Bonjour tout le monde!
Alors, pendant tout le monde est en révisions bah moi je suis en vacances! J'en profite donc pour écrire, et écrire, et écrire :)
D'où ce septième chapitre!
Merci énormément de l'accueil que vous avez réservé au sixième d'ailleurs, je suis tellement heureuse de lire vos reviews!
Donc, bonne chance à tous ceux à qui il reste l'SVT demain, pour le BAC!
Et en attendant, pour les autres, bonne lecture.

Comme toujours, merci pour les reviews, les followers et les favoris. Vous êtes tous géniaux!

Réponse aux guest reviews:

Amande: merci pour ta review! J'aime d'ailleurs énormément lire tout ce que tu me laisses! Je suis désolé pour l'apnée du chapitre 6, en passant xD Merci de ton soutien, de toutes tes reviews qui me font toujours sourire. Je suis heureuse que ce que j'écris, ainsi que ma façon d'écrire, te plaise :) Et pour répondre à ta question, non Blaine n'a pas les deux maladies. Il a soit l'une, soit l'autre, mais puisqu'il était plongé dans le coma, les médecins ne pouvaient pas le savoir. Tu seras fixée dans ce chapitre-ci :)


Chapitre 7

Un œil. Puis l'autre. Les pupilles qui se détendaient à cause de la lumière trop violente. Un gémissement. Un autre. Parce que ça faisait mal, malgré tout. Malgré la morphine, malgré l'allégresse de redevenir soi-même. Ca faisait mal.

Kurt restait là, assis sur sa chaise inconfortable, regardant toutes ces petites étapes avec admiration. Cet œil, ce gémissement... La vie. Blaine qui revenait à lui.

Il était complètement incapable d'expliquer ce qui se passait à l'intérieur. Soulagement, peur.

Soulagement de le voir enfin revenir à la vie, de savoir qu'il n'était pas encore qu'une coquille vide, qu'il y avait bien toujours quelqu'un à l'intérieur.

Peur d'avoir à la confronter, cette maladie. De devoir lui annoncer qu'il n'était pas comme tout le monde. Qu'il était différent.

Et puis enfin, appréhension. De savoir à quel point la maladie était présente, de voir à quel point elle avait rongé son être. Si elle n'était encore qu'à un stade précoce ou si Blaine était définitivement fou.

Fou.

Comment annoncer à un homme à son point de rupture qu'il était fou?

Les iris vert-noisette cherchèrent un repère, dans toute cette lumière aveuglante. Kurt voyait ces yeux qui cherchaient à accrocher quelque chose, un ancrage, un roc.

Et puis enfin, le vert-noisette trouva le bleu océan.

Ils restèrent comme ça pendant un moment, cherchant dans les yeux de chacun les réponses à leurs questions. Le vert-noisette qui cherchait à savoir où il était, pourquoi il était là, qu'est-ce qui s'était vraiment passé et surtout pourquoi Kurt était toujours à ses côtés. Le bleu océan qui mourait à petit de feu de l'intérieur, à cause de tout ce qu'il ignorait sur l'état mental de Blaine, à cause de cette scarification inexplicable, à cause de tout ce passé trouble, à cause de toutes les petites choses qui faisaient que Blaine restait un mystère.

Ils étaient chacun dans une autre dimension, les questions se bousculant dans leurs têtes. Une autre planète, un autre pays, un autre soleil, d'autres étoiles. Et puis ces yeux. Verts, bleus, rouges, marrons, violets, jaunes. Quel importance finalement? Tout ce qui importait, c'était qu'ils soient là, ces iris.

L'électrocardiogramme restait la seule chose qui les maintenait dans cette chambre d'hôpital. Qui empêchait d'oublier totalement la réalité.

Kurt détourna les yeux et regarda les courbes régulières sur l'appareil. Il profitait de cet instant, si pur, si parfait. Où chacun ne savait rien, où ils étaient juste heureux parce que Blaine était réveillé. Pas de maladie, rien. Seulement ces paupières qui avaient enfin daignées se soulever. Mais ça ne pouvait pas durer.

Des bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir. Après que Kurt ait appuyé sur le bouton rouge, les infirmières et les deux chirurgiens s'étaient précipités dans la chambre de leur cas médical le plus prenant du moment. Le petit mystère médical qui les faisait tous vibrer. Le cas médical. Pas un humain, pas une personne. Un cas médical.

Échevelés, les deux médecins pénétrèrent dans la pièce en trombe, et le plus détestable des deux poussa Kurt avec empressement pour pouvoir s'approcher d'un Blaine complètement désemparé. L'autre prit place de l'autre côté du lit et avait déjà sorti sa petite lumière de poche. Les infirmières quant à elles, s'occupaient de relever toutes les données que les machines branchées à Blaine avaient récoltées.

"Comment vous sentez vous?"

"Avez-vous mal?"

"Vous m'entendez?"

La tête de Kurt tournait. Trop de question, trop d'action. Il n'osait même pas imaginer l'état dans lequel était Blaine.

Et il faisait bien. Parce qu'il n'aurait jamais pu mesurer l'ampleur du désarroi du bouclé.

Il ne comprenait tout simplement rien. Il s'était réveillé, il avait mal au poignet, comme si une centaine de moustiques le piquaient en même temps et au même endroit. Il y avait eu cette lumière qui lui avait brûlé les yeux, qui avait voulu l'attaquer, le renvoyer dans son monde noir. Et ce bleu océan.

L'adjectif était bien choisi. Parce que Blaine s'y était noyé, il s'y était noyé mais cette noyade avait été son ancrage. Une façon de ne pas perdre pied, de se trouver un repère alors que tout autour de lui semblait vouloir l'agresser.

Il avait mis du temps à comprendre que cet océan, c'était en réalité Kurt. Il n'arriverait pas à expliquer le sentiment qui s'était emparé de lui quand il l'avait réalisé. Un pincement au cœur, une douleur dans la poitrine mais qui finalement, faisait plus de bien que de mal.

Mais un millième de seconde plus tard, cet océan s'était tari. Les yeux étaient partis et Blaine se retrouvait seul avec cette lumière qui l'aveuglait toujours autant. Autour de lui, il ressentait l'agitation plus qu'il ne l'entendait. On aurait dit toute une fourmilière qui s'activait. Mais qui s'activait à quoi?

Il entendait les paroles, il entendait le bruit, les gens qui lui parlaient, mais il ne pouvait pas leur répondre. Tout simplement parce qu'il ne comprenait rien.

Puis, une lumière encore plus puissante que les autres vint percuter son iris. Il ferma les yeux.

Une fois dans le noir, les sons se firent plus distincts. Le bruit devenait des mots, les mots des phrases. C'est ainsi que Blaine réussit à comprendre ce qu'il se passait autour de lui.

"Il a de bon réflexes oculaires. Ce n'est donc pas un légume."

"Il n'a jamais été question de légume! protesta violemment Kurt. Et comment osez-vous dire ça devant lui?"

"Calmez-vous, monsieur..."

"Non! Non je ne me calmerai pas! Il est quoi pour vous hein? Un sujet médical? Mais vous savez ce que vous oubliez là-dedans? Vous oubliez la base même de votre métier! Blaine est une personne! Une personne, un être humain! Non pas un légume ou un cas médical! Ce n'est pas un sujet d'étude! Comportez-vous en médecins, merde!"

"Monsieur, si vous ne vous calmez pas, je vais vous demander de sortir..."

"Sortir? Ah ah, non mais laissez-moi rire! Vous croyez sincèrement que je vais vous laisser seuls avec lui? Mais qui sait ce que vous pourriez lui faire! Je sais que tous ce que vous voulez c'est lui charcuter le cerveau pour essayer de comprendre comment ça fonctionne là-haut!"

"Michelle? Faîtes le sortir, s'il vous plait."

Une femme posa sa main sur l'avant-bras du châtain, qui la repoussa avec colère.

