« Ah, enfin un nouveau chapitre », c'est certainement votre réflexion et je la comprends tout à fait.

Malgré toute ma bonne volonté, il m'arrive - comme pour certains auteurs - de buter sur ce que nous appelons 'la page blanche'. Une partie de ce chapitre m'a causé quelques soucis dans la mesure où je ne voulais rien précipiter entre nos deux hommes mais vous faire savoir quand même où allait le mener cette aventure. J'espère vous en avoir donner un avant goût.

En réponse au com de Dinozzo-Ncis :

Si Ziva est si vindicative envers Tony, c'est qu'elle a vu ses plans contrariés, elle voulait épouser notre italien (je l'explique dans un chapitre précédent).

Quant à la mention de cet entrainement spécial, lis bien ce chapitre, il donne quelques éléments de réponse qui seront développés plus tard dans l'histoire.

Bonne lecture et n'hésitez pas à commenter.

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Chapitre 19 : Satisfaction

Lorsque Gibbs planta McGee sans autre forme de procès, il ruminait furieusement mais cependant, il avait eu la satisfaction de lui dire quelques vérités qui, il l'espérait, pousserait son agent à méditer sur ses erreurs. Il était évident que Tim avait mésestimé l'italien, celui qui avait fait de l'informaticien peu sûr de lui un bon agent même s'il n'avait pas et n'aurait sans doute jamais les compétences de Tony. McGee était trop fier de ses capacités et comptait par trop sur ses prouesses avec les nouvelles technologies.

Il ne savait pas réfléchir et voir au-delà des informations qu'il avait trouvées grâce à son ordinateur. Il n'avait pas la même vision des enquêtes que l'italien avait pu avoir, sans doute parce que l'homme avait d'abord été un flic compétent et chevronné et ce, deux ans à peine après avoir obtenu son diplôme de policier.

DiNozzo avait eu, très tôt d'après ses différents patrons et partenaires, des enquêtes qui avaient atterri sur son bureau parce que personne ne voulait ou ne pouvait s'en occuper. Il avait passé des heures, des jours et des nuits à fouiller, à fouiner tel un chien, à vérifier et revérifier ses théories avant de les présenter à ses chefs. Et si certains d'entre eux avaient été septiques quant à ses hypothèses, ils avaient appris bien vite à les examiner avec attention lorsqu'elles s'avéraient exactes.

Les distinctions et médailles que le jeune policier avaient reçues au cours de ses courtes années dans les forces de police étaient incontestablement méritées et il enrageait encore aujourd'hui de constater que l'italien n'en avait jamais fait aucune mention ou ne s'en était jamais vanté devant ses collègues. Seule Abby, qui avait procédé à une recherche sur son parcours professionnel pour lui avant qu'il ne songe à lui proposer le poste de second de son équipe, connaissait ce détail.

Mais lorsque Abby avait estimé que Kate et Tim devaient le savoir, il avait entendu Tony lui interdire de le leur révéler précisant qu'ils devaient se faire leur propre opinion à son sujet. De même, lorsque Ziva avait intégré l'équipe, elle s'était vantée d'avoir un dossier sur chaque membre de l'équipe, elle en avait énuméré le résumé mais sans mentionner toutes les distinctions qu'il avait reçues. N'y croyait-elle pas ou voulait-elle les minimiser ? Et là encore, Tony avait refusé de dévoiler leur importance.

Il secoua la tête réalisant soudain que même le génie de l'informatique qu'était McGee n'avait jamais franchi le cap de consulter le dossier personnel de Tony. Il avait simplement forgé son opinion uniquement sur l'attitude de l'italien et s'était contenté des quelques informations qu'il distillait ici et là. Il s'était laissé aveugler par la facilité, il avait été bluffé par l'italien sans même sans rendre compte et aujourd'hui, il ne voulait pas reconnaître qu'il s'était mépris totalement sur celui qui avait été son instructeur, son mentor et son ami.

