En ces quelques jours qui précèdent Noël, il est de tradition de penser aux cadeaux à offrir.
Je suis donc la tradition et vous offre le chapitre suivant, en fait la seconde partie de la discussion entre Tony et Ducky.
Attention : Préparez vos mouchoirs si vous êtes sensible !
Un entretien qui m'a fait verser des larmes en l'écrivant. Un comble !
Et comme d'habitude, j'attends de votre part vos réactions qui m'encouragent à continuer d'écrire sachant que, pour le moment, j'ignore de quoi parlera le prochain chapitre.
Bonne lecture à tout le monde.
Joyeuses fêtes de Noël à toutes et tous.
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Chapitre 23 : Divulgation (2)
« Ducky, assieds toi un instant, s'il te plait » demanda soudain Tony. « Je voudrais te dire quelque chose que j'aurais dû exprimer il y a bien longtemps et je ne voudrais pas te voir défaillir sous mes yeux. »
« Mon dieu, Anthony, tu m'effraies » annonça Ducky soudain tendu à cette annonce.
« Aucune raison, Ducky » dit simplement Tony attendant que son ami prenne place dans un siège.
Il arpentant la pièce un instant tentant de mettre ses idées en place avant de se lancer. Il stoppa devant le piano et contempla le portrait de sa mère durant quelques minutes, passa un doigt tremblant sur l'image et prit une profonde inspiration avant de se tourner vers le légiste et de lui adresser un sourire lumineux qui alla droit au cœur du vieil homme.
« Mon père a choisi de privilégier sa vie professionnelle dans l'espoir de démontrer à mon grand-père qu'il était aussi capable que lui de faire 'quelque chose de sa vie' comme il disait » commença t-il. « Jusqu'à ce qu'il rencontre sa future femme lors d'une soirée mondaine. Il eut un coup de foudre et n'eut de cesse de la courtiser jusqu'à ce qu'elle accepte de l'épouser. Il aimait ma mère d'un amour sincère et profond, il l'abreuvait de cadeaux ou exhaussait ses moindres souhaits, il l'entraînait dans tous les dîners d'affaires qu'il avait, il l'exhibait comme un joyau, le plus beau joyau de sa collection. Les premières années de leur vie commune furent les plus heureuses pour lui jusqu'au jour où elle lui annonça qu'elle était enceinte. Mon père fut fou de joie à l'idée d'avoir un fils, un héritier qu'il pourrait façonner à son image mais fut rapidement déçu lorsque ma mère fit une fausse couche. Trois tentatives plus tard et elle désespérait de devenir mère. Elle consulta des spécialistes, suivit des traitements mais se résigna finalement à son sort. Puis, deux ans plus tard, alors que tout espoir était perdu, elle apprit qu'elle était à nouveau enceinte. Elle prit les précautions les plus drastiques pour mener à bien cette grossesse inattendue, elle resta alitée durant presque toute sa durée et endura plus de douze heures de travail avant que je ne vois le jour. Elle pleura de joie de savoir qu'elle avait un fils, un héritier qui était le vivant témoin de l'amour qui l'unissait toujours à son mari malgré les épreuves et les difficultés rencontrées. »
Religieusement, Ducky écoutait le jeune homme égrenait quelques souvenirs de son enfance, il lui donnait ainsi un aperçu du passé qui pouvait éclairer le présent. Il se sentait en même temps privilégié qu'il soit le premier à qui l'italien fasse quelques confidences de cette importance parce qu'il savait que, même Abby n'avait pas été la récipiendaire de ses révélations.
« Selon la nounou qui s'occupa de moi, j'étais un bébé modèle, je pleurais rarement et je souriais beaucoup. Seul ombre au tableau, mon père. Il était le seul qui parvenait à me faire fondre en larmes et il évitait donc de m'approcher trop souvent. Il prit réellement une part dans mon existence lorsque je fus en mesure de tenir sur mes jambes et de parler. Je venais de fêter mes deux ans lorsqu'il décida qu'il était temps de m'éloigner des appartements de ma mère. Il me relégua dans une autre aile de notre maison et établit le programme de mon éducation comme s'il traitait une affaire. En fait, je dérangeais parce que les heures que ma mère passait avec moi étaient du temps en moins pour lui. Il a fini par me jalouser parce que j'étais, selon lui, un concurrent sérieux qui lui volait l'amour de sa femme. J'étais, pour ma part, un ajout, une pièce rapportée qu'il se permettait d'oublier si ma présence n'était pas nécessaire. Il en fut ainsi durant toute ma petite enfance, je vis rarement mon père et je ne m'en portais pas plus mal. »
Tony fit une pause, il lui était très difficile de faire ce récit mais en même temps, il voulait que Ducky comprenne le contexte avant qu'il ne lui fasse part de ses sentiments véritables. Il respira profondément à plusieurs reprises, s'installa sur le banc du piano avant de poursuivre.
