Bonjour à tous et bon dimanche! Profitez-en!
Ce 16è chapitre est l'avant avant dernier de cette histoire, puisque j'ai décidé de couper l'épilogue en deux chapitres. Mais croyez-moi, vous n'allez pas être déçu du tout!
Je vous remercie déjà au moins d'avoir lu, et d'avoir posté des commentaires de temps en temps, cela m'a aidé à écrire la suite des événements (en fonction de vos commentaires et de ceux de la version anglaise).
Au total, l'action des quinze premiers chapitres a duré environ quatre heures (pour vous situer).
J'espère que vous allez apprécier la fin, personnellement je l'adore: j'ai fait la meilleure fin possible (je vous assure).
Il est temps de lire! Bonne journée :-)
Chapitre 16 : Attendre, ensemble, comme une famille
La porte des urgences s'ouvrit, révélant un brancard avec un homme dessus, les cheveux noirs grisonnant avec une minerve autour du cou, un masque à oxygène sur le visage. Il était totalement inconscient.
« Pompier de trente-quatre ans enseveli dans les décombres. Il fait une péritonite due à un empalement sur une barre en métal dans le flanc droit. Son bras gauche est cassé, possible trauma crânien, et inhalation de fumée. Pouls à 130, tension à 8/6, température corporelle à 39,2°C ».
« On l'emmène en salle 1 ! Prévenez le bloc et le chirurgien qu'on arrive dans quinze minutes au plus tard ! »
Maggie se rua sur le téléphone pour appeler le chirurgien pendant que Benny Severide s'était levé et avait accouru vers ce brancard et les deux ambulanciers.
« Attendez, c'est mon fils ! C'EST MON FILS ! Laissez-moi le voir ! »
Cindy n'avait pas pu le rattraper et n'en avait pas le courage non plus. Elle ne pouvait pas lui dire de ne pas faire cela quand elle allait le faire quand son mari allait arriver. Natalie se débattit avec Benny en lui faisant comprendre qu'il devait rester en dehors de la salle pour qu'elle puisse traiter son fils correctement. Bizarrement, quand la vie ou l'avenir de son fils était en jeu, il n'en faisait qu'à sa tête, mais faisait confiance aux médecins. C'était là tout le paradoxe. Mais les médecins, personnels infirmiers et les patients dans la salle d'attente comprenaient la situation : ils avaient tous suivi le déroulement des opérations à la télévision, ils savaient tous que son fils étaient un héros. Après cinq minutes, la porte des urgences se rouvrit, laissant apparaître Hermann.
« Pompier de cinquante-et-un ans sortit des décombres. Il se plaignait de fortes douleurs à la poitrine. Il a aussi inhalé beaucoup de fumée, et possible trauma crânien. Pouls à 124, tension à 9/7 ».
Les ambulanciers lui avaient apposé un masque à oxygène sur le visage et posé une minerve pour être sûrs qu'il n'y ait aucune complication pendant le voyage. Cindy se leva et se rua sur le brancard elle aussi, mais ne dit rien. Elle connaissait les procédures, mais il était toujours aussi difficile pour elle de voir son mari dans cet état et ne rien pouvoir faire, juste à laisser les médecins faire leur travail. Elle passa ses mains sur sa bouche et laissa couler les larmes sur ses joues. Maintenant que tout allait rentrer dans l'ordre, elle s'autorisait à pleurer. Presque aussitôt, elle sentit des mains douces sur sa joue. Surprise, elle tourna la tête pour voir Christie qui lui souriait, autant en larmes que Cindy.
« Tout le monde va bien. Tout le monde va aller bien ».
« I-ils... Ils ont vécu l'enfer. Pendant près de quatre heures. Je n'arrive même pas à comprendre comment ils... Ils ont pu t-tenir le coup comme cela... »
« C'est nous ».
Cindy ouvrit les yeux, les bloquant sur Christie.
« Quoi ? »
« C'est nous. On les a fait tenir, dans l'espoir qu'ils nous revoient. Le fait de savoir que la caserne 51 ne laisse jamais l'un des leurs derrière eux. Ils avaient confiance, espoir », rassura Christie.
