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Me revoilà après une longue absence, la vie prend toujours le pas sur le reste.

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Un ordinateur en rade et c'est plusieurs chapitres qu'il faut réécrire, se replonger dans sa mémoire pour retrouver les idées.

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Enfin, cette fois, j'espère pouvoir continuer à alimenter sinon régulièrement, du moins plus facilement.

Merci de bien vouloir commenter, J'avoue avoir attendu plus de réactions sur le chapitre précédent et je me suis posée la question de continuer à publier ou non. Deux ou trois coms m'ont décidé à poursuivre malgré tout surtout parce que je n'aime pas, en général, laisser une histoire en plan et mes lecteurs insatisfaits. Les encouragements sont donc de rigueur.

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Voici donc la suite. Bonne lecture.

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Chapitre 14 : Réunification

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Arrivés enfin à l'étable, les deux hommes mirent pied à terre et menèrent les chevaux à l'abri où ils dessellèrent les bêtes avant de les confier à l'un des palefreniers pour la monture de Jethro tandis que Tony s'occupait de Tornado qu'il ramena dans son box avant de le bichonner rapidement, de lui fournir nourriture et eau. Debout devant le box, l'ancien marine le regardait en souriant, jamais avant leurs retrouvailles, il n'aurait soupçonné Tony d'être aussi à l'aise parmi la gente équine.

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Lorsqu'il sortit en caressant une dernière fois le cheval, l'italien se retrouva face à un Gibbs perdu dans ses pensées. Il lui tapota l'épaule pour solliciter le passage pour sortir du box dans la mesure où l'ancien marine était appuyé sur la porte. Ce dernier libéra le chemin juste le nécessaire pour permettre à Tony de sortir mais sans plus. Debout face à face, leurs regards se croisèrent, insondable pour l'italien et… quémandeur pour le fédéral, ce qui fit lever un sourcil au jeune homme.

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Et sans préméditation et totalement surpris lui-même par le geste, Tony leva la main et caressa la joue de Gibbs avant de prononcer quelques mots.

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- « Le temps guérit bien des blessures et le pardon peut parfois être accordé. Sois patient… »

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Puis, sans crier gare, il se pencha et déposa un baiser sur la joue mais loin des lèvres de l'ancien marine. Il ne voulait pas que son geste prête à confusion. Il ignorait, pour l'instant, tout des intentions de son ancien patron et si la discussion avait permis de mettre certaines choses au point, elle n'avait permis de traiter que le passé mais pas d'engager l'avenir. S'il était réaliste, Tony devait reconnaître que son ancienne équipe, du moins une partie, lui avait manqué. Il serait certainement agréable de pouvoir à nouveau discuter avec Ducky, rire et jouer au bowling avec Abby dont l'enthousiasme lui avait tant fait défaut.

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Pour ce qui était de Gibbs, il ne savait pas ce qui pouvait advenir de la relation qui les avait liés toutes ces années. Tony s'était parfois permis de penser que le statut subordonné/supérieur était dépassé entre eux et que l'amitié qu'ils partageaient allait quelquefois au-delà de ce simple sentiment. Oh, il n'avait jamais considéré l'homme comme un père de substitution, l'écart qui les séparait n'était pas assez important pour ça. Il avait souvent rêvé d'être un ami proche sans aller plus loin dans ses rêves.

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Le caractère bourru de l'ancien sniper l'avait toujours rebuté pour oser demander plus ou simplement offrir plus aussi. Il existait une règle 12 édictée par l'ex marine qui disait de ne jamais sortir avec un coéquipier mais aucune ne disait de ne pas compter un collègue comme ami. Pourtant, Tony avait souvent été tenté de provoquer un geste qui lui aurait permis d'être fixé sur les sentiments de Gibbs à son égard pour finalement y renoncer de peur d'être déçu ou rejeté comme il l'avait été si souvent. Il vivait dans l'illusion mais c'était sans doute mieux que de vivre dans une réalité qui l'aurait meurtri.

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Il soupira et stoppa là ses réflexions et lança un regard à Gibbs, juste pour tester la température. Il fut étonné de voir le fédéral le fixer avec une certaine tendresse nettement inscrite dans ses yeux et un léger sourire sur les lèvres mais aussi un étonnement marqué par les sourcils levés. Et comme pour souligner encore plus son ahurissement, Gibbs leva la main et ses doigts caressèrent l'endroit où Tony l'avait embrassé comme s'il le brûlait ou mieux, comme s'il voulait se convaincre de la réalité du geste. Tony lui sourit en retour et secoua la tête tout en gloussant légèrement de la stupéfaction de son ancien patron.