"Je ne sortirai pas!"

Excédé, un des médecins l'attrapa rapidement par les épaules et le jeta dans le couloir avant de refermer la porte.

Kurt se retrouva devant cette vitre opaque, sans pouvoir savoir ce qu'il se passait à l'intérieur ni comment allait Blaine. Il l'avait laissé seul avec ces horribles médecins. Tout seul...

Il frappa violemment la vitre d'un coup de poing bien senti avant de se laisser glisser sur le sol, le dos contre la porte.

Il ne prêtait pas attention aux personnes qui passaient devant lui et qui le regardaient comme s'il était fou. Il ne l'était pas. Enfin si, fou de rage peut-être.

"Kurt, qu'est-ce qui se passe?"

Le garçon releva les yeux vers sa belle-mère et rencontra un visage complètement désemparé, et des yeux interrogateurs.

"Ils vont lui faire du mal, Carole..."

La femme s'accroupit devant lui et lui prit le menton en coupe.

"Tout va bien se passer, Kurt. Ils connaissent leur métier..."

Le garçon se releva brusquement, manquant de faire tomber Carole en arrière.

"Justement! Il le connaisse trop bien! Ils pensent que Blaine est un sujet d'étude, Carole. Ils vont creuser dans son cerveau pour essayer de comprendre ce qui cloche. Mais il est malade. Et j'ai regardé sur Internet, tu sais. On ne peut rien y faire. Qu'il soit schizophrène ou bipolaire, peu importe. Sa vie ne sera jamais plus la même. Il n'y a pas de remède à ces maladies. Alors qu'est-ce qu'ils essaient de trouver? Il n'y a rien à faire, seulement le laisser sortir de cet hôpital de malheur!"

"Calme toi, mon chéri, calme toi... Tout ira bien, tu verras."

Elle prit son beau-fils dans ses bras et passa sa main dans son dos. Elle n'aimait pas le voir ainsi. Le plus souvent, c'était elle dans cet état, c'était elle qui pétait des câbles parce qu'elle avait peur. Peur pour sa famille, pour elle, pour tout. Parce que d'une certaine façon, elle était aussi malade que Blaine.

Alors voir Kurt comme ça... Elle savait ce qu'il ressentait, elle le savait mieux que personne. Cette impuissance, ce besoin de faire quelque chose mais de ne pas pouvoir. Et puis cette peur. Cette peur qui prenait au tripes, qui remuait tellement de choses à l'intérieur, qui jouait avec tous les sentiments.

La porte opaque s'ouvrit et Kurt se dégagea rapidement des bras de sa belle-mère. Il regarda les deux médecins sortir, parlant entre eux, semblant ne même pas remarquer sa présence.

Connards, pensa-t-il.

Ce n'était pas son habitude d'être si vulgaire, mais là, il n'avait trouvé aucun autre nom pour les désigner.

Il s'engouffra dans la pièce avant Carole, qui voulait rester en retrait et laisser son beau-fils faire ce qu'il avait à faire.

Mais justement, Kurt ne savait pas quoi faire. Il voulait rentrer dans cette chambre, il voulait être là pour Blaine. Mais à présent qu'il était là, debout à l'entrée, Blaine allongé sur le lit, fixant le plafond, il ne savait pas quoi faire.

Blaine tourna la tête vers lui et ces yeux rencontrèrent une nouvelle fois les siens. Mais ce n'était pas comme à son réveil. On aurait même cru que ce n'était pas les mêmes yeux. Il y avait ce voile qui cachait absolument tous les sentiments, qui rendait le vert-noisette aussi froid que de la glace. Ce voile que Blaine portait en permanence.

Une des infirmières posa sa main sur son avant-bras et Kurt tourna les yeux vers elle. Peut-être n'aurait-il pas dû.

Tout chez elle extériorisait la pitié qu'elle ressentait. Ce visage triste, ces yeux douloureux.

"Monsieur Hummel-Hudson?"

Il hocha la tête.

"Les médecins auraient voulus vous le dire eux-mêmes mais ils avaient un cas important à gérer aux urgences."

Les médecins n'avait pas dit grand-chose au bouclé. Il lui avait expliqué ce qu'il s'était passé, qu'il s'était évanoui après s'être mutilé et qu'il avait perdu énormément de sang. Qu'ils avaient découvert quelque chose pendant ce coma mais qu'ils ne pouvaient pas lui dire réellement de quoi il s'agissait et que c'était pour ça qu'une autre personne, un autre médecin, passerait le voir dans la journée. Pour discuter avec lui, ils avaient dit.

Blaine s'en foutait. Il voulait seulement sortir de cet hôpital qui sentait comme la mort. Peu importe comment, il devait sortir. Il détestait cet endroit, et il détestait les médecins.

"Bien, commença l'infirmière visiblement mal à l'aise. Je dois d'abord vous prévenir qu'un autre médecin, le docteur Connor, viendra vous rendre visite dans la journée."

"Pourquoi? lança méchamment Blaine."

Kurt le regarda étrangement, mais le bouclé fit comme s'il n'avait rien vu. Il avait toujours envoyer bouler les gens, il n'y avait pas de raison que ça change maintenant.

"Eh bien... Il vient pour vous parler..."

"J'ai besoin de personne pour me faire la causette!"

"Blaine! protesta Kurt."

Le bouclé lui lança un regard noir qui déstabilisa le châtain. Ce vert-noisette là, teinté de fureur et de méchanceté, ne ressemblait en rien à celui qui s'était plongé dans le bleu océan quelques minutes plus tôt.

Est-ce que ça compte? Est-ce que les changements d'humeurs comme ça, ça compte dans la maladie?

"Quoi? Cracha Blaine. Je suis réveillé, je vais bien. Et tu crois que je suis dupe? Tu crois que je sais pas ce qu'ils veulent? Ils veulent me faire voir un psy! Un putain de psy qui voudra savoir pourquoi j'ai pris cette putain lame de rasoir et que je me suis taillé avec!"

Le cœur de Kurt se serra. Si seulement il savait...

"Eh bien, coupa l'infirmière. Il ne veut pas savoir que ça..."

Kurt jeta un regard noir à la femme qui se triturait les doigts. Elle n'avait pas le droit d'annoncer à Blaine qu'il était malade. En tous cas, pas comme ça. Et puis, ce n'était pas à elle de le faire. Kurt s'en chargerait.

Elle parut comprendre les intentions du châtain, jeta deux trois mots pour se congédier et parti précipitamment de la chambre, bousculant au passage Carole qui était toujours adossée à la porte.

"Qu'est-ce qu'elle a voulu dire?"

La voix de Blaine. Ce n'était même plus une voix, même plus des mots. Seulement des jets de venin qui sortaient de sa bouche.

Kurt ferma les yeux et se mit à trembler. Comment lui annoncer? Comment lui dire qu'il ne tournait pas rond? Que ce psy qui allait venir voulait savoir à quel point il était fou?

Il n'est pas fou, Kurt. Il est malade. Malade. Pas fou.

"Oh! Quelqu'un va me répondre, putain de merde?"

Le châtain fixa le visage de Blaine déformé par la colère et la haine. Etait-ce lui que Blaine haïssait à ce point?

"Blaine, tu..."

Il ne pouvait pas continuer. Les mots étaient là, dans sa bouche, dans sa tête. Ses phrases étaient construites, chacune d'elle avait été étudiée de façon à ne pas paraître trop brutale. Mais il ne pouvait tout simplement pas les dire. Elles restaient bloquées à ses lèvres, ne pouvant pas franchir cette barrière. Parce que pour l'instant, ce n'était pas vraiment réel, rien n'avait pris forme. Mais s'il avouait tout, si les mots s'échappaient de leur cage, personne ne pourrait plus fuir la réalité. Elle serait là, prenante, déchirante.

"J'ai pas toute ma journée!"

