Plus tôt que prévu, voici le chapitre suivant.

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Mais permettez-moi faire une petite digression. Je n'ai pas pour habitude d'exprimer mon opinion sur les coms que je reçois mais je tiens ici à expliquer un problème qui m'a valu la réception d'un commentaire pas très agréable de la part d'une lectrice qui n'a pas de compte donc impossible pour moi de lui répondre par message privé.

Vous avez dû vous rendre compte que mon histoire « Absurde mésentente » était revenue avec une date de mise à jour au 9/3/2013. Ceci est dû à une erreur de ma part lorsque j'ai chargé le chapitre 24 de cette fic, j'ai en effet sélectionné la mauvaise fic qui était terminée et postée complète depuis juin 2009. Ce fait pouvait être aisément vérifiable en consultant les dates des coms de mes lectrices pour le chapitre final, le 20. « Absurde mésentente » n'a subi aucune modification.

D'autre part, il est vrai que je voulais publier la présente fic lorsqu'elle serait terminée, ce qui était le cas lorsque le premier chapitre fut posté. Pourtant, comme je l'ai annoncé dans un chapitre précédent, l'ordinateur qui hébergeait mes histoires a rendu l'âme emportant avec lui le reste des chapitres terminés et qui ne demandaient que quelques corrections. J'ai donc dû m'atteler à la réécriture de tous ces chapitres.

Je rappelle également que j'écris par plaisir et que je prends donc sur mes heures de loisir pour le faire. Il se trouve que j'ai un métier prenant qui réduit considérablement ces heures depuis maintenant deux ans et comme tout un chacun, j'ai une vie personnelle à satisfaire également. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas en mesure de poster aussi régulièrement que je le voudrais.

Ecrire n'est pas aussi facile que nos lectrices (et lecteurs !) peuvent le penser. Il arrive que nous soyons en panne d'inspiration ou simplement que nous ayons besoin de faire une pause. Mais comme je l'ai dit, je ne laisserai pas cette fic incomplète dans la mesure où certains chapitres suivants sont déjà écrits, corrigés et prêts à poster le moment venu.

Je me doute bien que je dois décevoir mon public mais je ne dois pas être la seule dans ce cas.

Si certaines (et certains) d'entre vous lisent des histoires en langue anglaise sur ce site (ce qui est mon cas en ce qui concerne NCIS), vous pourrez constater que parfois des fics n'ont pas de mise à jour durant des mois et même des années. Je me sens alors frustrée également parce que la suite tarde à venir mais je sais être patiente et attendre, quelquefois en vain parce que l'auteur finit par indiquer que l'histoire n'aura pas de fin.

J'espère que vous me pardonnerez ce petit écart et cette mise au point.

Voilà, ce point étant éclairci, je vous souhaite une bonne lecture.

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Chapitre 25 : Stupéfaction

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Tandis que les deux jeunes gens s'acheminaient vers l'aéroport de Dallas, le véhicule qui transportait le reste de l'équipe allait vers la base où normalement un avion allait les ramener à Washington. Gibbs n'avait encore rien annoncé à ses agents et attendait la toute dernière minute pour leur faire part du changement majeur qu'il voulait apporter à leurs arrangements de retour.

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Les cinq passagers quittèrent la voiture et Gibbs laissa ses compagnons s'éloigner avant de discuter un instant avec leur chauffeur qui écouta attentivement avant de s'éloigner. Gibbs prit ensuite la direction du bureau du capitaine où il voulait vérifier les dernières informations concernant leur vol de retour. Il n'avait pas encore atteint le bureau lorsque l'un des assistants l'intercepta.

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« Agent Gibbs, le capitaine est absent pour le moment » l'informa t-il. « L'avion qui doit vous emmener est sur le tarmac, son chargement est en cours de transfert. Il devrait être prêt à partir d'ici une heure, nous avons pris un peu de retard. J'espère que ça vous convient ? »

« Parfaitement, Caporal, merci pour l'info » dit poliment l'ancien marine avant de repartir dans le sens inverse.

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Il fit signe à Ducky dès qu'il fut en vue et le légiste le rejoignit.

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« Départ dans une heure, Ducky » lui annonça t-il.

« Quand vas-tu leur dire ? » demanda le médecin.

« Au moment de l'embarquement, je ne veux laisser aucune chance à Ziva d'avertir la directrice avant que je ne l'appelle » murmura Gibbs en tournant le dos à son équipe.