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- « Allez, il est temps d'aller rejoindre les autres pour le déjeuner » finit-il par dire pour couper court à toute émotion que ni l'un, ni l'autre n'était prêt à reconnaître.

- « Oui, il ne faudrait pas que tu tombes d'inanition, non plus » se moqua un peu Jethro avant d'emboîter le pas à l'italien qui s'éloignait déjà vers la porte de l'écurie.

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Revenus à la maison, les deux hommes s'empressèrent de retrouver Abby et Ducky qui discutaient agréablement sur la terrasse devant un rafraîchissement.

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- « Eh, vous deux » s'écria Abby en se levant et en venant aussitôt gratifier ses deux amis d'une étreinte à sa façon. « Tu vas bien ? » demanda-t-elle doucement dans l'oreille de Tony.

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Ce dernier lui répondit en la serrant un peu plus contre lui et en déposant un baiser sur sa joue sans pour autant vocaliser ses pensées. Il ne souhaitait pas que les deux autres invités entendent ce qu'il aurait pu dire à son amie. Et surtout, il n'avait aucune envie de subir un interrogatoire de la part de la jeune femme ici et maintenant et de ternir la charmante détente qui régnait pour l'instant entre eux tous. Abby comprit sans mal sa réponse et lui adressa un sourire ravi.

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Le déjeuner, comme celui de la veille, fut délicieux et se déroula sous d'agréables auspices. Les rires fusèrent entre eux, la conversation fut légère, badine et taquine tout à la fois. Et ni Ducky, ni Gibbs ne furent en veine de lancer des commentaires spirituels. La bonne nourriture et le bon vin contribuèrent sans doute à cette ambiance détendue. Le café et le thé servis aux deux aînés en guise de digestif clôturèrent le repas.

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Tandis que l'équipe du NCIS se chargea de ranger la salle à manger ainsi que la vaisselle sale, Tony s'entretint avec Cole sur les activités du ranch dans la mesure où il avait décidé de consacrer les quelques jours où ses anciens collègues seraient à Dallas pour renouer et passer le plus de temps possible avec eux. Les deux amants en profitèrent pour s'accorder quelques minutes de tendresse dans le bureau de Tony et même si le moment dura peu, il fit du bien à l'italien d'être serré et réconforté dans des bras sécurisants.

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L'après-midi, Tony emmena ses amis pour une visite complète du haras, il leur présenta les chevaux, les étalons qu'il entraînait personnellement, les juments qui étaient préparées pour leur futur métier de championne, celles qui attendaient de mettre bas leur poulain et la nouvelle génération qui paissait tranquillement dans les pâturages. Abby et Ducky s'extasièrent sur la beauté des bêtes tandis que Gibbs, lui, profitait que ses deux amis accaparaient l'attention de l'italien pour l'étudier plus particulièrement.

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Ce qu'il constata en premier lieu fut le respect que ses employés lui vouaient, il était incontestable que les hommes qui travaillaient avec lui reconnaissaient la valeur de leur patron. Tony était parfaitement à l'aise parmi eux, ne les traitait pas comme de simples cow-boys mais écoutait leurs conseils ou leurs problèmes, les échanges se faisaient de façon cordiale, les fous rires étaient légion mais le sérieux était aussi présent lorsque nécessaire.

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L'entente entre le boss et le personnel semblait être quelque chose que l'italien avait à cœur, apparemment. Gibbs avait noté que son ancien agent était bien plus détendu, plus souriant et plus heureux que lors des dernières semaines qu'il avait passé à l'agence. L'italien avait enfin trouvé sa voie, il ne donnait pas l'impression de regretter son ancien métier. Ou était-il toujours aussi bon à masquer ses véritables émotions et ses pensées ? Non, définitivement non. Il suffisait de noter que les sourires qu'il adressait à ses interlocuteurs étaient plus francs, plus nombreux, plus… lumineux.

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L'agent fédéral senior avait bien remarqué que ces sourires-là montaient jusqu'aux yeux de son italien et qu'ils les rendaient plus brillants. Aucun n'était factice, c'était certain et les lignes du visage étaient plus lisses, signe évident que Tony était bien moins stressé ici. La nouvelle vie de son ancien bras droit lui allait à merveille, elle avait redessiné son corps en le modelant, le musclant encore plus tout en lui enlevant les kilos superflus que des années de nutrition fantaisiste avaient commencé à alourdir, au grand dam de Ducky qui n'arrêtait pas de sermonner Tony à ce sujet.

