Bonjour à tous! Ettttttt oui! On arrive bientôt à la fin de cette histoire. Ce chapitre 17 est l'avant dernier car j'ai décidé de couper l'épilogue en deux parties. J'espère que vous m'en voudrez pas mais ne vous inquiétez pas. J'ai promis un 'happy ending' ET une surprise pour la fin de cette histoire.

J'espère simplement que vous allez apprécier :)


Chapitre 17 : Pardonner

Aujourd'hui était un jour particulier pour tous les pompiers. Il s'agissait du bal annuel des pompiers, et cette année, il allait être spécial. Enfin, d'après ce que tous avaient compris et entendu par-ci par-là. Tout ce que chacun savait, c'était qu'ils devaient se vêtir de leur uniforme de pompier, ce que chaque année n'avait jamais été demandé. Cela devait vraiment être un jour spécial pour que cela se passe ainsi. Cela faisait deux mois environ que cet « accident » sur Humboldt Park avait eu lieu : il s'agissait en fait d'une bombe certes, mais elle n'avait jamais été destiné aux pompiers mais à l'ex-mari de la propriétaire de la maison. Il l'avait quitté du jour au lendemain sans explication et elle avait voulu se venger en piégeant une pièce de la maison. Mais au lieu de cela, les pompiers avaient été impliqués dans cette affaire et six d'entre eux avaient été blessés. Jimmy, Tony, Kelly, Gabby et Hermann avaient bien récupéré, même si pour Gabby cela était beaucoup plus rude : Matt ne voulait plus réellement lui parler depuis la quasi-perte du bébé. Il se blâmait, mais blâmait aussi la femme qu'il aimait parce qu'elle ne l'avait pas écouté. Et elle se sentait coupable de son côté de n'avoir rien fait pour protéger son enfant, mais son amour pour Matt et la peur ressentie avait été bien plus grande que la possible perte de cet enfant. Malgré tout cela, elle continuait de s'occuper de lui avec l'aide de Christie et des autres pompiers car il devait rester alité. Au bout de deux jours à peine, il était devenu fou et personne n'avait réussi à l'approcher sans avoir été blessé. Matt avait toujours été quelqu'un de manuel, il devait toujours faire quelque chose plutôt que de rester au lit à attendre qu'il guérisse. Seul Kelly pouvait réellement l'approcher sans trop de problèmes. Comme il n'y connaissait rien en médecine, les médecins et le personnel infirmer de Chicago Med, les ambulancières et Gabby l'avaient entraîné pour qu'il puisse savoir comment faire les soins de Matt et l'aider comme il pouvait. Au début c'était très dur, mais il apprenait vite et au bout d'une à deux semaines, c'était pour lui mécanique. Comme prévu, en apprenant que le bal des pompiers se maintenait et que tous avaient été invités à venir en uniforme, Matt avait insisté pour y aller, trouvant un énième prétexte pour sortir de son lit devenu en quelques sortes ce qu'il appelait ironiquement son 'tombeau'. Après plusieurs jours de débat intense, Kelly avait finalement promis à Matt de l'y emmener, à condition qu'il reste dans un fauteuil roulant et qu'à la moindre douleur qu'il allait ressentir, ils allaient rentrer. Matt avait alors à contrecœur promis à son tour de rester dans la chaise roulante et de lui dire quand il commencerait à ressentir une quelconque douleur. Mais il voulait aller à cette fête.

Kelly avait commencé très tôt sa journée, préparant sa tenue et celle de Matt avant toute autre chose. Gabby n'avait même pas su raisonner Kelly sur ce coup.

« Tu es sûr que ça va aller ? Avec Matt je veux dire ».

Kelly se tourna machinalement vers Gabby et lui sourit très légèrement en haussant l'un de ses sourcils.

« Pourquoi ça n'irait pas ? »

« Tu vois très bien ce que je veux dire par là Kelly ».

Oui, il le savait parfaitement. Mais ce qu'il savait aussi, c'était que Matt devenait fou allié dans son lit, qu'il devait sortir un peu, et que cela ferait du bien à tout le monde.

« Matt est un grand garçon Gabby. Il sait très bien que s'il va à cette fête, il va devoir faire attention. Et s'il veut reprendre sa place de pompier, alors il va devoir guérir et cela prend du temps. Il le sait, il est au courant ».