« J'imagine qu'elle doit se poser des questions sur ce qui se passe, elle ne cesse de te jeter des regards suspicieux depuis un moment » l'avertit l'écossais.

« Elle n'osera pas me questionner » affirma l'agent. « Si elle est un tant soit peu prudente, elle ne cherchera pas à m'affronter ici et maintenant sans savoir ce qui se passe réellement. »

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Ensuite, les deux amis s'installèrent sur les sièges et attendirent patiemment l'heure du départ. Comme l'avait prévu Gibbs, Ziva ne chercha pas à l'interroger mais son incessant va et vient et le fait qu'elle se mordillait les ongles firent comprendre à son patron qu'elle était nerveuse. La façade d'impassibilité de l'israélienne se fissurait et le contrôle de ses émotions était plus difficile.

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Jameson et McGee discutaient tranquillement sans paraître se préoccuper de leur collègue qui ne chercha pas à s'immiscer dans leur conversation. Gibbs et Ducky avaient, quant à eux, choisi de rester silencieux ou d'échanger juste quelques mots ici et là. Ziva les surveillait tous deux en essayant de le faire discrètement mais sans succès.

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Gibbs sourit intérieurement, la jeune femme pensait sans doute qu'il ne s'en apercevait pas mais franchement, elle avait une trop grande opinion d'elle-même si elle pouvait s'imaginer un instant gruger l'ancien marine. En tant que sniper, il lui avait fallu développer ses instincts et notamment celui d'appréhender son environnement et d'être toujours en alerte. Ce n'était donc pas une jeunette comme Ziva qui pouvait l'entourlouper.

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Il attendit donc que l'heure du départ sonne sans chercher à s'approcher d'elle ou à l'engager dans une conversation. L'attitude de l'israélienne l'avait dérouté parce qu'il n'en connaissait pas la raison. Depuis sa conversation avec Tony au sujet de Jenny et Ziva, tout était plus clair. Et ses soupçons sur la véritable raison de son intégration dans son équipe étaient désormais bien plus évidents.

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Il soupira doucement, il savait que sa décision de prendre quelques jours de congé allaient inévitablement soulever un tollé de protestation de la part de la directrice et certainement de la colère de Ziva pour être informé au dernier moment. Mais il s'en moquait, il n'avait pas de compte à rendre à la jeune femme, elle n'était après tout que sa subordonnée et il n'avait pas à la tenir au courant de son agenda.

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L'assistant du capitaine s'approcha enfin de lui.

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« Agent Gibbs, l'avion est prêt au décollage, vous pouvez embarquer à l'instant » annonça t-il.

« Merci bien, je vais avertir mon équipe » lui répondit Gibbs.

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L'ancien marine se tourna vers ses agents et constata que tous trois l'observaient.

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« Embarquement immédiat » déclara t-il simplement.

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Chacun s'empara de son bagage et s'en fut vers le terrain où l'appareil les attendait. Ducky échangea un regard avec Jethro et lui serra amicalement l'épaule.

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« Profite bien de ces quelques jours, Jethro » conseilla t-il en souriant. « Resserre les liens entre Anthony et toi. »

« J'y compte bien, Ducky et assure toi que Jenny ne s'en prenne pas à McGee. Au moindre problème, passe-moi un coup de fil. »

« Bien sûr, mon ami, je te tiens au courant de la situation si elle s'envenime. Bonnes vacances » le salua le légiste en montant dans l'avion.

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Il prit la place que McGee lui désignait et s'installa confortablement. Aussitôt, le copilote vint fermer la porte et Ziva fronça les sourcils.

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« Où est Gibbs ? » questionna t-elle presque agressivement.

« Ce ne sont pas vos affaires, ma chère » dit le médecin d'un ton calme et posé.

« Je savais qu'il préparait quelque chose » lança t-elle d'une voix venimeuse. « Cette satanée affaire n'apporte que des problèmes. »

« Sans doute pour vous, Ziva mais pour moi, il en va tout autrement » répondit Ducky en souriant largement et sans détailler. « Maintenant, si vous permettez, je souhaiterais que ce vol se passe sans histoire ; donc si vous pouviez brider votre mécontentement, ce serait avisé de votre part. »

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Elle le regarda d'un air mauvais. Elle savait que le trio avait été traité avec des égards qu'elle-même n'avait pas eus et elle enrageait d'avoir été mise à l'écart comme une pestiférée. DiNozzo paierait pour ça, pour l'avoir fait passer pour ce qu'elle n'était pas, selon elle. Elle avait fait des rêves qui ne verraient jamais le jour et tout était la faute de cet italien borné qui s'était rebellé alors qu'elle pensait l'avoir maté.