L'expression de Blaine aida le jeune homme. Cette colère, cette haine, cette impatience. Beaucoup de personne se seraient arrêtées à tout ça, sans chercher à savoir ce que ça cachait. Mais Kurt la voyait. La peur. Même les plus épais murs de glace restaient transparents.

Il lui devait la vérité. D'une certaine façon, lui dire revenait à l'aider, n'est-ce pas? Parce que sinon, il ne pourrait pas se soigner, et sa maladie empirerait, sans qu'il le sache. Donc indirectement, Kurt participait à sa guérison.

C'est ça, Kurt. Allez, fait le maintenant. Dit lui tout. Dit lui.

"Blaine, tu es malade. Les médecins ne savent pas vraiment ce que tu as, ils hésitent encore entre la schizophrénie et le trouble bipolaire. C'est pour ça qu'un médecin va venir te voir. Il va évaluer... L'étendue des dégâts Trancher entre les deux maladies, savoir à quelle point elle est avancée et trouver quelque chose. Pour que tu ailles mieux."

Big Bang: explosion ayant marqué la naissance de l'univers.

Explosion. Le mot semblait tellement appropriés à la situation, même s'il ne l'était pas vraiment. En tous cas, pas en surface. Il fallait s'enfoncer dans les cœurs de chacun pour comprendre.

Carole: explosion de compassion, de pitié. Elle ne connaissait pas Blaine. Il avait vécu sous son toit, mais elle ne l'avait jamais vu. Il passait son temps dans le lit de Kurt, à dormir, à ruminer pendant que la dépression l'enfonçait encore plus profondément dans son mal. Elle ne comprenait pas Kurt. Elle ne comprenait pas ce qui unissait les deux garçons, pourquoi Kurt était si affecté par cette tragédie alors qu'il connaissait très mal Blaine. Mais elle était compatissante. Ça avait toujours été en elle, et son métier avait encore accentué cette facette-là de sa personnalité.

Kurt: explosion de soulagement et de tristesse. On pouvait trouver ça bizarre, que l'annonce d'une telle nouvelle puisse le soulager. Et pourtant, il se sentait tellement mieux de l'avoir laisser échapper. Ça le bouffait de l'intérieur, rongeait chaque fibre de son être. Mais la tristesse... Elle était tellement plus importante, elle le prenait aux tripes. Elle lui hurlait que Blaine était peut-être toujours là, mais que ça pourrait ne pas durer. Que la maladie pourrait finir par bouffer sa propre personnalité. Tristesse?... Peut-être de la peur, finalement. Une peur immense pour Blaine. Une peur que lui-même ne comprenait pas, et ne cherchait pas à comprendre.

Blaine: explosion. Tout court. Pas de sentiments, rien. Son coeur semblait s'être arrêté de battre, son cerveau ne réfléchissait plus. Ce n'était pas une explosion de sentiments, ça non. C'était l'explosion d'une bombe. Une bombe qui, il le savait, attentait à sa vie.

La naissance de l'univers? Faux, totalement faux. Cette explosion-là était plutôt synonyme de mort, ou presque.

Blaine n'est pas encore six pieds sous terre, pensait Carole.

Il s'en sortira. Ce n'est pas mortel comme maladie. Ca ne peut pas l'être. Je ne le laisserai pas mourir, pensait Kurt.

Quant à Blaine, il ne pensait plus.

"Je suis fou."

Fou.

La chair de poule balaya ses bras.

Il ne s'était jamais pencher sur ces maladies. A vrai dire, il s'en était toujours foutu. On n'y pense pas avant d'y être confronté.

Il s'était déjà demandé s'il était fou, bien sûr. Enfermé dans cette prison, avec ses trous de mémoires à répétition. Mais ce n'était pas le même genre de folie. Ce n'était pas une folie maladive. En tous cas, Blaine ne le voyait pas comme ça.

Mais peut-être que ça l'était après tous. Une folie maladive.

"Non, le reprit doucement Kurt. Non, tu n'es pas fou, ne crois jamais une chose pareille. Tu es malade. Pas fou."

Kurt eut le don d'irriter Blaine, qui préférait se cacher dans la colère plutôt que de se laisser abattre.

"Ta gueule, Kurt. Juste, ta gueule. Ta pitié, tu te la gardes pour toi. Et n'essaie pas de me ménager, ok? J'ai compris. Je suis fou. De toute façon, ça surprends qui dans cette salle, hein? Non mais dîtes le moi! Vous le saviez tous déjà. Qui aurait ces putains de trous de mémoires répétitifs? Qui se mutilerait et trouverait ça agréable? Hein? Qui? Qui? A part un malade mental? A part moi? Donc Kurt, ta gueule. Parce que je SUIS fou. Je ne sais même pas ce que tu foues là! Qu'est-ce que tu fais ici? Tu devrais déjà t'être cassé en courant depuis un bail! Depuis que je suis dans ce putain d'hosto! Ou alors peut-être que ça t'amuses de me voir comme ça. Qui sait, c'est un petit fantasme Hummel? T'attends de te taper un fou, histoire de savoir ce que ça fait? Ça pourrait te faire une bonne expérience pour ton bordel de Glee Club. C'est pas comme ça qu'ils font les artistes? Il puisent dans leurs expériences perso?"

"Blaine, je ne suis pas sûre que... commença Carole."

"Non. Non, vous, taisez-vous! On se connait pas, d'accord? J'ai aucune idée de ce qu'est votre putain de prénom. Laissez-moi dans ma merde, laissez-moi tous seul. Vous ne savez pas qui je suis, vous ne savez pas ce que j'ai traversé et comment j'en suis arrivé là. Vous ne connaissez rien de moi. Alors ne jouez pas la femme compatissante à mon malheur, parce que c'est faux. Parce que vous vous en foutez. Et vous savez quoi? Je ne vous en veux même pas. A votre place, je m'en foutrai aussi."

"Blaine, recommença Carole."

"Non. Sortez. S'il vous plait, cassez-vous."

Voyant qu'elle ne lui obéissait pas, Blaine cria:

"MAIS CASSEZ-VOUS, BORDEL DE MERDE!"

Carole jeta un coup d'œil à Kurt, qui restait là, debout, sans rien dire simplement parce qu'il ne savait pas quoi faire. La violence des paroles de Blaine l'avait touché profondément.

Sa belle-mère finit par passer la porte et la refermer derrière elle, laissant les deux garçons seuls.

"Qu'est- ce que tu foues là, Kurt? Pourquoi tu te casses pas toi aussi? Tu devrais. T'a pas besoin de ça, tout comme je n'ai pas besoin de toi."

Kurt ne répondit pas. Il pesait les paroles de Blaine, pour savoir s'il pensait réellement ce qu'il disait ou pas.

Silencieusement, il s'assit sur cette chaise inconfortable sur laquelle il avait passé tant de temps au chevet de Blaine.

Qu'est-ce qu'il ressentait? Curieusement, il ne le savait plus. Il se sentait seulement étrangement calme, de ce calme froid qu'on ne prévient pas, qui vient quand on s'y attend le moins.

"Tu mens, Blaine, déclara-t-il juste."

Il ancra son regard dans celui du bouclé, toujours aussi sombre et furieux. Toujours aussi blessé, bien qu'il essayait de le cacher.

Blaine ricana méchamment.

"T'en sais quoi Hummel? Je te dis que je suis un déchet humain. Vrai. Je te dis que ta foutue mère n'en a rien à faire de moi. Vrai. Je te dis que toi tu n'a rien à foutre ici. Vrai. Je te dis que je n'ai pas besoin de toi. Vrai."

"Tu mens, répéta seulement Kurt."

C'était une première pour Blaine. Que quelqu'un s'accroche comme Kurt le faisait. Normalement, les gens fuyaient, comme Carole l'avait finalement fait. Mais Kurt Hummel, qui pouvait semblé fragile au premier abord, n'était pas de la même trempe.

