Bonjour tout le monde! Voici le chapitre 4, qui arrive un peu plus tard que les autres. J'espère que vous ne m'en voudrez pas, hein? :)
Bref, j'espère qu'il vous plaira! Les choses commencent enfin à bouger pour Blaine et Kurt et des révélations sont au rendez-vous. D'après vos review, j'ai pu voir que vous avez du mal encore à situer le passé de Blaine... Mais je n'en dirai pas plus :)
Merci aussi à Brookey20, ma beta qui a eu la patience de corriger ce chapitre.
Pour répondre aux review:
Bleikade: Je suis contente que mon chapitre 3 t'ait plu :) Et Santana arrivera bientôt, bien qu'elle ne soit pas présente dans ce chapitre-ci. Patience, elle a tout de même un rôle important à jouer!
Nemaja: J'ai beaucoup aimé ta théorie, elle m'a fait rire :) Comme quoi malgré les indices le mystère reste entier! Mais plus pour très longtemps, ne t'inquiète pas. Eh bien oui, je ne pouvais pas faire une fiction sans un peu de Brittana, alors voilà :) Le Glee Club et Santana ne sont pas du tout présents dans ce chapitre mais ça viendra! Pour l'instant, je préfère faire avancer la relation Klaine, déjà bien compliquée :)
Luper: oui, Santana ne sera pas tendre avec lui xD Elle reste celle que tout le monde connait :)
Amande: merci beaucoup pour tes compliments! Ca fait toujours extrèmement plaisir de voir que ce qu'on fait plait, ça motive! J'espère ne pas te décevoir dans ce chapitre :) En tous cas, tu sauras si ta petite idée est bonne ou non. Je suis très curieuse de savoir si tu as percé le mystère xD
Voilà! Bonne lecture et on se retrouve en bas!
CHAPITRE 4
De la brume. Comme un voile opaque jeté sur le monde, étouffant même chaque bruit, le rendant confus et brouillon. Chaque image devenant un semblant de formes, de mélanges de couleurs et de lumière.
Blaine entendit un sifflement aigu dans ses oreilles. Les bruits s'étaient estompés laissant seulement la place à ce vibrato incessant. La tête lui tournait. Il ferma les yeux et se retrouva seul dans sa tête, coupé du monde, de tous bruits, de toutes sensations. Le sifflement ne cessait pas. Il rouvrit les paupières et se donna une frappe sur la tête, pour se remettre les idées en place. Les images devant lui devinrent peu à peu plus nettes. Les couleurs cessèrent de danser entre elles et reprirent leur place initiale. Les formes se fixèrent et Blaine commença à distinguer ce qui l'entourait. La lumière l'aveugla légèrement mais elle cessa de se mélanger avec tout le reste.
Il se frotta fortement les yeux et une petite pique de douleur se fit ressentir dans les phalanges de sa main droite. Surpris, il fixa ses iris vert-noisette dessus et se concentra pour que sa vue redevienne tout à fait claire. Quand ce fut le cas, il remarqua un léger boursoufflement. Il haussa un sourcil, ignorant ce qu'il avait bien pu se passer. Il ouvrit son poing, le ferma, testant sa vision pour qu'elle s'habitue au mouvement. Le son dans ses oreilles stoppa en même temps que ses problèmes de vue. Lorsque qu'il fut totalement certain d'être revenu à lui-même, il leva son regard...
... Et croisa celui de Kurt.
Kurt ?
Il fronça les sourcils. Toute la semaine, il avait tout mis en œuvre pour éloigner le garçon et le voilà juste devant lui, sans que Blaine ne sache ni pourquoi ni comment. Il fixa le châtain, comme cherchant des réponses à ses questions. Mais il n'en trouva aucune, seulement un peur inimaginable, contenue avec peine. Un véritable tourbillon d'effroi, d'inquiétude, d'angoisse. Mais qu'est-ce qui avait bien pu mettre Kurt dans cet état ?
"Blaine, chuchota l'autre comme s'il avait peur d'effrayer le bouclé. S'il te plait."
Sa voix n'était qu'un simple filet de dentelle pouvant rompre à tout moment. Il pouvait perdre le contrôle d'une seconde à l'autre.
Mais perdre le contrôle à cause de quoi ?
Définitivement, Blaine était complètement paumé.
Puis, il essaya de refaire dans sa tête le fil conducteur de sa journée. Il avait quitté le lycée, s'était assis sur son banc comme d'habitude, avait mangé les barres énergétiques qu'il avait volées, avait regardé deux femmes se quereller à propos d'un chat estropié et...
Trou noir.
Blaine n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu faire après avoir pensé que le chat devait être précieux pour que deux personnes se battent comme ça.
En fait, il ne savait pas ce qu'il avait fait de la journée entière, ou presque.
"Kurt, quelle heure est-il ?"
Le jeune homme le regarda comme s'il avait commandé une côte de bœuf dans un restaurant végétarien. Blaine fut troublé par ce regard. Il demandait seulement l'heure, pas la Lune.
Saloperie de mémoire ! Il avait encore eu une absence, et pas des moindres. Blaine ne s'était jamais "absenté" une journée entière, jamais. Quelques minutes, quelques heures au maximum. Mais une journée...
Un poids tomba dans son estomac. Il perdait le contrôle. Bientôt, il "partirait" pendant plusieurs jours, il le savait. Peut-être même qu'il finirait par partir définitivement, sans revenir. Une vague d'angoisse s'inséra en lui, frôlant chaque muscle, chaque veine, chaque os, laissant une puissante impression de froid. Il perdait le contrôle sur lui-même.
Puis, il entendit un gémissement derrière lui, quelque chose d'à peine humain. Toute son angoisse retomba et son poul s'accéléra d'un coup sous l'effet d'une dose d'adrénaline. Blaine se tendit, prêt à l'attaque, et se retourna.
À ses pieds était étendu ce qui devait probablement être un homme... Ou plutôt seulement une masse de graisse humaine.
Dans tous les cas, l'homme était bien mal en point. Le sang partait du coin de sa bouche et de son nez, venant colorer le goudron d'une nouvelle teinte bordeaux.
Blaine recula, surpris. Mais qu'est-ce que ce mec foutait à moitié mort sur le sol ?
Il se retourna pour regarder Kurt, complètement ahuri.
"C'est toi qui as fait ça ? Demanda-t-il"
Si Blaine était ahuri, Kurt le fut encore plus.
