Un autre chapitre enfin terminé.

Wouah, j'ai passé la barre des 150.000 mots, une moyenne de 6.000 mots par chapitre et cette fic est loin d'être terminée. C'est plus que mes deux précédentes et j'espère parvenir au bout dans peu de temps si mes occupations le permettent comme calculée.

Cependant, la vie nous réserve parfois des surprises, bonnes ou mauvaises, qui tendent à bousculer les meilleurs plans. Je fais de mon mieux pour vous assurer une mise à jour plus régulière mais avec toujours un grand SI.

Bonne lecture à toutes et j'attends vos coms.

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Chapitre 27 : Conversation

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Les deux jours suivants furent occupés à évaluer de plus près les dégâts et réparer tout ce qui avait besoin de l'être. Gibbs eut tout le loisir d'étudier Tony dans son environnement et son travail quotidien. Il remarqua que le jeune homme avait un sens inné pour diriger la bonne trentaine d'employés qui travaillaient directement ici au ranch ou au haras. Il ne se contentait pas de donner simplement des ordres et d'attendre qu'ils soient exécutés.

Le voir prendre en compte les avis de chacun, les discuter au besoin mais le faire sans heurter les sentiments de ses hommes et tenir compte de leurs préférences pour certaines tâches, il se prit à se demander comment Ziva et Tim (et Kate, en son temps) n'avaient pas réussi à faire de même lorsqu'il confiait la direction de l'équipe à l'italien durant certaines enquêtes.

Afin de continuer à l'observer discrètement, bien qu'il sache que Tony le savait, il choisit de se joindre à son équipe et d'aller au haras qu'il ne connaissait pas encore. Il avait eu le privilège de dormir une nuit dans l'écurie mais elle ne faisait pas partie des bâtiments qui abritaient les chevaux entrainés par Tony pour le compte de certains gros clients.

Il monta dans la jeep et suivit ensuite le groupe d'employés qui évaluait les dégâts. Ses connaissances en matière de menuiserie lui permirent de suggérer certaines réparations et la façon de les réaliser afin de ne pas gaspiller le bois encore utilisable. Remarquant que Tony approuvait, les hommes lui firent donc confiance et suivirent ses instructions.

Durant la journée, chacun des deux hommes s'ingénia donc à observer l'autre, à sourire lorsque leurs regards se croisèrent mais ne prirent même pas le temps d'échanger un baiser discret. Gibbs trouva finalement que s'activer de nouveau aux côtés de l'italien lui plaisait, il lui suffisait d'entendre les plaisanteries des hommes et la voix grave de Tony leur répondre en ajoutant ses propres commentaires facétieux et il pouvait se croire revenu plus d'un an en arrière.

Le groupe partagea un déjeuner composé essentiellement de sandwichs, de fruits et d'eau mais dans la bonne humeur. Gibbs écouta, participa quand il y était invité mais s'interdit de s'ingérer dans le travail des hommes sauf lorsque l'un d'eux lui demandait son avis. Le temps passa rapidement et bientôt, Tony signala l'heure de stopper, une bonne partie du travail prévu avait été réalisé et il restait certes encore pas mal à faire mais aucune urgence ne nécessitait de poursuivre quelques heures de plus.

Tony et Gibbs saluèrent l'équipe et reprirent le chemin de la maison, silencieux. La camaraderie bon enfant des ranchers était rafraichissante et voir Tony détendu et plaisantant avec eux fit un bien fou à l'ancien marine. Son ancien agent avait finalement sans doute réagi avec sagesse en prenant la décision de quitter le NCIS, du moins c'était maintenant son opinion.

L'italien souriait et riait plus qu'il ne se souvenait, ne semblait plus porter un poids sur les épaules, son visage ne présentait plus de ces marques qui dénotaient un stress important. Il semblait garder une certaine distance prudence avec ses hommes et pourtant, il les appelait par leurs prénoms et connaissait leurs familles tout comme c'était le cas à l'agence. Il avait toujours eu le contact facile et il semblait l'avoir conservé même si, mis à part Cole pour d'évidentes raisons, il tenait à les considérer un peu plus comme des collègues mais pas tout à fait comme des amis.

