Oyé oyé braves gens!

Voici la suite de Come What May! Je l'avais promise pour avant la rentrée, c'est chose faite :)

J'ai vraiment été heureuse des reviews que j'ai reçues, vraiment! Vous me touchez et ça, il faut que vous le sachiez :)

Beaucoup d'entre vous ont trouvé Santana excessive Je comprends votre réaction mais croyez-moi, elle ne l'est pas :) Il y seulement certaines choses que vous ne savez pas...

Je tiens aussi à vous présenter ma nouvelle bêta, Higu! Sa fiction est géniale, mais genre vraiment quoi *-*. C'est ici : s/8911099/1/It-s-not-easy-to-be-me . Je vous ordonne d'y aller! :D
En tous cas, merci à elle d'avoir corrigé, et de m'avoir fait rire avec tous ses petits commentaires :)

Sur ce,
ENJOY!


CHAPITRE 10

Vérité.

Ils en cherchaient tous une différente.

Kurt voulait savoir comment Blaine en était arrivé là.

Blaine voulait savoir pourquoi sa vie était aussi pourrie

Santana en voulait une plus concrète. Elle cherchait ce genre de vérité qui peut briser une vie. En l'occurrence, qui en avait brisé deux.

Elle voulait tout savoir à propos de Blaine. Son enfance, son adolescence, sa vie, son crime, son emprisonnement. Elle voulait le connaître comme si elle était dans sa tête. Elle voulait tout.

La vérité.

Le mensonge peut éloigner les gens. La vérité peut les détruire.

Mais ça, Santana ne le savait pas. Pas encore.

Les cheveux dans le vent, elle arpentait fièrement les rues de Westerville, passant devant la Dalton Academie ainsi qu'un certain café qu'elle avait déjà fréquenté. Elle connaissait Westerville comme sa poche. Plus qu'elle ne l'aurait voulue...

Mais ce n'était qu'une mauvaise période de sa vie. Elle avait tourné la page de toute façon.

Elle n'aimait pas Westerville. Tout était trop sobre, trop sombre. Lima était une ville beaucoup plus joyeuse et animée que celle-ci... Et pourtant, Lima était ennuyante à souhait.

Les mains dans les poches, Santana se dirigea au poste de police le plus proche. Elle le connaissait bien, elle y avait passé plusieurs nuits

La devanture du commissariat n'avait pas changée. Toujours aussi glauque et aussi peu accueillante

Comme toute cette ville de toute façon, pensa la Latina.

Elle était dure avec Westerville. Mais elle avait ses raisons.

D'un pas sûr, elle gravit les marches du bâtiment et poussa la lourde porte. L'ambiance à l'intérieur était froide, glaciale. Dans tous les sens du terme. On allait bientôt se retrouver en décembre et Santana entendait la climatisation tourner à bloc. Mais malgré ça, il restait ce voile qui se déposait sur la peau de la brune à chaque fois qu'elle mettait les pieds ici, ce voile froid et malsain

"Bonjour mademoiselle, puis-je vous aider

Santana se retourna vers un homme frôlant la quarantaine, les tempes grisonnantes , mais avec un corps bien entretenu. Son visage marquait une certaine ressemblance avec Johnny Deep. En tout cas, il était aux antipodes des clichés sur les flics.

Un grand sourire charmeur aux lèvres, elle s'approcha de lui en roulant des hanches. Elle avait beau être gay jusqu'au bout des ongles, les autres ne le savaient pas. Et un peu de séduction pouvait mener loin...

"Bonjour, je m'appelle Santana Pierce, se présenta-t-elle en tendant la main au policier"

Elle préférait ne pas donner son vrai nom. Pour ce qu'elle était venue chercher, personne ne devait savoir qu'elle avait un casier judiciaire plutôt bien rempli

"Enchanté, fit le flic en lui serrant la main en retour. Agent Newton."

Sa main était chaude et rugueuse. Rien que dans cette poignée de main, Santana en apprenait beaucoup sur lui.

C'était un homme sûr de lui, qui n'avait peur de rien ni de personne. Son hygiène de vie était exemplaire et soignait particulièrement cette petite barbe de trois jours poivre et sel.

"Agent Newton, répéta-t-elle avec un sourire en lâchant la main du flic. Je viens chercher quelques renseignements."

Le policier croisa les bras sur sa poitrine et hocha la tête, écoutant attentivement.

"En réalité, continua Santana, je fais partie de l'équipe médical soignant Blaine Anderson. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose?"

Le flic haussa les épaules.

"Sincèrement non. C'est une affaire ancienne?"

Santana réfléchit... Autant jouer la carte de l'ignorance totale.

"A vrai dire je ne sais pas. C'est justement la raison pour laquelle j'ai décidé de me déplacer ici. Monsieur Anderson est atteint d'un grave trouble de la personnalité, appelé bipolarité. Sa maladie a été constatée à sa sortie de prison. Or, il refuse de parler de ce qui s'est passé avant et nous avons besoin d'en connaître plus sur son dossier judiciaire pour pouvoir avancer dans le traitement."

L'agent Newton s'éloigna et passa derrière un comptoir blanc où trônait un ordinateur imposant. Il s'empara de la souris en passant l'autre main dans ses cheveux soigneusement coiffé. Santana s'approcha et s'adossa au comptoir, prenant bien soin de croiser ses bras sous sa poitrine pour mettre en valeur son décolleté.

"Le nom, vous m'avez dit? demanda l'agent sans relever les yeux vers Santana."

"Blaine Anderson."

Le flic tapa le nom dans la base de données.

Santana s'impatientait. Son estomac se tordait dans tous les sens, du fait de l'impatience et du stress. Elle voulait savoir. Elle allait savoir.

Anderson n'allait pas faire long feu. Elle allait découvrir ce qu'il avait fait pour être enfermé et elle espérait que c'était quelque chose de bien croustillant. Elle ne voulait pas le voir à moins de trois kilomètres de Kurt. Ce mec avait fricoté avec Sebastian, il était forcément pas net.

"Excusez-moi, je ne peux pas vous divulguer les informations, déclara l'agent en sortant Santana de ses certitudes."

"Pardon?"

Elle se redressa et planta son regard chocolat dans les yeux du policier.

"Ce dossier est particulier. Et de toute façon, je n'aurai pas pu vous dire quoi que ce soit. Tant que je n'ai pas d'attestation écrite de ce que vous avancez, je ne pourrai rien pour vous."

Santana donna un coup sur le comptoir de sa main. Elle n'en croyait pas ses oreilles.

"Écoutez, c'est vraiment très important, c'est pour le rétablissement d'un patient.."

Le flic se redressa et croisa les bras sur sa poitrine en fronçant les sourcils.

"Je suis vraiment désolé, mais j'ai besoin d'une lettre de votre direction..."

Santana leva les yeux au ciel et tourna les talons. Elle savait qu'il ne lui servirait à rien d'insister, ce n'était pas de cette manière qu'elle obtiendrait les infos.

"Au revoir! lança le flic dans son dos"

Elle répondit à peine et poussa la porte. Une fois dehors, le vent frais de cette fin d'octobre s'engouffra dans les vêtements légers qu'elle portait: une robe, une paire de collant avec des bottes et une veste. Pas vraiment de saison.

Elle enroula ses bras autour d'elle pour s'insuffler un peu de chaleur humaine et descendit les marches.

Maintenant qu'elle y pensait, c'était évident que ce flic ne pourrait pas lui donner d'informations sur Blaine. Les casiers judiciaires étaient protégés, surtout ceux des incarcérés...

Au moins, elle avait essayé. Mais maintenant, il fallait qu'elle trouve une autre solution.

Ses mains commençaient à bleuir avec le froid et elle les frotta ensemble. Ils avaient perdu presque dix degrés en un jour, presque incroyable.

Elle marcha pendant cinq minutes avant de tomber devant le café qu'elle avait croisé une petite heure auparavant.

D'apparence, c'était un endroit tout à fait normal, chaleureux et convivial. Fréquenté par beaucoup d'étudiants souhaitant travailler, le café avait une réputation studieuse. Si seulement les gens savaient ce qu'il s'y passait vraiment...

Elle n'aimait pas cet endroit, il lui rappelait trop de choses. Mais elle était frigorifiée et l'idée d'un chocolat chaud dans ses mains la faisait frissonner de plaisir.

