...
Blaine se prit la tête dans les mains.
Merde, merde, merde!
"Eh toi!"
Son cœur fit un bon et il se retourna.
Un vieil homme dégarni, en costume se tenait à seulement quelques mètres de lui. Pas question de fuir. Avec un peu de chance, il arriverait à se faire passer pour un élève.
Enfin, c'était peu probable vu la dégaine qu'il avait...
"Qui es-tu?"
"Blaine."
Il pensa que c'était préférable pour lui de ne pas mentir. Ça éveillerait moins de soupçons chez l'homme.
"Tu es perdu on dirait..."
La voix de l'homme n'avait pas l'air menaçante. Au contraire, elle était plutôt douce et conciliante.
"Oui."
L'homme leva un doigt en l'air.
"Je parie que tu cherches le Glee Club! J'ai entendu dire qu'ils avaient une réunion ce matin mais que ce n'était pas dans leur salle de chant habituel... Encore un caprice de Schuester... Depuis qu'Emma l'a quitté il fait n'importe quoi."
Blaine acquiesça, comme s'il savait de quoi parlait le vieil homme.
Ce dernier le prit par l'avant-bras, le faisant sursauter. Un flash passa devant ses yeux.
Haley.
Tout son corps se contracta à ce contact et un voile rouge tomba sur ses yeux. Il serra les poings, les dents et canalisa toute l'énergie dont il était capable dans son bras encore libre, il réfléchissait sur la façon de faire le plus de mal... Peut-être qu'en le contournant par la droite il pourrait...
"J'espère que ce petit Kurt réussira à redresser la barre, soupira l'homme."
Sa voix ramena Blaine à la réalité. Il n'était pas en prison, personne ne voulait lui faire de mal, tout ce qu'il avait à faire c'était de jouer la comédie et tout ce passerait bien. Il desserra son poing, doigt par doigt et laissa l'énergie accumulée repartir dans son corps. Ses muscles de débandèrent.
Kurt? Ce n'était pas celui que Blaine avait blessé par accident la veille?
"Enfin, il a gagné les nationales une fois, il sait ce qu'il fait... Remarque, il y a trois ans, je pensais que Will savait ce qu'il faisait aussi..."
Blaine laissait l'homme monologuer sans vraiment faire attention à ce qu'il disait. Tout ce qui l'inquiétait, c'était ce Kurt. Il espérait qu'il ne soit pas à l'endroit où l'homme l'emmenait, sinon, il aurait de grandes chances de se faire démasquer...
Mais, peut-être que s'il le frappait maintenant, assez fort pour qu'il tombe dans les pommes, il pourrait...
"Voilà, c'est ici, déclara l'homme en montrant un porte opaque, fier de lui."
Il fit un grand sourire à Blaine et lui tapa sur l'épaule. Ce dernier se raidit à ce contact.
"Bonne chance gamin."
Il tourna les talons et Blaine se retrouva devant la porte tout seul. Une chance que l'homme ne l'ait pas forcé à entrer, il pourra facilement partir sans que personne ne s'en rende compte.
Des rires retentirent derrière lui et il se retourna. Un groupe de jeunes arrivait dans sa direction. Il allait prendre ses jambes à son coup, prit appui sur son pied...
Il avait oublié sa cheville. La surprise, plus que la douleur lui arracha un petit cri. Toutes les têtes se tournèrent vers lui.
Kurt regardait toutes les partitions qu'il avait posées sur le piano. Parmi elles se trouvaient les deux chansons qu'ils allaient choisir pour les régionales.
Kurt voulait des chansons spéciales, des choses qui sortent de l'ordinaire. Les New Direction avaient été oubliés, il fallait qu'ils reviennent comme une tempête dans le monde de la musique. Le grand come-back des New Direction avait sonné.
Cependant, Kurt n'arrivait pas à se décider. Il avait une liste de chansons possibles mais n'arrivait pas prendre de réelles décisions. C'est donc pour ça qu'il avait décidé de réunir les élèves du Glee Club tôt ce matin-là, pour qu'ils puissent choisir des chansons qu'ils pourraient répéter pendant le cours de l'après-midi.
Seulement deux chansons connues suffisaient, Kurt comptait faire un coup de tonnerre pour la troisième.
Une composition originale.
Ça avait plutôt bien marché quand c'était lui qui était dans le Glee Club. D'accord, "Pretending" ne les avait pas fait gagner mais c'était la faute de Finn et Rachel. C'est leur baiser stupide qui avait tout fait rater.