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Jethro soupira lourdement mais heureusement aucun des trois autres ne le remarqua. Discutant et riant à quelques mètres devant lui, il avait une vue imprenable sur… une paire de fesses parfaitement moulées dans un jean serré. Un bras passé autour de la taille d'Abby, Tony contait quelques anecdotes sur les victoires de certains chevaux. Ducky, pour une fois, écoutait le jeune homme, questionnait de-ci de-là, trottinait à leurs côtés. Le trio ne s'était pas rendu compte qu'il se tenait à l'écart mais franchement, il ne se sentait pas rejeté pour autant. Il avait ainsi la possibilité d'étudier ce nouveau Tony sans a priori et sans interférence.

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Et ce qu'il découvrait le faisait quand même frémir. L'italien était parfaitement intégré aussi bien dans sa nouvelle vie que parmi son personnel, les quelques informations glanées lors de leur arrivée auprès de leur chauffeur indiquaient également qu'il l'était dans la société texane ou du moins celle de Dallas. Comment pourrait-il lutter contre ça et réussir à ramener Tony à Washington ? Il était évident qu'il aurait bien du mal à rivaliser avec tout ce que l'italien avait désormais ici, il allait falloir songer sérieusement à trouver une parade pour conquérir son cœur sans le meurtrir.

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- « Eh, Bossman » l'interpella soudain Abby.

- « Oui, Abs » répondit-il en les rejoignant.

- « Tu fais bande à part, on dirait ! » nota-t-elle en le scrutant.

- « Non, je réfléchissais et j'écoutais » affirma-t-il en souriant légèrement.

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Son regard croisa celui de Tony, une lueur moqueuse luisait dans les prunelles vertes et le soupçon d'un sourire narquois étirait la bouche masculine. Jethro haussa les épaules, reconnaissant sa défaite et constata que, malgré les mois écoulés, les deux hommes pouvaient encore communiquer d'un simple regard ou d'un geste. Il semblait que leur connexion n'était pas totalement détruite en fin de compte.

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- « C'est vraiment super, ici » renchérit alors la gothique. « Je me verrais bien venir ici, un de ces jours, m'y installer définitivement surtout sachant que tu seras déjà là » dit-elle en se tournant vers son ami.

- « Tu es la bienvenue sur mes terres quand tu veux, Abs » déclara Tony. « Je te l'ai déjà dit et je le répète. Vous serez toujours des invités de marque, que ce soit à l'hôtel ou ici. »

- « Tous les trois ? » questionna la laborantine pour éviter toute ambiguïté au sujet de son mentor.

- « Chacun de vous » confirma l'ancien policier. « Si vous savez respecter ma vie privée, vous serez mes hôtes quand il vous prendra l'envie de venir. Ce n'est pas la place qui manque pour vous recevoir et je suis certain que vous saurez trouver de quoi vous occuper. Il y a de quoi faire ici et vous ne serez jamais désœuvrés tant les occupations sont diverses. »

- « Chouette, j'attends avec impatience mes prochaines vacances alors » s'enthousiasma Abby sans retenue. « Je voudrais bien revoir le labo de la police et son personnel » admit-elle en souriant.

- « Aurais-tu craqué pour l'un d'eux, Abs ? » plaisanta Tony.

- « Non » le contra-t-elle en le tapant sur l'épaule. « Je crois que le travail me manque, tout simplement. Oh ! » fit-elle soudain « je ne veux pas dire que je ne suis pas bien ici, Tony parce que je suis bien, c'est un coin super, j'ai adoré notre promenade et encore plus notre discussion. Je suis heureuse que nous soyons à nouveau amis et tout, et tout mais… »

·- « Ce n'est pas assez excitant pour toi » termina-t-il pour elle. « Je comprends, Abs » la consola-t-il. « Je suis passé par là. A mon arrivée ici, j'ai broyé du noir durant les deux premiers mois lorsque je me retrouvais seul le soir » révéla-t-il à la satisfaction de Gibbs qui allait enfin mesurer la volonté de Tony de partir ou rester.

- « Changement de vie trop brutal ? » questionna Ducky qui, lui aussi, souhaitait connaître l'état d'esprit du jeune homme.

