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A toutes mes lectrices, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2014, qu'elle vous apporte ce que votre cœur souhaite pour vous et votre famille. Et qu'elle soit meilleure que les années précédentes.

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Voici le chapitre suivant, ce sera le dernier avant la séparation de nos deux hommes, le retour de Gibbs au NCIS. Que se passera t-il une fois qu'il reprendra le travail ? Pour le savoir, il vous suffit de me suivre.

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Bonne lecture.

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Chapitre 31 : Cogitation

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Le pique-nique avait permis à nos deux hommes de profiter d'être rassasié et de se reposer pour également s'embrasser et se détendre dans les bras l'un de l'autre. Les couvertures de selle faisaient un matelas protecteur contre le sol froid mais sec et les quelques arbres les coupaient du petit vent qui soufflait.

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Gibbs avait terminé son café et contemplait Tony qui s'appuyait contre lui, sa tête sur sa poitrine. Jamais il n'aurait songé, il y a encore quelques semaines, que viendrait le jour où il pourrait ainsi serrer l'italien contre lui. A tel point que parfois, il se retenait de le faire de peur de se réveiller pour s'apercevoir que tout n'était qu'un rêve.

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Mais non, il était bien là et son rêve était en train de se réaliser. Il tentait de reprendre en mains sa relation avec Tony et d'après ces derniers jours, il avait bon espoir de mener à bien ce souhait. Il savait qu'il lui faudrait faire des efforts et la remarque précédente de son ami sur l'utilisation d'Internet pour communiquer l'avait fait réfléchir.

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Il avait tant bien que mal accepter l'usage du téléphone portable pour le travail et l'insistance de Tony à cet égard avait payé. Désormais, il ne concevait pas de ne pouvoir l'utiliser même s'il oubliait encore trop souvent de le recharger et qu'il n'était pas capable de naviguer aussi facilement que ses agents parmi la multitude d'applications que son mobile possédait.

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Abby lui avait appris à se servir de la messagerie instantanée, ces fameux SMS comme elle les appelait, mais il était encore réfractaire à ce mode de communication. Les vidéos également lui semblaient compliquées. Et voilà que maintenant, Tony lui parlait de pouvoir utiliser l'ordinateur pour téléphoner tout en étant à l'écran. En faisant l'amalgame avec les vidéoconférences du MTAC, le jeune homme avait simplifié l'explication.

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L'éloignement allait pouvoir être considérablement supportable s'il était capable de pouvoir voir Tony de temps en temps tandis qu'ils discuteraient. Il devait reconnaître que parfois, la technologie avait du bon et dans le cas présent, il allait apprendre avec enthousiasme l'utilisation de ce nouvel outil. Il demanderait à Abby de l'initier afin d'être en mesure de s'en servir rapidement.

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Il soupira et passa lentement les doigts dans la chevelure soyeuse de Tony. Il ne s'en lassait pas, les mèches étaient si douces et suffisamment longues pour qu'il apprécie le geste. Tout comme la peau dorée de l'italien qu'il aimait caresser. Il était stupéfait de constater que le grain était aussi doux que celle d'un bébé pour ce qu'il s'en souvenait. Et le fait que le bronzage était uniforme l'avait amusé, il aimerait bien voir Tony se prélasser sous le soleil dans sa tenue d'Adam, nu comme un ver s'étirer sous les rayons de l'astre solaire comme un chat.

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Il sourit à l'image qui se formait dans son esprit, il anticipait le jour où il contemplerait son homme dans cette position parce que de secrets désirs deviendraient réalité. Il ricana doucement, il n'avait jamais eu de rêves érotiques de ce type avec ses ex femmes, même pas avec Shannon. A croire que le fait que Tony soit un homme avait changé ses désirs. Ou qu'il se permettait désormais de les laisser sortir et de les exploiter.

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Tout ça était à voir, il avait tellement de possibilités maintenant qu'il avait retrouvé l'homme qu'il pensait avoir perdu à jamais par sa faute. Et Tony était si généreux, avait un cœur si grand qu'il lui pardonnait ce qu'il avait fait. Et il lui en était reconnaissant parce que celui qui n'avait jamais été aimé comme il l'aurait dû savait au contraire aimé les autres et avait assez de place dans sa vie pour un vieux grincheux comme lui.