"Tu mens, continua Kurt, parce que tu n'es pas un déchet humain. Il y en a des déchets humains, j'en ai connu plus jeune. Il y en a, ce sont des montres tu sais. Ceux qui me pourchassaient au lycée. A leur manière, ce sont des monstres aussi. Alors crois-moi, je sais ce qu'est un déchet humain. C'est une personne sans cœur, qui n'en a rien à faire des autres. Et je sais que toi, tu n'es pas comme ça."

"Tu ne me connais même pas."

"Et puis, continua Kurt comme si de rien n'était, Carole s'inquiète à propos de toi. Tu as peut-être l'impression qu'elle joue, parce qu'elle ne te connait pas, parce que vous ne vous êtes jamais parlé. Mais Carole a un cœur immense, elle s'attache facilement aux gens. Contrairement aux autres, elle n'a pas de carapace. C'est pour ça que tous l'affecte. C'est pour ça que ce qui t'arrive l'affecte. Parce que c'est... Une éponge. Oui, c'est ça, une éponge."

"Bientôt tu vas me dire qu'elle s'appelle Bob? Se moqua Blaine."

Kurt ne prêta pas attention à sa remarque.

"Et bien sûr que si. Bien sûr que si j'ai quelque chose à faire ici. Et ce quelque chose, c'est toi Blaine. Parce que je m'inquiète à propos de toi. Et que tu le sais, parce que ça se voit. Je suis transparent Blaine, on voit tous ce que je ressens. Alors si tu ne me crois pas, regarde-moi dans les yeux et tu verras. Les mots peuvent mentir, mais les yeux ne le peuvent pas."

Blaine hésita. Il savait que Kurt attendait qu'il lève la tête pour croiser son regard. Il voulait vraiment lui prouver qu'il s'inquiétait pour lui. Mais au fond, Blaine savait qu'il n'avait pas besoin de preuve, il le savait déjà...

Voyant que le bouclé ne daignait pas le regarder, Kurt continua son monologue:

"Et saches que tu as besoin de moi. Ta maladie.. On ne va pas se voiler la face, d'accord? Parce que ça ne servirait à rien. Ta maladie est horrible. Elle te mangera peut-être, elle enlèvera peut-être tout ce qu'il y a en toi. Elle te changera surement. C'est pour ça que tu as besoin de moi. Tu as besoin de quelqu'un à qui t'accrocher. Tu as besoin d'une ancre. Sinon tu vas dériver Blaine. Et un jour, tu ne te retrouveras plus..."

Quelqu'un frappa à la porte et une tête passa dans l'entrebâillement. Un homme d'une quarantaine d'année, surement.

Il rentra dans la chambre et toussota légèrement pour s'éclaircir la voix.

"Hum, hum... Bonjour les garçons. Je suis le docteur Connor et je viens voir Blaine. Lui et moi allons parler un peu..."

Kurt sentit Blaine se tendre à côté de lui. Au moins, il ne lui balançait pas des infamies à la figure, ce qui était plutôt bon signe. Son petit discours avait peut-être réussi à la calmer, finalement.

Voyant que le châtain ne souhaitait pas bouger de sa chaise, le docteur se sentit obligé d'insister.

"Seulement lui et moi. En tête à tête, on peut dire."

Comprenant qu'il n'avait plus sa place ici, Kurt se leva à regret et jeta un dernier coup d'œil à Blaine. Comme il l'avait senti, toute trace de colère avait quitté son visage. Il semblait juste très réticent et un peu apeuré.

Kurt aurait voulu resté avec lui.

"Je m'en vais, déclara-t-il finalement."

Et c'est à regret qu'il sortit et ferma la porte opaque.


Message de: San'

Comment va Blaine? S.

Message à: San'

Il est enfin réveillé mais est déboussolé. Il a complètement pété un câble quand il a appris pour sa maladie. Ça se comprends... En tous cas, il est avec un psy en ce moment. Je pense qu'on sera fixés sur ce soir sur la maladie et son stade. K.

Message de: San'

Ca va aller Kurt, ne t'inquiète pas. Je suis là au cas où, d'accord? N'hésite pas à m'envoyer un message ou à m'appeler. S.

Message à: San'

Merci... Mais d'ailleurs, où es-tu? Je ne t'ai pas vu après la... "Découverte". Je suis parti à l'hôpital dans l'ambulance et je ne t'ai plus revu. K.

Message de: San'

Je suis avec Britt'. On est bien. Ne t'en fais pas. S.

Message à: San'

San'? Tu es sûre que ça vas? K.

Message de: San'

Ne t'en fais pas. Vraiment. S.

Message à San'

San'? K.

Ne recevant plus de réponse, Kurt grogna et verrouilla son téléphone. Il se demandait bien où est-ce que la brune avait encore bien pu fourrer son nez. Elle pourrait ralentir sur les bêtises quand même, ce n'était pas le moment. Mais Kurt sentait venir l'embrouille à des kilomètres.

Elle ne changera jamais...

Tout ce qu'il espérait, c'était qu'elle n'avait pas entraîné Brittany avec elle.

Il soupira et rangea son portable dans sa poche.

Ça allait bientôt faire une heure et demi que Blaine et le médecin était enfermés dans cette chambre, sans que Kurt puisse y rentrer. Selon lui, c'était une attente encore pire que de la torture.

Il avait peur. Tellement peur. Il ne savait pas à quoi s'attendre. En fait, si, il savait, mais il ne pouvait juste pas se l'avouer. Parce qu'une partie de lui-même espérait toujours que les médecins se soient trompés, et que Blaine n'était pas malade.

La porte s'ouvrit enfin, et Kurt se leva de son siège, en alerte. Le docteur en sortit et la referma derrière lui, doucement.

"Alors? demanda Kurt."

"Doucement, doucement, mon garçon..."

Mais les nerfs du châtain étaient à bout.

"S'il vous plait!"

"Très bien, très bien... Bon, mon diagnostic n'est pas à cent pour cent fiable. La maladie n'est pas encore très développée, j'ai donc du mal à vraiment la situer."

"Mais qu'est-ce que c'est?"

"Je pense que c'est un trouble bipolaire. Mais encore une fois, je n'en suis pas certain. Vous savez, les maladies mentales, ça ne marchent pas comme les autres. On ne peut pas passer des tests puis savoir tout de suite de quoi il retourne. C'est long, souvent douloureux. Pour l'instant, je ne peux pas diagnostiquer de schizophrénie parce que Blaine n'entends pas de voix et que je l'ai vu en période stable. C'est pendant ses périodes de crises qu'on peut vraiment savoir. Mais comme je l'ai déjà dit, je penche pour un trouble bipolaire."

"Sur quoi vous basez-vous?"

"Ses changements d'humeurs surtout. Ce n'est même plus être lunatique, c'est plus que ça. Il peut passer du rire aux larmes ou de la joie à la dépression en quelque seconde. Mais encore une fois, ce n'est pas encore très bien dessiné. Il n'est qu'en début de maladie."

"Vous en êtes sûr?"

"Certain."

"Ça va empirer?"

Le médecin passa les doigts dans ses cheveux qui commençaient à grisonner sur les tempes.

"C'est trop tôt pour le dire. La maladie peut rester telle qu'elle est pendant longtemps, peut-être toute sa vie. Tout comme elle peut empirer dans trois jours, une semaine, un mois, un an, dix, jamais."

"Donc en gros, vous ne savez rien de plus qu'avant?"

Le médecin fronça durement les sourcils devant le ton accusateur de Kurt.

"Je sais tous ce que je suis en mesure de savoir, mon cher ami. Je fais mon travail correctement, si c'est ce qui vous importe. Sur ce, j'ai d'autres patients, donc si vous voulez bien m'excuser..."