La jeep stoppa devant la maison, Tony en descendit et entra lui laissant la porte ouverte. Il le suivit et, après avoir laissé ses chaussures à l'entrée et enfilé des chaussons, les hommes se dirigèrent ver la cuisine. Le café fut rapidement mis en route tandis que l'italien s'accoudait au comptoir.

« Bon, voilà une bonne chose de faite et le reste devrait nous occuper un, voire deux jours de plus » déclara soudain le rancher.

« Tu as une équipe compétente et disciplinée » remarqua Gibbs en prenant un mug pour se servir de son nectar favori.

« Oui, j'ai pris le temps de les écouter parler de ce qu'ils aimaient, de ce qu'ils détestaient et je les ai réaffecter en fonction de leurs affinités et de leurs compétences » expliqua Tony. « Un homme qui est heureux de faire son travail est un ouvrier qui le fait de bon cœur et ne compte pas ses heures. »

« Tu veux dire que tu les traites comme des esclaves, DiNozzo ? » s'indigna gentiment Jethro.

« Oh, Dieu, non » s'exclama le jeune homme. « Travailler pour les forces de police puis pour une agence fédérale où il ne fallait pas compter les heures de travail et où toute vie personnelle était à proscrire m'a fait comprendre que je ne devais pas abuser du bon vouloir de mes employés si je voulais conserver un personnel compétent et dévoué. »

« Oui, sûrement une bonne décision » approuva l'ancien marine.

« Bon, Maria devrait être de retour demain et elle s'occupera du ménage et des repas mais pour ce soir, nous allons encore piller le congélateur. Tu viens voir ce que tu veux dîner. »

Les deux amis s'en furent donc farfouiller parmi les plats congelés pour trouver de quoi manger. Le garde manger était frais et faisait du bien après le dur travail accompli et la transpiration qui dégoulinait dans le dos. Le choix fait et les plats mis à décongeler, il fallait songer à trouver de quoi s'occuper.

« Je vais prendre une douche » annonça Tony en montant l'escalier.

Jethro songea qu'il ferait bien de faire de même et sans réfléchir à ses paroles lui répondit.

« Je te suis. »

Tony stoppa net avant de pénétrer dans sa chambre et se retourna pour le regarder, un air curieux sur le visage que Jethro ne sut déchiffrer. Cherchant à l'effacer, Gibbs s'avança et l'embrassant rapidement avant de poursuivre jusqu'à sa chambre. Il fit une pause avant de franchir le seuil et jeta un œil par-dessus son épaule, il vit Tony secouer la tête et entrer dans la pièce dont il referma la porte. Gibbs soupira, il avait compris le message, il n'aurait pas le droit de le rejoindre sauf si l'italien le décidait.

Une fois douché, il redescendit au salon, son livre à la main. Il s'installa sur le canapé et attendit que Tony redescende en se plongeant dans le roman. Il était si absorbé qu'il ne s'aperçut pas de l'entrée du jeune homme et ce fut un baiser déposé dans son cou qui le sortit de sa lecture. Il leva la tête et Tony se pencha pour l'embrasser plus profondément.

Après avoir rassuré Gibbs, Tony s'installa à ses côtés et au bout de quelques minutes, l'ancien marine n'y tint plus, il se rapprocha et l'entoura de son bras, bascula la tête de l'italien sur son épaule et Tony ne put s'empêcher de rire légèrement. Son amoureux était pour le moins persistant et il semblait que la patience n'était toujours pas une de ses vertus. Cependant, Tony n'avait pas l'intention de brûler les étapes pour satisfaire l'homme.

Il voulait être sûr que ce qui risquait de les unir serait quelque chose de suffisamment profond pour durer plus que toutes les unions de l'ex marine. Et si pour s'en assurer, il devait le faire languir, c'est bien ce qu'il avait l'intention de faire. Il ne précipiterait rien, il pouvait bien passer quelques mois dans l'abstinence si, au bout du compte, il avait ce qu'il voulait.

« Bonne douche ? » demanda finalement Gibbs.

