Voilà, pour toutes celles qui ont souhaité voir les choses bouger, voici un chapitre de prémisses qui les satisfera sans doute tout en les laissant sur leur faim. Lentement mais sûrement, les relations se renouent entre nos deux hommes donc, ne brulons pas les étapes.

Bonne lecture et à vos claviers pour vos coms.

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Chapitre 20 : Action

Ce fut bien trois heures plus tard que l'orage se fit entendre, la pluie s'intensifia et le tonnerre commença à gronder d'abord lentement tandis qu'il était encore loin puis de plus en plus fort au fur et à mesure qu'il se rapprochait. Cependant, ce ne fut pas ça qui réveilla l'ancien marine mais plutôt des gémissements. Reprenant totalement conscience, il réalisa tout d'abord que Tony avait changé de position durant les dernières heures et que c'était lui qui émettait ses plaintes.

Il se redressa sur un coude et tendit l'autre main pour secouer doucement le jeune homme. Tony ne réagit pas à la secousse dans le sens que Gibbs attendait, il chercha à se soustraire à l'emprise de la main. Il cria soudain quelques mots indistincts, sa respiration se fit chaotique et laborieuse comme s'il avait des difficultés à respirer correctement.

En un instant, Gibbs comprit que l'italien avait un cauchemar et que ce dernier devenait plus terrifiant de minute en minute. Il s'assit totalement et tenta à nouveau de réveiller son ami, il fallait qu'il le tire de ce mauvais rêve sans pour autant l'effrayer plus. Il recommença à le secouer d'abord doucement puis plus fermement. Voyant que sa tentative n'avait aucun succès, il utilisa une bonne vieille méthode qui avait toujours eu du succès.

« DiNozzo » cria t-il soudain de sa voix de commande. « Temps de se réveiller. »

Il accompagna son ordre d'une tape sur la tête. Tony se figea durant quelques secondes sans pour autant réagir plus. Alors il réitéra son ordre et une nouvelle tape plus ferme.

« Debout, Tony, plus l'heure de dormir » lança t-il plus fort pour couvrir le tonnerre.

Cette fois, Tony sembla l'entendre, il tourna la tête vers la voix de Gibbs avant de montrer des signes de retour à la conscience. Il finit par ouvrir un œil puis l'autre mais son regard était flou indiquant qu'il était encore sous l'influence de son cauchemar. Et sans que rien ne le laisse prévoir et prenant totalement Gibbs par surprise, Tony fondit en larmes.

La détresse de l'italien serra le cœur de l'ancien marine qui mit quelques secondes avant de prendre une décision. Il enveloppa le jeune homme dans ses bras et posa la tête brune sur son épaule, le berça tout en lui murmura des paroles de réconfort. Il entreprit également de lui caresser le dos afin de l'apaiser. Quelques minutes plus tard, il sentit Tony se détendre progressivement, les pleurs diminuer et le corps se relaxer.

« Tu veux en parler » proposa Gibbs en faisant référence au cauchemar.

« Non » dit simplement Tony sans élaborer.

« Si tu en as envie plus tard, je suis là… du moins pour l'instant » offrit-il tout en continuant de prodiguer ses caresses.

Lorsque Tony fut calmé, Gibbs desserra légèrement son étreinte et posa un léger baiser sur les cheveux bruns comme il le faisait pour Kelly après un gros chagrin. Pourtant, en cet instant, il n'avait aucun sentiment paternel pour l'italien et le seul baiser qu'il souhaitait lui donner n'avait rien de comparable à celui que donnerait un père. Il avait bien plus envie de prendre possession de cette bouche que de poser un baiser sur la joue râpeuse de son ami.

Comme pour faire écho à ses pensées, Tony tourna la tête à cet instant en même temps que Jethro amenant leurs bouches à quelques centimètres l'une de l'autre. Alors, sur une impulsion qu'il ne put contrôler, Jethro posa ses lèvres sur celles de Tony et quémanda l'autorisation d'entrer du bout de sa langue. Qui fut le plus surpris lorsque Tony ouvrit la bouche, aucun d'eux ne le sut et ne s'en soucia.