Il soupira, lui aussi - dans une certaine mesure - avait négligé de tenir compte de certaines composantes de la personnalité de son second. Il était si prudent dans ses relations avec les autres depuis la disparition de sa femme et de sa fille - et ses trois divorces n'avaient fait qu'aggravé cette tendance - qu'il n'avait pas forcé l'italien à lui parler de son passé, à lui expliquer les raisons de ce jeu qu'il jouait, un jeu qui consistait à induire ses interlocuteurs en erreur à son sujet. La seule explication qu'il reçut un jour où il lui avait reproché de tromper un témoin devenu par la suite un suspect est que plus les gens le sous-estimaient, plus il avait de chances d'obtenir des informations.

Et Tony l'avait regardé, un sourire ironique bien visible sur le visage. Il lui avait renvoyé que lui, l'ancien marine, était un handicapé de la parole et que cette attitude cachait certainement aussi quelque chose et que, dans la mesure où il ne voulait pas en parler, il n'avait aucune raison valable de le forcer à s'expliquer. Ce fut ainsi la seule fois où Gibbs chercha à comprendre ce que cachait son agent.

Et il avait choisi finalement de ne pas approfondir plus la question en demandant à Abby des recherches plus poussées sur le passé de son bras droit et notamment sur son enfance et son adolescence. Les grandes lignes obtenues lors de son enquête précédant son embauche lui avaient à l'époque été suffisantes parce qu'elles montraient qu'il était intègre, compétent, loyal, obstiné et c'était tout ce qui lui avait importé pour lui proposer un poste.

Ses réflexions stoppèrent lorsqu'il se rendit compte qu'il était revenu vers la maison et que l'heure avançait, il avait envie de prendre une bonne douche avant de rejoindre ses compagnons pour le dîner. Il rentra, salua Ducky qui sortait de la cuisine avec un plateau de boissons, lui annonça - sans s'arrêter - qu'il montait et s'élança dans l'escalier. Il gagna sa chambre mais, malgré lui, son pas ralentit lorsqu'il passa devant celle de Tony. Il savait que le jeune homme était toujours dans l'écurie, pourtant, il avait une furieuse envie de pousser la porte et de s'asseoir sur le lit, d'attendre son retour et de savourer sa présence quelques instants avant de se préparer pour le repas.

Comme précédemment, il soupira et se dirigea vers sa chambre, le cœur lourd. Il réalisa soudain, en passant la porte, que ces quelques jours l'avaient entendu soupirer trop souvent, soupirer pour ce qu'il savait vouloir changer sans savoir s'il pourrait le modifier, soupirer pour ce qu'il espérait obtenir sans savoir s'il pourrait l'emporter. Il secoua la tête d'exaspération, seul DiNozzo pouvait l'obliger à revoir ses propres opinions et convictions. Il allait devoir définitivement se remettre en question afin de conquérir l'élu de son cœur. Et la bataille risquait d'être rude mais la victoire n'en serait que plus gratifiante… du moins l'espérait-il.

Tandis que l'ancien marine vaquait à ses ablutions, Tony musardait encore dans l'écurie. Son entrevue avec McGee l'avait presque écœuré tant son ancien collègue avait cherché à obtenir son pardon pour sa propre tranquillité d'esprit et non celle de l'italien. Et il avait résisté à l'envie de lui envoyer son poing à la figure, il lui avait fallu toute sa maîtrise de soi pour éviter que la discussion ne tourne au pugilat. L'outrecuidance de l'informaticien était par trop énervante, il se prenait parfois bien trop au sérieux.

Oh, Tony connaissait le grand rêve de McGee : devenir le directeur du NCIS ou de toute autre agence gouvernementale et ce, avant l'âge de 40 ans. Il savait que l'informaticien pensait réussir cet exploit, après tout, Shepard était un ancien agent elle-même avant de devenir la directrice. Donc, selon la logique de McGee, il était tout à fait probable qu'il puisse lui aussi devenir directeur. Il avait simplement oublié qu'il avait commencé sa propre carrière à un âge plus avancé que celui de la directrice et qu'il était encore un peu trop 'vert' ou 'bleu' selon les avis.

Il sourit tout seul à son jeu de mots, il avait tellement souvent appelé son collègue 'le bleu' lorsqu'il s'était joint à leur équipe. Il soupira, s'il avait réfléchi un peu plus, il aurait certainement refusé de l'intégrer à leur trio d'agents, Gibbs n'était pas enthousiaste à l'époque pour l'adjoindre à ses deux subordonnés. Peut être aurait-il dû y songer un peu plus et étudier mieux le comportement de l'informaticien. Il avait déjà décelé une grande propension à lui jeter à la figure ses deux diplômes si prestigieux selon lui, bien plus que celui qu'il avait en Education Physique.