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Il était émerveillé de constater que l'italien avait réussi à grandir sans devenir aussi immonde que son père, qu'il savait donner bien plus qu'il ne laissait les autres lui donner, qu'il mettrait sa vie en danger pour sauver les autres sans attendre quelque chose en retour. Il l'avait déjà prouvé en travaillant sous ses ordres et si les rumeurs étaient exactes – et les récompenses obtenues le prouvaient sans aucun doute – dans ses précédents postes également.

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Tony bougea, le tirant de ses pensées et il baissa les yeux vers son homme. L'italien s'éveillait d'une courte sieste et il ressemblait à un gamin lorsqu'il se frotta les yeux avec ses poings fermés. Pour une fois, ses cheveux ne partaient pas dans tous les sens parce que Gibbs les avait disciplinés en passant ses doigts dedans. Il ne peut résister à la tentation et se pencha, capturant les lèvres du jeune homme pour un baiser ardent.

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« J'aime quand tu fais ça » murmura Tony. « Vais devoir m'habituer à me réveiller seul. »

« Remonte avec moi dans ce cas et nous nous réveillerons tous les deux ensemble » suggéra Jet.

« Reste ici et nous pourrons nous lever aux premiers rayons de soleil, faire un jogging, prendre un petit déjeuner ensemble, faire une promenade à cheval, paresser au lit, faire l'amour » renchérit Tony.

« Tu sais bien que je ne peux quitter ainsi le travail » soupira Jet avec regret. « Et puis, il y a Abby et Ducky, je ne peux les abandonner, les laisser seuls affronter Sheppard ne serait pas loyal de ma part. »

« Alors vous n'avez qu'à venir tous ici, je suis sûr que Ducky pourrait prendre sa retraite et déménager maintenant que sa mère n'est plus là » tenta l'italien. « Abby trouverait certainement un travail ici sans problème et elle serait plus près de sa famille. »

« Tu y as bien réfléchi, on dirait » répliqua l'agent en souriant. « Et que vois-tu pour moi ? »

« Tu m'aides ici et tu peux aussi construire un autre bateau ou monter une entreprise de menuiserie, apprendre le métier à des jeunes en difficulté » énuméra le jeune homme.

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Gibbs regarda Tony un instant sans rien dire et puis il étudia l'idée. Elle n'était pas si absurde que ça, en vérité et il décida de l'examiner plus en détail si la situation exigeait qu'il choisisse entre son travail et sa vie personnelle. Si Sheppard menaçait de le brider d'une quelconque façon ou de lui faire payer son escapade ici ou de s'en prendre à Tony d'une manière ou d'une autre – de tenter de le faire en tout cas -, il pourrait envisager la solution préconiser par son homme.

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« Je pourrais si la situation s'envenime avec Sheppard ou l'équipe, si les circonstances font que je ne puisse plus assumer mon travail sans souci » approuva t-il. « Je vais mettre l'idée dans un coin de ma tête et je la ressortirais si nécessaire. Est-ce que ça te convient ? »

« Du moment que tu n'es pas contrarié que je l'ai suggéré et que tu promets de la mettre à exécution si tu le sens nécessaire, c'est tout ce que je demande » accorda Tony.

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Jethro se pencha et l'embrassa à nouveau, son homme était décidément bien accommodant, trop sans doute pour son propre bien. Il serait facile de profiter de sa générosité et de sa trop grande propension à pardonner rapidement. Il suffisait de se rappeler que l'attitude de l'équipe était à l'origine de son exil et voilà que, quelques jours après leurs retrouvailles, il accueillait tout le monde chez lui et ouvrait à nouveau sa porte à ceux qui l'avaient meurtri le plus.

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« Il serait temps de songer à rentrer, tu ne crois pas ? » demanda Jethro.

« Si tu veux mais nous pouvons le faire en prenant le chemin des écoliers » lui déclara l'italien en se levant.

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Ils rangèrent le panier et les couvertures sur les selles, Jethro se retourna pour prendre Tony dans ses bras et l'embrasser à perdre haleine.

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« Oh ! » fit simplement Tony lorsqu'il reprit son souffle.

« Merci pour tout ce que tu as fait depuis nos retrouvailles, pour nous avoir donné une seconde chance, pour nous avoir pardonné même si c'est trop vite à mon goût, pour avoir accepter de me laisser une place dans ta nouvelle vie, merci pour être qui tu es, un homme généreux, bon et compatissant » débita l'ancien marine presque sans reprendre sa respiration.