Kurt soupira. Ça faisait près de quatre ans et il ressassait un stupide baiser. Et d'un côté, il était obligé de s'avouer à lui-même qu'il aurait aimé que quelque chose comme ça lui arrive, à lui aussi.
Il entendit du grabuge derrière la porte qui donnait dans le couloir et marcha jusqu'à elle. Les premiers élèves devaient être arrivés.
Il poussa la porte.
En effet, les élèves étaient arrivés mais parmi eux...
"Blaine?"
Blaine se retourna. Il reconnut Kurt et se mordit la lèvre. Il était foutu
Il remarqua aussi au passage le bleu, tant bien que mal dissimulé sous une couche de fond de teint..
"Qu'est-ce que tu fais encore ici? lui demanda Kurt"
Peut-être que le vieil homme avait manqué d'intelligence mais ce n'était pas le cas de Kurt: il savait très bien que Blaine n'était pas un élève.
"Je suis..."
Blaine ne savait pas quoi répondre... Il lui fallait une bonne excuse. Malheureusement, elle ne venait pas.
"S'il te plait, Kurt"
Non mais c'est quoi ce ton suppliant? Ça ne te ressemble pas Anderson! Pensa Blaine.
Mais après tout, n'avait-il pas appris en prison à être capable de tout pour arriver à ses fins? N'était-il pas parfaitement apte à jouer la comédie pour atteindre son but?
Kurt ne comprenait rien, à part que Blaine n'avait rien à faire là et qu'il le savait. Mais il semblait avoir besoin de rester ici. Le jeune homme ignorait pourquoi mais face à ses yeux vert noisette qui le suppliaient de ne pas le mettre dehors, il accepta d'un signe de la tête.
Les autres élèves rentrèrent dans la classe, les laissant seuls tous les deux.
"Tu es censé être qui? demanda Kurt"
Blaine haussa un sourcil. Ce Kurt en avait dans le cerveau.
"Un élève... chuchota-t-il"
Kurt eut un rictus.
"Très convaincant! Ironisa-t-il."
Blaine crut à ce moment que Kurt allait le dénoncer et le mettre à la porte. Pourtant il n'en fit rien, mais se poussa et lui fit signe d'entrer.
"Bienvenue au Glee Club! annonça-t-il d'une voix forte."
Blaine comprit que c'était pour fausser les pistes. Kurt était de son côté, il le protégerait.
L'idée d'être protégé était plutôt déplaisante pour Blaine, mais il n'avait pas d'autres alternatives... Il ne pouvait pas à tous leur mettre un coup de poing bien placé et s'enfuir. Et il avait une dette envers Kurt.
S'il y avait une chose que Blaine avait appris en prison, c'était le sens de l'honneur.
Kurt lui fit signe d'aller s'asseoir sur une chaise qu'il avait disposé autour du piano et Blaine s'exécuta. Kurt lui, s'assit derrière le piano.
"Monsieur Schuester viendra? demanda une élève assez petite avec un appareil dentaire"
Blaine ricana. Il avait vraiment l'impression d'être de retour trois ans en arrière, à l'époque du lycée.
"Non, dit Kurt. Cette séance est juste pour nous. Monsieur Schuester m'a chargé du choix des chansons et j'ai besoin de votre aide. De plus, j'ai besoin de faire connaissance avec vous. Je connais déjà Gladys et Thomas, mais ce n'est pas suffisant. Vous n'êtes pas seulement les New Direction, vous êtes des personnes uniques qui méritent d'être connues et écoutées."
Blaine haussa un sourcil. Les New Direction? Il se trouvait dans cette chorale pourrie?
Il regarda les gens autour de lui. Malgré le fait qu'il n'était plus au lycée, il savait reconnaitre les losers et les stars. Il y avait un garçon gothique, une fille obèse, une autre avec son appareil dentaire, un garçon ou... une fille, Blaine n'arrivait pas à se décider, qui empestait le fromage...
Alors la rumeur ne mentait pas. Les New Direction formaient une chorale de parfait ratés.
Pourtant ils avaient battus les Warblers plus d'une fois quand il était encore au lycée... Il se souvenait encore de comment Il n'était pas bien ces jours-là... Chanter, la chorale, les Warblers, c'était toute Sa vie. C'était ce qui plaisait à Blaine, le fait qu'Il avait des rêves et qu'Il s'y accrochait, quoi qu'il arrive.