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Aucun homme n'avait jamais résisté à son charme lorsqu'elle voulait obtenir quelque chose. Mais DiNozzo avait vu clair en elle, en quelques jours, il avait percé à jour ses dessins et dans la foulée, il avait également su ce que Jenny avait en tête. Leurs projets étaient désormais bons à jeter car sans lui et sa fortune ou les appuis de son père, les deux femmes ne pourraient pas réaliser les plans qu'elles avaient formulés avec tant d'espoir.

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Gibbs regarda l'avion s'élancer sur la piste avant de repartir vers la voiture du ranch. Il lui restait pourtant une tâche difficile à accomplir avant de pouvoir se libérer l'esprit et de songer à passer quelques jours agréables avec son italien. Il sourit en imaginant la tête de Tony s'il l'appelait ainsi alors que leurs relations étaient encore balbutiantes et qu'il leur faudrait sans doute quelque temps pour les consolider de nouveau.

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Il attrapa son téléphone et appuya sur la touche mémoire du numéro de la directrice. Il attendit qu'elle décroche et prit une profonde inspiration lorsque sa voix retentit dans l'écouteur.

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« Agent Gibbs, vous daignez enfin me contacter, comme c'est aimable à vous » susurra t-elle, ironique.

« Bon sang, Jenny, cesse un peu ce cinéma » bougonna t-il agacé par son attitude puérile. « On dirait une midinette en colère contre son petit ami. »

« C'est sans doute ce que je suis, Jethro » dit-elle en revenant à un ton plus normal.

« Ne te fais aucune illusion, Jen, je ne remplirais pas ce rôle à tes côtés » déclara t-il irrité.

« Dois-je en conclure que tu ne souhaites pas renouer nos liens passés ? » questionna sa supérieure.

« Tu as choisi ton destin en France il y a plusieurs années, ne viens donc pas te plaindre » grommela t-il.

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Sans doute comprit-elle qu'elle ne parviendrait pas à le faire fléchir car elle changea de sujet.

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« Vous êtes sur le chemin du retour, j'imagine ? »

« L'équipe est en chemin en ce moment même » annonça t-il. « Du moins, une partie de l'équipe » compléta t-il rapidement.

« Comment ca, une partie de l'équipe ? » clama t-elle aussitôt. « Qui as-tu laissé derrière ? »

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Il se demanda un instant s'il n'allait pas lui laisser la surprise à l'arrivée de l'avion lorsque Ziva pourrait la contacter mais renonça, il n'était pas un couard et il valait mieux que l'information vienne de lui.

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« A vrai dire, je suis resté sur place » finit-il par avouer.

« Et pour quelles raisons exactement as-tu décidé de ne pas rentrer ? » s'emporta t-elle de suite. « Et combien de temps vas-tu rester là-bas ? J'ai besoin de mon équipe au complet ici et maintenant, Jethro. Tu pourras baguenauder sur ton temps libre mais pas lorsque tu choisis de le faire. »

« Si tu le prends comme ça, Jenny, je peux toujours déposer ma demande de mise en retraite » menaça t-il tranquillement. « Si tu avais consulté tes mails, tu aurais remarqué que j'ai posé quelques jours de repos, des jours que le service des Ressources Humaines me presse de prendre depuis un bon moment. Tu ne cesses de refuser les dates que je propose sous le prétexte d'affaires urgentes à résoudre. Cette fois, j'ai décidé d'utiliser une autre tactique et je t'impose mes choix. »

« Et si une enquête délicate et extrêmement urgente requière ta présence, puis-je t'appeler ou dois-je me débrouiller d'une autre façon ? » s'enquit-elle furieuse.

« Je serais aux abonnés absents pour les deux prochaines semaines, Jen » l'informa t-il. « Je suis certain que d'autres équipes seront en mesure d'assurer les urgences. Je ne suis pas si indispensable que ça et tu pourras toujours confier l'affaire à ta fidèle acolyte. Sur ce, je te laisse, je suis attendu. »

« Je ne doute pas que DiNozzo doit être enchanté de savoir que tu l'as choisi avant ton travail, ce doit être nouveau pour lui » railla t-elle d'un ton grinçant.