Finalement, elle se décida et poussa la porte, ébranlant le petit grelot qui tinta à son entrée.

Le café était presque vide. Normal, les cours n'étaient pas encore terminés, tous les étudiants étaient encore en classe.

Elle s'avança vers le bar où elle commanda un chocolat chaud au barista et donna son nom. Le vrai cette fois-ci

Elle pensa que c'était bien la première fois qu'elle donnait son vrai nom dans ce bar.

Elle avança dans la file et récupéra sa tasse quelques mètres plus loin. Enroulant ses doigts fins autour de la tasse, elle s'assit à une table libre et but son chocolat chaud brûlant à petites gorgées, laissant entrer le liquide chaud dans sa gorge.

Elle laissa ainsi ses pensées vagabonder.

Elle avait fait fausse route en pensant trouver ses réponses ici. Elle n'avait pas mesuré combien ça pouvait être difficile d'accéder à un dossier, voir quasiment impossible. Elle n'avait aucun contact dans la police, ou alors seulement des mauvais contacts. Personne ne lui ferait confiance dans le milieu. D'une certaine façon, ils auraient tout à fait raison, elle cherchait ce dossier pour enfoncer Blaine, pour protéger Kurt.

Mais elle le devait. Elle devait le trouver, elle ne pouvait pas faire autrement. Elle ne pourrait plus dormir sur ses deux oreilles tant qu'elle ne saurait pas ce qu'il avait fait pour mériter la prison.

Elle regarda autour d'elle et son esprit flotta jusqu'à Sebastian.

Il avait fréquenté le garçon. Il était forcément aussi dangereux que lui... Si ce n'est plus. Sebastian ne s'était pas fait enfermé lui...

Il l'aurait mérité.

Mais dans ce cas-là toi aussi.

Elle prit une autre gorgée de chocolat chaud qui lui brûla l'œsophage. Qu'elle haïssait cette ville, cet endroit. Pourquoi y être entré ? Pour un chocolat chaud ou pour se remémorer de sombres souvenirs ?

Tout est fini maintenant.

Elle vida son gobelet d'une traite, se leva et le jeta dans la poubelle la plus proche avant de franchir la porte et de retrouver le vent de novembre.


Monsieur Asher sonna à la porte des Hummel-Hudson.

Il appréhendait sa prochaine visite. Il venait voir un patient compliqué. A chaque fois qu'il pensait qu'il commençait à aller mieux, Blaine rechutait. Parfois il refusait de parler, parfois il divaguait sur des sujets sans importances. Asher était content de voir qu'il parlait, mais sincèrement, si Blaine continuait à parler du jus d'orange et des cookies, ils ne pourraient pas avancer.

Et le médecin avait seulement l'impression de se faire balader par plus intelligent que lui

Il n'avait jamais eu ce genre de cas à gérer. Un bipolaire sortant de prison, c'était une nouveauté pour lui. Et pourtant, il avait vu beaucoup de choses dans sa carrière. Mais ce garçon semblait hanté par des fantômes, et sa maladie ne l'aidait pas à les surmonter.

Carole vint lui ouvrir la porte et lui fit un grand sourire.

Asher était doué dans son métier car il cernait rapidement les gens. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que cette jeune femme qui lui ouvrait chaleureusement la porte plusieurs fois par semaine était d'une force insoupçonnable, d'une empathie incroyable et d'une gentillesse sans égal. Il aimait beaucoup cette femme, son respect envers elle était infini. Et elle était jolie. Il devait s'avouer que si elle n'avait pas été une proche de son patient, il l'aurait bien invité à dîner.

Il lui serra la main et elle le fit pénétrer dans la maison

Il lui demanda si l'état de Blaine avait évolué.

Elle haussa les épaules. Elle lui parla des événements de la veille, d'une dispute avec une amie de son fils, de sa rechute alors qu'elle pensait qu'il allait doucement mieux.

Asher hocha la tête. Il avait déjà remarqué ça, les rechutes incessantes. Rien ne le surprit donc... Mais il s'inquiéta.

Devant la porte de la chambre du garçon, Carole le laissa seul. Depuis le début, il avait bien spécifié qu'il devait voir Blaine sans elle. Secret médical oblige.

Il frappa et ne fut pas surpris de ne pas recevoir de réponse. C'était le cas depuis le début de ses visites.

En pénétrant dans la chambre, il trouva Blaine, assit devant une fenêtre en regardant dehors. Il ne sembla pas remarquer sa présence.

Asher détailla ses traits. Sérénité, calme... C'était encourageant de voir Blaine comme ça. Il s'était habitué à voir un Blaine hostile et réticent à tout ce qu'il lui disait.

"Bonjour Blaine, dit-il."

Le garçon se retourna vers lui et leurs regards se croisèrent. Les yeux vert-noisettes étaient vides, loin... Comme si Blaine était là tout en étant parti. Comme s'il s'était perdu quelque part, dans sa propre tête. Mais le psychiatre n'y prêta pas attention: il était habitué à ce genre de regard chez ses patients.

"Bonjour, dit seulement Blaine."

Le psychiatre sourit. Quand Blaine disait bonjour au début des séances, cela voulait dire que celle-ci allait être fructueuse.

Il s'avança et s'assit sur le lit, pendant que Blaine restait assis sur le rebord de la fenêtre sans le quitter des yeux.

"Tu te sens mieux? demanda Asher en croisant ses mains sur sa poitrine."

Le bouclé haussa les épaules.

"Comme d'habitude."

Bon, peut-être qu'il était disposé à parler, mais seulement le strict minimum.

"Raconte-moi Blaine, j'ai entendu dire que tu as fait une crise récemment... Les médicaments agissent ou non?"

Le brun haussa les épaules.

"Pas sur les crises en elles-mêmes, non..."

Asher fronça les sourcils.

"Sur quoi agissent-ils alors?"

Blaine enroula ses bras autour de ses jambes et posa son menton sur le dessus de ses genoux. Asher sentait qu'il y avait quelque chose que le garçon ne disait pas. Il avait assez de métier pour détecter même les plus infimes mensonges.

"Sur rien. Rien ne change..."

Le visage de Blaine se referma et il regarda de nouveau par la fenêtre.

Asher soupira. Il commençait à être à court d'idées avec Blaine, c'était bien la première fois qu'il tombait sur un patient aussi difficile. Il refusait catégoriquement de parler, de se livrer. Parler de ses parents, de son passé... Tout ça n'était pas possible. Et pourtant, le médecin sentait que la clef était là-dedans. Mais encore fallait-il qu'il trouve le chemin jusque-là sans que Blaine ne dresse de barrières.

Il y avait des démons dans le garçon, des fantômes qu'il fallait que le garçon exorcise. Il fallait qu'il se confronte à son passé, qu'il parle au lieu de tout garder enfoui. Enterrer les fantômes ne fait que les rendre plus forts et plus inquiétants.

"Blaine, tu sais que si tu ne me dis rien, je ne pourrai pas t'aider."

Le brun ne tourna même pas les yeux vers lui, comme s'il ne l'avait pas entendu. Le silence tomba dans la chambre. Asher aurait pu le briser, mais il savait que c'était au tour de Blaine de le faire.

"Je n'ai pas besoin d'aide, finit par lâcher le garçon en un souffle."

Le psychiatre prit sa tête dans ses mains. Jamais il ne pourrait soigner ce garçon s'il ne coopérait pas. S'il ne réalisait pas qu'il avait besoin d'aide, ils n'avanceraient à rien.

"Blaine, demanda-t-il. Quand est-ce que tu te sens bien?"

La question était sortie de ses lèvres sans prévenir. Il n'y avait aucune raison qu'il la pose. Mais son instinct lui disait qu'il fallait qu'il sache, que c'était primordial pour le traitement.

Blaine baissa la tête et ses yeux se fixèrent sur le sol. Asher se douta qu'il était en train de réfléchir... Ou alors de le maudire et de se renfermer dans cette carapace impénétrable.

Les minutes passèrent, le silence s'installa. Mais pas un silence pesant comme parfois. Les deux attendaient seulement que la réponse sorte de la bouche de Blaine. Car elle allait le faire, c'était une certitude.

"Quand je dors sans faire de cauchemars. Quand j'arrive à ne plus penser à rien, quand j'oublie mon passé et que je m'oublie moi-même."