« Excellente et relaxante, mes muscles sont moins durs » répondit Tony en levant les yeux vers lui et en lui souriant ironiquement.

« Tu sais, elle aurait pu être meilleure si tu m'avais laissé te masser le dos. »

« Oh, tu crois ? » dit l'italien malicieusement. « Je pense, qu'à l'heure actuelle, nous y serions encore. »

« La prochaine fois ? » souffla Jethro avec espoir.

« N'y pense même pas » le coupa Tony doucement. « Tu dois d'abord me courtiser avant que je te laisse faire quoi que ce soit. »

Gibbs s'écarta légèrement et regarda Tony avec stupeur.

« Tu veux que je te courtise ? » gémit-il. « Tony, je suis ici seulement pour 15 jours, comment veux-tu que je puisse te courtiser proprement ? »

« Je ne sais pas, il y a bien quelque chose que tu puisses faire, j'en suis sûr » répliqua t-il en souriant largement. « Tu es Gibbs, tu trouveras bien. Mais attention, je suis un mec et je ne veux rien de comparable à ce que tu as fait pour tes ex » avertit-il quand même.

Tony ne souhaitait pas le voir agir de la même manière avec lui qu'avec ses ex-épouses. Il voulait que ce que les deux hommes aient soient différents parce qu'IL était différent. Et, pour tout avouer, il voulait ETRE différent de façon que Gibbs comprenne qu'il ne devait pas le comparer à quiconque d'autre ayant traversé sa vie l'espace de quelques mois ou années.

Oh, il savait qu'il n'y avait qu'une seule femme qui avait compté dans la vie de l'ancien marine mais il n'en discuterait pas tant que Jethro ne se sentirait pas suffisamment confiant pour lancer la discussion à ce sujet. Et pour une fois, il respecterait sa promesse de ne pas le pousser à parler.

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Gibbs réfléchit quelques minutes aux paroles de Tony et en un instant, il comprit qu'il devait en effet agir avec l'italien comme il ne l'avait jamais fait aucune autre de ses conquêtes féminines. On ne traitait pas un homme de la même manière qu'une femme. Mais comment pouvait-on courtiser un mâle qui pouvait sans doute vous offrir tout ce que vous pourriez souhaité ?

Tony était riche, il pouvait s'acheter ce qu'il voulait. Il possédait déjà une belle propriété, des chevaux, des voitures, un avion et un hélicoptère. Que pourrait-il bien lui offrir, lui, un homme qui ne possédait que sa maison pour tout bien (et encore une maison qui demandait des réparations !) ?

A force de se torturer, il se rendit compte que ce n'était pas forcément des biens matériels que Tony souhaitait mais plutôt quelque chose qu'il n'avait jamais eu dans toute sa vie et c'était une de ces choses qui ne s'achetaient pas : LA CONFIANCE.

Qu'est ce que Tony espérait le plus de sa part ? Qu'il lui fasse confiance sans restriction et la meilleure manière de le lui prouver était d'ouvrir son cœur sur une partie de sa vie qu'il y avait enfermée. Sa vie de mari et de père, ses souvenirs qu'il avait enfouis et encore jamais déterrés. C'était ce qui importait le plus aux yeux de l'italien. Lui faire partager les plus précieux moments de toute son existence scellerait, pour le jeune homme, non seulement la confiance mais aussi l'amour qu'il éprouvait pour lui.

Il prit quelques profondes inspirations, lentement et tenta d'organiser ses pensées pour débuter ses confessions. Puis, il songea que la meilleure façon de le faire était de laisser sortir ce qui lui venait à l'esprit à un moment donné. Et là, il fit le tour de la pièce du regard cherchant l'inspiration. Et ce fut un objet qui déclencha quelques réminiscences.

« Tu joues aux échecs ? » demanda t-il en désignant le bel échiquier qui trônait fièrement sur une étagère.

« Je jouais avec mon grand-père, c'est lui qui m'a appris » indiqua Tony en se redressant légèrement.