« Avec lui, au moins, je sais ce que je veux et ce qu'il veut » conclut Gibbs avant de raccrocher abruptement comme à son habitude.

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Qu'elle aille au diable ! songea t-il. Elle ne se mettra pas en travers de mes plans, je ne la laisserai pas me dicter ses desiderata comme par le passé. Jamais plus je ne permettrais qu'elle me mène en bateau.

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Et sur ce, il s'avança vers le véhicule dans lequel il prit place sans un mot. Le cow-boy, qui fumait tranquillement tout en l'attendant sans montrer la moindre impatience, éteignit sa cigarette dès qu'il vit l'ancien marine approcher et reprit sa place au volant. Il démarra et se dirigea vers le ranch sans un mot. Tout comme Gibbs, il n'était pas bavard et ça arrangeait bien les affaires de l'agent. Il réfléchissait à ce qu'il dirait à Tony lorsque ce dernier le verrait rentrer.

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Il appréhendait un peu son retour mais la surprise serait sans doute ce qui s'inscrirait sur le visage de l'italien. Le jeune homme avait toujours connu Gibbs comme étant un bourreau de travail et il ne s'imaginait sans doute pas qu'il serait capable de prendre quelques jours de repos ainsi inopinément. Ce n'était décidément pas dans ses habitudes d'agir impulsivement mais un an était un délai bien trop long dont il avait presque maudit chaque jour.

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Tony avait passé deux heures avec Maria et sa famille avant de regagner le ranch. Retrouver la demeure vide lui fit un curieux effet, la vivacité et l'exubérance d'Abby l'avaient animé ces derniers jours et l'ambiance en avait été plus légère. Il avait tellement appréhendé la rencontre avec son ancienne équipe lorsqu'il avait compris que l'affaire relevait de la compétence du NCIS. Finalement, ces quelques jours avaient été riches en évènements, certains heureux et d'autres carrément irritables mais dans l'ensemble, il avait été content de les revoir, du moins pour trois d'entre eux.

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Il n'avait aucune envie de rejoindre ses hommes pour l'instant et choisit plutôt de se délaisser et de se vider l'esprit et une seule méthode pour le faire : jouer du piano. Depuis qu'il avait le temps de s'accorder quelques heures de loisir, il avait décidé de renouer avec la musique et il s'était aperçu qu'elle avait toujours cet effet magique sur lui, elle lui permettait de s'immerger totalement et d'oublier ses soucis.

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Il n'avait pas souvent eu l'occasion de pratiquer durant ses années au NCIS en raison des horaires infernaux que Gibbs leur faisait mener mais depuis son installation au Texas et après quelques semaines, il avait aménagé la pièce en salon de musique et venait jouer plus volontiers qu'auparavant. Il avait retrouvé les partitions favorites de sa mère et ses compositions personnelles qu'il utilisait pour se détendre.

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Ses grands-parents avaient évité de montrer leur déception lorsque Tony avait refusé, en son temps, leur proposition d'installer le piano dans la maison pour lui permettre de jouer. La mort de sa mère l'avait tellement affecté qu'il avait pris en grippe la vue du piano parce qu'il lui rappelait les dernières heures passées auprès d'elle à jouer ses morceaux préférés. Elle était décédée en entendant son fils jouer et c'était un souvenir plutôt pénible pour lui.

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Heureusement, le temps avait fait son office et quelque peu atténué son chagrin et désormais, il était capable de s'asseoir sur le tabouret (le même que lorsqu'il était enfant, sa grand-mère l'avait fait restaurer), de déterminer son humeur avant de se lancer dans son interprétation. Son jeu avait d'abord été hésitant les toutes premières fois mais bien vite, la fluidité et la dextérité revinrent.

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Aujourd'hui, il avait plus qu'envie de s'évader dans la musique qui lui permettrait d'atténuer sa tristesse. Dire qu'il pensait pouvoir reprendre le cours de sa vie avant l'irruption de son ancienne équipe ! Un leurre qu'il avait entretenu soigneusement mais ces deux derniers jours avaient bouleversé tout ça. La décision de Cole, sa discussion avec Ducky, les prémisses de sa nouvelle relation avec Gibbs étaient autant de sujets qui allaient demander une sérieuse réflexion.