"Quoi ? Mais... Mais non !"
Blaine regarda le jeune homme en face de lui. Il semblait partager entre la peur et l'incompréhension. Cette incompréhension accentuant peut-être même sa peur. Chaque fibre de son être tremblait et sa carotide sursautait sous sa peau. Son cœur battait à un rythme à la limite du possible.
La seule chose que put penser Blaine devant ce tableau fut "pourquoi ?"
Second gémissement. L'homme revenait peu à peu à lui.
Le regard de Kurt fut traversé par un éclair de panique et son corps entier secoué d'un énorme frisson. Il posa ses prunelles azures sur Blaine qui ne comprenait toujours rien.
"Blaine, je t'en prie, supplia Kurt à voix basse. Je ne sais pas ce que tu veux faire de moi mais... Pas ici. Il faut s'éloigner. Je t'en supplie."
Blaine haussa un sourcil. Ce qu'il voulait faire de Kurt ? Mais il ne voulait strictement rien faire de lui !
"Je ne supporterai pas ça une deuxième fois, continua le jeune homme"
"C'est toi qui as fait ça ? Demanda encore le bouclé, ignorant royalement les supplications de Kurt"
Nouveau gémissement. Pour le coup, Kurt laissa échapper sa panique.
"Blaine arrête ! C'est toi qui l'a frappé, ne fais pas exprès parce que tu veux me terroriser ! Je le suis suffisamment comme ça, d'accord ?"
Le cœur du brun eut un raté. Il l'avait frappé ? Lui ? Il ne voulait pas y croire, il n'avait pas fait ça ! Pas encore !
"Blaine ! S'exclama Kurt avec une voix paniquée. Je n'appellerai pas la police. Je t'en prie !"
Police ?
Le sang de Blaine ne fit qu'un tour lorsqu'il rassembla tous les morceaux. Humain tabassé, trou de mémoire, de sa faute, ex-prisonnier, police. De nouveaux mots s'ajoutèrent à la liste : les résultats de l'addition. Récidiviste. Prison.
Non !
Non, Blaine ne retournerait pas là-bas, pas dans cet endroit maudit encore pire que l'enfer. La mort y serait presque préférable.
Nouveau gémissement.
Blaine sentait son cœur battre la chamade, sa raison lui crier de fuir. Sa vie avait été détruite une fois, par quelque chose de similaire, il ne laisserait pas l'histoire se répéter. Il ne renoncerait pas à sa liberté, aussi pourrie soit elle.
Blaine regarda le corps et fit ensuite promener son regard alarmé sur les alentours. Quelques toxicos, une bande de mec complètements bourrés. Personne ne s'intéressait à eux, personne n'arriverait à donner d'informations cohérentes aux flics. Il était encore temps de se barrer.
Blaine chopa le bras de Kurt qui hoqueta de surprise et de peur, s'attendant à recevoir un coup. Mais rien ne vint. Le bouclé se contentait de tenir son bras et de regarder partout autour d'eux.
Ils avaient besoin d'une cachette, d'un endroit couvert où ils pourraient rester jusqu'à ce que les flics débarquent, ramassent le gorille et que l'affaire se tasse.
Il n'y avait rien. Rien. La rue ressemblait à toutes les autres, une succession de maisons miteuses et de squats où il n'y avait aucune chance de se cacher. Blaine sentit une goutte de sueur roulée dans son dos et il passa la main dans ses cheveux. Il devait faire vite, à tout moment les choses pourraient dérapées pour lui. Pour eux.
Le bouclé trouva alors son salut. Une petite cabane recouverte de lierre qui tombait en ruine. La planque parfaite.
Il tira sur le bras de Kurt qui s'était figé au contact de Blaine, n'osant même plus respirer. Le châtain laissa échapper une plainte mais l'autre garçon ne s'en préoccupa pas. Il voulait atteindre cette cabane, et vite. Et Kurt viendrait avec lui.
Bien sûr, ce dernier était un boulet dans cette fuite, Blaine le savait. Mais il ne pouvait pas le laisser là, attendre que le mec sur le sol se réveille et lui mette une raclée, ou alors que les flics le ramasse. Kurt ne survivrait pas en prison. Il n'avait pas la dureté nécessaire, il se ferait bouffer. Une fourmi contre une armée entière. Une fourmi gay. Il était tout simplement hors de question pour Blaine de laisser Kurt aller en prison, surtout pour un crime qu'il n'avait pas commis.
Blaine avait des valeurs, un sens de l'honneur inébranlable. S'il y avait bien une chose que lui avait appris son père, c'est qu'il fallait toujours assumer les conséquences de ses actes. C'était en tous cas ce qu'il avait dit quand il avait foutu son fils à la porte.
Il traina donc Kurt sur une vingtaine de mètres, tirant souvent sur son bras pour que le garçon accélère l'allure. Après ce qu'il lui parut une éternité, il atteignit la porte, l'ouvrit et balança Kurt à l'intérieur du bâtiment. Avant d'y entrer lui-même, il balaya la rue du regard. Personne ne semblait avoir remarqué sa course et aucun flic en vue. La situation n'était peut-être pas aussi désespérée.
Il referma la porte sur le monde extérieur et les plongea, Kurt et lui, dans une légère obscurité tranchée seulement par une lame de lumière provenant d'un trou de la planche qui recouvrait la fenêtre. L'endroit était vraiment lugubre, même pour Blaine.
Kurt s'était assis en tailleur, le dos au mur et avait pris sa tête entre ses mains. D'où il était et malgré le manque de luminosité, le bouclé devinait que le garçon tremblait. Surement sur le coup du choc. Il était en sécurité maintenant que Blaine l'avait éloigné de l'homme... Probablement un agresseur. Blaine avait remarqué les cheveux en bataille de Kurt, ainsi que le trou dans son blazer. Sans aucun doute, l'homme l'avait attaqué.
Les épaules de Kurt se secouaient par intervalles irrégulières. Blaine mit un moment à comprendre que le garçon pleurait.
Un grand malaise l'envahi. Il n'avait jamais aimé voir les gens pleurer, même avant son passage en prison. Il ne savait pas quoi dire pour les réconforter, ni quoi faire. Alors maintenant, après que la prison l'ait changé, il était encore plus indécis. Il aurait pu se rapprocher de Kurt, seulement s'asseoir à ses côtés et peut-être même poser sa main sur son épaule pour le réconforter. L'ancien Blaine l'aurait fait. Le Blaine en prison lui aurait demandé méchamment de se la fermer. L'actuel ne savait pas quoi faire, tiraillé entre ses deux personnalités.