« Je ne dis pas ça pour le punir Kelly ! » murmura-t-elle un peu fort. « C'est juste que… Est-ce qu'il est prêt à s'asseoir longtemps comme ça ? Je veux dire… Les seuls moments où il s'assoit c'est quand on lui fait prendre une douche, et si je me souviens bien, je l'entends presque crier de douleur à chaque fois ».

« La dernière fois qu'il a pris une douche décente, c'était il y a deux semaines. On fait en sorte de le laver à la main, JE fais en sorte de le laver à la main. S'il sent qu'il ne peut pas le faire, il nous préviendra ».

« Fais comme tu penses alors », dit Gabby d'un ton sec en s'en allant.

Kelly soupira d'exaspération. Depuis cet appel, Gabby n'était plus la même. Elle avait du mal à supporter l'incident avec le bébé, Kelly le voyait. Et cela pouvait se comprendre, il ne la blâmait pas. Ce qu'il blâmait, c'était le peu de confiance qu'elle accordait à Matt. Il se tourna et prit la route de la chambre de Matt. Il ouvrit la porte et vit Matt en train de gesticuler dans le lit. Cela fit rire Kelly.

« Quoi ? » se mit à dire Matt quand Kelly éclata de rire.

« Quoi ! » répéta-t-il.

Après quelques longues secondes, Kelly se calma, essuyant les larmes qui coulaient sur son visage et en frottant son ventre.

« On aurait dit une tortue sur le dos ! »

Matt haussa les sourcils et soupira.

« Merci de remonter le moral d'un souffrant… »

« Souffrant ? »

Kelly et Matt partagèrent un nouveau rire. Il s'assit alors au plus près de son meilleur ami.

« C'est le grand jour ».

« Aujourd'hui ? Déjà ? »

Kelly acquiesça le sourire aux lèvres. Matt qui s'était redressé laissa sa tête cogner les oreillers.

« Tu ne te sens pas prêt ? »

« Ce n'est pas ça c'est juste que… »

Matt se mit à regarder ailleurs, comme s'il avait honte.

« On va me regarder comme un infirme. Et tu me connais, quand on me regarde avec pitié… »

« Tu es prêt à frapper quelqu'un, oui je sais », finit Kelly.

« Et… J'ai peur d'avoir mal aussi ».

C'était la première fois en deux mois que Matt évoquait le sujet de lui-même, ou n'essayait pas d'éviter ce sujet. Kelly ouvrit la bouche et ne parla pas pendant un moment.

« Cela fait deux mois, Matt. Le médecin a expliqué que l'alitement devait durer six à huit semaines. Tu peux te tenir assis maintenant et bientôt commencer ta rééducation ».

Matt ferma les yeux un instant.

« Tu as raison. Allez, aide-moi s'il te plaît ».

Comme à chaque fois que Matt allait prendre une douche, Kelly le prenait comme il pouvait dans ses bras pour l'emmener dans la douche et le maintenir debout pendant qu'il se lavait lui-même. Mais cette fois, Kelly avait une bien meilleure idée.

« Je vais t'aider à te relever, te tenir debout, mais… »

Il sortit légèrement de la chambre pour ramener quelque chose qui fit rire Matt à en mourir.

« Tu te fous de moi ? », lança Matt à Kelly lorsqu'il revint avec un déambulateur à roues dans la chambre.

« Non, du tout ! Will a pensé que ce serait une excellente idée de te faire travailler maintenant. Tu pourras t'exercer ici en même temps que la thérapie ! »

« C'est vrai ce mensonge ou tu veux encore et toujours t'en prendre aux plus vulnérables ? »

Kelly laissa échapper un autre rire.

« En fait… Les deux. Je l'avoue, je pense que je vais pas mal rigoler de te voir te trimbaler comme une vieille mémé ! Fais gaffe au frein, je les ai huilé », pouffa-t-il.

« Ha. Ha. Très drôle Kelly ».

En fait, quelques secondes plus tard, lui aussi se mit à rire à en pleurer. Après plusieurs minutes, Matt redevint très sérieux.

« Merci. D'être toujours… Toi ».

« Quoi ? »

Kelly ne comprenait pas, et Matt semblait embarrassé.