Elle se mit en face d'elle et l'enlaça. Elle fut bientôt rejoint par tout le monde, Jenny en premier, puis Antonio, toutes les femmes des pompiers et enfin Danny. Ils étaient une grande famille, se serrant les coudes si l'un des leurs était blessé, si l'un des leurs allait mal. La porte se s'ouvrit, encore une fois. Tous se retournèrent et reculèrent vers la salle d'attente pour laisser passer le brancard. Tous sauf Antonio.
« Pompier de trente-trois ans sortie des décombres. Profonde lacération au niveau de la jambe gauche, possible traumatisme crânien. Elle est enceinte de près de trois mois et a inhalé beaucoup de fumée. Pouls à 118, tension à 12/6 ».
Antonio restait figé, incapable de bouger tout en regardant sa petite sœur entrer dans une salle d'examen, un masque à oxygène sur le visage et inconsciente. Christie le vit tout de suite et le fit asseoir, de peur qu'il ne fasse un malaise.
« Elle est vivante Antonio. Le bébé l'est aussi. J'en suis certaine ».
« Ma petite sœur a risqué sa vie pour sauver celui qu'elle aime le plus au monde tout en mettant en danger son enfant... »
« Cela montre à quel point elle tient à Matt. Si Matt était mort dans les décombres, elle n'aurait sans doute jamais eu le courage d'élever leur enfant, et n'aurait pas pu en avoir d'autres avec lui. En descendant dans les décombres, elle prenait le risque de tuer cet enfant, mais s'assurait que Matt survive et puisse lui faire d'autres enfants. C'est là tout le dilemme et j'espère qu'ils ne se blâmeront pas, quelle qu'en soit l'issue ».
À dire vrai, Christie était très inquiète aussi. Gabby avait inhalé beaucoup de fumé et subi un grand traumatisme. Et elle savait, étant mère, que cela pouvait conduire à la perte du bébé si le corps avait reçu beaucoup de stress, ce qui était le cas. À la fois à cause de son ensevelissement dans les décombres mais aussi l'état physique de Matt. Tout cela les dépassait, et de loin. La porte s'ouvrit encore, et cette fois, il n'y avait plus besoin de regarder, ils savaient tous que c'était Jimmy, le frère de Danny. Celui-ci se retourna et suivit instinctivement le brancard.
« Pompier de vingt-deux ans sorti des décombres. Possibles traumatisme crânien et cervical, hématome au niveau des dorsales, inhalation de fumée importante. Il oscillait entre conscience et inconscience dans l'ambulance. Pouls à 93, tension à 12/8 ».
Will était avec lui dans l'ambulance, dirigeant le brancard dans les couloirs des urgences, et fit signe à Danny d'attendre dehors. Tous choqués, personne n'avait encore réellement réalisé ce qu'il se passait autour d'eux. Plusieurs dizaines de minutes plus tard, le groupe fut rejoint par les pompiers. Ils étaient en sueur, encore en tenue, pour la plupart couverts de poussière. Ce fut alors une longue période d'intense attente pour tout le monde. On se levait, on se rasseyait, on se tournait les pouces, on se rongeait les ongles, on soupirait. On désespérait. Jusqu'à ce que Will revienne vers le groupe.
« Je souhaiterais vous donner des nouvelles de Jimmy Borelli ? »
Le chef Boden et Danny, le frère de Jimmy se levèrent tandis que les autres se redressent, regardant Will avec insistance.
« Comme je sais que vous êtes une grande famille je ne vais pas vous demander de me suivre et vous donner les informations ici ».
Will prit une grande inspiration et continua.
« Il a repris connaissance il y a quelques minutes et il a l'air d'aller bien. Il a reçu un choc assez violent dans le dos, causant un hématome et des douleurs aux cervicales, et il a aussi une commotion cérébrale légère mais comme je le disais tout va bien. On a suturé son arcade sourcilière, on a bandé son poignet, on a traité les nombreuses coupures et blessures superficielles. On le garde cette nuit en observation pour vérifier si tout va bien, et si c'est le cas, il pourra sortir demain matin ».
La salle d'attente entière soupira de soulagement. C'était une des quatre bonnes nouvelles que les pompiers et leurs proches voulaient entendre. Danny se retourna, regardant toute cette nouvelle famille que Jimmy avait, et tout le monde lui souriait légèrement. Il se retourna encore une fois.
