Autant le précédent chapitre n'a pas posé d'énormes problèmes de rédaction, le personnage d'Abby est tout en exubérance et largement tolérant, autant les deux suivants ont demandé un effort considérable pour refléter parfaitement les pensées des protagonistes. Pas toujours facile et vous comprendrez en lisant ce qui suit.

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Chapitre 12 : Conversation

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Le déjeuner s'était déroulé dans une ambiance détentue. Gibbs, Ducky, Abby et Tony avaient devisé de tout et de rien mais jamais de ce qui touchait au NCIS afin de ne pas ternir la bonne humeur évidente des convives. Comme pour le dîner de la veille, les mets étaient délicieux et les vins choisis par l'italien se mariaient parfaitement aux plats, il fallait être un fin connaisseur comme DiNozzo pour ne pas faire d'erreur en la matière. Et une cave bien garnie car les millésimes n'étaient pas ceux que l'on trouvait dans le drogstore du coin ; des vins français pour le moins, le pays du vin par excellence.

Gibbs se fit la réflexion que sans doute son éducation de gosse de riche y était-elle pour quelque chose car en la matière comme en ce qui concernait la mode, il était rare qu'il soit pris en faute de mauvais goût. C'était un esthète et un hédoniste dans l'âme. Tout comme il était un fervent adepte du tactile, il aimait toucher et surtout être touché mais pas par n'importe qui, il s'en était rendu compte dès les premières semaines de leur collaboration. Il avait fallu plusieurs mois pour qu'il s'accoutume aux énormes étreintes d'Abby sans fléchir.

Assis à la gauche de Tony, il n'avait pas beaucoup participé à la conversation, comme à son habitude, ne répondant que lorsqu'une question directe lui était posée. Il avait surtout écouté, il s'était enivré du rire de l'italien, ce rire qui lui avait tant manqué. Le sourire aussi l'avait réjoui, il indiquait que Tony était heureux et que la matinée qu'il avait passé avec Abby l'avait pleinement satisfait. C'était sans conteste un bon point d'avoir laissé la gothique renouer la première les liens distendus.

Il avait toujours su tirer le meilleur parti d'une situation et il savait qu'immanquablement, le fait qu'Abby soit aussi disposée à agir selon son cœur était un atout à ne pas négliger dans sa stratégie. Le second point était ensuite de fournir l'occasion à son vieil ami de longue date de discuter à son tour avec le jeune homme. Mettre les deux hommes devant le fait accompli en arguant l'enquête ne blufferait sans doute pas l'italien mais contenterait sûrement l'écossais. Le légiste trépignait, sans doute autant qu'Abby l'avait fait, de pouvoir discuter avec Tony.

Sitôt le café avalé, il prétexta donc devoir superviser les recherches de son équipe pour s'éclipser sous le sourire goguenard du tout nouveau texan. Tony secoua la tête et lâcha un bref rire qui fit bien comprendre à l'ancien marine qu'il n'était pas dupe de son stratagème mais qu'il n'en était pas non plus mécontent. Abby, pour sa part, avait également décidé d'accompagner Gibbs afin de permettre à ses deux compagnons de s'entretenir sans témoin.

Une fois Gibbs et Abby partis, Tony invita Ducky à l'accompagner au dehors où une belle Rolls blanche était garée dans l'allée. L'écossais s'extasia sur la voiture, admirant la belle carrosserie avant de se tourner vers Tony.

- Voici les clefs dit simplement l'italien en les tendant au légiste. Si tu souhaites te mettre au volant, ceci dit le défia t-il.

- Oh, mon dieu ! s'exclama le médecin. Comment veux-tu que je résiste à la tentation d'une si belle mécanique, Anthony ? Bien sûr que j'accepte de la conduire.

- C'est bien ce que je pensais nota Tony qui offrit un sourire tendre au vieil homme. Il est évident qu'un homme qui a restauré de ses propres mains une Morgan soit capable d'apprécier une Rolls.

- Tu sais toujours comment faire plaisir à tes amis, mon garçon approuva Ducky en se mettant au volant et attendant que Tony le rejoigne sur le siège passager.

