Petite explication pour Guest
« Avoir quelqu'un sur ses six heures » est une expression purement militaire traduite de l'américain et qui signifie que l'on assure les arrières de son partenaire, autrement dit que l'on assure sa protection en étant derrière lui.
Voici donc un très long chapitre (8 pages, c'est pour l'heure, le plus long), il sonne la fin de l'enquête et le départ prochain de l'équipe…
Et je vous rappelle que l'enquête n'est qu'accessoire à l'histoire. Je ne développerais pas plus que ce chapitre qui explique suffisamment les choses.
Chapitre 17 : Arrestation
Tandis que son ancienne équipe quittait les locaux, Tony soupira de soulagement. Sentir l'hostilité à peine déguisée de l'israélienne lui avait mis les nerfs à vif. Il n'avait montré aucun signe de dégoût mais il avait eu bien du mal à se contrôler. Et même si McGee avait gardé une attitude neutre, il n'avait pu s'empêcher d'espérer le voir réagir mais c'était sans doute trop lui demander.
A nouveau, il soupira puis respira profondément plusieurs fois pour se calmer avant de décider d'aller voir Abby au labo scientifique. Il avait envie également de saluer quelques connaissances avant de songer à se rendre à l'hôtel. Son gérant serait sans nul doute heureux de voir son patron venir prendre la mesure des conséquences de l'assassinat perpétré dans son établissement.
Il prit donc le chemin du labo enfin calmé et salua de-ci de-là quelques personnes tandis qu'il progressait vers son but. Il donna quelques poignées de main, plaisanta un peu, échangea quelques nouvelles avant de stopper sur le seuil de la pièce qu'il avait appris à connaître au fil des mois. Il sourit en écoutant le technicien discuter vivement avec Abby et constata que les deux jeunes gens semblaient parfaitement s'entendre.
Il s'adossa au chambranle de la porte pour profiter un peu de la dynamique chaleureuse qui régnait entre les deux scientifiques avant d'oser pénétrer plus avant. Henri, le laborantin de service le repéra aussitôt et lui adressa un bref sourire que Tony lui retourna. Abby, qui lui tournait le dos, crut que le jeune homme se moquait et lui assena donc un coup sur le bras. Henri protesta et lui désigna l'italien d'un geste de la main.
« Eh, Tonyboy » lança la gothique avec enthousiasme. « Laisse-moi te présenter Henri Carson, c'est mon équivalent ici. »
Les deux hommes échangèrent un regard avant d'éclater de rire et de se saluer avec quelques gestes compliqués de leurs mains et leurs poings démontrant par là qu'ils avaient coutume d'utiliser ce genre de salut.
« J'ai dit quelque chose de drôle » s'enquit Abby déconcertée par leur attitude.
« Non pas du tout, Miss Abby » la rassura aussitôt Henri. « Mais voyez-vous, Tony et moi nous connaissons depuis la première affaire qu'il a résolue quelques semaines après son arrivée ici » révéla le jeune homme.
« Oh ! » s'exclama Abby. « Définitivement curieuse de connaître cette histoire. Allez, racontez-moi donc ce que mon Tonyboy a fait pour mériter votre amitié si rapidement. »
Et, avec quelques détails supplémentaires, Henri raconta sa première rencontre avec l'italien, reprenant par là même les révélations que Tony avaient faites à Gibbs un peu plus tôt.
« Toujours su que tu étais et resterais un flic dans l'âme, même si tu n'exerçais plus ton métier, Tone » remarqua la gothique. « Tu étais trop bon pour ne pas t'impliquer d'une manière ou d'une autre dans quelque chose de similaire » dit-elle étourdiment sans se rendre compte que Tony fronçait les sourcils.
L'italien avait une furieuse envie de bâillonner Abby mais savait qu'en cédant à son impulsion, il risquait de blesser son amie. Aussi, il choisit de tempérer sa colère et de lui faire comprendre de stopper son babillage.
« Abs, merci de préserver un peu ma modestie et de ne pas dévoiler tous mes secrets, s'il te plait » plaida t-il en lui adressant une moue joueuse mais que ses yeux sérieux démentaient.