Kurt regarda les têtes assises en face de lui. Il espérait vraiment que chacun était une petite graine de star. Pour sortir la chorale du trou, il aurait besoin de tous les atouts nécessaires.
Il regarda Blaine qui dévisageait les autres élèves.
Ce garçon l'intriguait de plus en plus. Que faisait-il ici? N'était-il pas sorti depuis la veille? Et puis, pourquoi vouloir se faire passer pour un élève? Surtout quand ça se voyait comme si c'était inscrit au fer rouge sur son front qu'il n'en était pas un?
Qui était-il?
Et pourquoi avait-il décidé de l'aider? Carole avait raison, Kurt avait un grand cœur mais il avait peur que cette qualité cause sa perte. Il ne pourrait pas aider tous les mecs bizarres qui croisaient son chemin.
En tous cas, Kurt espérait qu'il savait chanter. Il comptait les faire tous passer un à un, pour juger leur niveau et Blaine ne pourrait pas échapper à la règle s'il voulait que sa couverture soit crédible.
Les autres élèves ne mirent pas longtemps à arriver et ils se retrouvèrent bien vite au complet.
"Bon, commença Kurt. Je me présente, je suis Kurt Hummel et comme certain le savent, j'ai été élève ici, il y a quelques années. J'ai fait partie des premiers inscrits quand le Glee Club a été ressuscité de ses cendres par Monsieur Schuester. J'ai chanté deux ans en tant que membre du groupe. Et par deux fois nous avons mené le groupe aux nationales. La deuxième fois, nous avons gagné."
Les applaudissements affluèrent, mais Blaine ne bougea pas. Il sentit une rage puissante naître en lui. Alors comme ça, ce Kurt faisait partit de ceux qui avait détruit Ses rêves.
"Je suis maintenant là pour remettre le Glee Club sur les rails, continua-t-il. Il faut que vous sachiez que ça ne va pas être facile. Il va falloir beaucoup de travail, de la part de tout le monde."
Toutes les petites têtes acquiescèrent en signe d'approbation. Kurt sourit. Il pouvait lire au fond de leurs yeux la nouvelle flamme de détermination qu'il implantait en eux. Ils gagneraient ces régionales. S'ils gardaient l'espoir, ils gagneraient.
Son regard s'arrêta sur Blaine. Dans ses yeux à lui aussi il put voir une flamme, mais ce n'était pas la même que les autres... Kurt n'en comprit pas le sens.
"Tout d'abord, je propose que chacun nous fasse une petite démonstration de ce qu'il sait faire. D'accord?"
Kurt fut heureux de voir que sa proposition fut acceptée à l'unanimité. Il jeta un coup d'œil à Blaine, s'attendant à le voir complètement outré, ou paniqué. Pourtant, il n'en était rien. Son expression n'avait pas changée.
Chaque élève passa, l'un après l'autre. Kurt jubilait. Les voix qu'il avait entendues étaient toutes exceptionnelles, toutes différentes mais toutes magnifiques dans leur registre. Dans sa tête se formait déjà des idées de mash-up, de chansons que celui-là devait chanter, peut-être en duo avec celle-là... Il voyait beaucoup plus loin que les régionales. Il voyait des possibilités infinies.
Puis, ce fut le tour de Blaine. Ce dernier savait qu'il allait passer, il le devait, pour jouer son rôle. Il savait qu'il chantait plutôt pas mal, mais passer en dernier, après tous ces petits losers débordant de talent, il devait bien le reconnaitre, ne l'enchantait pas...
"Blaine, fit Kurt quand ce fut à son tour, qu'est-ce que tu vas nous chanter?"
Kurt était incroyablement mal à l'aise, peut-être même plus que Blaine.
"J'aurai besoin du piano, dit simplement Blaine"
Kurt, surpris, se poussa du banc où il était assis pour laisser Blaine prendre sa place. Ce dernier s'assit et regarda toutes les touches. Il les effleura et ferma les yeux. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas touché un piano. Il n'était même pas encore sûr de savoir y jouer.
Puis, ses doigts composèrent les premières notes de la chanson. Juste quelques notes, simples notes qui le firent frissonner.
You think I'm pretty without any make-up on
Sa voix vibra sur les premières notes. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas chanté. Il avait oublié comment on faisait
You think I'm funny when I tell the punch line wrong
I know you get me, so I let my walls come down, down
Kurt n'en revenait pas... Cette voix. C'était de la pure magie, ce n'était pas possible. Il n'avait jamais entendu ça
La musique s'arrêta un instant, un seul instant ou Kurt et Blaine étaient en union total avec la musique. Puis, Blaine recommença à appuyer sur les touches
Before you met me, I was a wreck
But things were kinda heavy, you brought me to life
La voix de Blaine commençait à partir, il était pris par la musique, ses doigts jouaient tout seul.
