Voici le chapitre suivant qui ne fait pas avancer trop l'histoire mais qui plante un peu plus le décor et surtout la relation Tony/Gibbs.
Bonne lecture.
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Chapitre 26 : Probation
Les deux hommes passèrent le reste de la journée tranquillement, s'occupèrent des chevaux à nouveau ensemble tandis que le personnel évaluait les dégâts causés par la tempête et le temps qu'il faudrait pour les réparations.
Ils prirent leur repas à la table de la cuisine tout en discutant de certaines enquêtes traitées par l'équipe depuis le départ de Tony. Gibbs réussit l'exploit d'éviter de prononcer les noms de McGee et David, se référant à 'ses agents' pour parler d'eux. Il raconta deux ou trois affaires conjointes avec le FBI et comment Sachs s'était retrouvé à travailler avec eux et s'était fait encore ridiculisé au grand amusement de l'ancien marine qui regrettait que Tony ne puisse voir ça.
A son tour, Tony parla de son travail, de ses propres chevaux et de ceux qu'il dressait pour ses clients. Il relata quelques anecdotes de courses ou des rodéos auxquels ses hommes participaient pour des œuvres caritatives. Il parla aussi des journées consacrées aux enfants malades instituées sous son égide mais inspirées par sa grand-mère. Deux ou trois fois par mois, les enfants les plus valides étaient amenés au haras pour passer la journée parmi les chevaux qu'ils nourrissaient, caressaient et montaient tout leur saoul.
Gibbs entendit bien la tristesse qui perçait sous les mots que Tony utilisait, il comprenait que l'homme devait se souvenir de sa propre enfance, de sa solitude parfois. Il donnait à ses gamins ce qu'il aurait souhaité avoir lui-même, un peu de rêve et de chaleur humaine. La générosité de l'italien n'avait d'égal que l'amour qu'il avait dans le cœur et ce n'était pas à sa fortune que Jethro pensait. Il savait que Tony pouvait être le plus attentif et le plus respectueux des hommes, il l'avait montré tant de fois envers les victimes au cours de leurs enquêtes.
Ce qui surprenait surtout l'ancien marine était que son ancien second paraissait à l'aise avec les enfants alors qu'il était littéralement figé lorsque son patron lui demandait de s'occuper d'un gamin lorsqu'il travaillait à l'agence. Etait-ce une ruse ou Tony avait-il appris à les côtoyer sans les craindre ? Sans doute y avait-il eu un évènement déclencheur qui l'avait tellement marqué qu'il s'était rendu compte qu'il manquait de vivre réellement s'il délaissait ainsi une partie des habitants de la planète… !
Il fut sorti de ses réflexions par la voix de son compagnon.
« Veux-tu diner ici ce soir ou au restaurant ? » proposait l'italien.
« A vrai dire, je n'ai pas vraiment de tenue correcte pour sortir » avoua t-il en soupirant.
« Pas grave, je devrais avoir quelque chose qui te convienne et si ce n'est pas le cas, nous pouvons toujours aller faire quelques emplettes à Dallas, il y a quelques magasins qui devraient te convenir » répliqua Tony en souriant.
Gibbs réagit plus à la perspective de porter les vêtements de l'italien que de passer du temps dans les magasins.
« Essayons d'abord ta garde-robe, DiNozzo, je suis sûr que j'y trouverais bien une chemise et un pantalon convenables » suggéra t-il.
« Ok, dans ce cas, suis moi et je te montre » dit Tony en s'élançant vers les escaliers qui monta à toute vitesse.
Il pénétra dans sa chambre et ouvrit les portes du placard invitant Gibbs à venir choisir parmi la monstrueuse quantité de vêtements pendus et rangés par type.
« Que dois-je prévoir ? » demanda Gibbs ne sachant pas où ils mangeraient.
« Quelque chose de classique, pas trop formel mais pas de jean » l'informa Tony qui avait un restaurant en tête.
Gibbs farfouilla donc tranquillement dans l'armoire et sortit une belle chemise d'un bleu clair et un pantalon gris clair qu'il plaqua contre lui pour s'assurer qu'il ne serait pas trop long. Avec sa paire de boots, ce devrait faire l'affaire. Il montra son choix à Tony qui l'approuva d'un signe de tête et d'un sourire avant de plonger parmi la montagne de vêtements parmi laquelle il sélectionna une chemise verte et un pantalon noir. Il sourit à Gibbs avant d'ouvrir un tiroir et de prendre un boxer noir et des chaussettes.
« Besoin de sous-vêtements ? Fais ton choix » précisa le jeune homme en lui désignant le tiroir.