Il n'avait jamais expliqué à McGee que son diplôme exigeait des connaissances dans plus d'un domaine et qu'il aurait pu devenir professeur ou entraîneur professionnel. Il connaissait le corps humain aussi bien que Ducky, il savait soigné des blessures bénignes, stoppé des hémorragies, remis une épaule démise en place, réduit une fracture, fait des massages et tant d'autres choses encore. Il n'était pas l'ignorant que le jeune geek pensait qu'il était.

De même, et comme il l'avait laissé sous entendre plus tôt à Gibbs, il pourrait rivaliser avec David sur un tapis. Il savait se battre à mains nues aussi bien qu'elle, même si ses techniques différaient, les arts martiaux qu'il avait pratiqués n'avaient rien en commun avec les siens mais n'en étaient pas moins efficaces. Et il avait été un élève doué dans ce domaine comme dans celui des armes. RIMA lui avait permis de s'évader de l'atmosphère pesante du domicile familial et il avait accepté le programme spécial réservé aux étudiants présentant des dispositions naturelles dans certaines disciplines. Et sans fausse modestie, Tony excellait dans le sport, les armes, la tactique, les premiers soins, la comédie.

Il sourit en songeant que cette dernière lui avait permis d'être excellent dans les missions sous couverture qu'il avait assurées durant toutes ses années au sein de son unité spéciale et dans les différents postes de police qu'il avait fréquentés ainsi qu'au NCIS. Il pouvait s'enorgueillir d'avoir su mener à terme chacune des missions confiées par ses supérieurs. A tel point que le FBI et la CIA avaient cherché à le recruter bien avant que Gibbs ne tente sa chance. Il avait travaillé avec un collègue de Fornell juste après avoir quitté Philly et avant d'infiltrer le clan Macaluso et de démanteler l'organisation mafieuse.

Ah, c'était le bon temps même si risquer sa vie tous les jours était une gageure et qu'il avait passé bien des semaines dans un lit d'hôpital. Il ignorait pourquoi mais il avait fréquenté ces établissements plus souvent lorsqu'il était flic ou fédéral que durant les quelques années passées dans l'armée. Et il ne comptait pas les séjours effectués lorsqu'il était enfant et que son père l'avait tellement tabassé qu'il était en piteux état. Pas étonnant qu'il les détestait autant.

Il soupira et secoua la tête pour chasser les souvenirs qui menaçaient de revenir en force et de gâcher le séjour de ses amis. McGee avait bien failli mettre un terme prématuré à ses quelques jours de retrouvailles inespérées. Il n'avait pas l'intention de laisser le jeune homme gagner la manche, il entendait bien profiter au maximum de la présence de ses amis avant leur retour pour la capitale. Il savait bien que celui-ci était imminent maintenant que l'enquête était résolue.

Malgré tout, il avait le pressentiment que le voyage serait quelque peu décalé, la météo était changeante à cette période de l'année et un orage semblait se préparer à s'abattre sur la ville. Il était venu dans l'écurie pour rassurer les chevaux et leur nervosité était un bon indicateur de changement brutal de temps. Il fallait songer à les surveiller cette nuit pour éviter qu'ils ne soient trop effrayés et ne se blessent en tentant de s'échapper. Il allait devoir suivre les informations météorologiques de très près.

Il refit lentement le chemin inverse, jetant un œil à chaque stalle avant d'ouvrir le lourd battant et de sortir de l'écurie. Le ciel était couvert et gris, l'air était déjà chargé d'électricité présageant un orage. Il se hâta de regagner la maison, il restait quelques heures avant le déluge. Il gagna rapidement la cuisine, donna congé à la gouvernante avec instructions de regagner immédiatement son domicile. Il rejoignit Abby et Ducky dans le salon et s'étonna de l'absence de Gibbs.

« Eh, vous deux, vous allez bien ? » s'enquit-il en s'installant sur le canapé aux côtés de la gothique.

« Oui, Tony, ca va » répondit Abby en lui souriant. « Tout va bien pour les chevaux ? Tu leur as fait une visite prolongée » remarqua t-elle.