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Il posa ses doigts sur le clavier, se vida l'esprit et laissa une mélodie s'imposer à lui. La musique douce d'abord puis progressivement les morceaux s'enchainèrent, des extraits courts en fonction de ses pensées. Tantôt lents, tantôt rapides, tantôt violents, tantôts furieux, les airs défilaient et il était si immergé qu'il n'entendit pas la porte principale s'ouvrir.

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Gibbs remercia son chauffeur qui le déposa à nouveau devant la porte d'entrée et le salua d'un simple signe de tête avant de repartir vers le quartier du personnel. L'ancien marine contempla un instant la maison se demandant s'il avait pris la bonne décision. Puis résolument, avant de changer d'avis et de demander à être reconduit à l'aéroport pour prendre un prochain vol, il ouvrit la porte et entra.

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Aussitôt, il stoppa avant de s'avancer plus avant lorsqu'il entendit la musique qui s'échappait du salon de musique. Il sourit, il allait en fin de compte entendre le jeune homme jouer et pouvoir juger le pianiste. Et si ce qu'il écoutait était un échantillon du talent de l'italien, il serait enchanté de s'asseoir et de savourer la musique. Il n'était pas un connaisseur expérimenté mais Shannon l'avait suffisamment associé à cette forme d'art, de même que Ducky qui était un fin mélomane, pour qu'il puisse apprécier le talent de Tony.

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Doucement, il fit son chemin vers le salon, poussa lentement la porte et prit place dans le fauteuil. Tony jouait, les yeux fermés et il était tellement concentré qu'il ne s'aperçut pas de la présence de l'ancien marine. Et durant presque une heure, Gibbs put s'enivrer des airs joués avec expertise et surtout avec émotion. Il pouvait imaginer divers scenario se dérouler sur les différentes mélodies rien que par le rythme de la musique. Et ceci démontrait bien tout le talent de Tony.

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Finalement, l'italien stoppa, les mains posées sur le clavier. Il reprit lentement conscience de son entourage et amusé, Gibbs le vit renifler discrètement l'air avant de se tourner vers lui, les yeux écarquillés.

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« Gibbs ! » s'exclama t-il stupéfait. « Quelque chose à retarder le vol ? » demanda t-il.

« Non, l'équipe a embarqué comme prévu » répondit Jethro calmement, laissant Tony prendre la mesure de sa réponse.

« Oh, tu as décidé de t'octroyer des vacances ! » en déduisit aussitôt l'italien. « J'imagine que Mme La Directrice ne doit pas être enchantée de s'être fait forcer la main. »

« C'est le moins que l'on puisse dire » grimaça Gibbs en se souvenant de ses propos.

« Tant pis pour elle » statua simplement Tony. « Combien de temps restes-tu ? »

« Deux semaines si tu es d'accord pour que je reste ici » s'enquit Jethro avec un peu d'appréhension.

« Quelle question ! » déclara Tony en se levant pour venir s'agenouiller devant son ami. « Mon invitation est permanente et pour autant de temps qui te plaira » ajouta t-il doucement en plongeant son regard dans celui de l'homme.

« Je n'étais pas sûr… » commença t-il avant d'être coupé.

« Je n'ai pas fait cette proposition à la légère, surtout maintenant » affirma l'italien avec fermeté tout en serrant la main de son ami dans la sienne. « Je sais que nous devrons discuter et surtout être honnêtes l'un envers l'autre mais nous devrons aussi prendre le temps de refaire connaissance » poursuivit-il en souriant.

« Je sais, je ne suis pas fan de cet exercice mais me taire ne m'a rien apporté de bon au cours de mes précédents mariages ou mes relations épistolaires » avoua Gibbs en grimaçant. « C'est le sujet principal de mes divorces ou des ruptures. Je vais tâcher de faire un effort et je te dois bien de suivre ton exemple. Tu as eu le courage de dévoiler à Ducky, et par la même occasion à moi, une partie de ton enfance et surtout un moment pénible. Je crois qu'il serait juste que je fasse de même mais peut être pas tout de suite. »