Bien que Gibbs soit tenté, il avait encore en réserve les siens lavés grâce à la machine à laver du ranch. Il n'allait pas oser porter des vêtements aussi intimes et Tony semblait le savoir parce qu'il souriait franchement sans se cacher.
« Tony ! » soupira Gibbs amusé malgré tout. « Tu es incorrigible, tu le sais. »
« Hum ! » fit simplement le jeune homme.
Puis, en quelques pas, il vint se placer devant l'ancien marine et traça du bout des doigts le contour de son visage, lentement. Son pouce caressa les lèvres avant que la main ne retombe. Gibbs retint sa respiration, le geste était tendre et les prunelles de Tony étaient devenues plus sombres. Puis, sans préavis, il s'éloigna à nouveau.
« Besoin d'une veste ? » demanda t-il d'une voix normale sans paraître le moins du monde perturbé.
Gibbs eut du mal à reprendre le fil de la conversation. Il s'attendait à ce que l'italien l'embrasse et là, il le tentait et le laissait sur sa faim. Etait-ce là une facette de sa manière de flirter ? Mettre son partenaire sur des charbons ardents et le planter sans complexe ? Gibbs aspirait à sentir les lèvres de Tony sur les siennes, à avoir sa langue pénétrer sa bouche et jouer avec la sienne.
Il gémit puis, sans autre pensée, fit les quelques pas qui le rapprochèrent de son compagnon, l'agrippa et posa sa bouche sur les lèvres si tentantes, quémandant le passage. Tony résista quelques secondes et Gibbs crut qu'il allait se dégager mais finalement, il céda et ouvrit la bouche. Les deux langues s'entremêlèrent joyeusement et s'engagèrent dans un ballet ardent qui vit la défaite de Jethro et le triomphe de Tony. Le baiser dura jusqu'à ce que les deux hommes durent reprendre leur souffle.
« Mieux vaut s'arrêter ici sinon nous ne sortirons pas » décréta Tony d'un ton malicieux.
« Tu es certain de vouloir stopper maintenant , » demanda Jet avec espoir.
« Nous avons pris la résolution d'y aller doucement » rappela l'italien. « A vouloir aller trop vite, nous risquons de nous brûler et ce n'est pas ce que nous voulons, toi comme moi. »
« Dommage ! » soupira l'aîné en faisant la moue.
« File sous la douche » gronda le cadet en se dirigeant vers la salle de bains attenante à sa chambre.
Gibbs déposa les vêtements sur le lit et le suivit. Tony stoppa soudain et l'autre homme buta sur son dos.
« Je n'ai pas dit que nous partagerions la douche, Jet » signala Tony en riant. « La tienne t'attend impatiemment. Allez, ouste, avant que je ne prenne des mesures drastiques » le menaça t-il en riant.
« Telles que… ! » questionna l'ancien marine intéressé malgré lui par la réponse.
« Je ne pense pas que tu aimerais te retrouver la tête en bas durant le trajet » lui répliqua Tony en se moquant ouvertement de son compagnon.
« Sûr que ce ne serait pas confortable » admit Jet en faisant quelques pas en arrière. « Ok, pour cette fois, je me douche en solitaire » capitula t-il en reprenant les habits et en se hâtant de sortir sous le rire de Tony.
Une fois dans le couloir, il stoppa le temps d'entendre s'éteindre le rire joyeux du jeune homme. Il y avait si longtemps qu'il ne l'avait entendu aussi librement, un rire fort, puissant, communicatif mais surtout avec une note de gaieté qui n'avait pas résonné à ses oreilles depuis bien trop longtemps. Il savoura donc le son jusqu'à ce qu'il s'éteigne progressivement pour laisser la place à la voix de baryton de Tony chantant sous la douche et s'il ne se trompait, c'était du Sinatra.
Il gagna sa propre chambre et sa douche tout en soupirant de regret. Il aurait vraiment aimé partager sa toilette avec l'italien mais le jeune homme avait raison. Réapprendre à se connaître et restaurer leur confiance mutuelle allait sans doute prendre du temps et ruiner leurs efforts en brûlant des étapes n'était pas envisageable. Il leur fallait aussi découvrir l'homme qu'ils étaient devenus depuis leur séparation et Gibbs avait le sentiment qu'il allait encore avoir pas mal de surprises à digérer.
Tony semblait presque un autre homme depuis son départ du NCIS, c'est dire s'il avait bien réussi à les mystifier, à camoufler une partie de sa personnalité pour l'ajuster à ce que ses collègues pensaient qu'il était. Décidément, l'ancien détective avait été un très bon acteur et il espérait que celui qu'il allait côtoyer durant ces deux semaines serait le réel Anthony D. DiNozzo et non un nouveau masque qu'il lui faudrait percer.