« Eh bien, pour quelqu'un qui ne sait pas exprimer ses sentiments, tu prouves un peu plus chaque jour que tu es parfaitement capable de le faire » railla gentiment Tony. « Et je te remercie pour ces paroles mais je ne pouvais rester en colère contre vous quand votre absence était parfois trop lourde à supporter. Et j'ai sans doute des tords moi aussi, ceux d'avoir laissé les choses s'envenimer sans rien faire, ceux de n'avoir pas fait preuve de plus d'autorité en tant que second et supérieur d'agents juniors, ceux de n'avoir pas été plus ferme et plus explicite sur ma fonction, ceux de n'avoir pas dévoilé mes compétences, ceux d'avoir joué un jeu idiot pour ne pas intimider d'agents débutants trop verts, ceux…. »

« Eh ! » le stoppa soudain Jet. « Tu as voulu leur épargner certains côtés désagréables du métier et ils n'ont pas compris tes intentions. Ils auraient pu eux aussi s'informer sur ta fonction, ce n'était pas compliqué de consulter les spécificités du poste, c'est à la portée de n'importe quel agent, débutant ou confirmé. Todd, McGee ou David n'ont fait aucun effort pour te connaître mieux, ils se sont arrêtés à ce que tu leur présentais, en tant qu'investigateurs, cette attitude ne leur rend pas justice. »

« La faute en revient finalement aux deux parties concernées » trancha Tony en grimaçant. « Tout ça pour dire que je suis très heureux que la situation ait évolué comme elle l'a fait, je ne pouvais pas vous blâmer plus longtemps sachant que j'avais ma part de responsabilité également. Mais si je suis content pour Ducky, Abby et toi, il est certain que pour les deux autres, je ne suis pas enclin à faire de même. Je ne suis même pas sûr de jamais pouvoir leur pardonner, Jet, alors, ne me demande rien à ce sujet ou nous risquerions de nous fâcher de nouveau. »

« Je ne vais pas gâcher mon futur pour des collègues qui ne songent qu'à leurs propres intérêts, Tony » le contra l'ancien marine. « Ils ont provoqué la situation, qu'ils en assument les conséquences. Je ne lèverais pas le petit doigt pour les aider dans un sens ou dans l'autre. Si McGee arrive à surmonter son petit égo et à faire amende honorable, il devra le faire sans moi. Quand à David, j'ignore tout de ses intentions mais je vais discrètement la surveiller ou le faire faire par un intermédiaire. Je ne serais pas étonné qu'elle tente quelque chose, histoire de te prouver qu'elle est plus forte que toi. »

« Je l'attendrais de pied ferme » l'assura l'italien. « Allez, rentrons maintenant » conseilla t-il en montant à cheval.

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Il attendit que son compagnon soit en selle pour pivoter et prendre la direction du retour. Le trajet était différent de celui du matin mais Jet ne dit rien, il se contenta de suivre et d'apprécier le spectacle devant lui, regarder Tony chevaucher était un régal. Et lorsque celui-ci lança son cheval dans un galop effréné, Gibbs fit entendre un rire joyeux avant de se lancer à sa poursuite. Les deux bêtes avaient visiblement besoin de se défouler car elles assurèrent le train durant plusieurs kilomètres avant que Tony ne fasse ralentir sa monture progressivement.

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Parvenu à sa hauteur après avoir réussi à le rattraper avec un peu de difficulté, Jethro rapprocha sa monture le plus près possible de celle de Tony puis sans avertissement, il passa de son cheval sur celui de l'italien qui, ayant compris la manœuvre, lui facilita les choses. Jethro s'installa derrière Tony et entoura sa taille de ses bras, posa sa tête sur le dos musclé tandis que Tony se penchait rapidement pour attraper les rênes du cheval.

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« Tu voulais un câlin ? » s'enquit Tony en riant.

« Non, savoir comment c'était de chevaucher à l'arrière et de pouvoir te prendre dans mes bras » confessa l'ancien marine, un brin embarrassé par son audace.

« Je t'en prie, Jet » répliqua doucement l'italien. « Ne sois jamais gêné de te comporter parfois comme un gamin, c'est rafraîchissant et totalement hum… mignon. »

« Eh, je suis plutôt sur la pente descendante, question âge, je devrais me comporter comme tel » grogna Gibbs.