Jethro prit aussitôt le contrôle du baiser, dévorant la bouche et goutant la saveur de l'italien. Tony encercla la taille de l'ancien marine de ses bras tandis que Gibbs posait une main sur le cou de Tony comme pour l'empêcher de s'écarter tandis que l'autre lui caressait les cheveux. Ce fut le besoin de respirer qui les força à mettre fin à leur baiser mais ne les sépara pas.

Tony prit une profonde inspiration avant de s'écarter de façon à plonger ses yeux dans ceux de son ancien patron. Il le fixa durant une minute ou deux d'un air interrogateur et une incertitude clairement visible. Gibbs soupira avant d'esquisser un sourire et de caresser la joue de Tony d'un geste lent et sensuel avant de faire glisser ses doigts sur les lèvres gonflées.

« J'en avais envie depuis longtemps » avoua t-il d'une voix presque inaudible qui obligea Tony à tendre l'oreille. « J'aurais dû y céder bien plus tôt. »

« Pourquoi ne pas l'avoir fait ? » murmura Tony d'un ton incertain.

« Peur de commettre un impair et de compromettre notre amitié si mon approche n'était pas la bienvenue » avoua l'ancien marine. « J'ignorais que tu pouvais avoir un penchant pour les hommes. »

« Tu as pourtant eu des doutes à plusieurs reprises, il me semble » dit Tony en fronçant les sourcils.

Le jeune homme se souvenait de quelques regards curieux que Gibbs lui avait lancés lorsqu'il avait flirté discrètement avec des témoins mâles durant diverses enquêtes. Son patron n'avait rien dit mais avait continué à le regarder d'un air parfois perplexe durant les quelques jours suivants.

« Vrai » confirma t-il. « Mais pas assez de preuves pour agir sans être certain de tout gâcher. »

« Tu as donc préféré laisser les choses en l'état ! Tu aurais pu me poser la question lorsque je flirtais durant certaines enquêtes, ta curiosité aurait été satisfaite » statua Tony.

« Oui mais tu pouvais aussi m'envoyer balader » objecta Gibbs.

« Ou j'aurais pu t'avouer que j'étais bi parce que je voulais que tu le saches » le contra Tony. « Il fut un temps où j'aurais été plus qu'heureux que tu sois au courant. »

« Et plus maintenant ? » demanda Gibbs dont le cœur se serra en attendant la réponse.

« Tellement de choses se sont passées qui nous ont éloignés » soupira Tony. « La mort de Kate, l'arrivée de David, l'explosion, votre attitude à tous envers moi, mon départ » énuméra t-il. « Tout ça a contribué à me faire douter non seulement de ma place dans ton équipe mais dans ta vie aussi, Gibbs. Notre amitié a été mise à rude épreuve et mes sentiments ambigus à ton égard ont sérieusement été ébranlés. J'étais perdu et je ne savais pas comment m'en sortir à cette époque. »

« Et je n'ai rien fait pour t'encourager à venir vers moi, n'est ce pas ? » nota Gibbs amer.

Si seulement les deux hommes étaient plus enclins à exprimer leurs sentiments au lieu de les taire, ils seraient sans doute devenus amants depuis plusieurs années. Dans l'esprit de Gibbs, ils seraient aujourd'hui un 'vieux couple', ils avaient eu une connexion immédiate depuis leur première rencontre à Baltimore lorsque Tony l'avait plaqué au sol et que l'ancien marine avait plongé son regard dans deux prunelles émeraude qui le fixaient avec défi.

« Tu as toujours eu le chic pour me faire douter de moi lorsque tu cherches à te protéger, Gibbs » déclara Tony d'un ton désabusé. « Tu sais comment décourager quelqu'un sans te préoccuper de savoir si tu ne heurtes pas ses sentiments et tu l'as fait à de nombreuses reprises avec moi. J'ai été trop souvent écarté de cette façon que j'ai fini par développer un très fort sens de la préservation depuis mon enfance, c'est devenu quasiment un instinct de survie si ancré en moi que je l'utilise sans même m'en rendre compte. »

« Oui, tu fuis dès que tu sens que tu perds le contrôle sur les relations que tu entretiens avec autrui » nota Gibbs qui avait compris la raison de la fuite de Tony.

« Mieux vaut partir avant que les choses ne dégénèrent et ne causent plus de mal » dit Tony simplement. « Bon, je vais aller faire un tour et voir si les chevaux vont bien. »

« Oh, Tony, tu fuis encore » déclara l'ancien marine d'un ton triste.