« Nous avons eu la chance de travailler ensemble durant plusieurs années, d'apprendre à connaître celui que nous étions alors durant cette période » reconnut Tony. « Nous n'avons jamais abordé notre vie avant notre rencontre mais toute relation s'appuie sur un minimum de connaissances de la vie passée de l'autre. Notre passé, nos expériences, nos joies et nos peines définissent celui que nous sommes actuellement. Il faut savoir accepter de se dévoiler pour nouer des liens profonds et durables, Jethro. Je sais, tu vas dire que moi aussi, j'ai été une tombe en ce qui concerne mon enfance et ma relation avec mon père et je l'assume. Cependant, aujourd'hui, nous avons la chance de repartir sur une nouvelle base, de faire table rase de nos différends et de reprendre une relation nouvelle. Est-ce que tu es prêt à ouvrir la porte de ton passé, à me laisser voir le Jethro que tu étais avec Shannon et Kelly ou vas-tu décider que je n'ai aucun droit de savoir ? Réfléchis bien à ce dilemme parce que ta réponse déterminera notre futur. »

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Gibbs regarda Tony d'un air sérieux et grave mais avec une pointe d'amusement. Il prit une profonde inspiration avant de présenter sa réponse à un italien qui le scrutait avec attention et espoir.

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« J'ignorais que tu pouvais être aussi… philosophe et profond » dit-il en souriant. « Je ne vais pas m'épancher ici et maintenant, tu t'en doutes mais j'avais déjà décidé de te parler de mes filles un jour ou l'autre parce que leur disparition tragique a provoqué un phénoménal changement en moi. Ducky m'a fait remarquer, quelque temps après ton arrivée au NCIS, que tu lui rappelais celui que j'avais été lors de notre rencontre. C'est vrai que notre vie est rythmée par ce que nous vivons et avoir perdu mes deux amours m'a profondément marqué. »

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Il posa les doigts sur les lèvres de Tony lorsqu'il comprit que le jeune homme allait l'interrompre et caressa la joue de son pouce avant de reprendre son monologue qui allait certainement entrainer l'étonnement de l'italien, il le savait.

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« J'ai changé après leur mort, j'ai changé après la trahison de Jenny, j'ai changé après chacun de mes divorces mais j'ai aussi changé après notre rencontre » reprit-il donc. « Je n'ai pas su gérer les sentiments que tu m'as inspirés parce que je refusais de les accepter. J'ai été un vrai bâtard à certains moments parce que je ne voulais pas voir que tu étais ou serais important pour moi si je le voulais et à l'époque, je le niais de toutes mes forces. Mais tout ceci sera l'objet d'une autre confession très bientôt, je te le promets ici et maintenant, solennellement » termina t-il en posant une main sur son cœur.

« Ok, du moment que tu ne te fermeras pas comme une huitre si je lance une question personnelle, je suis prêt à t'accorder le temps nécessaire » déclara l'italien.

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Gibbs se pencha ensuite et posa ses lèvres sur celles de Tony qui, sans hésiter une seconde, ouvrit la bouche pour le baiser que Jethro souhaitait depuis son arrivée. Les deux hommes le savourèrent avant de se séparer. Puis Tony se releva, lui tendit la main et l'entraîna vers la cuisine.

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« Après ces instants cruciaux, une bonne tasse de café te fera plaisir, j'en suis sûr » dit-il en lui lâchant la main pour s'activer avec la cafetière.

« Bonne idée » approuva Jethro. « Toujours su ce qui m'intéressait vraiment, n'est ce pas ? » gloussa l'ancien marine.

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Le son surprit tellement Tony qu'il faillit faire tomber la tasse qu'il avait en main. Il se tourna vers l'autre homme, les sourcils levés et un air totalement ébahi peint sur son visage avant qu'il parle.

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« Mince, je crois bien que c'est la première fois que je t'entends glousser » remarqua t-il en secouant la tête, encore incrédule.

« Décidé de te montrer qui je suis » avoua Jethro. « Pas besoin de masque avec toi, je peux et dois être moi-même ici, je n'ai pas à jouer les chefs tyranniques parce que tu n'es plus mon subordonné » déclara t-il en haussant les épaules et pour expliquer son attitude.

« Je suis impatient de découvrir le vrai Jethro dans ce cas, je suis sûr que je vais l'apprécier bien plus que le 'Gibbs, second b pour bâtard' que tu étais souvent avec moi » approuva l'italien en lui offrant la tasse de café qu'il venait de verser.

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Gibbs accepta le mug et le porta aussitôt à ses lèvres pour masquer un peu son embarras. Jamais il n'avait été aussi prolixe et aussi honnête avec quelqu'un qu'en ce moment avec Tony et c'était dire s'il considérait l'homme comme important pour lui. Il dégusta le breuvage tout en songeant à quelques vérités.