Abby, à son tour, fronça les sourcils et comprit en un éclair que sa précédente remarque avait sans doute mis l'italien mal à l'aise. Elle s'excusa et entreprit de faire dévier la conversation en entrainant les deux hommes dans une joute verbale incessante durant une bonne demi-heure. Puis Tony décida de les quitter pour se rendre à l'hôtel. Il remonta lentement vers la grande salle tout en remerciant le ciel que Henri n'ait pas questionné davantage la gothique sur ses révélations, du moins en sa présence.
Il secoua la tête et poussa la porte qui le ramena dans la salle principale du poste de police. Il avait à peine entrouvert le battant qu'il entendit un brouhaha et quelques jurons avant que la voix de Gibbs ne ramène un peu de calme. Il franchit finalement le seuil pour découvrir un homme menotté à genou sur le sol qui tentait de se débarrasser de la poigne solide de l'ancien marine et deux agents fédéraux, arme au poing, qui assuraient une protection parfaite.
Pourquoi n'ai-je pas eu droit à autant de considération de leur part lorsque j'étais dans l'équipe songea Tony en les voyant faire.
Il attendit que l'ordre règne à nouveau avant d'avancer plus, Gibbs remit leur suspect sur pieds avant de le confier à deux policiers qui le conduisirent vers une salle d'interrogatoire où l'ancien marine allait le questionner. Les deux hommes échangèrent un bref regard et un léger signe de tête vers Tony lui fit comprendre qu'il serait le bienvenu pour y assister, signe auquel le jeune homme répondit par un clin d'œil.
Tony sourit et secoua la tête, il était surprenant que les deux hommes puissent encore communiquer d'un simple geste sans avoir besoin de parler. Il se rappela avec nostalgie que cette capacité qu'ils avaient - de se comprendre d'un regard ou d'un geste, de terminer la phrase de l'autre ou que l'italien anticipe les désirs de Gibbs sans qu'ils ne soient exprimés - avait agacé McGee et David et en son temps, Kate. Aucun des agents ne parvenait à ce degré de compréhension avec l'ancien marine, même Abby ou Ducky ne pouvait rivaliser.
Tandis que Gibbs allait se ravitailler en café, l'italien entreprit de répondre à l'invitation de l'ancien marine et pour se faire, il avait besoin d'une information qu'il s'empressa de trouver.
« Eh, Sullivan » Tony interpella amicalement un policier. « Où avez-vous conduit le suspect de Gibbs ? »
« Salle 2, Tony » le renseigna le flic sans lui expliquer comment s'y rendre. « Tu connais le chemin. »
Le renseignement donné, il prit la direction de la salle entraînant dans son sillage l'équipe du NCIS qui le suivit s'étonnant de constater qu'il connaissait suffisamment les lieux pour s'y diriger sans aide. Il ne prit pas la peine de s'assurer que les agents lui avaient emboiter le pas, il n'était pas charger de les escorter ou de les materner, ils n'étaient plus ses coéquipiers et il n'avait donc aucune raison de leur faciliter la tâche ou de leur accorder son aide.
Ziva échangea un regard avec Tim et serra les lèvres lorsque son collègue haussa juste les épaules sans rien dire. Elle fulminait de constater que l'informaticien ne semblait plus abonder dans son sens lorsqu'il s'agissait de dénigrer l'italien. Et voir la considération et le respect dû à son rang qu'il recevait de la part des policiers lui apprenait que l'italien avait réussi à s'intégrer rapidement ici sans difficulté apparente. Elle maudissait la facilité d'adaptation de son ancien partenaire, toujours capable de se mêler aux autres et de se faire accepter sans problème.
Sa propre attitude éloignait souvent les gens qui ne comprenaient pas ses réactions. Elle n'allait pas au devant des autres, préférant les juger avant de se rapprocher évitant ainsi d'être prise au dépourvu. Elle n'avait jamais su se fier aux apparences et son entraînement ne l'avait pas conforté dans cette option. La méfiance était quelque chose que l'on enseignait et encourageait au sein du Mossad. La confiance était quelque chose qui devait se mériter et s'accorder avec grande prudence.
Pourtant, elle avait tout fait pour que Gibbs lui soit tellement redevable qu'il ne puisse faire autrement que de lui faire confiance, ni douter de sa loyauté. Elle avait atteint le but de sa mission sans se poser de questions, ni remettre en cause les ordres reçus de son père. Elle obéissait aveuglément sans remettre en cause le bien fondé des actions du Mossad. En parfait soldat, elle agissait selon les ordres ; en parfait assassin, elle tuait sans réfléchir.