« Je veux dire que… Tu es resté le même après tout ce qu'il s'est passé et… Et les autres me regardent comme si je n'étais pas le même alors que je n'ai pas changé ».

« Hey hey… »

Kelly se rassit sur le lit près de Matt et lui prit l'avant-bras gauche.

« Disons qu'ils ont mal pour toi, et tu leur manques en tant que pompier ».

« Tu n'as pas mal pour moi ? »

« Si… Si, c'est juste que je te connais, je sais ce que tu as traversé j'étais là, sous les gravats avec toi. Je t'ai ranimé, je t'ai maintenu en vie au moins deux fois. Et je suis ton ami, ton frère ».

Kelly sourit très légèrement et caressa Matt dans les cheveux.

« Merci quand même d'être là pour moi ».

« Toujours ».

Les deux frères se regardèrent pendant un long moment, sans parler. Pas besoin.

« Allez, on y va ? On la prend cette douche ? »

« Ouai ».

Comme à son habitude, Matt leva les bras pour que Kelly puisse le prendre dans ses bras, mais au lieu de ça, Kelly secoua la tête de gauche à droite.

« Non, non. Ça c'est fini mon pote ! Je vais te faire asseoir, te faire lever et ensuite tu agripperas ça ! » dit-il en attrapant le déambulateur. « Et on ne discute pas ! » continua-t-il en voyant que Matt voulait protester.

Celui-ci soupira en souriant.

« Je le crois pas… »

Kelly aida Matt à basculer ses jambes à l'extérieur du lit pour permettre à Matt de se redresser. Il échappa un cri, non pas de douleur, mais parce qu'il devenait tendu dans ce lit. Il fut prit ensuite de soulagement quand ses pieds atteignirent le sol de la chambre.

« Ça va ? » lui demanda Kelly, légèrement inquiet.

« Oui. Oui ça va. C'est... »

« Ça fait du bien ? »

Tout en fermant les yeux, Matt acquiesça, faisant sourire de soulagement son meilleur ami, son frère.

« Maintenant, tu vas attraper les poignets et je vais t'aider à te mettre debout. On est d'accord ? »

Matt inspira et expira un bon coup. Il avait peur. Tellement peur de se refaire mal.

« Hey Matty, je suis là d'accord ? Aucune raison d'avoir peur ».

« Si. Quand c'est toi, j'ai peur », se mit à dire Matt en rigolant.

Les deux frères esclaffèrent encore.

« Si Gabby nous entendait ! »

Cette dernière phrase jeta un froid dans la pièce. Matt baissa la tête, Kelly comprenant bien que Gabby était un sujet sensible.

« Tu dois lui pardonner Matt. Elle a fait ça pour te sauver, et toi... Tu la fuis ».

« Elle a presque tué notre enfant Kelly. Comment je dois réagir à ça ? »

« Tu crois qu'elle ne s'est pas déjà sentie coupable d'avoir... Presque tué votre enfant, comme tu dis ? Elle se blâme déjà assez comme ça. Vois les choses autrement : si elle n'était pas descendue, tu serais mort et elle ne se serait pas sentie capable d'élever votre enfant. Elle est descendue pour te sauver en prenant le risque de perdre votre enfant, mais en sachant que si elle te sauvait, vous pourriez avoir d'autres enfants ensemble ».

Malgré la porte fermée, Gabby pouvait entendre leur conversation. Il était encore difficile pour elle de voir Matt car en effet, elle se sentait coupable de la quasi-mort de leur enfant. Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était ce regard de haine qu'il lui lançait. Et cela lui faisait mal de savoir que Kelly était pris entre deux feux, mais qu'il essayait de régler le problème entre elle et Matt.

« Tu as raison », entendit-elle.

Son cœur se serra en entendant la voix de Matt. Et instinctivement, elle caressa son ventre, celui qui était bien formé, après cinq mois de grossesse.

« Laisse-moi encore un peu de temps, et... Et je lui parlerai ».

Elle mordit sa lèvre inférieure, baissant la tête et pleurant. Non pas de tristesse mais de joie. Elle s'éloigna alors pour prendre une douche dans la deuxième salle de bain et pour se mettre en tenue.