« Sous sa pression, ma mère consacra plus de temps à sa vie sociale que familiale mais les rares véritables moments que nous avons passés ensemble ont été enrichissants. C'est elle qui m'a appris le piano en complément des cours dispensés par un professeur renommé. C'est d'elle que je tiens mon goût pour les vieux films, nous avons passé des soirées confortablement installés sur un divan, un feu de cheminée pour seule lumière et un film projeté sur l'écran de la salle de cinéma que mon père avait consenti à faire installer. Mais, en définitive, je connaissais mieux le personnel de la maison que mes parents et mon père encore moins que ma mère. Il passait bien plus de temps hors de la maison pour ses affaires qu'il n'en consacra à sa vie de famille avec moi. C'est ainsi que j'ai eu la chance d'apprendre à parler plusieurs langues étrangères dès mon plus jeune âge, notre personnel était un mélange cosmopolite. Ma nounou était française, mon professeur de piano et notre gouvernante étaient espagnoles, le valet de mon père était très snob pour un anglais, le jardinier était grec et j'en passe sans doute.»
Tony s'arrêta soudain, étudia quelques secondes le légiste avant de s'adresser directement à lui.
« Je ne t'ennuie pas à te racontant tout ça, Ducky ? »
Ducky ouvrit de grands yeux, étonné par la question. Il remarqua l'incertitude qui marquait les prunelles vertes de son interlocuteur.
« Mon cher enfant, je suis plutôt honoré que tu veuilles partager un pan de ton passé avec moi et je t'assure que je suis tout ouïe » le rassura t-il en lui tapotant le genou à sa portée. « Et tout ceci éclaire d'un jour nouveau l'image que tu donnes de toi ou que tu projettes aux autres, mon garçon. »
« Pas très reluisante, n'est ce pas ? »
« Au contraire, il est remarquable que tu sois devenu l'homme que tu es aujourd'hui, un homme compatissant, fondamentalement bon et avec un caractère aussi trempé et avec un sens de l'humour parfois désopilant » se moqua gentiment l'écossais. « Mais je t'en prie, poursuis ton récit puisque je me doute que tu l'as commencé dans un but précis. »
« Oui et ceci était pour planter le décor en un sens » avoua Tony en souriant.
« C'est bien ce qu'il me semblait, Anthony » affirma Ducky. « Vas-y, continue, s'il te plait. »
« J'ai réalisé un jour que je n'étais indispensable qu'en de rares occasions lorsque les associés de mon père venaient diner avec leurs propres enfants. J'étais alors sommé de me présenter dans mes plus beaux vêtements et de me comporter en parfait gentleman. Mon père se réservait cinq minutes dans son bureau pour me faire la leçon et inspecter ma tenue tout en sirotant un verre tandis que ma mère était assise dans l'un des fauteuils et écoutait sans rien dire. Elle avait appris à éviter de contredire mon père surtout lorsqu'il s'agissait de moi. Tout changea lorsqu'elle apprit qu'elle était malade et que son espérance de vie était réduite. Elle se savait condamnée et à partir de cet instant, elle réduisit ses activités mondaines et passa plus de temps avec moi. Deux années, Ducky, deux ans au cours desquelles j'ai vraiment eu l'occasion de connaître ma mère, de passer du temps avec elle sans être sans cesse déçu de la voir partir au bout d'une heure. Elle se fatiguait vite mais j'étais autorisé à rester dans son boudoir lorsqu'elle se reposait. Je jouais souvent du piano pour elle, des mélodies qu'elle aimait. C'est également durant ces deux années que je fis plus ample connaissance avec mes grands-parents paternels. Ma mère étant présente à la maison, ma grand-mère nous rendit visite plus fréquemment. Elle soutint ma mère dans cette épreuve d'une façon remarquable parce que ma famille maternelle était plus éloignée et traversait l'Atlantique moins souvent. »
A nouveau, Tony fit une pause parce que les prochaines paroles allaient être difficiles à dire. Il prit conscience que ce qu'il allait dire, il ne l'avait jamais dévoilé sauf à sa grand-mère.