Elle travaillait souvent en solitaire et rarement avec un partenaire, elle ne savait pas se comporter en partenaire efficace avant d'intégrer le NCIS. Elle avait dû apprendre d'autres comportements qui allaient à l'encontre de l'entraînement reçu depuis son adolescence. Sa foncière indépendance, sa fierté, confiance démesurée en ses propres compétences lui interdisaient de reconnaître ses faiblesses.
Elle sortit de ses pensées lorsque Jameson lui toucha le bras l'invitant à passer devant lui pour pénétrer dans la salle d'observation. Elle constata que DiNozzo et McGee étaient déjà postés devant la glace, chacun d'un côté et tournés vers l'autre salle. Elle les rejoignit et se planta au milieu tandis que le bleu choisit de se tenir entre elle et l'informaticien. Elle redressa les épaules et la tête, ne voulant pas donner l'impression qu'elle était embarrassée par la présence de son ancien collègue.
Tony émit un ricanement en regardant faire la jeune femme du coin de l'œil, il comprenait qu'elle tentait de l'intimider par son attitude et il s'en amusait. Elle n'avait jamais compris qui il était vraiment, croyant avoir à faire à un crétin et un clown plutôt qu'à un agent compétent qui se dissimulait derrière un masque. Il était persuadé qu'elle en savait plus sur lui grâce aux recherches effectuées par le Mossad sur l'équipe mais n'aurait jamais cru qu'elle était aussi loin de le mésestimer.
C'était une force qu'il avait perfectionné tout au long de sa vie, faire croire aux autres ce qu'ils voulaient voir et le sous-estimer était le but qu'il recherchait. Cette capacité qu'il avait de répondre à la vision qu'ils pouvaient avoir de lui, de leur laisser imaginer qu'ils le cernaient en un instant, de leur dire ce qu'ils voulaient entendre était l'un des atouts majeurs qu'il possédait.
Savoir analyser un comportement en quelques secondes lui avait sauvé la vie non seulement en tant que policier mais également lorsqu'il était un enfant. Il avait parfois payé cher cette faculté mais il avait été fier de pouvoir compter sur elle pour le tirer de situations épineuses. C'était grâce à elle qu'il excellait lorsqu'il travaillait sous couverture, il pouvait juger rapidement une situation et y apporter la solution adéquate en un éclair.
Il avait rapidement compris que Ziva ne savait pas comment se comporter au sein d'une équipe, elle était habituel au travail en solo qu'elle préférait. Etre seule décisionnaire de ses actions lui permettait de se croire toute puissante, être son propre chef lui laissait toute latitude pour mener ses missions comme elle l'entendait, libre de toute entrave ou lien qu'un partenaire aurait automatiquement tissé avec elle. Trop indépendante pour se plier à la discipline d'un tandem, elle avait eu du mal à se glisser dans le moule de l'équipe fédérale où chacun comptait sur son partenaire pour le protéger.
La porte de la salle d'interrogatoire s'ouvrit et Gibbs fit son entrée, sortant Tony de ses pensées. Il s'appuya contre le mur, croisant les bras et porta toute son attention sur le duel qui allait se dérouler dans l'autre pièce. Il sourit brièvement et amèrement en constatant qu'il retombait aisément dans les anciennes habitudes de son ex équipe. Il soupira discrètement et se concentra sur la joute qui avait pris place de l'autre côté de la vitre.
Gibbs avait débuté son interrogatoire mais leur suspect ne semblait pas impressionner par l'ancien marine. Il souriait avec arrogance, répondait brièvement aux questions mais ne dévoilait rien. Il se moquait visiblement de l'agent fédéral qui n'avait, pour l'instant, aucune preuve qui puisse l'incriminer du meurtre de Porter. Et apparemment, Prescott l'avait parfaitement compris et jouait sur ce fait. Il était persuadé que rien ne pourrait l'accuser de la mort du marine et il se sentait donc en position avantageuse tandis que son interrogateur s'énervait de ne pouvoir tirer aucune information de lui.
Durant un bon quart d'heure, Gibbs s'escrima à tenter de faire parler l'homme assis devant lui et qui prenait un malin plaisir à le ridiculiser. Il enrageait de ne pouvoir lui soutirer une confession, des aveux spontanés leur permettraient de conclure l'enquête et de le libérer de son équipe. Il voulait ardemment pouvoir classer le dossier, rendre justice au marine et à sa famille, disposer ainsi de quelques jours pour renforcer sa nouvelle connexion avec Tony. Et ce crétin en face de lui allait ruiner tous ses efforts.