« Ils vont bien mais ils sont nerveux, l'approche de l'orage leur fait cet effet » indiqua t-il.

« L'orage ! » s'étonna Ducky. « Il va sans doute pleuvoir mais un orage est pour le moins improbable. »

« Du tout, Ducky, c'est la période » l'informa l'italien. « La pluie va bientôt tomber, le vent va se lever puis l'orage grondera. C'est un sacré spectacle à voir lorsque les éclairs illuminent le ciel. Il va falloir songer à prendre nos précautions, le courant risque d'être coupé. Je vais sortir les lampes à pétrole » annonça t-il en se levant.

« Bonne idée, mon garçon » approuva le légiste. « Abigaïl et moi nous joignons à toi pour ces préparatifs » ajouta t-il en suivant Tony.

Tous trois se rendirent dans la cuisine et Tony se dirigea vers une porte donnant accès à une pièce qui servait de garde manger. Les étagères installées de chaque côté étaient remplies de conserves et de bocaux, de produits ménagers et de tout ce qui était indispensable à l'entretien de la maison. Le jeune homme se dirigea vers le fond de la pièce, s'empara de plusieurs lampes et revint sur ses pas. Il tendit deux des lampes à Ducky. Il prit ensuite un bidon de pétrole afin de recharger les lampes si nécessaire.

« Comment ferons-nous pour préparer le repas si l'électricité est coupée ? » demanda le médecin.

« Aucune importance, Ducky, la gazinière est mixte, électrique et gaz » indiqua Tony. « Nous pourrons donc avoir un repas chaud. Ma grand-mère avait le sens pratique et avait songé à ce détail. Mes hommes ont également un modèle semblable, aucun souci pour eux non plus et pour le reste de l'équipe. Et si besoin, il y a une cheminée et du bois au sec. »

« Bien, devons-nous prévoir autre chose ? » demanda Abby.

« Nous allons devoir fermer les volets rapidement avant que le vent nous en empêche » dit Tony qui posa les lampes et indiqua à Ducky de faire de même.

Tony vérifia ensuite le niveau de pétrole des lampes, sortit de petits paquets d'allumettes qu'il plaça à côté. Il entraîna ensuite ses amis vers le salon où Gibbs vint les rejoindre. Il s'avança jusqu'à une fenêtre et scruta le ciel menaçant.

« Le temps se gâte » nota t-il en se tournant vers ses compagnons.

« Oui, l'orage sera là dans quelques heures » lui apprit Tony.

« Un orage ! » s'étonna t-il également tout comme Ducky un peu plus tôt.

« Ils sont fréquents à cette période de l'année et ils sont parfois violents. Celui-ci promet de l'être. Je pense que votre vol de demain matin risque d'être annulé, Gibbs surtout si vous repartez avec un avion militaire. Renseigne-toi à la base avant que la ligne ne soit coupée. Il vaudrait mieux aussi économiser les batteries de vos portables et de vos ordinateurs, les recharger avant que l'électricité ne manque » conseilla l'italien. « Je ne prévois pas de mettre en route le groupe électrogène surtout durant un orage, prenons donc nos dispositions dès maintenant. »

« Ok, je préviens McGee et je joins la base » dit Gibbs en sortant son portable.

« Je vais chercher mon téléphone et mon chargeur » déclara Abby. « Puis-je me permettre de faire de même pour toi, Duckman ? »

« Avec plaisir, ma chère » approuva le légiste. « Le chargeur est dans la table de nuit. »

Abby quitta le salon en courant, elle monta rapidement, pénétra dans la chambre de Ducky, nota qu'elle était en ordre, sourit et se dépêcha de prendre le chargeur. Elle ressortit, se dirigea vers sa propre chambre, s'empara de son portable et de son cordon, sortit et redescendit en chantonnant. Elle reprit la direction du salon où les hommes étaient occupés à fermer les volets, s'assurant qu'ils étaient bien fixés.

Elle brancha son téléphone sur une prise avant de faire de même avec celui que Ducky lui tendait. Gibbs lui remit également le sien avant que Tony ne l'imite. Puis les deux hommes se séparèrent, Gibbs pour s'occuper de la salle à manger et de la cuisine et Tony des autres pièces du rez-de-chaussée. Une fois terminé de sécuriser le bas, ils montèrent à l'étage faire de même. Tony en profita pour se changer avant de redescendre.

