Alors, voici le premier chapitre consacré à l'entretien entre anciens collègues. Et pour débuter, j'ai choisi Abby (et aussi parce que Gibbs n'est pas du genre à se précipiter dans la gueule du loup, si je puis dire).

Bonne lecture et comme toujours, j'attends vos impressions.

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Chapitre 11 : Récréation

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Le jour était à peine levé lorsque l'ancien marine fut réveillé par un bruit inhabituel, le bruit de l'eau. Il se leva, écarta le rideau qui masquait la fenêtre et jeta un coup d'œil au dehors. La lumière matinale était suffisante pour apercevoir deux silhouettes nager de concert dans la piscine. Il ne fallait pas être devin pour savoir que Tony et Cole avaient pris possession de la place et nageaient en silence le plus possible afin de ne pas déranger les invités. Ne pouvant résister, Gibbs ouvrit doucement la porte fenêtre et se posta sur le balcon avant de s'appuyer sur la rambarde.

Il était à peine installé qu'un léger bruit lui fit tourner la tête et il constata qu'Abby venait elle aussi de se lever. Elle se frotta les yeux avant de sortir sur le balcon et de regarder quelques secondes les deux nageurs tout en souriant largement.

- Bonjour, Abby dit doucement Gibbs afin de ne pas l'effrayer.

- Eh, bossman sourit la jeune femme avant de venir l'enlacer et de lui donner un baiser sur la joue. Je me joindrais bien à eux, bonne façon de commencer la journée. Tu veux venir aussi ?

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'aller les déranger, Abby.

- Tu plaisantes, regarde les, ils sont là-dedans depuis un bon moment uniquement allant et venant d'un bout à l'autre. Une bonne partie de water-polo serait bien agréable pour les dérider. Je passe un bikini et je les rejoins. A toi de me suivre si tu veux offrit-elle.

Il regarda à nouveau les deux nageurs, sourit et songea qu'en effet rien de tel qu'une bonne partie de ballon dans l'eau pour avoir l'opportunité de se frotter à Tony sans remords. Il avait par miracle laissé le slip de bain dans sa valise comptant trouver une piscine à l'hôtel pour se défouler un peu de la tension qui régnait souvent entre ses agents et lui. Il s'empressa d'enfiler sa tenue et de rejoindre Abby qui sortait elle aussi de sa chambre au même instant.

Les deux membres du NCIS firent route ensemble vers la piscine en devisant gaiement, il stoppèrent un instant avant de se jeter joyeusement à l'eau et de se joindre aux deux nageurs surpris de leur brusque arrivée. Les quatre nageurs se saluèrent avant de s'élancer pour quelques longueurs afin de s'échauffer avant de se lancer dans une bataille digne de gamins surexcités. Tony et Cole furent un instant surpris par leur enthousiasme mais finirent par céder à l'ambiance survoltée créée par la gothique.

Gibbs ne tarda pas à profiter de la moindre occasion de percuter Tony, de poser une main sur son épaule pour retrouver son équilibre, de le bloquer avec son corps pour l'empêcher de marquer et tout ça sous le regard goguenard d'un légiste qui, attiré par le bruit, avait fini par se lever également. Ducky était assis sur un fauteuil devant sa chambre et sa position dominante lui permettait d'avoir une vue imprenable sur l'action qui se déroulait dans la piscine. Il avait aussitôt remarqué l'étrange comportement de son ami envers l'italien.

Le légiste, cependant, n'en comprenait pas la raison. Etait-ce pour forcer Tony à noter sa présence, à la lui imposer avant celle du jeune Cole, le faire réagir et l'obliger à lui accorder toute son attention. En tout état de cause, ses efforts furent récompenser lorsque Tony agrippa l'ancien marine et l'entraîna sous l'eau à la grande joie de la gothique et sous le regard indulgent du jeune rancher. Ducky secoua la tête et sourit devant les facéties de ses amis, heureux de les voir apprécier l'instant présent.