« Allez mon brave ! On se lève ! »

Kelly agrippa le pantalon de Matt pour le hisser tandis que celui-ci faisait l'effort de se lever. Cela lui faisait mal mais il ne dit rien. Une fois debout, Matt appuya sur les freins pour ne pas partir en avant. Toujours tenu par Kelly, il inspira profondément.

« Ça va toujours ? »

« Ouai... Ouai, juste... Un peu la nausée ».

« Will a dit que ce serait normal. Première fois réellement debout en deux mois, il faut s'y attendre ».

Sans le vouloir, Matt laissa échapper un léger cri de douleur.

« Je crois que... Que je vais être malade ».

Regardant autour de lui, Kelly courut dans la salle de bain pour attraper un récipient et le placer au niveau de la bouche de Matt. Celui-ci vomit une partie de son petit-déjeuner dans le récipient tout en refermant les yeux. Son estomac lui faisait mal, lui envoyant des vagues successifs de nausée. Kelly frottait son dos, réalisant quelques petits cercles avec la paume de sa main droite.

« Ça aussi c'était au programme ? » demanda Matt.

« Entre autre. Tu veux que... Que j'appelle quelqu'un ou... Ou Gabby ? »

Matt réfléchissait. Au fond de lui, il désirait plus que tout au monde de voir la personne qu'il aimait le plus au monde, mais voulait-elle le voir lui ? Il acquiesça.

« Bien. Je vais chercher Gabby. Promet-moi de ne pas mordre ».

« Promis ».

Kelly l'aida à se rasseoir le temps qu'il aille chercher Gabby et la ramène dans la chambre. En entrant dans la salle principale, il vit qu'elle était en train de préparer ses affaires pour la soirée. Gabby redressa la tête et affronta le regard de Kelly.

« Tu n'aides pas Matt ? »

« Je... », commença-t-il, incapable de parler. « Je vais avoir besoin d'aide. Je n'ai pas l'expérience pour ça ».

« Tu crois que je l'ai ? »

« Tu es une ancienne ambulancière, je n'ai eu que la formation de base Gabby. Alors oui, tu as cette expérience. S'il te plaît ».

Kelly suppliait presque Gabby de venir l'aider avec Matt. Elle ne savait pas trop comment réagir : devait-elle dire non, de peur d'affronter une énième fois son regard rempli de haine, ou devait-elle passer outre pour l'aider ?

« D'accord. Je te suis ».

Elle laissa tomber ce qu'elle faisait et suivit Kelly dans la chambre. En entrant, elle sentit une odeur assez nauséabonde. Grimaçant, elle se tourna vers Kelly.

« En se levant, il a été pris de vertige et s'est mis à vomir ».

Elle comprit enfin pourquoi Kelly avait besoin d'aide. Matt avait les yeux fermés, évitant son regard. Elle soupira et s'avança.

« Après deux mois alité, c'est tout à fait logique d'avoir la nausée et de vomir. Ça va passer d'ici quelques jours. Il faut que le corps se réhabitue à se tenir debout ».

Elle évitait de parler de Matt directement, ou à Matt directement.

« Tu peux aller de l'autre côté s'il te plaît Kelly ? »

Il acquiesça et se plaça à gauche de Matt tandis que Gabby était à droite. Ils aidèrent Matt à se relever et à aller dans la salle de bain, à son rythme, l'un l'aidant à marcher, l'autre tenant le récipient au cas où une autre vague de nausée le prendrait. Au bout de cinq minutes, ils était arrivés et Matt s'assit sur les toilettes, soupirant de soulagement. Cela lui faisait très mal, mais il ne voulait pas l'admettre, de peur Kelly refuse qu'il aille au bal des pompiers.

« Tu as mal, n'est-ce pas ? » demanda Gabby.

Pour la première fois en deux mois, Gabby s'adressait directement à Matt. Et lui touchait aussi l'épaule. Matt le savait, et cela l'avait assez alerté pour ouvrir les yeux et lui faire face, plongeant son regard dans celui de sa bien-aimée. Il tourna ensuite la tête et la secoua. Il admettait avoir mal.

« C'est normal. Ton col de fémur a été fracturé, ton sacrum aussi. Il faut du temps pour se remettre de ça. Mais tu vas y arriver. On va y arriver », dit-elle enfin en insistant sur le 'on'.