Asher fixa Blaine. Il avait déjà compris que des démons rongeaient le garçon, quelque chose de son passé qu'il ne parvenait pas à oublier, quelque chose à laquelle il devait sûrement penser en regardant par cette fenêtre les yeux dans le vide... Il en avait parlé à Kurt et à sa belle-mère mais aucun des deux n'avaient pu lui répondre. Kurt lui avait seulement dit que la mort de Sebastian, son ex petit-ami l'avait bouleversé... Mais ce qu'il voyait quand il regardait dans les yeux de Blaine ce n'était pas du deuil. C'était quelque chose d'autrement plus douloureux.

"Tu as besoin d'oublier?"

Les yeux vert-noisettes de Blaine croisèrent les siens une fraction de seconde avant de se reporter sur la fenêtre. Il semblait réfléchir.

"Non. Juste de ne plus être moi."

Asher frissonna. Il y avait quelque chose de plus dans cette simple phrase, un double sens qu'il ne saisissait pas. Quelque chose de sombre, de froid, de résigné.

Une décision.

"Je voudrais que vous partiez, fit Blaine en le regardant."

Le médecin leva les yeux vers lui avec surprise. Jamais Blaine ne lui avait demandé aussi directement de partir.

"La séance n'est pas finie tu..."

"Je n'en ai pas besoin de toute façon. Vous perdez votre temps avec moi, je suis un cas désespéré."

Asher voulait contrecarrer ses dires, il voulait rester, il voulait soigner ce garçon. Mais il ne pouvait pas aller contre les souhaits de ses patients, il ne pouvait pas les forcer à se confier. C'était dans son métier de se plier aux autres.

Il se leva et jeta un dernier coup d'œil à son patient. Il arriverait à le soigner, il s'en faisait la promesse...

Il sourit doucement de la chambre et ferma la porte derrière lui. Carole l'attendait dans le coin du couloir.

"Vous avez déjà terminé? demanda-t-elle en haussant un sourcil de surprise."

Asher acquiesça.

"Il m'a demandé de sortir..."

Carole soupira et croisa ses bras en s'adossant au mur. Elle commençait sincèrement à s'inquiéter pour Blaine, rien ne semblait marcher... Et elle ne pourrait pas toujours rester derrière lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre... Un jour, elle baisserait la garde et le bouclé trouverait le chemin de la cuisine...

Elle qui pensait qu'il allait mieux. Le dîner de la veille et cette séance infructueuse de thérapie confirmaient le contraire. Blaine faisait semblant, il n'allait pas mieux. Il ne faisait que prétendre.

"Je ne sais plus quoi faire pour lui, confessa-t-elle..."

Asher s'approcha d'elle et posa sa main sur son bras pour lui apporter son soutien. Il ne connaissait pas cette femme mais qu'est-ce qu'il l'admirait.

"Je pense qu'il a seulement un passé douloureux vous savez... Je pense qu'il est enfermé dans une spirale et qu'il n'arrive pas à en sortir."

Carole sourit ironiquement.

"Vous n'avez pas de traitements qui effacent les souvenirs alors?"

Asher regarda Carole avec empathie.. Il pouvait comprendre que la situation était dure et que c'était beaucoup à porter.

Si seulement tout était aussi simple.. Si seulement la science pouvait extraire toutes ces mauvaises choses des têtes des patients, le monde s'en porterait mieux. Parce que pour beaucoup, c'était le passé qui les hantait. Sans passé, plus de fantôme.

Ce dont avait réellement Blaine était d'avancer, d'oublier, de vivre dans le présent et non dans le passé. Pas dans ce passé qui le tuait à petit feu. Mais pour cela, il fallait encore qu'il en parle, qu'il puisse se décharger de tout ce qui lui comprimait le cœur.

Mais avant cela, il devait être capable de fouiller en lui, d'en ressortir les parties les plus sombres et de les exposer au grand jour. Il n'était pas encore capable de le faire, il était trop concentré dessus. Il fallait qu'il prenne du recul.

Il avait besoin de voir autre chose.

Il avait besoin de...

"Oh mon Dieu, je sais! s'écria le psychiatre"

Carole sursauta.

"Euh.. Qu'est-ce que vous savez?"

Asher se reprit, conscient que son attitude n'était pas réellement professionnelle. Mais il venait d'avoir l'idée du siècle.

"Blaine vit dans le passé, un passé que nous ne connaissons pas car il nous le cache. Il a besoin de s'ouvrir pour pouvoir tout décharger, pour soulager son cœur. Il se sentirait mieux s'il parlait. Mais il est comme enfermé dans une spirale qui tourne et tourne et tourne encore dans sa tête, ressassant tout ce qui fait qu'il est dans cette pièce assis à regarder par la fenêtre! Mais pour qu'il puisse s'ouvrir, il faut qu'il aille mieux, qu'il prenne du recul par rapport à ça. Si toutes ces idées noires lui restent dans la tête inlassablement, il les gardera enfouies et toute guérison est inenvisageable. Non, ce qu'il a besoin c'est d'oublier pendant un moment avant de revenir dessus avec un œil nouveau. Et je pense que ce garçon a besoin de répit."

Carole haussa un sourcil.

"Je crains de ne pas comprendre... Vous voulez quoi? Que je le drogue pour que ses souvenirs partent de sa tête ? »

Asher secoua négativement la tête.

"Non, il faut l'éloigner. Pas seulement mentalement, mais aussi physiquement. Être ici n'est pas bon pour lui. Il se rappelle des choses. Par exemple, il s'est scarifié dans la salle de bain de votre fils n'est-ce pas? Eh bien, vivre dans cette maison le lui rappelle inconsciemment et le ramène inlassablement à ce moment-là et aux raisons qui l'ont poussé à se taillader le poignet."

"Je ne comprends pas, vous voulez qu'il parte de chez nous? Mais il n'a nul part où aller!"

"Non! Ce dont il a besoin c'est d'un voyage! Il a besoin de voir autre chose, d'un endroit où il n'a jamais été. Il a besoin de renouveau."

"Vous avez dit qu'il devait justement affronter son passé..."

"Il a besoin de prendre du recul d'abord. Le passé lui fait trop peur pour le moment.. Ce sont des notions plutôt abstraites mais faîtes-moi confiance, c'est la meilleure chose à faire."

Carole était sceptique. Premièrement, elle ne comprenait pas vraiment le raisonnement du psychiatre. Deuxièmement, comment pouvait-elle payer un voyage? Elle était infirmière et Kurt touchait à peine un salaire de professeur... Ils arrivaient à vivre normalement, parce que Carole faisait attention mais payer un voyage... Elle ne trouverait jamais l'argent.

"Je n'ai pas assez d'argent pour offrir un voyage à Blaine, avoua-t-elle honteusement."

Le psychiatre la regarda. Il la trouvait adorable comme ça, une légère teinte rouge sur ses joues, ses yeux fuyants. Il voulait la prendre dans ses bras et lui dire que ce n'était pas important, que tout irait bien, que Blaine s'en sortirait. Mais il ne pouvait pas lui promettre ça, et il était intimement persuadé que ce voyage était leur seule issue de secours. Ce n'était même plus une question de pouvoir ou pas, c'était devenu une obligation, leur seule alternative.

Si ça n'avait tenu qu'à lui, il offrirait lui-même cet argent, autant pour Blaine que pour cette femme dont il voulait chasser le regard triste.

"Il n'a pas besoin de partir de l'autre côté de la planète vous savez... Mais les vacances de novembre arrivent et peut-être qu'un tour dans une ville voisine assez jolie où il n'aurait jamais mis les pieds pourrait être bien..."

Carole hocha la tête. Elle commençait à comprendre. Blaine avait seulement besoin d'aller dans un endroit qu'il ne connaissait pas. Carole pourrait payer ça, elle en était sure...

"Merci, fit-elle au médecin. J'en parlerai avec Kurt quand il rentrera.. Il est encore à l'école, mais je pense qu'il sera d'accord."

Asher hocha la tête de contentement.

"Je pense qu'il serait bien aussi que seul Kurt aille avec Blaine en voyage. J'ai cru comprendre que la présence de votre beau-fils l'apaise sensiblement. Même si ce n'est rien, c'est toujours ça de pris."

Carole hocha la tête... Elle comprenait, elle avait déjà remarqué que Blaine se comportait mieux en présence de Kurt.

"Très bien alors."