« Quel degré, bon ou mauvais ? »

« Je me défendais pas mal. »

Reprenant une position plus convenable, Tony se tourna vers lui et l'étudia quelques secondes. Quelque chose dans les yeux de son ami dut le décider à réagir.

« Tu veux faire une partie ? »

« Qu'est ce qui te fait croire que je sais jouer ? »

« Qu'est ce qui te fait croire que je ne sais pas que tu sais jouer ? »

« On peut jouer longtemps au jeu des questions » maugréa Gibbs vaincu. « Ok, je sais jouer et oui, je veux bien faire une partie. Mais je te préviens, j'étais bon joueur, je vais sans doute te battre. »

« Oui, on verra ça » déclara Tony qui se leva pour aller chercher l'échiquier qu'il installa sur la table basse devant le canapé. « Et je vais être fair-play, je te laisse les blancs. A toi de commencer » défia t-il son compagnon.

Durant plusieurs minutes, le seul bruit qui était audible était celui des pièces qui se déplaçaient sur l'échiquier. Gibbs se rendit vite compte que l'italien n'était pas mauvais, il analysait rapidement les pièces avant de bouger l'une d'elles et Gibbs devait reconnaître qu'il réfléchissait vite et bien. Il avait dû avoir un excellent professeur en la personne de son grand-père. L'italien n'était définitivement pas un novice à ce jeu.

La partie se termina après une bataille âpre et Gibbs concéda la victoire à Tony. Il repositionna les pièces dans leur configuration originale et tourna l'échiquier afin que Tony soit le premier à jouer.

« Pas manchot du tout, Tony » dit-il avec fierté. « Ton grand-père devait vraiment être un bon professeur. »

« Il était surtout très patient et prenait le temps de m'expliquer les différentes tactiques » révéla Tony. « Et toi, qui t'a appris à jouer, tu n'es pas mauvais non plus. »

« Ma femme… » commença Gibbs. « Shannon m'a initié, elle faisait partie du club d'échec de son lycée et aimait beaucoup ce jeu. Je dois dire que je ne voyais rien de particulier à déplacer des pièces sur un carré, elle m'a alors regardé droit dans les yeux et m'a expliqué que ce n'était pas aussi simple que ça et que si je voulais bien la laisser m'initier, je verrais qu'il y avait bien plus que ça. »

« Et tu l'as laissé t'apprendre, simplement comme ça ? » s'étonna Tony. « Te connaissant, je parie qu'il y a autre chose là-dessous. »

Gibbs le regarda un instant et se demanda, pour la millième fois sans doute, comment le jeune homme pouvait deviner tant de choses à son sujet de façon aussi intuitive alors que des amis de longue date ne parvenaient pas à connaître la manière dont il buvait son café. Ca le sidérait toujours autant.

« Et bien… j'ai perdu un pari et j'ai dû me plier aux leçons » avoua piteusement Jethro.

« Oh, Jethro Gibbs pariant et perdant, j'aurais voulu être là ! » s'exclama Tony en éclatant de rire. « Quel pari ? Un pari pour une compétition homme-femme, quelque chose qu'elle n'était pas sensée savoir faire, je n'en serais pas autrement étonné. »

Encore une fois, l'intuition de l'italien avait fait mouche. La petite lueur qui brillait dans les yeux verts était malicieuse et non moqueuse et Gibbs, sur une impulsion, se pencha et vola les lèvres tentantes pour un baiser, un de ceux qui vous laisse faible et qui démontrait tout son amour pour l'homme qu'il aimait. Lorsque l'air leur manqua, il relâcha son homme et lui caressa la joue.

« Qu'est ce qui motive un tel geste ? » demanda Tony tout en prenant sa main et en déposant un baiser dans le creux de la paume.

« Simplement un remerciement » souffla Jethro. « Toi, ta présence et ta compréhension, ta retenue. Je viens de te faire partager un souvenir et tu ne cherches même pas à profiter de l'avantage et à demander plus. Tu es… si patient, plus que je ne le serais jamais sans doute. »

« Il va te falloir l'apprendre pourtant parce que je veux de toi dans ma vie pour au moins les quarante prochaines années… et plus si c'est possible » indiqua Tony d'une voix douce. « Je veux être le dernier pour toi et je veux que tu sois mon dernier. Est-ce que c'est trop cliché ? »

« Non » s'empressa de le contredire Gibbs. « C'est tout ce que je veux aussi. »

Tony laissa deux minutes s'écouler puis décida de détendre l'atmosphère qui s'était alourdie. Il désigna l'échiquier sur lequel il venait de déplacer sa pièce attendant que Gibbs se reprenne.