« Ce fut à l'approche de mon anniversaire, j'allais fêter mes huit ans, que ma mère sentit la vie lui échapper. Elle savait qu'il lui restait peu de temps à vivre et elle me fit appeler un soir dans sa chambre. Elle me montra un petit livre qu'elle enfermait souvent dans le tiroir de sa table de nuit et dans lequel elle écrivait parfois devant moi mais sans jamais me dire quoi. Elle m'informa que ce petit livre était son journal intime et qu'elle tenait à ce qu'il me soit remis lorsque je serais plus vieux, qu'il expliquerait les raisons de son comportement envers moi et d'une certaine manière, celui de mon père. Nous passâmes cette dernière nuit, blottis tous les deux dans son grand lit, à boire une tasse de chocolat et à faire des projets tout en sachant que jamais, ils ne se réaliseraient. Au petit matin, je me suis glissé hors du lit et je me suis mis au piano. Mon père nous rejoignit, m'embrassa sur le front pour la première fois depuis des années tout en me tapotant le dos puis s'en fut dans la chambre. Par la porte entrouverte, je le vis s'installer dans le fauteuil à son chevet tandis et lui tenir la main. Il lui murmura des paroles qui la firent sourire, il l'embrassa à plusieurs reprises puis la prit dans ses bras. Je fus autorisé à les rejoindre au moment du petit déjeuner que nous avons pris ensemble. Ensuite, mon père souhaita que je m'éloigne pour les laisser ensemble un moment. C'est en écoutant la musique que je jouais pour elle qu'elle s'est éteinte quelques heures plus tard. »
Et les larmes qui glissèrent sur les joues de Tony sans qu'il ne songe à les essuyer prouva à Ducky que le jeune homme n'avait sans doute jamais fait le deuil de sa mère. Les apparences étaient ce qui comptaient beaucoup dans le milieu social où l'italien avait grandi entre une famille anglaise noble et une famille italienne bourgeoise donc plus modeste.
Le légiste se leva et s'installa auprès de Tony qu'il serra tendrement dans ses bras et berça comme s'il était un enfant. Durant de longues minutes, les deux hommes profitèrent de ce moment ensemble sans arrière pensée. Ducky passait et repassait ses mains dans le dos de Tony dans un geste apaisant et le laissa vider son chagrin sur son épaule. Il était sidéré que Tony s'épanche ainsi avec lui, il aurait plutôt pensé qu'il le ferait avec Jethro mais l'homme étant ce qu'il était, il aurait sans doute été embarrassé et n'aurait pas su réconforter le jeune homme.
Finalement, les pleurs diminuèrent et Ducky extirpa un mouchoir de sa poche et le tendit à Tony sans rien dire. Il le laissa sécher ses larmes avant que Tony ne se penche et lui dépose un baiser sur la joue, une façon de le remercier de son soutien et de son réconfort. Et Ducky en retour le lui rendit pour le remercier de sa confiance.
« Ca va, Anthony ? » finit par demander le médecin qui savait que son ami devait être exténué par la tension et l'émotion.
« Oui, merci, Ducky » répondit-il en lui souriant. « J'avais besoin d'exprimer tout ça et de le faire avec un ami et pas un psy. »
« Est-ce que tu as terminé ce douloureux retour sur le passé ? » voulut savoir le médecin.
« Non, je voulais mettre le décor en place si j'ose dire avant d'exprimer vraiment ce que je voulais dire » lui déclara Tony qui avait repris contenance.
« Tu veux poursuivre maintenant ? »
« Oui, avant ton départ » confirma l'italien. « Comme j'ai dit plus tôt, c'est quelque chose que j'aurais dû dire il y a un bon moment. »
« Dois-je appeler Abby et Jethro ? » questionna le légiste.
« Ducky, c'est à toi que je dois dire ces mots mais si tu veux convier quelqu'un d'autre, je n'y vois pas d'inconvénient. »
« Nous resterons tous les deux dans ce cas » conclut Ducky qui comprit, à demi mot, que l'instant était privé même si Tony lui laissait le choix. « Je vais simplement chercher une boisson et pendant ce temps, tu prends quelques minutes pour te remettre de tes émotions » indiqua t-il en se levant.
Il sortit de la pièce et faillit buter sur Gibbs qui avait fini par s'asseoir sur le sol à quelques pas de la porte ouverte. Ducky secoua la tête et lui fit signe de l'accompagner dans la cuisine.
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Tandis que le légiste préparait une tasse de chocolat pour Tony et un thé pour lui, il mit en route la cafetière qui était prête depuis le matin.
« Jethro, j'ignorais que tu étais du genre à écouter aux portes de cette manière » gronda gentiment le médecin.