Joy se balançait au rythme de la musique dans ses oreilles. De droite à gauche, de gauche à droite. Avant, arrière. Ses lèvres bougeaient, suivant la musique sans pour autant chanter. Elle ne voulait rien gâcher, elle ne voulait pas sortir de l'état dans laquelle elle était pour des paroles qu'elle n'arriverait pas à chanter correctement. Elle n'aimait pas les improvisations. Seule la perfection pouvait sortir de sa bouche. Et la perfection demande du travail.

La chanson pris fin, et Joy cessa de se balancer. Elle s'empara de son Ipod pour changer de piste. Une autre qui lui parlerait, qui la ferait pleurer ou rire, qui lui donnerait envie de danser où de se morfondre dans son lit en pleurant. Enfin, plutôt de finir allonger sur la scène de l'auditorium où elle se dandinait.

C'était le pouvoir de la musique. C'était ce que provoquaient ces quelques paroles sur des petites notes chez elle. Et c'était pour ça qu'elle aimait ça. Elle aimait se sentir libre quand elle chantait, elle aimait savoir qu'elle pouvait tout faire, tout extérioriser sans qu'on ne lui en tienne rigueur.

Elle avait choisi la musique. Ou plutôt, la musique l'avait choisie sans vraiment lui laisser le choix.

Les notes de guitare résonnèrent dans ses oreilles et elle balança la tête.

There you go
(
Te voilà)

You're always so right
(
Tu as toujours tellement raison)

It's all a big show
(
Tout ça est un grand spectacle)

It's all about you
(Tout est à propos de toi .)

C'était une chanson rythmée, qu'elle avait toujours appréciée. Elle lui avait donné envie de se battre, de se relever quand tout le monde la mettait à terre.

You think you know
(
Tu penses que tu sais)

What everyone needs
(tu penses que tu sais de quoi tout le monde a besoin)

You always take time
(Tu prends toujours du temps)

To criticize me
(
Pour me critiquer)

C'était tellement vrai... Les gens dans ce lycée étaient tous stupides. Eux, ceux du Glee Club, étaient traités comme des moins que rien. Jugés, moqués, insultés, ridiculisés.

It seems like everyday
(
C'est comme si tous les jours)

I make mistakes
(
Je faisais des erreurs)

I just can't get it right
(
je ne pouvais pas y arriver)

It's like I'm the one
(
C'est comme si j'étais celui)

You love to hate
(
Que tu aimes détester)

But not today
(
Mais pas aujourd'hui)

Joy aimerait pouvoir chanter ça au reste du monde. Elle aimerait leur montrer qu'elle était forte, qu'elle s'en fichait de leur avis.

So shut up, shut up, shut up
(Donc, la ferme, la ferme, la ferme)
Don't wanna hear it
(Je ne veux pas l'entendre)

Get out, get out, get out
(
Dégage, dégage, dégage)

Get out of my way
(
Dégage de mon chemin)

Step up, step up, step up
(
Approche, approche, approche)

You'll never stop me
(Tu ne m'arrêteras jamais)

Nothing you say today
(
Rien que tu puisses dire aujourd'hui)

Is gonna bring me down
(Ne me détruira)

Joy dansait sur place, tournant sur elle-même et sautant un peu partout sur la scène de l'auditorium. Ses cheveux volaient autour d'elle, giflant ses joues et se collant à sa bouche qui mimait toujours les paroles de la chanson. Elle dansait, dansait, dansait. Comme si plus rien ne pouvait l'arrêter. Plus rien.

C'était sa transe, c'était sa musique.

There you go
(Te voilà)

You never ask why
(
Tu ne demandes jamais pourquoi)

It's all a big lie
(Tout est un gros mensonge)

Whatever you do
(Quoi que tu fasses)

You think you're special
(
Tu penses que tu es spécial)

But I know, and I know
(
Mais je sais, et je sais)

And I know, and we know
(
Et je sais, et nous savons)

That you're not
(Que tu ne l'es pas)

Spéciaux? Oh oui, qu'ils pensaient tous être spéciaux, les footballeurs avec leur veste et les cheerleaders avec leur jupe plus courte que leur culotte. Ils se pensaient plus fort que tout le monde, soi-disant parce qu'ils étaient en haut de l'échelle sociale. Alors ils lançaient des slushies, poussaient les autres contre les casiers, martyrisaient les plus faibles. Le lycée... Une reproduction de la vie sociale. En pire.

Joy se souvenait parfaitement des morceaux de glace pilée glissant sur son visage, coulant, dégoulinant, pénétrant ses vêtements. Ca faisait mal. De toutes les façons possibles. Le froid brûlait, la peau piquait. Mais ça blessait sur un autre terrain. Humiliée. Joy s'était tellement souvent sentie humiliée...

You're always there to point
(
Tu es toujours là pour pointer)

Out my mystakes
(Mes erreurs du doigt)

And shove them in my face
(
Et me les balancer au visage)

Dans son cas, c'était les slushies qu'on lui lançait à la figure, non pas ses erreurs. Les autres n'en avaient qu'à faire de ses erreurs. Tout ce qu'ils recherchaient, c'est qu'elle s'incline devant eux, qu'elle pleure en silence dans son coin.

It's like I'm the one
(
C'est comme si j'étais celui)

You love to hate
(Que tu aimes détester)

But not today
(
Mais pas aujourd'hui)

So shut up, shut up, shut up
(
Donc la ferme, la ferme, la ferme)

Don't wanna hear it
(Je ne veux pas l'entendre)

Get out, get out, get out
(
Dégage, dégage, dégage)

Get out of my way
(Dégage de mon chemin)

Step up, step up, step up
(Approche, approche, approche)

You'll never stop me
(Tu ne m'arrêteras jamais)

Nothing you say today
(Rien que tu puisses dire aujourd'hui)

Is gonna bring me down
(Ne me brisera)

Is gonna bring me down
(Ne me brisera)

Elle voulait hurler. Elle voulait leur hurler les paroles de cette chanson. Elle voulait leur balancer autant de slushies qu'elle avait reçus. Elle voulait faire mal, comme elle avait eu mal. Cette chanson était parfaite. Elle voulait une vengeance, elle voulait les blesser. Mais physiquement, à quoi ça servirait? A part devenir à son tour un tyran?

Will never bring me down
(Ne me brisera jamais.)

Jamais on ne la briserait. Mais elle voulait les briser. Elle voulait les remettre à leur place. Elle voulait rétablir un équilibre dans ce lycée de fou.

Dans ce monde de fou.

Don't tell me who I should be
(
Ne me dis pas qui je dois être)

And don't try to tell me what's right for me
(Et n'essaies pas de me dire ce qui est bien pour moi)

Don't tell me what I should do
(Ne me dis pas ce que je dois faire)

I don't wanna waste my time
(Je ne me veux pas perdre mon temps)

I'll watch you fade away
(Je te regarderai disparaître)

La musique ralentissait. Joy cessa de faire des bonds sur elle-même, se contentant de tourner, tourner, tourner encore. Le souffle erratique, elle continuait à articuler les paroles. Elle continuait à fermer les yeux et à les imaginer là, devant elle sur les gradins, la regardant triompher. La regardant triompher alors qu'elle devenait une star. Et qu'eux n'étaient rien.

So shut up, shut up, shut up
(Donc, la ferme, la ferme,la ferme)

Don't wanna hear it
(Je ne veux pas l'entendre)

Get out, get out, get out
(
Dégage, Dégage, Dégage)

Get out of my way
(Dégage de mon chemin)

Step up, step up, step up
(Approche, approche, approche)

You'll never stop me
(Tu ne m'arrêteras jamais)

Nothing you say today
(Rien que tu puisses dire aujourd'hui)

Is gonna bring me down
(Ne me brisera)

La musique était repartie. Joy sentait la sueur recouvrir ses membres mais elle s'en fichait. Tout ce qui comptait, c'était la chanson.

Shut up, shut up, shut up
(
la ferme, la ferme, la ferme)

Don't wanna hear it
(
Je ne veux pas l'entendre)

Get out, get out, get out
(Dégage, dégage, dégage)

Get out of my way
(Dégage de mon chemin)

Step up, step up, step up
Approche, approche, approche

You'll never stop me
(Tu ne m'arrêteras jamais)

Nothing you say today
(Rien que tu puisses dire aujourd'hui)

Is gonna bring me down
(Ne me brisera)

Elle voulait leur chanter. Elle voulait leur hurler. Elle voulait, elle voulait, elle voulait.