Il opta pour aucune, préférant jouer la carte de l'ignorance. Il se tourna vers la porte et chercha un petit trou dans le bois qui lui permettrait de surveiller la rue. Malheureusement, il n'en trouva pas. La porte était totalement mitée mais pas assez pour que Blaine puisse voir quoi que ce soit. Il soupira et s'assit à son tour sur le sol, contre l'entrée, à l'opposé de Kurt qui pleurait toujours.
"A... Alors ? Qu'est-ce que tu... tu vas me faire à.. À moi ? Hoqueta ce dernier entre deux sanglots"
Blaine fronça les sourcils. Pourquoi le garçon était-il persuadé qu'il lui voulait du mal ?
"Mais de quoi tu parles ?"
Le châtain releva son visage trempé de larmes vers Blaine et le dévisagea avec méchanceté. Le temps de la peur était aboli, il allait avoir à se battre.
"Ne fais pas celui qui ne s'en souvient pas pour que je baisse ma garde. Je sais que tu seras prêt à tout pour que je me taise."
"Pour que tu te taises sur quoi ?"
Cette fois-ci, Kurt fixa Blaine dans les yeux malgré la pénombre. Il observa bien ses prunelles vert-noisette, les sonda, les fouilla, cherchant la froideur qu'il avait déjà pu y voir. Seulement, elle était partie. La froideur. Il ne restait plus qu'une grande incompréhension, des questions, un peu de méfiance mais aussi un soupçon de peur. Le châtain fixa ces prunelles pendant une longue minute, cherchant à comprendre ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête du bouclé.
Petit à petit, il sentit sa peur diminuée, jusqu'à n'être plus qu'un soupçon de vigilance plus que justifié. Blaine avait été en prison, il l'avait menacé, presque tué un homme, juste là-bas, à quelques mètres. Bien que la peur de Kurt avait été mise en veille, il se devait de rester méfiant. Blaine l'avait menacé, lui aussi. Même si de tout ça il semblait n'en garder aucun souvenir. Mais dans tous les cas, il restait quelqu'un de potentiellement dangereux.
"Kurt, pour que tu te taises sur quoi ? Insista Blaine."
Dans sa voix, l'intéressé percevait de l'angoisse. Une angoisse dissimulée mais profonde, qui devait lui tordre l'estomac en tous sens.
"Tu ne te souviens vraiment de rien ? demanda Kurt"
Le visage de Blaine se ferma et il tourna la tête vers la porte, cherchant à fuir le regard de Kurt. Il regarda une nouvelle fois le bois pour y trouver une petite ouverture vers l'extérieur qui lui permettrait d'observer le dehors. Il ne voulait pas que Kurt sache pour ses trous de mémoire. Il ne voulait pas. Personne ne devrait être au courant. Personne, jamais. C'était SA faiblesse. La sienne. La seule. Personne ne devait jamais connaître l'unique faiblesse de Blaine Anderson. Jamais.
"Bien sûr que je me souviens de tous, cracha-t-il sans regarder Kurt. Je suis pas un malade, tu sais."
Kurt décroisa les jambes, fixant les cheveux bruns de l'autre garçon. Bien qu'il ne puisse pas voir son visage, il savait que Blaine lui mentait. Ce n'était pas sa voix, ni son attitude qui le trahissait. Non, c'était un excellent menteur. C'était la logique qui le rendait incohérent. Bien sûr qu'il ne se souvenait de rien, Kurt avait été stupide de poser la question.
Sa peur envolée, le châtain se leva, traversa les mètres qui les séparaient et s'assit à côté de Blaine. Ce dernier se tendit en entendant le jeune homme se rapprocher et glisser à sa gauche. Il ne détourna pas la tête de la porte, lui tournant toujours le dos.
"Tu mens, Blaine, déclara simplement Kurt."
Blaine posa son front sur la porte froide et soupira. Ces trous de mémoire devenaient répétitifs et endurant. Il avait tellement peur de ce qu'il pourrait faire pendant ses "absences". Un autre meurtre, une autre victime, un autre séjour en prison. Blaine ferma les yeux et une unique larme roula sur sa joue. Presque instantanément, il l'essuya d'une geste discret pour ne pas que Kurt s'en rende compte.
Ressaisis-toi Anderson, merde.
Il prit une profonde inspiration, se forgea un visage de glace puis se retourna pour regarder Kurt qui le fixait avec des yeux remplis de... Pitié ?
Oui, c'était ça. De la pitié, de la compassion. Non, Blaine ne voulait pas de ça. Il n'avait besoin de la pitié de personne, il contrôlait. Il essayait de contrôler. Il n'acceptait pas qu'on le regarde de cette façon. Pas de pitié.
Le visage de Kurt se fissura devant le retour des yeux vides de Blaine, devant son visage froid. Il revoyait le Blaine qui avait frappé Josh. Il se recula.
Blaine eut un sourire en coin. Le contrôle. Il reprenait le contrôle, Kurt avait peur de lui.
"A quoi tu joues ? murmura Kurt, ne sachant pas vraiment s'il devait avoir peur ou pas devant les yeux intimidant de Blaine."
"Je ne joue pas, Hummel, fit Blaine avec sa voix la plus dénuée de tout sentiment. Je contrôle."
Kurt haussa un sourcil. Il contrôlait ? Il contrôlait quoi ? Il n'y avait rien à contrôler ! A part lui, peut-être... C'était ça ce que voulait dire Blaine ? Qu'il le contrôlait, lui, Kurt Hummel ?
Blaine sentit des fourmillements l'envahir et il ferma les yeux, se délectant de la sensation familière. Il redevenait enfin le Blaine impitoyable qu'il avait forgé en trois ans. Cette sensation de puissance, de contrôle... Elle lui avait tellement manqué. Il redevenait enfin lui.
Il se leva et Kurt sursauta. Blaine eut un nouveau sourire en coin face à cette réaction.
Kurt se cola contre la porte, se demandant s'il devait partir ou non. Pourquoi Blaine l'avait-il amené ici ? Pourquoi ne l'avait-il pas frappé en public comme il l'avait fait pour Josh ? Pourquoi semblait-il changer de personnalité toutes les dix minutes ? Qu'est-ce qui clochait chez lui ?