« Je peux... Le voir ? »
« Bien sûr, il s'est endormi et a demandé des nouvelles des autres pompiers. On lui a dit qu'ils allaient bien et qu'il allait les voir bientôt pour qu'il s'endorme, sinon il aurait été capable de se lever et de nous harceler ».
« Typique de mon frère », ironisa Danny, faisant rire les pompiers.
Danny suivit Will, qui ouvrit la porte, mais le stoppa à nouveau avant d'entrer.
« Je dois vous prévenir : il est assez confus et désorienté pour le moment. Et je pense que la situation dans laquelle il était n'aide absolument pas. Essayez de le rassurer un maximum quand il se réveille ».
« Je peux faire ça », assura-t-il.
« Un infirmier passera toutes les demi-heures pour relever ses constantes et le réveillera toutes les deux heures. Protocole standard après une commotion cérébrale ».
Danny hocha la tête et Will se mit à lui sourire très légèrement. Il lui tapa l'épaule en guise de soutien et le laissa entrer, fermant la porte derrière lui. Son petit frère Jimmy, qu'il avait toujours protégé, dormait profondément dans un lit chaud. Un pansement au niveau du sourcil droit, là où il y avait les points de suture et l'une de ses mains était en effet bandée. Danny passa sa main devant sa bouche, un peu apeuré de voir son petit frère aussi vulnérable. C'était la première fois que Jimmy était blessé au point d'aller à l'hôpital, et aussi d'y rester. Il s'assit à côté du lit, et regarda son frère dormir paisiblement. Pendant cinq minutes, il n'y avait eu aucun bruit dans la chambre à part le moniteur qui bipait et l'oxygène qui coulait dans la canule et lui prodiguait l'oxygène dont il avait besoin après l'inhalation de fumée. Et Jimmy commença à se réveiller. Il ouvrit les yeux et vit son frère.
« Danny ? »
« Hey... », dit-il doucement et calmement à son frère.
« Les autres... »
Il se rappela alors la conversation qu'il avait eu avec Will peu de temps avant.
« Ils vont biens, tu pourras les voir plus tard. En attendant, il faut te reposer. Tu veux bien faire ça pour moi ? »
Jimmy hocha la tête, et prit la main de son frère. Il sourit et referma les yeux, s'endormant une nouvelle fois.
Pour tous les autres pompiers et les familles, ce fut encore une longue attente. On se tournait encore et toujours les pouces, on se regardait sans aucun bruit et on essayait du coin de l'œil de regarder la télévision située dans le hall. Elle passait en boucle les nouvelles de la journée, plus particulièrement le sauvetage qu'ils avaient réalisé. Ce fut une longue attente jusqu'à ce que Will les interrompe une seconde fois et que tout le monde porte de nouveau leur attention sur lui.
« Je viens pour Gabriela Dawson cette fois ».
Tout le monde retint son souffle, pour la même, seule et unique raison. Antonio se leva, avalant sa salive par peur pour sa petite sœur.
« Comment va ma sœur ? Et, et le bébé ? »
« Comme on vous l'a dit tout à l'heure une obstétricienne est passée tout à l'heure pour vérifier si tout va bien. Votre sœur est très fatiguée et... Et très têtue ! Elle ne veut pas dormir avant d'avoir des nouvelles de Casey ».
« C'est Gabby quoi... Elle est toujours comme ça ».
Will sourit du coin de la bouche.
« Elle a une coupure assez profonde sur la jambe gauche, elle a de nombreuses coupures et hématomes et elle a aussi inhalé une dose de fumée qui aurait pu être nocive. C'est pour cette raison qu'on a demandé l'avis de l'obstétrique ».
« Alors ? Comment va le bébé ? »
Will inspira un grand coup.
« Le bébé... Le bébé va très bien, il est très fort même ! Son rythme cardiaque est un peu lent et on surveille cela de près mais autrement tout va bien ».
Un autre soupir de soulagement s'empara de la salle d'attente.
« Le bébé Dawsey nous en fait voir de toutes les couleurs avant même sa naissance ! » s'exprima Otis.
Après un rire contagieux, Antonio reprit son sérieux.