Il se dépêcha de faire ses ablutions, de se raser tout en songeant qu'il aimerait bien caresser plus souvent la joie de Tony lorsqu'il laissait sa barbe pousser durant la semaine. Il passa son après-rasage (une habitude engendrée à cause de Tony !) avant de revenir dans la chambre. En y songeant, il devait admettre que certaines de ses habitudes présentes avaient été initiées par le jeune homme et les commentaires suscités par le personnel féminin de l'agence lorsque ces dames croisaient le bel italien dans les couloirs.
Son parfum, son après-rasage, son shampooing, la douceur de sa peau, la coupe de ses cheveux… tant de choses dont il les avait entendu vanter leur intérêt pour lui avec le charme, la gentillesse, la sollicitude, l'immense compassion, la courtoisie qu'il montrait envers le 'petit' personnel comme aucun autre agent ne le faisait. Il avait eu bien du mal à supporter ce genre de commentaires au cours des trajets en ascenseur lorsque Tony était parti car, malgré son absence, il restait présent dans la mémoire de bien des gens à l'agence.
Il enfila la chemise par-dessus sa peau nue et apprécia la douceur du tissu, il lui semblait bien que ce devait être de la soie. Le pantalon devait avoir quelques années parce que, malgré la différence de taille entre les deux hommes, il tombait bien et ne semblait pas être trop grand. Il enfila ses boots et nota avec satisfaction qu'il ne marcherait pas dessus bien que Tony soit plus grand que lui de plusieurs centimètres.
Il allait s'emparer de sa veste lorsqu'il jugea que décidément, en matière de mode, il n'arrivait pas à la cheville de l'italien. Il pouvait malgré tout dire qu'elle allait jurer avec la qualité des vêtements d'emprunt de Tony. Il soupira et s'avoua vaincu, il allait devoir avouer qu'il lui fallait une veste un peu plus chic. Sans doute lui faudrait-il sacrifier quelques heures de ses vacances pour faire du shopping, après tout !
Il prit son portefeuilles qu'il glissa dans une poche, son téléphone dans l'autre tout en enfilant la ceinture dans les passants du pantalon qu'il boucla tout en se dirigeant vers la chambre qu'il avait quitté quelques minutes plus tôt. La porte était entrouverte et alors qu'il allait pousser le battant, il vit Tony sortir de la salle de bains, la taille ceinte d'une serviette tandis qu'il se séchait les cheveux. Il stoppa son geste et prit le temps d'admirer le corps à demi nu, un corps qu'il n'avait jamais pu admirer dans le plus simple appareil.
Il avait bien noté, tout comme Ducky l'avait remarqué le premier jour, que l'italien avait perdu quelques kilos mais le travail physique qu'il devait accomplir au ranch avait redéfini sa silhouette et raffermi les muscles. En conclusion, le corps de l'italien l'attirait irrésistiblement et il ne souhaitait rien d'autre que de rouler dans le lit avec le jeune homme et d'explorer toutes les zones qu'il voyait et spécialement celle qui était encore cachée.
Il s'emplit les yeux de cette vision avant de s'éloigner de quelques pas et de refaire le chemin pour laisser croire à Tony qu'il venait juste d'arriver.
« Eh, Tony, tu es visible ? » demanda t-il en tambourinant sur la porte, le dos à l'embrassure.
Hypocrite, tu viens de le reluquer durant une minute, tu le sais bien songea t-il en souriant intérieurement.
« Une seconde, Jet » lança Tony en s'empressant de passer sous-vêtement et pantalon avant de l'autoriser à entrer à nouveau. « Tu peux entrer. »
« Finalement, je crois que je vais t'emprunter également une veste si tu as ce qui conviendrait » capitula t-il en désignant sa tenue avant de lever les yeux vers l'italien.
Et là, il stoppa net, les yeux écarquillés. Si Tony était délectable lorsqu'il était nu, sa tenue lui seyait également de façon impeccable. La chemise et le pantalon semblaient comme une seconde peau et ne laissaient plus grand-chose à l'imagination, toutes les courbes étaient soulignées de manière suggestive et… plus qu'appétissante.
Il n'y avait pas à dire mais il savait comment s'habiller, le bougre pensa Gibbs. Tellement bien que je n'ai qu'une envie, c'est de tout lui ôter à l'instant. Maudit sois-tu, DiNozzo pour me faire avoir de telles pensées.
Il ne vit pas Tony froncer les sourcils en le regardant avant de porter son regard sur sa tenue d'un air perplexe. Il ne portait plus ce genre d'habits tous les jours mais il ne pensait pas qu'il pouvait être aussi perturbant de le lui voir les porter. Gibbs le fixait mais ne disait rien. Bizarre !