Ce que personne (ou presque) ne remarqua fut l'ombre qui épiait le groupe depuis la maison, appuyée contre le mur et abritée par les plantes qui se dressaient là. Les lumières qui éclairaient la terrasse n'étendaient pas leur lueur jusque là et le guetteur se pensait à l'abri de tout regard pour poursuivre son forfait en toute impunité. Durant de longues minutes, le joyeux et bruyant groupe fut l'objet de son attention avant que l'intrus ne batte en retraite silencieusement lorsque les quatre amis décidèrent de sortir de la piscine.

En maître de maison attentionné, Tony distribua de grands draps de bain à ses invités et les dirigea vers des douches situées près de la piscine. Il leva les yeux et salua le légiste de la main l'invitant à les rejoindre dans la salle à manger pour le petit déjeuner. Tout en laissant ses hôtes gagner les douches, il s'assura d'être seul et inspecta rapidement le sol le long de la maison. Ses soupçons furent rapidement confirmés lorsqu'il distingua les empreintes de semelles et pas n'importe lesquelles.

Il allait devoir rappeler leur accord à Gibbs même s'il ne souhaitait pas briser l'harmonie de leurs retrouvailles. Comme toujours, un vilain petit canard tentait de lui mettre des bâtons dans les roues et il avait espéré éviter tout incident. Il aurait cependant bien dû se douter qu'une forte tête ferait son possible pour lui prouver qu'il n'avait pas le contrôle de la situation. Il était pourtant sur son terrain et il devait faire comprendre à ses involontaires visiteurs qu'il était ici chez lui et que tout n'était pas permis sans son autorisation.

Il avait espéré ne pas avoir à recourir à des mesures drastiques pour imposer ses ordres mais il allait devoir réviser son jugement. Oh, il n'en voulait pas à Gibbs, il avait bien fait comprendre son point de vue à ses agents, il en était certain. Il n'empêche qu'il savait que tout le monde ne serait pas enclin à les suivre sans discuter et il aurait dû rester sur sa première position et les laisser se débrouiller pour trouver un logement. Son bon cœur allait sans doute occasionner des problèmes à n'en plus finir.

Il soupira avant de gagner à son tour une cabine et de se doucher rapidement avant d'enfiler des vêtements et de rejoindre ses compagnons qui l'attendaient déjà installés à la table du petit déjeuner que Cole avait commencé à servir. Il y prit place à son tour et masqua son irritation, son talent pour savoir dissimuler ses émotions était toujours un atout même encore maintenant et lui valait de gagner bien des transactions financières importantes en jouant sur les points faibles qu'il observait chez ses adversaires alors qu'eux-mêmes ne pouvaient deviner ses pensées.

Pour une fois, l'italien bénit intérieurement la propension de son amie à bavarder de tout et de rien sans attendre forcément de réponse de ses interlocuteurs. Abby sauta joyeusement d'un sujet à l'autre tandis que les deux aînés discutaient ensemble tout en se restaurant. Malgré sa découverte, Tony se restaura également, la séance dans la piscine lui avait ouvert suffisamment l'appétit pour qu'il n'ait pas à feindre d'être affamé.

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Après le petit déjeuner, Tony sollicita son ancien patron afin de lui faire part de son agacement.

- Gibbs, je pourrais te voir un instant, s'il te plait ? le pria t-il.

- Bien sûr, Tony consentit aussitôt l'ancien marine. Que se passe t-il ?

- Tu as bien averti ton équipe des restrictions que je t'ai précisé hier ?

- Oui, j'ai même chargé McGee de surveiller David énonça l'ancien marine en fronçant les sourcils.

- Eh bien, elle a visiblement décidé de n'en faire qu'à sa tête.

- Tu es sûr qu'elle…

- Viens voir par toi-même si j'ai rêvé dit Tony en l'entraînant vers l'endroit qui l'intéressait.