Blaine s'éloigna dans la pièce, se frottant les mains, se délectant toujours des fourmillements qui parcouraient tout son corps.
Kurt prit alors une décision.
Il n'était pas faible. Toute sa vie avait été un combat, du début jusqu'à ce jour. Il s'était battu contre lui-même pour assumer qui il était, il s'était battu à la mort de sa mère pour ne pas sombrer, il s'était battu pour atteindre ses rêves, il s'était battu à la mort de son père, il s'était battu à la mort de ses rêves pour continuer à avancer. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait cesser la bataille. Il n'allait pas rester là, assis sur le sol, à attendre que Blaine se décide enfin à lui régler son compte.
Le bouclé lui tournant toujours le dos, Kurt se leva, doucement, sans faire de bruit. Il glissa jusqu'à la poignée de la porte. Il allait l'ouvrir quand Blaine se retourna.
"Non !"
Kurt ne perdit pas une seule seconde. Il appuya sur la poignée, poussa la porte avec force et se mit à courir comme si sa vie en dépendait. Ce qui était d'ailleurs un peu le cas.
Blaine paniqua. Il ne pouvait pas le laisser s'enfuir. Il le fallait, pour lui comme pour le garçon. Ils devaient tous les deux attendre que tout se calme, Kurt n'était-il pas capable de comprendre ça ? Parce que s'il arrivait à s'enfuir, ce serait en prison qu'il finirait sa course.
Kurt sortit de la cabane mais fut aveuglé. La nuit n'était pas encore tombée et la lueur rosée du soleil couchant percuta son iris habitué à l'obscurité avec violence. Il grogna et mit sa main pour se protéger. Mais trop tard.
Il sentit un bras musclé s'enrouler autour de sa taille et le tirer en arrière. Il essaya alors de crier à l'aide, pour que quelqu'un vienne le chercher mais une main puissante s'écrasa sur ses lèvres. Kurt se débattit autant qu'il put, agitant ses jambes, ses bras. Mais rien n'y fit. Blaine était battit comme Hulk, rien de ce qu'essaya le châtain ne fonctionna.
Sept secondes plus tard, il était de retour dans la cabane.
D'un coup de pied, Blaine claqua la porte et plaqua Kurt contre la cloison de bois, le tenant par le col.
"Mais qu'est-ce que tu fous, hein ? Tu veux nous envoyer tous les deux au trou ou quoi ? grogna-t-il entre ses dents."
Kurt fixait avec peur les deux prunelles vert-noisette qui le fixaient avec rage. Son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien, son haleine lui caressait le visage et Kurt avait peur de respirer.
Blaine regarda les yeux azurs de Kurt, l'un après l'autre. Ce mec avait réellement un problème avec la sécurité et tentait des escapades suicidaires.
"Je.. Je ne, bégayait Kurt. Je ne veux pas que... Que tu me tues."
Blaine ne se recula pas, se contentant de regarder encore et encore chaque petit rond bleu devant lui. Cependant, ses traits se détendirent et il sentit sa colère faire place à l'incompréhension.
Pourquoi Kurt croyait que Blaine allait le tuer ?
Voyant le léger changement sur le visage de l'autre, Kurt continua :
"Tu as été en prison, et tu m'as dit que tu fer..."
Blaine plaqua Kurt contre la cloison une deuxième fois. Ce dernier comprit, au vue du visage tendu du bouclé, qu'il avait dit quelque chose de mal.
"Comment tu sais que j'ai fait de la prison ? demanda Blaine en serrant des dents."
"Tu... Tu me l'as dit, répondit Kurt qui commençait à étouffer."
Toute trace de rage partit du visage de Blaine qui se recula et lâcha Kurt. Ce dernier se plia en deux tentant de reprendre son souffle et de calmer les battements frénétiques et désorganisés de son cœur.
Blaine ne pouvait pas quitter Kurt des yeux. Le bouclé lui avait dit qu'il avait fait de la prison. Il lui avait dit pendant un de ses putains trous de mémoires qui lui pourrissaient la vie. Mais qu'avait-il dit d'autre ? Qu'avait-il révélé à Kurt qu'il aurait dû garder pour lui ?
"Qu'est-ce que tu sais d'autre ? demanda Blaine"
Kurt ne prêta pas attention à sa question. A vrai dire, il avait mieux à faire que satisfaire toutes les envies de Monsieur Blaine Anderson. Il préférait reprendre ses esprits d'abord.
Mais apparemment, Blaine n'était pas de cet avis.
"Putain, mais qu'est-ce que tu sais d'autre ? s'énerva Blaine en prenant Kurt par les épaules pour le forcer à le regarder."
Ainsi, Kurt se retrouva à regarder encore une fois les iris colorés de Blaine.
"Je ne sais rien d'autre, tu n'as rien dit ! s'exclama Kurt qui commençait à en avoir vraiment ras-le-bol des sautes d'humeur de Blaine pour penser à avoir peur."
Blaine lâcha Kurt et le poussa légèrement. Quel soulagement ! Il ne savait rien d'autre. Rien d'autre ! Rien de son passé, rien de ses raisons, rien de rien. Le néant. Blaine contrôlait.
"Faut te faire soigner mon vieux, cracha Kurt"
Blaine se retourna vers lui. Il n'était pas malade. Non, pas malade du tout. Il n'avait rien. Il contrôlait. Contrôlait tout.
"T'a rien à me dire, Hummel."
Kurt lui lança un regard remplit de colère. Blaine le faisait sortir de ses gonds.
"Qu'est-ce que je fiche ici ? demanda Kurt avec rage"
"Tu. Restes. En. Sécurité ! articula Blaine, détachant chaque mot pour que ça rentre bien dans la cervelle de moineau de son interlocuteur."
Kurt haussa un sourcil.
"C'est vrai que je suis en sécurité, ici, avec toi qui veux me faire la peau, ironisa Kurt."
Blaine soupira. Kurt le saoulait avec sa rengaine.
"Fous-toi bien ça dans le crâne, Hummel. Si tu es ici, c'est pas pour que je te batte, Ok ? C'est pour te foutre en sécurité, putain !"
Cette annonce eut l'effet d'un coup de massue sur la tête de Kurt.
"Me mettre en sécurité ?"
"Mais bien sûr, t'es con ou tu le fais exprès ?!"