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Tony les regarda tous les trois, ils étaient concentrés sur lui dans l'évidente attente de révélations qu'il n'était sans doute pas prêt à partager mais que ses amis avaient besoin d'entendre. Il les invita à reprendre le chemin de la maison afin d'être mieux installés pour partager ses préoccupations d'alors. Comme toujours, Ducky et Abby entouraient l'italien tandis que Gibbs avait encore choisi de fermer la marche, les suivant tout en admirant la vue de ses deux amis enlacés par l'italien qui avait passé un bras autour de leurs tailles.

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Tony jeta soudain un regard par-dessus son épaule et sa grimace moqueuse fit comprendre à l'ancien marine que son manège ne lui avait pas échappé. Certes, il ne faisait aucune avance ouverte à Tony mais il se demandait si le jeune homme n'avait pas deviné ses sentiments à son égard et ne jouait pas avec, le tourmentant pour se venger de lui.

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Non, Tony n'est pas ainsi songea-t-il. Il a abandonné toute vengeance contre l'équipe il y a plusieurs mois se raisonna-t-il.

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Contre l'équipe, peut-être mais contre lui ? Après tout, c'était bien lui, Gibbs, qui avait poussé Tony à s'exiler, à quitter un métier qu'il aimait et dans lequel il excellait, qui l'avait obligé à abandonner une vie qu'il appréciait, des amis qu'il pouvait voir quand il voulait. Et l'italien avait choisi de partir à des milliers de kilomètres afin d'être certain de ne se heurter à aucun d'eux au détour d'une rue ou d'une enquête s'il s'était décidé à rejoindre les rangs de la police de Washington ou tenter de nouveau sa chance parmi la criminelle de Baltimore puisque son ancien chef avait été muté.

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Le trio devant lui avançant d'un pas rapide, ils regagnèrent la maison rapidement. Quittant leurs chaussures sales dans l'entrée, chacun enfila sa paire de chaussons sauf Tony qui resta pieds nus, ses bas de jean roulés autour de ses chevilles. Gibbs se surprit à les contempler, admirant leur élégance. Il gloussa intérieurement, il n'avait jamais, jusqu'à présent, autant accorder d'attention à l'anatomie de son ancien second et voilà que soudain, depuis trois jours, il ne souhaitait rien d'autre que de le voir dans le plus simple appareil, nu comme au jour de sa naissance.

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Il finit par se raisonner et suivit les trois autres dans le salon puis sur la terrasse où chacun s'installa dans les sièges. Sitôt assis, Maria s'encadra dans la porte portant un lourd plateau que Tony s'empressa de lui ôter des mains avant de la remercier en italien. La femme sourit tendrement à son employeur avant de tourner les talons. Abby rit devant le spectacle, Ducky esquissa un franc sourire tandis que Gibbs secouait la tête, amusé.

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- « Encore une qui a succombé à ton charme, mon cher enfant » affirma le légiste en continuant à sourire.

- « Oui, ton sourire fait toujours autant de ravage, Tony » approuva Abby en riant encore.

- « Eh, pas de ma faute si mon charme italien combiné à ma sophistication britannique impressionne » se défendit le jeune homme. « Maria se comporte en mère-poule avec moi depuis mon arrivée, elle m'a aidé à surmonter l'absence de mes grands-parents en conversant avec moi en italien. »

· « C'est pour cette raison que tu t'adresses à elle dans cette langue ? » voulut savoir Gibbs qui aimait l'entendre s'exprimer en italien, la sonorité chantante des mots allait bien au jeune homme.

- « Oui, elle parle anglais mais moins bien que sa langue maternelle et comme beaucoup d'étrangers, elle ne comprend pas forcément nos expressions » expliqua l'italien. « Je lui épargne quelques désagréments en lui parlant italien. »

- « Toujours aussi prévenant envers la gente féminine, mon garçon, c'est très bien » approuva le légiste en lui tapotant le bras.

- « Question d'éducation, Ducky » dit simplement Tony en haussant les épaules. « J'ai été élevé, en majorité, par des femmes durant les premières années de ma vie, j'ai appris à les chérir et à les protéger, comme ma grand-mère me l'a enseigné. »

- « Elle te manque beaucoup » chuchota Abby comme une évidence.