Il lui expliqua ce qu'il avait vu et lui montra également ce qu'il avait trouvé. L'ancien marine fulmina de voir ses ordres bafoués et assura son hôte qu'il allait procéder à un réajustement de la situation sur la base de ce qui venait de lui être révélé. Tony le remercia et lui indiqua que seul un unique changement s'avérait suffisant.

Il prit le temps de faire un bref briefing avec Cole afin de donner ses instructions pour la journée (il refusait de les nommer des ordres) avant de pouvoir se consacrer entièrement à ses invités surprise. Il voulait renouer avec eux sans être sans cesse interrompu par l'un de ses employés, Cole était un second efficace qui pouvait gérer les crises mineures sans avoir besoin de son aval, il était amplement capable de régler des problèmes sans avoir à déranger le patron.

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Tandis que Gibbs avait choisi de faire le point de la situation sur l'affaire en cours avec son équipe et procéder à un rappel de ses instructions ainsi que d'une réprimande et de leur faire part de changements en cours et que Ducky avait choisi de se joindre à lui, Tony avait invité Abby à faire une promenade avec lui. Il lui choisit une jument paisible qui ne risquait pas de la désarçonner tandis qu'il scellait un bel alezan pour lui.

- Tu ne montes pas ton nouvel étalon ? demanda Abby surprise par la monture qu'il avait préparé pour lui.

- Si tu ne veux pas te retrouver à terre dès les premières minutes, il vaut mieux que je laisse Tornado au corral pour le moment, le temps qu'il s'habitue à être monter et n'excite pas les autres chevaux expliqua l'italien tout en réglant les selles.

- Oui, j'ai pas envie de passer ces quelques jours allongée sur un canapé parce que je ne sais pas tenir en selle avoua la gothique.

- Pas de problème, Abs, je t'ai sellé une jument qui ne ruera pas dans les brancards à moins de se retrouver face à un serpent. Là, je ne réponds pas de sa réaction dit Tony d'un ton sérieux.

- Des serpents, y a des serpents ici ?

- Abby, c'est la nature avec tout ce qu'elle a de plus beau et pacifique mais aussi de plus laid et dangereux parfois. Allez, viens ici que je t'aide à te mettre en selle la pria t-il en lui tendant les mains.

La jeune femme le rejoignit et laissa Tony lui offrir son aide, elle s'installa, prit les rênes qu'il lui tendait avant de se mettre lui-même en selle avec l'aisance d'un habitué qu'elle lui envia. Il ajusta sa prise avant de se tourner vers elle et de lui sourire puis d'un coup de talon léger, il fit avancer sa monture et la jument suivit placidement.

- N'hésite pas à me dire dès que tu en as assez, ok ?

- T'inquiète, je n'ai pas l'habitude de monter mais j'ai pris quelques leçons il y a quelques années et je devrais me débrouiller répondit-elle bravement.

- J'espère mais si tu fatigues, on rentre de suite. Reprendre l'équitation quand on ne l'a pas fait depuis un certain temps, c'est mortel pour le fessier l'avertit-il en riant. J'en sais quelque chose et les premiers jours ici ont été particulièrement douloureux pour ça.

- Comment as-tu soigner ton... fessier ? s'enquit-elle curieuse.

- J'ai eu l'aide d'un bon masseur avoua légèrement Tony.

- Cole ! demanda t-elle innocemment.

- Oui, il m'a bien aidé à me réadapter à la vie campagnarde d'ici et aux tâches qui m'incombaient.

- C'est comme ça que vous êtes devenus aussi proches ? osa t-elle dire en souhaitant obtenir plus d'infos.

- Je vois que tu as toujours un esprit d'observation très vif soupira Tony. Oui ajouta t-il sans détour, Cole et moi sommes proches, très proches même.

- Je dirais même intimes, très intimes dit Abby mutine.

- Tu veux savoir si nous sommes... quoi !