Blaine s'assit sur le sol et s'adossa à un mur, en ramenant ses jambes près de lui. Il posa son menton sur ses genoux, fatigué. Cette journée l'avait fatigué. Kurt le fatiguait.
"Pourquoi ? demanda le châtain toujours debout de l'autre côté de la pièce."
Blaine grogna et jeta un regard mauvais à Kurt sans répondre. Il ne voulait pas répondre. A vrai dire, il n'aurait pas su quoi dire. Peut-être était-ce à cause du fait que Kurt était gay, ou alors de son code d'honneur que Blaine ressentait le besoin de le protéger. Mais ça, jamais il ne l'aurait admis à voix haute. Alors, il ne répondit rien.
Kurt n'essaya même pas d'interpréter son silence. Il s'assit à son tour, au beau milieu de la pièce, fixant Blaine qui regardait la poussière volée dans le mince filet de la lumière qui était de moins en moins intense secondes après secondes.
"Tu comptes me garder là combien de temps ? demanda Kurt en brisant le silence."
Blaine soupira et regarda le jeune homme avec agacement. Ne pouvait-il pas se taire de temps en temps ? Juste le temps qu'il se repose, qu'il fasse le poing, qu'il relâche la pression. Non ? Juste un peu...
"Assez longtemps pour que dehors, le calme soit revenu et qu'on ne se préoccupe plus de ce mec."
Kurt acquiesça. Il pensa à Carole, qui devait surement commencer à s'inquiéter en ne le revoyant pas revenir. Une idée lui traversa alors l'esprit.
Il regarda Blaine, toujours en train de fixer ses grains de poussières.
"Est-ce que je peux envoyer un message ? Osa-t-il demander."
Blaine sursauta;
"Un message ? Pour quoi faire ? fit-il suspicieux."
"Pour prévenir ma belle-mère que je ne rentrerai pas cette nuit."
Blaine sonda Kurt. Il ne voyait rien sur son visage qui pourrait trahir un mensonge. Juste une attente, l'attente de sa réponse. Mais Blaine était partagé. Il ne connaissait pas Kurt, pouvait-il réellement avoir confiance en lui ? Et s'il en profitait pour envoyer un message à la police ?
Devinant le trouble de Blaine, Kurt proposa :
"Tu peux surveiller ce que j'envoie si tu veux"
Le bouclé hésitait. Il avait la forte impression que le châtain essayait de le rouler en beauté.
Si tu surveilles, il n'y a aucun risque... Et puis sa putain de belle-mère pourrait très bien rameuter les flics s'il ne donne pas signe de vie...
"Ok. Mais je surveille."
Kurt sourit, se leva et s'assit aux côtés de Blaine qui se décala légèrement. Il n'avait envie d'aucune proximité.
Message à: Carole.
Carole,
Je suis désolé, je préviens tard mais je ne rentrerai pas ce soir. Je passe la nuit chez Monsieur Schuester, on doit travailler sur le programme des régionales et sur qui chante quoi. Il y a du travail crois-moi.
Tu as un bonjour de Will.
Bonne soirée. Je t'aime. K.
Blaine lut, lut et relut le message une bonne vingtaine de fois, cherchant des sens cachés, tentant de lire entre les lignes pour savoir si Kurt n'envoyait pas autre chose que ce qu'il paraissait en réalité. Mais il ne trouva rien. Rien du tout. Seulement un message banal d'un fils à sa mère. Enfin, dans le cas présent, sa belle-mère.
Il laissa Kurt appuyer sur le bouton envoie et balança sa tête en arrière. Kurt le regarda faire, fasciné par ses longs cils bruns qui se fermaient.
"Qu'est-ce que tu regardes, Hummel ? demanda Blaine doucement sans rouvrir les yeux."
Kurt ne répondit pas, mais préféra changer de place. Il voulait laisser Blaine dormit tranquillement. Et peut-être qu'un petit somme ne lui ferait pas de mal à lui non plus.
Kurt se tordait les mains d'ennui, toujours enfermé dans la cabane. La nuit était tombée et il n'avait plus osé parler après que le noir fut installé. De plus, il soupçonnait Blaine de s'être endormi.
Mais en attendant il était là, en plein milieu de la nuit, à ne pas vraiment savoir quoi faire. Il ferma les yeux, tentant lui aussi de plonger dans les brumes voluptueuses du sommeil, mais rien ne venait. Et une partie de lui avait peur de s'endormir. Pour deux raisons. La première : il angoissait à l'idée de baisser la garde dans un lieu tel que celui dans lequel il se trouvait, en compagnie de quelqu'un d'aussi peu sûr que Blaine. La deuxième : il avait très peur de rêver de son agression de la journée. La vivre une fois avait été amplement suffisant, il ne souhaitait pas revivre la scène encore.
Donc il était là, à attendre que le temps passe.
Pensant Blaine endormi, il commença à chantonner doucement. Au moins, le temps lui semblerait moins long en chanson.
Never knew, I could feel like this,
Like I've never seen the sky before
Want to vanish inside your kiss
Seasons may change, winter to spring
But I love you, until the end of time
Come what may, Come what may
I will love you, until my dying day
Suddenly the world seems such a perfect place
Suddenly moves with such a perfect grace
Suddenly my life doesn't seem such a waste
It all revolves around you
And there's no mountain too high, no river too wide
Sing out this song and I'll be there by your side
Storm clouds may gather,
And stars may collide
But I love you,
Until the end of time
Come what may, Come what may
I will love you, until my dying day
Oh come what may, come what may
I will love you , I will love you
Suddenly the world seems such a perfect place
Come what may, Come what may
I will love you
Until my dying day
Peu importe le nombre de fois où Kurt chanterait cette chanson, peu importe où, ni quand. Cette chanson le ferait toujours pleurer, rappelant à son souvenir son rêve envolé. Pas celui de Broadway. Un autre, peut-être encore plus profond et encore plus vital.
"Ça y est la Castafiore a terminé ? Se moqua Blaine."
Kurt sursauta.
"Je te croyais endormi, fit-il en fixant l'endroit où il pensait que Blaine se tenait"
On ne voyait vraiment plus rien dans cette cabane.
Blaine ricana.
"Tu me croyais assez stupide pour dormir alors que tu es dans la même pièce que moi ? Tu es fou ! J'aurai peur, soit que tu m'étrangles, soit que tu te barres, soit que tu me sautes dessus."
Kurt faillit s'étouffer avec sa propre langue.