En douceur, le vieil homme démarra le véhicule et entama leur promenade. Il apprécia la délicatesse de son jeune ami qui avait préparé la voiture et ajusté le siège à la taille de son actuel conducteur, le coussin qui avait été placé également afin de permettre à Ducky d'être surélevé afin de distinguer la route était une autre délicate attention. Il était évident que Tony savait mettre à l'aise sans vexer ou gêner, une attitude qu'il avait toujours eu envers son aîné.

Les premiers kilomètres se firent en silence, Ducky appréciant la conduite souple de la Rolls et Tony le laissant savourer son plaisir. Le jeune homme était heureux de pouvoir faire ce petit plaisir à Ducky, le légiste avait toujours su le réconforter et le comprendre lorsqu'ils travaillaient ensemble. Seule la tragique disparition de Kate avait distendu les liens entre les deux hommes durant quelques semaines avant qu'ils ne redeviennent aussi solides qu'auparavant, sinon plus.

Pourtant, la décision drastique que Tony avait prise en quittant le NCIS avait été douloureuse parce qu'elle l'obligeait à briser une amitié qui lui tenait à cœur. Il espérait sincèrement que le vieil homme saurait lui pardonner d'avoir songé à se préserver plutôt que de sauvegarder leur relation amicale, non, relation presque filiale, du moins de son côté. Il ne doutait pas que l'homme, fidèle à lui-même, saurait lui donner son opinion tout comme l'aurait fait son grand-père.

Il avait souvent comparé les deux hommes qui se ressemblaient, tous deux savaient écouté les doléances comme personne, lui prodiguer tendresse et réconfort lorsqu'il était dans le besoin, lui assurer force et présence lorsque c'était nécessaire. Il avait plus reçu de Ducky, un parfait étranger au cercle de famille, que de sa propre famille direct, ses parents n'étant pas des plus démonstratifs avec lui. Du moins pour tout ce qui touchait à l'affectif, parce que pour le reste, son père savait lui faire comprendre, de façon musclée parfois, comment il devait se comporter en public mais aussi en privé.

Un coup de klaxon le ramena à la réalité et il sourit en constatant que Ducky appréciait grandement la conduite de la Rolls. Il laissa le vieil homme les promener autour du lac durant deux bonnes heures, devisant tous deux de tout et de rien mais pas de ce qui les intéressait vraiment. Cette conversation viendrait bien assez vite mais serait plus aisée lorsqu'ils seraient assis et de préférence devant une bonne tasse de thé, un breuvage que le légiste considérait presque comme une potion pouvant guérir certains maux ou du moins contribuer à apaiser certaines émotions.

Il se reprit et donna quelques indications au médecin sur leur destination, il souhaitait bien sûr que leur discussion soit agréable et pour ce faire, avait décidé d'inviter le britannique qu'était quand même l'écossais dans un salon de thé réputé pour ses pâtisseries d'outre manche mais aussi pour la variété infinie de ses thés. Il savait que le légiste se réjouirait de voir autant de produits qui lui rappelleraient son pays.

Lorsque la voiture fut garée, les deux hommes débarquèrent et Tony sourit en voyant la curiosité des quelques passants qui s'arrêtaient pour contempler la Rolls. Il agrippa gentiment Ducky par le bras et le guida jusqu'au salon dont il salua gaiement la patronne avant de s'enfoncer dans la salle vers une alcôve libre. La table avait été dressée pour un en cas à l'anglaise et même si l'heure était encore proche de celle du repas, l'écossais fut touché par l'attention. Il prit place tout en remerciant son jeune ami avant de détailler son environnement.

Tony lui présenta la carte des thés et l'invita à faire son choix avant de passer leur commande auprès de la serveuse qui gratifia l'italien d'un long regard langoureux mais qui manqua son effet. Tony lui rendit son sourire mais sans tenter de flirter avec elle, ce qui fit lever un sourcil au médecin. Ducky réalisa alors pleinement que l'ancien agent senior de Gibbs avait effectivement changé, il n'était plus ce coureur de jupons qu'il était (ou plutôt exagérait) lorsqu'il travaillait au NCIS.

Il comprit que les choses allaient devenir sérieuses lorsqu'il vit Tony s'installer confortablement dans son siège et le fixer, une expression avenante sur le visage. Il resta cependant silencieux, attendant visiblement que le légiste lance l'attaque le premier avant de s'engager dans la bataille, sauf que le médecin n'avait aucune envie de provoquer un affrontement. Il laissait cette attitude négative pour l'ancien marine qui serait sûrement celui qui ouvrirait les hostilités.