« Moi aussi, Ducky » avoua Gibbs. « Mais je n'ai pas pu m'empêcher de rester, c'est tellement rare qu'il s'ouvre ainsi et en même temps, c'est une leçon de courage qu'il me donne d'une certaine façon. Nous avons discuté ce matin et ses propos m'ont donné à réfléchir. Ducky, je vais te charger de ramener l'équipe à DC sans moi, demain » lança t-il soudain.
« Tu veux rester ici ? » s'enquit Ducky.
« Oui, quelques jours » indiqua l'ex marine. « Je crois que Tony et moi avons pas mal de choses à nous dire, je vais me faire violence et… parler, je lui dois de le faire, de lui montrer que ses paroles ne sont pas lettre morte. Je veux redevenir son ami et plus s'il me laisse une chance. »
Ducky déposa une tasse de café devant Gibbs, versa le chocolat et le thé dans les deux autres et releva la tête en assimilant les derniers mots de son ami.
« Qu'entends-tu exactement par ces mots ? » demanda t-il en fronçant les sourcils.
« Allons, Ducky, tu sais parfaitement ce que j'ai voulu dire » le houspilla légèrement Gibbs.
« Pardonne-moi mais tu peux parfois être obscur, Jethro » l'admonesta le légiste.
L'ancien marine soupira et prit le temps de boire quelques gorgées de café. Il savait que Ducky l'acculerait jusqu'à ce qu'il dise ce que le médecin avait envie d'entendre. Et s'il n'était pas prêt à dévoiler ses intentions, il savait qu'il ne couperait pas à un sermon interminable. Il préféra donc éviter d'en passer par là et décida de clarifier ses propos.
« Très bien, Duck, tu gagnes cette fois » capitula t-il en regardant son ami droit dans les yeux. « Je l'aime et ce, sans doute depuis le premier jour. »
« Enfin, tu le réalises et tu oses l'exprimer verbalement » déclara Ducky avec un grand sourire. « Il était temps que tu t'en rendes compte. Je l'ai su bien avant que tu ne l'admettes. »
« Mon côté tête de mule m'a empêché de l'accepter avant mais les évènements survenus cette dernière année et le départ de Tony m'ont permis de réaliser ce qu'il représentait pour moi. »
« J'aurais pu te le dire aussi si tu avais daigné me consulter » se moqua l'écossais. « Vous auriez gagné du temps et des souffrances inutiles auraient pu être évitées. »
« Sans doute avions-nous besoin de cette épreuve pour nous ouvrir les yeux, Duck. As-tu pensé à ça ? »
« Hum » fit Ducky. « Tu as peut être raison surtout que vous êtes aussi borné l'un que l'autre. Deux têtes de mule comme vous, je me demande comment vous allez régir votre vie future si vous arrivez à vous entendre suffisamment pour vous décidez à vous avouer vos sentiments. »
« Seul l'avenir le dira » fut la simple réponse de Gibbs.
« Bon, je vais regagner le salon de musique » décida Ducky. « Tu reprends ta place ? »
« Sans doute. »
« Evite le café alors, tu sais combien l'odorat de Tony est aiguisé » rappela doctement le légiste en reprenant le chemin inverse.
Gibbs finit rapidement sa tasse qu'il posa ensuite dans l'évier avant de suivre silencieusement Ducky. Il s'assit à nouveau près de la porte dans le couloir, dos au mur, prêt à écouter la suite du récit de l'italien. Il était curieux de savoir où allait mener ces confidences mais savait, sans l'ombre d'un doute, qu'elles concernaient le légiste. Il espérait simplement que toutes ses émotions ne les submergeraient pas trop.
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« Tiens, mon garçon, un chocolat chaud » dit Ducky en tendant la tasse à l'italien et en reprenant place dans le fauteuil.
« Merci, Ducky » répondit Tony en lui souriant et en posant la tasse brûlante sur un sous-verre posé sur le piano.
Il regarda à nouveau le portrait de sa mère comme pour y puiser une nouvelle force afin de poursuivre son récit.