- « Oui, mes grands-parents étaient tous les deux des gens formidables » révéla Tony en se calant dans son siège. « Ils étaient toujours disponibles lorsque j'avais besoin de quelqu'un pour m'épancher, leurs bras m'accueillaient quand j'avais envie de pleurer, leur maison était un refuge lorsque celle de mes parents était un enfer. Je leur dois en partie d'être celui que je suis aujourd'hui, c'est grâce à eux que je n'ai pas souhaité mettre un terme à ma vie lorsque… »

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Tony s'arrêta brusquement, ce qu'il s'apprêtait à dire était par trop intime pour être ainsi dévoilé. Et tout un chacun savait qu'il n'étalait pas sa vie privée facilement, même à ses amis de longue date. Abby et Ducky le soupçonnaient de leur avoir fait quelques révélations dont personne d'autre n'avait été destinataire. Gibbs, lui, avait plus souvent extrapolé à partir d'anecdotes humoristiques qui, en définitive, se rapprochaient plus de la vérité. Et son dossier personnel ne donnait que les grandes lignes de sa vie mais pas les petits détails qui, eux, étaient plus édifiants.

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- « Trêve de nostalgie pour le moment » trancha-t-il soudain.

- « Tu allais nous dire comment tu t'étais adapté lors de ton arrivée » rappela doucement Abby.

- « A vrai dire, je travaillais dur le jour et si fatigué le soir que le sommeil tardait parfois à venir » déclara son ami. « C'est vrai que tout ici me rappelait Nonno et Nonna et que l'excitation du travail de policier était absente. Je crois bien que j'ai hanté l'écurie durant plusieurs nuits avant de m'acclimater. »

- « Comment as-tu fait la transition ? » demanda Ducky, curieux de connaître ce qui avait contribué à la pleine intégration du jeune homme.

- « Oh, il y avait tant de choses à faire, le haras à réorganiser, de nouvelles bêtes à acquérir, des bâtiments à rénover, du personnel à engager ici et à l'hôtel » énuméra Tony. « Il a fallu que je sois au four et au moulin, courant à droite et à gauche que je n'avais pas le temps de me plaindre durant la journée. »

- « Et le soir ? » insista le médecin.

- « Les premiers jours ont été étranges » raconta l'italien. « Je voyais défiler des visages, j'entendais tant de voix, je notais tant de requêtes que lorsque je me retrouvais seul en fin de journée, je me sentais vidé, fatigué mais satisfait. J'avais un certain nombre de défis à relever, des employés qui attendaient des miracles de ma part. J'étais excité mais en même temps inquiet de les décevoir. J'ai failli tout plaquer à deux ou trois reprises et repartir d'où je venais. Au petit matin, après une nuit plus ou moins reposante, je retrouvais le courage de repartir à l'assaut. Nonna m'a inspiré, son souvenir m'a galvanisé, ses conseils m'ont aidé. Je suis parvenu à faire la part des choses, à prendre véritablement la mesure de ce que je souhaitais faire de ma vie et j'ai foncé. »

- « Tu as réussi à concrétiser tes souhaits ? » demanda Abby en lui serrant la main.

- « Pas tous mais j'ai bon espoir d'y parvenir un jour » déclara fermement Tony. « Je me suis fixé un but et j'ai la ferme intention de l'atteindre, un jour ou l'autre » dit-il sans autre précision.

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Il secoua la tête en direction d'Abby lui signifiant ainsi qu'il ne révèlerait pas quel était ce but et qu'il était inutile qu'elle le pousse, il ne parlerait pas. Elle comprit qu'il serait muet à ce sujet et ne poussa pas plus avant, laissant dans l'ombre ce qu'il voulait y garder, pour le moment.

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- « Donc, en définitive, ton départ de Washington a été un mal pour un bien ? » spécula finalement Gibbs souhaitant faire ressortir ce qui était positif.

- « Je ne le dirais pas comme ça mais si tu le penses, libre à toi » statua Tony en croisant brièvement son regard.

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Malgré la réponse, le ton n'était pas agressif, ni coléreux, juste amer et triste. Tony savait que Gibbs ne voulait pas le culpabiliser mais il n'avait aucune raison de se sentir coupable d'avoir préféré partir plutôt que de rester. Il savait que l'ancien marine l'avait laissé tomber pour satisfaire ses exigences et il n'avait pas à en être tenu pour responsable. Gibbs avait fait des choix risqués et il devait en assumer les conséquences, l'une d'elles étant le départ brutal de Tony.

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Il était le chef d'équipe et en tant que tel, il avait la charge de maintenir ses agents opérationnels mais pas à n'importe quel prix. Tony estimait qu'il n'avait pas été impartial et surtout suffisamment juste dans sa façon de traiter chacun des agents sous ses ordres. S'il avait été plus équitable, l'italien n'aurait pas été autant secoué par l'attitude de McGee et David et aurait sans doute mis au placard sa décision de quitter à la fois son boulot et Washington.

