Hello everybody!
Je suis vraiment désoléééée du retard! Le chapitre était fini en début de semaine mais étant en internat je ne peux pas poster en semaine, d'où le retard. J'espère que vous me pardonnerez!
En tous cas, voilà ce fameux chapitre 5! :)
J'espère que vous aimerez.

JE TIENS A RAPPELER QUE CETTE FICTION EST UNE FICTION M!

Un grand merci à toutes vos review qui m'ont fait énormément plaisir :)

Amande: Merci beaucoup pour ta review! Je suis contente de t'avoir surprise avec le passé de Blaine :) Quant à ses trous de mémoire, on en saura plus plus tard :) Ainsi que sur les raisons qui l'ont poussés à faire ce qu'il a fait à Sebastian... Le mystère continue :)

Nemaja: En réalité, il y a une raison pour laquelle Blaine n'a rien su de son crime... On en saura plus plus tard également. :)

Bleikaide: Merci énormément pour ta review!Les sentiments et les réactions de Blaine ont été très difficiles à écrire, je suis très touchée que cette partie là t'ait plu! :)Crois-moi, je ne suis pas fan de Seblaine également, et Sebastian est un personnage qui me sort par les yeux. Mais n'oublions qu'on est dans la tête de Blaine lorsqu'il parle de lui, alors peut-être qu'il n'est pas ce qu'il semble être... Et Blaine a une très bonne raison d'avoir tué Sebastian, elle arrivera surement dans trois chapitres :) Je laisse traîner le mystère avant :)

La petite lili: Merci beaucoup pour ta review, ça fait plaisir de savoir qu'on es lu et appréciée :) ! Je suis contente que ma fiction te plaise et que la révélation sur Sebastian t'ait surprise! La suite arrivera probablement la semaine prochaine :) Et merci pour le compliment, c'est vraiment adorable :3

Voilà pour les remerciements :)

Je n'oublie pas ma beta, Brookey20 qui fait vraiment un super travail! Merci à elle :)

Allez voir les écrits de Luper et Nemaja, ça vaut le détour :)

Bonne lecture!


CHAPITRE 5

De l'autre côté des Etats-Unis, Santana Lopez fermait sa valise pleine à craquer, réalisant le cliché du "je m'assois sur la valise pour qu'elle se ferme". Elle grogna un bon coup, une dernière fois et claqua le clapet pour verrouiller ses bagages. Une fois fait, elle soupira et dégagea ses longs cheveux bruns de son visage recouvert d'une fine pellicule de sueur. Toujours assise sur la coque de plastique, elle tira son portable de sa poche pour vérifier si elle avait un message ou un appel manqué. Mais ce fut une déception. Kurt n'avait pas essayé de la joindre. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge murale. 10h34. Kurt aurait déjà dû appeler depuis la veille. Elle composa son numéro et posa sa tête dans sa paume, attendant que le bip laisse la place à la voix claire de son ami.

Bonjour, Kurt Hummel à l'appareil. Si je ne réponds pas, c'est surement que je suis occupé. Alors laissez un message après le bip et je vous rappellerai.

Santana soupira. Ce n'était pas le genre de Kurt de ne pas répondre au téléphone.

Bip !

"Allô, Kurt ? C'est San' ? Tu étais censé m'appeler tu te souviens ? Pourquoi ne réponds-tu pas ?"

Elle marqua une pause, comme si elle s'attendait à ce que son ami lui réponde.

"En tous cas, continua-t-elle, rappelle-moi. A n'importe quelle heure. De nuit, comme de jour. Même si c'est l'apocalypse. Ok ?"

Nouvelle pause.

"Bon... Salut Kurty. J'espère que tu vas bien."

Elle raccrocha alors, inquiète. Il se passait des choses dans Lima, des choses mêlées à Kurt. Pourtant, Santana n'arrivait pas à comprendre. La ville avait toujours été calme, sans rien de passionnant à vivre. Toute son adolescence, la jeune femme s'était ennuyée ferme. Bien sûr, il y avait eu le lycée, les cherrios, les mecs... Mais la seule chose qui avait fait de sa vie un conte de fée avait été Brittany. Sa belle blondinette qu'elle aimait tellement que son cœur avait mal sous la pression de tout cet amour. Elle lui donnerait tout, elle détruirait tout pour elle. Elle pourrait donner sa vie, arracher son propre cœur si Brittany le voulait, si elle en avait besoin pour vivre. De toute façon, vivre sans elle n'avait aucun sens. Elle préférait mourir plutôt que d'être privée de son seul moteur.

Elle commença à chantonner sa chanson. Celle à laquelle elle pensait tout le temps dès que Brittany hantait ses pensées.

For you

There'll be no more cryin'

For you

The sun will be shinin'

And I feel it when I'm with you

It's all right

I know it's right

And the songbird keep singing, like they know the score.

And I love y...

"San' ! Hurla Rachel en poussant la porte de l'appartement. Je suis rentrée ! J'ai eu ton message, c'est quoi cette histoire avec Kurt ?"

Elle passa la tête dans l'entrebâillement de la porte mitoyenne à la chambre de la jeune Latina et au salon.

Santana sourit en voyant le visage de sa vieille amie. Depuis qu'elle l'a connaissait, elle avait beaucoup changé mais tout en restant fidèle à elle-même. Même la célébrité n'avait pas réussi à la détourner de qui elle était.

Rachel fut surprise du tableau qu'elle trouva en rentrant dans la chambre parfaitement rangée de sa colocataire. Rien que le fait qu'elle soit rangée était anormal...Mais le plus surprenant restait tout de même Santana, assise sur une énorme valise noire pleine à craquer.

"Tu pars ? Demanda Rachel"

Depuis que Santana et Brittany s'étaient fiancées, la petite diva redoutait ce moment. Elle savait qu'à un moment où un autre son amie Latina la quitterait pour partir vivre avec l'élue de son cœur. Rachel se retrouverait alors seule. Dans un appartement qui avait pourtant compté trois habitants. Elle pourrait demander à Brody de venir bien sûr, mais elle n'était pas sûre d'être prête à franchir ce cap-là avec lui. Parce que malgré tout, elle n'avait jamais pu totalement oublier Finn.

Heureusement, Santana secoua négativement la tête, ce qui détendit son amie.

"Non, je fais juste un petit retour aux sources avec Brittany. On a décidé de retourner à Lima."

Rachel fronça les sourcils. S'il y avait bien une chose qui caractérisait Rachel Berry, après son incroyable talent et sa hargne sans équivalent, c'était bien son intelligence. Alors, son cerveau n'eut pas besoin de beaucoup de temps pour assembler les morceaux ensembles.