« Comme je vous l'ai dit lors de votre arrivée, mes grands-parents sont morts depuis plusieurs années maintenant. Durant mon enfance et mon adolescence, nos rencontres ont été brèves mais intenses, ils m'ont servi de référence sur bien des points en l'absence de vie familiale normale. Ce fut ici que, la plupart du temps, je croisais ma famille italienne, mes cousins, mon oncle et ma tante. J'ai grandi en solitaire, pas d'autres enfants autour de moi et surtout pas ceux des employés. Mais, comme tout gamin, j'ai transgressé cette consigne paternelle à plusieurs reprises. Déjà un rebelle à l'époque comme tu peux le constater » gloussa Tony avec humour pour détendre l'atmosphère. « Les rencontres épistolaires avec mes cousins ne m'ont jamais préparé à intégrer une école ou plutôt un pensionnat comme mon père le souhaitait. Ma grand-mère l'en dissuada et le retint durant quatre années. L'année de mes douze ans, tout changea. Grand-mère tomba malade et mon père en profita pour me faire intégrer RIMA. Dur apprentissage de la vie en communauté que celle d'une école militaire mais RIMA me permit d'échapper aux mariages successifs de mon père et à la promiscuité de belles-mères qui n'avaient que faire de l'enfant d'une autre. C'est aussi à cette époque que j'ai appris à perfectionner mon art, celui de porter un masque et de cacher mes émotions. Et je me lançais à corps perdu dans l'apprentissage de tous les sports qui acceptaient des gamins de mon âge. »
« C'est donc bien ce que je soupçonnais, tu savais masquer tes émotions depuis tes jeunes années pour être aussi habile à le faire » nota sobrement Ducky.
« A vrai dire, au départ, c'était plus un mécanisme de défense qui devint par la suite une seconde nature. Et ce fut également un élément qui présida à mon intégration dans une équipe particulière lors de mon seizième anniversaire. »
Tony s'arrêta et réfléchit durant quelques secondes : allait-il dévoiler l'information qu'il avait déjà donnée à Gibbs le jour de l'arrestation de Prescott ? Sans rien divulguer de compromettant, il pouvait sans doute le faire sous le sceau du secret.
Il choisit de s'accorder une minute de plus pour prendre une décision et s'empara de la tasse de chocolat dont l'arôme lui chatouillait les narines depuis un moment. Il la porta à ses lèvres et goûta le breuvage chaud et sucré que Ducky lui avait préparé.
« Une équipe particulière ? » s'étonna le légiste. « Qu'entends-tu par là, mon garçon. »
« Ce que je vais te dire, je l'ai expliqué à Gibbs mais en aucun cas, tu ne dois en parler à quiconque, Ducky, c'est extrêmement important. Je ne te donne aucun détail, juste une idée de ce que c'était. »
Et Tony reprit son explication, celle qu'il avait déjà faite à l'ancien marine. Ducky écouta attentivement mais ne posa aucune question supplémentaire parce qu'il sut lire au-delà des mots.
« Personne, pas même mes anciens chefs de service, ne sait de quoi il retourne. J'ai toujours accompli les missions en évitant de me faire tuer mais pas sans blessures parfois. Mes collègues ont quelquefois tenter d'en savoir plus mais sans succès. Et tout ceci a été soigneusement enfoui et scellé et ne figure pas dans mon dossier personnel. »
« C'est ce qui explique en partie les blessures qui m'ont tant intrigué dans ton dossier médical, n'est ce pas ? » demanda le vieil homme.
« Oui, en partie, en effet » admit Tony sans préciser à quoi correspondaient les autres. « Mes périodes de convalescence, je les ai passées en majorité au ranch. Entre les bons petits plats de Maria, les soins de Nonna et les longues discussions avec Nonno, j'ai appris que la vie pouvait être faite de petits plaisirs dispensés par des gens désintéressés. Mes grands-parents m'ont prodigué plus de tendresse durant ces quelques années que je n'en ai reçu durant toute ma vie. Nonno a joué le rôle que mon père n'a jamais voulu assumer correctement et ma grand-mère m'a montré que ma propre mère avait manqué d'instinct maternel envers moi, même si elle a cherché à se rattraper durant sa maladie. »
« Elle a choisi d'assumer son rôle d'épouse avant celui de mère » déduisit Ducky. « Elle avait sans doute ses raisons, Tony. »
« Je sais, elle l'a expliqué dans son journal. Mais ce n'est pas le propos ici. Mes grands-parents ont été formidables avec moi, ils ont accepté ce que j'étais sans discrimination, sans tenter une seule fois de me faire changer ou de me culpabiliser. J'ai reçu de leur part un soutien sans faille lorsque j'ai décidé de révéler à mon père qu'il risquait de n'être jamais grand-père à son tour. Il est rentré dans une furie folle et n'a pu se retenir de me brutaliser. Il a fallu toute la force de Nonno, qui était une force de la nature, pour l'arrêter avant qu'il ne me blesse sérieusement. Après ça, nos relations se sont espacées peu à peu jusqu'à être nulles. J'avais alors dix-huit ans et je venais de choisir d'intégrer les forces de police et si possible, les forces spéciales. J'ai finalement choisi le premier choix et j'ai suivi ma voie jusqu'à ce jour où mon chemin a croisé celui d'un certain ex marine, ex sergent-chef devenu agent fédéral. »
« A mon avis, un heureux destin » dit Ducky en souriant.