Sur une note de la batterie elle ouvrit les yeux. Elle avait compris. Elle avait compris qu'elle le pouvait, qu'elle en avait les moyens. Elle pouvait prendre sa revanche comme ça. Elle avait enfin trouvé. Elle avait trouvé...

Bring me down
(Me brisera)

{shut up, shut up, shut up}
( {la ferme, la ferme, la ferme} )

Won't bring me down
(Tu ne me briseras pas)

{shut up, shut up, shut up}
( {Tais-toi, tais-toi, tais-toi} )

Bring me down
( Me brisera )

{shut up, shut up, shut up}
(
{Tais-toi, tais-toi, tais-toi} )

Won't bring me down
(
Tu ne me briseras pas)

Shut up, shut up, shut up
( la ferme, la ferme, la ferme)

La musique s'arrêta et Joy tomba à genoux sur le sol, des gouttes de sueur coulant le long de ses tempes. Elle avait trouvé, oh mon Dieu, elle avait trouvé.

Elle se leva d'un coup, arracha les écouteurs de ses oreilles alors que la chanson suivante s'enclenchait et éteignit son Ipod tout en quittant l'auditorium en courant.

Les autres devaient savoir, les autres devaient savoir qu'elle avait enfin tout réglé. Que ça ne servait plus à rien de s'inquiéter.

Ils l'avaient. Enfin, ils l'avaient.

Elle se jeta sur la porte et s'engouffra en courant dans le couloir, bousculant au passage quelques personnes et récoltant quelques insultes. Mais qu'importe, elle avait trouvé.

Devant la porte de la salle de chant, elle s'arrêta et reprit son souffle. Une fois, deux fois, trois fois. Il fallait qu'elle se calme, elle ne pouvait pas entrer en hurlant dans la pièce. Surtout que Kurt devait y être, vu l'heure qu'il était.

Elle calma sa respiration mais les battements de son cœur ne pouvaient pas ralentir. Elle était trop excitée, elle avait tellement envie que tout le monde le sache.

Prenant une ultime respiration, elle poussa la porte et pénétra dans la salle.

Comme elle s'y était attendue, Kurt était déjà là, jouant avec des espèces de mannequins de bois miniatures avec leurs têtes collées dessus. Ça lui servait soi-disant à "visualiser les chorégraphies".

En tout cas, il n'était pas seul. Hannah, Freddy et Thomas étaient déjà assis sur les chaises, attendant le début du cours. Joy ne leur prêta aucune attention.

"Kurt?"

L'interpelé se retourna et sourit en reconnaissant son élève.

"Bonjour Joy, tu vas bien?"

La jeune fille lui sourit, entrelaça ses doigts sur son ventre et commença à parler à une vitesse hallucinante.

"J'étais dans l'autorium tout à l'heure et j'écoutais mon Ipod. Et puis, alors que j'étais en lecture aléatoire, je suis tombée sur Shut up, de Simple plan. J'imagine que tu connais, c'est un classique quand même. Bref, en tous cas je l'ai écouté et tout et tout et là, paf! Révélation! Les paroles, le rythme, tout était parfait! Tout est parfait! Alors là j'ai ouvert les yeux et je me suis dit "Ma cocotte, tu viens de trouver le morceau manquant de votre programme des Régionales". Oh me regarde pas avec cette œil sceptique, ce programme, c'est du génie quand on y rajoute cette chanson. Tu te rends compte ? Un ordre chronologique! Je suis même sûre qu'on peut jouer avec une mise en scène, les jurés vont adorer ça! Oh la, vu ta tête tu n'as pas tout compris. Bon, je t'explique. On personnifie le Glee Club en une seule jeune fille (oui c'est plus facile de prendre une fille étant donné que les solos seront chantés par des filles et que de toute façon, le Glee Club recense une majorité de fille). Bon, cette fille, elle se fait martyriser, je vais pas te faire une dissertation sur le pourquoi du comment, tu m'as comprise. Donc là, bam, c'est là qu'on commence notre show. Première chanson, la fille commence à se réparer, à grandir, à devenir plus forte et à se réparer. Skyscraper. Ensuite, maintenant qu'elle est debout, il faut qu'elle fasse en sorte d'y rester, il faut qu'elle continue d'être forte. Keep Holding On. Et enfin, une fois qu'elle est assez forte, elle se lève contre le monde entier et leur hurle leurs vérités à la figure. Elle devient plus forte que tout le monde et plus rien ni personne ne pourra l'atteindre. Shut up."

Joy ne pouvait pas s'arrêter de sourire. Elle avait trouvé LA solution, celle qui réglerait tous les problèmes de tout le monde. Ils avaient leur programme entier! Enfin!

Et accessoirement, elle avait son solo...

"Eh bien écoute Joy, on va soumettre cette proposition aux autres! Mais vraiment, elle m'emballe! J'aime beaucoup cette idée d'histoire dans le show. C'est vraiment génial! En plus je commençais à désespérer de trouver une chanson..."

Joy sourit et prit place à côté de Thomas. Elle avait hâte que les autres arrivent pour leur exposer son idée. Elle n'avait pas peur de l'échec. De toute façon, cette chanson était parfaite.

Kurt lui aussi souriait. Si côté personnel, sa vie était un peu compliquée, il semblait qu'il reprenait du poil de la bête dans son travail. Bien sûr, tout le mérite revenait à Joy mais il était vraiment heureux. Finies les heures la nuit à se tourner et retourner dans son lit à la recherche d'un titre de chanson.

Au moins un problème de régler dans sa vie. Pas le plus important certes, mais c'était tout de même ça de fait.

Un petit quart d'heure plus tard, la cloche sonna et Kurt cessa de jouer avec les pantins de bois à l'effigie de ses élèves. Il était temps de rentrer dans le rôle du professeur.

Il se retourna et sourit. Voir tous ces élèves en face de lui, attendant qu'il parle, qu'il fasse quelque chose, qu'il leur donne les instructions de la journée était un sentiment qui le faisait se sentir vivant. Vivant, utile.. Ça changeait ses habitudes..

"Bonjour les élèves! Les salua-t-il en frappant dans ses mains."

Alors qu'ils lui répondaient avec enthousiasme, Kurt pivota sur ses talons, attrapa un Velléda noir sur le bureau et s'approcha du tableau.

Un directeur de chorale se devait de respecter la tradition instaurée par Monsieur Schuester des années auparavant. Le fait qu'il soit à présent en cure ne changeait rien.

Il attrapa le bord blanc du tableau par la main gauche et inscrivit en lettres capitales « SHUT UP. »

"Euh Kurt... Tu es censé nous demander de chanter, pas de nous faire taire, fit remarquer Sheyenn."

Kurt sourit et se retourna vers ses élèves.

"Je vous présente la dernière chanson du programme des New Direction pour les Régionales!"

Le silence se fit dans la salle, mis à part Joy qui trépignait d'impatience sur son siège.

"Je comprends pas là... Fit Jodie."

Ne tenant plus devant le manque de culture de ses amies, Joy se leva et se plaça à coté de Kurt.

"Simple plan, les amis! Shut up, c'est une chanson de Simple plan! Ne me dîtes pas que vous ne connaissez pas!"

Alors s'afficha enfin la compréhension sur les visages.

Joy partit ensuite dans ses explications, à peu près les mêmes qu'elle avait sorties à Kurt. Ce dernier l'écoutait sans vraiment l'écouter. Il pensait à la chanson en elle-même. Jamais une idée pareille ne lui serait venue, ce n'était pas son répertoire. Pourtant, cette chanson lui parlait à lui aussi. Autant maintenant que pendant ses années lycées.

Il aurait aimé la chanter, pouvoir se défouler sur les autres pour que son mal-être parte.

Une boule lui tomba sur l'estomac et il pensa à Blaine. C'était une autre sorte de mal-être maintenant, et hurler des paroles de chansons ne changerait rien. Il doutait même qu'une chanson appropriée à sa situation existe.

Il regardait ses élèves frapper dans leurs mains, leur visage enthousiaste, le sourire aux lèvres, les yeux pétillants. Leur joie de vivre, finalement.

A quand remontait cette expression sur lui?

Le visage de Blaine passa sur ses pupilles.

A quand remontait cette expression sur le bouclé? Sûrement à un long moment. Parfois, Kurt se demandait si ce garçon avait déjà eu un sourire sincère un jour, un éclat d'amour dans les yeux, une étincelle de joie, un rire franc et simple, un fou rire... Est-ce qu'il avait connu tout ça? Est-ce qu'il y avait seulement eu le droit?