"Tu pars pour Kurt ? Demanda-t-elle"

Santana secoua la tête. Elle était consciente que son amie était en pleine ascension et que rien, absolument rien, ne devait la détourner de son but ultime. Il valait mieux qu'elle reste en dehors de l'histoire "Kurt". Santana avait fait une erreur en lui envoyant un message, mais elle comptait bien réparer ça.

"Non, non ! Ne t'inquiète pas pour lui. Je l'ai eu au téléphone tout à l'heure, tout à l'air de bien se passer pour lui et Carole."

Mentir. Santana Lopez savait parfaitement bien mentir. Elle avait de l'expérience. Combien d'années avait-elle passées à se mentir à elle-même et à mentir aux autres, se persuadant que coucher avec Puckerman la rendait parfaitement heureuse et que Brittany était seulement sa meilleure amie ? Une meilleure amie canon mais seulement une meilleure amie.

Rachel la crut. Elle pensait savoir déceler le mensonge chez tout le monde mais Santana mentait tellement bien qu'elle ne le détecta pas.

"D'accord... Fit-elle seulement. Bon ! Je vais devoir aller m'entrainer, j'ai une audition dans pas longtemps et je dois me préparer pour mes partiels de danse. Il ne nous laisse pas un instant à nous dans cette école !"

Sur ce, Rachel envoya un baiser imaginaire à Santana qui la gratifia de son plus beau sourire.

"Travaille bien, little Berry."

La petite diva lui rendit son sourire et sortit de la pièce en sautillant.

Santana descendit enfin de sa valise sur laquelle elle était encore perchée et s'approcha de la fenêtre, guettant l'arrivée de Brittany qui ne devrait plus tarder. Elles avaient leur avion dans une heure et demie.

Santana et Brittany avait décidé de ne pas tout de suite aller à Lima. La Latina voulait d'abord aller chez sa grand-mère, pour lui parler.

Il y avait quelques années, quand Santana avait annoncé son homosexualité à sa grand-mère adorée, cette dernière l'avait rejetée, ne voulant même plus entendre parler de sa petite fille. Mais, après tout ce temps passé loin l'une de l'autre, peut-être qu'elle avait trouvé la manque de Santana. Peut-être que maintenant, elle trouverait l'amour nécessaire pour accepter sa petite-fille.

Ainsi que Brittany.

Santana savait qu'elle risquait gros en emmenant sa fiancée avec elle, mais elle ne se voyait pas partir sans elle. Elle avait trop besoin de soutient.


DIX JOURS PLUS TARD.

Les doux rayons orangés du soleil commencèrent à caresser la petite ville de Lima dans l'Ohio. Tout paraissait calme, exactement comme d'habitude. Les oiseaux commençaient à chanter, les volets fermés ne tarderaient pas à se rouvrir et chaque habitant dans cette ville reprendrait sa semaine. Ce serait pour beaucoup d'entre eux un lundi comme les autres, rythmé par la routine que la vie leur avait fixé.

Tout semblait semblable.

Pourtant, en dix jours, beaucoup de choses avaient changées.

6 :59 :57

6 :59 :58

6 :59 :59

7 :00 :00

Quelque part dans la ville, un réveil sonna, tirant du sommeil son propriétaire qui aurait bien dormi un peu plus après cette nuit agitée.

Kurt se redressa et replaça par automatisme quelques mèches indisciplinées à leur place. Il s'étira et frotta ses yeux. Il était prêt à parier qu'ils étaient ornés de deux poches bien bleues. Il n'avait pas assez dormi, il le sentait rien que dans la rigidité de ses membres et le picotement de ses yeux. Il espéra que son fond de teint parviendrait à cacher les horribles cernes.

La respiration régulière à côté de lui attira son attention.

Pour une fois, le visage de Blaine semblait serein. Mais ça n'avait pas été le cas pendant toute une partie de la nuit. Le garçon avait été agité de furieux cauchemars et s'était réveillé en sursaut plusieurs fois, réveillant Kurt par la même occasion. Des larmes avaient coulé en cascades le long de ses joues mais il avait semblé ne pas y faire attention. Il avait juste regardé autour de lui comme s'il avait peur que quelqu'un l'attaque. Kurt avait tenté de le calmer mais rien n'y avait fait, il n'avait même pas réussi à le faire parler. Dix jours que Blaine n'avait plus prononcé un seul mot. Dix jours qu'il avait sombré. Dix jours que Kurt se sentait impuissant.

En tous cas, ce manège avait duré toute la nuit. Comme toutes les autres nuits d'ailleurs.

Kurt détailla les traits paisibles du brun. Ça changeait de le voir ainsi, sans peur, sans haine, sans angoisse. Juste Blaine, dans toute son innocence.

Kurt balança les couvertures et glissa doucement ses pieds dans ses chaussons pour ne pas réveiller l'autre garçon. Il sortit ensuite de la chambre, faisant attention à ne pas faire craquer le parquet.

Sur le pas de la porte, il se retourna. Il sourit faiblement à la vue de Blaine enroulé dans les couvertures. Même si la léthargie du garçon commençait sérieusement à l'inquiéter, il ne pouvait s'empêcher de sourire devant ce visage respirant l'innocence.

Mais qu'avait bien pu faire ce garçon pour aller en prison ? Il ressemblait à un ange, ainsi...

Il était heureux que Blaine soit là, il n'aurait pas supporté de le savoir errer dans les rues dans l'état dans lequel il se trouvait après cette fameuse nuit dans la cabane.

Il arrivait encore à Kurt d'en rêver, de cette nuit-là. Ce weekend avait été le plus éprouvant de toute sa vie.

Une ombre passa dans les yeux du garçon quand il revit en pensée les événements de cette fois-là.

Après son énorme gaffe, il avait préféré s'enterrer, se faisant le plus petit possible pour laisser Blaine assimiler l'information. Tout le reste de la nuit, il s'était maudit pour avoir laissé sortir ça. Jamais il ne s'était senti aussi coupable et il aurait tout donné pour remonter le temps et tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler.

Tu ne pouvais pas savoir, Kurt...

Peut-être. Mais cela n'empêchait pas le châtain de ressentir cette culpabilité qui l'avait rongée jusqu'au matin.

Et elle s'était encore accrue quand la lumière avait inondé l'habitacle par le même petit trou de la planche clouée à la fenêtre. Un rayon de soleil s'était posé sur le corps de Blaine, et Kurt s'était rendu compte des dégâts qu'il avait causé.