Les quatre amis se regroupèrent dans le salon, les lustres étaient allumés et Tony ouvrit un meuble révélant une chaîne HIFI, il alluma l'appareil, choisit un CD qu'il inséra dans le lecteur et une douce musique se fit bientôt entendre.

De la musique classique s'étonna intérieurement Gibbs. Jamais penser que Tony puisse aimer ce genre de musique, il est plutôt jazz d'habitude.

« Un peu de douceur avant que le déluge ne se déchaîne » déclara Tony en refermant le meuble et en reprenant place auprès de la jeune femme.

« Tu as des goûts plutôt larges en musique, DiNozzo » nota l'ancien marine en appuyant sa tête sur le fauteuil dans lequel il était assis, il goutait pleinement la douce musique.

« Du baroque au classique, du jazz au rock, du disco au metal, que sais-je encore, oui, Silverman, Tony a des goûts très, très éclectiques en matière de musique » commenta Abby. « Et c'est tant mieux parce qu'ils matchent les miens et c'est ce qui nous permettait de passer de bons moments en club, n'est ce pas, Tonyboy ? »

« Et contrairement à ce que pouvaient penser Ziva et Timothy, Tony n'est pas ignare en littérature non plus, il est plus intelligent qu'il ne leur a laissé croire et c'est une honte que de tels investigateurs n'aient pas deviné l'homme qui se cachait derrière cette image de clown » grogna Ducky, décidé à vanter les mérites méconnus du jeune homme.

Ducky avait toujours été fasciné par la capacité de Tony de pirouetter d'une personnalité à l'autre, de se conformer aux attentes de ses interlocuteurs en un clin d'œil. Il savait qu'une bonne partie de cette capacité provenait sans doute de sa plus tendre enfance, il fallait de longues années de pratique pour parvenir à un tel degré de facilité dans le changement. Le légiste avait souvent comparé l'italien à un caméléon, il changeait de personnage comme l'animal changeait de couleur pour s'adapter à son environnement.

« Tu es trop indulgent avec moi, Ducky » tenta de le contrer le jeune homme.

« Que neni, tu oublies que je connais parfaitement ton QI, mon jeune ami et qu'il figurait dans ton dossier personnel. Il aurait suffi que Timothy y jette un œil pour le savoir » le contredit le médecin.

« Oui, et tu ne leur as jamais parlé de tes diplômes non plus » s'exclama Abby avec une pointe de colère dans la voix. « Tu ne les as jamais lancés à la figure de Tim lorsqu'il parlait de son master du MIT, c'est vraiment dommage. Peut être aurait-il cessé de te prendre pour un idiot et t'aurait-il respecté un peu plus. »

« Abby, si mes diplômes étaient tout ce qu'il avait fallu pour obtenir le respect de McGee, sa valeur aurait été nulle pour moi. C'était ce que j'étais qui importait, pas ce que j'avais comme diplômes. Et puis, il était tellement fier des siens qu'il aurait été incorrect de mettre les miens en avant, il aurait pensé que je cherchais à l'éclipser » expliqua patiemment le jeune homme à son amie.

« Tu peux être rabat-joie parfois, tu le sais » le taquina la gothique. « Et puis d'abord, deux maîtrises et un doctorat ne sont pas des diplômes au rabais et ils valent bien plus que ceux de Tim » gronda t-elle.

« Assez parlé de tout ça, c'est du passé maintenant » la coupa Tony qui sentait l'intérêt de Gibbs s'aiguisait à chaque nouvelle information. « Il serait l'heure de songer à préparer notre repas, j'ai donné congé à Maria afin qu'elle regagne son domicile sans problème » annonça t-il en se levant.

Les trois autres le suivirent et tous quatre décidèrent du menu après avoir inspecter le contenu du réfrigérateur et du congélateur. Et chacun s'attela à une tache pour finaliser le dîner. Lorsque chaque plat fut prêt, ils transportèrent le tout dans la salle à manger où Abby et Tony s'employèrent à mettre la table tandis que Gibbs s'occupait des boissons et que Ducky décida de changer le CD de musique qui s'était arrêté. Cette fois, le légiste choisit du jazz sans que son choix ne soit discuté.