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Finalement, la discussion se termina sur ce sujet avant de dériver vers d'autres thèmes et les quatre amis devisèrent tranquillement jusqu'au dîner qui, comme les précédents repas, accueillirent Cole et se déroulèrent dans une bonne ambiance amicale et détendue. Après la pause-café et la pause cinéma, les quatre amis décidèrent qu'il était suffisamment tard et qu'il était temps de penser à gagner leur chambre.

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Après le rituel passage dans la salle de bains, Abby vint cogner à la porte de Tony pour une dernière étreinte, un dernier baiser avant finalement de se résoudre à prendre le chemin de sa chambre et se glisser dans son lit. Elle écouta un moment les bruits de la maison s'éteindre doucement, se pelotonna douillettement dans son lit confortable avant de laisser le sommeil la submerger.

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Ducky termina ses ablutions, enfila son pyjama et s'installa confortablement contre ses oreillers et attrapa le livre poser sur la table de nuit. Il continua sa lecture durant quelques pages avant que la fatigue ne s'empare de lui, reposa son livre et déposa ses lunettes sur la table de chevet, éteignit les lumières et soupira d'aise. Le matelas était définitivement agréable pour ses vieux os et il sombra rapidement dans les bras de Morphée.

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Gibbs n'avait aucune envie de se coucher aussi tôt, il n'était pas encore minuit et pour lui, c'était comme s'il se couchait avec les poules. Il tourna en rond quelques minutes avant de se décider à prendre une douche rapide, se sécha et enfila une robe de chambre avant de se poster devant la fenêtre. Il laissa ses pensées dériver sans effort, sa discussion avec Tony l'avait quelque peu soulagé et débarrassé d'une partie de sa culpabilité, une partie seulement car son aveuglement et son entêtement étaient aussi responsables du départ de son second.

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Il ouvrit la porte-fenêtre et sortit sur le balcon, s'accouda à la balustrade et soupira de contentement. La douceur de la nuit était agréable et le silence apaisant. Son regard dériva et fit un tour d'horizon du paysage que la clarté lunaire permettait de distinguer presque parfaitement et l'ancien marine se fit la réflexion que l'italien avait un domaine prospère qui devait bien valoir quelques millions de dollars. Pas étonnant que le jeune homme ait eu des goûts raffinés s'il avait vécu une partie de sa vie dans le luxe.

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Pourtant, même si Tony avait toujours fait mention du prix exorbitant de ses vêtements, il n'avait jamais laissé entendre qu'il était l'héritier d'une telle richesse. Sans doute, l'italien voulait-il être aimé pour qui il était et non pas ce qu'il valait. DiNozzo avait, un jour, laissé échapper que son père l'avait déshérité lorsqu'il était jeune et Gibbs savait qu'il s'était toujours débrouillé par lui-même. Et les recherches approfondies effectuées avant son embauche au sein du NCIS avaient démontré qu'il avait subvenu à ses besoins par ses propres moyens depuis le collège.

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Le jeune homme avait payé ses études en travaillant à temps partiel durant plusieurs années, il avait aussi judicieusement placé un petit capital qui avait fructifié au fil du temps. Contrairement aux suppositions de Kate et Tim, l'italien était parvenu à concilier travail et études sans trop de mal, Tony était un étudiant brillant qui apprenait vite et retenait très bien. Sa mémoire fantastique était un atout qu'il avait développé et entretenu durant ses années au sein des forces de police et allié à un sens de l'observation aigu en avait fait un flic de tout premier ordre.

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Ajouté à ça, son talent naturel à entrer dans la peau d'un personnage aussi facilement et simplement que de changer de vêtements, savoir s'adapter à la situation en un clin d'œil et modifier le plus parfait des plans pour coller aux circonstances, il était alors le parfait candidat pour des missions en infiltration. Pas étonnant dés lors que le jeune homme était le choix idéal pour les missions sous couverture, il valait bien plus que tous ses chefs de service n'avaient pensé.

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Avoir su bluffé la mafia et mis au tapis la plus puissante famille de Baltimore, les Macallouso, en était le plus parfait témoignage. Pas étonnant qu'avec un tel exemple, il ait réussi à duper autant de monde en jouant l'éternel adolescent, le bouffon blagueur qui irritait tant Kate. La jeune femme n'avait pas su voir au-delà de l'image qu'il projetait tant ses masques étaient pour lui comme une seconde peau. Il avait fallu la mort de la jeune femme pour que ceux-ci glissent et laissent voir plus que Tony n'aurait voulu.