« Je peux la voir ? »
« Je vous emmène dans la salle. Mais promettez-moi d'essayer de la faire dormir, elle en a besoin ».
« Dites-moi comment va Casey alors. Parce qu'il n'y a que ce moyen pour la rassurer ».
Mais Will se tut et secoua sa tête très légèrement de gauche à droite. Il n'avait pas de nouvelles.
« Je vois. Je ferai de mon mieux ».
Antonio entra alors dans la chambre. Il fut aussitôt bercé par deux mélodies bien distinctes qu'il connaissait : le rythme cardiaque de sa sœur, et un autre un peu plus rapide. Celui du bébé. Ému, il passa sa main sur sa bouche tout en regardant sa petite sœur. Elle était réveillée et le fixait.
« Dis-moi que tu as des nouvelles de Matt, Tonio, je t'en supllie... », dit-elle les larmes aux yeux.
« Il est toujours en chirurgie. On n'en sait pas plus ».
Il s'approcha de Gabby et lui prit la main pour la caresser.
« Mais je suis sûr qu'il va bien ».
Gabby pleura de plus belle.
« Hey, hey... Qu'est-ce qu'il y a ? »
« J'ai... J-j'ai mis la vie de notre bébé en jeu pour le sauver et... Et.. »
« Hey, le bébé est en vie, Matt est en vie. Tu as fait ton travail, tu as rempli ta mission ».
Elle ouvrit les yeux, cette fois remplis de colère.
« Tu vois ça comme ça ?! Matt m'a supplié de remonter pour ne pas mettre en danger notre enfant ! Malgré son propre état ! Et je ne l'ai pas écouté ! Il ne me le pardonnera pas ! »
« Mais son enfant est en vie, et toi aussi, c'est ce qui comptera le plus pour lui non ? »
Gabby le fixait, essayant de comprendre comment son frère pouvait être aussi indulgent.
« Je ne sais pas... »
« On verra ça plus tard. Pour le moment, repose-toi d'accord ? Je suis certain que quand tu te réveilleras, on aura des nouvelles de Matt », finit-il par dire en embrassant le front de sa sœur. « Tu veux que je demande des nouvelles ? Peut-être qu'ils en ont à présent ». Elle acquiesça, les larmes aux yeux et fatiguée. Elle murmura un merci à son frère pendant qu'il quittait la pièce pour demander des nouvelles.
L'inquiétude grandissait parmi les gens de la salle d'attente. Par sympathie envers les pompiers de la caserne 51 et de leurs proches, les casernes les ayant aidé et l'équipe d'extraction dans laquelle Vlad opérait étaient venus auprès d'eux afin de leur montrer leur soutien. Cela ne facilitait pas le travail du personnel soignant mais cela leur faisait aussi du bien de voir cela.
« Cela fait combien de temps qu'ils sont au bloc ? » se mit à demander Vlad, rompant la silencieuse tension.
« Pour Casey, cela fait deux heures. Pour mon mari et Severide, un peu plus d'une heure », répondit Cindy.
Au même moment, Antonio et Danny sortaient des chambres de Gabby et Jimmy. Danny en avait un peu marre d'entendre son petit frère demander des nouvelles des autres et voulaient partir à la chasse aux informations le temps de l'une de ses brèves périodes de repos.
« Des nouvelles des autres ? »
« Gabby et le bébé vont biens. Plus de peur que de mal mais on surveille le bébé pour être vraiment sûr », affirma Antonio.
« Quant aux trois autres on ne sait pas. Ils sont toujours en chirurgie », continua Boden.
Mais Will apparut presque à ce moment-là. Et cette fois-ci, il s'arrêta avant de rejoindre le groupe, surpris de voir les pompiers qu'il avait côtoyé quelques heures plus tôt.
« Woah... »
Boden se leva, se mit en face de Will et croisa ses bras.
« Dites-nous que vous avez de bonnes nouvelles... »
Le docteur Halstead secoua légèrement la tête pour sortir de ses pensées.
« Euh... Vos trois derniers hommes sont sortis du bloc ».
Le sourire aux lèvres, les pompiers se serrèrent les mains, se félicitaient, comme s'ils avaient fait eux-mêmes l'intervention.