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Peu de personnes se voyaient offrir une seconde chance dans la vie, un second bonheur encore moins. Il avait déjà eu le privilège de rencontrer la femme de sa vie, de connaître quelques années de bonheur avec elle, de devenir père grâce à elle. Il n'avait mesuré sa chance que lorsqu'elles lui avaient été enlevées. Ses trois autres mariages n'avaient été que des mascarades, l'espoir de retrouver ce qu'il avait connu avec Shannon en épousant des clones de sa défunte femme.

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Son univers avait été totalement chamboulé lorsqu'il avait croisé le chemin d'un jeune détective qui avait le sourire facile, le contact aisé et qui n'avait montré aucune hésitation à le défier, lui, l'ancien marine connu pour son caractère difficile et son dégoût pour les imbéciles. L'italien avait ravi son cœur en un éclair et la rapidité et la facilité avec lesquelles il était parvenu à percer la carapace qui entourait son cœur l'avait positivement effrayé.

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Il avait alors décidé de brider ce sentiment naissant, de l'anéantir, de l'enfouir au plus profond parce qu'il considérait qu'il trahissait sa bien-aimée Shannon en étant attiré par… un homme. Il ne pouvait pas accepter que son corps réagisse avec avidité chaque fois qu'il s'approchait de l'italien et pendant les quelques jours que durèrent l'enquête qui les avaient réunis, il n'avait montré que son côté bâtard.

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Il avait été surpris, puis intrigué de voir Tony lui tenir tête si nécessaire, le défier si besoin, le contredire si justifié. Il venait de rencontrer sans aucun doute un spécimen rare, quelqu'un qui n'hésitait pas à se mesurer à lui et c'était rafraichissant. A tel point que la trahison du partenaire du jeune détective lui avait permis de tenter sa chance en lui offrant une place dans son équipe.

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Et depuis ce jour, il n'avait cessé de maudire son impulsivité inhabituelle parce que la proximité de l'italien était difficile à combattre. Le jeune homme, avide de prouver que l'ancien marine pouvait compter sur lui, tentait par tous les moyens de le satisfaire et était plus que conciliant avec le mauvais caractère de son supérieur.

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Puis, peu à peu, le jeune agent avait pris de l'assurance et montré des initiatives qui avaient rassuré l'ancien marine. Les six années passées dans divers postes de police avaient aguerri le policier et son expérience et son unique talent pour dénicher des détails incroyables qui résolvaient parfois leurs enquêtes étaient des atouts précieux.

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La très courte période de travail en commun avec Blackadder n'avait rien eu de remarquable. Les deux jeunes gens s'étaient contentés de se côtoyer et de bosser ensemble du mieux qu'ils pouvaient sans se monter la tête. L'éviction de la jeune femme de l'équipe après sa bourde en Espagne avait permis aux deux hommes de devenir un tandem exceptionnel parce qu'ils étaient complémentaires et que l'italien avait réussi l'exploit de comprendre l'ancien marine d'un simple coup d'œil, d'un simple geste.

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Tout avait changé lorsque Gibbs avait choisi de recruter l'agent secret Caitlin Todd. Il avait senti Tony devenir plus réservé durant quelques semaines tandis qu'il jaugeait cette nouvelle partenaire. La jeune femme avait tout de suite pensé être meilleure que l'italien et avait essayé de l'intimider, voire de le déprécier, d'invalider ses compétences sous tous les prétextes possibles.

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La rapide réponse de Tony avait été de devenir quelqu'un qu'il n'était pas, un blagueur et un fouineur, ce qui irritait prodigieusement la jeune femme. Jamais elle n'avait soupçonné que l'italien n'était pas celui qu'il s'évertuait à jouer outrageusement. La formidable expérience de Tony à se glisser dans la peau de qui il voulait avait aveuglé Kate malgré son diplôme de profileuse. Malgré leur rivalité, sa mort avait durement touché Tony, de ca, il était certain et même convaincu.

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L'adjonction, une année plus tard, de McGee avait une nouvelle fois changé la donne parce que les compétences en informatique du jeune homme étaient grandement appréciées et avaient ravivé les doutes de Tony quand à sa place et sa raison d'être dans l'équipe. Le constant rappel de l'agent junior concernant ses diplômes n'avait pas arrangé la situation et McGee, qui s'en était rendu compte, en abusait.