Kurt l'imagina bébé. Il esquissa un petit sourire en imaginant son visage mat avec ses sourcils déjà un peu plus épais que la normale, ses boucles sauvages qui se voyaient à peine, le tout d'un brun plus foncé que la moyenne.

Il l'imagina enfant, ses yeux vert-noisettes remplis de curiosité, d'envie de découverte, de naïveté, d'insouciance. Il arrivait à le voir, à cinq ans, courir un peu partout, tomber, s'écorcher le genou et revenir vers sa maman en pleurant.

Il l'imagina à dix ans, les cheveux en bataille sur sa tête, quelques boucles lui tombant dans les yeux. Il l'imagina jouer au football avec les autres dans la cours de récréation.

Il ne pouvait s'empêcher de sourire, d'avoir le regard perdu dans ces multiples images qui s'imposaient à lui. Il sentait grandir en lui une boule de chaleur, de tendresse pour ce petit garçon qui gambadait joyeusement, attendant que la vie lui apporte sa chance.

Oui, il imaginait Blaine heureux. Mais jusqu'à quel âge pouvait-il aller? Quand est-ce que tout avait basculé?

"Kurt? Kuuuurt?"

Gladys passa sa main devant les yeux de son professeur, les yeux dans le vide, un sourire béat sur le visage. Elle se demanda à quoi il pouvait bien penser pour que ça le mette dans cet état. Un garçon peut-être? En tous cas, elle avait déjà aperçut cet air là sur le visage de Joy quand elle pensait au beau Jimmy de première. Elle se demanda si le beau Kurt Hummel pouvait penser à elle parfois... Son beau professeur de chant, talentueux, magnifique, super sexy... D'accord, avoir le béguin pour un de ses professeurs n'était sûrement pas la meilleure chose à faire, mais quand le professeur en question avait seulement quelques petites malheureuses années de plus, vous demandait de le tutoyer, de l'appeler par son prénom et possédait aussi un cul aussi sexy, c'était difficile de ne pas succomber.

Elle n'ignorait pas que Kurt était gay. Mais qu'importe! Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis!

"Kurt, la Terre appelle Kurt!"

Le garçon releva les yeux en sursautant, comme sorti d'une transe et Gladys plongea ses yeux dans les siens. Il avait les plus beaux yeux qu'elle avait jamais vus, de la même couleur que le ciel en plein été... Ou peut-être de la même couleur que la mer...

On s'en fou, c'est pareil. Ses yeux sont splendides. Point.

"Oh, désolé Gladys. J'étais... Perdu dans mes pensées."

Kurt lui fit petit sourire timide. Les images de Blaine enfant ne voulaient pas quitter son cerveau. Elles étaient comme tatouées sur ses pupilles, l'empêchant de voir le monde qui l'entourait comme il le devrait.

Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, le brun ne sortait plus de sa tête. Kurt était trop impliqué maintenant.

Le reste du cours se déroula dans la bonne humeur. Joy interpréterait un solo sur Shut up. C'est à elle que revenait le mérite de cette chanson, ils ne pouvaient pas le lui refuser, bien que les garçons aient un peu grogné. Le fait que leur programme repose sur des solos de filles ne leur plaisaient que moyennement, leur côté macho en prenait un coup. Thomas avait demandé à avoir des auditions pour la chanson de Simple Plan, insistant sur le fait que de toute façon, elle était plus appropriée pour les garçons que pour les filles. Mais le regard incendiaire de Joy l'avait vite fait taire.

Kurt promit que la prochaine fois, les voix masculines seraient plus mises en avant.

Jimmy lui demanda s'il avait des nouvelles de Blaine. Le groupe ne désespérait pas de le voir rejoindre les rangs, ils avaient encore tous en mémoire le timbre velouté du garçon, et ses doigts dansant sur les touches du piano comme en ange caressant un nuage. S'ils l'avaient avec eux, la victoire leur était donnée sur un plateau

Kurt, mal à l'aise face à cette question délicate ne put mentir qu'à moitié. Il leur avoua avoir de brèves nouvelles mais qu'à cause de problèmes de santé graves, le bouclé ne pouvait pas les épauler.

Vérité. Un peu déformée, il est vrai, mais vérité tout de même.

Curieux, les élèves s'étaient enquis de son état de santé. Le châtain ne s'était pas étalé: il avait prétexté un virus qui le clouait au lit.

D'accord, c'était totalement un mensonge cette fois-ci. Mais il était hors de question que Kurt leur apprenne que leur héros de la chanson était à moitié fou.

Bipolaire Kurt, pas fou! Malade mais pas fou!

Après cet interrogatoire gênant, la séance put enfin débuter. Il leur fallu être autonomes, les solistes répétant leurs chansons, les autres leur chorégraphie pendant que Kurt mettait au point la dernière à l'aide de ses petits mannequins de bois. A la fin du cours, il leur demanda d'effectuer le début du programme devant lui, chanson et chorégraphie.

Assis dans l'auditorium, il souriait en regardant les élèves danser et chanter. Tout collait parfaitement, les solistes avaient leurs chansons en main, pas une seule fausse note ne sortait de leur bouche. Même les danseurs effectuaient les danses sans problème ?Jimmy s'autorisa un petit Flip arrière qui ravit Kurt. La figure brisait la symétrie de la danse, tout en la sublimant par cette touche de folie. Le châtain s'empara d'une feuille pour garder l'idée.

A la fin de la représentation, Joy monta seule sur scène pour interpréter sa chanson, qu'elle travaillait depuis près d'une heure et demie. Le résultat était parfait, Kurt se sentait presque insulté par la jeune fille à travers la chanson. Joy la vivait, bien plus que lorsqu'elle avait auditionné pour Skyscraper ou Keep holding on. Cette chanson lui collait à la peau.

Lorsque la cloche sonna, tous sortirent de cours avec le sourire aux lèvres. Il leur restait une semaine avant les vacances et une autre après pour travailler avant les Régionales. Et ils comptaient bien travailler les quinze jours de repos.

Kurt était heureux. Il était sûr de leur numéro, la victoire ne pouvait pas leur échapper.
Il attrapa ses clés sur le piano après que tous les élèves soient partis et ferma la porte derrière lui. Ils avaient bien travaillé, il en était heureux.

Dans le couloir, il salua quelques professeurs dont ils commençaient à retenir les prénoms.

Il faisait étonnamment froid dehors. Mais cela ne dérangeait pas Kurt. Son teint de porcelaine appréciait l'hiver, il en devenait plus blanc. Mais surtout, le froid l'empêchait de transpirer

Il entra dans sa voiture, enclencha le contact et en moins de dix minutes se retrouva devant chez lui.

Rentrer était une épreuve de chaque jour. Il avait promis à Blaine qu'il resterait, il avait fait ce choix. Et il ne regrettait rien, c'était sa destinée de rester l'aider. Ce n'était pas lui de tourner le dos aux problèmes. Mais ça restait dur de ne pas savoir comment il allait le retrouver à la fin de la journée. Déprimé, en colère ?

Cependant, il devait l'admettre, il s'était attaché à Blaine. Ce n'était plus pour lui qu'un simple inconnu qu'il hébergeait. Un ami? Kurt sourit en essayant de superposer le visage de Blaine avec le mot ami. Ça ne collait pas vraiment... Mais Blaine comptait pour lui, c'était certain. Il n'existait juste pas de mot pour définir leur relation.

Il ouvrit la portière et une bourrasque froide fouetta son visage. Carole sortit alors précipitamment de la maison en fermant la porte avec soin derrière elle. Elle trottina jusqu'à Kurt, qui refermait sa voiture sans quitter des yeux sa belle-mère. Il ne l'avait pas vu courir depuis...
L'ai-je au moins jamais vu courir?

Un franc sourire s'afficha sur son visage... Avant de vite disparaître devant l'air étrange de Carole.

"Kurt! Dieu merci, tu es rentré!"

Le châtain fronça les sourcils.

"Carole? Pourquoi tu cours jusqu'à ma voiture? Tu as vu le froid qu'il fait? Quelque chose ne va pas? C'est Blaine, hein? Il a encore fait une crise?"

Carole secoua la tête, agitant les mains. Kurt n'aurait pas su dire si c'était pour se réchauffer ou si ce simple geste traduisait son empressement.