« Je souhaiterais parler aux proches de Christopher Hermann en premier ? »
Cindy se leva, s'arrêta à côté de Boden, la main gauche tremblante devant sa bouche et les larmes au niveau des yeux prêtes à couler. Il sut alors que c'était la femme d'Hermann.
« L'intervention s'est bien déroulée. Les douleurs dans la poitrine étaient dues à un trou dans sa rate causé par une de ses côtes cassées. Le chirurgien a réparé la rate sans l'enlever sans aucune complication et il est maintenant en salle de réveil. Il a de nombreuses coupures et hématomes, comme tous les autres pompiers, et il a aussi un peu de mal à respirer à cause de l'inhalation de fumée mais c'est superficiel. Quand il sera réveillé, vous pourrez aller le voir ».
Cindy expira de soulagement tout en fermant les yeux. Elle avait eu si peur, mais ne l'avait pas du tout montré avant d'avoir vu son mari dans ce reportage à la télévision. Boden la prit dans ses bras et lui caressa doucement et gentiment le dos.
« Au tour de Kelly Severide ? »
Benny se leva et se mit au côté de Cindy.
« Comment va mon fils ? »
« Il va bien, en considérant la situation. La perforation de sa cavité abdominale causée par la tige en métal a conduit à une péritonite et une lacération de son intestin. Il a failli aussi développer une septicémie à cause du temps passé dans les décombres mais on contrôle la situation. Le chirurgien a réparé l'intestin, nettoyé son péritoine et placé des drains. Nous avons aussi lancé une antibiothérapie pour diminuer l'infection et la fièvre. Il a deux côtes cassées, le bras gauche cassé et une légère commotion cérébrale mais rien de plus sérieux. Pour le moment il est en chambre hyperbare pour diminuer son taux de CO2 dans le sang, mais aussi pour aider son corps à combattre l'infection et l'aider pour la cicatrisation cutanée. Il va y rester encore deux heures environ, pendant lesquelles on va le garder sédaté. Ensuite on le montera en soins intensifs pour le surveiller lui et ses constantes ».
« Il... Il va rester combien de temps ? À l'hôpital ? »
« Si tout se passe bien, une semaine afin d'éviter tout complication, mais aussi pour voir si son transit intestinal reprend un rythme normal ».
« Et pour reprendre le travail ? »
Boden tourna sa tête vers lui, complètement abasourdi d'entendre le père de Kelly presque plus intéressé par sa carrière que par sa santé.
« Si tout se passe bien, je veux dire par là la cicatrisation et la rééducation pour son bras cassé, on va dire environ un mois et demi pour une reprise légère, et deux mois pour un retour au travail normal ».
Boden continuait de regarder Benny, choqué. Il ne disait rien, parce qu'il ne voulait pas une confrontation dans un moment aussi important pour tout le monde. Benny se mit à le regarder. Il compris presque tout de suite pourquoi Boden le regardait comme ça, mais fut assez étonné que celui-ci ne dise rien. Il se tut lui aussi, comprenant également le mutisme du chef.
« Je peux aller voir mon fils ? »
« Pas avant qu'il intègre les soins intensifs. Je viendrai pour vous y emmener ».
Will voulut continuer en appelant les proches de Matt, mais Christie le prit de court. Elle se leva, s'approchant du chef Boden et regardant le docteur avec insistance et les larmes coulant sur ses joues.
« Et mon frère ? »
Will n'avait pas eu besoin de parler, pour elle, c'était la logique des choses.
« Et bien votre frère a beaucoup de chance madame. Ses blessures auraient pu être bien pire.
Avant son opération le docteur Rhodes a procédé à une angioplastie double, à la fois pour éviter une rupture de l'artère iliaque commune gauche, mais aussi pour éviter la fermeture de l'aorte l'abdominale ».
Christie acquiesça, Connor lui ayant déjà donné ces informations. Mais pas les autres pompiers. Ils ne savaient rien, et le fait de savoir enfin cela leur donna des frissons dans le dos.