« Non, agis comme tu le sens sur l'instant, c'est ce qui nous garde jeune malgré les années » le contredit Tony. « J'aime te voir te comporter comme si tu étais un adolescent, c'est sain de pouvoir le faire de temps en temps. Regarde moi, je l'ai pratiqué pendant plusieurs années au boulot et je ne m'en porte pas plus mal et mon entourage ne me considère pas comme un fou. »

« C'est sans doute parce que ça te vient naturellement ou que les gens s'attendent à te voir agir ainsi » expliqua Jet. « Moi, je suis sensé être rigide, professionnel et un vrai bâtard. »

« Un bâtard si tu le veux bien, Jet » dit Tony. « Tu n'es pas obligé de l'être 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, tu peux décompresser comme tout le monde et faire quelque chose d'inhabituel de temps en temps. Tu es humain, après tout et en tant que tel, ton corps a besoin quelquefois de se comporter différemment et ton esprit de se vider de ses préoccupations. »

« C'est fou ce que tu es devenu sage et philosophe depuis ton départ. »

« Non, je l'étais avant mais je ne le montrais pas, c'est tout. Ce n'était pas une attitude que l'on attendait du clown de service, du blagueur que j'étais sensé être » railla Tony.

« Je préfère celui que tu es maintenant et celui que tu montres aux autres » affirma fermement Jet.

« Merci » répliqua sobrement Tony.

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Les deux hommes firent le reste du trajet de retour en silence, Jet pressé contre Tony, ses mains caressant l'estomac ou traçant de petits cercles, ses lèvres se pressant parfois sur le cou à portée d'atteinte. Jamais il n'aurait osé se comporter ainsi devant témoins, quels qu'ils soient. Mais avec Tony, il était galvanisé et sentait que l'italien ne le jugerait pas pour ses actions extravagantes dans la mesure où il pourrait en être lui-même l'auteur.

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Lorsqu'ils atteignirent l'écurie, l'un des palefreniers s'avança vers eux et fronça les sourcils en voyant les deux cavaliers sur le même cheval.

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« Un problème avec votre monture, Monsieur ? » voulut-il savoir tandis qu'il examinait rapidement la bête.

« Non, Barney » le rassura Tony. « Gibbs voulait simplement faire une petite sieste sans tomber de cheval. »

« Oh ! » fut la courte réponse de l'employé qui se retourna pour sourire à Gibbs avant de conduire les chevaux dans leur box.

« Une petite sieste ! » souffla Jet à l'oreille de Tony.

« Tu voulais que je lui dise que tu tentais de me séduire » pouffa l'italien discrètement tout en entraînant son compagnon vers la sortie.

« Non ! » s'indigna Gibbs.

« Non, quoi ? Tu ne voulais pas que je le dise ou tu tentais de me séduire » tenta de clarifier Tony.

« A ton avis ? » lui renvoya l'ancien marine.

« Oh, je penche pour la seconde hypothèse » ironisa le jeune homme en ouvrant la porte de la demeure.

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Lorsqu'aucune réponse ne fusa, Tony rit doucement et emprisonna la main de l'ancien marine.

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« C'est bien ce que je pensais » soupira t-il mais avec un sourire victorieux.

« Présomptueux » bougonna Jet, amusé malgré lui.

« Si tu le dis » conclut l'italien.

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Il entraîna l'ancien marine vers l'escalier et commença à se déshabiller avant d'arriver dans sa chambre. Jet grogna de désapprobation et Tony le regarda en fronçant les sourcils.

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« Quoi ? » demanda t-il, interdit.

« Abandonne l'habitude de te déshabiller ainsi à la vue de n'importe qui » maugréa Jet.

« Oh ! » fit Tony. « Donc je dois m'abstenir de pratiquer un effeuillage public ! Alors désolé de te priver d'un tel spectacle, Jet » soupira Tony en lui adressant un regard moqueur.

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Et pour faire enrager l'ancien marine, il referma sa chemise et s'empressa de gagner sa chambre. Il entendit Gibbs bougonner avant qu'il ne le rejoigne.

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« Oublie ce que j'ai dit » répliqua finalement Jet en secouant la tête. « Mais je t'interdis de le faire si je ne suis pas le seul spectateur. Je ne partage pas ce qui est mien » ajouta t-il avec fermeté.