Now every February you'll be my valentine, valentine
Let's go all the way tonight
No regrets, just love
We can dance until we die
You and I, we'll be young forever
Un nouvelle pause où Kurt dû se souvenir de respirer.
You make me feel like I'm living a teenage dream
The way you turn me on, I can't sleep
Blaine n'était plus là, ce n'était plus le même. Il n'y avait que ses doigts sur le piano et sa voix qui résonnait dans la salle. Personne ne parlait, tout le monde l'écoutait, la bouche bée.
Let's runaway and don't ever look back
Don't ever look back
My heart stops when you look at me
Just one touch, now baby I believe
This is real, so take a chance
And don't ever look back, don't ever look back
We drove to Cali and got drunk on the beach
Got a motel and built a floor out of sheets
I finally found you, my missing puzzle piece
I'm complete
Blaine était perdu, ne comprenait plus rien, sa voix partait, sans qu'il sache où sans qu'il sache pourquoi. Le piano avait emprisonné ses doigts, la musique l'avait ensorcelé.
Let's go all the way tonight
No regrets, just love
We can dance until we die
Kurt aussi était ensorcelé... Comment une voix aussi divine pouvait-t-elle exister?
You and I, we'll be young forever
Blaine partait, partait loin.
You make me feel like I'm living a teenage dream
The way you turn me on, I can't sleep
Let's runaway and don't ever look back
Don't ever look back
Kurt le suivait dans son voyage. Ils avaient tous les deux changés de planète.
My heart stops when you look at me
Just one touch, now baby I believe
This is real, so take a chance
And don't ever look back, don't ever look back
La mélodie changea, les doigts de Blaine s'énervèrent sur les touches noires et blanches.
I'ma get your heart racing in my skin-tight jeans
Be your teenage dream tonight
Let you put your hands on me in my skin-tight jeans
Be your teenage dream tonight
A ce moment, Blaine ne reconnut plus la musique. Ce n'était pas la chanson de Katy Perry. C'était la sienne.
Il ressentait des frissons dans tout corps, des papillons dans son ventre, une force viscérale qui lui faisait ouvrir la bouche pour sortir ses notes. Il avait presque mal à l'intérieur de lui.
Où était son rêve d'adolescent à lui ? Était-ce celui à qui il pensait encore parfois ou quelqu'un d'autre ? Un autre garçon qui l'aiderait à oublier. Qui l'aiderait à ramener l'ancien lui, en qui il puiserait la force de se battre contre ses souvenirs. Enfin.
You make me feel like I'm living a teenage dream
The way you turn me on, I can't sleep
Let's runaway and don't ever look back
Don't ever look back
My heart stops when you look at me
Just one touch, now baby I believe
This is real, so take a chance
And don't ever look back, don't ever look back
Qui était l'interprète original? Kurt ne savait plus...Enfin.. Si, ça ne pouvait être que Blaine. Il déjà vu des gens chanter avec leurs tripes, pas plus tard que la veille. Mais Blaine dépassait tout ce que Kurt avait déjà vu. Un peu comme si quelque chose à l'intérieur de cet étrange garçon avait été gardé enfermé pendant très longtemps et que ce quelque chose explosait enfin à l'extérieur, dans un feu d'artifice exceptionnel.
I'ma get your heart racing in my skin-tight jeans
Be your teenage dream tonight
Let you put your hands on me in my skin-tight jeans
Be your teenage dream tonight
Blaine posa la dernière note sur le piano et reprit son souffle, redescendant lentement sur Terre. Il avait fait un voyage, un voyage comme il n'en avait pas fait depuis très longtemps.
Kurt n'en revenait pas. Il n'arrivait plus à parler, plus à décider de rien.
C'était le silence dans la salle.
Gladys et les autres commencèrent à applaudir, ramenant les deux jeunes gens à la réalité.
Kurt se secoua la tête. Il fallait qu'il reprenne contenance.
"Bien! Hum...""
Il se racla la gorge.
"Nous sommes tous d'accord pour dire que Blaine est une bonne recrue pour les New Direction!"
Les élèves applaudirent, rirent... C'était l'euphorie totale. Avec Blaine dans leur rang, ils ne pouvaient pas perdre.