Le brun était agenouillé sur le sol, les paumes reposant dans la poussière et les yeux fixés sur la terre. Il ne bougeait pas, seul le faible haussement régulier de ses épaules indiquait à Kurt qu'il respirait toujours. Ce dernier sentit son estomac faire des nœuds à cette vue. Dire que tout ça était de sa faute...

Il s'était finalement levé après avoir passé une heure à attendre que Blaine esquisse le moindre mouvement, mais en vain. Finalement, il s'était dirigé vers lui et avait posé la main sur son épaule, avec un peu d'appréhension, s'attendant à une réaction violente de la part du bouclé. Mais à sa grande surprise, il n'avait pas bougé d'un centimètre, ne semblant même pas remarquer son contact.

Il l'avait appelé, d'abord doucement puis avec plus d'insistance lorsqu'il avait constaté la passivité totale de Blaine.

Au bout d'un moment, le brun avait semblé se rendre compte de sa présence et avait bougé. C'était la première fois depuis la terrible annonce qu'il s'autorisait un mouvement.

Kurt s'était longuement tâté. Que devait-il faire ? Partir et laisser Blaine dans cet état ? Tenter de faire revenir le garçon à lui-même et de le faire sortir ?

Au final, il avait décidé qu'il ne pouvait tout simplement pas laisser Blaine qui finirait par se remettre et recommencer à errer dans les rues.

Il avait pensé à l'emmener chez lui, mais le bouclé lui paraissait réellement instable. Et comment expliquerait-il à Carole qu'il ramenait un ex-prisonnier à la maison alors qu'il était censé passer la nuit avec Monsieur Schue à travailler pour le Glee Club ?

Il avait une nouvelle fois regardé le bouclé, à genoux sur le sol, les yeux dans le vague. Une autre pointe de culpabilité l'avait traversé.

Ce fut cette dernière petite pointe qui l'avait décidé. Cette pointe aussi petite qu'elle était douloureuse. De toute façon, tout était de sa faute, il fallait qu'il paye les conséquences de sa gaucherie.

Au diable Carole.

Au diable la sécurité.

Au diable les excuses.

Blaine rentrerait avec lui.

Après avoir pris cette décision, il s'était agenouillé aux côtés du brun et lui avait demandé de le suivre. Il avait cependant dû faire face à l'indifférence de Blaine pendant une bonne vingtaine de minutes. Mais pas une fois il n'avait songé à laisser tomber.

Blaine rentrerait avec lui.

De gré ou de force.

Il avait finalement réussi à faire bouger le bouclé mais s'était vite rendu compte que ce dernier était dans l'incapacité de marcher par ses propres moyens. Kurt l'avait presque porté pendant tout le voyage.

Arrivé chez lui, le châtain avait dû affronter une Carole complètement dépassée en voyant son beau-fils ramené un inconnu à la maison. Mais Kurt avait menti : il lui avait dit qu'il avait récupéré Blaine sur la route, juste après un accident de voiture, en sortant de chez Monsieur Schuester. Carole l'avait cru.

Kurt regarda Blaine qui dormait toujours, la tête enfouie dans son oreiller. Ils devaient tous les deux partager le même lit puisqu'il n'y en avait pas d'autres de libre, la chambre de Finn étant devenue une sorte de dépotoir depuis son départ. De toute façon, Kurt était à peu près sûr que Blaine ne s'en était même pas rendu tellement il semblait déconnecté de la réalité.

Dix jours après tous ses évènements, il savait qu'il avait fait le bon choix. Jamais il n'aurait pu laisser Blaine errer dans les rues. Il n'aurait surement pas survécu à une journée dehors.

Dans son sommeil, Le bouclé eut un petit sursaut et ses sourcils se rejoignirent en signe d'inquiétude. Kurt soupira. Il savait ce que ça voulait dire : un nouveau cauchemar.

Il serait bien resté là, attendant que Blaine se réveille en sursaut, comme toujours. Pour qu'il ne soit pas seul. Mais Kurt avait une séance de Glee Club aujourd'hui, il ne pouvait pas en rater encore une. En dix jours, il en avait sauté trois et la dernière fois qu'il s'était montré à McKinley, il avait senti que le moral de ses troupes était au plus bas. Il devait remonter tout ça.

C'est donc à regret qu'il referma la porte derrière lui, laissant Blaine seul avec ses songes, et qu'il descendit pour prendre son petit déjeuner

7h41

Une voix. Une seule. Encore et toujours la même. Il l'appelait. Mais pas comme il l'appelait avant. Non. C'est bien plus puissant, bien plus méchant, bien plus haineux.

C'était l'envie d'une vengeance.

Blaine tournait, tournait, tournait dans la pièce noire qu'il s'était forgée en lui-même et dans laquelle il se trouvait emprisonné.

La voix continuait à dire son prénom. La voix de Sebastian.

Blaine. Blaine. Blaine.

A chaque accentuation, à chaque souffle que Sebastian faisait, son cœur se blessait encore davantage. Parce que Sebastian souffrait. Parce que rien que les deux petites syllabes qu'il répétait inlassablement respiraient la souffrance.

Tout tournait trop vite, la voix, le noir. Blaine ne pouvait plus respirer. Ne pouvait plus penser.

Il cria.

Il ouvrit les yeux, trempé de sueur de la tête au pied. Ses boucles brunes étaient collées à son front et il sentait des gouttes rouler le long de sa colonne vertébrale. Mais il commençait à être habitué.

Il enfonça la tête dans l'oreiller et respira l'odeur vanille-cannelle avec laquelle il se réveillait depuis quelques jours, peut-être une dizaine mais il en avait perdu le compte. L'odeur sucrée pénétra ses narines et il inspira profondément. L'odeur qui se dégageait des plumes.. Il n'y avait plus que ça qui le rattachait à la réalité.

Depuis des jours entiers il croyait mourir. Il sentait son cœur battre mais chaque battement le faisait souffrir. Un cœur en miette comme le sien ne pouvait pas espérer battre normalement. Les miettes essayaient de se recoller entre elles mais chaque pulsion les brisait une nouvelle fois. Un cercle sans fin, une punition mythologique.

Les connections nerveuses de son cerveau restaient intactes mais Blaine nageait dans un océan de souffrance embrumée. Il ne pouvait plus penser, ne savait plus. Chacune de ses idées ou images se perdaient au fin fond de son esprit avant même qu'il ne les comprenne. C'était un peu comme si son cerveau n'assimilait qu'une seule et unique chose : la douleur.