« Ok, je peux te faire un striptease privé et je dois éviter de me montrer à demi nu devant quelqu'un d'autre » énuméra l'italien avec sérieux. « Autre chose à ajouter à la liste ? »

« Je vais y réfléchir » lui répondit Jet tout aussi sérieusement.

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Tony lui lança sa chemise avant d'enlever rapidement son jean et de se diriger vers la salle de bains, Gibbs secoua la tête et se dévêtit rapidement avant de le rejoindre. Les deux hommes prirent une douche et se savonnèrent l'un l'autre lentement et avec toute la tendresse qu'ils pouvaient exprimer.

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Finalement, ils se rincèrent et sortirent, s'enveloppèrent dans une serviette moelle et chaude à souhait avant de revenir dans la chambre et de se glisser rapidement dans une tenue confortable. Ils descendirent dans la cuisine où Gibbs s'empressa de mettre la cafetière en route, ce qui fit rire Tony. Jet se figea et se permit de laisser l'agréable son l'envahir, il aimait définitivement entendre le rire joyeux de l'italien.

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Tony s'avança jusqu'à lui et l'entoura de ses bras avant de déposer de petites baisers dans son cou tout en rapprochant leurs deux corps. Ils savaient qu'ils ne franchiraient pas la limite qu'ils s'étaient fixés mais exprimer leur désir par de tendres gestes leur permettait de sceller leurs retrouvailles et de consolider leur nouvelle relation.

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La prochaine séparation serait difficile et certainement douloureuse, il leur faudrait toute leur volonté pour accepter de laisser l'autre vivre loin de lui et surtout de lui faire confiance totalement pour ne pas briser ce lien ténu qu'ils tissaient entre eux jour après jour. Pour Gibbs, savoir que Cole avait désormais retrouvé son amant était déjà un poids en moins qui pesait sur son cœur et il se souvenait que Tony était toujours fidèle à celui (ou celle) qui partageait son temps.

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Gibbs soupira et se versa une tasse avant de se tourner vers le jeune homme à qui il déroba un baiser avant même de songer à avaler une gorgée de sa drogue favorite. Tony le remarqua et apprécia sans rien dire mais en souriant, son compagnon lui rendit son sourire tout en haussant les épaules. Il était des plaisirs qui pouvaient surpasser son amour pour le café et échanger un baiser avec son amoureux en était un des plus agréables.

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Tony se servit à son tour un jus d'orange avant d'agripper la main de l'ancien marine et de l'entraîner dans le salon de musique. Il rapprocha le fauteuil près du piano, lui fit signe de s'asseoir avant de prendre place sur le tabouret. Il souleva le couvercle du clavier, prit une profonde inspiration et se lança.

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Gibbs se cala confortablement dans le siège et fixa son regard sur son compagnon. Le jeune homme avait fermé les yeux et semblait totalement immergé dans la musique. Sans être un expert, l'ancien marine reconnut un morceau de musique classique exécuté avec brio. Plusieurs morceaux se succédèrent avant que le musicien ne change de registre et passe à un programme de jazz puis des musiques plus modernes, des musiques de films et quelques mélodies de chansons célèbres de Franck Sinatra, Dean Martin, Gene Kelly.

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Il se sentait privilégié de pouvoir ainsi écouter son amoureux jouer pour lui, il savait que Tony ne se produisait pas devant un public de bon gré et rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir pu assister à un récital de l'italien. Gibbs ne comprenait pas sa réticence, il était plus que doué et aurait sans doute pu faire une grande carrière en tant que pianiste professionnel.

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Le jeu de l'italien était fluide, parfaitement exécuté et rendait toutes les émotions que les auteurs avaient voulu exprimer. Tony était suffisamment sensible pour savoir reproduire toutes les nuances et tous les sentiments que les mélodies étaient sensées faire ressentir à l'auditeur. Il était aisé de les reconnaitre sans avoir besoin de connaitre la partition ou l'œuvre et son histoire.