« Il a des côtes brisées dues à l'explosion, l'effondrement, mais aussi le massage cardiaque qu'on lui a administré, ainsi qu'une fracture du col du fémur. C'est une fracture avec un léger déplacement, l'orthopédiste a donc juste placé une vis et immobilisé la hanche et le haut de la jambe. Il a aussi une fracture du sacrum, c'est un os de la colonne vertébrale situé juste en-dessous des vertèbres lombaires. Cela arrive quand on chute sur le siège de manière très violente. Elle entraîne une compression des nerfs, c'est-à-dire une rétention d'eau, une paralysie temporaire et des douleurs très fortes. Nous avons consolidé et immobilisé l'os et nous allons surveiller ces deux fractures de près car des complications peuvent survenir. Il a aussi un traumatisme crânien modéré et il a inhalé beaucoup de fumée. Nous allons le garder sous ventilation mécanique à cause de l'inflammation de ses voies respiratoires, et si tout se passe bien, d'ici demain nous le placerons sous oxygène avec une canule nasale haute concentration. Cela permettra de dilater les voies respiratoires, d'hydrater le mucus et de retirer la poussière qu'il y a dans ses poumons. Sinon il a aussi des coupures et des bleus sur son corps mais rien de grave. Il a de la chance ».
« Et euh... Son... Flux sanguin ? Dans sa jambe droite ? »
« Sa fracture du col avait coupé sa circulation sanguine dans la jambe mais en réduisant cette fracture, elle s'est rétablie d'elle même. Je ne pense pas que cette coupure temporaire de la circulation aura un impact ».
Christie apposa sa main sur sa poitrine, ferma les yeux et soupira, tremblante. Cindy la caressa dans le dos en guise de compassion et lui sourit quand Christie rouvrit les yeux pour les poser sur elle.
« Docteur ? » commença une voix derrière lui. Tous regardaient derrière le médecin tandis que Will se tourna pour voir qui c'était. Gabby se tenait debout, supportant son poids avec le pôle intraveineux. Elle avait retiré le moniteur foetal et semblait à peine tenir sur ses pieds.
« Vous ne devriez pas être ici », lui dit Will en marchant vers elle et ordonnant à une infirmière d'amener une chaise roulante.
« Et je ne retournerai pas dans la salle avant d'avoir la réponse à ma question ».
Elle défiait Will malgré son état, malgré sa fatigue. C'était Gabby.
« Et quelle est la question ? »
« Il se plaignait de douleurs dans la poitrine et il saignait des oreilles... »
« Ah... »
Will regarda la fiche qu'il avait entre les mains pour avoir d'autres informations.
« La douleur dans la poitrine était due à l'inhalation de fumée et de poussière encore chaude. Pour le saignement des oreilles, on a vérifié et il a des coupures à l'intérieur, probablement dues à l'explosion quand les débris ont volé partout. Certains sont rentrés dans les oreilles causant les coupures. Si vous pensez à un traumatisme cérébral sévère, il n'en a pas. Nous avons vérifié deux fois à cause de ses antécédents. Aucune fracture du crâne ni de problème cérébral, juste le cerveau un peu secoué ».
« D'accord... D'accord... »
Gabby était soulagée, peur que ce saignement puisse provenir d'une nouvelle blessure au niveau du cerveau.
« Il va rester en soins intensifs quelques jours pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de complications, mais je dois vous informer que sa convalescence va être longue et douloureuse. Le sacrum n'est pas un os facile à casser, mais quand il l'est, cela dure longtemps, la douleur est très présente et la rééducation prend du temps. Il devra rester au moins six à huit semaines alité ou allongé, et la rééducation prendra plusieurs mois, qui plus est dans son cas. S'il veut retravailler comme pompier et retrouver toutes ses capacités, il faudra compter au moins quatre à cinq mois. Pendant sa convalescence il sera placé sous antidouleurs et des relaxants musculaires ».
« Je peux aller le voir ? » demanda Christie.
« Les visiteurs ne sont pas autorisés dans la salle de réveil. Je suis désolé », répondit Will.
« Et les patients ? » demanda Gabby.
Elle voulait tant voir Matt, tant voir de ses propres yeux qu'il allait bien. Voir le père de son enfant, de leur enfant. Will sourit, voyant bien qu'elle jouait sur les mots pour voir Matt. Il soupira.