Bien que l'orage n'était pas encore proche, l'électricité faiblissait parfois sans pour autant s'éteindre totalement. Dès la fin du repas, Abby s'empressa de débrancher les portables et de les éteindre avant de les rendre à leurs propriétaires respectifs. Tony sortit quelques instants de la pièce et revint sans préciser la raison de son absence. Il commença à débarrasser la table avec l'aide de Gibbs, cette fois. Les deux hommes travaillèrent de concert tout en discutant à bâtons rompus avec Abby et Ducky.

Une fois la vaisselle déposée dans la machine, Tony entreprit de préparer café et thé, disposa les tasses sur un plateau avec quelques gourmandises. Gibbs attendit patiemment avec lui que les boissons soient prêtes, s'empara des pots et suivit l'italien dans le salon où il les déposa sur la table avant de s'installer sur le divan auprès de Tony tandis que la jeune femme s'installait de l'autre côté, Ducky prit place dans l'un des fauteuils.

« Partant pour un film ? » demanda soudain Tony.

« Oh, oui, ça me rappellera nos soirées ciné » s'enthousiasma Abby.

« Ducky, Gibbs, ca vous tente ? » questionna le jeune homme.

« Va pour un tour, Tony » acquiesça l'ancien marine. « Mais pas de… »

« Je sais » le coupa l'italien. « Pas de comédie romantique, pas de film d'action spectaculaire, pas de film de guerre, pas d'horreur, pas de science fiction » énuméra t-il au grand amusement du légiste.

« Ben, ca laisse plus grand-chose à voir, Bossman » soupira la gothique.

« Je crois que j'ai ce qui lui conviendra » annonça Tony en se levant.

Il éteignit la chaine HIFI puis farfouilla dans son impressionnante collection de films pour trouver celui qu'il cherchait. Depuis son installation à Dallas, il avait été si occupé qu'il n'avait pas encore eu le temps de classer ses DVD par catégories comme lorsqu'il était à Washington. Il faudrait qu'il songe à le faire un de ses jours. Il ouvrit le boitier, plaça le disque dans le lecteur et alluma la télévision puis regagna sa place.

Lorsque les premières images apparurent et que le générique débuta, Gibbs émit un grognement d'appréciation en reconnaissant le nom du film. Il avait eu l'occasion de le voir une fois et il avait bien aimé, c'était d'ailleurs grâce à ce film en particulier qu'il avait résolu l'affaire au cours de laquelle il avait rencontré l'agent Todd.

« Savait que tu apprécierais celui-là » murmura Tony. « Même s'il me fait penser à Kate et à notre première rencontre à bord d'Air Force One » continua t-il un brin mélancolique.

Le temps avait fait son office en adoucissant un peu, mais rien qu'un peu, la douleur de la perte de la jeune femme. La peine était quelquefois vive mais les souvenirs parvenaient aussi à éviter de l'oublier totalement. Elle avait été comme la sœur qu'il n'avait jamais eue et leur rivalité l'avait stimulé, réjoui ou encore enragé parfois. Mais il avait apprécié de travailler avec elle. Et elle lui manquait cruellement selon les circonstances.

Gibbs, sentant sans doute les émotions qui l'envahissaient, lui serra la main un court instant en signe de soutien avant de reporter toute son attention sur le film. Il avait conscience de l'effort que le jeune homme avait fait en choisissant ce film en particulier qui leur rappelait tant de choses au sujet de la jeune disparue. Il fit donc le maximum pour ne pas montrer sa propre réaction à Tony afin de ne pas le gêner.

Presque au milieu de la projection, la lumière s'éteignit brusquement, plongeant la pièce dans une obscurité partielle car la télévision continuait de fonctionner.

« Eh, comment se fait-il qu'elle soit toujours en marche ? » s'étonna Abby.

« Oh, elle est reliée à une batterie qui prend le relais en cas de coupure d'électricité » expliqua Tony.

« Il n'y a que toi pour avoir songé à un tel détail à propos d'une télé » gloussa doucement Gibbs, amusé à cette idée.

« A vrai dire, c'est Nonno qui y a pensé » indiqua Tony en se levant.