« Quelque chose ne va pas avec ma tenue ? » demanda t-il soudain pour briser l'ambiance curieuse.
Sa question tira Jethro de ses pensées et il croisa finalement les yeux du jeune italien.
« Non, non, tu es plutôt chic » dit Gibbs pour couper court à tout autre question. « Et il y a bien longtemps que je n'ai vu quelqu'un aussi élégant, je n'y suis plus habitué. Ce n'est pas au bureau que je peux voir des tenues de tailleur italien et nos enquêtes ne se font pas dans les milieux mondains » expliqua t-il.
« Ah ! » fit simplement Tony. « Il me semblait pourtant que ton agent senior avait désormais les moyens de s'habiller aussi chic et qu'il enviait toujours mes costumes italiens ! » poursuivit-il ironique.
« A vrai dire, son bouquin a eu un succès mitigé et son pécule a fondu bien vite » lui apprit Gibbs sans aucun remords.
« Oui, impatient de montrer sa bonne fortune à ses collègues pour les jalouser, il n'a pas su gérer ses gains » constata Tony. « A vouloir montrer qu'il valait mieux que les autres, il a perdu les quelques milliers de dollars de bénéfice et se mord les doigts de n'avoir pas songer à épargner son pécule. »
« Quelque chose comme ça » concéda l'ancien marine. « Il a même perdu sa voiture, détruite dans un incendie après son vol. »
« Oh ! C'est comme s'il n'avait jamais écrit ce foutu bouquin, il ne reste aucune trace de ses droits d'auteur » rit Tony sans retenue. « J'aimerais bien que tous les exemplaires soient brûlés, ce serait une bonne chose » soupira t-il avec regret.
« Tu n'aimais pas sa prose, Tony ? » demanda curieusement son ancien patron.
« Je n'aimais pas le fait qu'il m'associe avec David ou du moins mon personnage avec cette mégère » cracha l'italien. « Il n'a pas compris que nous deux, ca ne marcherait jamais ? »
« Faut croire que non » marmonna Gibbs en haussant les épaules. « Tu me trouves une veste, s'il te plait » dit-il pour détourner la conversation.
« Choisis ce que tu veux dans le placard de gauche » offrit le jeune homme en repartant dans la salle de bains pour se coiffer.
Gibbs fit comme suggéré et ouvrit le battant et farfouilla parmi les vestes. Il fut surpris lorsqu'il se rendit compte que, finalement, la garde robe n'était pas aussi extensive qu'il le pensait. Il devait y avoir tout au plus une trentaine de vêtements pendus sur des cintres et protégés, pour certains, par une housse transparente. Il fit son choix et décrocha une veste qui devait faire le pendant du pantalon. Il l'enfila et constata qu'elle était à peine trop grande pour lui.
« Conservateur, Tony ? » demanda t-il en voyant revenir l'italien.
« Ce sont des vêtements de qualité qui peuvent durer plusieurs années, alors, oui, je les conserve » indiqua Tony en mettant sa montre et des boutons de manchette avant d'ajuster les manches de sa chemise. « Bien, si tu es prêt, on peut y aller » suggéra t-il enfin en passant sa veste de cuir.
« Un peu tôt encore pour dîner ? »
« Nous allons d'abord aller boire un verre avant le restaurant » déclara Tony. « Je connais un bar qui ne désapprouve pas les couples de même sexe » ajouta t-il en lui faisant un clin d'œil.
« Nous pouvons le prendre ici, si tu préfères. »
« Une bonne détente suppose une ambiance différente, Jet » lui fit observer son compagnon. « Et définitivement pas celle de la maison, ce soir » conclut-il sans développer.
Avait-il peur de ne pouvoir résister à la tentation de se rapprocher si leur première soirée se déroulait en privé ? Ou avait-il peur que l'ancien marine ne poursuive la tentative amorcée plus tôt dans la chambre ?
Serait-ce si dramatique si les deux hommes passaient à des choses plus sérieuses dés maintenant ?
« Tu penses trop » l'admonesta Tony en lui prenant la main et en l'entraînant dans l'escalier.
Il fit une pause pour se chausser avant de franchir la porte de la maison. Il se dirigea vers le garage dont le battant s'ouvrit automatiquement et fit son chemin vers la Porche qu'il déverrouilla à distance avant de s'installer derrière le volant.
« Je te la laisserais conduire lorsque tu seras capable de t'orienter en ville sans effrayer les autres conducteurs » le taquina t-il en le regardant prendre place dans le siège passager.
« Promis » dit-il simplement mais avec une touche d'espoir.