Blaine, lui, était toujours assis, sur le banc, à regarder ses doigts posés sur le piano, sur les touches qui avaient jouées les dernières notes. Il avait la gorge sèche et des fourmis dans tout le corps. Ce n'était pas la première fois qu'il chantait comme il avait chanté mais ça faisait tellement longtemps. C'était comme s'il avait été privé de quelque chose pendant un milliard d'année et qu'il avait enfin le droit d'y revenir.
Les applaudissements, les acclamations, la voix de Kurt... Rien de tout ça n'arriva à le ramener sur terre...
Jusqu'à la sonnerie.
Blaine sursauta et se leva du banc. Tous les autres élèves avaient récupéré leurs sacs et s'apprêtaient à partir. Blaine contourna le piano et prit le sien. Quand il se retourna, il constata qu'il n'y avait que lui et Kurt dans la salle.
Les deux jeunes hommes se regardèrent fixement, Kurt avec une expression d'admiration sur le visage et Blaine avec un regard qui signifiait qu'il ne comprenait pas pourquoi Kurt le regardait ainsi.
"Tu as une voix magnifique, lâcha Kurt, toujours émerveillé."
Blaine pouffa de dédain.
"Dis pas n'importe quoi. Je me débrouille avec un piano et j'évite les fausses notes c'est tout"
Blaine renifla. Kurt fronça les sourcils. Comment était-ce possible que quelqu'un ait un tel talent mais qu'il l'ignore lui-même?
"Écoute, tenta-t-il de lui expliquer, j'ai été dans une grande école d'art dramatique à New York. La NYADA. Crois-moi, je sais de quoi je parle. Là-bas à New York, on sait ce qu'est le talent."
"C'est pour ça que tu es de retour à Lima, se moqua Blaine"
La pique rentra dans le cœur de Kurt. Blaine avait frappé dans le mille. Il n'avait fait sa connaissance que brièvement mais il avait déjà découvert sa plus grande faiblesse. Kurt ne pensait pas être si transparent que ça. Il tenta alors d'ignorer la remarque du jeune homme et de sauver les apparences, comme il l'avait toujours fait.
"Tu devrais rester dans le Glee Club."
Pour le coup, Blaine éclata de rire. C'était la chose la plus ridicule qu'il avait jamais entendue. Il n'avait qu'une seule envie, se casser au plus vite d'ici.
"C'est pas trop mon délire, de me trémousser sur une scène en chantant."
Au ton acerbe qu'employa Blaine, Kurt comprit que s'il voulait vraiment avoir le jeune homme pour les régionales, il faudrait qu'il soit rusé.
"Qu'est-ce que tu fiches dans un lycée alors que tu as passé l'âge de passer ton diplôme? Et surtout, pourquoi tu t'y caches?"
Le sourire de Blaine se fana. Pourquoi Kurt tombait toujours dans le mile? Il était bien trop intelligent.
"C'est pas tes affaires."
Sur ce, il balança son sac sur le dos et se dirigea vers la porte. Mais Kurt ne voulait pas qu'il s'en aille. Il avait besoin d'un talent comme lui, il ne pouvait pas laisser passer Blaine entre ses doigts!
Juste avant que Blaine ne passe le pas de la porte, Kurt lui attrapa l'avant-bras.
Blaine eut un nouveau flash. Haley.
Cette fois-ci, il réagit au quart de tour. Il se dégagea violemment, poussant Kurt contre le piano. Là, il attrapa son col et approcha son visage aussi près qu'il le pouvait. Il sentait le parfum de Kurt, vanille-cannelle, contre sa peau.
La cœur de Kurt battait à cent à l'heure. Ce garçon avait un problème, un très gros problème. Il représentait un danger. Tous ses voyants étaient au rouge. Kurt haleta.
"Ne t'avise plus de me toucher, menaça Blaine. C'est bien compris?"
Kurt tenta de répondre, mais tout ce qu'il réussit à sortir fut un son étranglé.
"Je ne rejoindrai jamais les New Direction. Vous Lui avez fait trop de mal."
Un éclair de souffrance passa dans les yeux de Blaine. Merde. Il s'était pourtant promis de ne plus y penser.
Cet éclair de souffrance n'échappa pas à Kurt.
Blaine lâcha le jeune homme, remonta son sac qui avait glissé de son épaule et sorti de la salle avec précipitation, en tentant tout de même de ne pas se servir de sa cheville plus qu'il en avait besoin. Plus question d'essayer d'être discret, il lui fallait sortir d'ici.