Il n'allait pas laisser un parfait idiot lui gâcher ses espoirs parce que les indices ne l'impliquaient pas dans le meurtre de Porter et qu'il ne parvenait pas à lui faire cracher ses aveux. Il allait le laisser mariner quelques heures avant de revenir à la charge et terminer par le coincer. Gibbs n'était pas d'humeur à compromettre ses plans parce qu'un suspect ne voulait pas vider son sac. Il finit par prendre la décision de laisser quelqu'un d'autre secouer suffisamment leur assassin présumé pour le déstabiliser.
L'ancien marine replaça les divers feuillets dans le dossier, recula sa chaise et se leva. Il jeta un dernier regard à Prescott avant de se diriger vers la porte qu'il ouvrit, franchit et referma calmement. Il soupira avant de se diriger vers la salle d'observation où il savait trouver son équipe et surtout son ancien bras droit si Tony avait compris le message qu'il lui avait adressé, ce dont il ne doutait pas. Il pénétra dans la petite pièce et fut déçu de constater que Tony n'était pas présent.
Il entreprit donc de discuter de leurs options avec ses agents, envoya McGee au labo pour recueillir les résultats des dernières analyses en cours. Jameson fut dépêché auprès du légiste pour obtenir d'éventuelles informations complémentaires. Quant à l'israélienne, elle était sa dernière carte, celle qui pourrait amener Prescott à décider de se confesser. Il devait cependant lui faire comprendre que l'intimidation était sa seule option, aucune menace physique ne pouvait être utilisée.
Les deux agents s'entretenaient de la stratégie à utiliser lorsque, du coin de l'œil, Gibbs aperçut du mouvement dans la pièce voisine. Il tourna la tête et comprit rapidement ce qui allait prendre place entre Prescott et l'homme qui venait de s'installer sur la chaise libre face à lui. Il n'avait pas songé qu'il avait une meilleure carte en main que celle à laquelle il avait d'abord songé. Sans doute aurait-il plus de chance de laisser ce nouvel élément intervenir que de l'interdire !
Ziva avait capté elle aussi le mouvement et pivota pour regarder ce qui se passait. Elle ouvrit grand les yeux en voyant l'homme qui avait osé prendre la place qu'elle devait occuper quelques minutes plus tard. Elle fulminait de constater l'impudence qu'il démontrait en marchant sur ses plates bandes. Il avait l'outrecuidance de la reléguer au rôle peu enviable de spectatrice au lieu de celui valorisant d'actrice. Elle décida de formuler son mécontentement sur le champ.
« Gibbs, que fait-il là, il n'a pas sa place dans cette salle » gronda t-elle d'une voix sourde. « Comment pouvez-vous le laisser interférer dans notre enquête de cette façon, il n'a aucune autorité pour interroger un suspect » rappela t-elle fort à propos à son patron.
Gibbs la regarda en esquissant un sourire moqueur.
« DiNozzo n'interroge pas notre suspect, Ziva » la contredit-il. « Il ne fait que l'interviewer, une discussion à bâtons rompus comme tant d'autres qu'il a menées au cours de sa carrière. Des meurtriers tellement peu habitués à une attitude amicale qu'ils ont fini par s'épancher sans méfiance et avoué sans s'en rendre compte. C'est ici aussi sans doute notre meilleure chance d'obtenir une confession. »
« J'aurai pu le faire parler tout aussi facilement, lui montrer les possibles conséquences de son silence l'aurait sans doute décidé à avouer » affirma t-elle avec conviction.
« Ziva, parfois il vaut mieux faire preuve de sagesse et tenter une approche différente afin d'obtenir les résultats souhaités. La manière forte ne marche pas avec Prescott, peut-être que l'effet contraire sera plus bénéfique » expliqua l'ancien marine qui n'avait qu'une envie, celle de secouer la jeune femme.
« Et il n'y a que lui pour agir comme vous le souhaitez, Gibbs ? » grogna t-elle, désapprobatrice. « McGee aurait pu le faire plutôt que lui » ajouta t-elle en pointant un doigt vers la vitre.