Pour bien faire comprendre son état d'esprit à l'italien, il tapota la main qui reposait sur la table dans un geste qu'il avait si souvent fait par le passé pour réconforter Tony. L'italien tourna la main et serra celle de Ducky pour démontrer son affection tout en souriant doucement au vieil homme.

- Je suis si heureux que nous soyons de nouveau face à face, Anthony débuta le légiste. Une année sans avoir la possibilité de te voir d'aussi près est vraiment une trop longue période déclara t-il d'un ton doux.

- Je sais, Duck soupira Tony. J'ai mis du temps à laisser toute colère ou toute frustration s'évanouir. Il aurait été trop dur de te parler en te faisant porter le poids d'une rancune qui ne te concernait pas. Ce n'était pas facile de faire l'impasse sur tout ce qui s'est passé juste avant mon départ et je ne voulais pas y penser si tôt. Parler avec toi, ou même avec Abby, aurait immanquablement amené le sujet sur le tapis et je ne souhaitais pas y songer à ce moment-là.

- Tu n'as pas à t'excuser pour ça, mon garçon le coupa le légiste. Je me doute qu'il devait être difficile pour toi de revivre ces semaines. Et tes petits mots étaient des messages d'espoir. Mais je ne vais pas remuer le couteau dans la plaie.

- Aucune importance maintenant, Ducky, le temps a fait son effet et je réserve mon fougueux tempérament pour notre estimable marine plaisanta Tony. Et, en passant, tu as été le seul à recevoir ces messages, même Abby n'en a pas reçu, j'ignorais si elle arriverait à ne pas se trahir vis à vis de Gibbs. J'ai donc préféré la tenir à l'écart et j'espère qu'elle ne m'en gardera pas rigueur mais si j'en juge par son accueil, je n'ai pas à m'en faire pour si peu.

- Dis moi donc comment s'est passée ton installation ici l'engagea ensuite le légiste voulant couper court à une possible culpabilité de Tony alors que celui-ci n'était en rien responsable de la situation.

Et Tony lui raconta ce qu'il avait déjà narré à Abby dans la matinée. Les deux hommes devisèrent agréablement tout en sirotant leur thé et tandis que le médecin se régalait également d'un assortiment de pâtisseries, il constata avec étonnement que l'italien ne profitait pas des délicieuses sucreries qui étalaient gaiement leur choix dans la vitrine. Il choisit alors d'aborder le sujet qui le préoccupait depuis qu'il avait revu le jeune homme la veille.

- Dis-moi, Anthony, je n'ai pu m'empêcher de constater que tu avais perdu pas mal de poids et… interrompit-il l'italien qui allait parler… ne me dis pas le contraire, je l'ai remarqué hier et ce matin lorsque tu te baignais. Aurais-tu des problèmes de santé, mon garçon ? s'enquit le médecin soudain inquiet et aucunement gêné de le laisser transparaître.

- Oh, Ducky fit Tony en secouant la tête. Toujours aussi direct lorsqu'il s'agit de mon bien-être mais rassure-toi, je vais très bien. Et si j'ai perdu autant de poids, selon toi, c'est simplement que je me dépense bien plus qu'auparavant, que je mange bien mieux et bien plus sainement. Ce que tu n'as pas cessé de me conseiller durant toutes ces années à me surveiller, d'ailleurs railla t-il gentiment. Je ne me gave plus de cette nourriture qui te faisait bondir. Comme tu l'as vu, je mange des légumes et de la viande sans exagération, je fais du sport et je ne bois plus autant de bière.

·- Il était temps que tu prennes soin de ta santé remarqua le légiste satisfait de savoir que son ami était enfin raisonnable à ce sujet. Et en ce qui concerne tes poumons ? se permit-il encore de demander.

- Aucun dégât supplémentaire de ce côté, l'air sec d'ici me convient parfaitement le rassura l'italien. Ducky, je t'assure que tout va bien, je n'ai jamais été aussi pleinement satisfait de ma vie que durant cette dernière année. Je ne dis pas que je suis parfaitement heureux mais pour l'instant, je suis certainement dans une période qui est de loin celle qui se rapproche le plus du bonheur déclara avec conviction le jeune homme.