« Promis, juré » répondit l'italien.
Et il démarra souplement le véhicule, sortit lentement du garage puis prit la direction de l'allée principale avant de s'infiltrer dans la circulation de la petite ville. Gibbs le regarda, il ne se lassait pas de le faire mais ce nouveau Tony lui plaisait de plus en plus. Il était plus détendu ici et son visage en paraissait plus jeune, non pas que DiNozzo soit vieux, pas encore 34 ans après tout mais il semblait de deux à trois années plus jeune.
Puis, sur une impulsion, il posa sa main sur la cuisse droite de Tony, à hauteur du genou. L'étroitesse de l'habitacle le permettait et il n'allait pas s'en priver. Tony lui jeta un coup d'œil mais ne dit rien, il posa simplement la sienne par-dessus chaque fois qu'il le pouvait et serra gentiment à plusieurs reprises ou caressa la peau de son pouce. Ce simple geste envoya une onde de plaisir dans tout le corps de Gibbs et il retint difficilement un gémissement.
S'il était capable de le faire réagir si facilement, qu'en serait-il lorsque les deux hommes pourraient enfin assouvir leur désir charnel ? Il soupçonnait que l'italien devait savoir faire vibrer le corps de sa ou son partenaire comme un violoniste les cordes de son instrument avec son archer. La réputation d'amant de son compagnon n'était pas usurpée comme l'attestaient les bribes de conversation entendus ici et là entre Tony et ses conquêtes d'un jour ou de quelques semaines.
Le trajet dura moins longtemps qu'il ne pensait mais ses réflexions lui avaient sans doute fait perdre le fil du temps. Tony se gara bientôt devant un bar dont le parking était presque bondé. Il fit le tour du bâtiment et se gara sans façon derrière, sur une place disponible entre une corvette et une jaguar. Décidément, le Texas méritait bien sa réputation d'abriter un nombre incalculable de riches si on en jugeait par le nombre de voitures de luxe qui y circulaient.
L'italien éteignit le moteur et descendit du véhicule, le contourna et arriva à la portière passager avant que Gibbs n'ait eu le temps de faire un geste. Tony lui ouvrit la portière comme s'il était une femme et lui tendit la main. Gibbs en comprit la raison lorsqu'il entreprit de s'extirper du siège bas, il n'avait plus l'habitude de tels véhicules.
Il sourit chaleureusement au jeune homme avant de lever les sourcils en signe de moquerie mais il prit la main de son compagnon et lui embrassa les doigts avant de lui laisser refermer la voiture. Tony lui sourit en retour et l'emmena dans l'établissement en empruntant la porte arrière au lieu de revenir par la façade.
« On dirait que tu as tes entrées privées ? » constata Jethro un peu surpris.
« Oui, j'ai aidé ses propriétaires à une ou deux reprises au cours de bagarres d'ivrognes et depuis, je suis un VIP » déclara simplement Tony.
Il s'avança dans un couloir qui le mena juste près du bar. Il héla le barman, un bel homme de l'âge de Tony, blond aux yeux noisette, qui lâcha aussitôt son torchon et s'empressa de venir l'envelopper dans une étreinte amicale tout en déposant deux baisers sonores sur les joues de Tony. Puis, curieux, il se tourna vers Gibbs qu'il détailla d'un œil presque gourmand avant de revenir vers l'italien.
« Beau gosse » approuva t-il sans façon. « De passage ou plus ? »
« Si tu laisses tes mains trainées sur son corps, tu sauras de quel bois je me chauffe » l'avertit Tony en souriant mais en guise d'avertissement.
« Ok, chasse gardée » dit l'homme en levant les mains d'un geste apaisant. « Et ce gentleman porte un nom, j'imagine ? »
Tony secoua la tête et grimaça avant de se lancer dans les présentations.
« Mark, je te présente mon ancien patron, Agent spécial Leroy Jethro Gibbs du NCIS » annonça t-il avec chaleur. « Jet, je te présente Mark Brenner, l'un des gérants du seul bar de ce style à Fort Worth. Son compagnon et cogérant, James Mallory doit se trouver quelque part dans la salle, je te le présenterais plus tard. »
« Enchanté, Leroy et bienvenue chez moi » le salua aimablement le barman.
« Moi de même mais appelez-moi Jethro » répondit Gibbs tout aussi affablement.
Les deux hommes échangèrent une poignée de mains et un sourire poli avant que Tony ne prenne le chemin de la salle et trouve une banquette inoccupée.