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Gibbs se redressa en réalisant soudain que lui-même n'avait rien vu, ni rien soupçonné avant cette tragédie. Il avait laissé Tony l'aveugler par ses pitreries idiotes, ses blagues de potache, ses remarques déplacées, ses sourires faciles. Le jeune détective qu'il avait rencontré à Baltimore l'avait impressionné par bien des côtés mais c'était bien son sourire brillant et sincère qui l'avait attiré en premier lieu. Et sans le savoir, l'italien avait raison lorsqu'il avait assuré à Kate que son embauche était due au fait qu'il avait souri, même si ce n'était pas uniquement cet avantage qui l'avait fait intégrer le NCIS.

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Soupirant profondément, l'ancien marine se rendit compte qu'il était nostalgique des premières années passées à travailler en tandem avec l'italien après le départ de Blackadder. Les horaires étaient infernaux, le travail difficile pour deux mais c'était ce qui les avait rapprochés. Il avait envie de revivre cette complicité qu'ils avaient partagée, cette facilité de communication qu'ils avaient développée. Un simple regard, un haussement de sourcil et Tony répondait aussitôt à son attente.

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Il rentra et referma la fenêtre, s'avança vers son lit et s'y assis sans avoir envie de s'y allonger. Il était bien trop survolté comme dirait Abby pour parvenir à dormir. Il se leva et se dirigea vers la porte de la chambre qu'il ouvrit doucement pour ne pas réveiller les dormeurs. Il jeta un œil et un rai de lumière sous une porte lui apprit qu'au moins l'un d'entre eux était toujours éveillé. Il se mordit la lèvre hésitant à prendre le risque d'y aller frapper.

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Il franchit les quelques pas, s'immobilisa devant le battant et toqua légèrement. Il attendit quelques secondes avant que la porte ne s'ouvre et que son occupant ne l'invite à le suivre en souriant. Il suivit Tony et détailla rapidement la chambre. Plus vaste que la sienne, un placard intégré qui courrait tout le long du mur à sa gauche, un grand lit en fer forgé et deux tables de chevet coordonnées (quelle surprise !), un ban au pied du lit, un coin occupé par deux chaises et une table ronde à droite ainsi qu'un meuble bas. Sans surprise, un écran de télévision était suspendu face au lit.

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Il reporta son regard sur Tony qui l'observait, un léger sourire aux lèvres.

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- « Tu ne parviens pas à dormir » supposa l'italien. « Pas assez fatigué ou bien trop excité par notre discussion ? »

- « A vrai dire, notre conversation m'a plutôt… soulagé » avoua Gibbs sans même y songer. « Et mon esprit est en ébullition, des souvenirs qui resurgissent… »

- « Oui, de quoi te tenir éveillé » dit Tony en prenant place sur son lit.

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Sans façon, le jeune homme s'adossa contre ses oreillers, il avait eu la bonne idée de revêtir un peignoir (en satin, jugea l'ancien marine) mais était resté pieds nus, ce qui fit sourire Gibbs. Il était planté au milieu de la chambre et hésitait à prendre une chaise ou s'asseoir directement sur le lit. Tony gloussa doucement tout en secouant la tête.

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- « Viens t'asseoir » l'invita-t-il d'un geste en tapotant le lit. « Inutile de rester planté là, je ne mords pas, je te promets de bien me conduire » plaisanta-t-il.

- « Tony, je… »

- « Ne te fais pas prier, Gibbs » l'interrompit l'italien. « Tu es venu pour une raison précise ou sur l'impulsion du moment ? Je penche pour la seconde hypothèse. »

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Gibbs s'installa contre le pied du lit et étendit ses jambes, les deux hommes se faisaient ainsi face. Tony lui lança un oreiller qu'il plaça dans son dos et se cala confortablement. Il était surpris par la facilité avec laquelle il se comportait, il ne sentait aucune gêne de se retrouver dans la chambre du jeune homme mais une sourde envie de s'étendre à ses côtés et si possible, passer la nuit – ou ce qu'il en restait – avec Tony dans ses bras. Au lieu de continuer ses divagations, il poursuivit la conversation.