« A ton tour. »

« Tu vas devoir mettre en pratique tout ce que tu sais car cette fois, je vais me battre comme un lion » lança Gibbs.

« Oui, je voudrais voir ça, j'ai des années de pratique derrière moi. »

« Après avoir perdu ce pari… Shannon a veillé à ce que je puisse jouer correctement et par la suite, j'ai étudié un peu le jeu des meilleurs joueurs. »

Il secoua la tête comme si il revivait cet instant mais un sourire nostalgique étirait ses lèvres. Tony comprit qu'il ne laisserait pas l'histoire incomplète et il attendit simplement que l'ancien marine poursuive de son plein gré. Le forcer ne conduirait qu'à le voir se fermer comme une huître.

« Quelle idée de parier avec elle qu'elle ne saurait pas se servir d'une perceuse ou d'une scie ? Tout ça, parce qu'elle ne voulait pas m'aider pour le bateau ! » dit finalement l'ancien marine en ricanant.

« Tu veux dire que tu as assumé qu'elle ne savait pas parce que tu ne l'avais jamais vu s'en servir » s'exclama Tony incrédule. « Jet, cette femme avait un mari qui était sans doute plus souvent loin de la maison que près d'elle, comment voulais-tu qu'elle ne puisse pas apprendre à se débrouiller seule et donc à faire ce que d'autres hommes feraient naturellement ? Ca me dépasse que tu n'aies pas réfléchi une minute avant d'accepter ce pari. »

« Oh, elle savait comment me manipuler, elle était très forte à ce jeu » expliqua Jethro comme défense. « Elle a réparé un meuble comme une pro. Et après ça, elle m'a regardé et a décrété que 'désormais, il vaudrait mieux que je vérifie au lieu d'assumer'. »

« C'est une de tes règles, ça » remarqua Tony dont le regard s'illumina soudain. « C'est donc elle » dit-il soudain excité.

« Elle quoi ? » demanda Gibbs bien qu'il avait compris mais il voulait vérifier si Tony avait percé le mystère.

« Certaines des règles que tu inculques à tes agents viennent de Shannon » constata t-il doucement.

« Oui, elle avait une règle précise pour un tas de choses » avoua tranquillement Gibbs. « C'est la première chose qu'elle m'a dite sur le quai de la gare où nous nous sommes parlés pour la première fois. »

La partie d'échecs oubliée, il laissa le souvenir de cette première rencontre revenir à sa mémoire, il sourit doucement et il se sentait bien. Il était surpris d'être aussi calme et moins triste qu'il n'avait pensé. Partager tout ça avec l'italien allait sans doute s'avérer moins pénible qu'il ne l'avait jamais supposé. Les deux hommes avaient en commun d'avoir un passé douloureux même si c'était dû à des circonstances différentes.

Alors, il choisit de se lancer et de raconter ce qui venait de resurgir à son esprit. Il se cala confortablement dans le canapé, fit signe à Tony de se rapprocher, il lui agrippa la main et se mit à parler de cette merveilleuse jeune femme rousse qui attendait son train sur le banc de la gare ouvert à tous vents. Sa timidité de parler pour la première fois à une femme qui l'attirait irrésistiblement même s'il ne la connaissait pas. (*)

Religieusement, Tony le laissa égrener ses souvenirs sans l'interrompre. Il garda la main calleuse dans la sienne, ne détourna pas le regard de celui de Jethro pour capter toutes les nuances des émotions qui le traversaient. Il remarqua que si la tristesse était là, présente et palpable, elle semblait plus légère sans en connaître la raison. Il espérait que le fait que Jet se confie à lui en soit la cause. Il voulait croire que l'ancien marine l'ait choisi, lui plutôt qu'un autre, pour lui faire ses confidences.