Kelly était gêné d'être entre les deux amoureux. Mais il ne dit rien.

« D'accord. On va y arriver », finit par dire Matt, faisant alors sourire Kelly.

Ses efforts commençaient à payer : Gabby et Matt se reparlaient directement. Un pas de géant.

« Bien. On va enlever les vêtements, prendre une douche et te faire beau pour la soirée ».

« On ? »

Matt était surpris, et Kelly aussi. Et cela surprenait encore plus Gabby. La phrase était sortie toute seule de sa bouche, sans vouloir réellement dire cela. Mais elle l'avait prononcé. Elle commençait à prendre conscience que Matt avait besoin d'aller à cette soirée. Et elle commençait à comprendre son point de vue : si les rôles avaient été inversés, elle n'aurait sans doute pas tenu le choc de la presque perte du bébé, elle n'aurait pas supporté cette perte. Et Matt l'avait prévenu que c'était dangereux et qu'il voulait qu'elle et le bébé soient sains et saufs. Mais elle n'en avait fait qu'à sa tête et avait fait parlé son cœur avant la raison. Mais elle comprenait à présent. Elle avait mis du temps, mais elle comprenait.

« Nous deux. Je dois aussi prendre une douche et me faire belle. On le fera ensemble ».

Matt replongea son regard dans celui de sa moitié. Son regard avait changé selon lui. Il y avait comme un goût de pardon. Il repensa alors à ce que Kelly lui avait dit : le fait qu'elle se soit blâmée pour leur enfant, mais avant tout le fait qu'elle n'aurait pas supporté de perdre l'homme qu'elle aimait le plus au monde. Et cet homme, c'était lui. Elle préférait le sauver pour avoir d'autres enfants avec lui que de le perdre lui et d'élever un enfant sans son aide car il était mort. Lui aussi comprenait son point de vue. Il n'aurait pas fait d'autres choix à sa place.

« Ensemble ».

Gabby sourit légèrement et enleva son t-shirt. Kelly comprit que Gabby avait la situation en main et quitta la pièce pour rejoindre le salon. Il prit toutes les affaires de Gabby et les plaça sur le lit, ensuite prit les siennes et les plaça sur le canapé. Cela le faisait sourire, mais il s'inquiétait aussi. Allaient-ils arriver à s'entendre et à se réconcilier ?

Dans la salle de bain, Gabby aidait Matt à se déshabiller entièrement. Le plus dur n'était pas le pantalon, c'était le boxer.

« Attends, je vais le faire », finit-elle par dire quand elle vit qu'il n'y arriverait pas.

Doucement, il acquiesça et posa ses mains sur ses épaules pendant qu'elle s'abaissait, afin de ne pas perdre l'équilibre. Tout aussi doucement, elle atteignit son boxer et le fit descendre doucement pour ne pas lui faire mal. Il mordit alors sa lèvre inférieure : il se sentait gêné par la situation malgré le fait que Gabby l'ait vu nu plus d'une fois. Après tout, ils étaient ensemble. Elle arrêta son regard sur ses cicatrices : l'une traversait une partie de sa jambe et sa hanche, l'autre traversait son bas-ventre et encore une autre était presque imperceptible sur sa cuisse gauche. L'une avait été réalisée pour réparer son col du fémur, l'autre pour atteindre son sacrum et le consolider et la dernière pour l'angioplastie. Avec ses doigts, elle retraça ses cicatrices, délicatement, effleurant sa peau. Il se tendit un moment, peur d'avoir mal, peur... Tout simplement peur de lui faire mal aussi. En voyant qu'elle y allait vraiment très doucement, il se détendit, se laissa faire, la laissa le masser. Elle l'aida à se rasseoir sur la cuvette pendant qu'elle se déshabillait elle aussi. Il ne voulait pas regarder, de peur que la vue de son corps lui fasse des effets. Après une trentaine de secondes, il sentit une main sous son menton qui lui relevait la tête. Il se força à ouvrir les yeux, rencontrant les siens. Elle avait le sourire aux lèvres.

« Tu es prêt ? » lui demanda-t-elle.