"Mais comment tu sais que je suis...?"
"Oh je t'en prie, le coupa Blaine. Seul un aveugle pourrait passer à côté du fait que tu es gay."
Kurt ne pouvait pas vraiment le contredire, il avait toujours tout fait pour afficher sa différence au reste du monde. Il fut juste surpris que Blaine décide de le protéger tout en sachant qu'il était attiré par les garçons. Après tous, les gens d'ici étaient tellement bornés.
"Pourquoi tu acceptes de me parler alors ? Demanda Kurt"
Cette fois-ci, Blaine ria de bon cœur, comme il n'avait plus rit depuis longtemps. Il avait oublié la sensation que ça procurait.
"Ne t'en fais pour ça Kurt. Je joue dans le même camp que toi"
Kurt haussa un sourcil.
"Je crains d'avoir mal compris... Fit-il."
"Je suis gay, aussi, expliqua le bouclé."
Elle fait peur la nuit, de par son obscurité, mais en fin de compte elle nous protège tous. Il se murmure des choses, tard le soir, dans les ailes de sa noirceur profonde. Des choses qu'on ne dirait pas en plein jour.
C'était le cas pour Blaine, il ne lui aurait jamais avouer qu'il était gay en plein jour, mais dans la sécurité de la nuit, c'était plus facile.
Enfin, ce n'était pas plus facile pour Kurt de faire rentrer l'information dans sa tête. Ce n'était pas possible, il avait toujours été tout seul dans cette ville. Le seul gay à s'accepter. Enfin, peut-être même le seul gay tout court.
"Tu... Tu es vraiment gay ?"
"Bah ouais. Ça te surprends ?"
"Un peu ouais..."
Blaine ricana une nouvelle fois. Il savait que de l'extérieur, il ne ressemblait pas à un gay. Enfin, surtout depuis qu'il avait abandonné ses nœuds papillons. Il sourit en repensant à l'époque où tout était plus simple, où il sortait avec Lui en cachette même si tout le monde le savait sans le dire à haute voix.
"Je pensais être le seul... Murmura Kurt. Je pensais que dans tout Lima il n'y en avait pas un comme moi, et que ça ne changerait jamais."
"Pourquoi croire une chose pareille ? Demanda Blaine en fronçant les sourcils."
"Parce qu'ici je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme moi... Jamais"
"C'est que tu es passé à côté. J'en ai connu plusieurs."
Kurt haussa un sourcil, comprenant que Blaine était originaire de Lima. Et que, même dans cette ville du fin fond de l'Ohio, il avait réussi à rencontrer d'autres gays.
"Eh bien aucun d'eux n'était à McKinley, soupira Kurt."
Il ressentit une pointe de douleur dans son cœur. De douleur mêlée a de l'espoir. C'était peut-être seulement dans son lycée que les gens étaient des homophobes en titre. Mais dans les autres, il n'était pas impossible que cette guerre gay/hétéro n'existe pas. Kurt serait alors juste tombé au mauvais endroit.
... Et Come What May ne serait pas impossible.
"Tu étais où au lycée ? Demanda-t-il a Blaine"
L'intéressé hésita. Il s'était déjà ouvert à Kurt plus qu'il ne l'avait fait avec quelqu'un depuis de nombreuses années. Il n'était pas sûr de vouloir encore plus se dévoiler, il craignait qu'une question entraine une autre question qui impliquerait une réponse gênante que Blaine ne voudrait pas donner. Le mieux à faire restait surement le silence.
"Blaine ? Le relança Kurt"
Le bouclé se mordit la lèvre inférieure. La question était simple : dans quel lycée avait-il étudié ? Et la réponse tout aussi facile : la Dalton Academie. C'était tout, juste le nom d'un établissement scolaire, pas le journal intime du garçon.
Blaine soupira, ne sachant quoi décider. En plein jour, il aurait éludé la question, cherchant à dévier la conversation vers autre chose ou tout simplement à fuir. Mais c'était la nuit, il était bloqué. Il n'existait plus aucune échappatoire. Si la nuit permettait de se sentir plus libre de se livrer, elle enfermait également les gens dans son étreinte. Le garçon n'eut donc pas vraiment le choix, la nuit décida pour lui.
"La Dalton Academie."
Kurt fut énormément surpris.
"Vraiment ? J'ai connu des gens là-bas, des Warblers."
Blaine se tendit en entendant le nom de la chorale dans laquelle Il était.
"Je n'avais pas beaucoup d'affinités avec eux... Mais j'aimais bien Jeff et Nick, ils étaient simples et faciles à vivre."
Les muscles de Blaine le faisait souffrir tellement ils étaient tendus. Et le nom des anciens Warblers de la même promotion que lui n'arrangea pas l'affaire.
"En réalité, le seul que je n'aimais pas était Sebastian."
Douleur. Tempête. Rage. Pleurs. Dévastation. Manque. Amour.
Voici toutes les émotions qui se livraient une bataille sans merci pour la domination du cœur de Blaine. Il n'avait pas prononcé ce nom depuis trois longues années, même en rêve. Il s'était promis de tourner la page à jamais, de ne jamais redire ce prénom si dévastateur. Et pourtant il était là, sorti de la bouche d'un autre que Blaine connaissait depuis même pas une semaine.
Le garçon sentit son pouls s'accélérer, ainsi que son souffle et il eut l'impression de recevoir un poignard dans le cœur. Il se brisait en mille morceaux. Encore une fois.
"Blaine ? Appela Kurt qui entendait le souffle du garçon s'intensifié"
Ce dernier ne répondit pas. S'il avait parlé, il aurait seulement pu dire ce qu'il pensait, le seul nom qu'il voyait derrière ses paupières closes.
Sebastian, Sebastian, Sebastian.
Tout son être était à vif, il cherchait de l'air. De l'air. Il avait besoin d'air. Quelque chose à l'intérieur de lui l'empêchait de respirer. L'oxygène restait bloqué à sa trachée.
Blaine se tourna sur le côté et vomit.
Il vomit toutes ses tripes, mélangeant les déchets qu'il rejetait au sel de ses larmes silencieuses.
Saloperie ! Kurt... Blaine avait envie de l'étrangler, de voir la vie quitter ses prunelles océans. Il voulait le voir souffrir comme il souffrait. Il voulait que ce soit lui qui le blesse. Lui et personne d'autre. Œil pour œil, dent pour dent. Mais pour qui se prenait-il pour déterrer un tel tourbillon de souffrance ? Blaine avait mis tellement de temps à l'enterrer ! De quel droit Kurt venait le détruire alors que Blaine lui avait probablement sauvé la vie en le mettant en sécurité ?