- Allons, Tony, je sais que tu n'es pas quelqu'un qui se dévoile facilement contrairement à tes bravades au NCIS sur ta vie sexuelle, elles te permettaient de garder une certaine distance envers les autres, n'est ce pas ?

- Bien vu, Abs ! la félicita Tony. Tu es l'une des rares personnes à avoir vu au delà des apparences.

- Oui mais pas la seule au NCIS, je pense révéla t-elle en songeant à quelqu'un de bien précis.

- Ni Gibbs, ni Ducky ne savent, Abs précisa l'italien en la regardant dans les yeux pour lui faire comprendre qu'il avait saisi son sous-entendu.

- Oh, vraiment ! s'étonna t-elle dubitative malgré elle. Bon, alors, Cole et toi...

- Nous sommes amants, des amants par convenance lui confirma son ami. Nous n'avons pas une relation exclusive, nous nous laissons la possibilité de faire d'autres rencontres mais nous sommes là dès que l'un de nous a besoin d'un peu d'affection.

- Oh, vous êtes chous tous les deux, tu le sais ! s'exclama t-elle. Et j'avais bien remarqué vos regards hier soir, votre complicité si évidente devait bien avoir une raison.

- Tu gardes ça pour toi, Abby, s'il te plait recommanda Tony d'un ton grave. Je fais ce que je veux de ma vie et je suis chez moi mais je n'étale pas ou plus autant mes actes.

- Est-ce que tu étais en relation avec un homme lorsque tu étais avec nous ? voulut-elle savoir.

- J'ai évité autant que possible de me lancer dans de telles relations sans précaution préalable, tu sais comme moi que ce genre d'amitié particulière est très mal vue au sein des forces armées quelles qu'elles soient.

- Oui, et nos enquêtes nous l'ont prouvé à plusieurs reprises se souvint-elle.

- Exact confirma t-il. Mais je n'ai pas totalement renié ma nature bi même si le côté gay a été soigneusement dissimulé. J'ai eu une relation sérieuse mais épisodique qui a duré plusieurs années avant que nous ne décidions de n'être que des amis.

- Dommage, je suis certaine que j'aurais aimé celui que tu avais choisi assura t-elle avec entrain.

- Je suis sûr que tu l'aurais adoré, il savait être entièrement ouvert et tolérant sinon il n'aurait jamais choisi son activité... Mais assez parlé de ça coupa t-il avant de devoir satisfaire plus la curiosité de son amie. Profitons du paysage avant de devoir rentrer, tu me remercieras de ne pas prolonger ton supplice plus longtemps.

- Je te laisse juge en la matière, tu en sais certainement plus que moi sur le sujet vu ton nouveau métier.

- Allez, on va passer à un trot léger, tiens bien les rênes, serre les genoux un peu plus, laisse le rythme de ta monture guider ton corps et tout devrait bien aller conseilla l'italien en accélérant l'allure.

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Durant encore une petite demi-heure, Tony fit les honneurs de sa propriété à une Abby attentive et ravie, le ton de la conversation et les rires qui les secouèrent lui firent comprendre que son ami avait trouvé dans ce lieu un havre de paix, un sanctuaire pour apaiser son désespoir d'avoir été contraint de quitter un métier qu'il aimait, des amis qu'il appréciait, du moins en partie.

Elle en venait presque à le jalouser, à l'envier d'avoir su rebondir alors qu'elle-même ne savait plus si elle pouvait espérer trouver un jour l'âme sœur. Oh, certes, elle avait songé avoir trouvé en McGee celui qui serait un compagnon acceptable pour la femme excentrique qu'elle était mais son attitude envers Tony lui avait fait découvrir un aspect de son caractère qu'elle ne pouvait ignorer.

Elle avait sans conteste choisi de ne pas aller au-delà des quelques tentatives de rapprochement du jeune agent après le départ de Tony, elle ne parvenait pas à oublier qu'il était l'un des responsables de la fuite de l'italien. Elle ne s'était pas sentie l'âme assez charitable pour faire l'impasse sur le fait qu'il s'était allié à l'officier du Mossad pour tourmenter son ami.