Il alla dans la cuisine et revint avec deux lampes à pétrole qu'il plaça dans la pièce afin de leur permettre d'y voir un peu plus et de regarder la fin du film sans souci. Lorsque le générique fut terminé, Tony éteignit le poste, débrancha la prise pour éviter tout incident.

« L'un de vous veut boire quelque chose » proposa t-il en hôte soucieux du bien-être de ses invités.

« Café » dit laconiquement Gibbs en esquissant un léger sourire lorsqu'il croisa le regard entendu de l'italien.

« Rien pour moi, mon cher garçon, je vais monter » annonça Ducky.

« Je te suis, Duckyman » ajouta Abby. « Bye, Bossman, bye Tony » poursuivit-elle avant de déposer un baiser sur la joue de chaque homme.

Ils regardèrent leurs deux amis prendre leur lampe puis monter l'escalier avant de gagner la cuisine où Tony remplit une tasse qu'il tendit à Gibbs. Il se versa un verre de lait qui fit hausser les sourcils de son ex patron.

« Quoi ? » grogna t-il en voyant l'expression de l'ancien marine.

« Du lait, DiNozzo ! T'es plus un gamin. »

« Peut être mais de temps en temps, je le préfère au café » dit-il en haussant les épaules. « Bon, sur ce, je suis l'exemple des autres et je vais me coucher. »

« Je termine et je fais de même » approuva Gibbs.

Il regarda Tony laver son verre, le poser sur l'évier, s'emparer d'une lampe qu'il alluma ainsi que la seconde et s'éloigner vers l'escalier. Il le suivit des yeux avant de terminer son café. Il rinça la tasse et la déposa à côté du verre. Il jeta un regard circulaire avant de se saisir de la dernier lampe et de monter également. Un rai de lumière visible sous la porte de Tony attestait que l'italien n'était pas encore couché, il hésita un instant puis poursuivit son chemin.

Il pénétra dans sa propre chambre, déposa la lampe sur la table de nuit et remarqua la petite boîte d'allumettes qui y était accrochée et secoua la tête, DiNozzo pensait vraiment à tout. Il passa rapidement dans la salle de bains avant de se glisser dans son lit. La pluie qui menaçait depuis un moment s'abattit soudain et cogna avec force contre le volet accompagnée de vent. Il songea que DiNozzo avait encore raison, l'orage ne tarderait pas.

Il tenta de se relaxer au maximum afin de parvenir à s'endormir et quelques minutes plus tard, sa respiration calme et lente indiquait qu'il avait rejoint Morphée malgré l'heure encore précoce, le réveil indiquait 22 heures.

Il se réveilla trois heures plus tard lorsqu'un bruit insolite perça son sommeil. Il se redressa, écouta attentivement et ne parvenant pas à identifier le son, décida de se lever. Doucement, pour ne pas réveiller la maisonnée, il ouvrit sa porte et constata en s'avançant dans le couloir que celle de la chambre de Tony était ouverte. Il fit encore quelques pas et stoppa net en voyant le jeune homme debout en train de se vêtir. Sa respiration s'accéléra et son pouls fit une embardée en contemplant le spectacle, Tony était inconscient de sa présence et ne se cachait pas.

Lorsque l'italien fut habillé, Gibbs fit quelques pas en arrière puis reprit sa marche comme s'il venait d'arriver. Il héla Tony.

« Eh, Tony, il s'est passé quelque chose ? » demanda t-il doucement.

« Non, je vais simplement rejoindre les chevaux, je préfère être là-bas pour les rassurer » expliqua t-il en s'emparant d'un blouson.

« Tu veux de la compagnie ? » proposa l'ancien marine sans réfléchir.

Tony tourna la tête dans sa direction et la pencha sur le côté comme pour soupeser l'offre de Gibbs. Il se dirigea vers la porte, Jethro recula pour lui laisser le passage attendant anxieusement sa réponse.

« Pas nécessaire » fit laconiquement Tony en descendant les marches, son ex boss sur ses talons.

« Tu me laisses quelques minutes, je remonte m'habiller et je t'accompagne » déclara Gibbs prenant la seule décision qui convenait.

Sans lui laisser le temps de répliquer, il piqua un sprint, monta les marches deux par deux. Cinq minutes plus tard, il était à nouveau dans la cuisine et remarqua que Tony remplissait un thermos de café frais avant de remplir le second de… chocolat réalisa t-il à l'odeur. Puis le jeune homme prit quelques fruits qu'il déposa dans une poche plastique avant de la glisser dans un sac à dos avec les deux thermos.