Gibbs secoua la tête, désespéré de constater que l'israélienne vouait une hargne immense envers Tony. Sans doute la déconvenue d'avoir été repoussée était-elle une blessure encore à vif pour la jeune femme et elle avait malheureusement la rancune tenace. Et maintenant qu'elle avait retrouvé l'italien, elle pourrait sans doute lui faire payer ce qu'elle considérait comme une offense majeure pour elle.
« McGee n'aurait pas su contenir Prescott » répliqua Gibbs d'un ton ferme. « Il aurait tenté de le faire parler en l'interrogeant comme vous et moi l'aurions fait. Il n'a pas la capacité de définir ses propres méthodes pour faire parler les suspects, il a simplement calqué les nôtres sans se poser de questions parce qu'il estime qu'elles marchent. Il ne sait pas juger ses adversaires avec efficacité et en conséquence, il met en place des actions qui lui paraissent convenir la plupart du temps. DiNozzo a plus de souplesse dans ses propres procédés, ses années d'expérience de flic l'ont confronté à tant d'individus différents qu'il a affiné ses pratiques, il sait juger d'une situation en quelques secondes et s'adapte en conséquence. Son charme est un autre atout qui lui permet d'obtenir ce qu'il veut de ses interlocuteurs bien mieux que n'importe quoi d'autre. »
« Je maintiens que ce n'est pas la place d'un ancien agent, il n'a pas à outrepasser nos prérogatives » contra t-elle son chef. « Vous auriez dû me laisser y aller ou au moins Tim, il aurait pu le déstabiliser pour que je prenne le relais. »
McGee était revenu du labo et avait une entrée discrète dans la pièce, la jeune femme toute à sa diatribe ne l'avait pas remarqué mais il soupçonnait son patron de l'avoir vu. Tim savait que ce que Gibbs tentait de faire comprendre à sa collègue était la pure vérité. Il n'avait jamais pu mener un interrogatoire comme l'ancien marine ou Ziva et il ne savait pas faire parler suspects ou témoins comme Tony savait le faire.
Il avait bien sûr essayé cette tactique mais, même s'il savait couché des mots sur le papier, il ne savait pas les manipuler comme l'italien qui pouvait discourir sur tout et n'importe quoi avec tant de facilité. C'était cette faculté qu'il lui enviait le plus, les mots semblaient sortir de sa bouche avec tant d'aisance que ca paraissait être naturel chez lui.
Il savait qu'il devait ajouter ses commentaires à ceux de Gibbs s'il voulait que Ziva cesse de dénigrer ce que Tony faisait, il ne pourrait pas parvenir à renouer avec son ami s'il laissait la jeune femme continuellement attaquer l'italien et ne rien faire pour l'arrêter. Il s'avança donc et bravement, tendit le bras et posa une main sur le bras de l'israélienne pour attirer son attention tout en restant à quelques pas autant qu'il le pouvait.
« Ziva, le boss a raison » attaqua t–il aussitôt, rentrant dans le vif du sujet. « Je ne serais pas capable de tirer les vers du nez de Prescott et encore moins de l'intimider suffisamment pour le déstabiliser. Tony sait ce qu'il fait, il l'a toujours su et tu devrais le reconnaître, ses interviews ont souvent fait basculé nos enquêtes alors que nous n'arrivions à rien. Il peut badiner tout en sachant qu'il obtiendra ce qu'il veut. Je ne sais pas simplement discuter, je sais plus interroger comme toi et Gibbs parce que c'est ce que j'ai appris à faire en vous observant. Mais j'ai eu beau étudier les méthodes de Tony, je n'ai pas sa capacité à utiliser les mots comme lui. Je t'en prie, laisse Tony tenter sa chance et s'il ne parvient pas à un résultat concluant, tu pourras prendre sa suite, ok ? »
Ziva avait prêté attention au discours de McGee sans l'interrompre parce qu'elle savait qu'il fallait qu'elle le laisse parler pour réfuter ses arguments. Pourtant, la ferme réponse de l'informaticien et son discours fluide sans bégaiement attestaient que ses propos étaient pour lui d'une grande importance. Elle avait au moins appris à reconnaître que Tim parlait sans problème lorsque le sujet était primordial pour lui et savait alors se mesurer à tout interlocuteur qui lui faisait face.