« Non mais je crois que l'heure ne se prête pas à de grandes confidences. »

« Tony, nous allons partir d'ici quelques heures et j'aurai voulu discuter de nos options » objecta Gibbs.

« Nos options, Gibbs » s'étonna Tony. « Tu vis et travailles à Washington, je vis et travaille à Dallas et aucun de nous ne compte changer cet état de fait. Je ne crois pas en des relations de longue distance, elles meurent plus vite qu'elles ne devraient. »

« Je ne travaillerai pas toujours » souligna Gibbs en soupirant.

« Allons, nous savons, toi et moi, que tu es un bourreau de travail que ce soit au NCIS ou chez toi. Tu ne sais pas ce que le mot repos veut vraiment dire » le contra l'italien.

« Je pourrais tout de même te surprendre, Tony » objecta l'aîné. « Je suis capable de prendre quelques jours de congé… de temps en temps. »

« Oui deux ou trois jours à la fois et juste deux ou trois fois par an » le railla Tony en grimaçant. « Tu es et tu resteras un adepte du travail aussi longtemps que ton corps te permettra de le torturer. »

« S'il te plait, Tony, je voudrais que tu considères que je puisse devenir une présence permanente dans ta vie à compter de maintenant » déclara Jethro d'un ton si sérieux qu'il attira l'attention de Tony.

« J'ai déjà étendu mon invitation à venir me rendre visite à Abby, Ducky et toi et je la maintiens. Aucune raison de douter de mes paroles, je t'assure » affirma le jeune homme tout aussi sérieux.

« Oh, je ne faisais pas allusion à ça, je parlais de devenir plus qu'un simple ami » contra Jethro. « Je sais que tu entretiens une relation avec Cole, je vous ai surpris le soir de notre arrivée. Je sais que vos rapports sont de simple convenance, le rapprochement de deux solitudes et de deux êtres éprouvés par la vie. Est-ce que tu es amoureux de lui, Tony ou est ce vraiment un simple arrangement ? »

« Qu'est ce qui te fais croire que nous sommes ensemble par convenance ? Tu es bien présomptueux » lança Tony en fronçant les sourcils.

« Cole n'a pas fait une apparition depuis un bon moment, il a pris ses distances. Si j'étais à sa place, je ne te laisserai pas seul un seul instant avec un autre homme comme lui le fait » dit Gibbs d'un ton désapprobateur.

« Est-ce à dire que tu n'aurais pas confiance en moi ? » accusa Tony.

« Non, plutôt que je n'aurais pas confiance dans l'autre pour rester éloigné de toi » certifia Gibbs avec fermeté. « Bon sang, Tony, tu es une tentation pour la gente féminine aussi bien que masculine. Tu fais tourner bien des têtes lorsque tu te montres charmant et charmeur et tu le fais sans même t'en rendre compte. Parfois, tu le fais délibérément et parfois, tu le provoques sans effort. Tu ne laisses pas indifférent ceux qui te rencontrent, te croisent ou te côtoient. Je ne fais pas exception à la règle, tu m'as attiré dans tes filets dès l'instant où nos regards se sont croisés » expliqua l'ancien marine.

« Tu as… Wouah ! » fit Tony incapable de trouver ses mots.

L'italien détourna son regard de son compagnon, il tentait d'assimiler les aveux de son ancien patron. Cette discussion qu'il ne souhaitait pas avoir ici et maintenant s'avérait pleine de surprises. Gibbs parvenait à aligner plus que des onomatopées et même s'il n'exprimait pas encore toutes ses pensées, il faisait l'effort de parler et le moins que Tony puisse faire était de l'écouter même si le lieu et le moment n'étaient pas des plus appropriés.

Il soupira et se passa les mains sur le visage et sentant ses joues râpeuses, il grimaça. Il sentit une main se saisir de son menton et tourner sa tête vers la gauche là où Gibbs se tenait. Leurs regards se croisèrent, se prirent et se soudèrent durant quelques minutes. Puis il vit Jethro se pencher et s'emparer à nouveau de sa bouche pour un baiser intense que Tony lui accorda sans même réfléchir. Il finit par s'écarter pour respirer et tenter de prendre un peu de distance.