Il essaya de se concentrer sur ce qu'il y avait autour de lui mais il n'y parvint pas, étant enfermé dans ce nuage de brume. Mais après tout, ça l'importait peu. Plus rien ne comptait sur cette Terre depuis que Sebastian ne la foulait plus.

Une pointe de violente douleur le transperça. Rien que le fait de penser son prénom le torturait.

Il se haïssait pour ce qu'il avait fait, il n'était pas conscient de ses actes mais ça ne changeait rien au résultat final. Sebastian était mort. Mort. Par sa faute.

Sa haine le consumait, le brulait avec une ardente flamme qui enflammait tout sur son passage. La seule et unique chose qui lui restait était ce dégoût de lui-même. Monstre.

Il se répugnait. Il ne supportait plus ses mains qui avaient ôté la vie de façon monstrueuse. Il ne pouvait plus vivre avec ses pieds qui avaient tabassé sans pitié. Même son visage le dégoutait. Il revoyait en boucle dans ses cauchemars cette affreuse vidéo qui se mettait inlassablement en pause sur le même gros plan. Celui de son visage respirant la haine et l'euphorie du meurtre. Même son propre esprit lui donnait envie de vomir. Il était seul dans sa tête et bien qu'il ne se souvienne de rien, personne ne lui avait dicté ses actes. Il était coupable.

Il enfonça encore plus son nez dans l'oreiller, de façon à respirer l'odeur vanille-cannelle plus intensément.

En fin de compte, c'était la seule chose qui le faisait tenir. Cette odeur qui lui rappelait que malgré la douleur, malgré la haine, il était toujours en vie. Que le monde réel existait toujours. Que dehors, rien n'avait réellement changé.

8h03

Kurt poussa la porte de la salle de chant, trouvant tous ses élèves au complet. Très bien, ils avaient du pain sur la planche.

Il les salua rapidement et sorti les photocopies de la partition de Skyscraper. Quelques jours auparavant, les élèves s'étaient mis d'accord sur cette chanson, la trouvant parfaitement adaptée à leur situation.

A son grand plaisir, les discussions n'avaient pas été très longues. Depuis son arrivée, Kurt avait senti le rapprochement des élèves. Joy et Gladys ne se prenaient plus le bec comme avant et avaient même accepté les auditions pour le solo d'entrée avec joie. Un moyen de se mesurer l'une à l'autre sans se bouffer le nez.

D'ailleurs, les auditions étaient pour ce soir. Kurt savait qu'il donnait les partitions un peu tard mais il voulait aussi par-là juger de la capacité de ses élèves à être performants au pied levé.

Tu es pire que la NYADA, mon pote !

"Kurt ? demanda Gale, un garçon qui parlait très peu."

"Oui ?"

"Eh bien, avec les autres, on s'est dit qu'on aimerait bien faire cette chanson là au régionales... »

Il se leva et tendit trois feuilles de papier au châtain. Des partitions.

"Keep holding on... chuchota-t-il. Avril Lavigne ? C'est plutôt déroutant comme choix... Et ça sort un peu de notre ligne de conduite. On avait dit le come-back non ?"

"Oui... Mais cette chanson nous représente tellement. On est une famille, même si on a encore du mal à s'accepter les uns les autres. Alors on s'entraide. Et pendant notre come-back encore plus."

Kurt ne connaissait pas vraiment la chanson. Il l'avait entendue comme ça, à la radio, sans s'y intéresser d'avantage. Ce n'était pas le style de chanson qu'il avait l'habitude d'écouter. Il était plutôt branché classique de Broadway. Come what may, Memories, Don't rain on my parade… Mais en parcourant la partition, en lisant les paroles, il comprit pourquoi cette chanson tenait à cœur aux élèves. C'était une hymne à l'entraide, à l'amour, à l'amitié. Lui-même pouvait se revoir dans ses mots, à cause de toutes ses années lycées que ses amis l'avaient aidé à passer.

Elle les représentait tous. C'était leur amitié incarnée autant qu'une promesse qu'ils se faisaient à chacun. En fin de compte, c'était la chanson parfaite pour eux.

Et la mélodie était entrainante et se calerait parfaitement après la chanson de Demi Lovato.

En fin de compte, ce n'était pas une mauvaise idée. S'en était même une assez bonne.

"C'est d'accord ! S'exclama-t-il. Mais par soucis d'équité, il y aura d'autres auditions pour cette chanson. Bien sûr, la personne qui aura préalablement gagné le solo d'entrée ne pourra pas se présenter une seconde fois, alors je vous conseille de bien réfléchir."

Kurt fut alors envahi par un flot de questions qui le submergèrent rapidement.

"Quand auront lieu les auditions ?"

"C'est des auditions mixtes ?"

"Donc on ne choisit pas de soliste principal pour toutes les chansons cette année ?"

"Est-ce qu'on fonctionne sur le même principe que pour les auditions de Skyscraper ?"

Kurt leva une main au ciel pour demander la parole. À ce geste, tous les élèves se turent.

"Donc comme vous l'avez compris, nous n'aurons pas de soliste principal pour ces régionales mais trois. Chacun avec sa chanson. Et oui ce sont des auditions mixtes, même si pour Skyscraper, je préfère être honnête avec vous, je privilégierai les filles. Et oui, elles fonctionneront de la même façon : vous n'avez pas le choix de la chanson, vous interpréterez Keep Holding on... Je crois avoir répondu à toutes les questions...

"La date ? Demanda Thomas."

Kurt pencha la tête sur le côté, en pleine réflexion.

"Mh... Surement la semaine prochaine. On dit mercredi pas de cette semaine mais de la semaine d'après ?"

Tous les élèves approuvèrent. On était lundi. Ce délai leur laissait précisément 8 jours pour se préparer.

"Est-ce que Blaine chantera avec nous aux régionales ? Demanda Joy"

Kurt soupira. Depuis la fois où Blaine avait chanté Teenage Dream, les jeunes ne parlaient que de lui. Et il n'arrivait pas à leur faire comprendre que le bouclé ne reviendra pas, même s'il représenterait un atout de taille pour l'équipe.

Il avait abandonné l'idée de convaincre Blaine d'intégrer la chorale. Il s'était rendu compte que c'était une entreprise vouée à l'échec dès le départ parce que Blaine ne voulait pas. Et peut-être qu'il refusait parce que les New Direction avaient été les concurrents de Sebastian il n'y avait pas si longtemps…

De toute façon, vu l'état dans lequel il se trouvait à ce moment-même, Kurt ne se faisait plus d'illusions.

Ils se débrouilleraient sans lui.