"Attends... Je... Je reprends mon souffle."

Kurt rit légèrement.

"Carole, tu as couru trente mètres, pas le marathon de New-York!"

Elle le fusilla du regard, tout en portant la main à sa poitrine.

"Je ne suis plus très jeune, mais il y eut un temps où je pouvais le courir ce marathon!"

Cette fois-ci, Kurt éclata de rire, un rire clair et sincère. Plutôt étrange sortant de sa bouche, il avait perdu l'habitude.

"Bon, fit-il plus sérieusement, qu'est-ce que tu veux me dire? Et pourquoi dehors avec ce vent? Je peux sentir mes oreilles devenir bleues.

Carole repoussa ses cheveux en arrière.

"Le psychiatre est passé aujourd'hui pour parler avec Blaine. La séance n'a même pas durée cinq minutes.."

"Bon ou mauvais signe? demanda Kurt sérieusement, les sourcils froncés"

Arrête de froncer les sourcils, tu vas finir ridé!

Oh ta gueule!

Il fut un temps où tu étais poli... Et puis, tu as rencontré Blaine Anderson.

"On ne sait pas vraiment, reprit Carole. D'après ce qu'a dit le médecin, c'est plutôt une stagnation. En fait, Blaine serait enfermé dans une espèce de spirale infernale qui le ramènerait tout le temps à sa dépression. Il ne peut pas guérir en fait..."

"Tu veux dire qu'il va toujours rester comme ça? Il n'y a aucune amélioration envisageable?"

Kurt ne pouvait pas croire que cela était vrai. Blaine pouvait aller mieux. Il avait seulement besoin de temps...

"Oh non, je n'ai pas dit ça! C'est ce que j'ai pensé moi aussi. Mais en réalité, c'est beaucoup plus compliqué. Blaine serait enfermé dans une sorte de spirale parce que cette maison, cet endroit, cette ville lui rappellent des choses qui l'ont poussé dans cette dépression. Prends l'exemple de la salle de bain. C'est là qu'il s'est... fait du mal. Eh bien, chaque fois qu'il y retourne, inconsciemment il se remémore l'évènement et les choses qui l'ont déclenchées, comme un cercle vicieux."

"Qu'est-ce qu'il faut faire alors? Changer de maison?"

Carole secoua la tête.

"Non. Le psychiatre recommande seulement des vacances, dans un endroit qu'il ne connaît pas. D'après ce que j'ai compris, pour que Blaine aille mieux, il faut qu'il extériorise ses démons. Les garder enfermés ne fait que les rendre plus forts. Mais ils l'effraient trop pour l'instant. Il aurait besoin de prendre du recul pour pouvoir y porter un regard plus clair après je crois..."

Kurt hocha la tête. Il comprenait parfaitement le raisonnement de Monsieur Asher. C'était tout à fait logique.

Et sincèrement, il aurait accepté toutes les explications possibles, du moment que ce voyage pouvait permettre à Blaine de se rétablir. Ou en tout cas, d'aller mieux.

"C'est bien, fit Kurt. En plus, les vacances de Noël approchent. Tu as déjà pensé à une destination?"

Carole rougie.

"Pas très loin d'ici... Il suffit d'un endroit que Blaine ne connaît pas, tu sais. Pas besoin de l'emmener à Pékin, ou à Madrid, ou à Paris..."

Paris.

La ville de l'élégance, de la mode, de l'amour. Les bérets, les baguettes de pain, les croissants. Les peintres de Montmartre, la Tour Eiffel, la grandeur de l'arc de triomphe... Une balade sur la Seine en bateau-mouche.

Quel Américain n'a jamais rêvé d'aller à Paris? New-York était une ville magnifique certes, pleine de couleurs, de vie, de différences. Il y avait bien la statue de la liberté, l'Empire State Building, Central Park... Mais rien ne pouvait égaler l'élégance de Paris.

Cette ville représentait Kurt. La mode, l'élégance, le romantisme. Ces trois adjectifs pouvaient s'appliquer aussi bien à la ville qu'à lui. C'était pourquoi voyager là-bas avait toujours été un de ses plus grands rêves. Il avait même pris l'option "français" au lycée, contre l'avis de tout le monde qui lui disait que l'espagnol lui servirait plus. Certes, l'espagnol était plus parlé, mais rien n'équivalait la beauté de la langue française. Douce mais rugueuse. Monotone mais mélodieuse...

Paris.

Il essaya d'imaginer Paris sous la neige. Ce n'était pas une image commune. Habituellement, on imagine New-York en hiver et Paris au printemps. Kurt imagina la chute des flocons immaculés, effleurant la tour Eiffel, se déposant sur les barres de fer avant de doucement fondre et d'être remplacé par un autre, plus épais, plus résistant. Il imagina la Seine reflétant le ciel gris d'hiver. Il imagina le Champs de Mars recouvert d'une fine pellicule de neige laissant encore apparaître les têtes de brins d'herbe qui cherchent désespérément à attraper un rayon de soleil.. Il imagina les illuminations bordant les rues bondées de monde, les gens emmitouflés dans leur manteau à la recherche d'un cadeau de Noël de dernière minute...

Puis, dans la foule de gens, Kurt se vit, accompagné de Blaine. Tout les deux se tenant le bras, tentant de se réchauffer l'un et l'autre. Lui tenait des sacs dans sa main droite, et Blaine serrait un chocolat chaud dans la sienne. Tout les deux avaient les joues rougies à cause du froid, mais le sourire ne pouvait pas s'évaporer de leurs visages. Ils étaient à Paris, c'était Noël, il neigeait.

"Kurt? demanda Carole, le sortant de sa rêverie"

Le châtain releva les yeux. Sa belle-mère le regardait étrangement. Le vent qui sifflait dans ces oreilles ne paraissait plus aussi froid, les petites piqûres que l'air provoquait sur sa peau avaient disparues.

Lui et Blaine, marchant sur les dalles irrégulières de Paris le soir de Noël.

"Tu as eu une espèce... d'absence, s'inquiéta Carole. J'espère que ce n'est rien! Tu me dis si ça recommence d'accord? On ira aux urgences et.."

"Carole."

Sa belle-mère cessa de parler, mais jeta un regard de tendresse vers lui. Elle aimait tellement ce garçon et avait toujours peur pour lui. Qu'il se blesse, qu'il ne soit pas heureux...

"Tu sais que je t'aime, hein?"

Elle s'approcha et prit Kurt contre elle. Le garçon, plus grand qu'elle, passa ses bras autour de ses épaules et elle déposa un léger bisou sur la peau de porcelaine froide. La différence de température fit frémir Kurt.

"Pourquoi sortir en courant pour m'apprendre ça?"

Carole se détacha de lui et ancra son regard dans le sien.

"Je ne voulais pas que Blaine sache. Il aurait pu nous entendre dans la maison, il est en train de regarder la télé. Et je me suis dit que ce voyage pouvait être son cadeau de Noël! Après tout, qu'est-ce qu'on pourrait lui offrir d'autre?"

"Tu ne m'as pas dit à quel endroit tu avais pensé?"

"Tu connais Winstontown? Il y a un lac là-bas, on pourrait louer un chalet en bois"

Kurt fit la moue. Troquer sa vision de lui et Blaine à Paris contre celle de lui, Blaine et Carole dans un chalet humide et mal isolé était une tâche éprouvante.

"Quelque chose ne va pas? Demande Carole"

Kurt soupira.

"Paris? Demanda-t-il"

"Paris quoi?"

"Oh un voyage à Paris pour Noël! Je sais que tu as envie d'y aller, tu en parles souvent"

Carole secoua la tête.

"Premièrement, je ne viens pas. Ce voyage, c'est seulement vous deux. Conseil du psy. Deuxièmement, je sais que Paris est ton rêve mais on n'a pas les moyens! Tu n'as même pas le salaire d'un professeur et moi j'ai mon salaire d'infirmière. Paris, ce n'est pas envisageable mon chéri..."

Ainsi donc, tout n'était qu'une question d'argent. Ce voyage était possible si Kurt arrivait à rassembler assez de fonds.

Il compta rapidement les maigres économies qu'il possédait et constata que Noël était dans trois semaines. Jamais il ne pourrait réunir assez d'argent!

Il pourrait faire un emprunt à la banque, mais son banquier risquerait de crisser des dents.