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Plongés chacun dans leur univers, les deux hommes ne virent pas le temps filer. Deux bonnes heures s'étaient écoulées lorsque Tony émergea de son cocon rêveur et ouvrit enfin les yeux. Ses mains posées sur le clavier se détendirent et firent ensuite leur chemin vers la chevelure de l'italien où elles passèrent et repassèrent soulignant parfaitement l'embarras de leur propriétaire. Tony se tourna vers son compagnon, le regard incertain et un sourire timide étirant ses lèvres. Gibbs comprit aussitôt et se leva, vint poser une fesse sur le tabouret avant de refermer ses bras sur son homme et de déposer de légers baisers sur son visage.

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« C'était absolument magnifique, Tony » déclara t-il enfin, la voix ne dissimulant pas son admiration. « Je suis époustouflé, j'ignorais que tu étais aussi bon, non, tu es bien au-delà de ça, tu m'as fait ressentir des émotions que je ne pensais pas éprouver en écoutant de la musique. Je t'imagine très bien devant un public l'envoutant totalement par ta musique. »

« J'aurais du mal à faire ça, tu sais » gloussa Tony. « Ce n'est pas 'ma musique'. Je ne suis que l'interprète de celle de grands compositeurs. »

« Ne sois pas modeste, Tone, tu veux bien » le gronda doucement l'ancien marine. « J'ai beau ne pas m'y connaitre beaucoup mais il me semble que certains morceaux sont de composition récente, les mélodies sont modernes et ne peuvent être attribuées à Mozart ou Beethoven. »

« Wouah, Jet ! » s'exclama le jeune homme. « Tu peux faire la différence ? »

« Eh ! J'ai beau avoir besoin de lunettes pour lire mais mes oreilles sont encore fonctionnelles à 100 % » bougonna t-il. « Et j'ai vu quelques partitions qui sont définitivement de ta main, Tone, alors ne t'avise pas de me contredire. Et je le redis, ces morceaux là m'ont remué et pratiquement bouleversé. Hum, ils m'ont bouleversé en fait, c'est dire si tu es un excellent compositeur. Je te remercie de m'avoir fait le privilège de les entendre, je sais que tu n'aimes pas te vanter mais là, Tony, je suis ébahi par ton talent. Tu ne devrais pas laisser cette musique dormir dans un tiroir mais au contraire, la faire connaître. »

« Pour quelle raison devrais-je partager mon jardin secret avec le monde extérieur, Jet ? » demanda t-il en regardant son ami avec étonnement. « J'écris pour moi, ma façon de vider mon cœur et mon esprit de certaines choses. Je n'ai aucune envie de voir mes tourments devenir publics. »

« Oh, Tone ! » fit Jet avec tristesse. « Cette musique est si pleine d'espoir aussi, elle ne reflète pas seulement le négatif mais elle laisse pointer le positif. Elle peut aider tant d'autres à guérir aussi. Tu peux les aider de cette manière tout comme tu aidais les victimes lorsque tu étais flic. Songes-y et nous en reparlerons, un jour… tu changeras sans doute d'avis et je serais là pour t'accompagner et te soutenir quelque que soit ta décision. »

« Ta confiance m'honore, Jet mais je n'ai aucun besoin de me faire de l'argent avec ces quelques musiques » remarqua l'italien tout en posant sa tête sur l'épaule de son compagnon.

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Jet soupira légèrement, Tony pouvait se montrer si têtu parfois et toujours aussi peu sûr de lui et de ses compétences même plus d'un an après son départ de l'agence. Il était pourtant respecté ici, les gens semblaient l'aimer pour tout le bien qu'il avait fait et d'après les dires de leur guide du premier jour, le personnel de l'hôtel lui était reconnaissant d'avoir racheté l'affaire.

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Il sourit intérieurement et commença à cogiter pour amener son jeune compagnon à divulguer son talent sans qu'il ne puisse refuser et enfin être apprécié pour ce qu'il était vraiment : un homme de cœur. Tellement de familles lui devaient d'avoir trouvé le repos de l'âme après le décès d'un être cher dont le meurtrier avait été inculpé grâce à lui ou tant d'autres qu'il avait aidés après une épreuve douloureuse.

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Il songeait à toutes ses jeunes femmes qui avaient été violé, battu ou utilisé contre leur gré comme prostituées ou esclaves et qui avait bénéficié de son soutien pour faire face à leur futur. Non pas que Tony s'en soit vanté mais laisser traîner ses oreilles avait souvent un gros avantage, on obtenait des informations que personne ne songeait à vous révéler face à face. Il avait ainsi appris pas mal de détails au sujet d'enquêtes menées par l'ancien détective dont pas âme qui vive ne pouvait prétendre connaître.