Kurt se demanda alors ce que pouvait bien faire Blaine. Il devait dormir, comme tout le temps. Surement faire un autre affreux cauchemar... Il se sentit coupable de ne pas être avec lui. Le bouclé traversait surement une des pires épreuves de sa vie et il était seul.

9h33

Blaine se retourna dans le lit. Encore une fois.

Depuis une heure il n'arrivait plus à trouver le sommeil, ce qui lui permettait de penser. Le problème c'est qu'il ne voulait pas penser. Parce qu'il pensait mal, et que son cœur ne le supportait pas. Parce qu'il pensait à Sebastian.

Bon sang, cette foutue blessure lui faisait un mal de chien. Les blessures physiques qu'il avait déjà endurées n'étaient rien en comparaison. Il pouvait toujours se soigner lorsque ce n'était qu'une plaie. La cicatrisation se faisait rapidement. Mais là, cette torture intérieure que subissait son corps entier était insoutenable. Il ne contrôlait pas cette douleur. Mais il avait tellement besoin de contrôle...

Il se retourna de l'autre côté et fixa la photo en face de lui, sur la table de nuit. Elle représentait Kurt beaucoup plus jeune, peut-être dans les alentours de dix ans, entouré d'un homme et d'une femme. Au vue des ressemblances physiques, il s'agissait de ses parents.

C'était grâce à cette photo que Blaine avait compris que Kurt l'avait amené chez lui. Il avait mis une semaine entière à s'inquiéter d'où il était.

En réalité, il ne savait pas vraiment à quoi il avait pensé, ni même ce qu'il avait fait pendant une semaine entière. Mais la seule chose qui le rassurait, c'était qu'il savait que ce n'était pas encore les effets d'un autre trou de mémoire. Blaine savait les reconnaitre maintenant, il pouvait donc assurer que ça n'en était pas un.

Blaine pivota sur lui-même. L'amour qu'il lisait dans les trois paires d'yeux de la photographie lui déchirait le cœur.

Il en avait ras le bol de souffrir. Pourquoi avait-il à vivre avec ce putain de trou au fond de lui ? Pourquoi à chaque battement de cœur, censé le faire vivre, il se sentait mourir ?

Et pourquoi toute cette souffrance n'était pas réelle ? Pourquoi toute cette souffrance n'était-elle pas physique ?

Alors, Blaine eut une idée. Quelque chose dont il avait déjà entendu parler. Une amie de son frère en était morte à la longue. Mais s'il le faisait juste une seule fois...

Si ça lui permettait de se sentir mieux...

9h35

Kurt était assis dans l'auditorium à pianoter sur son téléphone sans réel but. Il attendait que les techniciens finissent de tout mettre en place pour les auditions mais ça avait l'air de prendre plus de temps que prévu. Des problèmes techniques d'après ce qu'il avait compris...

En tous cas, il s'ennuyait ferme.

Il entendit des pas arrivés derrière lui mais ne prit même pas la peine de se retourner. Ce devait être encore un des techniciens qui venait lui dire qu'ils auraient encore du retard.

Ce n'était pas comme s'il était pressé mais il aurait aimé pouvoir boucler ces auditions dans la matinée… Ils avaient tout de même encore une chanson à écrire et il comptait mettre cette semaine à profit pour la travailler

"Kurty ! fit une voix qu'il connaissait bien."

Il n'en cru pas ses oreilles. Ce n'était pas possible, elle ne pouvait pas être ici ! Il posa son téléphone brutalement sur la table en face de lui et s'empressa de se lever et de se retourner vers la personne qui venait de parler.

"Mon Dieu San', mais qu'est-ce que tu fiches ici ? S'exclama-t-il."

La jeune Latina le prit dans ses bras et le serra contre elle. Elle était contente de revoir Kurt. Il lui avait manqué, et parler par téléphone ou par message n'était tout de même pas la même chose que de pouvoir le serrer contre soi.

Elle se recula et examina son visage. Elle remarqua immédiatement les poches bleuâtres sous les yeux bleus de son ami et ses traits plus tirés que d'habitude. Elle ne fronça pas les sourcils mais ça ne l'empêchait pas d'être inquiète à l'intérieur. Ce n'était pas le genre de Kurt de se laisser aller. Et ses cernes montraient un manque de sommeil. Pourtant, Santana savait à quel point le châtain insistait toujours pour avoir ses dix heures quotidiennes de sommeil.

Comme quoi, elle ne s'était pas trompée. Quelque chose de louche se tramait à Lima.

"Tu as cru que je resterai loin avec tous les trucs bizarres qui t'arrivent en ce moment ? Voyons Porcelaine, tu me connais mieux que ça."

Kurt avait tout raconté à Santana. Cette nuit dans la cabane, Blaine et sa léthargie.. C'est vrai qu'il aurait dû se douter qu'elle rappliquerait rapidement.

"Britt' est dans le coin ? demanda-t-il."

Santana lui fit un grand sourire.

"Bien sûr ! On doit t'annoncer quelque chose d'ailleurs, mais ce soir... En attendant, je crois qu'elle voulait aller à la fourrière pour trouver une femme à Lord Tublington."

Kurt rit. Brittany serait surement toujours aussi folle et Santana aura toujours cette petite étincelle d'amour dans les yeux quand elle parlera d'elle.

9h40

Blaine se leva. Il se sentait mal. Très mal. Ses jambes avaient du mal à le porter et chaque fibre de son être semblait fragile, sur le point de s'écrouler.

Il poussa la porte qu'il savait être celle de la salle de bain. Durant ces derniers jours, Kurt l'avait quand même forcé à se laver, il avait donc été contraint d'utiliser la baignoire.

Il savait ce qu'il cherchait. Mais il ne savait pas s'il en trouverait. Kurt était un homme mais un homme différent des autres. Ça ne l'étonnerait même pas qu'il n'en ait pas.

Au pire, Blaine prendra autre chose. De toute façon, il était décidé. S'il fallait qu'il descende dans la cuisine, il le ferait.

Son corps lui faisait mal. Ce putain de trou à la place de son cœur le rendait incapable de penser correctement. Comme si son cerveau réfléchissait à l'envers, comme si toutes les idées se mélangeaient entre elles, comme si c'étaient-elles qui dirigeaient Blaine et non le contraire.

Si Blaine arrivait à mettre la main sur ce qu'il cherchait, il savait que ce tourbillon infernal s'arrêterait. Qu'il serait alors capable de se contrôler lui-même.

Il parcourra la salle de bain d'un regard fiévreux. Une tonne de produit de beauté sur le lavabo, un gel douche et trois shampoings différents sur la baignoire.

Merde, où est ce que Kurt l'a foutu ?