Il était temps pour elle de cesser de nier l'évidence si deux de ses collègues étaient contre elle. Sans doute aurait-elle le loisir de démolir l'italien à une autre occasion avant leur départ. Elle n'aurait de cesse de lui faire payer sa déconvenue qui la privait de son rêve de s'émanciper de la tutelle à la fois de son père et du Mossad. Elle soupira et releva la tête, jeta un regard vers la pièce avant de finalement se résigner.
« Très bien, je me range à votre avis mais je désapprouve quand même votre décision, Gibbs et ce sera noté dans mon rapport » avertit-elle son supérieur.
« Dûment noté, Officier David » conclut Gibbs avant de se poster devant la vitre.
Il avait hâte de voir, ou plutôt revoir, Tony à l'œuvre. Dès le premier jour où il avait été le témoin d'un face à face entre l'italien et un suspect puis un témoin, il avait été fasciné par la façon dont le jeune homme parvenait à obtenir des aveux ou des informations de ses interlocuteurs. C'est pourquoi dans certaines affaires, il avait choisi de laisser à son bras droit toute latitude pour mener les interviews plutôt que des interrogatoires qui n'auraient donné aucun résultat.
Il fut heureux de constater que, durant son altercation avec Ziva, les deux hommes n'avaient fait que s'observer au grand dam de Prescott qui devait se demander ce que l'homme assis devant lui pouvait bien lui vouloir. Soudain, Tony prit une position que Gibbs connaissait bien et qui augurait de sa décision d'entamer la discussion. Les coudes sur la table, les poings pressés de chaque côté de son visage, Tony planta son regard dans celui de son vis-à-vis.
« Vous êtes l'ami de Marla Bricks, n'est ce pas ? » lança t-il d'une voix nonchalante.
« Ouais » répliqua Prescott. « Et vous êtes qui ? » voulut-il savoir.
« Oh, désolé ! Où sont mes manières » dit Tony d'un ton navré. « Je suis Anthony Paddington, le patron de l'hôtel des Glycines » se présenta t-il en tendant la main.
« Ah, le gars qui a racheté l'hôtel » remarqua Sam qui se redressa un peu. « Marla ne dit que du bien de vous, elle a cessé de trembler à l'idée d'aller bosser là-bas lorsqu'elle a accepté ce nouveau contrat de travail avec l'agence. L'autre connard de proprio a tenté de la mettre dans son lit à plusieurs reprises. Mal lui en a pris d'ailleurs » gloussa t-il.
« Oh ! » s'étonna Tony à la perfection. « C'est vous qui l'avez envoyé à l'hôpital ? »
« N'a eu que ce qu'il méritait. Il n'avait pas à harceler ainsi ma gonzesse, personne ne touche ce qui m'appartient » grogna l'homme.
« Sûr que le battre comme plâtre a dû lui servir de leçon » approuva Tony allant dans son sens. « Il n'a pas fait de difficulté à vendre son affaire après cet… incident. Et les autres femmes de chambre ont été reconnaissantes à son assaillant, sans savoir qui il était. »
« Pas besoin de publicité, je voulais protéger ma meuf et rien d'autre » concéda Sam d'un ton ferme.
« Je suis certain pourtant que plus d'une aurait aimé vous remercier personnellement pour votre action » lui dit Tony d'un ton convaincant. « Je devrais les informer de votre exploit, je suis persuadé qu'elles vous prouveraient leur reconnaissance. »
« Dites, c'est tout ce que vous savez dire » ironisa Prescott.
« Non, à vrai dire, je souhaitais savoir si quelqu'un d'autre avait osé porter la main sur Marla récemment » demanda l'italien.
« Je vous l'ai déjà dit, personne ne moleste ce qui m'appartient » aboya Sam.
« Donc, les marques sur les bras de Marla… »
« Je suis le maître à la maison et elle doit m'obéir ou accepter sa punition » le coupa l'homme.
« Oh, vous êtes du genre à vous affirmer devant plus faible que vous, c'est bien ça » le titilla Tony. « Un vrai macho à la maison, un homme qui doit se faire respecter. »
« C'est ça, je suis pas du genre à me laisser marcher dessus » lança Prescott avec véhémence.
« Et vous aimez frapper à mains nues, histoire de sentir que vos coups portent, je présume » dit tranquillement Tony en montrant les doigts de son interlocuteur.
« Ouais, c'est plus jouissif que de prendre une batte de base-ball ou un tuyau » ricana t-il en grimaçant.