« Cet ex-marine bourru était accompagné d'un médecin légiste qui a aussitôt fait résonner en moi quelque chose, un souvenir heureux. J'ai ressenti comme une paix me traverser, quelque chose que je n'avais ressenti qu'en présence de Nonno. Chaque contact que nous avons eu durant cette enquête m'a permis de me relaxer, ta présence, Ducky était un baume sur un cœur encore à vif. La mort de Nonno m'a toujours fait culpabiliser parce que je me sentais responsable. »
« Quel est le motif de son décès, Tony ? » demanda doucement Ducky.
« Une chute de cheval et c'était ma faute, je l'avais supplié de m'accompagner alors qu'il ne souhaitait pas sortir. Il m'a fait plaisir et son cheval s'est cabré en sentant un serpent tourner autour de lui. Sa tête a heurté une pierre et il est mort dans mes bras quelques minutes plus tard. Je n'ai jamais pu me pardonner. »
« Tony, c'était un accident que tu ne pouvais pas prévoir et il a accepté de son plein gré de te suivre. Je ne pense pas que ton grand-père te tiendrait pour responsable de sa mort et je suis certain qu'il a dû te le dire juste avant son dernier soupir » devina le légiste en voyant l'expression se peindre sur le visage de son jeune ami.
« En effet, c'est en partie ses derniers mots » reconnut l'italien.
« Un homme plein de bon sens, ton grand-père » déclara le légiste. « J'aurais aimé le rencontrer, je suis certain que nous serions devenus amis. »
« C'est exactement la réflexion que je me suis faite à la fin de l'enquête. Tu me faisais tellement penser à Nonno que lorsque Gibbs m'a fait sa proposition, j'ai tout de suite voulu dire oui mais quelque chose m'a retenu. J'ai demandé quelques jours de plus pour prendre une décision et mettre mes dossiers à jour. J'ai également pris le temps de faire un saut au ranch et je suis allé sur sa tombe. Je lui ai parlé de notre rencontre et c'est à ce moment-là que j'ai décidé d'accepter l'offre de Gibbs. En fait, ce fut une des raisons de ma décision mais c'est de celle-là que j'avais envie de te parler. »
« Tu veux dire que tu as basé ta décision sur le fait que je te faisais penser à ton grand-père » s'étonna Ducky. « Mon dieu, Anthony, c'est la plus belle chose que tu pouvais me dire » s'exclama le légiste avec une voix tremblante.
« A vrai dire, je te considère comme mon grand-père depuis ce jour-là. J'ai retrouvé un certain équilibre grâce à toi, à nos discussions, à ta compréhension, à ta générosité, à ton acceptation sans condition. Ta philosophie de la vie était tellement semblable à celle de Nonno que parfois, je fermais les yeux et ta voix devenait la sienne et tes paroles étaient celles qu'il me disait » avoua l'italien sans honte.
« Après tes aveux, je peux à mon tour te dire que j'ai toujours considéré que le lien qui nous unit depuis notre première rencontre a été identique, Anthony » révéla Ducky en souriant. « J'apprécie beaucoup Timothy et Abby, en son temps Caitlin, il me reste à voir pour Ziva mais toi, mon garçon, tu as touché une corde spéciale dans mon cœur. Si j'avais eu la chance d'être père, j'aurais souhaité t'avoir comme petit-fils. Tu as comblé un vide dans ma vie et même Mère te préfère à tes collègues. Elle me parle de toi lorsque sa lucidité lui revient. Elle aime son gigolo italien comme elle te dénomme. »
« Je sais, j'ai de l'affection pour elle et il est dommage que je ne puisse plus la voir » avoua l'italien. « J'aimais beaucoup nos soirées à jouer aux cartes ou à regarder un film avec elle, ça me rappelait celles que je passais avec ma mère. »
« Elle également aimait ses jours là » soupira Ducky. « Il est étonnant d'ailleurs qu'elle se souvienne de ça alors que sa mémoire était aussi précaire en ce qui concernait le présent. Chez elle, Alzheimer en est au stade 2 mais elle se souvient plus particulièrement de toi, ce qui est curieux dans son état. »
« Je lui rappelle sans doute quelqu'un qu'elle a connu dans sa jeunesse, Ducky, c'est tout » spécula Tony.
Ducky le regarda un instant, les sourcils froncés tandis qu'il réfléchissait à ce que venait de dire Tony.