« Je ne devrais pas vous y emmener, mais étant enceinte et... Ne voulant pas stresser et risquer de perdre votre enfant, surtout après le traumatisme que vous avez subi, vous devez voir le père de cet enfant. Pour vous assurer que tout va bien... »
Gabby mit plusieurs longues secondes avant de comprendre ce que disait Will et ce que cela impliquait. Il lui donnait les arguments nécessaires pour qu'elle puisse rentrer dans la salle de réveil et voir l'homme qu'elle aimait.
« Vous avez tout à fait compris », finit-elle par confirmer.
Les autres ne dirent rien, ni Antonio, ni Boden ne l'arrêtèrent. Car ils savaient qu'ils n'allaient pas réussir à la raisonner. Elle avait vu ce qu'il s'est passé dans les décombres, elle avait ramené Matt à la vie, elle l'avait soigné comme elle l'avait pu, l'avait maintenu en vie avant l'arrivée des secours et avait assuré son sauvetage avant de maintenir en vie tout le reste de l'équipe après le second éboulement. Et cela en mettant sa propre vie et celle de son enfant entre parenthèse. Elle avait vécu l'enfer, et personne n'allait l'arrêter. Par respect. Car personne n'aurait pu faire ce que Gabby avait fait.
« Alors je vous y emmène ».
Il prit les poignets de la chaise roulante et la tourna vers la salle dans laquelle elle se reposait avant de sortir.
« Mais avant, on rattache ce moniteur fœtal. Il est très important, vous le savez mieux que quiconque ici ».
Ils rentrèrent dans la chambre pour replacer ce moniteur tant important pour voir l'évolution de la situation avec le fœtus. Et ressortit quelques minutes plus tard pour monter dans la salle de réveil.
« Je dois vous prévenir Gabby. Il n'y a pas que lui dans la salle, et le voir pourrait vous choquer au premier abord ».
Elle ne dit rien, le laissant terminer sa phrase et réfléchissant.
« Je l'ai vu aujourd'hui dans un moment que je n'aurais jamais pensé vivre. Alors je peux encaisser cela », confirma-t-elle.
Will hocha sa tête de haut en bas, comprenant Gabby, ayant vécu une grande partie de la situation, mais de l'extérieur.
« Très bien ».
Il ouvrit la porte, insérant alors la chaise roulante de Gabby à l'intérieur. Dans la salle, toute sorte de bruits s'entremêlaient : les moniteurs cardiaques, les ventilations artificielles, d'autres bruits que parfois, elles ne reconnaissaient pas. Le docteur Halstead l'arrêta près d'un lit, celui de Matt. Comme il l'avait prévenu, un tube était au fond de sa gorge pour l'aider à respirer, un drain abdominale était en place, son bassin et sa jambe droite était dans une atèle spéciale. Comme il l'avait prévu, son cœur se retourna, lui donnant la nausée.
« Mon Dieu... » murmura-t-elle.
Elle lui prit la main délicatement, faisant attention aux nombreux fils et à l'intraveineuse.
« Il a de la chance, n'est-ce pas ? »
« Beaucoup. Si l'anévrisme n'avait pas été vu à temps, l'artère se serait rompue et il serait mort à cause de l'hémorragie. Il a beaucoup de chance. Il devrait jouer au loto quand il sortira. Il y a une belle cagnotte en ce moment ».
Cela fit sourire Gabby.
« Il n'est pas joueur. Il pense que cela rend addict et ne veut pas l'être ».
« Compréhensible ».
Personne ne parla pendant plusieurs minutes, avant que Gabby ne jette un coup d'œil rapide dans la pièce. À côté de Matt était allongé et toujours endormi Hermann. Il se réveillait doucement.
« Et Tony ? »
« Il a quitté la salle de réveil il y a peu. Une infirmière est allée chercher sa femme pour l'emmener près de lui ».
Elle acquiesça, pendant qu'Hermann ouvrait les yeux tout doucement. Will s'avança vers lui avec le sourire aux lèvres.
« Bon retour parmi nous ».
Hermann le fixa et tourna son regard à gauche puis à droite, puis tourna la tête en apercevant Gabby de l'autre côté du lit juste à côté du sien. Il s'aperçut alors que c'était Matt.
« I-il va bien ? » murmura-t-il et fronçant les sourcils en entendant sa voix.
« Il va aller bien avec le temps. Vous l'avez sorti juste à temps ».