Kurt s'adossa au piano, tentant de reprendre sa respiration. Il porta la main à sa gorge.
Il n'arrivait pas à croire que ce soit le garçon qui avait chanté Teenage dream, une chanson d'amour, de façon tellement sincère, qui l'avait agressé. Kurt voyait comme deux personnes différentes. Un docteur Jekyll et un Mister Hide. Et il était prêt à parier que l'éclat de souffrance qu'il avait vu, ce Lui dont il avait parlé, était la raison de cette apparition de Mister Hide.
Blaine avait trop de talent pour que Kurt le laisse filer. Et c'était un garçon beaucoup trop intriguant pour que Kurt n'essaie pas de découvrir son secret.
Blaine, je te retrouverai, pensa Kurt
De son côté, Blaine atteignait la sortie sans accident notoire. Il avait juste mis une droite à un professeur un peu trop curieux dans les couloirs. Mais maintenant qu'il était sorti, il ne risquait plus rien. Toujours en claudiquant, il s'éloigna du lycée, à la recherche d'un endroit où passer la journée et où il pourrait manger ce qu'il avait volé dans les cuisines à sa guise. Il reviendrait au lycée dans la soirée. Quand tout le monde sera parti.
Kurt avait appris ce qui était arrivé à Monsieur Krow. Sa bosse était soit disant l'œuvre d'un élève qui voulait sécher les jours. Mais Kurt n'était pas dupe : c'était Blaine le responsable.
Ainsi donc, il était sorti du lycée.
Stupidement, après avoir appris la nouvelle, Kurt s'était précipité dehors, comme si Blaine était resté sur le parking. Bien sûr, ses efforts se révélèrent vains. Blaine était parti depuis longtemps, c'était logique. Il ne serait pas resté pendant près de 40 minutes sur le parking du lycée qu'il avait voulu quitter avec autant de précipitation.
Mais Kurt souhaitait le revoir, il fallait qu'il lui parle, qu'il lui fasse comprendre que sa voix n'avait rien de banale, qu'il avait peut-être même plus de talent que la moitié des élèves qu'il avait côtoyés à la NYADA. Il décida alors de l'attendre jusqu'au soir. Rien ne lui garantissait qu'il reviendrait, peut-être que Blaine avait seulement prévu de passer une seule nuit dans à McKinley mais quelque chose lui disait le contraire. Kurt avait toujours eu un instinct phénoménal.
Il passa la journée à errer dans le lycée, mangea une salade diététique sans vinaigrette et traina un peu dans Lima. Il avait du temps, il devait juste retourner à McKinley pour le cours du Glee Club de 16 heures.
Pendant toute sa journée, il pensa à Blaine, à la chanson qu'il avait chantée, à la façon dont il l'avait chantée surtout… Il en avait encore des frissons.
A 16 heures, il retourna à McKinley pour le Glee Club. Le cours fut plus difficile que ce qu'il avait prévu. Entre Gladys et une autre fille s'appelant Joy, Kurt n'était pas sorti de l'auberge. Les deux filles se détestaient royalement, et se battaient pour tout et n'importe quoi. En l'occurrence, ce jour-là, ce fut pour les chansons pour les régionales…
A la fin de l'heure, Kurt n'était pas plus avancé qu'au début, c'était une heure de perdue. Il grinça des dents quand la sonnerie marqua la fin du cours. Ce n'était pas comme ça qu'il avait imaginé son cours et surtout, ce n'était pas avec cette ambiance-là, avec deux hystériques qui se haïssaient et des élèves encore plus passifs que le serait un opossum, qu'ils allaient gagnés les régionales.
C'est donc pour ça que le jeune homme proposa à Monsieur Schuester un thème pour la semaine suivante : les défis. Des règlements de compte en chanson. Kurt se souvenait de Santana et Mercedes qui avaient chanté This boy is mine. C'était en chanson qu'elles s'étaient affrontées.
Monsieur Schuester approuva l'idée, déçu de ne pas y avoir pensé lui-même. Mais Kurt savait que le Schuester qu'il avait connu pendant ses années lycées n'aurait pas laissé le Glee Club vivre avec ces tensions, il aurait trouvé l'idée de ces affrontements par ses propres moyens.