Le docteur le contourna et Kurt se retrouva une nouvelle fois seul dans ce couloir triste, devant cette porte opaque qu'il avait à présent peur de pousser. Il savait ce qu'il y avait derrière. Blaine. Mais pas le même Blaine que celui qu'il avait laissé. D'accord, il savait qu'il était malade, mais le verdict n'était pas vraiment certain. Au fond de lui, il y avait toujours ce fol espoir que tous ça ne soit qu'une énorme erreur. Mais il n'y avait plus de doutes maintenant. Donc ce qu'il y avait derrière cette porte avait changé. Ce n'était plus Blaine. C'était Blaine malade.

Ça ne change rien.

Si. Si, ça change quelque chose. Ça change mon regard, ça change ma façon de le voir. Et je ne veux pas qu'il comprenne ça. Que je le vois différemment. Il ne doit pas le savoir. Je ne devrai même pas avoir cette vision différente.

Mais tu ne peux pas t'en empêcher...

Oh, tais-toi. Je n'ai pas besoin de me parler à moi-même pour savoir ce que je ressens.


C'était dur à accepter. Mais d'une certaine façon, il avait toujours su que quelque chose ne tournait pas rond chez lui. Ces trous de mémoire... Jamais il n'aurait cependant cru qu'il était malade. Fou, oui. Mais pas de façon maladive. Pas de maladie.

Pourtant, il devait se rendre à l'évidence. Trouble bipolaire. Étrangement, quand le médecin lui avait dit ça, il n'avait pas pu s'empêcher de penser à de la géographie. Mais qu'est-ce qu'il pouvait être con parfois.

Allongé sur ce lit qui n'était pas le sien, les yeux fixés sur les leds au-dessus de lui qui lui brûlaient la rétine, il essayait de comprendre. D'intégrer ce qu'il venait d'apprendre. Il fouilla dans son cerveau, cherchant une quelconque bête qui lui bouffait les neurones. Mais il ne trouvait rien. Bien sûr qu'il ne trouvait rien. Parce que sa maladie n'était pas quelque chose de solide, pas quelque chose de physique. Non. C'était beaucoup plus vicieux que ça. C'était à l'intérieur de lui, et il ne pouvait rien faire pour s'en débarrasser. Des médicaments, lui avait dit le médecin. N'importe quoi. Aucun médicament au monde ne pourrait jamais le soigner. Il était condamné à garder ce fantôme dans sa tête.

Pourtant, il ne se sentait pas malade. Pas du tout. En sondant son corps, il n'y trouvait rien d'étranger, tout avait l'air de très bien fonctionner. Normal. Ce n'était pas physique.

C'était en lui. Fantôme vicieux qui s'accrochait à son âme sans qu'on ne puisse jamais le trouver.

Sans pouvoir l'expliquer, il restait étrangement calme. Tristesse, peur, angoisse. Tous ses sentiments étaient loin. Acceptation, calme, incompréhension. Ces trois émotions étaient les seules présentes dans son cœur.

Est-ce que c'est normal? Est-ce je ne devrai pas être horrifié?

Il cherchait la peur, fouillant chaque recoin de son être, sans parvenir à mettre la main dessus. Parce qu'elle était inexistante.

Qu'est-ce Sebastian penserait de tout ça?

Il n'arrivait pas à sortir le garçon de sa tête. Son visage, ses yeux, son rire. Il était sans cesse là, le hantant, lui rappelant tous les jours, à chaque heure, minute, seconde, que c'était de sa faute s'il n'était plus là.

Culpabilité. Enfin une émotion qu'il reconnaissait. Une vieille amie, en somme.

Qu'est-ce Sebastian aurait fait s'il avait su? Est-ce qu'il serait resté près de lui ou aurait-il fuit? Son amour aurait-il été assez fort pour surmonter sa maladie? Ou se serait-il retrouver seul. Comme il l'était maintenant.

Seul. Il y avait beau avoir tout ce personnel hospitalier, tous ces gens qui voulaient l'aider, il se sentait plus seul que jamais. Ce n'était pas de médecins dont il avait besoin. C'était quelqu'un qui l'aimait. De la famille, des amis... Mais il n'avait rien de tous ça, il avait toujours éloigné les gens. Pourtant, il ne regrettait rien. Une part de lui souffrait de cette solitude, mais il savait qu'il avait fait le bon choix. Si personne ne s'attachait à lui, personne ne souffrirait par sa faute. Parce qu'il était incapable de ne pas blesser les gens. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il arrive, il les blessait.

Sebastian en était l'exemple extrême.

Kurt. Il y avait Kurt qui semblait s'accrocher à lui, qui semblait vouloir l'aider. Ce mec devait être suicidaire, ou fou lui aussi. Il devrait envisager des tests, histoire de vérifier. S'accrocher à Blaine était la chose la plus stupide qu'on ne puisse jamais faire. Pourtant, Kurt était là. Blaine savait qu'il était encore dans cet hôpital, attendant surement le droit de venir dans sa chambre.

Vanille-cannelle.

Pourquoi n'avait-il pas compris avant? C'était pourtant tellement évident. Évident que c'était l'odeur de Kurt, et qu'inconsciemment il s'était accroché à lui.

Mais il ne se laisserait plus avoir. Il n'avait besoin de personne, et surtout pas d'une stupide odeur pour continuer à vivre. Vivre. A quoi se résumerait sa vie à présent? Un flot continuel de culpabilité, de tristesse, de médicament, de ce sentiment d'avoir échouer sur toute la ligne. La sensation de ne pas appartenir à ce monde, de ne pas avoir sa place sur cette planète. Un Outsider. C'est ce qu'il était, mais dans le sens extrême du terme.

Peut-être qu'au final, il aurait dû appuyer sur cette lame. Il aurait dû sectionner les petites veines bleues au lieu de se promener autour. Il avait failli en mourir, sans avoir souhaité le suicide. Maintenant qu'il y repensait, ça aurait été plus facile, de mourir. Tout plutôt que de vivre cette vie de merde.

L'évidence le frappa. S'il n'avait pas peur, s'il n'angoissait pas pour son futur, c'est parce qu'il n'envisageait pas de vivre. A aucun moment la possibilité de vivre ne l'avait effleuré. Pourquoi continuerait-il à se battre? Pourquoi laisserait-il sa vie empirer? Parce que c'est ce qu'elle ferait. Elle empirerait. La maladie le boufferait, les trous de mémoires deviendraient réguliers. Jusqu'à ce qu'il finisse en hôpital psychiatrique bourré de médicaments inefficaces. S'il continuait, ça serait sa dernière demeure, il le savait. Alors pourquoi vivre? Pourquoi s'infliger ce calvaire, alors que la mort serait tellement plus douce?

Son poignet le piquait. Mais pas de cette douleur qu'il avait ressenti en se réveillant, la morphine avait enlevé toute sensation physique. Ce n'était même pas un mal, c'était un besoin. Un besoin de ressentir encore cette lame froide sur sa peau. De ressentir encore ce mélange de douleur et de soulagement. De se sentir voler loin de toute la merde sur Terre. Loin de lui-même. De dire au revoir à la vie d'un coup de lame et d'accueillir la mort à bras ouvert, comme une vieille amie.

Il bougea ses doigts, pour soulager la sensation de piqûre. Bientôt. Bientôt il laisserait tout ce trop-plein de sentiment s'échapper de lui, il laisserait l'énergie se libérer en même temps que le sang.

Bientôt, il mourrait.

"Blaine?"

Tournant la tête vers la porte entrouverte, il croisa le regard de Kurt, qui semblait hésiter à pénétrer dans la pièce.

Le brun lui aurait bien dit de se casser, comme il l'avait déjà fait plus tôt dans la journée, mais il ne s'en sentait pas la force. Il n'eut même pas le courage de lui répondre.

Pourtant, le châtain rentra dans la chambre, fermant la porte derrière lui. Un pas. Un autre. Qu'est-ce qu'il attendait? De savoir si Blaine n'allait pas lui sauter dessus et le mordre à la gorge? Rentrer dans une de ses phases psychotiques et le rouer de coups comme il l'avait pour Sebastian?