Le ton de sincérité qui transparaissait dans les derniers propos de DiNozzo convainquit le légiste de leur honnêteté. Il avait vu l'italien sourire et entendu son rire bien plus en deux jours que durant les derniers mois de sa présence au NCIS. Il était détendu et ne sursautait plus au moindre changement de ton de Gibbs, il arrivait à parler à l'ancien marine sans froncer les sourcils, il n'esquivait plus le moindre toucher de sa part comme l'attestait la partie endiablée de leur jeu de ballon du matin dans la piscine. Et cette pensée amena le sujet de conversation suivant.

- J'ai remarqué que le jeune Cole et toi aviez l'air très proches minauda t-il, l'air de rien. Vous êtes bons amis ?

- Que veux-tu savoir exactement, Ducky ? demanda sans détour Tony.

- Quels sont tes liens avec lui sans doute expliqua le légiste. Il était ici de bonne heure ce matin dit-il négligemment comme si c'était un détail.

Tony se permit d'émettre un léger rire tout en secouant la tête, l'écossais avait parfois une façon bien particulière de soutirer des informations de ses interlocuteurs et il savait que foncer tête baissée dans un sujet aussi délicat pouvait bloquer toute discussion avec lui. Ducky était un fin psychologue la plupart du temps mais il lui avait toujours été difficile de le cerner, particulièrement lorsque Tony ne voulait pas le laisser s'approcher trop près de la vérité.

Mais aujourd'hui, loin de Washington et de l'influence de gens qui soit disant étaient ses amis, il n'avait plus aucune raison de cacher sa vraie nature et son style de vie. Et il savait que Ducky ne le jugerait pas sur ça, le médecin avait connu lui même son lot de secrets et Tony avait une idée de ce qu'il avait vécu de par certaines de leurs conversations.

- Cole est plus qu'un simple employé, je pense que tu t'en es rendu compte affirma t-il sans détour. Un ami, oui, il l'a été rapidement, sans doute parce que nous sommes tous deux solitaires et avons vécu des situations identiques à une époque. Nos rapports ont été très étroits du fait que j'ai beaucoup compté sur lui pour m'initier à mes nouvelles fonctions ici, il était le seul capable de m'offrir une épaule sur laquelle m'appuyer lorsque j'en avais besoin. Il ne m'a jamais jugé autrement que sur mes actions ou mes paroles, il a accepté mes faiblesses lorsque je les lui laissais deviner, j'ai toujours eu son soutien même lorsqu'il pensait que je faisais fausse route expliqua t-il sans honte.

- Je suis heureux que tu aies pu compter sur un tel ami dit Ducky en lui tapotant la main. Mais je devine qu'il y a plus derrière tout ça ?

- Et tu peux le déduire parce que je te le laisse voir, n'est ce pas, Duck ? dit Tony en levant un sourcil interrogatif.

- Oui, tu es plus ouvert maintenant constata le légiste, approuvant ainsi la nouvelle attitude de l'italien.

- Et bien, pour répondre à ta question, nous sommes deux âmes solitaires qui avons uni nos désirs cachés et décidé de partager quelque chose de plus qu'une amitié murmura Tony en souriant.

La manière dont l'italien avait formulé cet aveu fit sourire également l'écossais. Parfois, son jeune ami avait des commentaires si littéraires qu'il en était toujours étonné, ceci montrait bien qu'il n'avait pas que des lectures oisives et qu'au contraire, sa culture débordait largement celle que ses anciens collègues lui prêtaient. Et Ducky n'était aucunement impartial à ce sujet, les nombreuses discussions qu'ils avaient eu tous les deux dans le passé le prouvaient assez.

- Donc… finalisa le médecin, vous êtes… amoureux.

- Pas amoureux au sens exclusif, nous avons une relation qui nous apporte une certaine satisfaction, une certaine stabilité et une confiance illimitée expliqua t-il au légiste. Nous sommes amants termina t-il sans embarras, des amants tolérants et non exclusifs.

- Et tu t'en contentes vraiment ? s'étonna Ducky.