Alors que l'agent senior ne faisait que faire profiter le geek de son expérience et qu'il était un bon professeur, l'élève avait préféré le poignarder de façon insidieuse et d'en être heureux. C'est certainement ce qui avait précipité la fin de la romance que McGee pensait idyllique et toute acquise. Il avait été tellement surpris lorsqu'elle avait mis un terme à leur histoire.

Sans lui donner aucune explication, elle lui avait fait remettre les cadeaux qu'il n'avait cessé de lui adresser depuis leur second rendez-vous. Aucune de ses tentatives de rapprochement n'avait été couronné de succès et le jeune informaticien avait finalement baissé les bras sous les moqueries de l'officier David qui insistait pour qu'il persévère un peu plus, sans résultat pour une fois.

Lentement, les deux amis reprirent le chemin de l'écurie tout en devisant gaiement. Les éclats de rire avaient de nouveau fusé lorsque la gothique avait narré quelques épisodes cocasses de ses sorties avec les nonnes. Elle avait, bien sûr, évité toute allusion aux enquêtes de son ancienne équipe afin de ne pas briser la nouvelle harmonie retrouvée avec Tony. Elle avait encore tant de questions à lui poser et si peu de temps pour renouer avec lui qu'elle se devait d'être prudente afin de ne pas brusquer son ami.

Les deux jeunes s'étaient toujours très bien entendus et leur complicité allait au delà des relations de travail. Lorsque Tony avait choisi de s'exiler, il avait éprouvé du remords de partir sans rien dire à Abby mais il savait qu'elle aurait cherché à le dissuader et il n'était pas prêt à pardonner tout ce que son équipe lui avait fait subir. Il supposait aussi que la gothique chercherait par tous les moyens de le retrouver, aussi avait-il pris toutes les précautions nécessaires pour éviter d'être retrouvé.

Galamment, Tony aida son amie à descendre de sa monture et laissant le soin à un de ses hommes de s'occuper des chevaux, ils pénétrèrent tous deux dans l'écurie. A la demande d'Abby, ils visitaient le haras et l'italien lui donnait un court résumé de l'histoire des pur-sangs qui composaient son écurie. Les bêtes étaient toutes plus magnifiques les unes que les autres.

- Oh, Tony, ces chevaux sont vraiment beaux s'extasia Abby. Tu les as hérités avec le ranch ? demanda t-elle.

- Pas tous répondit Tony en caressant le cheval qui quémandait son attention depuis son box. Lorsque j'ai repris le ranch, le haras n'était plus l'activité principale, mon grand-père n'avait plus d'hommes qualifiés pour le seconder. J'ai décidé d'axer la priorité sur la restauration de cette activité lorsque je suis arrivé. Cole ne travaillait ici que durant les périodes de pleine saison, il était capable et je lui ai proposé de devenir mon bras droit pour ce qui concernait le ranch. J'ai ensuite engagé du personnel spécialisé pour le haras, des hommes qui connaissaient le monde des courses hippiques et les exigences de l'entraînement des chevaux.

- Tu avais déjà une idée du travail ou tu étais novice dans le domaine ? s'enquit Abby intéressée par la reconversion de son ami.

- Je suis venu au ranch plusieurs fois lorsque mes grand-parents vivaient encore mais sans jamais avoir eu la chance de travailler sérieusement avec les employés indiqua simplement Tony.

- Pourquoi ? voulut savoir la gothique.

- Je n'étais jamais vraiment au mieux de ma forme durant ces périodes, Abby, c'était pratiquement toujours lorsque je venais d'être blessé et que j'avais besoin de temps pour guérir précisa t-il en la voyant froncer les sourcils. Mes grand-parents ont toujours été un soutien durant ces moments-là, ma grand-mère était aux petits soins pour moi, elle me cuisinait de bons petits plats maison, elle me chouchoutait tandis que mon grand-père s'activait à me remettre sur pied d'une autre manière. C'est lui qui m'a remis le pied à l'étrier en m'offrant un étalon à dresser pour mes vingt ans. Il m'a réappris à aimer l'équitation, il m'a inculqué le virus du dressage, c'est grâce à lui que je suis devenu, aujourd'hui, un éleveur et un rancher.