Ses muscles se bandèrent et il senti une nouvelle énergie circuler dans ses veines. Mais cette énergie était de trop, elle circulait dans son sang, poussant contre les parois de ses veines. Il avait besoin de la laisser s'échapper.

Il commença à fouiller, avec une rage dont il ne s'en serait pas cru capable. Le désespoir lui donnait des ailes.

Blaine ne ressemblait plus à rien. Même plus à un être humain. Il se faisait lui-même pensé à l'état de Cooper quand il était en manque et que tous ces médicaments et ses seringues avaient disparues. Souvent parce que Blaine les jetait dans les toilettes. Il revoyait encore son frère penché sur la cuvette, brassant l'eau de ses mains, tentant de récupérer les précieuses pilules qui se désagrégeaient de plus en plus. En tentant de récupérer la merde qui était devenue le centre de sa misérable vie, ruinée par la drogue.

Non. Non tu n'es pas ton frère. Tu n'es pas Cooper. Tu ne cherches pas la même chose. Tu cherches juste un moyen de contrôler.

9h43

Les auditions avaient commencées. Joy était la première à passer. Là, sur cette grande scène, debout, toute seule, avec seulement ses cordes vocales comme arme pour se défendre, elle ressemblait un peu à Rachel.

Les premières notes débutèrent et Kurt remarqua le sourire de Santana. Il devina que ce milieu-là, celui de la musique, lui avait manqué et que beaucoup de souvenirs lui revenait en mémoire. Même si elle était maintenant danseuse dans une grande boite, elle ne chantait plus ou alors seulement dans sa salle de bain. Alors, peut-être même se revoyait-elle chanter Valerie...

La voix de Joy collait vraiment parfaitement au morceau, elle l'emmenait dans l'univers de Demi avec une extrême facilité. La douleur était palpable. Kurt aurait presque pu penser que Demi avait voyagé jusque dans le corps de Joy et que c'était elle qui chantait.

Mais Kurt cherchait plus. Il cherchait plus qu'une splendide imitation. Il voulait de l'interprétation, il voulait que cette fille chante avec ses tripes, avec son propre passé et puise dans ses propres blessures pour rendre la chanson sienne.

Les notes dansaient d'une façon parfaite sur la musique. Chaque soufflement était à sa place, chaque raclement de voix était juste, même les sentiments étaient là. Mais ce n'étaient pas ceux de Joy, c'étaient ceux de la chanson.

A la fin, Kurt était, d'un côté enchanté et de l'autre un peu déçu. Joy avait mis la barre très haute de par la justesse de sa voix mais il manquait un peu de la personnalité que Kurt recherchait.

En tous cas, Santana en avait pris plein les yeux. Cette chanson était vraiment une perle musicale. Mais elle ne se sentait pas touchée comme quand c'était Little Berry qui chantait par exemple, ou alors simplement, elle n'était pas aussi bouleversée par cette interprétation que par l'originale. Elle retrouvait bien tous les sentiments mais la Latina avait seulement l'impression d'avoir écouté une copie.

9h46

Blaine ouvrit un énième tiroir. Il transpirait légèrement, l'effet du désir intense se faisait de plus en plus sentir. Ses mains tremblaient fortement et ses gestes devenaient de moins en moins précis.

Il fouilla parmi une quantité impressionnante de cotons et de coton-tige. Il doutait de trouver ce qu'il cherchait ici. De toute façon, c'était ici ou nulle part. Blaine avait tout fouillé, la salle de bain était devenue un terrain de guerre. Alors ce tiroir, ces cotons étaient son dernier espoir.

Et si Kurt n'en avait pas ?

C'est alors qu'entre deux paquets de coton, enfermé dans une pochette transparente, il le trouva.

9h47

C'était maintenant au tour de Gladys. Kurt attendait beaucoup d'elle. Il l'avait vu chanter sur Because of you, et elle avait chanté avec une justesse incroyable mais surtout avec son cœur. Elle avait mis une part d'elle dans cette chanson qui devait surement représenter quelque chose à ses yeux ou qui devait lui rappeler sa propre vie. Il espérait qu'elle serait capable de refaire la même chose avec Skyscraper.

"Ils sont bons tes élèves, Kurt, déclara Santana. Pas autant que moi mais ils se défendent."

Kurt sourit alors que la musique débutait.

Gladys ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle devait être parfaite. Elle voulait ce solo. Il fallait qu'elle gagne, il n'y avait pas d'autres alternatives. Et puis, elle avait énormément travaillé sur cette chanson, sur ces paroles. Elle avait même lu une biographie complète de Demi Lovato pour apprendre son histoire et pouvoir mieux cerner la chanson. Elle ne pouvait tout simplement pas se planter.

Elle commença à chanter, en pensant à chaque nuance de sa voix, à chaque raclement de gorge, à chaque dose de puissance.

Kurt l'écouta avec attention. Sa voix était juste, splendide, se mariant avec la musique de façon parfaite. L'expression de son visage était douloureuse. Tout semblait y être.

Sauf cette étincelle de personnalité.

Gladys chantait à la perfection, mais peut-être trop. Elle semblait tellement vouloir bien faire qu'elle en oublia l'essence même de la chanson.

Kurt savait qu'il n'en avait pas choisi une facile, mais il avait cru que Joy ou Gladys serait à la hauteur.

A la fin de la chanson, il lui apparut qu'il s'était trompé.

9h50

Le rasoir.

Blaine l'avait enlevé de son étui et le gardait dans sa paume ouverte, comme s'il avait peur de réellement le toucher. Comme s'il avait peur que le rasoir ne l'attaque.

Il regarda son poignet blême, les petits vaisseaux bleus qui couraient sous sa peau, chaque petit renflement qu'ils créaient. Il sentait toujours ce trop-plein d'énergie qui courait dans son sang et qui ne demandait qu'à être délivré. Il sentait encore ce trou dans sa poitrine qui lui faisait mal à en crever et qui pourtant n'était même pas réel.

Il regarda son autre main, celle tenant le rasoir.

Tu y es.

Contrôle.

9h51

Kurt se leva pour applaudir. Les deux chanteuses avaient donné la meilleure d'elles-mêmes, mais ça n'avait pas suffi. Kurt se trouvait bien embêté, surtout qu'elles étaient les seules à se présenter pour cette audition. Les autres élèves avaient été trop impressionnés par la querelle entre les deux filles et leurs voix puissantes pour se présenter.

Mais du coup, Kurt était dans de beau draps.

La lumière commença à se tarir sur scène après que Gladys fut retournée dans les coulisses.

"Attendez !"