Durant un bon quart d'heure, Gibbs parla comme il ne l'avait jamais fait, même pas avec son père qui, pourtant avait connu la jeune femme. Il n'avait jamais révélé ce premier contact avec sa 'belle rousse', son unique véritable amour durant bien des années.

Tony buvait les paroles de Gibbs, il le dardait un regard intense sur l'ancien marine celui-ci ne semblait pas conscient. Jethro était plongé dans ses souvenirs mais un doux sourire étirait ses lèvres. Lorsqu'il se tut enfin, Tony se pencha doucement et déposa un léger baiser sur sa joue puis sur ses lèvres. D'un bras glissé sur ses épaules, Jet le rapprocha encore plus et ouvrant la bouche, accueillit le baiser que le jeune homme lui quémandait.

Les deux hommes restèrent ensuite ainsi durant plusieurs minutes avant qu'un bruit sourd ne retentisse les rendant perplexe jusqu'à ce qu'ils comprennent que leurs estomacs réclamaient leur dose quotidienne de nourriture. Ils éclatèrent de rire avant de se lever et de se diriger vers la cuisine.

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Le repas ne nécessitait qu'un passage au micro-ondes, ce que Tony fit tandis que Gibbs se chargeait de mettre le couvert. Les assiettes pleines, Tony s'installa à ses côtés et durant tout le repas, peu de paroles furent échangés mais de temps en temps, l'italien posait sa main sur celle de l'ancien marine et la serrait avant de reprendre ses couverts. C'était sa façon de remercier son compagnon sans forcément l'exprimer par des mots. Il était, comme Gibbs, parfois plus un homme d'actions qu'un homme de paroles même si les mots sortaient de sa bouche à vitesse grand V la plupart du temps.

Le repas terminé, la vaisselle rangée, le café en mains, ils reprirent possession du canapé pour regarder les infos puis un film. A la fin, Tony se leva, s'étira et Gibbs contempla le spectacle avec des yeux gourmands. Au bureau lorsque Tony le faisait, il avait toujours admiré la longue silhouette se déployant et se tortillant dans un sens puis dans l'autre tandis que la chemise ou le tee-shirt remontait et dévoilait le bas ventre lui laissant une bonne vue sur les abdominaux de l'italien.

Ici, il hésita jusque quelques secondes avant de glisser une main sous le tee-shirt et de caresser la peau douce. Tony frissonna et posa sa main sur la baladeuse afin de stopper toute exploration plus profonde. Il tourna la tête pour regarder Jethro et le vit soupirer de frustration.

« Même pas une caresse ? » se vexa t-il en retirant la main.

« Oh, tu peux me caresser mais à cette heure-ci, je sais très bien où nous finirons si je te laisse faire » ironisa Tony.

Puis, il s'assit et décida d'éclaircir les choses.

« Jet, je sais que tu penses que nous pourrions pousser les choses plus loin mais j'ai peur qu'en brûlant les étapes, nous ne manquions la plus belle part de ces retrouvailles » déclara t-il doucement. « Le sexe ne me parait pas pour l'instant le meilleur moyen de réapprendre à faire connaissance. Nous avons changé durant cette année et nous devons renouer les liens qui étaient les nôtres bien avant la mort de Kate » poursuivit-il d'un ton hésitant mais décidé.

« Tu as sans doute raison » approuva Jethro. « Ne rien précipiter, laisser les choses aller à leur rythme. C'est d'accord mais c'est frustrant. »

« Imagine pour moi, je ne suis jamais resté plus de deux semaines sans relation physique. Et avec nos deux domiciles séparés par tant de kilomètres, ce sera dur de maintenir une relation à distance. Mais si nous le voulons vraiment, ces prochains mois nous permettrons de tester notre volonté, de savoir si nous souhaitons poursuivre cette idylle ou si nous devons déclarer forfait tout de suite. Qu'est ce que quelques semaines ou quelques mois en comparaison de quarante années de bonheur ? Presque une goutte d'eau dans l'océan. »

« Décidé à devenir philosophe pour nous deux, Tony ? » s'étonna l'ancien marine.