« Vous êtes-vous déjà mesuré à un homme plus fort que vous ? Non, j'imagine que vous préférez affronter quelqu'un qui ne sait pas se défendre, vous avez l'impression alors d'être tout puissant. C'est tellement plus rassurant » affirma Tony avec conviction comme s'il connaissait cette sensation.
« Eh, je suis pas un lâche, j'ai déjà combattu un mec bien plus entraîné que moi et je l'ai démoli » se vanta aussitôt Prescott.
« Ah oui ! » dit Tony, le doute transparaissant clairement dans sa voix.
« Ouais et c'était pas n'importe qui, vous pouvez me croire »
« Sans doute un junkie » ironisa l'italien.
Dans la pièce d'observation, Gibbs savourait l'aparté entre les deux hommes avec délectation. Tony amenait tranquillement Prescott vers le but qu'il voulait, lui faire avouer qu'il avait battu Porter. Il jeta un regard à McGee, puis à Jameson qui était revenu depuis quelques minutes et enfin à Ziva. Les réactions étaient variées, celle de l'informaticien était l'admiration, celle de Jameson à la fois de la curiosité et de l'incrédulité, celle de Ziva clairement de la jalousie.
Gibbs secoua la tête, il n'en revenait pas que ses subordonnés aient autant manqué de clairvoyance au sujet de l'italien. A vrai dire, l'israélienne avait eu peu d'occasions de le voir en action mais McGee avait assisté à plusieurs interviews de Tony et avait donc déjà eu un aperçu de ses compétences en la matière. Quant à Jameson, ayant intégré l'équipe après le départ de Tony, il assistait là à sa première et sans doute dernière occasion de le voir à l'œuvre.
Quant à lui, il se réjouissait de constater que son ancien bras droit n'avait rien perdu de sa faculté de faire parler les plus récalcitrants. Il avait toujours su que ses propres méthodes et celles de Tony étaient complémentaires, l'un interrogeait et l'autre interviewait. Chacun employait une méthode différente mais qui aboutissait aux mêmes résultats : obtenir informations ou aveux. Les deux hommes formaient une équipe formidable du temps où ils travaillaient en duo après le départ de Blackadder et avant l'arrivée de Kate Todd.
Il se rappelait parfaitement que plus d'un chef d'équipe lui avait emprunté Tony pour leurs propres affaires lorsqu'ils ne parvenaient pas à soutirer les renseignements qu'ils souhaitaient. Il avait aussi assisté aux facéties de l'italien lorsqu'il se faisait passer pour un témoin ou un suspect dans l'évidente intention de mettre leur interlocuteur à l'aise. Et combien de fois n'avait-il pas entendu les autres leaders souhaiter pouvoir compter un agent de l'acabit de l'italien dans leur équipe ou tenter de lui ravir son bras droit ? Il ne les avait jamais compté mais il lui avait fallu plusieurs mois pour parvenir à les dissuader d'arrêter d'harasser Tony.
Il reporta son attention vers la discussion lorsque McGee laissa entendre un ricanement. Prescott commençait à se confier et il voulait assister à sa totale défaite lorsqu'il lâcherait son aveu.
Tony savait que Gibbs lui faisait confiance pour l'avoir laissé pénétrer et surtout parler avec Prescott. L'italien avait compris que la méthode Gibbs ne fonctionnerait pas et que celle de Ziva ne ferait que renforcer la méfiance de leur suspect. McGee n'avait pas la carrure nécessaire pour se mesurer à lui. Mais… il était là et il pouvait intervenir. Flatter suffisamment l'homme orgueilleux que Prescott semblait être pour l'amener à dévoiler son jeu et surtout, obtenir ses aveux. Il savait qu'il pouvait encore le faire, il avait toujours été bon à ce jeu et Gibbs ne pouvait pas le nier.
Il savait également que David et McGee seraient trop contents de le voir se planter mais que le jeune homme lui accorderait un peu de crédit, en tout cas, bien plus que Ziva qui le mésestimait par trop. Elle allait sans doute plaider sa cause pour obliger Gibbs à lui permettre de venir 'secouer' un peu leur suspect. Connaissant son ancien patron, l'italien savait qu'il aurait la préséance devant Ziva et qu'il ne devait pas se planter sous peine de ressortir de la pièce sous les sarcasmes de l'israélienne.