« Tony… ! » questionna Gibbs essayant de comprendre l'attitude de son compagnon.

« Gibbs, je ne pense pas pouvoir répondre favorablement à tes attentes » débuta Tony d'un ton hésitant et mesuré. « Comme tu l'as dit plus tôt, Cole et moi avons une relation et je ne suis pas du genre à courir deux lièvres à la fois. Euh… pas que je te compare à un lièvre mais je ne mène pas deux aventures en même temps, trop compliqué à gérer. Et je doute que nous puissions avoir une relation à distance. Je préfère en rester à une amitié, ce sera plus honnête que de faire des promesses que ni l'un, ni l'autre, nous ne pourrons tenir. »

« Tony, fais moi un peu confiance et laisse-moi quelques jours pour réfléchir et organiser quelque chose » implora t-il presque l'italien. « Je ne veux pas gâcher cette nouvelle chance que nous, oui nous avons ou pouvons avoir. Je… Oh, bon sang, pourquoi est-ce si difficile de trouver les mots justes quand il faut exprimer nos sentiments ? » s'exaspéra t-il totalement frustré.

Il entendit Tony glousser légèrement et tourna la tête pour cacher son propre amusement. La situation ne prêtait pas forcément à rire mais l'italien avait toujours eu un don pour alléger une atmosphère pesante. Il devait lui faire comprendre qu'il voulait plus et si les paroles ne venaient pas aisément, les actes seraient un bon substitut.

« Très bien, essayons autrement » déclara t-il soudain. « Les actes sont aussi des preuves après tout. »

Et sur ce, il repoussa Tony sur le lit improvisé, colla son corps contre le sien, passa une jambe sur celles de Tony, une main se glissa sous les vêtements et caressa la peau nue. Il se pencha ensuite puis commença lentement et délibérément à embrasser l'italien, d'abord le visage en commençant par le front, les yeux, le bout du nez, le coin des lèvres, le menton, la mâchoire, mordilla le lobe de l'oreille, ce qui fit gémir le jeune homme.

Il revint en arrière et posa ses lèvres sur celles de l'italien et les caressa du bout de sa langue tout en les pressant jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche autorisant une exploration plus profonde. Les deux hommes étaient si concentrés qu'ils en avaient oublié l'orage qui grondait et les chevaux qui piaffaient un peu dans leurs boxes. Ce fut un hennissement plus puissant qui retenti par dessus le bruit du tonnerre qui ramena Tony à la réalité.

Il pressa ses mains sur la poitrine de Gibbs et poussa obligeant l'homme à s'écarter. Leurs visages étaient rouges et leurs respirations haletantes, leurs cœurs battaient à tout rompre et leurs corps tremblaient… de frustration et de désir mêlés. Tony respira profondément à plusieurs reprises tentant ainsi de reprendre contrôle de son corps… et de son esprit. Il se redressa, remis de l'ordre dans ses vêtements et se chaussa rapidement.

« Je reviens » dit-il en se dirigeant vers la porte. « Je vais voir si tout va bien. »

« Je t'attends, je ne vais nulle part » tenta de plaisanter l'ancien marine pour alléger l'atmosphère.

Tony sourit légèrement avant d'ouvrir la porte et de disparaître dans l'écurie. Il fit le tour des boxes, caressant et rassurant les bêtes qui hennirent de plaisir au contact des mains de l'homme. Un à un, les chevaux reçurent la visite de l'italien qui leur adressa quelques mots de réconfort avant de passer au suivant.

Tout en agissant, il laissa son esprit revivre les dernières minutes. Il était à la fois confus et honteux. Il avait laissé Gibbs prendre le dessus et oublié l'espace d'un instant qu'il n'était pas libre de s'engager dans une aventure amoureuse alors qu'il était déjà pourvu d'un partenaire. Même si leur relation était épisodique et non exclusive, il devait un certain respect à Cole qu'il n'entendait pas larguer pour se précipiter dans une histoire incertaine avec Gibbs.