- A t'entendre en parler, il semble que tu l'aimais beaucoup constata la jeune femme.

- Oui, j'ai plus aimé mes grand-parents que mes parents confirma l'italien. Ils m'ont donné en peu de temps plus que mes géniteurs ne l'ont fait durant les premières années de ma vie ; les tendres moments que nous avons partagés ont été rares mais précieux pour moi avoua t-il dans un souffle.

Abby sentit que la nostalgie de ces souvenirs attristait mais aussi réjouissait quelque peu Tony, en parler était sans doute douloureux mais également bénéfique. Elle connaissait les inflexions de voix de son ami lorsqu'il n'était pas sur ses gardes et qu'il laissait ses émotions transparaître quelque peu. Oh, il était très rare que son ami soit aussi ouvert envers quiconque et même envers elle, il n'avait jamais appris à exprimer librement ses états d'âme, « ne jamais montrer de faiblesse en public » était une phrase que Tony répétait souvent pour expliquer son attitude.

Ne voulant pas laisser la tristesse prendre le pas sur la bonne ambiance et ayant encore plein de questions, elle décida de donner un autre tournant à leur conversation. Et il était une interrogation qui l'a turlupinait depuis plusieurs mois.

- Dis-moi, Tony, tu n'as pas pris avantage de ton départ pour engager des poursuites contre le personnel du NCIS qui le méritait. Pourquoi n'avoir rien fait ? osa t-elle quand même demander.

- Je crois que le NCIS et l'équipe de Gibbs en particulier peuvent remercier Harmon indiqua Tony. Il m'a conseillé de prendre le temps de me calmer suffisamment pour envisager une riposte adéquate. Les premières semaines ici ont été très studieuses, je n'ai pas eu la possibilité de me plonger dans le dossier de dépôt de plainte que mon avocat voulait que j'examine. Je crois que le temps a fait son effet et que ma colère et mon désir de revanche se sont émoussés, j'avais envie d'autre chose que de me lancer dans un procès qui n'aurait pas abouti au résultat que j'escomptais à l'époque.

- Tu as donc simplement laissé tomber ! Tu as choisi de les laisser s'en tirer ! s'exclama une Abby quelque peu déçue.

- Abby, comprends que, pour moi, l'eau avait coulé sous les ponts expliqua l'italien. J'avais désormais une nouvelle vie, de nouvelles responsabilités, de nouveaux challenges à gagner et surtout, j'avais rencontré quelqu'un qui me comprenait et m'aidait, me soutenait si nécessaire ; je pouvais être moi-même ici sans avoir à supporter des regards critiques ou désapprobateurs. J'avais enfin l'impression de vivre un rêve éveillé, un rêve qui pouvait devenir réalité. Je voulais donner une chance à tout ça, je pouvais désormais pleinement vivre comme je le souhaitais sans être constamment surveillé, jugé ou condamné par certains qui se disaient mes amis. Je respirais enfin sans m'inquiéter de savoir si ce serait mon dernier soupir, sans craindre d'être victime de l'ostracisme de certains esprits rétrogrades. Est-ce que tu peux raisonnablement me reprocher d'avoir voulu tout ça ?

- Oh, non, non, Tony s'écria Abby toute contrite et en l'embrassant comme pour se faire pardonner. Maintenant, je comprends parfaitement ton désir d'être qui tu étais vraiment. Mais je ne peux m'empêcher de penser que certaines personnes auraient mérité d'être puni pour ce qu'elles t'ont fait subir.