Non, jamais il ne trouverait l'argent, c'était une cause perdue d'avance.

Puis, une idée germa dans son esprit. Une idée qui prouvait à quel point son esprit partait à la dérive.

Paris. Lui et Blaine en haut de la Tour Eiffel.

C'était une idée à la Santana. Mais il était sûr de son Glee Club. L'idée était parfaite.

Il déposa un léger baiser sur la joue de Carole avant de rouvrir la portière de sa voiture et de s'engouffrer dedans. Surprise, Carole frappa à la vitre. Kurt ne l'ouvrit pas. Il n'avait pas le temps. Il ne pouvait pas expliquer ce qu'il allait faire à Carole, ce n'était pas possible. Il ne voulait pas la mêler à des histoires potentiellement risquées. Mais surtout, il savait qu'elle tenterait de l'arrêter. Ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'arrêter Kurt était une entreprise perdue d'avance.

Kurt allait trouver cet argent. Il allait emmener Blaine à Paris. Ils passeraient tous les deux le plus beau Noël de leur vie. Qu'importe le prix, Kurt lui offrirait tout le luxe qu'il voudrait. Absolument tout.

Il n'y avait pas de prix pour que Blaine guérisse.

Kurt tourna la clé de contact et enclencha la première. Restée sur le bord de la chaussée, dans le froid, la bouche ouverte d'incompréhension, Carole le regarda s'éloigner, jusqu'à tourner au carrefour. Elle ne savait pas à quoi s'attendre, elle n'avait pas compris ce départ précipité.

Une foule de questions se bousculaient dans sa tête. Mais elle connaissait son beau-fils. Ce n'était pas dans des moments d'adrénaline comme ça qu'il lui répondrait.

Kurt, quant à lui, appuyait un peu trop fort sur l'accélérateur, sans prendre compte de la signalisation.

Mais par chance, ce fut sain et sauf qu'il se gara dans le parking de McKinley.

Tu vas l'avoir ton voyage Blaine, je te le promets.


Santana, installée devant son ordinateur, en était à sa dixième tasse de café de l'après-midi. Enfin... De l'après-midi et de la nuit, compte tenu du fait que l'horloge affichait vingt-trois heures.

Son ventre grogna, mais elle se contenta d'une gorgée de café noir. Son dernier repas remontait au matin. Mais elle ne pouvait pas prendre le temps de manger.

Elle cliqua sur une rubrique de fait divers datant de quatre ans, sans grand espoir. Ça faisait des heures qu'elle cherchait des informations sur Blaine. Elle avait tout écumé. Les dealers, les tueurs en série, les vols, les agressions, les viols... Rien. Le nom d'Anderson n'était mentionné nul part.

Elle se laissa tomber en arrière dans sa chaise, attendant que la page se charge. Elle porta la tasse de café a ses lèvres sans quitter l'écran des yeux, ni le petit sablier qui tournait sur lui-même indiquant le chargement.

Son ordinateur était une antiquité, elle devrait penser à le changer.

Enfin, la page s'afficha. C'était un article portant la mention "fait divers". Le titre lui tapa tout de suite dans l'œil.

MEURTRE SAUVAGE DANS LE PARKING D'UNE GRANDE SURFACE

Elle connaissait cette histoire.

C'était celle de Sebastian.

Elle entama la lecture de l'article avec empressement.

Sebastian Smythe,16 ans. Un jeune garçon sans histoire, promis à un avenir brillant. Fin tragique pour ce jeune homme qui une semaine encore étudiait à la Dalton Academie, prestigieuse école privée de Westerville. Studieux, meneur de la chorale des Warblers, emblème de son école, Sebastian semblait avoir la vie dont tous les adolescents rêvent.
Mais le rêve a pris fin dans la nuit du 8 juillet, la semaine dernière. Roué de coups à l'abri des regards, dans un parking de la zone commerciale de Westerville, le garçon a rendu son dernier souffle vers deux heures du matin. L'agresseur reste encore aujourd'hui inconnu. On ignore toujours pourquoi Sebastian a décidé d'aller faire une promenade dans le parking cette nuit-là. La police creuse la piste d'une personne de confiance qui aurait donné rendez-vous à Sebastian dans ce coin reculé du parking. Vengeance? Crime passionnel? Les forces de l'ordre poursuivent les investigations dans cette voie, ayant appris par les proches de la victime que Sebastian était volage. Petite-amie jalouse? Petit-copain trompé?
Cependant, la police reste encore très vague sur l'enquête. Nous devrions en apprendre un peu plus dans les jours qui viennent.

Santana lu une seconde fois l'article et lu la date. 12 juillet 2010... Combien de temps Blaine était-il resté derrière les barreaux? Trois ans?

Elle relu l'article encore une fois. Est-ce que Blaine aurait été capable de faire ça? Sincèrement, Santana n'en était pas sure, il n'avait même pas eu le cran de la frapper elle, alors frapper celui dont il était amoureux... Non, Sebastian avait de nombreux ennemis, Santana était bien placée pour le savoir. Ce meurtre, elle l'avait toujours interprété comme un règlement de compte.

Dans le doute, elle copia l'article dans ses dossiers et s'envoya le tout par Email. Ainsi, elle pouvait l'avoir sur son portable à tout moment.

Elle éteignit l'ordinateur, englouti le reste de café et déposa la tasse dans l'évier de la cuisine. Sur le chemin menant de la cuisine à la chambre, elle attrapa une pomme dans la corbeille à fruits. Elle la porta à sa bouche et pensa que si elle continuait à se nourrir comme ça, elle perdrait du poids facilement. Elle porta sa main à son ventre et rencontra une surface totalement plate et musclée. Elle pensa à la robe de mariée que Kurt lui avait promis de confectionner. Pas question de prendre du poids alors qu'elle avait toujours son corps de mannequin.

Elle croqua dans la pomme, heureuse de savoir que les calories de la journée ne s'attarderaient pas dans ses cuisses, ses fesses ou son ventre. Elles n'étaient pas assez nombreuses.

Tout en mangeant, Santana se glissa dans sa chemise de nuit. Elle jeta ensuite le trognon préalablement enroulé de papier dans la poubelle de la salle de bain et s'allongea aux côtés de Brittany qui dormait déjà. La pauvre, elles n'avaient pas passé beaucoup de temps ensembles aujourd'hui.

Santana était trop obsédée par le duo Seblaine. Par Blaine. Elle avait passé sa journée sur Internet, traquant les infos. Elle avait tentée de contacter des journalistes, des policiers, des médecins.. Rien n'y avait fait. Elle ne savait toujours rien sur Anderson.

Elle repensa à l'article. Et si Blaine avait réellement quelque chose à voir dans ce meurtre? Et si c'était lui le meurtrier?

Santana, il n'a même pas pu te frapper hier soir...

Oui, de quoi est-ce qu'elle s'inquiétait ? Blaine n'avait pas assez de cran pour être un meurtrier.

En tous cas, cette journée d'investigation lui avait appris quelque chose. Ce dont elle avait besoin, c'était des preuves tangibles.

Ce dont elle avait besoin, c'était ce foutu dossier qu'elle n'avait pas réussi à dégoter le matin-même

Mais pour le moment, elle devait dormir. En tout cas essayer.

Elle se chassa l'article et ses idées morbides de la tête et enroula son bras autour de la blonde qui se serra contre elle. La latina enfouie son nez dans les cheveux de blés de sa fiancée et se laissa emporter par l'odeur jusqu'au pays enchantée ou elle et Brittany vivaient avec leurs licornes: le pays des rêves.


Voila cette fin de chapitre!

Comme l'a très bien résumé ma bêta: C'est le prologue qui annonce les ennuis.

Cependant, comme il n'y a pas de Klaine dans ce chapitre *me frappez pas*, je réserve un peu de guimauve pour les chapitres suivants! Paris est la ville des amoureux, non?

Le Klaine ne tardera plus, je vous le promets! Mais encore une fois, comprenez que Blaine ne peut pas tomber amoureux de quelqu'un en restant enfermé dans une chambre à regarder par la fenêtre... Mais les sentiments de Kurt se développent un peu plus dans ce chapitre, j'espère donc ne pas me faire incendier xD

Au prochain chapitre donc! Direction notre belle France!

Et bonne rentrée à tout le monde! :D

PS: Je redonne ici mon Twitter et mon ask, tout deux dédiés à CWM :) N'hésitez surtout pas!
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