Enfin, il n'était plus en sécurité à présent. Si Blaine ne s'était pas mis à vomir, Kurt serait déjà étendu sur le sol. Mort.
Seulement ce n'était pas possible. Blaine vomissait à long trait, tentant d'évacuer ce trop-plein de sentiment en lui, cette douleur qui le sciait de toute part.
Bien sûr, Kurt ne comprit pas. Il ne comprit pas que si Blaine était malade, c'était par sa faute. Que c'était le nom de Sebastian, ce chanteur gay égocentrique qui avait tenté de faire de sa vie un enfer, qui l'avait mis dans cet état. Alors il se leva et s'approcha de Blaine, souhaitant innocemment lui apporter un soutien moral pendant que le bouclé vomissait tripes et boyaux. Plus la distance entre les deux se faisait courte, plus l'odeur nauséabonde assaillait les narines de Kurt en de violentes attaques. Mais le châtain ne se découragea pas. Il devait quelque chose à Blaine, ce dernier l'avait mis à l'abris. Et bien que, selon Kurt, le bouclé était complètement dérangé, il lui était redevable. Sa main eu du mal à trouver l'épaule de Blaine dans le noir, mais elle finit par s'y poser.
"Ne me touches pas ! Hurla Blaine."
Kurt retira vivement sa main et trébucha en arrière. Il tomba assis par terre, dans le noir, totalement désorienté.
Blaine se passa la main sur le visage. Il tomba à genoux. Tout remontait d'un seul coup. Les souvenirs qu'il avait tentés de garder emmurés en lui. Sa voix, son parfum, son rire. Sebastian... Le simple fait de penser son nom provoquait en lui des spasmes insoutenables dans tout le corps. Il avait mis tant de temps à ériger tous ses murs pour se protéger de tout ça et voilà que tout lui sautait à la figure. Comme ça, par hasard, à cause d'un garçon qu'il connaissait depuis seulement une semaine. A cet instant, Blaine regretta presque de l'avoir sauvé. S'il s'était enfui, laissant Kurt seul face au gorille, il n'aurait pas eu à être là, enfermé avec lui, avec ce prénom qui dansait derrière ses paupières.
Kurt tendait l'oreille. Il entendait le souffle irrégulier de Blaine. Il n'avait pas compris ce qu'il s'était passé mais il voulait l'aider.
"Blaine ? Appela-t-il"
Le bouclé ne lui répondit pas, ne bougea pas. Tout ce que Kurt entendait de lui était sa respiration qu'il tentait de contrôler. Il l'appela alors une seconde fois mais sans succès.
"De quel droit... Oses-tu... Prononcer son nom ? demanda soudain Blaine, toujours sans bouger, fixant le sol qu'il ne pouvait même pas voir."
Kurt fronça les sourcils. De qui parlait-il ? Sebastian ? Blaine connaissait Sebastian ? Après tout, c'était logique. Il venait de lui avouer qu'il avait été à la Dalton Academie et Sebastian faisait partie des Warblers, il était tout à fait probable qu'ils se connaissent.
"Tu parles de Sebastian ? demanda Kurt"
Blaine émit un gémissement en se tordant en deux à l'écoute de ce prénom.
Un gémissement qui n'échappa pas à Kurt, qui eut alors la réponse à sa question. C'était bien à cause de Sebastian que le bouclé était dans un tel état... Mais pourquoi ?
"C'était ton ami ? demanda le châtain."
Dans sa douleur, Blaine ricana. Qu'est-ce que Kurt pouvait être naïf...
"C'était mon petit-ami"
La bouche de Kurt forma un "O" de surprise. Il se maudit pour avoir parlé de lui. Sebastian et Blaine devaient être ensemble quand le leader des Warblers a été tué, ce qui expliquerait la douleur de Blaine.
"Toutes mes condoléances... Souffla-t-il"
Au début, Blaine ne fit pas attention à la remarque. Il préférait se complaire dans sa douleur plutôt que d'écouter ce que lui disait Kurt. Cependant cette phrase, cette simple phrase de trois mots fit son chemin jusqu'au cerveau de Blaine qui se concentra sur le dernier mot. Condoléances... Sebastian ne pouvait pas...?
"Condoléances ? Demanda le bouclé d'une voix dénuée de sentiments"
Alors, Kurt eut envie de mourir sur place. Il avait toujours été gaffeur mais jamais à ce point-là.
Blaine ne savait pas que Sebastian était mort. En trois ans, personne ne l'avait mis au courant. Et c'était lui, Kurt, un presque inconnu, qui lui balançait la triste vérité à la figure.
"Sebastian est mort. Il y a trois ans. Un meurtre. Personne n'a jamais vraiment su ce qu'il s'est passé cette nuit-là..."
Ce fut comme si le cœur de Blaine s'était arrêté. Le jeune homme avait souffert dans sa vie mais jamais il n'avait souhaité mourir à ce point. Il avait eu le cœur brisé en morceaux, mais il ne pensait pas que c'était possible que les morceaux se brisent à leur tour en miettes. Il ne pensait pas que son estomac pouvait faire autant de nœuds. Il ne pensait pas qu'il voudrait à ce point attraper son cœur et se l'arracher à main nue.
À quoi servait-il qu'il se batte à présent ? Que valait sa vie si Sebastian n'existait même plus ? Comment pouvait-il vivre dans un monde où Sebastian ne respirait plus ? Ça faisait trois ans, trois ans qu'il mourrait à petit feu et maintenant il savait pourquoi. Parce qu'un salaud avait osé ôter la vie à l'être le plus parfait que la Terre ait jamais connue.
De l'intérieur, il était détruit. Ce n'était pas comme si une tornade l'avait dévasté, il aurait presque préféré. C'était l'apocalypse. La fin du monde. Sa fin.
Pourtant de l'extérieur, il restait impassible. Son visage était de glace, son regard toujours baissé qui fixait le noir absolu, ses mains plaquées sur le sol, son corps qui restait de marbre. On aurait pu le prendre pour une statue. Aucune émotion ne paraissait chez lui.