Comme il l'avait dit, l'ancien marine vivait loin d'ici et Tony n'était pas enclin à retourner vivre dans la capitale. Il s'était fait une place ici, la vie lui convenait et surtout, il avait retrouvé une paix de l'esprit qu'il avait perdu au contact de ses anciens collègues et de leurs incessantes insultes. Il était respecté par ses employés, par ses connaissances et par les membres de la communauté en partie pour celui qu'il était et en partie pour ce qu'il représentait.

Il ne se faisait pas d'illusion, certaines personnes le fréquentaient parce qu'il était riche, il le savait mais d'autres le faisaient parce qu'elles le voulaient et l'appréciaient et c'était celles-là qu'il ne voulait pas décevoir. Il ignorait si Gibbs serait enclin à envisager de quitter Washington, sa maison, ses souvenirs, ses 'filles' pour s'expatrier au Texas, loin de tout ce qu'il connaissait. Il savait que l'ancien marine ne retournerait jamais à Stillwater autrement que pour quelques visites à son père mais s'installer ici n'était certainement dans ses projets.

Tandis que Tony faisait son tour et ruminait, Jethro remit de l'ordre dans le lit provisoire. Il attrapa le sac que Tony avait rempli et sortit le thermos de café et celui de chocolat. Une bonne tasse serait la bienvenue pour affronter le reste de la nuit. Il savait qu'il avait pris un risque en se dévoilant mais il ne pouvait pas repartir sans avoir tenté sa chance. Il ne voulait pas laisser planer un doute sur ses intentions envers 'son' italien.

Il avait réalisé que les relations entre Tony et Cole étaient plus un arrangement que de l'amour véritable. Les deux hommes étaient meurtris lorsqu'ils s'étaient rencontrés, ils avaient uni leurs âmes et leurs corps dans l'intention de guérir. Il avait observé leurs comportements, analysé leurs gestes et même si la tendresse était palpable, Gibbs savait que ce n'était pas de l'amour.

Ce que lui ressentait pour l'italien était bien plus que de la tendresse, c'était plus fort, plus intense, plus puissant, plus dévorant. Ce n'était pas seulement de l'attirance, de l'envie ou du désir, c'était bien plus. C'était présent depuis leur première rencontre et cette fulgurante attirance qu'il avait ressentie l'avait tellement effrayé qu'il l'avait enfouie. Il avait laissé sa peur prendre le dessus sur la raison. Pourquoi ? Sans doute parce que ce nouveau sentiment était plus fort que celui qu'il avait partagé avec Shannon.

Il ne savait pas alors que des évènements particuliers renforcerait ses liens avec Tony lorsqu'il lui avait proposé de venir travailler avec lui. Il avait supposé à tort que sa volonté seule lui épargnerait de tomber dans un piège vicieux, celui de côtoyer jour après jour une personne dont il était épris. Il avait déjà donné à deux reprises et chaque fois, cela s'était terminé plutôt mal. Son second mariage avait capoté et sa relation avec sa collègue d'alors, Jenny Shepard s'était terminé dans les larmes pour elle.

Il voulait voir Tony chaque jour, il ne pouvait se passer de sa présence mais, en même temps, il ne voulait pas lui accorder plus. Durant plusieurs années, il avait réussi à se maîtriser et le constant besoin de l'italien de flirter avec toutes les femmes qu'il croisait l'avait bien aidé. Il était jaloux mais il parvenait à cacher la vraie raison à l'intéressé et même à son entourage. Abby n'avait jamais rien soupçonné, pas plus que Ducky d'ailleurs et c'était tout ce qui importait.

Maintenant, il allait devoir choisir vite et bien ce qu'il voulait. Il avait laissé sa culpabilité le ronger trop longtemps. Sa femme et sa fille étaient mortes depuis des années et ce n'était pas sa faute, il avait fini par le comprendre. Il avait tenté de replacer Shannon avec trois substituts qui ne lui arrivaient pas à la cheville et ses trois unions s'étaient soldées par des divorces pour cette raison.

Il se souvint d'une conversation avec Ducky que les deux amis avaient eue peu de temps après son dernier divorce.

« Je crois que je ne suis pas fait pour être marié, Ducky » avait-il dit en soupirant.

« Sans doute que ces trois femmes n'étaient pas ce que ton corps voulait » suggéra l'écossais en souriant.

« Et qu'est ce que c'est sensé vouloir dire ? » demanda t-il curieux de voir où l'esprit de son aîné allait le conduire.