Jodie, une fille de première année, plutôt grassouillette et timide déboula sur la scène en catastrophe.

"Jodie ? demanda Kurt."

Elle se planta, debout, comme ces deux prédécesseurs.

"Je veux auditionner, fit-elle sûre d'elle."

Kurt haussa un sourcil. Jodie était timide, plus que ce que Kurt avait déjà connu. Jamais il ne l'aurait cru capable de se présenter et surtout pas contre Joy et Gladys...

Santana le regarda, plutôt surprise. Il était vrai que Jodie n'était pas un stéréotype de la beauté et que, le plus souvent, les chorales essayaient de mettre leurs atouts vocaux mais également physiques en avant. Et Jodie ne correspondait pas vraiment au second critère. Mais on était au Glee Club, dirigé par Kurt. Chacun avait sa place, et chacun avait sa chance. Kurt était déjà passé par le jugement des autres, par le rejet. Et c'est seulement dans les New Directions qu'il avait réussi à trouver sa place et à se faire accepter pour ce qu'il était.

"Je t'écoute, l'encouragea-t-il avec un hochement de tête qui se voulait rassurant."

Il se rassit et Santana l'imita, plutôt surprise mais également rempli de fierté. Kurt restait Kurt, malgré toutes les années qui étaient passées.

9h52

Blaine tendit son poignet et sorti une lame du rasoir. Il se coupa légèrement le pouce pendant l'opération mais ça ne lui avait pas fait mal. La petite goutte de sang roula sur son pouce, jusque dans sa main, traçant une ligne rouge et chaude sur sa peau.

Il empoigna la lame et la serra de façon à l'avoir bien en main. C'était maintenant ou jamais. Il devait trouver le cran de le faire.

Sebastian.

La mention de ce nom provoqua une autre vague de douleur et un nouveau courant d'énergie dans ses veines. Il fallait qu'il laisse tout ça sortir. Il le devait.

Il enfonça la lame pour la première fois dans se peau fragile. Ce n'était même pas une réelle coupure, juste une éraflure, une égratignure. Mais le sang en perlait tout de même.

Une première entaille pour n'avoir pas été assez courageux pour assumer son amour pour Sebastian devant les autres.

9h53

Dès les premières notes, Kurt fut envouté.

La voix de Jodie n'était pas la plus belle du Glee Club. Elle était simple, douce, sans vraiment beaucoup de puissance, sans raclement rauque, sans toutes les petites choses qui faisaient que les voix de Gladys et Joy se distinguaient des autres.

Skys are criyn'

I am watchin'

Catching teardrops in my hands.

Kurt eu la chair de poule. Rien que ces premières notes respiraient la douleur. Mais pas celle de la chanson originale. Celle de Jodie. Elle ne chantait pas l'histoire de Demi, elle ne racontait pas son retour sur le devant de la scène après avoir vaincu ses démons. Elle racontait sa propre histoire, celle que Kurt ne connaissait pas. Mais celle qu'elle illustrait à travers les paroles d'une autre. Comme si la chanson avait totalement changé de sujet.

9h54

Une piqûre. Voilà ce que Blaine ressentait. Des légers picotements sur une ligne de deux centimètres.

C'était sa première coupure, un peu timide d'ailleurs. Mais Blaine se sentait déjà un peu mieux. Il commençait à ressentir de la douleur réelle, de la vraie. Pas celle du trou dans sa poitrine. L'énergie battant contre les parois de ses veines commençait à se libérer par petites coulées. Il pouvait enfin recommencer à respirer réellement. Il commençait à faire sortir sa douleur intérieure par de la douleur extérieure.

Il retrouvait le contrôle sur son propre corps. Il aimait ça, le contrôle.

9h55

Kurt en prenait plein les oreilles et plein dans le cœur.

C'était la seule chose qu'il savait.

You can take everything I have

You can break everything I am

Like a made of glass

Like a made of paper

Go on and try to tear me down

I will be rising from the ground

Like a skyscraper, like a skyscraper

Une larme roula sur sa joue. Il avait envie de se lever et de prendre cette jeune fille, juste là, en train de chanter toutes les blessures de sa vie, dans ses bras.

Tous les poils de son corps étaient debout. Une autre larme vint accompagner la première.

9h56

Blaine enfonça la lame une nouvelle fois et la fit glisser juste à côté de la première entaille. Il l'a fit un peu plus longue, un peu plus profonde que la précédente et la douleur se fit plus intense. Le froid du métal se mêlait à la brulure de sa blessure et à la tiédeur de son sang. Le mélange était plutôt déroutant. Mais Blaine se sentait tellement mieux. Il ferma les yeux et rejeta la tête en arrière de bien-être, tout en serrant les dents à cause de la douleur. Il referma sa main et le filet de sang s'étala dans sa paume close en suintant par ses doigts.

C'était une deuxième entaille pour ses putains trous de mémoire.

Il extériorisait. Enfin.

9h57

Like a Skyscraper

Like a Skyscraper.

Les notes de piano s'arrêtèrent et Kurt sécha les larmes sur ses joues. Il avait tout ressenti, la douleur, la force. Cette fille ne savait peut-être pas chanter comme Gladys et Joy mais elle savait interpréter. C'était décidé. Les auditions étaient terminées. Jodie avait gagné.

Santana serra la main de Kurt. Il tourna la tête et remarqua qu'elle aussi pleurait. Il pensa que cette chanson devait la toucher autant que lui. Elle n'avait pas vécu la même chose que lui lors de son coming out mais ça n'avait pas été plus facile pour autant. Qui savait ce que serait devenue Santana Lopez sans les New Directions et surtout, sans Brittany ?

9h58

Blaine dessina une troisième entaille, un peu plus près des veines que les deux autres. Un seul faux mouvement et c'était une de ses veines qu'il foutait en l'air. Un seul faux mouvement et il était mort. Heureusement, sa main resta ferme et la lame garda une trajectoire régulière.

Une troisième entaille pour avoir été le monstre qui a tué Sebastian.

La douleur était délirante, elle irradiait dans tout son bras, remontant vers son cerveau et inondant son corps et sa tête. Il serra les dents mais la douleur était délicieuse. Il ressentait enfin. Physiquement. Pas seulement mentalement.

Il posa la lame tachée de sang sur le rebord du lavabo et observa les trois entailles.

Encore une bien placée, sur les petites veines en dessous de sa peau et il s'en irait pour de bon. Il n'aurait pas à continuer de vivre dans cet état, avec cette douleur et cette culpabilité qui le rongeait.