Non. Non Kurt ne savait pas pour Sebastian, ne pouvait pas savoir. Comment aurait-il pu l'apprendre? Lui-même ne le savait pas avant de recoller les morceaux du puzzle. On ne lui avait jamais dit, le procès n'avait pas traîné. En peu de temps, il avait été déclaré coupable et foutu derrière les barreaux sans connaitre le nom de sa victime. Il n'était même pas sûr que ce soit légal, mais il devait bien y avoir une raison à ce silence...

"Comment tu vas? demanda Kurt."

Blaine lui lança un regard mauvais, toujours sans lui répondre. Comme s'il allait dire à Kurt qu'il avait envie de sauter de joie et que la vie était magnifique.

Il vit le malaise s'installer sur le visage du châtain, mais ne s'en préoccupa pas. Tout ce à quoi il pensait était cette lame. Vivement qu'il puisse se l'enfoncer dans le bras...

"J'imagine que c'était une question débile.."

Non, sans blague?!

"J'ai croisé le docteur en venant. Il m'a dit qu'il t'avait tout expliqué de A à Z."

Mais qu'est-ce que ça peut bien me faire?

Il espérait qu'ils le laisseraient sortir assez tôt, il ne supporterait pas longtemps la sensation de picotement dans son poignet, ni le battement de son sang contre sa peau. Son sang qui ne demandait qu'à s'échapper de son organisme et rencontrer l'air libre.

"Tu n'es pas tout seul, tu sais. Je vais t'aider. Quand ils te laisseront sortir de l'hôpital, tu viendras chez moi. Carole est en ce moment même en train de nettoyer la chambre de Finn. Demain, elle sera parfaite pour que tu t'y installes."

Blaine le regarda bizarrement. Vraiment? Dans sa maison? Mais pourquoi ce mec ne pouvait-il simplement pas le laisser crever et vivre sa vie? Il pouvait le ramener chez lui, rien ne changerait. Blaine se suiciderait, où qu'il soit. S'il devait le faire dans cette même salle de bain, il le ferait. En plus, il savait où était rangé de rasoir.

"Blaine, réponds moi..."

Pourquoi faire, hein? Si je ne parle pas, peut-être que tu te lasseras et que tu te casseras. Tu sauveras ton joli petit cul avant qu'il ne soit trop tard. Tu me laisseras crever tranquille et continueras ta vie de rêve. J'ai pas besoin de toi, t'a pas besoin de moi. Tu n'as surtout pas besoin de moi. Alors casses-toi, putain. C'est pour ton bien.

Il essayait le plus possible de faire passer tous ces mots par ses yeux, fixant le bleu pour que le message rentre. Pour qu'il parte, qu'il le laisse seul. Il ne lui apporterait jamais de bien dans sa vie, jamais. Seulement des emmerdes. Et qui sait ce qu'il serait capable de lui faire pendant ses trous de mémoire. Et s'il le tuait, lui aussi?

Blaine détourna les yeux et se remit à fixer les lampes au-dessus de son lit. La douleur que ça lui faisait dans les yeux lui provoquait d'agréables sensations. Il frémit d'impatience en réalisant que la douleur de la scarification allait être encore plus belle, encore plus forte, encore plus libératrice.

"Je ne partirai pas, tu sais."

Le bouclé soupira. Mais quand est-ce qu'il allait enfin lâcher le morceau?

Il se retourna dans son lit, de façon à tourner le dos à Kurt et ferma les deux, feignant le sommeil. Il n'avait pas envie de dormir, mais c'était tout ce qu'il avait trouvé pour faire partir l'autre garçon.

Il entendit la chaise racler le sol et des pas s'éloigner. Kurt devait en avoir marre de lui, ce qui n'était pas plus mal.

"Je reviendrai, chuchota le châtain avant d'ouvrir la porte et de sortir de la chambre."

Et quand tu reviendras, je serai mort.


Kurt ferma la porte avec précaution, pour ne pas faire de bruit. Lui-même ne savait pas pourquoi mais le silence lui semblait à présent primordial.

A part celui de Blaine.

Il n'arrivait pas à comprendre. Plus tôt dans la journée, le bouclé s'était montré agressif, à la limite de dépasser les bornes. Pourtant, seulement quelques heures plus tard, il semblait vide, résigné à quelque chose que Kurt ignorait. Au final, le garçon préférait presque le Blaine provocateur. C'était toujours mieux que d'avoir un corps sans âme devant lui.

Kurt savait très bien que c'était la maladie. Ça ne s'appelait pas trouble bipolaire pour rien. Bipolaire. Deux pôles. Blaine était passé de violent à passif, de la rage à l'ignorance. Et voir cette manifestation de la maladie blessait le châtain.

Il s'assit sur la chaise, près de la porte et prit sa tête dans ses mains. Il ne savait pas s'il arriverait à supporter un Blaine malade, finalement... Il savait qu'il avait dit à Blaine seulement cinq minutes plus tôt qu'il n'allait pas partir, qu'il allait rester. Il avait voulu paraître convainquant. Mais au final, il n'en était pas si sûr. Il ne savait pas si mentalement, il arriverait à le supporter. Voir Blaine dans ce lit blanc, dans cet hôpital de malheur…

D'ailleurs, pourquoi s'intéressait-il tellement à lui? Pourquoi son sort le préoccupait-il tellement? Il ne le connaissait pas. Ou presque pas. Personne ne s'intéresse à un inconnu sans raison, il n'y avait bien que lui pour faire ça.

Tout ça pour sa voix, pour le Glee Club. Dire que tout avait commencé avec une porte, avec son nez en sang. Si on lui avait dit qu'il aurait fini à l'hôpital, à se tordre les doigts d'inquiétude à cause d'un garçon bipolaire, il ne l'aurait pas cru.

L'odeur d'hôpital était omniprésente. Elle chatouillait ses narines, soulevait son estomac. Qu'est-ce qu'il pouvait détester cette senteur. Ce mélange d'antiseptique et de mort. Sa mère, son père et maintenant Blaine. Voilà à quoi ça lui faisait penser. A la mort. A la maladie. A la tristesse.

Il devait sortir d'ici, il devait s'enfuir de ce lieu maudit. Il avait besoin de respirer, il étouffait dans cet endroit. La mort l'oppressait, le vautour battait des ailes. Il fallait qu'il sorte, qu'il goutte l'air pur, qu'il s'échappe pour un moment.

Il se leva et couru. Couru sans vraiment savoir où il allait. Il savait juste ce qu'il fuyait. L'hôpital, la maladie, les souvenirs, la tristesse, la mort.

Il courut à travers les couloirs, rentrant dans toutes les personnes qui avaient le malheur de croiser sa route. Il ramassa au passage quelques insultes, mais il n'en tint pas compte. C'était comme s'il n'existait plus rien autour de lui, plus rien à part cette odeur oppressante, à part ses jambes qui couraient toujours plus vite, ses pieds qui foulait le sol immaculé toujours plus rapidement.

Il rentra presque dans la porte de sortie, plus qu'il ne la poussa. Mais ça importait qui?

Dehors. De l'air.

Il inspira longuement. Du nez, de la bouche, pour que la mort s'échappe de son nez. Il fallait qu'il se purifie, qu'il se débarrasse de tous ce qu'il y avait de trop en lui. Qu'il oublie.

Il se laissa tomber dans l'herbe et prit sa tête entre ses mains.

Pourquoi faisait-il ça? Pourquoi s'infligeait-il ça pour un garçon qu'il ne connaissait pas et qui, de toute évidence, le méprisait. Il souffrait, ça c'était une chose certaine. Mais pour quoi? Pour Blaine. Il s'obligeait à rester dans cet hôpital, au chevet d'un parfait inconnu. Était il masochiste? Peut-être qu'il aimait souffrir après tout. Quelle idée de promettre des choses impossibles ?