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Les deux hommes s'installèrent et l'ancien marine évalua la clientèle et son environnement, comme tout bon agent le faisait. Avec un sourire discret, Gibbs constata que Tony faisait de même comme si le temps n'avait pas émoussé ses réflexes de flic. Leur emplacement leur permettait de voir toute la salle ainsi que le bar, le couloir et la porte d'entrée.
Stratégiquement positionnés, comme toujours, comme s'il s'attendait à des ennuis pensa Gibbs un peu intrigué par l'attitude de son ancien second.
Après quelques minutes, Tony se relaxa et engagea une conversation légère avant de décider d'aller chercher leurs boissons. Il prit la commande de son boss avant de se diriger vers le comptoir dans l'intention de la passer directement alors que Gibbs le regardait progresser à travers la clientèle agglutinée sur son passage. L'ancien marine entendit soudain un bruit insolite juste à côté de lui puis une voix prononcer des paroles qui le hérissèrent.
« Punaise, ce gars a un cul qui ne demande qu'à être conquis » grogna l'inconnu. « Et je ne serais pas contre de tenter ma chance. »
Gibbs émit un grondement qui fit se tourner l'homme vers lui et croisant le regard bleu, avala convulsivement en y lisant de la colère.
« Désolé, mec » s'excusa t-il aussitôt en levant une main en signe de défaite. « J'ignorais qu'il était déjà pris. Ma foi, vous feriez bien de le garder à l'œil si vous ne voulez pas qu'on vous le souffle. Un gars avec un tel physique vaut vraiment la peine qu'on se batte pour attirer son attention. »
« Excuses acceptées » finit par dire Gibbs qui comprit que le gars ne cherchait pas à le supplanter. « C'est en effet un homme qui mérite qu'on fasse des efforts pour le capturer et surtout le garder » admit-il tout en dardant un regard intense dans la direction où son compagnon attendait patiemment leurs boissons.
« Vous avez gagné haut la main » reconnut alors son interlocuteur. « Difficile d'imaginer le voir un jour avec un partenaire, arrivé seul ou accompagné et reparti de même, jamais montrer d'intérêt pour l'un de nous. »
« Il vient souvent ici ? » demanda Gibbs curieux d'en savoir plus.
« Durant quelques mois, il venait au moins une fois par semaine souvent seul et parfois accompagné d'un mec blond à peu près son âge » le renseigna obligeamment l'autre. « Il a toujours suscité de l'envie mais n'a jamais laissé personne l'approcher de trop près. Ca faisait un bail que je ne l'avais pas vu mais je comprends maintenant, il a trouvé celui qu'il cherchait » sourit-il.
« Peut-être » répondit évasivement l'ancien marine.
Avait-il vraiment capturé l'italien ou n'était-ce qu'une passade ?
Il se souvenait que Tony n'avait jamais accordé plus que quelques rendez-vous lorsque sa partenaire ne lui convenait pas lorsqu'il travaillait encore au NCIS. Il mettait fin à une idylle aléatoire de façon civilisée et Gibbs n'avait jamais entendu de plaintes de la part de ses ex-copines, si on exceptait le lieutenant Pam Kim qui l'avait épinglé sur un site internet parce qu'elle n'acceptait pas d'avoir été évincée. Elle avait poursuivi Tony de ses assiduités et l'italien n'avait pas réagi, ce qui alors l'avait encouragé à continuer. Elle avait débuté un harcèlement qui s'était prolongé durant plusieurs semaines avant de se calmer.
Mais avec lui, c'était différent. Il savait que les liaisons masculines comptaient plus pour l'italien que les féminines, sans doute parce que ses tendances sexuelles le portaient plus vers l'homosexualité que vers l'hétérosexualité. Et il pouvait attester que Tony était heureux lorsque Cole et lui étaient ensemble, plus besoin de se cacher, il pouvait vivre sa liaison au grand jour.
Il ne souvenait pas de semblables moments lorsque les deux hommes travaillaient ensemble. Oh, Tony n'avait jamais renié ses liaisons féminines mais il était moins… naturel, il y avait toujours une certaine retenue durant ces périodes précises comme si le jeune homme se réfrénait de montrer quelque chose. Et Gibbs n'avait pas soupçonné que son agent pouvait dissimuler une part importante de sa vraie nature.
Son second était tellement bon à masquer ses sentiments, à ne laisser voir que ce qu'il voulait que les autres voient que personne n'avait dû suspecté qu'il n'était pas hétéro. Ducky lui-même ne l'avait découvert que lorsqu'ils avaient rencontré les deux hommes ensemble, c'est dire si DiNozzo avait bien un réel talent pour devenir celui qu'il voulait, un talent que le NCIS recherchait désormais désespérément parmi les nouveaux candidats qui postulaient au NCIS.