Il secoua la tête de haut en bas, lui faisait confiance pour la énième fois. Gabby avait toujours été là pour lui, dans les épreuves les plus difficiles de ses dernières années : la mort d'Andy, la mort d'Hallie, sa blessure à la tête... Toujours présente malgré ses propres éclats de colère, malgré tout ce qui aurait pu les séparer, et elle était toujours là, à s'accrocher à lui. Elle l'aida à se relever, marcher vers la douche, s'asseoir sur le petit tabouret que Kelly avait placé pour qu'il puisse enfin profiter d'une vraie douche. Celle qu'il n'avait pas eu depuis deux mois. Gabby alluma l'eau, essayant de trouver la bonne température pour Matt. Il essaya de se lever, mais il n'y arrivait pas. Il voulait profiter, profiter de ce moment où il pouvait enfin se mettre debout sans trop de problèmes. Gabby savait ce qu'il voulait faire, et cela lui faisait peur.

« Matt, pendant deux mois tu ne t'es pas tenu debout, tu as perdu ta masse musculaire au niveau des jambes. Tu ne peux pas tenir debout seul ».

Cela la désolait, car elle savait ce qu'il avait enduré ces deux derniers mois. Elle l'avait vécu aussi. Il baissa les yeux, déçu, honteux de ne même pas pouvoir de lever de ce tabouret.

« Oh et puis merde ! Donne-moi tes bras ».

Surpris, il leva la tête, plongeant son regard dans celle qu'il avait rejeté pendant deux mois. Elle leva ses sourcils et lui tendit ses bras. Il comprit : elle voulait l'aider à se lever. Doucement, il passa ses bras au niveau des siens et utilisa toute sa force pour se lever pendant que Gabby faisait contre poids. Il perdit presque l'équilibre, mais Gabby le rattrapa. Elle se tourna pour qu'il soit dos à l'eau, et le colla au mur pour qu'il ne perde pas l'équilibre. Elle mit ensuite le tabouret à proximité.

« Au cas où tu serais fatigué », assura-t-elle.

Il la regardait intensément. Il ne l'avait pas réellement vu depuis deux mois, deux longs mois. Chacun comprenait les motivations de l'autre à présent. Il avait fallu tout ce temps pour qu'il se comprenne.

« Matt... Pardonne-moi. Ce que j'ai fait... »

« Non », l'interrompit-il. « Je t'ai blâmé de m'avoir sauvé. Parce que tu n'avais pas pensé à notre enfant ».

« J'y ai pensé. Mais... Mais ensuite j'ai pensé à toi et... Et ce que serait la vie sans toi. Et je n'aurais pas supporté une vie ainsi, sans toi à mes côtés. Je suis désolée ».

Elle avait baissé la tête, mais Matt passa sa main droite sous son menton pour la redresser. Elle plongea son regard humide dans celui qu'elle aimait, et celui-ci sourit.

« Tu m'as sauvé la vie. Tu es en vie, le bébé est en vie. C'est ce qui compte à présent ».

Il l'attira vers lui et la prit dans ses bras, fermant les yeux pour profiter. Il sentit son ventre contre le sien. Il ne voulait pas gâcher ce moment, ce moment où ils étaient tous les trois réunis. Et Gabby non plus. Elle passa ses bras autour de lui, posant sa tête sur sa poitrine et fermant les yeux elle aussi.

« Je t'aime Gabby », finit-il par dire.

Le cœur de Gabby se retourna. Elle avait attendu tant de semaines pour entendre ces mots sortir de la bouche de l'homme qu'elle aimait plus que tout au monde.

« Je t'aime Matt », dit-elle d'une voix tremblante, les larmes aux yeux.

Après plusieurs minutes collés l'un à l'autre, il rompit leur câlin, pour voir ce petit ventre qu'il avait senti sur le sien. Son ventre était bien formé, ce qui le fit sourire. Il passa délicatement sa main sur ce ventre, le caressant par la même occasion. Il sentit quelque chose bouger, et par peur, il retira sa main.

« Ce n'est rien Matt, au cinquième mois, bébé commence à bouger ».

Il leva ses yeux pour admirer son visage s'illuminer. Elle sourit, et lui aussi. Il reposa sa main, il avait à présent les larmes aux yeux. Il se demandait pourquoi il n'avait pas vu l'important plus tôt. Pourquoi il n'avait pas vu que la femme qu'il aimait et son enfant était en parfaite santé et qu'il n'avait pas à la blâmer de lui avoir sauvé la vie. Tant de question et de culpabilité l'avait rongé, et il se mit à pleurer.