Kurt ne pouvait pas voir ça. Il devait être dans les alentours de 3 heures du matin et le soleil était encore loin de se lever. La nuit persistait, et la pénombre avec. Tout ce qui lui indiquait l'état dans lequel se trouvait le bouclé était sa respiration. Profonde, régulière, lente. Comme s'il dormait. La châtain n'osait pas parler, de peur de déclencher une crise d'hystérie mais d'une certaine façon, la réaction de Blaine l'inquiétait. Le garçon était en état de choc, c'était évident, Kurt le devinait rien qu'au son de son souffle.
"Blaine ? Tenta Kurt avec beaucoup de douceur dans sa voix"
Cependant, le garçon ne l'entendit pas. Il était retiré au plus profond de lui-même, nageant dans un océan de douleur, de rage et d'amour qu'il ne contrôlait plus. Il revoyait tous les moments passés avec le seul amour de sa vie. La première fois qu'ils s'étaient vus, leur premier baiser, la première chanson que Sebastian lui avait chantée, tous les petits rendez-vous secrets qu'ils se donnaient parce que Blaine n'assumait pas leur relation. Qu'est-ce qu'il pouvait regretter à présent. Il donnerait tout pour faire revenir Sebastian et se promener dans la rue le tenant par la taille, pour montrer fièrement leur amour aux gens. Mais ce n'était plus possible, parce que Sebastian était mort, tué.
Blaine sentait qu'il s'enfonçait, qu'il se perdait lui-même en perdant sa raison de vivre. Il était emporté, il avait trop mal et aucune ancre n'était là pour qu'il puisse s'y accrocher. Toutes les émotions étaient trop fortes, il deviendrait fou. Et puis, une se détacha du lot. Il s'y accrocha, corps et âme et reprit le combat. Le combat pour ne pas devenir fou. Plus il s'y accrochait, plus l'émotion s'intensifiait. Il sentit qu'il commençait à sortir la tête de l'eau. Alors il s'y accrocha encore plus férocement. Il s'agrippait de toutes ses forces à une seule et unique émotion : la haine. Une haine meurtrière pour celui qui l'avait privé de son Soleil.
"Que lui est-il arrivé ? Demanda Blaine en serrant les dents"
Kurt se tordit les doigts.
"Personne ne sait réellement... Je crois qu'il s'est fait battre à mort dans un parking tout prêt de la Dalton Academie. Mais on n'en a pas trop sûr parce que l'agresseur était mineur."
Blaine sentit ses forces l'abandonner quand il comprit. La haine qui le rendait fort se retourna. Elle se retourna sur lui-même. Il ne pouvait pas se haïr comme il aurait haï quelqu'un d'autre. Le désir de vengeance n'existait plus et sans ça, la haine n'était plus assez puissante pour qu'il puisse tenir.
Alors, Blaine sombra.
Flash-back
Blaine était dans une salle rectangulaire, assis sur une des trois chaises qui entouraient l'unique table qui était aussi l'unique meuble de l'endroit. Les murs étaient teint d'une couleur grisâtre et la seule lumière provenait de la lampe au-dessus de lui, il n'y avait aucune fenêtre.
Blaine se sentait seul et désemparé. Il n'avait pas compris pourquoi la police était venue frapper chez lui. Il était dans son bain et il les avait vu arriver par la fenêtre. Ça ne l'avait pas inquiété, il avait pensé qu'ils étaient venus pour son frère et ses problèmes de drogues.
Mais ce fut lui que son père appela, pas Cooper. Alors Blaine était sorti de la salle de bain en vitesse après s'être rhabillé et avait traversé toute la maison pour rejoindre son père et les deux policiers sur le perron. Une fois arrivé, il avait remarqué le visage blême de son père et les expressions dures des représentants de l'ordre. Ces derniers lui avaient demandé s'il était bien Blaine Anderson. Il avait acquiescé et les deux hommes l'avaient arrêté. Pour meurtre.
Au début, Blaine avait cru à une mauvaise blague. Pourtant, il était bien là, dans cette affreuse salle, attendant que les deux agents de la brigade criminelle viennent lui poser des questions. Il se demandait bien ce qu'il pourrait leur répondre. Il n'avait aucun souvenir de la veille. Encore un de ses trous de mémoire insupportable.
La porte de la salle s'était ouverte, laissant passer les deux policiers qui l'avaient interpellé.
Blaine avait passé l'heure la plus éprouvante de sa vie. On l'accusait d'avoir tabassé à mort un jeune garçon sur un parking de grande surface la nuit dernière. Le corps avait été retrouvé le matin même et les vidéos des caméras de surveillance le pointaient du doigt. Bien sûr, Blaine avait tout nier en boucle mais une part de lui avait extrêmement peur. Il ne se souvenait pas de ce qu'il avait fait la veille. Il avait alors demandé à voir la vidéo.
C'est avec grand plaisir qu'un des deux agents sorti son portable et enclencha la vidéo pour la montrer à Blaine.
Au début, le garçon distinguait très mal la scène. Il faisait nuit et la caméra avait filmé selon un angle étrange. Puis, petit à petit, il s'était habitué et avait réussi à voir ce que la police voyait sur ces images. Il y avait bien un homme en tabassant un autre. Il n'avait jamais vu un tel niveau de violence. Ensuite, il remarqua les cheveux de l'agresseur. Bouclés, comme les siens. Mais la scène était courte et tout se déroulait très vite. À la fin, Blaine n'était sûr de rien et continuait à croire à son innocence. Cependant, un des agents remonta la vidéo jusqu'à un moment précis avant de faire pause. L'agent sourit en regardant l'écran avant de tendre le téléphone à Blaine qui s'en saisit avec appréhension.
Il vit ce qu'il craignait de voir. Son visage, déformé par la fureur mais totalement reconnaissable. Blaine ne pouvait plus nier. C'était lui le meurtrier, même s'il ne s'en souvenait pas lui-même.
Fin du Flash-Back.
Blaine Anderson. Tu as tué le seul grand amour de ta vie. Sans même t'en rendre compte.
Note de l'auteur:
Et voilà ce 4ème chapitre! J'espère très sincèrement qu'il vous a plu! On en apprend beaucoup plus sur Blaine et sur ce Lui qui est en réalité Sebastian. Ainsi que ce qui s'est passé entre eux...
Alors? Surpris? Pas surpris? Vous vous en doutiez? Bref, comme d'habitude laissez-moi une review pour me dire vos ressentis!
Encore un grand merci aux personnes qui me suivent! Et à bientôt!