« Peut être devrais tu envisager de penser autrement, tu as peut être choisi le mauvais sexe et un homme qui ne pourrait rivaliser avec ces rousses serait ce qui pourrait t'arriver de mieux. »

Il avait ri et réprimandé son vieil ami pour son esprit mal placé mais Ducky l'avait regardé d'un air sérieux. Il avait eu du mal à soutenir son regard tout en se demandant si le légiste connaissait ou soupçonnait son penchant pour les hommes. Il n'avait jamais abordé le sujet de sa sexualité avec l'écossais, trop pudique pour en discuter autrement qu'au cours d'une consultation médicale.

Il termina sa tasse et la posa sur le sol, tendant l'oreille pour deviner si l'italien avait terminé sa ronde. Il n'eut pas à attendre bien longtemps, une accalmie passagère de l'orage lui permit de percevoir les pas revenant vers la remise. Il s'installa donc le plus confortablement en attendant que l'objet de toutes ses pensées franchisse le seuil de la pièce et vienne de nouveau s'allonger auprès de lui.

Tony finit par revenir vers la remise, il ouvrit la porte et constata que Gibbs était toujours éveillé, allongé et les bras derrière la tête, les yeux fixés sur le plafond, il était plongé dans ses propres pensées. Il tourna la tête lorsque Tony entra de nouveau dans la pièce. Il lui sourit et tapota le lit pour l'inviter à le rejoindre tout en réalisant ce que ce geste avait d'intime. Et pour dissiper la gêne qu'il ressentait soudain, il se redressa et s'empara du thermos de chocolat et versa une tasse pour son compagnon.

Tony se déchaussa, s'assit en tailleur sur la couche, il accepta le mug et sirota quelques gorgées tout en dévisageant son ex patron tendant de deviner ses pensées. Il n'avait pas besoin d'être devin pour savoir que, tout comme lui, Gibbs avait dû profiter de son absence pour réfléchir et mettre de l'ordre dans sa tête. Il termina sa tasse, se pencha par-dessus Jethro pour la déposer à côté des thermos. La chaleur du corps de l'ancien marine était attirante et il choisit d'y céder sans arrière pensée.

Il se glissa rapidement sous les couvertures et se blottit contre le corps chaud, posa sa tête sur l'épaule de Gibbs et ferma les yeux. Il leur restait quelques courtes heures avant que le jour se lève et que tout le monde se réunisse pour un bref briefing avant de parcourir le domaine pour constater les dégâts tandis que l'équipe quitterait Dallas. Il voulait savourer ces derniers instants sans se torturer les méninges sur ce que l'avenir pouvait lui réserver. Il prenait désormais ce que chaque jour lui apportait avec gratitude.

« Les chevaux vont bien ? » demanda soudain l'ancien marine.

« Serais pas ici si ce n'était pas le cas, tu ne crois pas » ironisa l'italien.

La réponse qu'il obtint n'aurait pas dû le surprendre et la tape sur la tête était somme toute légère.

« DiNozzo ! » gronda Gibbs.

« Quoi ? Tu crois vraiment que je les laisserais si l'un d'eux était blessé ou effrayé au point de faire peur à ses compagnons » s'indigna Tony.

« Je n'imagine pas un seul instant que tu sois aussi inconséquent, Tony. C'était juste une remarque pour engager la conversation, c'est tout. »

« Tu as parfois une drôle de façon de le faire, tu le sais, n'est ce pas ? » répliqua Tony tout en baillant.

« Essaie de dormir, il reste peu de temps avant le lever du jour » conseilla Jethro en s'enfonçant un peu plus sous les couvertures.

Tony se blottit à nouveau plus près et finit par se rendormir rapidement. Sa respiration lente et calme indiqua à son compagnon qu'il avait cédé au sommeil et il sourit. L'italien avait repris sa position contre lui sans appréhension malgré leur ébat. Il respira profondément pour chasser la tension qui l'habitait et écouta la pluie tomber avec force au dehors. L'orage grondait toujours et le tonnerre éclatait par intermittence avec force mais Tony ne se réveilla pas.