« Hey, hey Matt. Tu as mal ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Il secoua la tête vigoureusement, retirant sa main de sur son ventre.

« J'ai tellement été con ces deux derniers mois... Je n'ai pas vu l'essentiel... Que tu étais en vie et que... Que notre enfant aussi... »

Fermant les yeux, il se résolut à s'ouvrir à elle. Enfin.

« Dans les décombres... Quand je t'ai vu, j'ai cru que... Que tu allais mourir et... Et je n'aurais jamais pu supporter cela et... Et je n'aurais jamais pu supporté le fait que tu puisse perdre notre bébé... C'est pour ça que... Que je t'avais demandé de ressortir... »

Gabby l'avait laissé parler. Elle savait que c'était dur pour lui d'exprimer ses sentiments, elle ne voulait pas l'interrompre alors qu'il se confiait.

« Quand je suis arrivée à tes côtés... Kelly était sur toi, à réaliser un massage cardiaque malgré son bras cassé. À ce moment-là, j'ai paniqué. Je t'ai injecté trois doses d'adrénaline avant que ton cœur ne redémarre... J'ai... J'ai pensé à ce que serait la vie sans toi... À élever notre enfant, à vivre sans toi. Je n'aurais pas supporté non plus. Je sais que ce que j'ai fait était stupide, mais je devais le faire Matt. Je le devais ».

Il prit quelques secondes pour la regarder pleurer, avant de se résoudre à passer ses doigts sur ses joues et retirer ses larmes qui lui causaient tant de douleur.

« Je ne te blâme pas. Je ne te blâme plus. J'ai compris pourquoi tu l'avais fait ».

« Et j'ai compris pourquoi tu voulais que je ressorte... », dit-elle en posant sa main sur la sienne.

Avec son autre main, il leva sa tête. Il passa délicatement ses lèvres sur les siennes, les yeux fermés. Il rompit ce doux baiser, attendant une réaction de la part de Gabby. Elle rouvrit ses yeux, replongeant son regard dans le sien. Elle s'approcha de lui, passa sa main sur sa nuque et approcha son visage du sien. Et elle l'embrassa elle aussi, plus passionnément, plus fougueusement, plus... Amoureusement. Il se collèrent, faisant jouer tous leurs sens en même temps. Étant enceinte, le plaisir était au moins multiplié par cent chez Gabby. Collés l'un à l'autre, Matt pouvait sentir le ventre de Gabby bouger, bien plus que précédemment. Ce petit bout qu'ils avaient conçu semblait lui aussi aimer et apprécier ce moment que ses parents passaient. Mais ils n'arrêta pas. Il continuait à embrasser l'une des deux personnes importantes à ses yeux. Il interrompit ce tendre baiser pour la regarder et sourit.

« Quoi ? »

Matt sourit de plus belle.

« Tu sais ce qu'il s'est passé ? Pendant que j'hallucinais ? »

Gabby repensa alors à ce que Matt lui avait dit dans les décombres.

« Le chant des oiseaux, le soleil, la mer... Et Hallie ».

Il acquiesça.

« On a discuté. Elle... Hallie m'a fait comprendre que... Que je ne devais pas vivre dans le passé. Mais vivre avec le passé et penser à l'avenir ».

Gabby savait pertinemment que malgré l'amour que Matt lui portait, il aimait toujours Hallie. Et elle ne lui en voulait pas.

« Elle m'a dit que je la voyais dans cette hallucination car j'aurais voulu lui dire que... Que j'étais heureux avec toi et... Et heureux de devenir père ».

Gabby était en quelques sortes la plus heureuse. Même si ce n'était qu'une hallucination, elle la prenait comme un signe. Un signe qu'Hallie approuvait cette relation et souhaitait à Matt et elle tout le bonheur du monde. Elle soupira presque de soulagement et versa quelques larmes.

« Je vais... Profiter de toi. De notre enfant. De notre avenir ».

Avec ces derniers mots, il posa ses lèvres sur les siennes. Gabby et lui s'étaient à présent retrouvés. Et ce petit bout qui allait naître dans un près de quatre mois les unirait pour toujours. À jamais.