Au final, à l'issue de cette heure, quand il sortit de la salle, Kurt savait ce qu'il avait réellement besoin de faire dans cette chorale : la restructurer dans son entier. Aussi bien les élèves que le professeur. Les régionales pouvaient attendre une semaine ou deux, ils auraient bien le temps de s'entraîner par la suite. Et puis, si les tensions étaient encore présentes, les New Direction ne parviendront pas à trancher pour les chansons. Alors autant tout remettre à plat avant de commencer le travail sérieux.
Tout en réfléchissant sur son programme pour les régionales, Kurt se dirigea vers la sortie du lycée. Pendant que Gladys et Joy était en train de se prendre la tête une énième fois, il avait décidé d'attendre Blaine sur les marches de l'entrée principale. Pour rentrer, le supposé fugueur n'avait pas d'autre choix que de passer par là. Il ne pouvait pas le rater.
Une fois assis, Kurt regarda sa montre. Blaine et lui s'étaient croisés plutôt tard hier soir, il espérait qu'il n'aurait pas à attendre trop longtemps.
Pour patienter, il sortit son Ipod et ses écouteurs. Rien de mieux qu'un peu de musique pour faire passer le temps. Il enclencha sa playlist du Moulin Rouge et s'adossa au mur derrière lui. S'il devait attendre longtemps, autant être à l'aise.
Comme il le savait, la playlist tomba sur sa chanson. Come what may. Kurt ferma les yeux, savourant chaque parole, chaque note. Il ne put s'empêcher d'articuler tous les mots de la chanson. Derrière ses paupières, il voyait son rêve, celui qui l'empêchait d'être réellement heureux. Le jeune homme savait que s'il ne le réalisait pas, il serait malheureux toute sa vie. Mais il avait tiré un trait dessus à la minute où il avait pris la décision de rentrer à Lima.
Quelque chose le frappa à l'épaule et il ouvrit les yeux.
Blaine.
" Ça vas ? demanda le jeune homme avec un froncement de sourcil inquiet"
Kurt fut assez surpris que Blaine lui pose cette question. Du si peu qu'il pensait savoir sur lui, il avait deviné que Blaine n'était pas le genre de garçon qui s'inquiétait pour les autres. Ou en tous cas, qui le cachait bien.
" J'ai cru que tu faisais une crise de… De je sais pas trop quoi, continua Blaine"
Quand il était arrivé devant le lycée, après avoir passé sa journée assis dans le parc municipal, Blaine avait tout de suite vu Kurt. En premier lieu, ça l'avait très agacé. Il ne voulait pas le croiser, pas lui parler… Il pensait l'avoir suffisamment intimidé le matin-même. Cependant, il aurait mis sa main à couper que si Kurt était là, c'était pour le voir lui.
Il avait voulu attendre, caché dans son coin, que Kurt s'en aille. Il fallait bien qu'il rentre chez lui tôt ou tard. Mais il l'avait regardé et c'était aperçut qu'il avait fermé les yeux et bougeait les lèvres d'une drôle de manière.
Blaine avait cru que Kurt faisait une attaque ou quelque chose dans le genre. Envoyant toutes ses décisions au placard, il avait avancé vers lui.
Mais maintenant, il regrettait amèrement. La lueur de joie dans les yeux de Kurt ne lui avait pas échappée et le jeune homme devina qu'il allait remettre sur la table le sujet de son entrée à la chorale. Qu'est-ce qu'il pouvait être stupide parfois! Et puis, que Kurt fasse une attaque l'importait peu, en prison il avait vu un homme s'ouvrir les veines et il n'avait pas bougé d'un poil. En quoi est-ce que ça le regardait? Un mort de plus ou de moins sur cette foutue planète ne changerait pas sa vie.
"Blaine ! J'ai bien cru que tu n'arriverai jamais !"
Kurt se leva. Il faillit poser sa main sur l'épaule du jeune homme mais il se souvint de son agression du matin. Il valait mieux éviter tout contact physique avec Blaine, au risque de se faire tabasser. Kurt savait que le garçon en était capable.
Blaine leva les yeux au ciel.
Pourquoi est-ce que je me suis inquiété pour ce sombre crétin ?
"Qu'est-ce que tu as fait de ta journée ?"
Kurt tentait une approche plus douce, en tentant d'instaurer une conversation civilisée. La manière frontale ne semblait pas être la bonne pour amadouer Blaine.
Ce dernier passa la main dans ses cheveux, agacé et fatigué.
"Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?"
Ce fit au tour de Kurt de soupirer. Il avait de la patience mais quand même, il avait des limites. Et même si Blaine avait mauvais caractère, ça ne l'empêchait pas d'être poli.