Il vit Tony revenir avec leurs boissons et levant les yeux, lui sourire. Il fut rejoint par un autre homme qui entoura un bras autour de ses épaules et tout comme Mark, l'embrassa sur les deux joues avant d'échanger quelques paroles. L'inconnu jeta un coup d'œil dans sa direction et les deux hommes firent le reste du chemin ensemble jusqu'à la table.
« Jet, voici James Mallory » dit Tony en désignant le beau brun à ses côtés. « James, voici mon ancien patron, Agent spécial Leroy Jethro Gibbs du NCIS » termina t-il en le pointant du doigt.
« Bonsoir, Leroy, enchanté de faire votre connaissance » le salua James aussi chaleureusement que son compagnon quelques minutes plus tôt.
« Moi de même, James » lui retourna Gibbs avec un demi sourire « mais je préfère Jethro » poursuivit-il comme précédemment.
« Va pour Jethro » dit James sans se formaliser. « La prochaine tournée est pour la maison, comme d'habitude » déclara t-il soudain en posant une main sur l'épaule de Tony.
« James, ce n'est pas la peine » soupira Tony d'un air abattu.
« Eh, ce n'est rien par rapport à ce que tu as fait » affirma fermement James. « Sans toi, Mark serait sans doute dans un sale état et tu le sais. Alors, accepte gentiment et à l'avenir, je veux te voir ici plus souvent. Et tu pourras amener tous les amis que tu veux. Mec, nous te devons bien plus que notre établissement et je n'ai aucune intention de l'oublier, crois-moi. »
Et sur ces paroles, il laissa les deux hommes après avoir à nouveau étreint Tony. Gibbs regarda l'italien rougir légèrement avant d'oser croiser son regard.
« Quelques bagarres ? »
« Juste des gars qui ne supportaient pas l'ambiance un peu trop spéciale de l'endroit » dit Tony en haussant les épaules.
« Tu as vraiment l'art de t'attirer les ennuis ! » déclara Jethro en soupirant.
« Eh, ce n'est pas comme si je les cherchais ! » contra Tony. « Ils viennent sans que je ne le demande. »
« On dira ça comme ça » soupira l'ancien marine en priant pour que le nombre de ces 'ennuis' soient le plus réduit possible à l'avenir.
Ils passèrent une heure à discuter, à regarder distraitement un match sur l'écran géant installé sur l'un des murs de la salle avant d'estimer que l'heure était décente pour gagner le restaurant. Ils saluèrent les deux gérants avant de quitter l'établissement et, une fois à nouveau installés dans la voiture, Tony se dirigea vers celui qu'il avait sélectionné.
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Ils quittèrent Fort Worth et prirent la direction de Dallas. Parvenus à destination, Tony s'infiltra dans la circulation sans effort apparent et en quelques minutes, il passait devant l'établissement. Gibbs fut content lorsqu'il reconnut l'endroit et, amusé, constata que Tony allait se garer au même endroit que Stewart. Les deux hommes avaient-ils les mêmes fréquentations ?
« Je connais ce restaurant » dit-il à Tony. « Le Détective Stewart m'y a emmené lors de notre première soirée ici » compléta t-il.
« C'est l'un des meilleurs de la ville, la viande est de première qualité et les patrons sont sympas » expliqua Tony. « Deux ex militaires qui sont des amis depuis des années. »
« Je sais, Stewart me les a présentés » révéla Jethro.
« Bon, je n'aurais donc pas à le faire, cette fois-ci » se moqua t-il gentiment.
Il sortit du véhicule et, comme au bar, il vint ouvrir la portière de Gibbs et l'aider à s'en extirper. Gibbs lui déposa un baiser sur la joue avant de se laisser guider vers la porte qui venait de s'ouvrir. L'un des serveurs salua Tony d'un geste de la main avant d'aller déposer le sac poubelle dans la benne placé contre le mur du bâtiment.
« Bonsoir, M. Paddington » dit-il en s'approchant. « Votre table est prête si vous souhaitez vous restaurer maintenant. »
« Merci, Paul » répondit Tony en le suivant à l'intérieur.
« Connu ici aussi » souffla Jethro dans son oreille.
« Je connais tous les bons endroits de Dallas » indiqua l'italien.
Les propriétaires vinrent les saluer et discuter plusieurs minutes avant d'indiquer quelles étaient les spécialités recommandées ce soir-là. Gibbs s'en tint à une viande et des pommes de terre tandis que Tony optait pour un poisson accompagné de légumes et de riz. Le service fut impeccable comme l'autre fois et Gibbs savoura un steak cuit à point et fondant presque dans la bouche. Il regarda Tony déguster son poisson avec appétit. La conversation fut tout aussi agréable qu'au bar et, comme là-bas, un écran était fixé au mur où un match de football se déroulait.