- Qui peut se vanter d'avoir ce qu'il désire réellement dans la vie ! s'exclama t-il en ricanant doucement. Ce que je veux et ce que j'ai ont toujours été deux choses bien distinctes, Ducky ; j'ai souvent été trop déçu pour ne pas me « contenter » de ce que je peux avoir. Un jour, sans doute, comme beaucoup, j'obtiendrais plus mais jusque là, je prends ce que la vie veut bien m'accorder. Cole a la même philosophie, il n'a pas été épargné non plus et nous savons tous deux que nous partageons une relation qui n'est sans doute pas la panacée mais qui nous convient telle qu'elle est. C'est plus que ce que nous n'avons jamais eu.

- Si tu es heureux ainsi, je suis le dernier à m'en plaindre affirma le médecin avec fermeté. J'ai toujours pensé que tu méritais plus que tu ne recevais, je suis ravi que tu puisses enfin profiter pleinement de la relation que tu partages avec ce charmant jeune homme.

Tony sentait bien que le légiste n'était pas entièrement satisfait de ses propos, il était trop vague sans doute dans ses commentaires pour réellement convaincre l'écossais qu'il n'était pas à plaindre. Il était temps de se dévoiler un peu plus à celui qui était sans conteste plus qu'un ami. Au fil des années, il avait considéré le légiste bien plus comme un oncle qu'un grand-père même s'il savait que Ducky, lui, le considérait comme un petit-fils. Il se cala dans son siège et posant les coudes sur la table et son menton sur ses mains croisées, il se lança.

- Vois-tu, Ducky, avoir quitté le NCIS a été sur le moment la plus dure décision que j'avais jamais prise concernant un travail parce que j'aimais vraiment travailler avec Gibbs, il m'a appris tellement plus que tous mes précédents patrons s'ouvrit-il honnêtement. Il a été à la fois un mentor, un ami et…

Il fit une pause, il ne pouvait se mettre totalement à nu en une seule fois et ce secret qu'il avait gardé durant des années n'était pas prêt à être révélé, pas encore… et peut être jamais.

Il décida de poursuivre dans une autre direction.

- … l'une des très rares personnes à qui j'ai accordé une confiance inconditionnelle, sans aucune restriction. J'ai toujours cherché à le satisfaire de mon mieux mais ce n'était jamais assez à son goût déclara t-il amèrement. En tout et pour tout, j'ai reçu moins d'une douzaine de compliments de sa part en cinq ans de partenariat et toujours fait sans témoins. Il a fait de moins son bras droit, faute d'avoir un agent plus compétent sur lequel s'appuyer, il s'est contenté de celui qui pouvait le soulager de bien des tâches ingrates de sa position. J'ai su, dès le premier jour, qu'un jour, il me virerait sans remords tel le bâtard qu'il est. Et je ne me suis pas trompé comme tu l'as constaté, il n'a pas cherché à comprendre, il m'a jugé et condamné sans l'ombre d'un remords. Mais j'attends ses explications et ses raisons ont intérêt à être sacrément valables.

- Ne sois pas, toi aussi, aussi prompt à le juger et le condamner, Anthony avant d'avoir pu réellement discuter avec lui le coupa Ducky. Laissez-vous une chance de mettre les choses à plat entre vous, de revenir sur ce qui s'est passé sans que la colère et le ressentiment ne soient aussi vifs qu'à l'époque. Il a été également affecté par toute cette histoire, mon ami, ne crois pas qu'il soit insensible à ce qui s'est joué ce jour-là. La vérité s'est faite jour bien trop tard pour arrêter les choses mais aujourd'hui, vous avez la possibilité de clarifier la situation. Donne-lui une chance de se défendre et accorde lui, toi aussi, l'opportunité de connaître ton point de vue sur la question.

- Sincèrement, Ducky, je doute que Gibbs, cet handicapé de la parole, puisse formuler plus de quelques mots à la suite et surtout se justifier. Il a bien édicté une règle qui dit « Ne jamais s'excuser, c'est un signe de faiblesse » et elle en dit long sur ce que je peux espérer de sa part.

- Oh, il pourrait te surprendre affirma Ducky avec force. Il a beau être le bâtard que beaucoup voient en lui mais il sait aussi faire amende honorable lorsque le jeu en vaut la chandelle. Laisse-lui une chance, Tony, une chance de redevenir l'homme que tu as besoin qu'il soit, un ami sincère qui t'a toujours estimé bien plus que n'importe lequel de ses subordonnés.

- Il a eu une drôle de façon de le montrer alors ricana son compagnon.