« Sans doute as-tu raison » finit par dire le légiste. « A l'occasion, je lui poserai la question. »
Il regarda Tony siroter son chocolat tandis que lui-même terminait son thé. Puis, Ducky voulut clarifier les choses et prit le risque de poser la question qui le turlupinait.
« Tu n'as jamais songé faire ces confidences à Jethro ? »
« Oh, non ! » s'exclama Tony presque horrifié. « Ducky, Gibbs est une excellente oreille, je te l'accorde mais il n'aurait sans doute pas su quoi faire d'un homme comme moi pleurant sur son épaule. Il est aussi étranger que moi à toute manière d'exprimer ses émotions, je l'aurais fait fuir et je ne voulais pas lui mettre ce fardeau sur les épaules. Et puis, lui aussi a vécu des moments douloureux dans sa jeunesse, je ne veux en aucun cas lui rappeler des souvenirs pénibles. »
« Tu es au courant ? » s'enquit le légiste sans préciser à quoi il faisait allusion.
« Que Gibbs était orphelin de mère, tout comme moi, même si elle est décédée alors qu'il était adolescent ? » dit-il à Ducky. « Bien sûr, depuis le moment où il m'a proposé de travailler avec lui, j'ai fait quelques recherches sur lui, je tenais à savoir qui serait mon patron avant d'accepter de devenir agent fédéral. »
« Tu ne le lui as jamais dit » affirma Ducky, certain de ce fait.
« Non mais j'imagine qu'il devait s'en douter, il a consulté mon dossier personnel après tout. J'ai simplement fait de même mais je n'ai jamais dévoilé ce que j'avais appris à quiconque. Comme je lui ai dit plus tôt, nous sommes deux hommes qui gardons jalousement notre vie privée et dans la mesure où je n'aime pas étaler la mienne en public, je ne me voyais pas annoncer à Kate, Abby ou McGee ce que je savais sur lui. Je ne serais pas hypocrite au point de lui faire ça alors qu'il a gardé également certains informations pour lui-même même si l'envie lui a pris parfois de les dévoiler pour mon propre bénéfice. »
« Tes collègues auraient sans doute été plus respectueux s'ils avaient su ce que tu valais vraiment, qui tu étais vraiment, mon cher enfant. »
« Comme je l'ai dit à Abby l'autre soir, je ne comptais pas sur mes diplômes pour obtenir le respect des autres. C'était ce que j'étais qui importait, pas ce que j'avais comme diplômes. C'est toujours valable, je ne veux pas obtenir le respect de mes hommes en leur balançant à la figure que je suis plus intelligent qu'eux. De toute manière, ils le savent, ils l'ont appris par eux-mêmes en m'observant travailler avec eux, poser les bonnes questions, prendre les décisions adéquates pour l'avenir du ranch et de l'hôtel. Aucun d'eux ne possède de diplômes prestigieux et pourtant, je ne les échangerai pas contre des employés bardés de brevets mais incapables de bosser correctement. »
« Tu es pragmatique et tu reconnais la valeur du travail bien fait plutôt que celle de l'intelligence arrogante et c'est très bien, ca prouve que tu es conscient de la véritable valeur des gens qui t'entourent » approuva l'écossais.
« J'aime à penser que je sais juger les gens et leur trouver les qualités qui m'intéressent en eux » gloussa doucement Tony.
« Bien, il va être l'heure de s'occuper du repas, il me semble » décréta soudain Ducky. « Abby ne devrait pas tarder à rentrer. »
« Elle dîne dehors, ce soir, Ducky » l'informa son jeune ami. « Elle a accepté l'invitation du technicien du labo de la police et je suis sûr que Stewart les accompagnera. »
« Oh, y aurait-il anguille sous roche entre eux ? » s'étonna le légiste.
« Elle pourrait tomber plus mal ; le Détective Stewart est un gars bien, un très bon flic et un ami sincère pour ceux qu'il considère ses amis » indiqua Tony en le regardant droit dans les yeux. « Gibbs n'a aucun souci à se faire de la voir avec lui. Et si ca peut le rassurer, Stewart est l'un de mes rares vrais amis ici » ajouta t-il. « L'un de ceux qui ne soient pas intéressés par ma fortune, mon rang social ou la liste de mes connaissances politiques ou autres… »
« Je crois que Jethro l'apprécie aussi, ils ont dîné ensemble lors de notre arrivée ici, le premier soir » déclara le médecin. « Il me semble que ce jeune homme lui a fait penser à toi par certains côtés. Donc, je ne pense pas qu'il soit opposé à une relation entre Abigail et ton ami, Anthony. »
« Ce serait formidable si vous choisissiez de venir ici, tu sais, Ducky » dit Tony rêveusement. « Abby avec Stewart, toi et Mme Mallard et pourquoi pas Gibbs lorsqu'il aura pris sa retraite. Nous pourrions être à nouveau ensemble comme au bon vieux temps. »
« Oui, ce serait… formidable comme tu dis » approuva Ducky.