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- « Bien vu, Tony. Toujours intuitif, à ce que je vois » remarqua-t-il en esquissant un demi-sourire. « Je voulais… je ne sais pas à vrai dire, descendre, trouver de quoi m'occuper. »

- « Désolé mais la maison ne comporte pas de sous-sol, ni de bateau à moitié construit » indiqua Tony en riant doucement. « Je compte pourtant rénover la grange située à côté des bâtiments des employés, je pourrais te réserver un coin si tu songes à accompagner Abby parfois. »

- « Tu es sérieux ! » s'étonna l'ancien marine. « Tu souhaites vraiment m'accueillir en invité ? »

- « Gibbs, si je n'en avais pas envie, je te l'aurais dit sans détour » affirma Tony. « Je n'ai plus besoin de jouer un rôle ici, je suis chez moi, je reçois qui je veux et renvoie qui me déçoit sans aucun souci. Je choisis mes amis pour ce qu'ils sont et non ce qu'ils représentent. Je n'ai pas besoin de connaître leur fortune ou leur manque de finances pour les apprécier. »

- « Tu es définitivement un curieux personnage, DiNozzo » dit l'aîné en secouant la tête. « Ta richesse laisserait supposer que tu es devenu imbu de toi-même, que tu es excentrique, exigent, capricieux. J'ai pourtant l'impression que tu n'as pas du tout le comportement vaniteux d'un milliardaire.»

- « L'influence de Nonna, je suppose » murmura l'italien. « Elle était stricte et m'a appris que l'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue et améliore l'existence mais on peut être heureux sans pour autant disposer d'une fortune. Mes arrières grands-parents étaient presque des paysans en Italie, ils ont trimé dur pour acquérir quelques hectares de terre, ils ont planté des vignes et sont devenus les propriétaires d'un vignoble réputé. Ils sont partis de rien et ont sué sang et eau pour donner à leurs enfants une éducation honnête. Je suis issu du peuple, du moins du côté paternel. »

- « Et du côté maternel ? »

- « C'est tout l'opposé mais je n'ai pas envie de discuter de ça ce soir » plaida presque Tony.

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Sans effort, les deux hommes discutèrent donc de tout et de rien, de quelques enquêtes que l'équipe avait gérées et Gibbs essaya d'éviter de mentionner ses subordonnés en restant dans les généralités. Tony lui narra quelques anecdotes amusantes, insolites ou cocasses et ils rirent à plusieurs reprises. Puis, le silence suivit sa dernière remarque et Tony étouffa bientôt un bâillement discret. Gibbs réalisa qu'il était presque une heure et que le jeune homme s'était levé tôt. Il allait lui être difficile de se reposer mais il devait laisser l'italien dormir quelques heures.

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Il se levait pour quitter la pièce lorsqu'il posa un dernier regard sur son ancien second. Il sourit avec tendresse lorsqu'il réalisa que Tony s'était endormi, son visage détendu le faisait paraître quelques années plus jeune. Il éteignit la lampe principale mais alluma l'une des lampes de chevet, il tira les couvertures afin de recouvrir le dormeur et reprit son poste sur le lit. Il avait l'occasion inespérée de s'abreuver de quelques images à emporter avec lui à Washington et il était fermement décidé à en profiter.

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Il veilla ainsi durant une bonne heure avant que la fatigue ne le rattrape et il finit par sombrer sans s'en apercevoir. Il bascula lentement sur le côté manquant de peu de s'étaler sur son compagnon. Il grommela, s'étendit de tout son long contre le corps de Tony et soupira d'aise. Il se colla un peu plus près contre la chaleur de l'italien et posa un bras possessif sur la taille du dormeur et une jambe sur celles de Tony.

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Le poids soudain qui pesa sur lui sortit Tony de son sommeil. Il ouvrit un œil pour évaluer la situation et la surprise lui fit ouvrir grand ses yeux. Il faillit bousculer Gibbs mais se retint au dernier moment lorsque son regard s'arrêta sur le visage de l'ancien marine. Les cernes qui marquaient ses yeux lui firent réprimer son geste, il sourit et le plus doucement possible, il rabattit l'une des couvertures afin de le couvrir, le froid pouvait être piquant au petit matin.

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Puis, lentement, il détailla son ancien patron une dernière fois avant de soupirer et d'éteindre la lumière. Il se pelotonna dans le cocon de la couverture et la chaleur dégagée par Gibbs était bienvenue. Il faillit éclater de rire en songeant que si Abby faisait irruption dans la pièce dans quelques heures, elle aurait la plus grande surprise de sa vie.

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Sur cette dernière pensée, il glissa dans le sommeil.

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Ah, quelle fin de chapitre !

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Donc, Abby va-t-elle débarquer à l'improviste ? Nos deux hommes vont-ils enfin explorer leur future relation ?

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Suivez-moi si vous voulez le savoir.

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A bientôt...