La tête lui tourna ensuite un peu, à cause du sang qui s'échappait délicieusement de son bras. Dans quelques minutes, s'il ne faisait rien, il tomberait dans les pommes.

Il attrapa un coton dans le tiroir et s'en couvrit le bras, exerçant une légère pression pour comprimer le sang. Le coton s'imbibant rapidement d'hémoglobine, il dut le changer trois fois.

Puis, le sang s'arrêta, le filet se fit moins important, jusqu'à se transformer en quelques gouttes qui roulaient encore en dehors des veines de temps en temps, chassant les dernières particules de l'énergie que Blaine avait libérée.

Il passa son poignet sous l'eau. Le liquide pénétra dans les plaies et le piqua fortement. La douleur était agréable mais pas assez forte à son goût.

Il pensa à la petite fiole d'alcool à 90 qu'il avait repérée pendant ses recherches. De toute façon, il fallait qu'il désinfecte, il n'avait pas stérilisé la lame avant de se couper.

Il s'empara de la bouteille et versa quelques gouttes d'alcool sur les coupures.

La chaleur rentra dans son bras en une vague de douleur à peine supportable. Une morsure féroce qui lui fit presque perdre la tête. Mais c'était ce que Blaine recherchait.

10h05

"Je ne sais pas toi, fit Santana, mais moi j'ai préféré la dernière. Elle m'a mis les poils."

Kurt hocha la tête. Il était d'accord avec son amie, celle qui méritait de gagner était Jodie. Et puis, les deux autres pourraient toujours tenter leur chance sur Keep Holding on.

En tous cas, il avait trouvé sa première soliste, et il en était content. Les régionales approchaient à grand pas et pour la première fois depuis ses débuts de professeurs, Kurt sentait qu'ils travaillaient tous réellement pour gagner.

Ils sortirent tous les deux de l'auditorium et quelque chose heurta Kurt de plein fouet.

Un corps humain.

Deux bras l'enlacèrent et une petite voix lui dit bonjour à l'oreille.

Brittany !

Kurt l'enlaça très fort à son tour. Il était vraiment heureux de revoir sa vieille amie.

"Pas trop fort, Kurt ! protesta la petite blonde. Tu vas faire mal à Jack et Derek !"

"Jack et Derek ? demanda-t-il en se reculant."

Brittany prit ses deux seins en coupe par-dessus son T-shirt et les présenta au garçon.

"Je te présente Jack, dit-elle en levant son sein droit. Et voici Derek, continua-t-elle en mettant cette fois-ci en avant son sein gauche. C'est Santana qui les a appelés comme ça. Elle dit même qu'elle préfère Derek parce qu'il est plus généreux. Je ne sais pas ce qu'il lui a donné mais ils ont des secrets tous les deux."

Kurt fut pris d'un fou rire. Brittany ne changerait jamais. Le monde autour d'elle pouvait devenir monstrueux, plongé dans le noir, elle resterait toujours elle-même. Et cette part d'innocence, que d'autres prenaient pour de la stupidité, ne partirait jamais.

"Britt' ! protesta Santana en passant son bras derrière les hanches de sa petite-amie. Je t'avais dit que c'était notre secret !"

Son ton se voulait plein de reproches mais elle captura tout de même les lèvres sucrées de la blonde en un doux baiser.

Le cœur de Santana explosait à chaque fois qu'elle embrassait Brittany. Des milliers de papillons volaient dans tout son corps et ses jambes devenaient du coton. Jamais elle ne se lasserait de cette sensation. Jamais elle ne cesserait d'aimer Brittany. Elle était la seule chose qui rendait son monde merveilleux.

"Kurt ! lança-t-elle lorsqu'elle se sépara de Brittany. Ce soir, on mange chez toi !"

"Hein ? Quoi ? Pardon ?"

Santana et Brittany ne pouvait pas venir chez lui. Avec Blaine, il préférait recevoir personne. Bien que le bouclé semblait calme, Kurt n'était pas totalement sûr qu'il garderait le même comportement en présence d'autres personnes.

Mais au regard que lui lança la Latina, il comprit qu'il n'avait pas vraiment le choix.

"On mange chez toi. Britt' et moi avons quelque chose à t'annoncer !"

"Ne t'inquiète pas, s'empressa d'ajouter la blonde, je ne suis pas enceinte. Lord Tublington refuse de nous donner ses spermatozoïdes."

Elle fit la moue et Santana, ainsi que Kurt partirent dans un grand éclat de rire que Brittany ne comprit pas. Face à l'expression aussi déroutée qu'adorable qu'arborait la petite blondinette, Kurt proposa :

"Group hug !"

Les trois amis se resserrèrent, chacun passant ses bras sur les épaules des deux autres. Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas partagé de câlin groupé. Et bon sang qu'est-ce que ça faisait du bien !

10h05

En Amérique, aux Etats-Unis, plus précisément dans l'Etat de l'Ohio, dans la petite ville de Lima, dans une petite maison de banlieue, dans une salle de bain. Tout parait normal n'est-ce pas ? Rien de plus banal que tous ses lieux. Que pourrait-il bien se passer d'horrible ?

Mais que me direz-vous si je vous avoue que cette salle de bain était souillée de sang ? Que me direz-vous si je vous dis qu'au milieu de tout ce sang, il y avait un corps. Un corps qui ne bougeait pas, qui avait heurté le sol après une perte de conscience de son propriétaire. Juste sur l'abdomen, il y avait de l'alcool à 90, qui attaquait petit à petit les tissus du T-shirt dont était habillé ce corps. Le poignet gauche était la source du fleuve de sang. Les plaies n'étaient pas très ouvertes, elles avaient été soignées. Mais dans la chute, les tissus s'étaient déchirés et le sang recommençait à s'échapper de l'organisme par de petites coulées.

Que me direz-vous si je vous dis que personne ne sait encore qu'il n'y a peut-être plus personne à l'intérieur de ce corps ?

L'Amérique, les Etats-Unis, plus précisément l'Etat de l'Ohio, la petite ville de Lima, cette petite maison de banlieue, cette salle de bain. Est-ce que tous ces lieux vous paraissent toujours aussi banals à présent ?


Note d'auteur:

Je vous avais prévenu, cette fiction est bien une fiction M!
J'espère que ce chapitre vous a plu, et j'imagine que vous me détestez pour cette fin :)... En réalité il y a deux suites à cette fiction à partir de là. Je ne suis pas encore parfaitement décidée, je compte me baser sur vos review pour me décider!
Comme promis, un peu plus de Glee Club et de Brittana. D'ailleurs, j'espère que ma Brittany vous a convaincue :)

En tous cas merci de votre lecture et laissez une review!