« Et... Et toi ? Dawson ? »
« Je vais mieux, maintenant que je suis à côté de Matt. Et le bébé aussi va bien ».
« Dieu merci... »
Will se mit à rire doucement.
« Et vous ne demandez même pas si vous, vous allez bien ? »
« Apparemment... Je vais bien. Sinon je ne serais pas ici... Pas vrai ? »
Hermann n'avait pas complètement tort. Gabby se mit alors à sursauter, sentant un léger pincement dans sa main.
« Matt se réveille ».
Will se tourna et avança vers le lit. Sans ouvrir les yeux, Matt passa très doucement sa main sur sa bouche, ou du moins essaya. Quand il sentit qu'il était rattaché à un respirateur, il baissa sa main et la reposa sur le lit, et ouvrit enfin les yeux. Il voyait flou, mais ce n'était pas là l'important pour lui. Il n'avait plus mal, le bruit des respirateurs venaient à ses oreilles comme une chanson d'oiseau pour lui, les néons lui donnaient mal à la tête et il avait chaud. Pour lui, il était retourné sur cette plage, mais tout avait changé.
« Matt ? Casey ? Vous êtes là ? »
Ses yeux se bloqua sur Will, et il acquiesça très légèrement.
« Vous êtes à l'hôpital, tout va bien maintenant ».
L'hôpital... Matt ne se rappelait de rien après sa détresse respiratoire. C'était le trou noir. Will prit son stylo, enleva les couvertures couvrant ses jambes et le passa sur la plantes de ses pieds.
« Vous sentez ça ? »
Matt ferma les yeux un instant, soulagé. Il pouvait sentir quelque chose en-dessous de son bassin, et cela lui faisait le plus grand bien. Il hocha la tête de haut en bas, puis repassa sa main sur les tubes du respirateur.
« Ah. Vos voies respiratoires sont gonflées, c'est pour cela que vous n'avez pas pu respirer correctement dans les décombres. Quand l'inflammation se résorbera, on l'enlèvera ».
Quelque chose fit tilt dans la tête de Matt. Les décombres, les blessés, l'air rempli de fumée et de poussière. Gabby. Il s'affola, prenant pleinement conscience de la situation.
« Hey hey, on se calme tout va bien, tout le monde va bien. Je vous le promets ».
Encore très faible, Matt arrêta de se débattre. Et finalement, il sentit une main dans sa proche main. Il tourna la tête et aperçut Gabby. Enfin. Elle avait les larmes aux yeux. En l'observant mieux, combattant la vision floue, il s'aperçut qu'elle avait un moniteur sur son ventre, qu'elle était dans une chaise roulante, habillée comme un patient. Cela l'inquiétait. Il la fit lâcher sa main, pointant la blouse qu'elle portait. Elle regarda alors ce qu'il pointait et mit du temps à comprendre qu'il voulait savoir pourquoi elle portait une blouse.
« Euh... Après ton sauvetage... La dalle s'est effondrée ».
Regardant Matt droit dans les yeux, elle y vit l'incompréhension et la panique.
« Ne t'inquiète pas tout va bien. Je vais bien, le bébé va bien. J'ai eu si peur de te perdre... », finit-elle par admettre en lui reprenant la main.
Mais Matt la repoussa et tourna la tête à l'opposé, regardant Hermann, puis dans le vide. Gabby comprit : Matt lui avait demandé, supplié de remonter, mais ne l'avait pas fait. Et il n'allait pas lui pardonner en un instant.
« Matt... », s'entêta-t-elle en lui reprenant la main.
Mais une fois de plus, Matt la rejeta. Pour Gabby, c'était un gros coup dur, mais elle ne dit rien.
« Docteur ? Je suis fatiguée, je souhaiterais retourner dans ma chambre et dormir ».
Will ne dit rien, même s'il ne comprenait pas pourquoi Matt rejetait Gabby.
« Très bien ».
Hermann regardait fixement un Casey qui avait les larmes qui coulaient sur ses joues, observant aussi du coin de l'œil Will emmenant Gabby hors de la salle de réveil. En fermant la porte, Gabby s'autorisa enfin à pleurer comme jamais. L'homme qu'elle aimait, le père de son enfant, l'avait rejeté. Deux fois. Il ne lui pardonnerait pas. Pas comme ça.