La chaleur du corps de Tony contre lui et le parfum de ses cheveux l'accompagnèrent lorsque l'ancien marine succomba de fatigue sans même s'en rendre compte. Durant son sommeil, il rêva de ses filles, il les revit rire aux éclats devant les facéties de Kelly, pleurer devant un film triste, s'indigner pour une peccadille, se révolter pour une injustice, se fâcher pour une bêtise, se liguer contre lui pour obtenir son accord, se moquer de ses dîners ratés, admirer ses travaux de menuiserie, l'aider à orner le sapin, s'éclater durant une bataille de boules de neige.

Il avait eu la chance de connaître tant de bons moments avec elles malgré ses fréquents déploiements, il avait chéri tous ses instants et les avait emportés avec lui à chaque fois. Il avait écouté les cassettes de Kelly des centaines de fois, elles l'avaient aidé à traverser les plus dures épreuves de ses missions guerrières. Il avait tant de fois regretté de les laisser seules pour faire son devoir que sa culpabilité à l'annonce de leurs morts avait primé sur tout autre sentiment durant plusieurs mois.

Sa quête de leur assassin l'avait à peine effacée et il ne pouvait pénétrer dans leur chambre sans sentir son cœur se serrer si fort qu'il croyait qu'il finirait pas avoir une attaque cardiaque qui le libérerait de sa souffrance. Il avait fini par fermer définitivement la porte de la pièce de Kelly et par abandonner le lit conjugal au profit du divan. Il avait détruit le bateau qu'il avait commencé parce que sa fille avait participé au ponçage et qu'il ne pouvait y toucher sans se souvenir et pleurer.

Il s'agita dans son sommeil et ses mouvements dérangèrent Tony qui grogna et bougea, lui tournant le dos. L'italien ne se réveilla pas pour autant et Gibbs, privé du contact, reprit brièvement conscience. Il ouvrit les yeux et constatant la nouvelle position du jeune homme, il se mit sur le côté et se colla contre son compagnon. Il glissa son bras autour de la taille de l'italien et posa sa main sur l'estomac, cala sa tête contre le cou. Il se rendormit rapidement et son esprit le ramena vers son rêve.

Il voyait sa femme vêtue d'une longue robe blanche, une couronne de fleurs blanches dans les cheveux. Elle lui souriait et l'appelait d'un geste de la main l'invitant à la suivre. Elle s'installa contre un arbre et lui fit signe de la rejoindre. Il la suivit sans réfléchir et la contempla, les yeux brillants de larmes qu'il contenait à grand peine.

« Jethro, je suis heureuse d'avoir l'occasion de te parler une dernière fois » dit-elle en lui caressant la joue. « Durant notre vie commune, tu m'as donné tant de joie et de bonheur que tu ne dois pas te sentir coupable de ce qui nous est arrivé. Ton devoir envers ton pays a été une part de l'homme que tu étais et que j'ai aimé, tu ne dois pas regretter de nous avoir laissé durant ces longues périodes mais plutôt chérir tous ces moments partagés ensemble. »

« Je voudrais tant revivre tout cela » avoua t-il dans un soupir.

« Mais tu ne serais pas auprès de l'homme que tu aimes si nous étions toujours présentes dans ta vie » objecta t-elle avec un sourire. « Il semble que tu as enfin trouvé l'autre moitié de ton âme, Tony est quelqu'un de bien, il t'aime depuis longtemps mais a renoncé à te conquérir parce que tu ne lui as jamais laissé deviner ton amour pour lui. Il est temps que tu nous laisses partir, Jethro. Il est temps que ton cœur s'ouvre à un nouvel amour sans que tu le caches. Garde en mémoire nos souvenirs et laisse dormir le passé en paix. »

« Tu n'es pas choquée que ce soit un homme ? » s'étonna t-il.

« L'amour ne se préoccupe pas du genre de la personne aimée, Jethro » répliqua t-elle en riant. « Ce sont ses qualités qui nous attirent et nous attachent à elle. Tony est quelqu'un de bien, il mérite d'être aimé bien plus que n'importe qui. »

« Je ne suis pas certain d'être le mieux placé pour lui donner ce qu'il attend de l'amour » plaida t-il.