Tony haussa juste les épaules et laissa ses propos faire leur chemin dans l'esprit de son compagnon. Il savait que Gibbs finirait par se rallier à sa logique, il lui fallait juste un peu plus de temps que l'italien pour le réaliser. Et lorsque Gibbs poussa un soupir exagéré, il comprit que l'homme se rangeait à son avis et il en ressentit du soulagement. Testé ainsi son amour n'était pas dans ses habitudes mais les circonstances étant ce qu'elles étaient, il fallait qu'il soit certain que Gibbs ne le voulait pas seulement pour le sexe.

« Je partage ton point de vue mais j'espère que nous parviendrons à un compromis avant… disons Noel, ca nous laisse presque six mois pour décider si nous voulons la même chose, c'est un délai raisonnable, l me semble ? » proposa t-il, la mort dans l'âme.

Jethro avait une envie folle de voir Tony, le voir nu et pouvoir le toucher tout son saoul mais il était conscient que leurs relations avaient été perturbées par bien des évènements et que reconstruire la confiance entre eux était primordiale avant toute relation physique. Et il savait que Tony ne cherchait pas à le torturer en lui refusant ce qu'il souhaitait par-dessus tout.

Et il savait également qu'avant son départ, l'italien pourrait bien le surprendre d'une quelconque façon pour l'aider à supporter les semaines qui le sépareraient de son prochain congé. Il ne pouvait prédire ce que ce serait mais l'italien avait une manière de rendre aux gens ce qu'ils lui donnaient qu'il était certain qu'en s'en tenant à une stricte relation d'abstinence pour l'instant, il serait récompensé.

« Six mois me semblent bien » lui répondit-il Tony le sortant de ses pensées. « Et peut être ce délai sera raccourci si tu parviens, malgré la distance, à me courtiser » se moqua t-il en lui souriant.

« Tu vas mettre mon imagination à rude épreuve » gronda Jet. « Je ne suis pas bon à ce genre de choses, Tony. J'ignore même comment je… »

« Alors imagine ce que tu aimerais que je te fasse et connaissant mes goûts, tu devrais avoir quelques idées » suggéra son compagnon. « Allez, demain est un autre jour et il nous reste pas mal de travail à faire avant de pouvoir souffler un peu. La fin de la semaine promet d'être chaude et nous pourrons sans doute en profiter pour faire une petite balade à cheval et je te montrerais un peu mon domaine. »

« Alléchante perspective » murmura Jethro en se levant et en tendant la main à Tony. « Nous pourrions demander à Maria de nous préparer un pique nique, nous lever avec le soleil et rentrer lorsqu'il se couchera. Avoir une journée entière loin de tout tracas et rien que nous deux. »

« Bonne idée, je vais programmer ça avec Maria et voir ce qu'elle pourra nous préparer » approuva Tony tandis que les deux hommes montaient l'escalier.

Parvenus devant la chambre de Tony, ce dernier s'adossa au battant, attira Jethro dans ses bras avant de s'emparer de ses lèvres pour un baiser intense et gourmand. Lorsque Tony se redressa, la respiration haletante, il sourit tendrement à son compagnon et traça le contour de ses lèvres avec le pouce.

« Fais de beaux rêves peuplés de tendres pensées, Jet » souffla t-il en le libérant.

« Toi aussi, Tony » lui renvoya l'ancien marine en faisant quelques pas à reculons.

Tony lui sourit une dernière fois et ouvrit sa porte, franchit le seuil et referma doucement le battant. Il posa son front sur le bois durant quelques minutes tentant de capter les pas de Jethro gagnant sa chambre. Il se mordit les lèvres, il voulait désespérément l'appeler et l'inviter à venir s'allonger près de lui mais il était trop tôt, trop tôt pour savoir si leurs sentiments étaient solides.

Il finit par se rendre dans la salle de bains, se lava les dents, se déshabilla et se coucha.