Mais il ne le supporterait pas. Il se sentait impuissant, étouffé. Il devait partir, fuir, laisser tout ça derrière lui. Il devait fuir Blaine et sa maladie. Il devait fuir cette vie dont il ne voulait pas. Il n'avait jamais voulu revenir à Lima, il voulait New-York. Pourquoi n'aurait-il pas le droit à ses rêves lui aussi? Pourquoi Broadway devrait être inaccessible? Pourquoi n'aurait-il pas le droit de vivre?

Il savait ce qu'il avait promis. Il savait que peut-être, il n'arriverait plus à se regarder dans un miroir pendant quelque temps s'il faisait ça. Il n'avait jamais rompu une promesse. Mais il y avait une première fois à tout.

Il se leva, pris d'une nouvelle détermination et couru à sa voiture. Il pénétra dans l'habitacle et mit le contact.

C'était maintenant. Il disait au revoir une bonne fois pour toute à Lima. Il était Kurt Hummel, et ici, il se sentait comme un moins que rien. Il avait besoin des lumières des projecteurs pour exister, il avait besoin de faire entendre sa voix pour avoir l'impression d'être quelqu'un. Et ce n'était pas dans cette ville de malheur qu'il y parviendrait;

Il tourna la clé et le moteur ronronna. Kurt se promis que lorsqu'il arrêtera de ronronné, il serait à New-York, garer devant la NYADA, pour aller les prier de le reprendre.

Il s'engagea sur la route.

Et Carole dans tout ça?

Elle s'en sortirait sans lui. Elle allait mieux, Kurt ne l'entendait plus pleurer, elle avait repris son travail. Et la connaissant, elle n'abandonnerait pas Blaine comme lui le faisait. A deux ils arriveront peut-être à soigner leurs blessures.

Tu es égoïste Kurt.

Lui? Égoïste Non, toute sa vie il avait été au service des autres. Toute sa vie il s'était fait passer au second plan. Ce n'était pas de l'égoïsme, c'était de penser un peu à lui.

C'était une fuite. Une fuite de tout ce qui lui faisait peur. De son avenir à Lima, de Blaine, de la maladie, de tous ce qui lui rappelait la mort. C'était quand la dernière fois qu'il avait été heureux? En tous cas, pas à Lima.

Il alluma la radio et ouvrit les fenêtres en grand, cherchant à prendre un bol d'air, à faire envoler toutes ses pensées sombres.

Mais ça faisait tellement de bien. De tout envoyer en l'air. De laisser derrière lui tout ce qui faisait mal. Il allait retrouver Rachel, il allait retrouver son appartement New-Yorkais, le milieu artistique. Il allait se retrouver lui. Loin de la maladie, loin de ses peurs. Ses rêves. Il ne devait penser qu'à ça à présent, c'était tout ce qui importait.

Il enfonça le CD dans le lecteur et appuya sur le bouton aléatoire.

La musique lui ferait du bien. Elle resterait à jamais l'amour de sa vie, elle ne le laissait jamais tomber. C'était son monde, c'était ce qui lui permettait de se sentir mieux. Sans elle, il était à moitié vivant.

Come What May

Kurt hésita à passer la chanson. Encore et toujours cette chanson. Pour lui, elle était devenue plus que des notes, plus que des paroles sur des partitions. Come What May n'était plus qu'une simple chanson. C'était un rêve inaccessible, qui lui tournait dans la tête et qui le faisait pleurer le soir, dans le noir. Elle était devenue tellement importante qu'il refusait de la chanter devant quelqu'un. Si un jour il devait la chanter en public, ce serait en duo. Mais encore un duo impossible, parce que ce n'était pas à Lima qu'il trouverait quelqu'un d'autre. Et il ne voulait pas n'importe qui, il ne gâcherait son rêve pour rien au monde. Et partager un duo sur Come What May revenait à partager beaucoup plus que quelque parole.

Mais encore un fois, Lima était un obstacle à ce rêve. Les gens étaient trop fermés d'esprits, c'était trop petit et il était tout seul.

Il décida de laisser la chanson.

Les notes qui passaient, les cordes dans le fond, le piano... Chaque seconde donnaient des frissons à Kurt.

Never kwew, I could feel like this.

Like I've never seen the sky before.

Il aimerait tellement ressentir ça un jour. Se sentir presque dépendant de quelqu'un. L'aimer comme un fou, et que cet amour soit réciproque. Il voulait se donner, comme il ne s'était jamais donné à personne. Il rêvait de ces films romantiques, de ces histoires où tout finit bien.

Want to vanish inside your kiss

De ces histoires où tout finit sur un baiser.

Seasons may change

Winter to spring

But I love you

Until the end of time

Est-ce quelqu'un dirait ça de lui un jour? Est-ce qu'il changera le monde d'un autre garçon, est-ce qu'il deviendra son univers?

Come what may, come what may

Quoi qu'il arrive...

I will love you

Until my dying day

Et voilà. Voilà que les larmes coulaient de ses yeux, inondant son visage. Voilà que ce frisson froid familier lui parcourait la peau, partant de sa tête, envahissant tout son corps. Voilà pourquoi il aimait tellement cette chanson. Mais voilà aussi pourquoi il en souffrait.

Suddenly the world seems such a perfect place

Suddenly it moves with such a perfect place

Suddenly my life doesn't seems such a waste

Sa vie? Il aimerait qu'elle ne soit pas un déchet. Pourtant, il n'y pouvait rien. Il l'avait perdu, il l'avait jetée aux orties en laissant Broadway et New-York derrière lui. Il avait besoin de quelqu'un, il avait besoin de quelqu'un qui rendrait son monde parfait, qui serait son soleil même sous la plui.

It all revolves around you

Et il avait besoin que le monde de quelqu'un tourne autour de lui. Il avait besoin d'amour.

And there's no mountain to hide

No rives too wide

Sing out this song and I'll be there by your side

Mais voilà. Il était gay. Personne ne chanterait jamais cette chanson en pensant à lui. Jamais il ne partagerait de sa chanson. Il était gay, il était seul. Il était condamné à dire au revoir à ce rêve là aussi s'il restait à Lima.

Storm clouds may gather,

And stars may collide

Si tout s'écroulait autour de lui, il n'y aurait plus rien. Il n'aurait rien à quoi se raccrocher.

But I love you

Until the end of time

C'était une promesse. Toute cette chanson était une promesse, que deux êtres se faisaient. Une promesse d'amour, à jamais. Alors voilà son rêve. De partager cette promesse avec quelqu'un. Un garçon qui était tout son monde, qui l'aimait aussi. Il avait rêvé la scène tant de fois. Son mariage, avec l'amour de sa vie. Come what may comme chanson d'entrée. Le duo qui valait plus que tout au monde, plus que tous les voeux qu'on peut faire devant un prêtre à l'église. Cette chanson, chaque note, chaque mot, chaque harmonie. C'était de l'amour. C'était l'amour transformé en musique.

Mais il était gay, il habitait à Lima, dans l'Etat de l'Ohio. Il croyait quoi? Qu'un jour, un garçon magnifique et parfait arriverait dans ce coin paumé des Etats-Unis et tomberait follement amoureux de lui? Non. Non, jamais. Il avait besoin d'un endroit plus grand, où il ne serait pas seul, où il y aurait d'autres gens comme lui. Il avait besoin de New-York. Resté à Lima signifiait enterré ce rêve au fin fond de lui, et mourir seul.

Come what may, come what may

I will love you, I will love you

Quoi qu'il arrive, quoi qu'il arrive...

Il ne risquait pas de lui arriver quelque chose s'il restait là.

Il arriva à une intersection et stoppa sa voiture. D'un geste de la main, il essuya les larmes sur son visage.