La salle n'était pas encore bondée mais plusieurs tables étaient déjà occupées. Gibbs se rendit compte au bout d'un moment que presque tous les convives les regardèrent à un moment donné ou un autre, parfois avec discrétion ou parfois ouvertement. Tony ne semblait pas gêné par l'attention dont il était l'objet soit parce qu'il y était habitué, soit parce qu'il n'y accordait aucune importance. Les serveurs semblaient faire vigilance pour éviter qu'il ne soit importuner.
Au dessert, les deux gérants vinrent les rejoindre et une conversation tout aussi agréable qu'au bar les entraîna jusqu'au café que Gibbs accueilli avec soulagement. Il n'avait pas eu sa dose depuis la dernière tasse prise avant la douche et il était en manque. Son soupir fit rire ses trois compagnons et il grimaça légèrement tout en haussant les épaules. Sa tasse était à peine vide que le serveur s'empressa de la remplir à nouveau.
Ce fut bien une heure plus tard que les quatre hommes se saluèrent avant de se séparer et en promettant de revenir bientôt. Tony s'empara de sa main avant même de quitter l'établissement et l'entraina vers le parking à grands pas. Il savait que maintenant qu'il était disponible, il risquait fort d'être accosté par un convive qui parviendrait à éviter le barrage des serveurs.
« Eh ! Ralentis un peu » protesta Jethro qui tenta de ralentir.
« Non, plus vite. Je ne voudrais pas être rattrapé par un client qui souhaiterait me serrer la main et me tenir la jambe sans raison simplement pour satisfaire l'envie de leurs familles » expliqua son ami en mettant le véhicule en marche dés qu'il y grimpa.
Il laissa à peine le temps à Gibbs de mettre sa ceinture qu'il quittait déjà le parking tandis que, derrière eux, la porte du restaurant s'ouvrait sous la poussée de quelques personnes. Tony poussa un soupir de soulagement et ralentit la vitesse avant de faire plusieurs détours pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis.
« Ah, la rançon de la célébrité ! » le taquina Jethro tout en posant à nouveau sa main sur la cuisse du jeune homme.
« Ouais, je m'en passerais bien quelquefois » soupira Tony. « Il y a encore des gens qui croient que je suis à leur disposition chaque fois que je me montre en public. Je vais finir par faire une conférence de presse et menacer ces gens de poursuites judiciaires si c'est la seule chance d'avoir la paix. »
Gibbs ne renchérit pas et laissa la colère de Tony s'éteindre tandis qu'il conduisait avec dextérité le bolide qui filait à une vitesse raisonnable mais au dessus de la limite. Ils sortirent rapidement de la ville et le reste du parcours fut silencieux. Gibbs jetait de brefs coups d'œil à Tony et le vit se calmer graduellement. Il fut heureux lorsque la main vint se poser sur la sienne, signe que son compagnon n'était plus irrité.
Arrivés au ranch, la voiture garée à sa place, Tony attendit Gibbs avant de se diriger vers la maison. Les deux hommes y pénétrèrent ensemble. Tony se déchaussa avant de s'avancer vers le couloir.
« Il y a du café dans la cuisine si tu veux » dit-il. « Je vais passer une heure ou deux dans mon bureau avant de monter. Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas. Bonne nuit. »
« Ok, bonne nuit » répondit Gibbs avec un peu de regret.
Tony revint sur ses pas, lui prit le visage entre les mains et l'embrassa avec ardeur avant de le lâcher et de se diriger à grands pas vers son bureau. Gibbs le regarda se demandant s'il devait le suivre mais finalement, se rendit dans le salon à la recherche de quoi l'occuper. Il se souvint avoir un livre dans son sac. Il se servit un grand mug de café et monta les escaliers d'un pas lourd. Il lui en coûtait de laisser les choses aller au rythme imposé par Tony.
Aura-t-il suffisamment de patience pour attendre que le jeune homme l'invite dans son antre et le laisse partager une nuit avec lui avant son départ ? Rien n'était moins sûr mais il allait tout faire pour ne pas décevoir l'italien. Vivre ces quelques jours sans trop se poser de questions mais en appréciant la compagnie, c'est ce qu'il devait faire et qu'il allait faire.
Il s'installa confortablement dans son lit après une rapide toilette et prit son livre qu'il ouvrit et commença à lire. Le temps passa sans effort tandis qu'il était passionné par le récit. Ce ne fut que lorsqu'il entendit Tony monter qu'il s'autorisa à éteindre la lumière et à écouter les derniers bruits avant de glisser dans le sommeil.