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Gibbs attendit que Tony soit rentré dans sa chambre pour gagner la sienne, ferma la porte et s'adossa sur le battant deux minutes, le temps de reprendre contenance. Tony avait une façon bien à lui de se rappeler aux autres et le baiser l'avait enflammé plus que prévu après le petit interlude dans le salon.

Il s'approcha du lit, commença à se dévêtir tout en songeant à la journée qu'ils venaient de passer. Malgré le travail fatigant accompli avec le personnel, il était content parce que, pour une fois, il était en paix avec sa conscience. Il avait réussi à obtenir un statut quo avec Tony et les choses semblaient s'arranger pour eux. Certes, certains aspects de leur relation étaient moins agréables mais dans l'ensemble, il pouvait s'estimer satisfait.

Et surtout, il avait réussi à nouer un dialogue avec son… comment devait-il qualifier Tony ? Son 'petit ami' semblait ridicule (après tout, il était plus grand que lui !), son 'amoureux' (pas encore apparemment), son 'promis' (ça faisait rétrograde). Il manquait de vocabulaire pour nommer ce que les deux hommes étaient l'un pour l'autre, pas seulement des connaissances, pas uniquement des amis mais pas encore des amants et ça aussi était frustrant.

En tout cas, il était parvenu à rétablir un début de confiance entre eux parce qu'il avait fait l'effort de parler de Shannon et découvrir que Tony avait apprécié et avait eu assez d'intuition pour deviner certaines choses le confortait dans l'espoir que leur avenir n'était pas aussi incertain qu'il le paraissait. L'italien avait une grande propension à pardonner les offenses qui lui étaient faites et il venait de le prouver ces dernières semaines en ouvrant sa maison à une partie de son ancienne équipe.

Il ne doutait pas que, dans un futur plus ou moins proche, Tim et Tony redeviendraient des amis si le jeune informaticien parvenait à réfléchir et à se faire à son tour pardonner. Il avait montré qu'il pouvait, s'il le souhaitait vraiment, s'affranchir de l'influence néfaste de Ziva qui, il n'en doutait pas, avait pesé dans les actions de son agent envers l'italien. Il le lui avait d'ailleurs avoué lors de sa tentative avortée de discussion avec Tony dans l'écurie.

Ziva était une autre affaire et Jethro n'espérait rien de sa part ou peut être un geste qui montrerait tout son mépris pour l'italien. La jeune femme avait vu ses rêves s'envoler, des rêves de liberté et de fortune, ce serait sans doute trop que de la voir en faire son deuil. Et savoir que l'émancipation de la férule paternelle qu'elle en espérait s'était éteinte avec la rebuffade qu'elle avait essuyée de la part de Tony n'allait pas en ce sens.

Finalement, Ducky, Abby et lui pouvaient s'estimer fortunés d'avoir été admis à nouveau dans le cercle intime de Tony. Et si la sagesse de Ducky et l'exubérance d'Abby avaient contribué à aplanir un peu les choses pour lui, il lui restait néanmoins la part la plus ardue à accomplir. Mais dans le fond, il aimait les défis et le challenge valait bien qu'il consacre un peu de son énergie à aller vers le but qu'il voulait atteindre : conquérir l'amour de Tony.

Sur ses pensées réconfortantes, somme toute, il se coucha et en souriant, se mit à faire quelques rêves. Il avait des idées à trouver pour courtiser son homme.

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(*) Je n'ai volontairement pas développé la rencontre entre Gibbs et Shannon puisqu'elle a été détaillé dans un épisode de la saison 6.04 'Retrouvailles' ou 'Heartland' (celui où Gibbs retrouve son père après 17 ans sans contact), épisode que vous pouvez revoir si le cœur vous en dit.

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Gibbs demande à Tony comment le courtiser. Je suis à court d'idées à ce sujet, aussi, toute suggestion qui puisse m'aider à écrire ce challenge sera la bienvenue. Tenez compte quand même que Tony est riche et que ce n'est pas forcément des biens matériels qu'il attend.

Si certaines idées m'inspirent, elles seront incluses dans un prochain chapitre et son auteur crédité comme il se doit.

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Dans l'attente

A +, au prochain chapitre.