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Ensuite, l'adjonction forcée par Jenny de Ziva David au poste occupée par Kate et le fait qu'elle soit la sœur de son assassin avaient encore ajouté un poids au doute de Tony. Mais les relations tendues entre les deux jeunes gens avaient une origine alors inconnue de l'ancien marine, origine que l'enquête présente avait permis de mettre à jour. Elle expliquait clairement l'antagonisme de l'israélienne envers l'italien.

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Et pour finir, l'attitude de McGee et David qui avaient abouti à l'affaire épineuse qui avait déclenché toute une série de répercussions dont la principale avait été le départ de Tony. Gibbs n'avait pas su faire face à la démission de son second, il avait été persuadé que l'ancien détective serait beau joueur et reconnaitrait sa forfaitise. Sauf que le jeune homme n'était nullement coupable et que les allégations de Ziva étaient telles qu'il y avait cru, d'autant plus qu'il était redevable envers elle de lui avoir sauvé la vie.

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Durant les quelques mois suivants, il avait bien cru qu'il ne saurait survivre sans son italien, sans l'homme qu'il… aimait tant… parce qu'il avait fini par l'admettre, il était amoureux de Tony et il l'avait lâchement abandonné comme le jeune homme le lui avait fait remarqué, ou plutôt jeté à la figure, le premier jour de leurs retrouvailles.

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Oh, il avait combattu de toutes ses forces durant presque cinq ans ses sentiments contre nature qu'il éprouvait pour l'italien mais rien n'y avait fait. Plus il tentait de se persuader qu'il ne pouvait être amoureux d'un homme, plus le sentiment s'imposait chaque jour davantage. Et puis, un matin… ou plutôt un soir, après quelques verres avalés en solitaire, il avait capitulé et reconnut qu'il était épris d'un homme comme il l'avait été de sa première femme.

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Cette révélation était pourtant tardive et il avait perdu l'objet de son amour pour avoir permis à des éléments extérieurs d'obscurcir son jugement et de l'aveugler au point de commettre le seul acte qui lui répugnait, à savoir bannir Tony de sa vie. Et tout était sa faute pour n'avoir pas pris la précaution de vérifier les allégations mensongères d'une femme humiliée.

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Depuis, il avait fait son mea culpa personnel et privé et s'était abruti de travail pour soulager sa conscience accusatrice.

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Il s'était promis de réparer les dégâts si, un jour, par miracle, il retrouvait le jeune homme.

Il s'était juré de tout faire pour réparer ses erreurs et renouer avec lui.

Il s'était dit qu'il ne laisserait plus personne lui dicter ses desiderata.

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Et ce n'était pas parce que Tony ne correspondait pas aux standards classiques du couple qu'il devait renier ses sentiments envers lui.

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Non, le temps n'était plus où il laisserait des idées rétrogrades d'un autre âge le tenir éloigné de son amoureux. Lui aussi voulait sa part de bonheur pour compenser celle qu'il avait perdue par la faute d'un criminel. Et si elle passait par sa vie avec un homme qu'il aimait, eh bien, qu'il en soit ainsi !

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Toutes ses réflexions passèrent en un éclair dans l'esprit de Gibbs tandis qu'il sirotait son café et que Tony l'observait en se demandant quelles étaient ses pensées. L'italien voyait son ami tantôt froncer les sourcils et serrer les dents, tantôt esquisser un léger sourire. Il était évident qu'il devait revivre des évènements passés, heureux et malheureux, et la satisfaction qui s'inscrivit finalement sur ses traits disait qu'il était parvenu à une décision finale qui lui plaisait.

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« Eh, Jet, tu sembles à des milliers de kilomètres d'ici » déclara soudain Tony. « Tout va bien, n'est ce pas ? »

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La voix du jeune homme tira l'ancien marine de ses pensées et il leva les yeux pour rencontrer les prunelles vertes interrogatives et légèrement anxieuses.

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« Oui, tout va bien, Tony » lui répondit-il. « Tout va même très bien. »

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Et sur cette sentence, il se rapprocha de Tony qu'il enlaça et embrassa tendrement avant de l'étreindre. Les prochains jours devraient cimenter leurs retrouvailles, renforcer leur relation et développer leur amour tranquillement mais sûrement.

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Gibbs ne partirait que lorsque Tony aurait l'assurance qu'il l'aimait et si cela devait prendre plus de quinze jours, il prolongerait ses congés que Jenny soit contente ou non.

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Alors que va-t-il donc se passer durant ces vacances ? La réponse au prochain chapitre.

A bientôt

A+