- A quoi bon remuer tout ça après tout ce temps dit Tony. Ce qui est fait est fait et sans tout ça, je n'aurais sans doute jamais eu le courage de remettre ma vie en question et je serais encore à l'heure actuelle englué dans une existence qui ne me convenait plus.

- Alors, tu es vraiment heureux maintenant conclut Abby.

- En tout cas, plus heureux que lorsque j'étais au NCIS et non, je ne te tiens rigueur de rien, tu as toujours été un soutien pour moi, une ancre dans la tourmente sourit-il. J'ai toujours pu compter sur toi, ton incontestable bonne humeur, ta joie de vivre était communicative et m'a aidé plus que tu ne penses. Je ne te remercierai jamais assez pour ça mais je te promets d'essayer de me racheter plaisanta t-il tout en se promettant de récompenser un jour la jeune femme comme il se devait.

- Dans ce cas, tu auras tout intérêt à répondre à mes mails ou mes coups de fil ou d'accepter que j'apparaisse sur le pas de ta porte sans prévenir le taquina t-elle.

- Tout ce que tu veux, Abs déclara t-il sincèrement. Tu seras toujours une invitée de marque ici, je prendrais aussi le temps de t'écrire ou de te téléphoner lorsque mes activités m'en laisseront le loisir. Et je suis sincèrement navré de n'avoir pas fait l'effort de rester en contact avec toi. Sur le moment, j'avais vraiment envie de jouer à l'autruche et de faire l'impasse sur tout ce qui avait trait à l'agence et à l'équipe. Je vais désormais me rattraper et de donner des nouvelles régulières.

- Alors dans ce cas, que dirais-tu de… commença t-elle avant de se mordre la lèvre.

- Non, Abby, ne me demande pas ça la prévint Tony qui avait compris. C'est encore trop tôt pour moi de revenir là-bas dit-il en lui caressant la joue. Un jour, peut-être mais pas pour l'instant. Ce n'est pas parce que j'ai tiré un trait sur ce qui s'est passé à Washington que j'ai envie d'y retourner.

- Ok capitula t-elle sans insister. Donc ça veut dire que je vais devoir prendre un abonnement sur la ligne aérienne qui relit la capitale à Dallas et de faire quelques économies pour venir plus souvent te voir.

- Pas besoin, tu appelles et j'envoie l'avion te prendre l'informa t-il en lui entourant les épaules d'un bras et en la dirigeant derechef vers la sortie. Je pense qu'il est l'heure du déjeuner, allons rejoindre les autres suggéra t-il en déposant un baiser sur sa joue avant de lui prendre la main et de l'entraîner vers la maison.

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Abby soupira discrètement et laissa l'italien clore ainsi leur conversation, elle était malgré tout heureuse, elle pouvait à nouveau profiter de son ami et elle le savait désormais sinon heureux mais au moins satisfait de sa nouvelle vie. Elle ne pouvait que lui souhaiter de rencontrer quelqu'un (et un homme de préférence…) qui saurait l'aimer et le rendre pleinement heureux. Elle avait bien compris ce qui unissait Cole et Tony mais apparemment, le jeune rancher n'était pas celui qui ferait vibrer son italien au point de le rendre amoureux fou.

Elle se demandait si le mystérieux ancien ami de Tony avait laissé des cicatrices dans le cœur de son ami. Etait-il l'amour de sa vie ou simplement un « bateau dans la nuit » ? Elle n'avait pas cherché à savoir plus lorsque Tony en avait parlé plus tôt, la tristesse qui s'était peinte sur son visage l'en avait alors dissuadée. Peut-être poserait-elle la question lorsque leur amitié serait à nouveau au maximum et qu'elle aurait la confiance totale de l'italien et qu'il s'ouvrirait à elle.

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Voilà pour cette première discussion. Nous retrouverons certainement nos deux amis pour d'autres conversations, notre gothique n'ayant pas assouvi sa curiosité.

Le second entretien se passera entre Tony et... qui d'après vous ?

A bientôt.