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Tony bougea et le sortit de ses pensées. Il déposa un baiser sur la tempe à sa portée tout en resserrant son étreinte autour du corps de son homme. Puis, tous deux se levèrent et s'en furent dans la cuisine. Tandis que Gibbs se servait un autre café maintenu au chaud, il laissa Tony décider du menu de leur dîner. Il le regarda préparer les ingrédients, cuisiner le tout et huma avec plaisir la délicieuse odeur qui lui titillait les narines.

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Pour sûr, le retour à Washington allait définitivement souligner certains manques difficiles à combler. L'excellent café, la bonne cuisine mais par dessus tout, la présence chaleureuse de l'italien auprès de lui, son corps collé contre lui sous les couvertures, son souffle contre son cou, ses mains sur sa peau nue.

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Il cessa sa rêverie lorsque l'italien passa près de lui et lui donna un léger coup de coude pour le ramener à la réalité. Il regarda Tony déposer le plat sur la table avant de se tourner vers lui. Gibbs lui sourit avant de se mettre en devoir de mettre le couvert. Tony l'aida et les deux hommes s'installèrent à table. Ils discutèrent tranquillement tout en savourant le plat.

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« Je trouve que tu es souvent dans la lune depuis quelques jours » observa t-il en lui souriant.

« Désolé, Tone » dit-il simplement ne voulant pas dévoiler le contenu de ses cogitations.

« Un dollar pour tes pensées ! » plaisanta t-il.

« Tu surestimes leur valeur, mon ami » rétorqua l'ancien marine en riant.

« Je n'en ai pas l'impression, Jet. Si elles te font perdre la notion du temps aussi souvent, elles doivent être importantes pour toi » objecta le jeune homme.

« Tant de choses à envisager, Tone si je veux que notre relation soit la meilleure qui soit » affirma t-il avec toute la conviction dont il était capable.

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Il ne voulait pas que Tony spécule sur le contenu de ses réflexions. Il voulait que les dernières heures qu'ils allaient passer ensemble avant longtemps soient les plus agréables qui soient et non pas les voir se teinter de tristesse. Elle serait bien trop vite présente lorsque l'heure du départ sonnerait.

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« Nous ferons face à toutes les embûches ensemble même si nous sommes à quelques milliers de kilomètres l'un de l'autre » répliqua Tony fermement. « Nous avons attendu assez pour nous trouver, nous n'allons pas baisser les bras sans combattre. Et si quelqu'un cherche à nous séparer en calomniant l'un de nous, l'autre a tout intérêt à l'avertir. Jet, je veux que nous communiquions le plus possible, je veux que nous soyons honnêtes l'un envers l'autre et que nous ne laissions rien dans l'ombre. Il n'y a qu'à cette condition que nous pourrons vaincre l'adversaire. »

« Tu as totalement raison, Tony » approuva Jet avant de l'embrasser. « Ne pas laisser quiconque nous séparer et ne pas rester muet sont les deux règles qui doivent présider à notre relation. Je vais devoir faire un très gros effort pour la seconde mais la première sera facile à suivre. »

« Eh ! Je ne te demande pas de devenir aussi bavard que moi d'un seul coup, Jet » l'admonesta gentiment l'italien. « Tu dois trouver un juste milieu entre être muet et être loquace et si tu ne veux pas parler, tu peux toujours l'écrire si c'est plus facile pour toi. Abby doit te créer une adresse mail privée que tu pourras utiliser dans le cas où tu ne seras pas en mesure de téléphoner. Utilise les moyens que la technologie met à ta disposition et le temps et la distance te sembleront moins grands. »

« Tu es devenu si sage, Tony » statua l'ancien marine en secouant la tête. « Tu es… »

« Ton exact opposé et comme dit le proverbe 'les contraires s'attirent', n'est ce pas ? » rit Tony tendrement tout en lui caressant la joue. « J'aime que nous soyons différents, c'est ce qui ajoute du piment à une relation, être en mesure de vivre ensemble malgré nos différences, les faire s'entremêler et se confondre ensuite pour faire un tout qui sera nous. Un défi à relever à la mesure de nos tempéraments opposés. »

« J'aime t'entendre philosopher ainsi, Tone. Tu devrais faire profiter tout le monde de cette sagesse que tu n'a jamais montré au NCIS » nota Gibbs. « Tu aurais pu ainsi faire comprendre à tes collègues que tu n'étais pas seulement une belle gueule mais qu'un esprit fin habitait ce crâne que tous pensaient vide. J'aimerais que le monde entier sache que tu n'es pas un idiot, que tu es au contraire un esprit brillant qui sait déclamer de la poésie, composer des mélodies émouvantes, écrire des poèmes et des chansons. »

« Et comment es-tu au courant que j'écris ? » s'étonna Tony.