Deux choix s'offraient à lui. Il pouvait faire demi-tour, retourné à cet hôpital de malheur pour souffrir. Ou alors, il pourrait prendre l'autre direction, celle de l'aéroport, celle de New-York, celle de ses rêves, celle de son bonheur. Celle de Come what may.

Le choix n'était pas long à faire...

Carole gara sa voiture sur le parking de l'hôpital. Après qu'elle ait fini de nettoyer la chambre de Finn, elle avait reçu un coup de fil d'une infirmière, lui disant que Blaine était apte à sortir si elle était prête à s'en occuper. Bien sûr qu'elle allait prendre soin de lui. Qui pourrait laisser tomber un garçon comme lui? Malade et seul? En tous cas pas elle. Et elle savait que Kurt était de son avis.

Elle chercha du regard la voiture de son beau-fils sur le parking mais ne la trouva pas. Peut-être s'était-il garé plus loin.

Arrivée devant la chambre de Blaine, elle croisa l'infirmière qu'elle avait eue au téléphone. Celle-ci semblait complètement paniquée et était pendue au téléphone. Lorsqu'elle raccrocha, Carole se précipita vers elle.

"Madame?"

L'infirmière la regarda, les yeux pris de panique.

"N'entrez pas dans la chambre, s'il vous plait."

"Pourquoi? demanda Carole en fronçant les sourcils."

"Blaine fait une crise. Il est en pleine hallucination, vous ne pouvez pas entrer, j'attends les médecins."

Carole regarda autour d'elle, guettant les médecins qui n'arrivaient pas.

"Je suis infirmière, dit-elle, laissez-moi entrer."

Voyant que l'infirmière devant elle ne se poussait pas, elle la contourna et ouvrit la porte.

Le spectacle qu'elle découvrit lui fendit le cœur.

Blaine était sur le lit, les mains attachées par des menottes que le personnel médical lui avait surement mises. Il bougeait dans tous les sens, cherchant à s'enfuir, allant même jusqu'à entailler ses poignets. Il murmurait précipitamment des choses que Carole ne comprenait pas. Sa langue bougeait trop vite dans bouche, tout son corps était recouvert de sueur, ses boucles collaient à son front. Même ses yeux semblaient totalement fous.

"Blaine... murmura-t-elle en s'approchant doucement."

"Je... Je... Partir. Partir. Sebastian... M'attends... Kurt... Mort... Partir. Frapper."

La femme sentit une boule dans sa gorge et son estomac se serrer. Blaine était en plein délire, il ne savait même plus ce qu'il disait.

Elle posa sa main sur le front du garçon, repoussant quelques mèches bouclées imbibées de sueur et il se révolta sous sa paume.

"QUE PERSONNE NE ME TOUCHE! hurla-t-il."

Carole sursauta en arrière, surprise et effrayée.

Blaine se débattait encore plus, ses yeux se révulsaient, il tirait férocement sur ses menottes.

"LAISSEZ-MOI SORTIR D'ICI!"

Tentant de reprendre contenance, Carole essaya de calmer le garçon.

"Blaine. Blaine, c'est moi. La mère de Kurt. Tu sais, Kurt?"

"CASSE-TOI JE VAIS TE BUTER!"

"Blaine, Blaine, s'il te plait. Essaie de te souvenir. Kurt. Tu te souviens de Kurt? Un grand garçon aux yeux bleus."

"Yeux bleus?"

Blaine arrêta de se débattre momentanément, et ses yeux fouillèrent la pièce, à la recherche de quelque chose que lui seul savait.

"Oui, insista Carole, reprenant courage. Oui, Kurt a les yeux bleus!"

Elle espérait que Blaine revenait à lui.

"Vanille? Cannelle? Il est où l'océan? Sebastian devait m'emmener voir l'océan."

Carole ignorait complètement qui pouvait bien être ce Sébastian, mais elle devina que Blaine pensait à Kurt quand il parlait d'océan.

"Il va arriver. Il n'est pas loin, ne t'inquiètes pas. Je... Je vais l'appeler, d'accord? Je vais l'appeler."

"Sebastian, chuchota Blaine."

Carole prit son téléphone et composa rapidement le numéro de téléphone de son beau-fils. Un bip, deux bip...

Réponds, réponds...

Bonjour, Kurt Hummel à l'appareil! Si je ne réponds pas, c'est surement que je suis occupé. Alors laissez un message après le bip et je vous rappellerai.

Bip!

"Kurt? C'est Carole. Il faut que tu reviennes à l'hôpital...Blaine a... Un problème. Je pense qu'il a besoin de toi. Donc viens vite, s'il te plait."

Elle raccrocha et regarda Blaine qui s'était finalement calmé et avait fermé les yeux. Carole se demanda s'il dormait.


Blaine avait mal à la tête et au poignet. Mais pas du même mal dont il souffrait quand il s'était réveillé de son coma. C'était plutôt le genre de douleur qu'il pouvait ressentir dans la prison, quand on l'attachait à son lit avec des menottes et qu'il avait tiré dessus.

Tout ça était plutôt bizarre.

Il essaya de lever le bras vers lui, pour pouvoir prendre son poignet dans une main et le soulager en le frottant, mais il rencontra un obstacle. Son avant-bras était attaché par….

Une menotte !

Il tira sur le deuxième bras et constata qu'il était lui-aussi attaché.

Il regarda autour de lui, paniqué. Non, si jamais on l'avait renvoyé dans la prison, il n'y survivrait pas.

Son cœur battu moins vite lorsqu'il reconnut la chambre pâle d'hôpital.

Mais pourquoi m'ont-ils attaché ?

Il tenta de rassembler ses souvenirs mais n'y parvint pas. La dernière chose qu'il avait en mémoire était le visage de Kurt quand celui-ci avait quitté sa chambre.

Oh non…

L'électrocardiogramme à côté de lui se mit à biper un peu plus vite, et son corps entier trembla.

Bien sûr. Il aurait dû s'en douter. Ça commençait à faire un moment que les trous de mémoire n'avaient pas frappés, mais bien sûr qu'ils étaient toujours là. Ils ne le lâcheraient jamais. Jamais. Ils faisaient partis de lui, tout comme ce fantôme imprenable. Sa maladie. Ils étaient même une partie de la maladie. Et il devrait vivre avec, il n'avait pas le choix.

Son cœur se calma. Si. Si, il avait le choix. Celui de vivre ou de mourir. Et il avait pris sa décision. Dès qu'il le pourrait, il enfoncerait la lame de rasoir dans son bras pour dire au revoir au monde.

A quoi bon stresser pour de simples trous de mémoire quand on sait qu'il ne nous reste plus longtemps à vivre ?

Il enfonça sa tête dans son oreiller, profitant de ce simple confort.

C'est un de tes derniers…


Note de l'auteur:

Voilà pour ce 7ème chapitre, toujours à l'hôpital donc. Ceux qui n'aiment pas, rassurez-vous, c'était le dernier! Le prochain changera de cadre :)

Alors? La réaction de Blaine? Celle de Kurt?

En fait, je suis vraiment incertaine sur ce chapitre, c'était assez compliqué pour moi. Donc si vous pouviez me laisser votre avis, me dire ce qui cloche ou ce qui est bien, ça serait cool. En plus le chapitre n'est pas passé sous mon oeil expert de ma béta donc voilà...

Je ne sais pas quand est-ce que je posterai le suivant. Samedi, je pars pour deux semaines et demi en Angleterre, et bien que j'aurai accès à Internet, je ne sais pas du tout si je pourrai poster ou pas. En tous cas, sachez que je compte bien profiter de la traversée pour avancer dans l'écriture :)

Je travaille aussi sur un OS en parallèle... Surprise, surprise, je vous en dirai plus quand il aura pris plus de forme :)

En tous cas, gros bibi tout le monde! Et laissez des reviews, sinon je vous rattraperai et vous tirerai votre avis par la force! :D