Une tasse de café fut poussée devant Gibbs avant que Tony ne se penche pour fermer ses boots et Gibbs, qui s'était déplacé, admira la vue qu'il avait en salivant. Il masqua sa réaction en portant la tasse à ses lèvres comme l'italien se redressait avant d'enfiler son blouson. Il déposa la tasse vide dans l'évier à côté de la casserole de lait qui y trempait. Il se retourna pour se retrouver face à Tony qui lui tendait un blouson qu'il passa en le remerciant.

« Tiens, les piles sont neuves» dit-il à Gibbs en lui tendant deux puissantes torches et en passant le sac à dos sur son épaule. « Pas de lampe à pétrole dans l'écurie, trop de risque d'incendie en cas d'accident. Nous trouverons le reste là-bas. »

Les deux hommes sortirent dans la nuit, la pluie tombait toujours mais plus faiblement. Ils coururent rapidement et atteignirent la porte de l'écurie qu'ils ouvrirent suffisamment pour pénétrer dans le bâtiment et la refermer tout aussi vite sans effort. Tony guida Gibbs vers l'endroit qui leur servirait de refuge, une petite pièce servant de remise. Il déposa le sac, ressortit et fit un rapide tour des stalles, murmurant quelques mots à chaque bête tout en les caressant et les rassurant. Gibbs le regarda faire en le suivant lentement pour ne pas effrayer les chevaux.

« Voilà, ils savent que je suis là et ils sont rassurés, l'orage ne va pas tarder mais ils seront moins enclins à s'affoler » précisa t-il en passant à la stalle suivante.

Lorsque le dernier animal fut rassuré, Tony revint dans la remise, farfouilla quelques minutes avant de trouver ce qu'il cherchait, des couvertures. Il en étendit sur le sol en guise de matelas, déploya les autres pour les couvrir ainsi qu'une épaisse peau d'animal, du mouton si Gibbs jugeait correctement.

« Désolé mais il n'y a pas de chauffage ici » l'informa Tony. « La chaleur humaine nous sera nécessaire pour éviter de grelotter. »

Puis sans attendre, il se déchaussa, s'étendit sur le lit improvisé, enleva son blouson qu'il plia pour lui servir d'oreiller et remonta les couvertures sur lui. Gibbs déglutit, il allait avoir la chance de 'dormir' avec Tony même si c'était en 'tout bien, tout honneur'. Il quitta ses chaussures, fit le tour de la couche, imita l'italien pour avoir un oreiller et se glissa sous les couvertures. Il s'allongea prudemment sans trop se rapprocher du jeune homme pour éviter de l'alarmer. Il faillit gémir lorsqu'il sentit Tony venir se blottir plus près de lui.

« Chaleur » murmura t-il comme une excuse avant que sa respiration n'indique à Gibbs qu'il s'était endormi.

L'ancien marine osait à peine respirer de peur de réaliser que c'était un rêve et qu'il allait se réveiller dans son lit, seul et déçu. Il tourna la tête et sourit, il était presque au paradis et le geste que fit Tony ensuite renforça sa pensée. L'italien glissa plus près et posa sa tête sur l'épaule de Gibbs, poussant en même temps un soupir.

Alors, Gibbs ne put résister plus longtemps, il déposa un baiser léger sur les cheveux bruns si doucement qu'il ressembla au baiser-papillon qu'il donnait à Kelly pour lui souhaiter bonne nuit. Il appuya sa joue sur la chevelure, bougea légèrement pour avoir une position plus confortable. La nuit allait être longue pour lui, il espérait parvenir à profiter de quelques heures de sommeil mais avoir l'homme qu'il aimait allongé prés de lui allait avoir tendance à le maintenir éveillé.

Finalement, ce fut une bonne heure plus tard qu'il glissa dans le sommeil, un sourire aux lèvres et pleinement satisfait de la tournure prise par les évènements.

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Que va-t-il donc se passer dans les prochaines heures ? Un tendre moment ou rien du tout… ?

Pour le savoir, rendez-vous au chapitre suivant.

A bientôt.