Il laissa donc sa dernière question être plus qu'une supposition mais plutôt une insulte que Prescott s'empresserait de rectifier. Il sourit intérieurement lorsqu'il vit l'homme froncer les sourcils et se morde les lèvres. Intense débat intérieur : devait-il laisser l'italien croire qu'il était un lâche ou lui avouer son forfait ? La colère envahit son visage lorsqu'il prit la décision de rabattre le caquet de son vis-à-vis. Personne ne pouvait le traiter de couard, pas même cet homme si puissant.
« C'était pas un junkie, vous pouvez me croire » s'exclama Prescott avec force. « Il était baraqué, il savait se battre, c'est sûr, c'était pas le premier péquenot venu. »
« Un boxeur de seconde zone » le titilla Tony.
« Non, j'en aurais fait une bouchée en deux coups » s'indigna Sam.
« Alors j'avoue que je ne vois pas, je donne ma langue au chat. Qui était donc votre adversaire ? » capitula Tony d'un ton intéressé.
« C'était un bon sang de marine, un foutu connard qui se prétendait l'ami de Marla mais qui voulait simplement me piquer ma gonzesse. Je lui ai appris qu'on ne me volait pas ce qui était à moi » s'écria Prescott qui s'énervait rien que de repenser à cette idée.
« Et vous l'avez boxé ? »
« Non, je l'ai attrapé par derrière sans lui laisser une chance de se défiler et je lui ai passé mon bras autour du cou. Puis j'ai serré de toutes mes forces jusqu'à ce que son corps faiblisse. C'était incroyable de savoir qu'un mec comme lui, qui avait appris à combattre, se laisse surprendre comme ça et se retrouve à tenter de m'échapper. Mais je trimballe des quartiers de viande tous les jours et mes bras sont musclés, bien plus que ce que les gens croient. Je pourrais soulever une voiture sans effort durant quelques minutes et lui faire faire un tour complet. »
« Si vous l'avez étranglé, avec qui vous êtes-vous battu pour avoir les doigts écorchés ? » demanda malgré tout Tony.
« Oh, ça, c'est mon entraînement quotidien avec un quartier de viande, ça maintient en forme » dit-il en haussant les épaules.
Gibbs n'attendit pas plus longtemps pour mettre l'homme en état d'arrestation, il pivota, lança un regard moqueur à Ziva avant de faire signe à McGee de le suivre. Les deux hommes se dirigèrent rapidement vers la salle d'interrogatoire pour procéder à la mise aux arrêts de Prescott. L'homme bondit sur sa chaise lorsque la porte s'ouvrit et que l'ancien marine pénétra dans la pièce. Il fronça les sourcils se demandant ce qui se passait.
Lorsque Gibbs le remit sur pied et lui apprit son arrestation, Prescott tenta vainement de se débattre mais la poigne de Gibbs était trop solide pour lui. Il jeta un regard haineux vers Tony et manifesta sa colère.
« Espèce de salopard, vous m'avez bien eu avec vos airs de sympathie. Vous êtes… » s'étrangla t-il incapable de trouver une insulte valable.
« McGee, allez me mettre cet animal en cage » commanda Gibbs.
L'ancien marine se tourna ensuite vers Tony, les regards se croisèrent, la fierté dans celui de Gibbs et la satisfaction dans celui de Tony.
« Bravo, Tony, toujours aussi efficace » ajouta quand même Jethro lorsqu'il se rendit compte que Jameson et David étaient postés à l'entrée de la salle.
« Heureux de constater que j'ai pas perdu mon doigté » plaisanta l'italien tout en esquissant une grimace.
Le jeune homme se leva, suivit Gibbs qui se dirigeait vers la porte, le doubla et passa devant l'israélienne sans s'arrêter, fit un clin d'œil à Jameson qui ouvrit la bouche d'étonnement et poursuivit son chemin vers la salle principale du poste. Lorsqu'il poussa le battant, il sentit la main de Gibbs se poser sur son épaule et la serrer un bref instant avant qu'elle ne disparaisse. Il sourit sachant que c'était la façon de l'ancien marine de lui dire qu'il était fier de lui.
Pas besoin de mots quand les actes parlaient d'eux-mêmes.
Que réserve donc le prochain chapitre ? Le départ ou… autre chose. Pour le savoir, suivez-moi donc dans quelques jours.
Et à vos claviers pour vos commentaires qui m'encouragent à poursuivre l'écriture.
A bientôt