- Fais-moi plaisir et montre-toi plus magnanime que ceux qui ont osé te juger indignes d'être tes amis plaida le légiste. Je me doute qu'il ne sera pas facile de pardonner mais tu n'es pas de ceux qui ne savent pas accorder une dernière chance. Je te fais entièrement confiance pour rétablir, si tu le peux et si tu estimes que tu le peux, ta totale estime en Jethro, ça en vaut vraiment la peine. Tu l'as dit toi-même, il était l'une des rares personnes à avoir été le bénéficiaire de ton absolue loyauté.

- Je ne te garantis rien, Ducky capitula l'italien. Je lui accorde, comme à toi et à Abby, l'entretien qu'il espère mais je ne me laisserais pas bafouer une seconde fois, je te le certifie.

- C'est tout ce que je te demande, mon garçon et je suis honoré que tu m'aies jugé digne de devenir le récipiendaire de tes confidences avoua sincèrement le médecin. Maintenant que nous avons le cœur plus léger et l'esprit plus clair, il serait temps de songer à rentrer avant que l'on nous envoie la cavalerie plaisanta t-il en se levant.

- Dis plutôt que tu as envie de te remettre derrière le volant de la Rolls railla gentiment Tony pour détendre définitivement l'atmosphère.

- Ah, vois-tu, mon garçon, si je ne peux pas profiter des largesses de certains amis, je ne pourrais jamais assouvir certaines de mes faiblesses le taquina l'écossais. Allons donc de ce pas conquérir le destrier moderne qu'un noble chevalier m'a fièrement accordé le privilège de promener durant quelques heures.

- Ainsi soit fait selon les désirs d'un humble servant élevé au rang de compagnon d'infortune déclara Tony amusé par l'esprit joueur du légiste.

- Mon dieu, comme ton sens de la répartie m'a manqué, Anthony avoua Ducky. Aucun de tes anciens collègues ne sait, comme toi, allégé une tension.

Tandis que Tony payait l'addition et s'emparait d'un carton que lui tendait la patronne, Ducky soupira discrètement de contentement. Il avait craint un instant que le jeune italien ne se ferme à toute discussion mais il avait été agréablement surpris de l'attitude ouverte et sincère qu'il avait montré vis à vis de sa curiosité. Il était pleinement compréhensible que Tony soit amer et appréhende son entrevue avec Gibbs et il espérait que les deux hommes sauraient faire la part des choses sans dommage.

Lorsque Tony le rejoignit, il leva un sourcil devant la boîte qu'il tenait entre les mains.

- Le dessert pour ce soir indiqua Tony en souriant. Je n'ai pas totalement fait l'impasse sur les sucreries et les tartes de la maison sont délicieuses.

- Je m'en lèche les doigts d'avance déclara Ducky. Ce que j'ai goûté à l'instant m'a agréablement aiguisé le palais avoua t-il en reprenant sa place derrière le volant.

Le premier kilomètre permit aux deux hommes de réorienter leurs pensées et un badinage léger s'installa entre eux. L'ambiance agréable dura jusqu'au retour au ranch et la promenade trop courte au gré du légiste. Il avait apprécié à sa juste valeur le cadeau que Tony lui avait fait en le laissant conduire la magnifique automobile au vu de la jalousie avec laquelle l'italien traitait ses propres voitures lorsqu'il était au NCIS. Il se souvenait parfaitement du chagrin qu'il avait éprouvé lorsque sa corvette avait été volée et détruite lors de la fameuse course poursuite entre la police et les voleurs.

Il se demandait même comment le jeune homme avait pu laisser sa seconde voiture, la mustang, son bébé, à Washington. Il espérait que, maintenant que l'équipe connaissait son lieu de résidence, il reprendrait possession de sa voiture dans les meilleurs délais. Il savait que l'italien était un mordu de voitures classiques, comme il disait - tout comme de belles choses, c'était sans conteste un esthète - et qu'il ne laisserait plus passer le plaisir de conduire sa plus grande fierté.

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Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura un peu réconcilié avec l'attitude de Tony.

Le prochain sera du même acabit mais sera sans aucun doute celui qui devra recevoir le plus de commentaires de votre part. Je serais attentive à ce que vous pourrez m'en dire, il a été ardu à écrire et j'attends donc les compliments ou critiques que vous aurez à formuler.

Soyez donc au rendez-vous dans quelques jours.

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