« De petits carnets noirs que tu trainais partout avec toi et que McGee, David et Todd confondaient avec des carnets d'adresses de tes maitresses » révéla l'ancien marine.

« Tu as fouillé mes effets personnels ! » s'exclama l'italien.

« Non, juste ramassé l'un d'eux tombé de ton sac lors d'une enquête » expliqua Jet simplement. « Lorsque j'ai voulu le replacer dans ton bagage, il s'est ouvert lorsque je l'ai accroché à la fermeture. J'ai eu un aperçu de son contenu et j'ai bien vu qu'il ne s'agissait pas d'adresses. Et ton écriture était parfaitement reconnaissable. Désolé, je ne voulais pas envahir ta vie privée. »

« Aucune importance si tu es le seul à savoir » affirma Tony en lui déposant un baiser sur le bout du nez, ce qui fit sourire Gibbs. « Je ne voudrais pas que McGee s'imagine que je veux lui faire concurrence, il me déteste assez comme ça, pas besoin d'en rajouter sur un sujet dont il est si fier. »

« Aucun mérite pour ses romans, il puise son inspiration dans notre travail quotidien » ricana Gibbs.

« Tout le monde le sait et pourtant, il s'obstine à le nier » déclara Tony en haussant les épaules. « Un jour ou l'autre, il sera pris à parti à ce sujet et il en paiera le prix, je n'ai aucun doute là-dessus. »

« Sans doute » conclut Gibbs.

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Ils terminèrent le diner sur cette réflexion puis ils travaillèrent de concert sans même se concerter pour ranger la cuisine qu'ils mirent en ordre avec efficacité et sans jamais se gêner. A les voir, un étranger pourrait penser qu'ils avaient l'habitude d'œuvrer ainsi en duo depuis un certain temps alors qu'il n'y avait qu'une quinzaine de jours qu'ils pratiquaient des activités domestiques ensemble.

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Après s'être servi sa sempiternelle tasse de café et tandis que Tony se préparait un chocolat, Gibbs s'en fut vers le salon, il puisa un livre parmi ceux qu'il avait sélectionné dans la bibliothèque et s'installa sur le canapé. Tony ne tarda pas à le rejoindre et alluma la télévision. La soirée se passa tranquillement et Gibbs songea qu'il pourrait aisément passer ainsi le reste de sa vie.

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Dix heures sonnèrent à l'horloge lorsque Tony bailla et s'étira. Il était temps de songer à regagner le lit. Le départ de l'ancien marine le lendemain allait être assez stressant et l'italien voulait passer le plus de temps possible dans les bras de son homme avant leur séparation.

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Il invita Gibbs à se lever en lui tendant la main et il l'entraina vers l'escalier, puis dans sa chambre. Gibbs fut surpris même s'il avait passé ces dernières nuits avec Tony. Un passage éclair dans la salle de bains pour leurs ablutions et les deux hommes se glissèrent rapidement sous les couvertures. Pourtant, aucun n'avait vraiment envie de succomber au sommeil tout de suite.

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Gibbs laissa ses mains s'aventurer sur la peau douce de Tony et de caresse en caresse, il finit par exciter son homme tant et si bien qu'ils ne purent que conclure. Chacun à tour de rôle connut la plénitude et la jouissance avant de se blottir l'un contre l'autre et de sombrer dans le sommeil après avoir échanger un dernier baiser.

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Confrontation entre Gibbs et Sheppard au menu du prochain chapitre. Je sais que plusieurs lectrices attendent cet entretien avec impatience. J'espère être en mesure de le poster bientôt bien qu'il me pose quelques problèmes d'écriture, je ne sais pas trop comment interpréter la directrice, en femme jalouse ou en directrice dominatrice ? A voir.

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A bientôt…