Le légiste sourit intérieurement. Il semblerait que l'idée qui germait dans sa tête ne soit pas aussi insensée qu'il le pensait. Il allait devoir y songer sérieusement et peser les conséquences mais il savait qu'il ne la laisserait pas inexploitée. Maintenant qu'il avait retrouvé Anthony et après leur discussion, il avait bien l'intention de renouer des liens avec lui et de les renforcer encore plus qu'avant. Il aimait déjà l'endroit et voulait y passer les prochains congés qu'il prendrait.
« On peut rêver, n'est ce pas ? Il n'ya a rien de mal à ça et surtout, ca ne coûte rien » lança Tony rompant les pensées du légiste.
« Oui, tout à fait d'accord avec toi, mon garçon » approuva l'écossais. « Bien, je rapporte nos tasses à la cuisine et je t'attends pour choisir notre dîner. »
Et après avoir pris les deux objets, il se dirigea vers la sortie. Alors qu'il gagnait la porte, Tony le stoppa.
« Tu peux dire à Gibbs de me rejoindre au lieu de rester poster dans le couloir » dit-il, d'une voix amusée et en adressant un large sourire à Ducky lorsqu'il croisa son regard.
« Tu savais ? » s'étonna le légiste.
« Comme si je pouvais manquer sa présence » se moqua l'italien. « Je sens l'odeur du café jusqu'ici. Je peux dire sans me tromper qu'il en a pris il y a quelques minutes avec toi dans la cuisine. De là à imaginer qu'il ait eu envie de partager notre conversation, il n'y a qu'un pas que je franchis allégrement. »
« Tu lui en veux pour avoir suivi notre discussion ? » s'enquit Ducky.
« Non, je te l'ai dit, tu pouvais inviter qui tu voulais mais je suis heureux qu'il ait choisi de rester discret. Je n'aurais sans doute pas été à l'aise pour te dire ce que je voulais s'il avait été ici avec nous. »
« Si tout va bien, je suis satisfait. Je te l'envoie… encore qu'il sait que tu l'attends maintenant » allégua le légiste tout en tirant la porte entrouverte pour laisser passer l'ancien marine avant de sortir et de refermer le battant.
Gibbs s'avança et adressa l'un de ses demi sourires à Tony tout en prenant place dans le fauteuil libéré par le légiste. Il planta son regard dans les prunelles vertes si brillantes de l'italien tout en sachant que tous les deux allaient avoir une conversation à cœur ouvert d'ici peu de temps. Et comme il l'avait affirmé à Ducky plus tôt dans la cuisine, il allait devoir s'atteler au seul exercice qu'il arborait par-dessus tout : parler de ses sentiments, de ses émotions, de son passé.
Il devait à Tony de lui rendre la monnaie de sa pièce parce que le jeune homme avait ouvert une porte sur sa propre histoire et en lui permettant de devenir un auditeur attentif de son récit, il ne pouvait faire moins que d'en faire autant. Pourtant, l'exercice serait plus facile sachant que Tony connaissait certaines informations sur sa vie, ce serait ainsi moins éprouvant plus lui.
Il sourit à nouveau et sur une impulsion qu'il ne put maîtriser tout en sachant qu'il risquait de se faire rejeter, il se leva et s'assit près de Tony sur le tabouret. Il se pencha et posa ses lèvres sur celles du jeune homme pour un chaste baiser. Quelle ne fut sa surprise et sa stupeur lorsque l'italien ouvrit la bouche et le laissa l'embrasser plus profondément. Deux bras hésitants se levèrent avant de venir se poser sur sa taille et Gibbs soupira de contentement.
Etait-ce un signe que Tony avait l'intention de réviser sa position vis-à-vis de leur relation ?
Que s'était-il passé pour le faire changer d'avis ?
Avait-il simplement besoin de réconfort et Gibbs se trouvant là, profitait-il de son soutien ?
Ce furent les questions qui traversèrent son esprit avant qu'il ne soit totalement immergé par la sensation agréable d'une langue bataillant avec la sienne. Et pour montrer qu'il appréciait, il laissa Tony en charge de ce baiser lui abandonnant les rênes sans plus lutter.
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La relation entre nos deux hommes change. Pour le meilleur ou pour le pire ?
Tony joue t-il avec Gibbs ?
La réponse bientôt…