"Tes bonnes manières, tu les as achetées dans une pochette surprise ?"
Blaine écarquilla les yeux. Il devait avouer qu'il ne s'était pas, mais alors pas du tout attendu à une répartie comme ça de la part de Kurt. Il remarqua d'ailleurs que ce dernier avait froncé les sourcils et placé une main sur sa hanche, en signe d'agacement. Enfin il paraissait humain. Blaine commençait à se demander si Kurt n'était pas un robot pour être aussi suicidaire, avenant et remplis de bonnes manières.
Quant à Kurt, il attendait une réponse… Qui ne vint d'ailleurs jamais.
"Bon écoute Kurt, laisse-moi passer. S'il te plait, ajouta Blaine pour paraître un peu plus civilisé"
"Eh bah, il y a du progrès, marmonna Kurt"
Blaine ne put s'empêcher de sourire à cause du ton qu'avait employé Kurt.
Cependant, malgré les nouvelles politesses de Blaine, le jeune homme n'était pas décidé à le laisser passer comme ça.
"Bon écoute, fit-il, j'ai besoin de toi. Dans le Glee Club. Tu as un talent monstrueux ! Ta voix c'est juste… C'est juste comme une navette spatiale qui emmène les gens sur d'autres planètes dans d'autres galaxies ! Les New Direction ont besoin de ce voyage ! Ils en ont besoin pour gagner les régionales ! S'il te plait, Blaine !"
Kurt n'en revenait pas. Il était en train de le supplier! Ce n'était pas dans ses plans, il avait juste décidé de lui proposer une nouvelle fois de rentrer dans la chorale. Décidément aujourd'hui, rien ne se passait comme prévu…
"Kurt, un conseil… Arrête de regarder la télé. Et Star Wars est un très mauvais film à mon goût."
Sur ce, il passa la main dans ses cheveux et contourna le garçon. Mais Kurt lui barra la route.
"Blaine !"
"Kurt ! reprit-il en imitant la voix pathétique de Kurt"
Ce dernier fit comme s'il n'avait pas entendu.
"S'il te plait, répéta-t-il pour la énième fois"
"Non !"
Kurt aurait presque préféré se prendre une claque. Il capitula. Il baissa les yeux, et se poussa, pour que Blaine puisse passer et rentrer dans le lycée. Le jeune homme ne se fit pas prier. Il poussa la porte et disparut dans la dédale de couloirs, laissant Kurt seul et abattu.
Kurt n'avait plus eu le cœur de le retenir après ce « Non ». Il réalisa que c'était la première fois que Blaine répondait directement à sa question, il s'était toujours contenté de se moquer de lui ou d'être agressif. Il ferma les yeux et se remémora le visage de Blaine quand il avait chanté Teenage dream. Kurt savait que Blaine avait pris énormément de plaisir, derrière ce piano, à chanter à plein poumons cette chanson. Pourquoi refusait-il catégoriquement de continuer à se faire plaisir dans la chorale ? Pour Kurt, ça n'avait aucun sens… Ce garçon n'avait aucun sens. Kurt ne savait rien de lui. Même pas son nom de famille. D'où venait-il? Que faisait-il de ses journées? Pourquoi venait-il dormir à McKinley avec son sac à dos, habillé avec son survêtement délavé et une barbe qui poussait de jour en jour. Pour Kurt, une chose était sûre: Blaine n'avait pas de maison. Mais il n'arrivait pas à savoir si c'était par choix, parce qu'il avait fugué où alors si on ne lui avait pas demandé son avis. L'idée que Blaine puisse être un SDF fit courir des frissons le long de la colonne vertébrale de Kurt et pendant un instant, il fut heureux que Blaine ait trouvé refuge dans le lycée.
Peut-être que demain matin je devrai arriver plus tôt? J'aiderai Blaine à sortir sans se faire prendre et je pourrai réessayer de le convaincre. Il a forcément une faille...
Note de l'auteur:
Et voilà ce second chapitre, qui en dévoile un peu plus sur le passé de Blaine. :) La relation Kurt/Blaine est assez compliquée, n'est-ce pas? :)
Bref, j'ai pris un plaisir foooouuu à l'écrire, j'espère que vous aussi à le lire!
Je recommande d'écouter Lose yourself, d'Eminem, pour le passage dans la prison. C'est la chanson qui m'a permis de l'écrire.
Grooos bisous à tous! J'attends vos reviews avec impatience! Et comme toujours, si vous avez des questions, posez!