« Il a souffert du manque d'amour parental depuis sa plus tendre enfance, il n'a jamais eu de mère qui le berce ou le cajole lorsqu'il se blessait en jouant. Il n'a jamais reçu de baiser sur la joue pour l'aider à s'endormir le soir. Il n'a jamais su faire assez confiance pour laisser quiconque l'approcher de trop près. Il a fui les relations envahissantes par peur de ne pas savoir y répondre » expliqua t-elle patiemment, « Ca ne signifie pas pour autant qu'il est incapable d'aimer, Jethro. Il attend que tu lui montres qu'il vaut la peine de faire un effort pour le conquérir, qu'il peut faire le bonheur d'un autre être, qu'il peut être aimé en retour. A toi de décider si tu es prêt à prendre le risque et d'aller vers lui. Il ne fera pas le premier pas, Jethro, il estime qu'il n'est pas fait pour être aimé, il a été rejeté durant toute sa vie par tous ceux qu'il a aimés. Il préférera passer sa vie dans un simulacre d'amour plutôt que de souffrir d'être repoussé à nouveau. »

« Comment peux tu connaître tant de choses sur lui, tu ne l'as jamais rencontré ? » s'étonna t-il.

« Lui, non mais sa mère est une femme charmante qui a aussi souffert que son fils » révéla t-elle. « Fonce, Marine et soyez heureux tous les deux. »

« J'ignore si je pourrais combler son vœu, j'ai été incapable d'aimer les trois femmes que j'ai épousées après toi » déclara t-il penaud.

« Jethro, je ne te savais pas lâche ! » gronda t-elle. « Puisse en toi la force de combattre tes peurs et fonce. Tu ne le regretteras pas, je peux te l'assurer. »

« Comment peux tu affirmer ça avec autant de conviction ? » demanda t-il en fronçant les sourcils.

« Parce que je sais certaines choses que tu n'es pas sensé connaître » répondit-elle en riant. « Je suis sérieuse, Jethro. Va vers lui et prouve lui qu'il est celui que ton cœur veut et soyez heureux pour les prochaines décennies. Vous avez ma bénédiction et celle de Kelly » ajouta t-elle en désignant la fillette qui venait vers eux.

« Hello, Pa » fit la gamine en se jetant dans les bras de son père. « Ma a raison, tu sais. J'aime bien Tony, il est gentil et surtout, il t'aime très fort, aussi fort que Ma et moi. Il a besoin d'être aimé et tu es celui qu'il aime. »

« Depuis quand ma princesse est-elle devenue aussi intelligente ? » demanda t-il en lui caressant les cheveux et en la dévorant des yeux.

« Je sais ce que c'est que l'amour et c'est pas parce que tu aimes un homme que tu n'es plus mon papa » déclara la gamine avec sérieux et aplomb.

« Va maintenant et fais en sorte que votre vie soit aussi heureuse que la notre » ordonna Shannon.

Elle se leva, lui tendit la main pour l'aider à se lever, l'embrassa tendrement sur la joue. Kelly lui entoura la taille de ses petits bras avant de lui indiquer de se baisser pour lui déposer deux bisous sonores sur les joues. Puis les deux femmes le regardèrent une dernière fois avant de se détourner et de s'éloigner et de disparaître après quelques mètres.

Il resta là à regarder l'endroit tandis que des larmes coulaient sur ses joues, il savait qu'il ne les reverrait qu'au jour de sa mort. Elles venaient de le libérer d'un poids qui lui pesait sur le cœur depuis leur mort. Il se sentait plus léger et plus serein que jamais. Il avait désormais le droit de penser à son propre bonheur sans se sentir mesquin et sans penser trahir sa femme.

Il se réveilla en sursaut et mit quelques minutes à reprendre pied dans la réalité. Il prit quelques profondes respirations pour se calmer avant d'oser bouger lentement sans risquer d'éveiller son homme.

''Son homme'' ! Il sourit en répétant le mot, il pouvait désormais penser à Tony de cette façon. Il espérait simplement que Shannon était sincère et ne s'était pas trompée.

Il se dressa sur un coude et grâce à la faible clarté qui filtrait par la petite fenêtre, il contempla l'italien qui dormait toujours et attendit qu'il ouvre les yeux pour l'embrasser encore et encore.

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Le prochain chapitre est en bonne voie. J'espère le poster plus rapidement que celui-ci mais le travail et un problème de santé m'ont éloigné de mon PC ces derniers temps.